Hotel de Guenegaud


Hotel de Guenegaud

Hôtel de Guénégaud

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Cour de l'hôtel de Guénégaud

L’Hôtel de Guénégaud (60, rue des Archives - 75003 Paris) a été élevé entre 1651 et 1655 pour Jean-François de Guénégaud, sieur des Brosses, secrétaire du Roi, maître des Comptes et conseiller d'État, par François Mansart.

Seul hôtel du célèbre architecte qui subsiste dans sa totalité, il abrite aujourd'hui le siège de la Fondation de la Maison de la Chasse et de la Nature et un club privé : Le Club de la Maison de la Chasse et de la Nature. Le Musée de la Chasse et de la Nature y présente une partie de ses collections, étendue depuis février 2007 à l’hôtel de Mongelas, hôtel particulier mitoyen de l’hôtel de Guénégaud.

Parfait exemple de l'hôtel parisien du milieu du XVIIe siècle, il se compose d'un corps principal, entre cour et jardin, de deux ailes en retour et d'un bâtiment donnant sur la rue. L'ensemble est empreint d'une grande sobriété. L'hôtel a conservé son admirable escalier d'honneur.

Sommaire

Histoire et architecture de l'hôtel

Alors que d’autres édifices, tels le château de Maisons ou l’hôtel Carnavalet, correspondent à des programmes d’habitation luxueux, cet hôtel donne la version du talent de François Mansart, appliqué à la construction d’une résidence plus modeste, destinée à un représentant de la noblesse de robe. Jean-François de Guénégaud, sieur des Brosses, fait l’acquisition, en 1647, de la parcelle occupant l’angle de la rue des Quatre-Fils et de la rue des Archives. Des revers de fortune l’empêchent de commencer les travaux avant 1651. Ceux-ci seront probablement achevés en 1655 quand le maître des lieux peut enfin prendre possession de sa nouvelle demeure.

Mansart s’adapte à un contexte difficile: il lui faut tenir compte de la situation de la parcelle à l’angle de deux rues et de l’existence de bâtiments anciens dont il intègre les maçonneries tout en en métamorphosant l’apparence.

En dépit de ces contraintes, le nouvel édifice présente toutes les caractéristiques de l’hôtel classique. La structure s’apparente au type à la mode avec le corps principal situé entre cour et jardin. Le plan général, quadrilatère dont les angles affectent l’apparence de pavillons, réminiscence probable d’architecture militaire, est conforme à la tradition française. Les bâtiments s’organisent hiérarchiquement depuis le corps d’entrée à l’ouest, encadré par les deux ailes en retour plus élevées, l’élévation culminant dans l’aile d’habitation. Un léger décrochement des façades et des toitures permet d’individualiser l’extrémité ouest des deux ailes encadrant le corps d’entrée. A première vue, l’ordonnance des façades correspond aux critères de régularité et de symétrie qui définissent le caractère aristocratique d’un édifice à l’époque classique. Mais, si l’on y regarde de plus près, cette monumentalité est acquise au prix d’artifices où l’architecte prouve toute son ingéniosité.

L’aile sud, probablement réutilisée, s’avère plus large que celle du nord, sans qu’il y paraisse depuis la cour. Pour la façade sur jardin, Mansart a remédié à la différence de taille des deux avant-corps latéraux en esquissant au nord une travée de baies feintes.

L’ornementation des façades est extrêmement sobre: chaînages à refends, mouluration soulignant les lignes architectoniques. Le jeu de proportion entre les pleins et les vides permet de dynamiser les façades et valorise la travée centrale du corps d’habitation.

La distribution primitive de l’hôtel est caractéristique d’une résidence aristocratique urbaine. L’aile est abrite, de part et d’autre du porche, le logement du portier et la remise à voitures.

Les écuries occupent le rez-de-chaussée de l’aile nord, surmontées à l’entresol et au premier étage par les appartements des enfants de la maison. L’aile sud est réservée au service: cuisines, fournil, office, garde-manger et salle du commun. François de Guénégaud habite le rez-de-chaussée de l’aile est. Devant la travée axiale, un perron accède à une grande antichambre. Une seconde antichambre au nord précède la chambre et la garde-robe en retour sur la cour. Cette dernière ouvre sur l’escalier secondaire montant de fond en comble. L’appartement de madame de Guénégaud occupe le premier étage de l’aile principale. On y parvient par l’escalier secondaire et surtout par l’escalier d’honneur.

