Front de l'Est (Seconde Guerre mondiale)

Front de l'Est (Seconde Guerre mondiale)
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Front de l’Est
EasternFrontWWIIcolage.png
De haut en bas et de gauche à droite. Un Il-2 soviétique dans le ciel de Berlin ; Un char allemand Tiger I lors de la bataille de Koursk ; Troupes soviétiques lors de la bataille de Stalingrad ; Bombardiers allemands Stuka ; Wilhelm Keitel signant les actes de capitulation de l'Allemagne nazie ; Meurtres de juifs soviétiques par des Einsatzgruppen
Informations générales
Date du 22 juin 1941 au 8 mai 1945
Lieu Union soviétique, Europe de l'Est
Changements territoriaux Annexion des Pays baltes par l'URSS; avancée vers l'ouest de la ligne Oder-Neisse
Issue Victoire soviétique
Belligérants
Alliés

Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
Drapeau : Pologne Armée Polonaise de l'Est
Drapeau roumain Royaume de Roumanie (à partir de 1944)
Drapeau bulgare Royaume de Bulgarie (à partir de 1944)
Autres
Axe

Drapeau : Allemagne Reich allemand
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d'Italie (jusqu'en 1943)
Drapeau roumain Royaume de Roumanie (jusqu'en 1944)
Drapeau de Finlande Finlande (jusqu'en 1944)
Flag of First Slovak Republic 1939-1945.png Slovaquie
Hongrie Royaume de Hongrie
Drapeau de la Croatie État indépendant de Croatie
Drapeau bulgare Royaume de Bulgarie (1944)[1]

Autres

Commandants
URSS Joseph Staline
URSS Alexeï Innokentievich Antonov
URSS Ivan Bagramyan
URSS Ivan Koniev
URSS Georgi Joukov
URSS Rodion Malinovsky
URSS Kirill Meretskov
URSS Ivan Petrov
URSS Alexander Rodimtsev
URSS Constantin Rokossovski
URSS Pavel Rotmistrov
URSS Semion Timochenko
URSS Fiodor Tolboukhine
URSS Aleksandr Vasilevsky
URSS Nikolaï Vatoutine
URSS Kliment Vorochilov
URSS Andrei Yeremenko
URSS Matveï Zakharov
Drapeau : Allemagne Adolf Hitler
Drapeau : Allemagne Fedor von Bock
Drapeau : Allemagne Ernst Busch
Drapeau : Allemagne Heinz Guderian
Drapeau : Allemagne Franz Halder
Drapeau : Allemagne Erich Hoepner
Drapeau : Allemagne Hermann Hoth
Drapeau : Allemagne Ewald von Kleist
Drapeau : Allemagne Hans von Kluge
Drapeau : Allemagne Georg von Küchler
Drapeau : Allemagne Wilhelm Ritter von Leeb
Drapeau : Allemagne Wilhelm List
Drapeau : Allemagne Erich von Manstein
Drapeau : Allemagne Walter Model
Drapeau : Allemagne Friedrich Paulus
Drapeau : Allemagne Gerd von Rundstedt
Drapeau : Allemagne Ferdinand Schörner
Drapeau : Allemagne Erhard Raus
Drapeau : Italie Giovanni Messe
Drapeau : Italie Italo Gariboldi
Drapeau : Roumanie Ion Antonescu
Drapeau : Roumanie Petre Dumitrescu
Drapeau : Roumanie Constantin Constantinescu
Drapeau : Finlande Karl Lennart Oesch
Flag of Hungary 1940.svg Gusztáv Jány
Flag of Hungary 1940.svg Ferenc Szombathelyi
Pertes
voir ci-dessous voir ci-dessous
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Front de l’Est

Campagne de Pologne · Guerre d’Hiver · Opération Barbarossa · Guerre de Continuation · Opération Silberfuchs · 1re bataille de Smolensk · Bataille de Kiev (1941) · Siège de Léningrad · Bataille de Moscou · Seconde bataille de Kharkov · Opération Fall Blau ·Poche de Demiansk · Poche de Kholm · Bataille de Stalingrad · Opération Uranus Opération Saturne ·Opération Mars  Bataille de Krasny Bor · Bataille de Koursk · Offensive Ostrogojsk-Rossoch · Bataille de Prokhorovka · 2e bataille de Smolensk · Bataille du Dniepr · Bataille de Tcherkassy · Opération Bagration · Insurrection de Varsovie · Guerre de Laponie · Bataille de Budapest · Siège de Breslau · Bataille de Königsberg · Offensive de Vienne · Bataille de Seelow · Bataille de Bautzen  · Bataille de Berlin (et prise du Reichstag) · Insurrection de Prague · Offensive de Prague


Front d’Europe de l’Ouest


Campagnes d'Afrique et du Moyen-Orient


Bataille de l’Atlantique


Campagnes de Méditerranée et d'Europe du Sud


Guerre en Asie et dans le Pacifique


Guerre sino-japonaise

Le terme de front de l’Est lors de la Seconde Guerre mondiale désigne le théâtre d'opérations qui opposa l'Allemagne nazie à l'Union soviétique de juin 1941 à mai 1945. Ces deux nations se livrèrent à une guerre totale prenant place d'abord en Union soviétique, puis dans les pays occupés par les forces de l'Axe en Europe de l'Est, et enfin en Allemagne. Les deux belligérants reçurent le soutien des pays membres de leur alliance, la Roumanie, l'Italie, la Hongrie et la Finlande pour l'Allemagne et la Pologne pour l'Union soviétique. Bien qu'ils ne furent jamais engagés dans des actions militaires sur le Front de l'Est, le Royaume-Uni et les États-Unis fournirent un soutien économique sensible à l'Union soviétique.

Les noms donnés à ce théâtre d'opération sont nombreux et varient suivant les pays. Les Soviétiques et maintenant les Russes appellent ce conflit la grande guerre patriotique (russe : Великая Отечественная Война), par allusion à la « guerre patriotique » de 1812 contre Napoléon Ier[2]. Les Allemands nomment le conflit front de l'Est (allemand : die Ostfront[3]), la campagne orientale (allemand : der Ostfeldzug) ou la campagne de Russie (allemand : der Rußlandfeldzug)[4]. Les Finlandais, qui combattirent aux côtés des Allemands, nomment la partie des combats qui se déroula sur leur territoire entre 1941 et 1944 guerre de Continuation, car elle prolongeait la guerre d'Hiver de 1939-1940. On parle également de front russe.

Il s'agit du plus grand théâtre d'opérations de la Seconde Guerre mondiale et probablement de toute l'histoire militaire. Le front de l'Est fut le lieu de la guerre la plus féroce, d'énormes destructions et déportations de masse, et résulta en de gigantesques pertes militaires et civiles par suite de la guerre elle-même, de famine, de maladie, de conditions météorologiques extrêmes et de massacres. Les pertes civiles et militaires sur le front de l'Est sont estimées à environ 30 millions de personnes, soit environ la moitié des morts liées à la Seconde Guerre mondiale.

Ce conflit fut le plus déterminant dans la chute du Troisième Reich[5],[6] . Il eut comme conséquences la destruction de l'Allemagne comme puissance militaire, l'accession de l'Union soviétique au rang de superpuissance, la constitution du bloc soviétique en Europe de l’Est (derrière le rideau de fer) et la division de l'Allemagne.

Le 9 mai, jour de la reddition allemande pour le fuseau horaire de Moscou, est une fête nationale en Russie et dans certaines des anciennes républiques soviétiques (День Победы, littéralement « le jour de la victoire »). «  »

Sommaire

Contexte

Le Pacte germano-soviétique, signé le 23 août 1939, était un pacte de non-agression entre l'Allemagne nazie et l'Union soviétique. Des protocoles secrets de ce pacte établissaient comment la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et la Roumanie devaient être partagées entre les deux puissances. La Pologne fut ainsi coupé en deux zones d'annexion en septembre 1939. De même, Staline annexa les trois États baltes et força la Roumanie à lui céder la Bessarabie et les régions moldaves. Ces protocoles furent mis en œuvre sans difficulté véritable, sauf en ce qui concerne la Finlande (qui devait être sous influence soviétique), où se déroula la guerre d'Hiver. Ainsi, l'Union soviétique et l'Allemagne nazie se partagèrent une partie de l'Europe, sans que cela ne déclenche de réaction notoire de la part des pays occidentaux qui avaient, il est vrai, d'autres préoccupations.

Idéologies en opposition

Adolf Hitler mentionnait dans Mein Kampf la nécessité pour l'Allemagne d'un Lebensraum, par l'acquisition de nouveaux territoires en Europe de l'Est. Il envisageait de coloniser la Russie jusqu’à l'Oural, voire au-delà, tout en déportant la majorité des Russes en Sibérie et en exploitant comme esclaves ceux qui resteraient : cette volonté s'était traduite dans le Generalplan Ost[7]. Pour les plus extrémistes des nazis (comme Himmler) la guerre contre l'Union soviétique était une lutte à mort entre le national-socialisme et le Communisme, et entre la race aryenne et les slaves considérés comme des « sous-hommes »[8]. La guerre devait également permettre de détruire les communautés juives d'Europe[9].

Informé des grandes purges faites par les soviétiques dans les années 1930, et encouragé par le succès rapide contre la France, Adolf Hitler voyait l'Union soviétique comme militairement faible, et mûre pour l'invasion : « Nous n'avons qu'à donner un coup de pied à la porte, et toute la structure pourrie va s'effondrer ». Il était prévu une guerre rapide se basant sur les techniques de Blitzkrieg.

Les allemands ne firent rien pour s'appuyer sur la population locale, même lorsque celle-ci aurait pu exprimer une bienveillance, sinon une sympathie, pour l'envahisseur. Par exemple, les ukrainiens, qui avaient souffert de la domination russe auraient pu considérer les Allemands comme des libérateurs ; les paysans auraient pu apprécier la suppression des kolkhozes et des sovkhozes, mais les nazis préférèrent les conserver pour contrôler plus facilement la production en vue d'une exploitation systématique des ressources du pays conquis.

Après la bataille de Koursk en 1943 et les retraites successives de la Wehrmacht, la propagande nazie proclama que le front de l'Est était la défense par l'Allemagne de la civilisation occidentale contre les hordes bolchéviques qui se déversant sur l'Europe.

