Henri Breuil


Henri Breuil
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Henri Breuil
Henri Breuil (février 1954)
Henri Breuil (février 1954)

Surnom Le pape de la Préhistoire
Naissance 28 février 1877
Mortain
Décès 14 août 1961 (à 84 ans)
L'Isle-Adam
Nationalité Drapeau de France France
Profession Prêtre et préhistorien
Activité principale Archéologie, anthropologie, ethnologie et géologie

Henri Édouard Prosper Breuil, né le 28 février 1877 à Mortain (Manche) et mort le 14 août 1961 à L'Isle-Adam (Val-d'Oise, à l'époque Seine-et-Oise), est un préhistorien français. Universellement connu sous le nom d'« abbé Breuil » et surnommé le « pape de la Préhistoire »[1], il s’est illustré par ses contributions à la classification des industries lithiques, paléolithiques et à l’étude de l’art pariétal préhistorique.

Sommaire

Biographie

Né d'un père Procureur de la République à Clermont-de-l'Oise et de Cécile Mario de l'Isle, il entre au prestigieux séminaire de Saint Sulpice en 1895 en même temps que Jean Bouyssonie (1877-1965), il suit les cours de sciences naturelles de l’abbé Jean Guibert, auteur d'un traité - « Les Origines » - sur les rapports de la science et de la religion - , dont l'enseignement fait une large place aux idées évolutionnistes alors relativement nouvelles. Il va faire un certain nombre de rencontres cruciales qui vont conforter son intérêt pour la science préhistorique naissante : G. d’Ault du Mesnil, Louis Capitan (1854-1929) en 1896, Edouard Piette en 1897 chez qui il peut admirer des chefs-d’œuvre de l’art mobilier préhistorique, Denis Peyrony.

Ordonné prêtre le 9 juin 1900 à Saint-Sulpice, l'abbé Breuil obtiendra[2] de ne pas être attaché à une paroisse afin de pouvoir se consacrer entièrement à ses travaux de préhistorien dans un but d'apologétique catholique[3]. Il obtient sa licence d'Histoire Naturelle en 1904.

Dès 1905, il enseigne la Préhistoire à l’Université de Fribourg, puis à Paris à l’Institut de paléontologie humaine (1910) et au Collège de France (1929-1947). Il est nommé membre de l’Institut de France en 1938. Bien que détestant l'enseignement, il construit paradoxalement sa carrière dans ce domaine afin de le faire reconnaître et financer par l'université et la Caisse des Monuments Historiques et Préhistoriques.

Henri Breuil et l’art pariétal

En 1901, avec Louis Capitan et Denis Peyrony, il participe à la découverte de deux grottes ornées majeures de Dordogne, les Combarelles et Font-de-Gaume. Il commence à réaliser des relevés des gravures de la première et des peintures et gravures de la deuxième. En 1902, Émile Cartailhac le convie à étudier les peintures de Marsoulas et d’Altamira. Dès lors, il va participer à l’étude de nombreux sites ornés, en France (le Tuc-d’Audoubert, les Trois-Frères), en Espagne (Castillo) mais aussi en Afrique du Sud. Il sera notamment le premier préhistorien à visiter et décrire sommairement la grotte de Lascaux, avant de gagner l'Afrique.

Ses études vont lui permettre d'être reconnu désormais comme le spécialiste international de l'art pariétal préhistorique : en 1929, il reçoit une chaire au Collège de France, et en 1935, il obtient la première chaire du genre à l'Université de Bordeaux.

Son ouvrage majeur, Quatre cents siècles d'art pariétal, paru en 1952, dresse pour la première fois un panorama de l'art pariétal paléolithique franco-cantabrique connu à l'époque et lui confère une autorité mondiale. Ce livre est l'aboutissement de plus de 700 jours d’études sous terre. L'Abbé Breuil s'attache avant tout à relever et à décrire minutieusement les œuvres paléolithiques et à en préciser la chronologie qu'il imagine se dérouler en deux cycles successifs.