Ce dernier est placé à l’extrémité de l’aile d’habitation et non plus au centre, comme c’était encore le cas dans la plupart des hôtels antérieurs, disposition qui interrompait fâcheusement la distribution des appartements. Cet escalier est un morceau de bravoure où François Mansart a fait preuve d’une grande maîtrise de la stéréotomie ou technique de l’assemblage des pierres de taille. Les volées de marche reposent sur une voûte rampante. Celle-ci s’appuie d’un côté sur le mur extérieur de la cage d’escalier, tandis que l’autre côté dégage un vaste vide central au prix d’un important porte-à-faux. Cette prouesse architecturale suscite l’admiration des contemporains. L’escalier d’apparat ne dessert que le premier étage. Réservé aux déplacements ancillaires, un petit escalier escamoté permet de gagner le second étage à partir du palier de l’escalier d’honneur. Les inventaires informent sur le décor intérieur des Guénégaud : point de lambris richement dorés, mais des tapisseries comme on en trouve alors dans les intérieurs plus modestes.

L’hôtel change de main pour revenir, au début du XVIIIe siècle, à la famille Romanet qui met le bâtiment au goût du jour. Afin de donner plus de lumière, on abaisse les allèges de certaines fenêtres comme la façade sur le jardin en montre encore l’exemple. Lambris de hauteur et voussures des plafonds dont subsistent certains éléments viennent orner les intérieurs.

L’hôtel connaît encore des heures brillantes lorsqu’un nouveau propriétaire, Thiroux d’Epersenne y installe sa collection d’œuvres d’art. Mais ses héritiers ne peuvent empêcher le déclin. Le Marais n’est plus à la mode quand survient la Révolution. Au cours du XIXe siècle, les appartements sont morcelés, dépouillés de leurs éléments de décor. Des installations industrielles et commerciales occupent tout le rez-de-chaussée, débordant sur la cour et le jardin.

L’hôtel de Guénégaud a piètre allure lorsque il est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1926. Cet état, jugé alors irrémédiable, lui vaut d’être déclassé en 1930.

Il faut attendre la réhabilitation du Marais entreprise à l’instigation du ministre en charge des Affaires culturelles, André Malraux, pour que les autorités publiques s’y intéressent à nouveau.

Acquis par la Ville de Paris en 1961 et classé Monument historique l’année suivante, l’hôtel de Guénégaud est loué à la Fondation de la Maison de la Chasse et de la Nature, à charge pour cette dernière d’assumer la restauration. C'est l'un des tout premiers hôtels à être restauré dans le cadre des plans de sauvegarde du Marais décidés par André Malraux. Le sauvetage et la mise en valeur de l'hôtel de Guénégaud seront donc opérés grâce au mécénat de François Sommer et de son épouse Jacqueline Sommer. Les appendices industriels sont supprimés et un jardin d’inspiration classique rétabli. Les fenêtres sur la cour sont rétablies dans leur disposition d’origine mais la façade sur le jardin conserve les transformations du XVIIIe siècle. Les percements indignes qui dénaturent l’escalier de François Mansart sont effacés. La disposition d’origine du corps d’entrée n’étant pas connue avec certitude, on établit une terrasse bordée de balustrades au-dessus du premier niveau comme un certain nombre d’hôtels contemporains en donnent l’exemple. Les appartements sont aménagés pour recevoir le Club de la Maison de la Chasse et de la Nature et le Musée de la Chasse et de la Nature avec le souci de conserver à l’édifice un caractère d’habitation. A l’issue de cette importante réhabilitation, le musée est inauguré par André Malraux et ouvert au public en février 1967.

L’hôtel de Guénégaud compte à nouveau parmi les plus élégantes demeures de Paris.


Les différents propriétaires de l'hôtel de sa construction à la fin du XIXe siècle

  • De 1651 à 1667

JEAN-FRANÇOIS DE GUENEGAUD DES BROSSES Secrétaire du roi en 1626, trésorier de France à Soissons en 1630, commissaire de la marine en 1632, maître des comptes en 1637 et conseiller d’Etat en 1643, il achète, en 1650, la maison de l’Ermitage qu’il fait démolir l’année suivante. Il demande alors à François Mansart de construire sa nouvelle demeure qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1667. Son fils Claude hérite alors de l’hôtel.

  • De 1667 à 1703

CLAUDE DE GUENEGAUD DES BROSSES Conseiller au Châtelet en 1658, au Parlement en 1661, maître des requêtes de l’Hôtel en 1667, il est envoyé comme ambassadeur extraordinaire au Portugal en 1675. Pendant son absence, il loue l’hôtel à Pierre Reich de Penautier, receveur général du clergé de France et trésorier des Etats du Languedoc. A son retour du Portugal, en 1681, il réoccupe l’hôtel puis le vend, en 1703, au financier Jean Romanet.