En face, les ambitions de Staline semblent avoir été plus opportunistes ou traditionnelles qu'idéologiques : survie à tout prix de l'URSS et de la nation russe, expansion territoriale, constitution d'un glacis de nations vassales entre l'URSS et l'Allemagne. Staline participa à l'invasion de la Pologne en 1939 et annexa les États baltes et la Bessarabie en 1940, obtenant des places d'arme dans le cas d'une guerre contre Adolf Hitler. Il mit dès que possible les nations « libérées » par l'Armée rouge (Pologne, Roumanie, Hongrie, Tchécoslovaquie) sous le contrôle de l'URSS. Contrairement à Hitler, Staline ne visait pas particulièrement la destruction de l'Allemagne en tant que nation ou l'exploitation comme esclaves des Allemands.

Belligérants

La guerre qui opposa l'Allemagne nazie à l'Union soviétique se déroula d'abord en URSS, après que l'Allemagne viola la frontière fixée par le Pacte germano-soviétique, puis revint progressivement vers l'ouest à partir de 1943, jusqu'à se dérouler dans les Balkans, en Pologne, et enfin en Allemagne.

L’Allemagne fit appel aux forces armées d'autres puissances de l'Axe. Au sud, le royaume de Roumanie s'engagea dans la lutte pour récupérer la Bessarabie annexée par Moscou en 1940, permettant d'attaquer en direction d'Odessa. Les Roumains avancèrent ensuite jusqu'à Stalingrad. La Finlande, qui avait combattu contre l'URSS lors de la guerre d'Hiver de 1939-1940, contribua à l'effort le long de sa frontière de Mourmansk à Léningrad, sans toutefois laisser ses armées avancer profondément en territoire soviétique. De plus, de nombreux États satellites de l'Allemagne en Europe fournirent de façon officielle des contingents pour la lutte contre le bolchévisme : la Hongrie, l'Italie fasciste (la 8e Armée italienne) et la République slovaque.

L’Allemagne nazie a également été assistée par des forces d'appoints, parfois de taille symbolique : partisans anticommunistes dans les territoires occupés (OUN, Armée Vlassov), division espagnole (Division Bleue) envoyée par Francisco Franco pour maintenir une relation de confiance avec les forces de l'Axe, unités de volontaires SS venant de différents pays conquis (France : Légion des volontaires français, dont les troupes rejoignirent ensuite la division SS Charlemagne; Belgique : division SS Wallonie, etc.).

L'Union soviétique a bénéficié du soutien des partisans d'Europe de l'Est, notamment de Slovaquie, Pologne, Bulgarie, de Yougoslavie et des territoires occupés par l'Allemagne. Dans la dernière partie du conflit, elle recruta, entraîna et équipa des unités polonaises, comme les Première et Seconde armées polonaises (voir armée polonaise de l'Est). Elle enrôla également, après la libération ou la conquête de leurs pays, des troupes de Roumanie, de Bulgarie et de Tchécoslovaquie. Quelques unités occidentales, de taille symbolique, participèrent également à la lutte, comme le groupe de chasse Normandie-Niémen ou quelques escadrons de chasse britanniques.

Au début du conflit, l'Union soviétique, isolée, ne put compter que sur ses propres ressources, malgré une alliance de facto qui la liait au Royaume-Uni, puis aux États-Unis après leur entrée en guerre. Ceux-ci lui apportèrent une aide économique précieuse au titre de la loi de prêt-bail, qui commença à parvenir à l'Armée rouge dès 1941, et dont l'impact fut sensible à partir de 1943 (soutien en rations de combat, don de camions permettant de motoriser l'armée, etc.).

L'entrée en guerre

Plan d'origine des Allemands

Après l'effondrement de la Pologne en 1939, la frontière entre l'Allemagne et l'Union soviétique reste calme durant près de deux ans pendant que l'Allemagne envahit le Danemark, la Norvège, la France, le Benelux et les Balkans.

L'impossibilité pour l'Allemagne d'envahir le Royaume-Uni entraîne Hitler à rediriger l'effort de guerre contre l'URSS dans un ordre stratégique émis en décembre 1940, prévoyant une attaque au printemps 1941. Hitler avait depuis toujours eu l'intention de rompre le pacte avec l'URSS. Le commandement allemand voulaient tirer les leçons de l'offensive de Napoléon, qui fut un échec car l'armée russe ne fut pas détruite à la frontière et put se replier. Conséquemment il décida de grandes manœuvres d'encerclement pour détruire l'Armée rouge dès le début de la guerre, qu'il prévoyait de gagner bien avant le terrible hiver russe.

Les raisons idéologiques et politiques furent des motivations essentielles pour lancer l'invasion, mais étaient complétées par des raisons économiques. Malgré ses conquêtes, l'Allemagne ne peut en 1940 importer assez de matières premières pour alimenter son industrie militaire. Elle manque ainsi de pétrole, de céréales, de minerais et de caoutchouc, et a d'ailleurs conclu une série de traités commerciaux avec l'URSS pour y pallier : l'URSS fournit des matières premières à l'Allemagne en échange de technologies et de matériels allemands. On estime que sans les livraisons soviétiques, l'Allemagne aurait à peine pu attaquer l'Union soviétique même avec un rationnement extrêmement sévère[10].

L'Union soviétique voyait les traités économiques avec l'Allemagne comme une garantie contre une agression militaire. Joseph Staline pensait également que l'Allemagne ne se lancerait pas dans une guerre sur deux fronts. Il redoutait un conflit avec l'Allemagne car estimait que sa propre armée ne pourrait pas se mesurer aux Allemands avant plusieurs années. Jusqu'au début du conflit, Staline évite ainsi toute initiative qui pourrait provoquer Adolf Hitler.

Au printemps, l'Allemagne concentre ses troupes à l'Est de Pologne, tout en opérant des vols de reconnaissance clandestins de l'autre côté de la frontière. Staline est averti par plusieurs canaux - ses compatriotes, les services secrets étrangers[11], et les réseaux de renseignements communistes comme Orchestre rouge - de l'imminence d'une attaque. Il ignore ces alertes. La nuit même de l'invasion, les troupes soviétiques reçoivent une directive explicite du maréchal Semyon Timoshenko et du général Georgi Joukov ordonnant (à la demande expresse de Staline) : « ne pas répondre aux provocations » et « ne pas prendre d'initiatives sans ordres spécifiques ». Par conséquent l'invasion allemande prend par surprise les militaires soviétiques.

Opérations militaires

Été 1941

Article détaillé : Opération Barbarossa.
Le Front de l'Est au moment de la bataille de Moscou      Avancée initiale de la Wehrmacht - 9 juillet 1941      Poursuite de la percée - 1er septembre 1941      Bataille de Kiev - 9 septembre 1941      Avancée maximale de la Wehrmacht - 5 décembre 1941
Ce cliché de l'un des panzers III de la 18e Panzerdivision franchissant, à l'aide du Schnorchel, la rivière du Boug occidental fut exploité dans les revues d'actualité allemandes. Le franchissement de la ligne de démarcation germano-soviétique qui séparait le Reich de l'URSS depuis l'invasion de la Pologne et son équivalente soviétique était éminemment symbolique pour l'opération Barbarossa ; la propagande se targua d'une première dans l'utilisation des véhicules amphibies.

Le 22 juin 1941, à 03h15 du matin, à la suite du mot de passe « Dortmund », plus de trois millions de soldats allemands, soutenus par l'artillerie et l'aviation et bientôt assistés par leurs alliés italiens, roumains et finlandais, débutent l’opération Barbarossa (en allemand : Unternehmen Barbarossa). Les objectifs stratégiques de la campagne sont très génériques : établir, avant l'hiver, une ligne de défense qui partant de Léningrad suit le cours de la Volga, jusqu’à son embouchure ; détruire complètement et rapidement l'Armée rouge, les effectifs axistes engagés étant incapables de mener en même temps les tâches d'occupation du pays conquis et la tenue d'un front long de plusieurs milliers de kilomètres. Du côté soviétique la surprise est totale et durant un mois, l'offensive menée sur trois axes balaye tout sur son passage en réalisant des encerclements de plusieurs centaines de milliers de hommes selon la tactique de la Blitzkrieg. L'aviation soviétique est écrasée au sol et perd près de 4 000 appareils en quelques jours[12].

  • L'attaque principale est menée par le groupe d'armées Centre. Le groupe parcourt près de 650 km en six jours et franchit le Dniepr le 11 juillet. La cible suivante est Smolensk qui tombe le 16 juillet, mais la forte résistance soviétique dans la zone et le retard pris par les deux autres groupes poussent Hitler à stopper l'avancée vers Moscou pour consolider ses flancs[13]. Cette décision est encore aujourd'hui source de discussions, les généraux allemands ayant après-guerre estimé que c'était l'interférence d'Hitler qui les avait empêché d'atteindre Moscou, tandis que les historiens contemporains estiment que l'âpre résistance russe démontrait qu'il était impossible de continuer à avancer vers l'est à la fin de l'été. Les Allemands redirigent alors leurs efforts vers le sud pour anéantir d'importantes formations soviétiques et capturer les ressources de l'Ukraine. Cette « pause » de l'avancée vers l'est eut un impact considérable sur le dénouement de la bataille de Moscou[14].
  • Le groupe d'armées Sud doit envahir l'Ukraine. Son avancée est plus lente que les autres groupes et il subit de lourdes pertes. Une fois le corridor vers Kiev sécurisé. Le 1er groupe blindé avance dans la boucle du Dniepr à travers l'oblast de Dnipropetrovsk. Après la décision de Hitler de privilégier l'attaque de l'Ukraine, les 1er et 2e groupes blindés encerclèrent près de 50 divisions soviétiques dans la région de Kiev. Les Allemands font 400 000 prisonniers et Kiev tombe le 19 septembre.

Comme l'Armée rouge se repliait derrière le Dniepr et la Daugava, la STAVKA soviétique entreprit d'évacuer les industries situées dans les régions occidentales vers l'Oural, le Caucase, l'Asie centrale et la Sibérie. Dans un effort titanesque, près de 2 600 industries lourdes et 50 000 ateliers et usines plus petites ainsi que 16 millions d'ouvriers[15] furent évacués à l'abri de l'envahisseur[16]. En revanche, la plupart des habitants furent laissés sur place à la merci de l'occupant.

Automne 1941

Articles détaillés : Bataille de Moscou et Bataille de Rostov (1941).

Après la prise de Kiev, Adolf Hitler et le commandement général constatent l’évidence : les objectifs de Barbarossa ne sont pas atteints et l'Armée rouge, malgré des pertes colossales, ne s'est pas effondrée comme ils l'espéraient. Trois mois ont passé, et l'Oural est encore à des milliers de kilomètres. Cet objectif est donc abandonné, car l'hiver approche. Hitler croit que pour briser la volonté des Russes, la capitale doit être prise : ce sera l'opération Typhon.

