Art omeyyade

L’art omeyyade regroupe la production artistique de la dynastie omeyyade, qui règne sur le monde musulman entre 661 et 750.

Sommaire

Architecture et urbanisme

Urbanisme

Il existe grossièrement trois types de villes chez les Omeyyades :

  • les ʾamṣār,
  • les villes nouvelles.

ʾAmṣār est le pluriel de miṣr, qui signifie « ville de la conquête ». Ces centres urbains, au nombre desquels on compte Fostat, Bassorah, Koufa et Kairouan, sont créés comme quartiers d'hiver et lieux de repli pour l'armée des conquérants musulmans. Elles suivent un schéma simple : la grande mosquée et dār al-ʾimāra, le palais, occupent le centre, et sont entourés de quartiers d'habitations. Si certaines ʾamṣār périclitent complètement peu de temps après leur création, d'autres se développent considérablement.

Le Proche-Orient, sous la domination de l'Empire byzantin jusqu'à la conquête, est déjà fortement urbanisé. C'est pourquoi moins de cités sont construites dans ces régions, les nouveaux arrivants s'installant dans les villes déjà bâties, comme Damas, Alep, Homs, Lattaquié, Apamée ou encore Jérusalem. Une grande mosquée y est édifiée, soit à la place de l'église, comme à Damas et Jérusalem, soit sur un lieu laissé vide, comme à Alep. L'église peut aussi parfois être coupée en deux, une partie étant réservée au culte chrétien, l'autre au culte musulman.

D'autres villes sont créées plus ou moins ex nihilo, sans être pour autant des ʾamṣār, mais simplement de nouveaux centres urbains civils. C'est par exemple le cas à Wasit, en Irak ou à Chiraz, en Iran, où il est impossible de distinguer actuellement des éléments omeyyades. Celle de Ramla, au Proche-Orient, est uniquement connue par les textes. Capitale de la Palestine sous Al-Walīd Ier, cette cité s'étend sur 2,5 km2, s'ouvrant par douze portes, dont quatre axiales, et comprenant une grande mosquée, un palais, des édifices pour l'artisanat, des citernes, des marchés, des ateliers et des quartiers d'habitation.

À Anjar, au Liban, la ville omeyyade est désormais un site archéologique, peu exploré, mis à part par l'émir Shebab, en 1950. Une inscription syriaque permet de dater la construction de 846. Il pourrait s'agir d'un important comptoir commercial. Ceinte d'une muraille scandée par des demi-tours pleines, la ville mesure 370 × 310 m et s'ouvre par quatre portes en appareillage de calcaire sur moellon. Deux axes perpendiculaires à arcades, correspondant au cardo et au decumanus romains, découpent le tissu urbain en quatre parties de taille égale. Ils sont bordés de boutiques, et leur centre est marqué d'un tétrapyle, un portique monumental de plan carré, à quatre supports, placé au carrefour central de certaines grandes villes romaines du Proche-Orient[1]. La ville contient un palais et une mosquée dans la zone sud-est, un autre palais au nord-est et des bains au nord. Une grande basilique, située près du carrefour central, est également fouillée. Son assemblage à carreaux et boutisses et son fort jeu de moulures sont des éléments assez typiques du premier art islamique.

Architecture religieuse

C'est sous les Omeyyades que naît réellement l'architecture religieuse islamique, à partir du dôme du Rocher. Ce monument très particulier, qui serait construit sur l'emplacement du Temple de Salomon, est, selon Oleg Grabar, « le premier monument qui se voulût une création esthétique majeure de l'Islam »[2]. Le bâtiment s'organise autour d'une coupole centrale reposant sur quatre piliers et douze colonnes de marbre coloré. Un premier octogone fait de piliers et colonnes alternés enserre l'anneau central. Il est doublé par le second octogone que forment les murs du bâtiment, et crée donc un double déambulatoire. Des mosaïques à fond d'or couvraient une grande partie de l'édifice, dont ne subsistent que celles situées à l'intérieur. Leur iconographie est assez énigmatique : complètement anicôniques, elles représentent, à certains endroits, des joyaux dont il est difficile de déterminer le sens. Certains y voient des trophées, d'autres des offrandes, ce qui n'est pas incompatible. On remarque la forte emprise des traditions méditerranéennes de l'Antiquité tardive, notamment dans la technique de la mosaïque à fond d'or et le remploi de colonnes et de chapiteaux antiques, ainsi que des influences de l'Iran sassanide, dans les couronnes en particulier. Mais la longue inscription coranique (la première de toute l'architecture islamique) et l'absence d'êtres vivants dans le décor montrent que cet édifice, quoique remployant des éléments plus anciens, les a adaptés à un nouvel usage, une nouvelle pensée, proprement islamiques.

