André-Daniel Laffon de Ladebat
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André-Daniel Laffon de Ladebat

André-Daniel Laffon de Ladebat, né le 30 novembre 1746 à Bordeaux et mort le 14 octobre 1829 à Paris, est un banquier, homme politique et philanthrope français.

Fils du banquier et armateur bordelais Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat, il revient en France en 1763, à la fin de ses études en Hollande à l’Université protestante de Franeker et après un séjour en Angleterre. Après s’être initié aux affaires d’armement naval de son père, il se consacre avec sa femme née Julie de Bacalan, principalement à la création et au développement d’une ferme expérimentale à Pessac[1] pour le défrichement et la mise en culture des landes de Bordeaux. Parallèlement, il participe activement aux travaux du Musée de Bordeaux et de l’Académie des Sciences de Bordeaux ainsi qu’à l’Académie de peinture et de sculpture qu'il va présider. Il se distingue par plusieurs communications sur les finances et l’économie politique. En particulier le 26 aout 1788 il est remarqué par son célèbre Discours sur la nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies à l’Académie des sciences de Bordeaux, qui sera publié et lu quelques années plus tard en séance à l'Assemblée législative et sera exploité par la Société des amis des Noirs à laquelle il sera associé[2].

Sommaire

Engagement politique

Discours sur la nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies, 26 aout 1788

Jusqu'en 1789 André-Daniel Laffon de Ladebat va s'occuper de la création et de la gestion d'une ferme expérimentale à Pessac, tout en participant à différentes académies bordelaises. En mai 1789, il est désigné par le Tiers état, bien que noble, aux États généraux ; comme il refuse de se démettre pour représenter la noblesse de son département, son élection est invalidée[3]. Malgré cela en tant que "Commissaire-député par les citoyens de la Guyenne, le 13 août 1789 il dédie à l'Assemblée Nationale son Discours sur la nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies et soumet son projet de "Déclaration des droits de l'homme", en 58 articles, précédé d'un avertissement dans lequel il déclare :"J'ai essayé de tracer ces principes sacrés d'après ma conscience seule". Il retourne à Bordeaux après les Journées des 5 et 6 octobre. Membre du directoire exécutif de la Gironde en 1790, il est élu député de ce département à l’Assemblée législative où il rejoint le parti modéré des Feuillants ; il préside le Comité des finances et prend la présidence de l’Assemblée en juin 1792. Le 20 juin 1792, lors de la prise des Tuileries, il prend la défense du roi et de sa famille, ce qui lui vaudra d’être arrêté et emprisonné aux Carmes en décembre suivant.

Relâché dès le début de la Convention, il est de nouveau emprisonné sous la Terreur ; il échappe de justesse au tribunal révolutionnaire car on a besoin de son crédit pour assurer le financement des subsistances. Nommé administrateur de la Caisse d'escompte, ancêtre de la Banque de France, il sera associé puis liquidateur de la Banque territoriale.

Président du Conseil des Anciens du Directoire

Élu par la Gironde au Conseil des Anciens, il siège avec les républicains modérés qui, avec les monarchistes constitutionnels et les royalistes vont bientôt constituer la majorité des deux assemblées opposées aux Directeurs. Un personnage comme lui représente un réel danger pour les hommes en place « compromis, ou corrompus ou pourris » selon Carnot, et ayant de gros besoins financiers. Son honnêteté personnelle, son côté rigoriste et austère protestant en faisaient ainsi un sérieux rival pour les hommes du Directoire. Homme honorable au sens où il n’a pas accumulé de fortune, où il n’a pas choisi la politique pour faire carrière ou s’enrichir, connu de surcroît comme bon père de famille et bon mari et menant une vie fort discrète, il dénonce sans trêve avec Boissy d’Anglas, autre protestant, la licence et la gabegie financière.

Déportation politique en Guyane

La maladie et la mort d'un déporté de fructidor à Sinnamary en 1798.

Président du Conseil des Anciens au moment du coup d'État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) organisé par trois des Directeurs (Barras, La Réveillière et Rewbell)[4], il est emprisonné à la prison du Temple avec quinze autres députés modérés ou royalistes (dont le général Pichegru). Il est déporté sans jugement à la Guyane. Le voyage par terre de Paris à Rochefort en cages de fer, puis par mer vers Cayenne dans les cales de la corvette la Vaillante, dans des conditions particulièrement inhumaines, va durer plus de deux mois. Ensuite parqués comme des bestiaux sur cette terre lointaine à la réputation funeste, on les laissera croupir plusieurs mois et certains plus de deux ans dans les marais insalubres et les savanes désertes et inhospitalières de Sinnamary. Un déporté sur deux n'en est jamais revenu. André-Daniel Laffon de Ladebat va échapper de justesse à la mort mais rester plus de deux ans à Sinnamary.