La Wehrmacht va attaquer sur deux axes pour s'emparer de la capitale soviétique ; le but de l'offensive est de déborder celle-ci à la fois par le nord et le sud pour obtenir une capture facile. L'opération Typhon débute le 30 septembre 1941 alors que les premiers flocons commencent à tomber. Pour protéger leur capitale, les Soviétiques jettent toutes leurs unités en face des unités allemandes. 540 000 soldats sont faits prisonniers dans les poches de Viazma et de Briansk. Le Groupe d'armées Nord qui est aux portes de Leningrad tente de couper l'approvisionnement par rail de la ville à Tikhvine à l'Est. C'est le début du siège de Léningrad qui durera 900 jours.

Le Groupe d'armées Sud pousse vers le Dniepr jusqu'aux rives de la mer d'Azov, avançant à travers Kharkov, Koursk et Stalino. La 11e Armée entre en Crimée et prend le contrôle de la péninsule (à l'exception de Sebastopol, qui tiendra jusqu'au 3 juillet 1942). Le 21 novembre, les Allemands prennent Rostov-sur-le-Don, la porte d'entrée du Caucase. Cependant, les routes d'approvisionnement des Allemands sont tendues à l'extrême, et les défenseurs soviétiques contre-attaquent par le Nord, forçant les Allemands à abandonner la ville.

Canon soviétique en action à Odessa en 1941

À partir d'octobre, de fortes pluies font apparaître un phénomène typiquement russe, la raspoutitsa, qui engloutit les véhicules dans de véritables mers de boue. L'avancée allemande est considérablement ralentie par le climat et par la résistance acharnée de l'Armée rouge. Le gel précoce permet aux véhicules de reprendre l'avancée mais les hommes ne sont pas équipés pour l'hiver. Les lignes de ravitaillement allemandes sont étirées à l'extrême et les partisans commencent à mener des opérations de guérilla menaçant les arrières du front. Malgré cela, la dernière ligne de défense soviétique tombe à la fin novembre et la 4e armée de Panzer approche à moins de 30 km du Kremlin, aux premiers arrêts du tramway de Moscou tandis que la 2e armée de Panzer échoue à prendre Toula, dernière ville sur la route de la capitale. Cependant, la Wehrmacht est à bout de forces et ne peut fournir l'effort final dans des températures qui tombent à -50 °C et le 6 décembre, l'attaque est stoppée. Au cours du mois de novembre, le général Georgi Joukov avait préparé une contre-attaque avec les troupes sibériennes fraîches et bien entraînées qu'il avait pu rapatrier d'Extrême-Orient après avoir eu la garantie de la neutralité japonaise.

Hiver 1941-1942

Plus de 3 millions d'Allemands et de soldats de l'Axe reçurent la médaille du Front de l'Est pour avoir servi entre le 15 novembre 1941 et le 15 avril 1942.
Offensive d'hiver soviétique 1941-1942:     Gains Soviétique      Gains Allemand
Soldats soviétiques sur le front de Léningrad, le 1er novembre 1941.

Le 5 décembre 1941, par des températures de –20 °C, les soldats soviétiques des armées de Sibérie bien équipés pour l'hiver et entraînés pour des combats dans ces conditions, contre-attaquent au nord et au sud de Moscou. (Ces troupes stationnaient en Extrême-Orient dans le cas d'une attaque japonaise, mais l'espion Richard Sorge, indiqua à Staline que les Japonais préféraient attaquer le Sud-Est asiatique et le Pacifique) Les lignes allemandes sont éventrées. Elles manquent d'équipement d'hiver. Les moteurs des chars et des avions gèlent tout comme les soldats. Pour les Allemands le spectre de la retraite de Russie devient obsédant. De plus les troupes soviétiques jettent sur le front leurs nouveaux chars T-34 et avec le support des lance-roquettes Katyusha, tout en alignant des bataillons sur ski extrêmement bien préparés pour des conditions de guerre hivernale.

Pendant décembre et janvier les Russes continuent leur attaque sous des températures oscillant entre -20 et -50 degrés, libérant définitivement le secteur de Moscou et décimant une cinquantaine de divisions allemandes qui parviennent néanmoins à stabiliser le front en évitant de grands encerclements. Toutefois quelques divisions allemandes sont piégées dans les villes de Demiansk et de Kholm, Adolf Hitler ordonnant le ravitaillement par les airs. Plus au nord, dans le secteur de Léningrad, le 13 janvier 1942, une violente offensive soviétique pénètre d'une centaine de kilomètres dans les lignes allemandes, avant de s'essoufler. Les troupes allemandes contre-attaquent et parviennent à encercler la 2e armée de choc. Les combats dureront jusqu'en juillet 1942 et se solderont par l'anéantissement de la 2e armée de choc et la capture de son commandant le général Andreï Vlassov.

Au sud, Staline tente de reprendre l'Ukraine et de bloquer le Groupe d'Armées Sud contre la mer d'Azov. Malgré des débuts prometteurs, des erreurs soviétiques et l'épuisement des soldats conduisirent au succès de la contre-attaque allemande.

Été 1942

Avancée allemande du 7 mai jusqu'au 18 novembre 1942.      Au 7 juillet      Au 22 juillet      Au 1 août      Au 18 novembre
Articles détaillés : Opération Fall Blau et Offensive de Siniavine.

En 1942, la Wehrmacht n'a plus la force de lancer une offensive généralisée comme elle l'avait fait l'année précédente. Si la destruction totale de l'armée soviétique paraît hors de portée, l'objectif allemand est de s'emparer de suffisamment de territoires pour pouvoir continuer la guerre indéfiniment.

La campagne commence par la conquête de la Crimée et la réduction de la formidable forteresse de Sébastopol en juin et juillet 1942.

Puis, au lieu d'attaquer Moscou ou d'achever le siège de Leningrad, la Wehrmacht lance son offensive au sud, d'Orel à Rostov, où elle possède encore une supériorité matérielle et dispose de l'initiative. De plus, le terrain de plaine est très favorable aux unités motorisés. L'objectif est la prise des champs de pétrole du Caucase et de l'importante voie de ravitaillement qu'est la Volga. La disproportion entre les objectifs et les moyens est impressionnante mais l'Allemagne n'a plus vraiment le choix.

Le 28 juin, le Groupe d'Armées Sud lance son offensive suivant le cours du Don. Son avancée est si rapide qu'Hitler décide de le diviser en deux groupes plus petits. Le Groupe d'Armées A doit s'emparer des champs de pétrole du Caucase tandis que le Groupe d'Armées B, est détourné vers le nord-est pour prendre la ville industrielle de Stalingrad. Ce changement provoque d'immenses problèmes logistiques et affaiblit l'avancée allemande.

Infanterie allemande soutenant un canon d'assaut StuG III lors de l'avancée vers Stalingrad
21 juin 1942 : transports de troupe autochenille en marche dans les steppes de la région du Don vers Stalingrad.

En face, les soviétiques semblent canaliser l'attaque allemande en offrant une certaine résistance à tout attaque vers le nord et en conservant des têtes de pont sur la rive est du Don. Dans le secteur de Léningrad les combats font rage autour de la 2e armée de choc qui, encerclée depuis le 19 mars, est finalement anéantie courant juillet. Malgré tout, les allemands atteignent la Volga le 23 août au sud de Stalingrad.

Au sud, les blindés allemands atteignent les contreforts du Caucase mais n'arrivent pas à descendre dans les vallées vers la mer Noire. Les puits de pétrole de Maïkop ont été méthodiquement détruits par les russes dans leur retraite. L'objectif de l'attaque, Bakou, est encore à 500 kilomètres et le front atteint déjà 3 000 km. Le ravitaillement n'arrive plus à suivre et l'offensive doit s'arrêter.

Les soviétiques décident de fixer l'attaque allemande dans la ville de Stalingrad. Ils y concentrent leur moyens dans une défense acharnée pendant que les unités mobiles allemandes de la 6e Armée sont progressivement engagées dans des combats de rues. Les Allemands dégarnissent ainsi leurs flancs et les confient aux armées roumaines et hongroises, sous-équipés, moins entraînées, et dont le moral est bas. À la mi-novembre, la rive droite de Stalingrad est prise à 90%, mais les Soviétiques parviennent toujours à y envoyer des renforts et bénéficient du soutien de l'artillerie placée sur la rive gauche.

Sur le front de Léningrad, les soviétiques lancent le 19 août l'offensive de Siniavine afin de réduire le Col de bouteille qui offre aux allemands une tête de pont sur le lac Ladoga empêchant tout ravillemant de la Ville de Lénine devançant les Allemands qui avaient prévu l'Opération Nordlicht ayant pour but de s'emparer de la ville et faire la liaison avec les forces finlandaises sur la rive Est du lac Ladoga. La 2e armée de choc reconstituée est lancée en pointe de l'attaque en direction de Léningrad avec la mission de couper ce fameux Col de bouteille, suppléée par la 8e armée.
Au 9 septembre la percée russe atteint seulement 9 kilomètres, au prix d'énormes pertes, avant de s'essoufler. Le 22 septembre les Allemands lancent une contre-attaque qui parvient à briser la ligne de défense soviétique permettant d'encercler, de nouveau, 2e armée de choc. Au 15 octobre la poche qui contenait 5 divisions d'infanterie, 2 divisions de la Garde et 6 brigades d'infanterie indépendantes sont détruite ou capturées. Au total les allemands font 12 400 prisonniers, et capturent 193 canons et 244 chars. Si l'offensive de Siniavine est un échec soviétique et une incontestable victoire allemande, l'opération a obligé les allemands à reporter l'opération Nordlicht.

Hiver 1942-1943

Tankistes de T-34 en 1942.
Avancée des contre-offensives soviétiques du 19 novembre 1942 à début mars 1943.      Au 12 décembre      Au 18 février      En mars
Soldats de la 1re Panzerdivision SS près de Kharkov, février 1943.

Pendant que la 6e Armée et la 4e Panzerarmee tentent de réduire Stalingrad, les Soviétiques ont concentré des troupes fraîches des deux côtés de la ville, spécifiquement dans la boucle du Don tenue par les Roumains. Ils lancent l'opération Uranus le 12 novembre 1942, éventrent les armées roumaines et hongroises. Les allemands ont fait monter toutes leurs troupes dans Stalingrad et ne disposent pas de réserves pour contrer l'Armée rouge. Les soviétiques referment les deux pinces de la tenaille le 22 novembre à Kalatch. Ils encerclement 300 000 soldats de l'Axe dans Stalingrad.