Plus tard, malgré son âge et ses difficultés visuelles, il ira constater et authentifier, comme on disait alors, les découvertes de Rouffignac (révélées par le Spéléo-Club de Périgueux dès 1948 et reconnues seulement en 1954 par L.-R. Nougier et R. Robert) et de Villars (découvertes par ces mêmes spéléologues).

Henri Breuil et les industries préhistoriques

Henri Breuil (avec sa soutane, son béret vissé derrière l’oreille et la cigarette aux lèvres) et Jean Houzeau de Lehaie - Musée de Préhistoire de Mons (Belgique).

Sa contribution majeure concernant les industries lithiques reste sa révision de stratigraphies de références du Paléolithique supérieur et la restitution en 1906 de la véritable position de l’Aurignacien dans la chronologie de cette période, au terme d'une étude méthodique de l'outillage lithique et osseux d'Europe en stratigraphie menée depuis 1905.

Sa passion le conduit à s’intéresser à toutes les formes de la culture matérielle paléolithique, toutes périodes confondues. Avec le père Pierre Teilhard de Chardin, exilé en Chine dans les années 1930, il participe aux recherches concernant le Sinanthrope à Zhoukoudian en Chine.

Henri Breuil et l'Afrique

Ses nombreux voyages en Afrique lui permettent de se lier à sir Ernest Oppenheimer, alors leader mondial de l'industrie de l'or et du diamant. Il peut examiner de nombreuses collections et livrer les premières publications synthétiques traitant de la Préhistoire africaine.

En Afrique du Sud, il prend une part importante au développement académique de la discipline et est même élu Président de la South African Archeological Society. Il se lie d'amitié avec le maréchal Jan Smuts, grâce à qui il obtient les moyens financiers et logistiques de ses expéditions. Plus tard, il se lie avec l'anthropologue sud-africain Philip Tobias.

En 1918, le prospecteur et topographe allemand Reinhard Maack découvre sur une paroi rocheuse, une importante fresque rupestre, dans les monts du Brandberg (2 573 m), le plus haut massif montagneux de Namibie. En 1947, Henri Breuil visite cette découverte dont le personnage central, qu'il appelle la « dame blanche », le hante depuis qu'il a appris son existence dix-huit ans auparavant.

Des pratiques discutables

L'œuvre de pionnier de H. Breuil reste immense même si nombre de ses théories et de ses interprétations ont été infirmées par les analyses ou les études ultérieures. Il est également possible aujourd'hui, avec le recul, d'émettre des réserves quant à certaines de ses méthodes, parfois approximatives, ses préjugés idéologiques[4] dont certains seraient aujourd'hui qualifiés de racistes, ses discours scientifiques fortement imprégnés d'une mythologie populaire, sa douteuse omniscience, son refus d'admettre l'erreur et son souci de se construire une image flatteuse pour la postérité.

Principales publications

Henri Breuil a publié plus de 800 contributions concernant la Préhistoire en général et l'art préhistorique en particulier, ainsi que quelques-unes concernant la botanique et l'entomologie.

  • « La question aurignacienne. Étude critique de stratigraphie comparée », in Revue préhistorique, II, 1907, pp. 173-219.
  • « Les subdivisions du Paléolithique supérieur et leur signification », in Cong.int. d'Anthr. et d'Arch. préhist., 1912, pp. 165-238.
  • « Découverte d'une remarquable grotte ornée, au domaine de Lascaux, Montignac (Dordogne) », in C.R. de l'Acad. des Inscr. et Belles-Lettres, séance du 11 oct. 1940, pp. 387-390.
  • Quatre cents siècles d’art pariétal, Centre d'Études et de Documentation préhistoriques, 1952.
  • Des descriptions inédites de grottes ornées par H. Breuil (Bernifal, la Mouthe, Combarelles II, la Calévie) devaient être publiées par l'abbé A. Glory, décédé accidentellement en 1966. Elles ont été publiées par B. et G. Delluc et D. Vialou en 1994, 1995 et 2006 dans le Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord.