  • De 1703 à 1719

JEAN ROMANET Conseiller secrétaire du Roi et receveur général des finances en Auvergne, il y entreprend de nombreuses modifications. Il change la distribution des appartements afin de les rendre plus confortables, fait renouveler le décor intérieur, déplace l’entrée principale qui se trouvait primitivement dans l’axe central pour la reporter à la dernière travée de l’aile droite. Enfin, il fait condamner plusieurs fenêtres sur cour et sur jardin pour permettre une meilleure utilisation des murs à l’intérieur des pièces.

  • De 1703 à 1766

FRANÇOIS-MARTIAL DE CHOISEUL-BEAUPRE A la mort de Romanet, en 1703, l’hôtel revient à sa petite-fille Charlotte-Rozaline qui épouse, en 1751, François-Martial de Choiseul-Beaupré. Elle meurt en 1753 laissant une fille. Deux ans plus tard, Choiseul-Beaupré se remarie avec Magdeleine Thiroux de Monregard. Il hérite de l’hôtel à la mort de sa fille en 1757. En 1766, il le vend à un oncle de sa seconde femme, François Thiroux d’Epersenne.

  • De 1766 à 1895

LES THIROUX

FRANÇOIS THIROUX D’EPERSENNE Maître des requêtes ordinaires de l’Hôtel, il appartenait à une famille de grands financiers originaires de Bourgogne. Brillant amateur d’art et collectionneur, il rassemble dans l’appartement du rez-de-chaussée de l’hôtel sa collection dans laquelle figuraient trois œuvres célèbres de Falconet la Baigneuse, le Pygmalion et Galatée et le bas relief d’Alexandre et Campaspe. Il décide de faire construire, à l’extrémité du jardin, des écuries. Celles-ci seront achevées par ses héritiers et constituent aujourd’hui le n° 22 de la rue des Quatre-Fils. A sa mort, en 1767, l’hôtel revient à son frère Louis-Lazare Thiroux d’Arconville.

LOUIS-LAZARE THIROUX D’ARCONVILLE Premier Président de la Chambre des requêtes au Parlement de Paris, il avait épousé Marie-Geneviève Darlus alors âgée de 15 ans. Femme de lettres, elle s’adonne à l’étude des sciences et de l’histoire et publie de nombreux ouvrages sous le voile de l’anonymat. Mme d’Arconville et son époux étaient d’une grande pruderie et firent voiler la nudité du Pygmalion et Galatée de Falconet dont ils avaient hérité. Diderot, étant un jour venu les voir pour en solliciter l’acquisition au compte de Catherine II, écrit à Falconet : " J’ai vu, revu M. et Mme d’Arconville. J’ai sollicité par écrit et de vive voix votre Pygmalion. J’en suis fâché mon ami, il n’y a rien à faire et votre statue animée restera longtemps chez ces riches dévots, couverte d’une chemise de satin qu’on lève de temps en temps en faveur des curieux."

A la mort de Louis-Lazare, en 1789, l’hôtel revient à son dernier fils Alexandre-Louis Thiroux de Mondésir.

ALEXANDRE-LOUIS THIROUX DE MONDESIR Lieutenant général des Armées du roi, il émigra très vite laissant à Paris sa mère et un de ses frères, Amédée-Claude Thiroux de Gervillier. Son frère aîné, Louis Thiroux de Crosne, avait lui aussi émigré.

AMEDEE-CLAUDE THIROUX DE GERVILLIER Maréchal des camps et armées du roi, il occupe aussitôt l’hôtel, pour le sauver du séquestre. Revenu d’émigration, Thiroux de Mondésir lui cède la jouissance de l’hôtel et fait de son neveu, Louis-Hippolyte Thiroux de Gervillier, son légataire universel.

LOUIS-HIPPOLYTE-CHARLES THIROUX DE GERVILLIER Il occupe l’hôtel jusqu’à sa mort en 1842. L’hôtel passe ensuite à l’une de ses filles, Marie-Olympe, puis en 1862 à Alexandre-Charles. En 1895, l’hôtel est vendu à Benjamin Hunebelle.


Autre Hôtel de Guénégaud

Cet Hôtel de Guénégaud ne doit pas être confondu avec celui qui se trouvait rive gauche à l'emplacement de l'actuel Hôtel des Monnaies (1768). Ce dernier a été le théâtre de la troupe de Molière, puis de 1680 à 1687, le premier théâtre de la Comédie-Française.

Lien externe

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