Les soldats allemands sont enfin dotés d'uniformes de camouflage d'hiver, alors que pour l'offensive sur Moscou en 1941 ils avaient encore leur équipement d'été[17].

Les Soviétiques montent une offensive simultanée, nommée opération Mars, sur le saillant de Rjev, qui menace toujours Moscou. L'attaque est lancée le 25 novembre. Mais l'opération est anticipée par les allemands, qui disposent ici de réserves et opposent une défense vigoureuse, si bien que cette seconde pince ne peut être refermée. L'attaque cesse début décembre. Certains historiens pensent que Mars était l'opération principale tandis qu'Uranus était une diversion[18]. Les Allemands évacueront le saillant en février 1943 pour raccourcir leur ligne de front.

Carte de l'opération Iskra contre le Col de bouteille

Les Allemands créent le Groupe d'armées Don, mené par le maréchal Manstein, pour secourir Stalingrad, que la 6e Armée avait l'ordre de tenir. Ils attaquent le 12 décembre (voir Opération Wintergewitter). Entre temps, les Soviétiques ont consolidé leurs lignes défensives et leurs réserves et recommencent eux-mêmes à avancer vers l'ouest le 7 décembre, attaquant le secteur italien. Les allemands doivent diviser leurs efforts. Ils cessent de progresser vers Stalingrad le 24 décembre. Un pont aérien est mis en place pour ravitailler Stalingrad, mais la capacité aérienne de la Luftwaffe ne suffit pas, en particulier en face de la chasse et de la DCA russes. Les soviétiques capturent progressivement les aérodromes de départ des avions. Les allemands comprennent que la 6e Armée ne peut être sauvée mais ordonnent qu'elle ne se rende pas afin de fixer l'Armée rouge et de permettre d'organiser une ligne défensive plus à l'ouest.

Le 31 janvier 1943, les 90 000 survivants de la 6e Armée capitulent. Les Soviétiques attaquent à présent tout le sud du dispositif allemand et avancent de 500 km jusqu'à Koursk (reprise le 8 février 1943) et Kharkov (reprise le 16 février 1943). Ils menacent Rostov, ce qui isolerait l'Armée du Caucase toujours en train de se replier. Erich von Manstein voit toutefois une opportunité dans l'extension des lignes logistiques russes. Il réunit une réserve blindée et contre attaque vers le nord (voir Troisième bataille de Kharkov), repoussant les unités soviétiques épuisées bien que largement supérieures en nombre, et démontrant que la Wehrmacht est toujours puissante. Kharkov est repris à la mi-mars et le front se stabilise lors du dégel printanier. Un saillant apparaît autour de la ville de Koursk[19].

Sur le front de Léningrad, après un calme relatif d'environ 2 mois, les russes lancent le 12 janvier 1943, l'opération Iskra toujours dans le but de réduire le Col de bouteille empêchant tout ravitaillement de Léningrad. Partant de l'Est, la 2e armée de choc, une nouvelle fois reconstituée, se rue à l'assaut pendant qu'à l'Ouest la 67e armée charge sur la Néva gelée.
Le 19 janvier le front allemand craque et les troupes soviétiques encerlent les défenseurs, qui abandonnent Schlüsselburg, et après de terribles combats au corps à corps, parviennent à rejoindre les lignes allemandes plus au Sud. Les Soviétiques ayant obtenu, en partie, ce qu'ils souhaitaient, un « contact terrestre avec Léningrad », un léger répit intervient permettant aux troupes Russes d'établir des défenses telles que les Allemands ne puissent plus le leur disputer.
Toutefois le haut commandement soviétique souhaitant consolider le passage le long du lac Ladoga décide de relancer une attaque avec comme objectif la ville de Mga nœud routier et ferroviaire très important. Le 29 janvier les Russes repartent à l'attaque avec 35 bataillons d'infanterie et de chars de la 2e armée de choc depuis le Nord sur un front de 2 5 km. C'est l'opération Polyarnaya Zvezda.
Attaques et contre-attaques sauvages, pour Sinyavo, se succèdent, les Allemands contiennent les vagues assauts répétées des troupes soviétiques. Le 1er février les pertes de la 2e armée de choc sont telles qu'elle n'est plus en état de poursuivre l'offensive. Les 2 armées renforcent leurs positions.
Le 10 février, les russes attaquent à nouveau, mais cette fois au lieu d'attaquer de front, ils attaquent en tenaille, cherchant à isoler la ville de Sinyavo. La 55e armée forte de 44 000 soldats se lance à l'assaut des positions de Krasny Bor défendues par la 250e Division d'infanterie dite Division Azul forte de 4 500 soldats et d'éléments allemands divers de l'ordre de 1 400 soldats. C'est la bataille de Krasny Bor.
Le 28 février, au Sud du lac Ilmen, les allemands réussissent le retrait du couloir de Ramouchevo[20], large de 4 km, seulement et long de 12 km, et de la poche de Demiansk, de l'ensemble de leurs 10 divisions, afin de raccourcir le front de plusieurs centaines de kilomètres. La ville sera libérée par l'armée rouge le 1er mars.


Été 1943

Avancées allemandes du 19 février au 1er août 1943      Au 18 mars 1943 : avancées allemande à la suite de la troisième bataille de Kharkov      Au 1er août 1943 : avancées allemande lors de la bataille de Koursk
Article détaillé : Bataille de Koursk.

Après l'échec de Stalingrad, Adolf Hitler réattribue la planification de la prochaine campagne d'été au commandement suprême de la Wehrmacht. Guderian sort de sa disgrâce pour devenir inspecteur des Panzers.

La Wehrmacht n'a plus la capacité de conquérir l'URSS mais peut toujours obtenir un succès opérationnel en s'appuyant sur sa formidable arme blindée. Le saillant de Koursk, au milieu du front, est un point évident où porter l'effort, afin à la fois de raccourcir la ligne de front et de détruire les armées soviétiques de la zone. Le débat est vif au sein du commandement allemand entre les partisans de l'assaut et ceux qui redoutent les défenses russes. En effet, l'opération est téléphonée et les soviétiques ont le temps de fortifier leurs positions dans le saillant, créant jusqu'à 5 lignes de défense successives armées de canons antichars, de mines , de fils barbelés, de tranchées, et soutenus par de l'artillerie et des mortiers.

Les soviétiques ont quant à eux fait le pari d'un combat défensif. Ils estiment que les Allemands ne résisteront pas au réflexe d'attaquer pendant l'été. L'Armée rouge souhaite saigner l'arme blindée allemande une fois pour toutes, en la forçant à un combat statique, avant de contre attaquer.

Les allemands lancent l'opération Citadelle le 5 juillet 1943. Au Nord, la 9e Armée, commandée par Model, est redéployée depuis le saillant de Rjev jusqu'au saillant d'Orel, et son objectif est d'avancer de Maloarkhangelsk jusqu'à Koursk. Elle ne progresse que de 8 kilomètres avant d'être contrainte à la défensive, d'autant que les soviétiques commencent à développer leur propre attaque en direction d'Orel.

Chars allemands Tiger I attaquant au nord du saillant

L'offensive méridionale, dirigée par Erich von Manstein, et dont le fer de lance est la 4e Panzerarmee de Hermann Hoth, connaît plus de succès et se fraie un chemin de 25 km à travers les lignes défensives ennemies. Un engagement de chars massif se déroule le 12 juillet entre les allemands et les réserves de la 5e armée blindée de la garde soviétique, à l'extérieur de Prokhorovka. Les allemands n'ont plus l'énergie de progresser et se replient sur leur ligne de départ.

L'Armée rouge lance alors une série d'offensives s'échelonnant du nord au sud. L'opération Koutozov (12 juillet - 18 août) réduit le saillant d'Orel. L'opération Roumiantsev repousse les Allemands de 150 km et permet la libération définitive de Kharkov le 22 août.

L'offensive de Koursk fut la dernière offensive de grande envergure que l'Allemagne put lancer sur le Front de l'Est et celle-ci représente le véritable tournant de la guerre à l'Est. Elle démontra que même les meilleures unités de la Wehrmacht commandées par les meilleurs généraux allemands dans des conditions de combat favorables ne pouvaient venir à bout des armées soviétiques qui avaient appris de leurs erreurs et pouvaient vaincre leur adversaire à la régulière même en plein été. En perdant l'initiative, la Wehrmacht perdait tout espoir de victoire ou même de stabilisation du front à l'Est et allait subir de plus en plus violemment les coups de boutoir soviétiques.

Automne et hiver 1943-1944

L'un des célèbres lance-roquettes soviétique Katioucha.
Fin 1943, les châssis des panzer II de la campagne de France ont tous été convertis en automoteur d'artillerie de type Wespe. Sur le front russe, ils sont employés comme chasseurs de char.

Malgré sa défaite à Koursk, l'Allemagne pensait avoir suffisamment épuisé l'Armée rouge pour l'empêcher de lancer une grande offensive. Or cette dernière montre une capacité de reconstitution phénoménale. Le 24 août, le rouleau compresseur soviétique entreprend une attaque générale sur toute la moitié sud du front depuis Smolensk jusqu'à la mer Noire. L'objectif soviétique est la récupération du riche bassin industriel du Donbass. Les troupes allemandes épuisées doivent se replier sur le Dniepr dont la largeur de 2 km devrait fournir une bonne ligne de défense et où une ligne fortifiée était en cours de construction. Hitler espérait ainsi réaliser une guerre d'usure contre les Soviétiques oubliant que le front de plus de 2 000 km rend cette idée impossible à réaliser. Au prix de pertes très élevés, les soviétiques parviennent à assurer des têtes de pont sur le côté occidental du Dniepr. Au début du mois d'octobre, les Allemands réalisent que le Dniepr est impossible à tenir du fait de la taille grandissante des têtes de pont soviétiques. Finalement, Kiev est libérée le 6 novembre.

Avancées soviétiques du 1er août 1943 jusqu'au 31 décembre 1944 :      jusqu'au 1er décembre 1943      jusqu'au 30 avril 1944      jusqu'au 19 août 1944      jusqu'au 31 décembre 1944
Soldats sur un panzer IV en décembre 1943 ; front de Russie du Sud (Ukraine).