Collection Breuil

Sources et références

  • « Les grandes figures disparues de la spéléologie française », dans Spelunca (Spécial Centenaire de la Spéléologie), no 31, juillet-septembre 1988, p. 32 
  • Damien Delanghe, « Médailles et distinctions honorifiques » [PDF], Les Cahiers du CDS, n° 12, mai 2001.
  • Michel Brézillon, Dictionnaire de la préhistoire, éd. Larousse 1969 (ISBN 2-03-075437-4)
  • collectif, Breuil et l'Afrique. La fabrique de l'archéologie préhistorique africaine dans la première moitié du XXe siècle, Colloque international de Johannesburg.
  • Noël Coye (éd.), Sur les chemins de la préhistoire, l'abbé Breuil du Périgord à l'Afrique du Sud, éd. Somogy et centre d'art Jacques-Henri Lartigue.
  • Brigitte et Gilles Delluc, 1987 : Une lettre de l'abbé Henri Breuil au sujet de l'homme du Moustier, Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, 114, p. 105-110, 2 pl.
  • Brigitte et Gilles Delluc, et Denis Vialou, 1994 : Une étude de l'abbé Henri Breuil sur la grotte des Combarelles II (Les Eyzies), Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, 121, p. 285-294, 5 pl.,
  • Brigitte et Gilles Delluc et Denis Vialou, 1995 : Une étude de l'abbé Henri Breuil sur la grotte de Bernifal (Meyrals), Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, 122, p. 21-37, 4 pl.
  • Brigitte et Gilles Delluc et Denis Vialou, 1995 : La grotte de La Mouthe (Les Eyzies). Une étude de l'abbé Breuil. La découverte et l'archéologie, Bull. de la Soc. hist. et arch. du Périgord, 122, p. 523-536, 4 pl. , et (suite et fin) La décoration pariétale, p. 645-668, 4 fig.
  • Brigitte et Gilles Delluc, 1999 : Les démêlés d’Edouard-Alfred Martel avec la Préhistoire et l’abbé Henri Breuil, in : L’Homme qui voyageait pour les gouffres, actes du colloque de Mende, 17-18 octobre 1997, p. 95-126, ill.
  • Brigitte et Gilles Delluc, 2006 : La grotte ornée de la Calévie (Les Eyzies). Un manuscrit inédit de l’abbé Breuil, avec Denis Vialou, Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 133, p. 241-248, ill.
  • Brigitte et Gilles Delluc, 2006 : Deux beaux cadeaux de Noël pour l’abbé Henri Breuil : la frise sculptée du Cap-Blanc et la vénus de Laussel, Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 133, p. 351-370, ill.
  • Marc Groenen, Pour une histoire de la préhistoire, éd. J. Millon 1994 (ISBN 2-905614-93-5)
  • Arnaud Hurel, L'abbé Henri Breuil. Un préhistorien dans le siècle, CNRS Éditions, 2011 (ISBN 978-2-271-07251-1) Présentation du livre
  • Arnaud Hurel, « Un prêtre, un savant dans la marche vers l’institutionnalisation de la préhistoire. L’abbé Henri Breuil (1877-1961) », La Revue pour l’histoire du CNRS, n°8, mai 2003. [lire en ligne]
  • Jean-Loïc Le Quellec, Arts rupestres et mythologie en Afrique, éd. Flammarion, 2004.
  • Nicolas Skrotzky, L'abbé Breuil et la préhistoire, éd. Seghers, 1964.
  • Pierre Teilhard de Chardin, Lettres inédites à l'abbé Gaudefroy et à l'abbé Breuil, Le Rocher, 1988.
  1. Selon certains, il serait un pape autoproclamé (cf. le site de la Société d'études et de recherches préhistoriques des Eyzies).
  2. Après plusieurs tentatives infructueuses, il obtient ce privilège grâce à l'évêque de Soissons que connaît bien son grand-père maternel qui fut sous-préfet.
  3. article L'homme dans le « Dictionnaire apologétique de la foi catholique », 1926
  4. Le Quellec, J.-L. (2006) - « Breuil et la "Dame Blanche", naissance et postérité d'un mythe », in: Sur les chemins de la préhistoire : l'abbé Breuil du Périgord à l'Afrique du Sud, Coye, N., (Éd.), Paris, Somogy Éditions d'Art, pp. 119-127.

Voir aussi

Liens externes



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