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Chambre de bonne

Une chambre de bonne est une pièce séparé d'un appartement au sein d'une maison bourgeoise, généralement aménagée au dernier étage et accessible par des escaliers spécifiques (les escaliers de service), initialement conçu pour servir de chambre à l'un des domestiques engagés par la famille occupant le reste de l'habitation (une « bonne à tout faire » dans le langage familier, d'où le nom).

Étant donné le niveau social des occupants auxquels elles étaient destinées, les chambres de bonne se caractérisent par un espace très exigu (d'autant plus qu'elles sont souvent en soupente), et un confort minimal, les toilettes étant par exemple généralement installées sur le palier pour être partagées avec tous les autres occupants de l'étage.

Les chambres de bonnes apparaissent à Paris vers 1830. "Avec la mise en place de la société hiérarchisée qui se met en place dés le début du XIXè siécle, les serviteurs ne peuvent plus dormir dans l'espace de leurs maîtres [...]"[1].

Les conditions de vie y sont jugées scandaleuses par certains et déjà dénoncées. Tel Jules Simon, ou le professeur Brouardel de l'Académie de médecine ou encore Juillerat l'inventeur du Casier Sanitaire des maisons de Paris et le Docteur Héricourt : "Il est impossible de ne pas protester contre le logement des domestiques, qui est une des hontes de notre civilisation, un des plus gros scandales de l'hygiène[...]"[2]. L'exposition de la Tuberculose de 1906 compare une chambre de bonne du VIIIème arrondissement de Paris avec une cellule de la prison de Fresnes : la cellule de prison est habitable et salubre, pas la chambre de bonne[3].

Si bien que vers la fin du XIXè siècle de plus en plus de chambres de domestiques seront installées à l'étage des maîtres. "La charité et l'intérêt, mais aussi la panique devant les maladies et la contagion se mêleront pour transformer le point de vue des propriétaires [...] et de leurs architectes. Et quand, à la fin du siècle, les médecins alertent l'opinion sur les progrès de la tuberculose et rendent les conditions de sa propagation intelligibles, tous seront plus attentifs à la salubrité des logements des domestiques."[2].

De nos jours, ces locaux sont souvent loués à des personnes ayant des revenus modestes, en particulier des travailleurs pauvres et des étudiants. À cause de leurs connotations négatives, souvent aujourd'hui les propriétaires annoncent leurs chambres de bonnes sous la rubrique studettes.

Dans ce but, il est tentant de vouloir les aménager pour les doter du confort moderne (douche, sanitaires, ...) mais il ne faut pas oublier que ces petits espaces sont alors soumis aux nuisances engendrées par un mode de vie pour lequel ils n'ont pas été conçus (production de quantités importantes de vapeur d'eau, nuisances sonores, etc...). Ils ont tendance à devenir autonomes par rapport à l'appartement dont ils constituaient jusqu'alors une partie isolée. Créent des charges nouvelles que ne compense pas la modicité de leur contribution à l'entretien des bâtiments qui les abritent.

Les chambres de bonne ont fait l'objet de réglementations sanitaires, préservant la qualité de vie et la santé de l'occupant. Au début du XXème siècle le Règlement Sanitaire de la Ville de Paris de 1904 exigeait une surface minimale de 8 m² mesurée à 1,30 m du sol, un volume de 20 m, il stipulait en outre : "Chaque pièce sera munie d'un tuyau de fumée et sera aérée directement par une ou plusieurs baies dont l'ensemble devra présenter une section totale au moins égale au huitième du sol de ladite pièce"[4]. Au milieu du XXe siècle, on exigeait du point de vue de l'architecture une surface minimale de neuf m², un volume de vingt m et une surface de baies supérieure au huitième de la surface[5].

Notes et références

  1. "Histoire de la vie privée" Tome IV, sous la direction de Philippe Ariès et Georges Duby, éditions du Seuil, page 311
  2. a  et b Monique Eleb avec Anne Debarre "L'invention de l'habitation moderne, Paris 1880-1914", Architectures de la vie privée, suite, Hazan, 1995
  3. Anne Martin-Fugier, "La Place des bonnes : la domesticité féminine à Paris en 1900", Paris, Grasset, 1979
  4. Département de la Seine, Direction des affaires municipales. Bureau d'hygiène de la ville deParis. 1er règlement sanitaire de la ville de Paris (arrêté du 22 juin 1904), Paris, impr. Chaix, 1904
  5. Chiffres donnés par l'article « Chambre de domestique » du Nouveau Larousse ménager, Librairie Larousse, Paris, 1955. Ce dictionnaire encyclopédique consacre une demi-page comportant deux plans-modèles de chambre de domestique alors que l'emploi de domestiques n'est plus guère répandu.
  • L'ancien terme français désignant l'espace disponible sous la toiture est « galetas » ; il est utilisé par Viollet-le-Duc dans son dictionnaire de l'architecture.
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