À 50 km à l'ouest de Kiev, la 4e Panzerarmee parvint à monter une contre-attaque et reprend les villes de Jytomyr et de Korosten au milieu du mois de novembre stoppant l'avancée soviétique. Néanmoins dés janvier 1944, les Soviétiques lancent une nouvelle offensive et ils atteignent rapidement l'ancienne frontière soviéto-polonaise de 1939. Au sud, le front de la steppe traverse le Dniepr et rejoint les blindés de Vatoutine au nord encerclant dans l'opération 60 000 soldats allemands autour de la ville de Korsun. L'encerclement était prévisible mais Hitler avait refusé de replier ces unités devant tenir la ligne du Dniepr. Il considérait d'ailleurs que les soldats de la poche pouvaient percer et même reprendre Kiev. Plus réaliste, Manstein entreprend une attaque le 11 février pour ouvrir un corridor permettant à la moitié des unités de s'échapper mais elles doivent abandonner la totalité de leur matériel. La période de la raspoutitsa approchant, les Allemands supposent que les opérations militaires seront stoppées mais le 3 mars, le Front ukrainien commandé par Malinovski reprend son offensive et isole la Crimée en coupant l'isthme de Perekop puis avance à travers la boue jusqu'à la frontière roumaine.

Subissant chacune des initiatives soviétiques, le repli de la Wehrmacht se fait toutefois en bon ordre et sans panique. Manstein applique une tactique de défense élastique en contre-attaquant les unités soviétiques dont les lignes de ravitaillement sont trop étirées. Cette tactique permet à l'Allemagne d'éviter la rupture complète du front qui aurait eu lieu si les unités avaient défendu chaque position de façon statique, comme le demandait Hitler. Néanmoins, cette méthode est gourmande en carburant – les Allemands reculent de deux pas pour avancer d'un en contre-attaque –, qui fait de plus en plus défaut à l'armée allemande.

Un dernier mouvement parachève l'offensive au sud. En mars, 20 divisions allemandes sont encerclées près de Kamianets-Podilskyï mais elles parviennent à s'échapper sans trop de pertes. À ce moment, Hitler commence à ignorer son état-major et ses généraux les plus compétents qu'il tient pour responsables des dernières débâcles. En avril, l'Armée rouge reprend Odessa puis Sébastopol le 10 mai.

De concert avec l'offensive au Sud, l'Armée rouge attaque le Groupe d'Armées Centre. Le repli est moins important qu'au sud mais Briansk et surtout Smolensk sont repris. Cette ville est le passage obligé vers Moscou, sa reprise signifie que Moscou est définitivement hors de danger. La prise de Smolensk le 25 septembre déséquilibre l'ensemble du dispositif défensif allemand. Le front du Groupe d'Armées Nord était resté quasiment statique jusqu'en janvier 1944 lorsque les fronts du Volkhov et de la Baltique lancèrent une violente offensive. Dans une campagne éclair, les Allemands furent repoussés jusqu'à la frontière lituanienne, abandonnant le siège de Leningrad qui avait coûté la vie à près de deux millions de personnes, dont une majorité de civils.

En libérant des territoires qui vivaient sous occupation allemande depuis plus de deux ans, les soviétiques découvrent la brutalité de l'occupant, qui a déroulé le Generalplan Ost. En outre, en se repliant, la Wehrmacht adopte une politique de la terre brûlée impitoyable, rasant toutes les villes et les villages, massacrant les civils par centaines de milliers. Cela aura une grande influence sur le comportement des soldats soviétiques vis-à-vis des civils allemands lors de la suite de la guerre.

Été 1944

Les stratèges allemands étaient convaincus que les soviétiques attaqueraient encore au sud, où le front se trouvait à 70 km de Lvov et offrait la route la plus directe vers Berlin. La situation de l'Allemagne, déjà critique, devient désespérée après le débarquement de Normandie en juin 1944. En Italie, les Alliés prennent Rome le 4 juin. De plus, ceux-ci accentuent les raids sur les industries et les installations allemandes. Le 22 juin 1944, soit 3 ans exactement après le déclenchement de l'opération Barbarossa, les Soviétiques lancent l'opération Bagration, une énorme offensive destinée à libérer la Biélorussie. Les Allemands qui ne s'attendaient pas à une attaque sur ce front n'ont laissé que 800 000 hommes face à 2,3 millions de Soviétiques. Les Soviétiques, qui possèdent dix fois plus de chars et sept fois plus d'avions, éventrent les lignes allemandes. Minsk, la capitale de la Biélorussie, tombe le 3 juillet. Dix jours plus tard, l'Armée rouge atteint l'ancienne frontière avec la Pologne. À la fin août, les pertes allemandes sont le double de celles des soviétiques[21]. L'offensive en direction de Lvov lancée le 17 juillet 1944 met rapidement en déroute les forces allemandes dans l'Ouest de l'Ukraine. En Roumanie, un coup d'État renverse le gouvernement pro-allemand et les unités roumaines rejoignent les unités soviétiques. Bucarest tombe le 31 août. Les termes de l'armistice signé en septembre sont littéralement écrits par Moscou et la Roumanie devient de facto un État satellite de l'URSS.

Une colonne de T-34/85 sur le Front de l'Est lors de l'hiver 1943-1944. Le T-34 et ses dérivés furent produits à plus de 40 000 exemplaires au cours de la guerre.

Au nord, la progression rapide des unités soviétiques menace d'isoler les unités du Groupe d'Armées Nord qui résistent toujours et bloquent l'avancée soviétique en Estonie, dans un terrain marécageux qui, il est vrai, n'est pas favorable à une offensive motorisée. Dans l'isthme de Carélie, les soviétiques lancent une offensive puissante contre les positions finlandaises le 9 juin 1944. Les Finlandais doivent se replier et se redéploient sur des lignes fortifiées. Néanmoins en appliquant les tactiques de guérilla qui avaient fait leurs preuves lors de la guerre d'Hiver de 1939-1940, les Finlandais infligent une série de lourdes défaites à l'Armée rouge, ce qui convainc finalement l'état-major soviétique que la conquête du pays serait très difficile et n'en vaudrait pas la peine. L'armistice de Moscou signé en septembre 1944 ampute la Finlande de 15% de son territoire, mais elle parvient cependant à conserver son indépendance.

En Pologne, à l'approche de l'Armée rouge, l'Armia Krajowa polonaise organise l'insurrection de Varsovie le 1er août 1944 dans le but d'accueillir les libérateurs en position de force et d'éviter la prise de pouvoir par les communistes. L'Armée rouge parvient sur la rive Est de la Vistule, devant Varsovie, le 10 septembre. Les soviétiques décident de ne pas tenter un franchissement du fleuve (d'autant qu'ils ont déjà sécurisé deux têtes de pont plus au sud) et de ne pas soutenir l'insurrection en cours dans Varsovie. Le contexte de cette décision est toujours source de débat, certains y voyant une manœuvre politique (laisser les nazis éliminer les partis non communistes polonais), d'autres affirmant que, l'eusse-t-elle voulu, l'Armée rouge n'avait plus la possibilité de continuer à avancer après la gigantesque progression lancée depuis juin 1944 (de fait, les offensives russes ne reprennent qu'en janvier 1945). Les combats dans Varsovie durèrent jusqu'au 2 octobre et causèrent la mort de 200 000 civils. Varsovie, détruite à 85 %, ne fut libérée que le 17 janvier 1945.

Automne 1944

Le 5 septembre, l'URSS déclare la guerre à la Bulgarie qui n'avait pas participé à l'invasion de la Russie. La capitale, Sofia tombe le 9 septembre sans réelle résistance et la Bulgarie se retourne contre l'Allemagne. Dans le même temps, les partisans yougoslaves d'inspiration communiste et dirigés par Tito lancent une opération conjointe avec l'Armée rouge pour chasser les allemands de Yougoslavie. Belgrade est libérée le 20 octobre 1944.

Sous la pression de l'offensive soviétique dans les pays baltes, le Groupe d'Armées Nord doit se replier d'Estonie mais ne peut échapper à une série d'encerclements. Dans la poche de Courlande, 200 000 Allemands et collaborateurs baltes sont isolés jusqu'à la fin de la guerre. Malgré leur progression rapide, les Soviétiques n'ont pas encore réussi à pénétrer en territoire allemand.

Hiver 1944-1945

Avancées soviétiques du 1er janvier au 7 mai 1945 :      au 30 mars 1945      au 11 mai 1945
Articles détaillés : Bataille de Budapest et opération Vistule-Oder.

À la fin de l'année 1944, la Hongrie reste le dernier allié de l'Allemagne qui ne veut pas perdre ses ressources dont son pétrole. Les unités allemandes se retranchent donc dans la capitale Budapest et affrontent les forces soviétiques qui arrivent en vue de la ville à la fin décembre 1944. Après une proposition de reddition refusée, l'Armée rouge lance l'assaut et malgré des tentatives allemandes, vouées à l'échec (en raison du rapport de force), pour débloquer la ville, la garnison se rend le 11 février.

Les opérations lancées à partir du 12 janvier 1945 sont une démonstration de la maîtrise de l'art opérationnel acquise par l'Armée rouge. Disposant d'une supériorité en troupes et en matériel considérable, les soviétiques s'élancent des têtes de pont conquises sur la Vistule au sud de Varsovie et à l'est de Cracovie, percent les lignes défensives préparées par les allemands pendant l'automne et progressent en à peine 23 jours de 400 km jusqu'à l'Oder où des têtes de pont sont sécurisées autour de Kustrin. Varsovie, détruite et abandonnée par les allemands, est libérée dès le 18 janvier, Lodz quelques jours plus tard. Le front allemand s'est complètement effondré. Les Soviétiques interrompent leur avancée, leur logistique ne pouvant suivre un tel rythme, et dans le but de sécuriser leurs flancs étendus. Ils s'emparent du bassin industriel de Haute-Silésie fin janvier (libérant notamment Auschwitz) et terminent la conquête de la Prusse orientale en avril. Les populations allemandes, que le pouvoir nazi obligeait jusqu'ici à rester sur place, commencent à fuir en masse vers l'Ouest par crainte de représailles après le comportement de la Wehrmacht en URSS.

Les Allemands tentent en février de contre-attaquer les lignes russes étendues, lançant par exemple plus de 40 assauts sur les têtes de pont de la rive gauche de l'Oder, mais sans résultat notable au-delà de progressions isolées et éphémères de quelques kilomètres.

Printemps 1945

Articles détaillés : Bataille de Berlin et Offensive de Prague.
Un timbre est-allemand commémorant la pose du drapeau soviétique au sommet du Reichstag[22]
14 933 000 personnes reçurent la médaille de la victoire sur l'Allemagne.