Retour en France

Il revient en France en février 1800, gracié par le Premier Consul. Dès son retour, il est sollicité par plusieurs départements pour les représenter au Sénat, mais il reste suspect au Premier Consul qui lui reprochera toujours d’avoir dénoncé ses exactions en Italie et demandé peu de temps avant Fructidor sa destitution ; en outre le Premier Consul se méfie de ce genre de parfait honnête homme désintéressé qui n’était même pas parvenu à s’enrichir comme beaucoup sous le Directoire et manifestait beaucoup trop d’esprit d’indépendance. Il considère qu’un tel homme ne peut figurer dans son Sénat et raye son nom de toutes les listes. Laffon de Ladebat est donc le seul des déportés de Fructidor à devoir s’éloigner de la politique pour revenir au commerce et à la vie privée tout en s’engageant dans d’autres formes d’utilité sociale.

« Dans la monarchie arbitraire, l’anarchie jacobine, la confusion directoriale et le despotisme militaire je n’ai vu que le mépris du peuple » écrit-il pour expliquer son abstention désormais de tout engagement politique. Tout en prenant la direction de la Banque territoriale ainsi que la responsabilité de la liquidation définitive de la Caisse d’escompte qui lui sont confiées pour sa compétence financière reconnue, il s’efforce de remédier aux dommages que la déportation a causé à ses affaires. Il lui faut récupérer les restes de ses biens dispersés ou confisqués et, notamment, obtenir des dédommagements pour la réquisition aux Indes de l’un des vaisseaux de l’armement familial, Le Sartine, celui-là même qui, paraît-il, avait bouché à son retour avec Barras le port de Marseille[5].

Pendant la Restauration il ne rencontre pas davantage la faveur des Bourbons, que d’ailleurs il ne recherche pas.

Activités philanthropiques

Il contribue alors à la création et au développement de Caisses d’épargne puis d’institutions philanthropiques. Administrateur de l’Institution des jeunes aveugles (Valentin Haüy) et de l'Institution des sourds-muets (abbés de L'Epée et Sicard) il s'implique dans les recherches sur les moyens de communication pour ces handicaps. En 1818, on le retrouve Président de la Société protestante de prévoyance et de secours mutuels et, en tant que membre de la Société de la morale chrétienne il se trouve en 1821 au nombre des fondateurs avec Auguste de Staël et Charles de Rémusat du « Comité pour l’abolition de la traite des noirs et de l’esclavage ».

La même année, après un séjour en Angleterre où il va étudier les nouveaux systèmes d’organisation industrielle et communautaires mis en place par Robert Owen à New Lanark, il traduit en français et préface un ouvrage de Henry Grey Macnab qui relate et analyse ces expériences pionnières destinées au « Soulagement et l’emploi le plus utile des classes ouvrières et des pauvres, et pour l’éducation de leurs enfants » Enfin peu de temps avant sa mort, survenue le 14 octobre 1829 il rassemble les notes qu’il a prises au cours de sa déportation à Sinnamary (Journal de déportation en Guyane et discours politiques, édition 2009 EDILIVRE Paris, et État de la Guyane française et observations sur cette colonie)

À la mort, à l'âge de près de quatre-vingt-trois ans, d’André-Daniel Laffon de Ladebat, son éloge funèbre est prononcé par Guizot au Père-Lachaise où il repose à côté de son épouse et de certains de ses enfants (division 39)[6]. La ville de Bordeaux offrit à sa famille une médaille portant sur la face son profil et au revers l'inscription : « Au Député honoré deux fois des suffrages de ses concitoyens, qui défendit avec courage les lois et les libertés, proscrit le 18 fructidor an V, homme de bien qui consacra sa vie à l'utilité publique, aux progrès de la religion, de la morale et des lumières »[7]

Sources bibliographiques

  • Philippe de Ladebat : Seuls les morts ne reviennent jamais : les pionniers de la guillotine sèche en Guyane française sous le Directoire Éditions Amalthée, Nantes, 2008[8]
  • André-Daniel Laffon de Ladebat : Journal de déportation et discours politiques, EDILIVRE, Paris, 2009[9]

Notes et références


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article André-Daniel Laffon de Ladebat de Wikipédia en français (auteurs)

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