C'est aussi sous les Omeyyades que se met en place le type de la mosquée de plan arabe. L'archétype et le chef-d’œuvre en est la Grande mosquée des Omeyyades à Damas, réalisée sous le règne d'Al-Walīd Ier, entre 705 et 715. Il s'agit d'un édifice comportant une cour entourée d'un portique et une salle de prière hypostyle, à trois travées parallèles au mur de la qibla. La nef menant au miḥrāb est surélevée et magnifiée par une coupole, et trois minarets marquent les angles. Ici encore, on trouve des mosaïques à fond d'or d'influence byzantine, peut-être même réalisées par des artisans byzantins.

Architecture civile

L'architecture civile se développe elle aussi, au travers des châteaux du désert. Ils sont nombreux à s'élever dans des plaines syriennes arides, mais auparavant extrêmement verdoyantes et fertiles : citons Qusair Amra, Al Qastal, Mshatta. Remplissant des fonctions différentes (caravansérails, résidences princières ou de gouverneurs, etc.), ils présentent des plans variés, mais des caractéristiques communes. Ainsi, ils sont tous construits en brique, et entourés d'enceintes quadrangulaires rythmées par des demi-tours pleines et crénelées.

Décor architectural

Peinture murale d'une femme, Qusair Amra

Le décor architectural dépend encore beaucoup de l'art byzantin, comme en témoignent le fréquent remploi de colonnes antiques ou les mosaïques à fond d'or parfois réalisées par des artistes byzantins, parfois par des artisans locaux qui les imitent. La peinture murale est également très développée, comme à Qusair Amra, et on connaît des sculptures en stuc, quasiment les seules rondes bosses de tout l'art islamique.

Objets

Les premiers objets islamiques sont très difficiles à distinguer des objets antérieurs à la période, en effet, ils utilisent les mêmes techniques et les mêmes motifs.

Céramique

Bol à décor de pampres et de grenades, inscription en arabe, céramique argileuse à décor moulé, VIIe ‑ VIIIe siècles, Suse, Musée du Louvre

On connaît notamment une abondante production de céramique non glaçurée, comme en témoigne un célèbre petit bol[3] conservé au Musée du Louvre, dont l'inscription assure sa datation dans la période islamique. Les motifs végétaux sont alors sans doute les plus importants.

Il existe aussi des pièces recouvertes de glaçures monochromes vertes ou jaunes. Une glaçure est un revêtement vitreux, coloré ou non, parfois transparent, parfois opaque, qui recouvre une céramique et la fait briller ; c'est un élément très important dans l'art des pays musulmans.

Métaux

Les artisans travaillent déjà le métal en virtuoses, créant toutes sortes de vaisselles. L'aiguière de Marwān II, du musée islamique du Caire, en est un des plus impressionnants exemples. Composée d'une panse globulaire, d'un haut col finement ajouré, d'une embouchure en forme de coq, elle est un des chefs-d’œuvre de la période omeyyade. Elle est d'ailleurs créée pour l'un des souverains de cette dynastie.

Notes et références

  1. Christian Heck (dir.) et Marianne Barrucand, Moyen Âge : Chrétienté et Islam, Paris, Flammarion, coll. « Histoire de l'art », 23 août 1996 (ISBN 2080107844), p. 553 .
  2. Oleg Grabar, La Formation de l'art islamique, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 26 avril 2000 (ISBN 2080816454), p. 72 .
  3. Voir une description plus complète sur le site du Musée du Louvre.

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