Après une nouvelle contre-attaque manquée, l'Armée rouge entre en Autriche le 30 mars et prend Vienne le 13 avril. En tout, l'OKW rapporte la perte de 600 000 hommes, morts, blessés ou faits prisonniers entre janvier et février 1945[23]. Le 9 avril, la garnison de Königsberg se rend mais des débris du Groupe d'Armées Nord restent encerclés dans des poches le long de la mer Baltique.

Au début du mois d'avril, la STAVKA autorise l'armée soviétique à franchir la rivière Oder pour lancer l'assaut final sur Berlin. Voyant que l'armée allemande avait quasiment cessé de se battre contre les alliés occidentaux, Staline s'inquiétait de la possibilité que les alliés ne s'emparent de la ville avant lui. Néanmoins, Eisenhower, le général en chef des forces alliés, décide de ne pas attaquer Berlin probablement pour éviter de sacrifier des soldats dans une zone qui devrait de toute façon être cédée aux soviétiques à la fin de la guerre.

Pour s'emparer de la ville, les Soviétiques rassemblent 2,5 millions de soldats, 6 250 chars, 7 500 avions et 41 600 pièces d'artillerie. Par comparaison, pour envahir l'Union soviétique en 1941, Hitler avait réuni 3 millions d'hommes, 3 600 chars et 2 258 appareils de combat. Les défenses allemandes sont formées par des unités régulières épuisées, mal équipées et désorganisées et par la Volkssturm, une milice de civils dont l'utilité militaire est plus que discutable.

La bataille commence le 16 avril par la prise des collines de Seelow, dernier obstacle sur la route de Berlin. Les fanatiques de la SS dont la plupart sont des unités composées de soldats étrangers et des jeunesses hitlériennes se défendent farouchement mais sont taillées en pièces par les soviétiques. l'Armée rouge se fraie difficilement un passage jusqu'au cœur de la ville qu'elle atteint le 30 avril. Hitler se suicide le même jour et Helmuth Weidling signe la reddition de la ville le 2 mai. Quelques jours auparavant, le 25 avril, les troupes américaines et soviétiques avaient fait leur jonction à Torgau.

Le matin du 7 mai 1945, le général Alfred Jodl signe la capitulation sans conditions de l'Allemagne au quartier général du SHAEF à Reims. Néanmoins, Staline fut mécontent de la tournure des événements et exigea que la cérémonie officielle se déroule à Berlin au QG du général Joukov. Ce fut alors Wilhelm Keitel qui signa l'acte officiel de reddition de l'Allemagne nazie. La commémoration de la fin de la guerre en Russie a lieu le 9 mai à cause du décalage horaire entre Berlin et Moscou et la journée est un jour férié. La première parade de la Victoire eut lieu à Moscou le 24 juin 1945.

Malgré la capitulation les derniers éléments du Groupe d'Armées Centre continuent le combat en Tchécoslovaquie jusqu'au 11 mai 1945.

Conséquences

Le front de l’Est a été de loin le plus grand théâtre d'opérations de la Seconde Guerre mondiale. Il est considéré comme le conflit le plus sanglant de l'Histoire – faisant 30 millions de morts[24] - et se déroulant sur les territoires plus vastes que tous les autres théâtres d'opérations réunis.

Mariya Dolina, pilote de bombardier en piqué sur le premier front balte (photo prise en 1944). Elle sera érigée héroïne de l'Union soviétique.

Le conflit fut le lieu de la guerre totale la plus extrême, sans doute nourrie par des objectifs idéologiques (plutôt que militaires ou politiques) et un antagonisme farouche entre les belligérants. Les nazis avaient adopté une ligne de conduite qui se résumait à la lutte du fascisme contre le communisme, et le combat entre la race aryenne et les races slaves et juives. Dès le départ, Adolf Hitler faisait mention de « guerre d'annihilation », de « guerre totale ». Le conflit fut tout le long caractérisé par son extrême brutalité sans commune mesure avec le Front de l'Ouest, par une lutte pour la survie de chaque nation se caractérisant par un mépris des ressources engagées, aussi bien en vies humaines qu'en matériel, et une absence de distinction entre cibles militaires et civiles (extermination de population, destruction d'infrastructures non militaires, etc.).

L'Union soviétique sort du conflit comme la première puissance militaire au monde et dispose d'un prestige considérable. En revanche, c'est un pays économiquement brisé par les combats qui ont eu lieu sur son sol. Selon un rapport présenté au procès de Nuremberg par le général Roman Roudenko, l'invasion allemande a entraîné la destruction de 1 710 villes, 70 000 villages, 2 500 églises, 31 850 établissements industriels, 40 000 hôpitaux, 84 000 écoles ainsi que 60 000 km de voies de chemins de fer.

De son côté, l'Allemagne est à genoux. Militairement vaincue et occupée par ses ennemis, elle est partagée en quatre zones d'occupation et perd tous ses territoires à l'est de la ligne Oder-Neisse soit 15% de sa superficie d'avant-guerre. La dernière période du conflit voit d'importants déplacements de population dans les territoires contrôlés par l'Armée rouge, comme l'arrivée de 12 millions d'allemands quittant leurs habitations d'Europe orientale.

Le Front de l'Est bouleverse les frontières de l'Europe de l'Est : absorption des Pays baltes dans l'URSS, déplacement de la Pologne d'environ 200 km vers l’ouest, disparition de la Prusse-Orientale, création d'une enclave russe autour de la ville de Königsberg - renommée Kaliningrad -, création d'une république soviétique de Moldavie. Les soviétiques font en sorte, dans les années d'immédiat après-guerre, de transformer les pays de l'est de l'Europe en satellites de l'Union soviétique, gouvernés par des partis communistes. Ce Bloc de l'Est va par la suite s'opposer au Bloc occidental dans le cadre de la guerre froide.

Commandants suprêmes

L'Union soviétique et l'Allemagne nazie étaient deux états dirigés par des leaders disposant d'un pouvoir absolu. Le cours de la guerre sur le Front de l'Est fut par conséquent déterminé par les idéologies et les personnalités des commandants suprêmes bien plus que sur tout autre front de la Seconde Guerre mondiale.

Adolf Hitler

Article connexe : Adolf Hitler.
Adolf Hitler mena l'Allemagne tout au long de la Seconde Guerre mondiale

Adolf Hitler est bien sûr le dirigeant ayant eu le plus d'influence sur le Front de l'Est, ne serait-ce qu'en étant celui à l'origine du conflit. Hitler, qui avait toujours envisagé une extension territoriale vers l'Est, décide fin 1940 de ne plus donner la priorité à la lutte contre le Royaume-Uni pour se retourner contre l'URSS. Il n'y est pas poussé par ses institutions militaires, qui redoutent au contraire de mener une guerre sur deux fronts.

Hitler avait pris l'ascendant sur ses généraux lors des opérations d'avant-guerre, et encore plus en soutenant le plan Manstein d'invasion de la France. À l'été 1940, son prestige et l'autorité obtenue grâce à ses succès est au maximum. Il est convaincu d'être au moins aussi bon que les militaires professionnels. Il garde une saine méfiance vis-à-vis des plans de ses généraux, n'hésitant pas à questionner, remettre en cause, ou ignorer les recommandations qui lui parviennent. Il joue également de son formidable talent d'orateur et de sa connaissance des sujets industriels et économiques – que ses généraux n'entendent guère – pour convaincre les officiers et les responsables de l'OKW. Son charisme et son autorité font que très peu d'officiers supérieurs ont la volonté ou le courage de s'opposer, ou de simplement discuter les décisions d'Hitler.

À mesure du conflit, Hitler intervient de plus en plus étroitement sur la conduite des opérations militaires à partir des bunkers de commandement (en particulier à Rastenburg en Prusse-Orientale, à Vinnytsia en Ukraine et enfin sous les jardins de la chancellerie du Reich à Berlin). Après la campagne de Pologne en 1939, Hitler évite soigneusement de se rendre auprès des troupes sur le front, ne voulant pas se confronter avec ce type de réalité. De l'aveu même des généraux, Hitler, qui n'avait pas d'expérience d'état-major, n'était pas dépourvu d'un certain coup d'œil. Il pouvait prendre des décisions risquées – qui finirent par lui coûter – comme des décisions raisonnables – souvent passées sous silence par les mémorialistes.

En août 1941, après la bataille de Smolensk, Hitler décide de rediriger le Groupe d'armées Centre vers l'Ukraine au lieu de tenter d'avancer encore vers Moscou, et contre l'avis de Walther von Brauchitsch, alors commandant en chef de la Wehrmacht ou de Fedor von Bock. Cette décision est toujours source de discussion, les généraux allemands ayant après-guerre reproché à Hitler d'avoir laissé passer la chance d'atteindre Moscou, tandis que les historiens contemporains pensent que la résistance soviétique était de toutes les façons trop forte pour y parvenir.

Au cours de l'hiver 1941-1942, lorsque la contre-offensive soviétique éventre les lignes allemandes, le commandement allemand est complètement démuni de réserves, si bien que seules les troupes en retraite peuvent rétablir la ligne de front. Beaucoup de généraux considèrent que cela est impossible à moins de se replier sur 500 km jusqu'au Dniepr et la Daugava. Hitler décide alors d'immobiliser les troupes en interdisant tout repli. Son intervention est décisive et permet à la Wehrmacht de se rétablir, alors qu'elle se serait probablement dissoute dans sa retraite. Hitler en conclut qu'il a besoin d'intervenir de plus près dans la conduite des opérations, en repoussant les conseils de ses officiers. Pas moins de 35 généraux sont congédiés durant l'hiver 1941-1942. On considère parfois que c'est à partir de là qu'Hitler s'arque-boute sur chaque kilomètre conquis, refusant tout repli. Jusqu'en 1943, Hitler pourra pourtant ordonner des replis, même sur une échelle opérationnelle, quand ce sera nécessaire (par exemple l'évacuation du saillant de Rjev en février 1943).

Lors de la campagne de 1942, Hitler ordonne la division de l'axe de progrès des armées allemandes, donnant deux objectifs distants de centaines de kilomètres : Stalingrad et le Caucase. Seules des considérations de prestige ou idéologiques peuvent expliquer l'avancée jusqu'à Stalingrad, ville industrielle certes, mais éloignée de toutes ressources naturelles, et dont on pouvait interrompre l'activité sans avoir besoin de la prendre d'assaut. Cette division des efforts, et la concentration des moyens allemands dans la zone urbaine de Stalingrad ouvrent une possibilité de contre-attaque dont l'Armée rouge se saisit.

Après la chute de Stalingrad, Hitler est psychologiquement abattu et Erich von Manstein peut sans mal le convaincre de lancer une attaque audacieuse avec les maigres réserves lui restant. Manstein parvient à reprendre Kharkov. Ce succès inespéré redonne un peu de crédibilité aux militaires. La décision de lancer en juillet 1943 la bataille de Koursk est ainsi décidée en commun, et après de nombreuses hésitations, par Hitler et l'OKW. Les détails de l'opération sont conçus par l'OKW, et son lancement n'est cette fois pas imposé par Hitler, même si celui-ci intervient sur des détails comme le nombre et le type de chars à déployer.

La série de revers militaires qui suit Koursk amène Hitler à intervenir de plus en plus dans les choix opérationnels sur le Front de l'Est. Ses instructions ne permettent pas de rétablir la situation devant un adversaire trop puissant: la technique 'pas un pas en arrière' n'est cette fois plus adaptée. Manstein lui reprochera après-guerre de n'avoir pas utilisé une défense élastique, plus souple, ainsi que n'avoir pas confié la responsabilité de l'ensemble du front à un seul commandant. Hitler limoge Manstein en mars 1944.

La frustration issue du commandement d'Hitler est l'un des facteurs ayant mené à la tentative de coup d'État de 1944. Même si la conspiration n'impliquait aucun militaire de haut rang, Hitler considère ensuite l'armée et ses officiers comme suspects et se tourne vers la SS qu'il juge comme plus loyale et prête à obéir aveuglément à ses ordres.

Dans les derniers mois de la guerre, Hitler ordonne la création de festungs, c'est-à-dire de forteresses ne devant ni se rendre ni reculer. Il concentre les quelques moyens offensifs dont dispose encore l'Allemagne dans des opérations en Hongrie plutôt que pour protéger la Prusse et Berlin. Certains ont vu là la volonté de sauver plutôt l'Autriche – pays natal de Hitler – que l'aristocratie prussienne. Complètement déconnecté de la réalité du terrain, Hitler imagine toujours pouvoir être sauvé par une victoire miracle ou une arme magique. Il se suicide le 30 avril 1945 alors que les Soviétiques ne sont qu'à quelques kilomètres de son bunker.

Joseph Staline

Article connexe : Joseph Staline.
Joseph Staline mena l'Union soviétique tout au long de la Seconde Guerre mondiale

Joseph Staline porte une lourde part de responsabilité dans les désastres du début de la guerre. Son ignorance des renseignements annonçant l'entrée en guerre de l'Allemagne et ses ordres destinés à empêcher toute provocation firent perdre plusieurs jours cruciaux à son armée. Néanmoins, le redressement spectaculaire de l'URSS lors de la guerre fut largement permis par sa politique d'industrialisation massive au cours des années 1930.

Les Grandes Purges de l'Armée rouge à la fin des années 1930 entraînèrent la condamnation à mort d'un grand nombre d'officiers à la suite de procès truqués. Cela inclut Mikhaïl Toukhatchevski, l'un des pionniers de la tactique de blitzkrieg et fervent partisan des troupes aéroportées ainsi que des trois-quarts des généraux. Ces purges et le marasme qu'elle provoquèrent au sein de l'armée qui furent l'un des facteur de la désastreuse guerre d'Hiver contre la Finlande et convainquirent les allemands de la fragilité de l'Union soviétique. De même le manque d'officiers expérimentés expliquent les désastres subis au début de la guerre. Cependant ces purges permirent de rajeunir l'armée et de jeunes officiers purent monter en grade ce qui fut l'un des facteurs de la victoire. Staline et le NKVD mirent en place un système de contrôle très sévère avec la présence de commissaires politiques qui devaient s'assurer de la bonne réalisation des ordres et de la loyauté des officiers.

Au cours de l'hiver 1941-1942, la réussite de la contre-offensive soviétique met Staline en confiance et celui-ci commet la même erreur qu'Hitler, il croit l'armée allemande anéantie et disperse ses efforts en lançant des offensives en Crimée et vers Léningrad. L'échec de ces attaques montre que l'Union soviétique n'est pas encore prête. À la différence d'Hitler qui s'implique de plus en plus dans la conduite des opérations, Staline délègue la gestion de la guerre à ses officiers et se contente de montrer la direction générale des offensives.

Staline relâche la pression du régime soviétique. La propagande rappelle les précédents victorieux d'Alexandre Nevski et de Mikhaïl Koutouzov et s'il se bat encore pour Staline et la défense du communisme, le soldat russe se bat désormais avant tout pour la "Mère patrie". La religion orthodoxe, autrefois persécutée est instrumentalisée pour souder la population autour du régime. L'autorité des commissaires politiques est réduite au profit de la hiérarchie militaire. Néanmoins, le pouvoir absolu de Staline ne faiblit pas. Il s'assure également que son rôle dans la victoire soit mis en avant. Il met en compétition ses généraux, en particulier Koniev et Joukov qui rivalisent de vitesse pour satisfaire le chef du Kremlin au mépris de la vie de leurs hommes. À la fin de la guerre, les généraux les plus populaires (dont Koniev et Joukov) sont remerciés et placés à des postes où ils ne pourront pas menacer le chef du Kremlin.

Occupation et répression

partisans soviétiques pendus par les allemands, janvier 1943

Les énormes gains territoriaux que l'Allemagne avait acquise en 1941 devaient être pacifiés et administrés. Pour la majorité des soviétiques, l'invasion nazie était considérée comme un acte brutal sans provocations préalables. Néanmoins, la violente politique stalinienne envers certaines populations comme les peuples baltes ou les ukrainiens fit que les allemands furent parfois accueillis en libérateurs. Les mouvements de libération nationales étaient cependant considérés avec méfiance par Hitler qui refusa de les soutenir. Les idéologues nazis voyaient la Russie comme une terre à coloniser et il fallait donc expulser ou éliminer les peuples qui y habitait : ce fut l'entreprise du Generalplan Ost. Ainsi, la brutale politique d'occupation nazie retourna rapidement les esprits des peuples occupés qui rejoignirent massivement les rangs des partisans.

Si les régions proches du front étaient dirigées par un pouvoir militaire, l'Ukraine et les pays baltes furent administrés par des Reichskommissariats. La mission de ces administrations étaient d'organiser le pillage et l'exploitation des territoires sans aucune compassion pour la population civile. Le discours d'intronisation d'Erich Koch au commissariat d'Ukraine était très clair sur la politique allemande : « Notre mission est de pomper d'Ukraine tous les biens que nous pouvons amasser... J'attends de vous la plus grande sévérité envers la population locale. »

Carte issue du rapport de Stahlecker intitulé Exécutions de juifs menées par l'Einsatzgruppen A. L'Estonie est marquée d'un judenfrei (nettoyée des juifs).

Les atrocités envers les populations juives commencèrent immédiatement après l'invasion avec le déploiement d'Einsatzgruppen dont la mission était de rassembler les juifs et de les fusiller. L'antisémitisme des populations locales fut largement exploité et celles-ci menèrent de nombreux pogroms. En juillet 1941, Erich von dem Bach-Zelewski organise l'exécution de près de 100 000 personnes dont 35 000 juifs à Babi Yar. À la fin de l'année 1941, 50 000 soldats étaient déployés dans des missions d'élimination des juifs. L'industrialisation grandissante des massacres mena à l'adoption de la Solution Finale et à la création de camps d'extermination. Durant les trois années de la guerre, environ 1,5 million de juifs soviétiques furent tués.

Le massacre des juifs et des autres minorités ethniques comme les roms ne représente qu'une part des morts liées à l'occupation allemande. Des centaines de milliers de civils soviétiques furent exécutés et des millions d'autres moururent de la sous-alimentation liée aux réquisitions allemandes. Au cours de leur retraite en 1943-1944, les Allemands menèrent une impitoyable politique de terre brûlée, détruisant toutes les villes, villages et infrastructures laissant les habitants mourir de faim et de froid[25].

Victimes du NKVD à Lvov, juin 1941

La violence de l'administration allemande envers les populations locales et les prisonniers de guerre encouragea la guerre de guérilla menée par les partisans à l'arrière du front. La lutte contre ces milices menaçant la logistique et la sécurité des troupes à l'arrière fut un combat acharné et ingrat impliquant souvent une dure répression contre les villageois soupçonnés de les soutenir. Vadim Erlikam a détaillé les pertes soviétiques qui s'élèvent à plus de 26,5 millions. Les pertes militaires de 10,6 millions incluent les 7,6 millions de tués ou disparus, les 2,6 millions de prisonniers de guerre et les 400 000 partisans morts. Les pertes civiles atteignent un total de 15,9 millions. Ce chiffre inclut 1,5 million de morts liées aux combats, 7,1 millions liées à la politique brutale et aux représailles allemandes, 1,8 million déportés en Allemagne pour le travail forcé et 5,5 millions de morts liées à la faim ou aux maladies. La Biélorussie perd par exemple un quart de ses habitants. Le total de 26,5 millions n'inclut pas les famines de 1946-1947 et les victimes des répressions soviétiques.

60% des 5,7 millions de prisonniers de guerre soviétiques moururent au cours de la guerre. Par comparaison, moins de 5% des prisonniers de guerre occidentaux ne survécurent pas à la guerre. La justification officielle faite par l'Allemagne était que l'URSS n'avait pas signé la Convention de Genève de 1929 relative au traitement des prisonniers de guerre. Les prisonniers soviétiques furent parmi les premiers à « tester » le zyklon B qui sera par la suite utilisé lors de la Shoah. De même, les unités allemandes avaient reçu l'ordre d'exécuter immédiatement tous les commissaires politiques capturés. De son côté, l'URSS se méfiait de ses prisonniers qui s'étaient rendus au lieu de combattre jusqu'à la mort. Environ 40% des prisonniers de guerre libérés furent condamnés à des peines allant du bataillon pénal au goulag pour collaboration avec l'ennemi. La répression fut encore plus cruelle avec les soldats ayant rejoint le camp de l'Allemagne même si comme les hiwis, ils n'avaient pas eu le choix.

La violence de l'Union soviétique, bien qu'inférieure à celle de l'Allemagne nazie, ne doit pas être négligée. Immédiatement après l'attaque allemande, le NKVD élimina plusieurs dizaines de milliers de prisonniers politiques en Ukraine et en Biélorussie. De même, l'Armée rouge mena en 1941 une politique de terre brûlée pour stopper l'avancée allemande sans faire grand cas de la souffrance de la population. Lors du repli de la Wehrmacht, l'Armée rouge se livra à de violentes représailles contre les population ethniquement allemandes d'Europe de l'Est. Ces exactions furent habilement exploitées par la propagande allemande qui annonça les pires violences en cas de défaite. Cette peur provoqua la fuite de millions d'Allemands vers l'Ouest.

Aspect industriel

La Seconde Guerre mondiale fut avant tout une guerre entre des nations industrialisées dont l'économie était une facette capitale pour remporter la guerre.

L'Allemagne et l'Union soviétique étaient déjà avant-guerre deux puissances industrielles. Puissance industrielle de second rang au début du XXe siècle, la Russie sort exténuée de la Première Guerre mondiale et de la guerre civile qui ravagea le pays au début des années 1920. L'industrialisation massive sous l'impulsion de Staline permet à l'URSS de se hisser parmi les premières puissances industrielles du monde à la veille de la Seconde Guerre mondiale. En 1941, les territoires perdus par l'Union soviétique produisaient 60% de son acier et de son charbon, 50% de ses céréales et 40% de son électricité. De plus, dans un effort logistique absolument titanesque compte tenu du nombre d'industries déplacées et de la pauvreté des moyens de transports, elle parvient à mettre à l'abri la plus grande partie de son industrie derrière l'Oural. Des millions d'ouvriers sont évacués en même temps et doivent travailler dans des conditions épouvantables. Malgré tout ces handicaps, la production ne diminue pas, ce qui montre la résilience le l'industrie soviétique habituée à fonctionner dans des conditions extrêmes depuis plus de 30 ans.

Un char T-34 soviétique en 1942. Sa conception révolutionnaire en fit un atout indispensable pour l'Armée rouge

De son côté, l'Allemagne était l'un des pionniers de la Révolution industrielle. Le complexe militaro-industriel allemand est basé sur l'existence de puissants groupes industriels désigné par le terme de Konzern (Krupp, IG Farben, Messerschmitt). Le réarmement auquel l'Allemagne consacra jusqu'à 52% de ses dépenses publiques lui permit de mettre en place un armée moderne[26]. Cependant, le pays ne disposait pas de suffisamment de matières premières pour alimenter son industrie militaire en pleine croissance et malgré l'acquisition des gisements miniers et des ressources agricoles des pays conquis, elle manquait de pétrole, de céréales, de caoutchouc et de différents minerais comme le manganèse ou le nickel. L'Union soviétique et l'Allemagne passèrent donc une série d'accord commerciaux que l'Allemagne rompit pour se servir elle-même.

Le conflit poussa les deux pays à s'engager dans une politique de guerre totale où tout le pays était tourné vers la production d'armement. Malgré les pertes territoriales, la production industrielle soviétique dépasse celle de l'Allemagne dés 1942. L'Union soviétique a l'avantage de n'avoir à combattre que sur un seul front, ce qui lui permet de concentrer toutes ses forces face à l'Allemagne. De plus, ses industries derrière l'Oural sont à l'abri de toute attaque aérienne. Elle reçoit également des quantités colossales de matériel en provenance des États-Unis et du Royaume-Uni.

En revanche, en plus du Front russe, l'Allemagne doit répartir des unités en Afrique du Nord puis en Italie ainsi que face à l'Angleterre en vue d'une probable invasion maritime. Il lui faut également déployer des unités pour lutter contre les partisans et les rebelles. De plus, ses industries sont de plus en plus visés par les bombardements alliés. Sous l'impulsion d'Albert Speer, la production allemande augmente en 1944 malgré l'intensification des bombardements mais cette augmentation arrive deux ans trop tard.

Pour tenter de ralentir la marée des chars soviétiques, les Allemands équipèrent des Stukas avec des canons de 37 mm.

Pour remplacer les ouvriers partis combattre, l'Allemagne dut faire appel à de la main d'œuvre plus ou moins forcée. À la différence des autres belligérants, elle ne fit pas appel aux femmes car l'idéologie nazie les cantonnait à un rôle traditionnel. Par comparaison, l'Armée rouge compta jusqu'à 800 000 femmes dans des unités combattantes et l'Union soviétique fit massivement appel à elles dans les usines. Si les ouvriers venant des pays d'Europe de l'Ouest était globalement bien traités, ce n'était pas le cas à l'est d'où venait les deux-tiers des 12 millions de travailleurs qui participèrent à l'effort de guerre allemand[27]. Cette demande criante d'une main-d'œuvre abondante et si possible gratuite entrait bien évidemment en contradiction avec la volonté d'exterminer des centaines de milliers de personnes qui auraient très bien pu travailler dans des usines.

Du côté militaire, l'armée allemande est probablement la force militaire la plus moderne du monde au début de la guerre, pionnière dans l'utilisation des blindés et de l'aviation, elle vint rapidement à bout d'armées beaucoup plus faibles comme l'armée polonaise ou les armées scandinaves mais également de l'armée française alors considérée comme la première armée du monde. En dépit d'une image largement répandue dans l'imaginaire collectif, la Wehrmacht n'était que très partiellement mécanisée et comptait encore des millions de chevaux. De son côté, l'Armée rouge est pléthorique et dispose d'un nombre colossal de chars et d'avions et de chars. Cependant, la plupart de ces équipements sont obsolètes. Par exemple, la moitié des appareils sont des biplans complètement dépassés. Les conséquences des Grandes Purges sont encore palpables et l'armée manque d'officiers expérimentés. Néanmoins, elle dispose de chars modernes comme le T-34 qui n'aura jusqu'en 1943, aucun équivalent côté allemand et sera produit à plus de 50 000 exemplaires.

En dépit d'une infériorité numérique qui ne cesse de d'accentuer, la Wehrmacht conserve l'initiative jusqu'à la bataille de Koursk en 1943 grâce à de meilleures tactiques, un meilleur entraînement et l'appui de l'aviation. Ne pouvant produire autant de blindés, d'avions et d'armes que ses adversaires, l'Allemagne ne pouvait que perdre.

Pertes

Les combats impliquèrent des millions de troupes de l'Axe et de l'Union soviétique sur le plus vaste champ de bataille de l'histoire militaire. Il s'agit de loin du plus sanglant théâtre d'opération de la guerre.

Pertes militaires sur le front de l'Est[28]
Forces de l'Axe
Total morts Tués/disparus Faits prisonniers Prisonniers morts en captivité
Allemagne 4 300 000 4 000 000 3 300 000 374 000
Citoyens soviétiques ayant rejoint l'Allemagne 215 000+ 215 000 1 000 000 Inconnu
Roumanie 281 000 81 000 500 000 200 000
Hongrie 300 000 100 000 500 000 200 000
Italie 82 000 32 000 70 000 50 000
Total 5 178 000+ 4 428 000 5 450 000 824 000
Pertes militaires sur le front de l'Est[29]
Forces soviétiques
Total morts Tués/disparus Faits prisonniers Prisonniers morts en captivité
URSS 10 600 000 6 829 437[30] 5 200 000 3 300 000
Pologne 24 000 24 000 Inconnu Inconnu
Roumanie 17 000 17 000 80 000 Inconnu
Bulgarie 10 000 10 000 Inconnu Inconnu
Total 10 651 000 6 927 204 + partisans morts 5 280 000 3 300 000

Ces chiffres ne correspondent qu'aux pertes militaires mais les pertes civiles varient de 14 à 17 millions en très grande majorité du côté soviétique.

Historiographie

Schützenpanzer équipé de lance-flamme (Sonderkraftfahrzeug 251), en train de détruire un village de Russie centrale en août 1944 au moment de la retraite sur le front de l'Est.

Malgré l'intensité et l'étendue du conflit sur le front de l'Est, son histoire reste encore largement méconnue en Europe occidentale. La guerre froide a sans doute joué un rôle important dans cet « oubli ». La diabolisation de l'URSS lors de cette période a en effet occulté son rôle décisif dans la destruction du Troisième Reich.

La fermeture des archives a également joué un grand rôle. Jusqu'en 1991, les textes soviétiques sur cette période étaient en grande partie inaccessible pour éviter de dévoiler des documents pouvant discréditer le régime. Cela fait que le travail des historiens reposait presque exclusivement sur les textes allemands avec tous les problèmes provoqués par une lecture à sens unique de la guerre. L'ouverture des archives au moment de la chute du bloc de l'Est permit de comprendre le redressement spectaculaire de l'URSS et de l'Armée rouge en 1942, de montrer le courage et les capacités du soldat soviétique de base mais également la violence et la brutalité du régime stalinien.

De même, les mémoires de généraux allemands, en particulier de celles d'Erich von Manstein et de Heinz Guderian, avancèrent que les crimes de guerre et la Shoah avaient été commis par la SS et que la Wehrmacht avait mené une guerre honorable. Cette idée d'une Wehrmacht « propre » se répandit largement au début de la guerre froide où il était plus facile de considérer qu'Hitler était seul responsable des atrocités de la guerre et de la défaite que de se passer d'officiers expérimentés alors que les deux Allemagnes devaient recréer des unités militaires. Le rôle de la Wehrmacht dans les crimes de guerre ne fut pas sérieusement réexaminé avant les années 1980 et en 2000, un comité d'historiens déclara que la Wehrmacht ne « s'était pas seulement empêtrée dans le génocide des juifs et dans les autres crimes de guerres mais qu’elle y avait participé, en jouant tantôt un rôle de premier plan, tantôt d’homme de main ».

Notes et références

  1. Membre de l'Axe, elle ne déclare cependant pas la guerre à l'URSS. Elle est par la suite envahie en septembre 1944 par l'Armée rouge et se retourne contre son ancien allié.
  2. Le terme apparaît pour la première fois dans la manchette du premier numéro de la Pravda à paraître après l'invasion, et Staline ne tarde pas à reprendre personnellement cette formule (voir Antony Beevor, Stalingrad, p. 49).
  3. (de) Die Ostfront 1941–1945
  4. Bellamy 2007, p. xix
  5. Norman Davies : « Comme 75 à 80% des pertes allemandes le furent sur le Front de l'Est, il apparaît que les efforts militaires des alliés occidentaux n'ont compté que pour 20 à 25%. ». Source : Sunday Times, 05/11/2006.
  6. Robert Gellately. Reviewed work(s): Vom Generalplan Ost zum Generalsiedlungsplan by Czeslaw Madajczyk. Der "Generalplan Ost." Hauptlinien der nationalsozialistischen Planungs- und Vernichtungspolitik by Mechtild Rössler ; Sabine Schleiermacher. Central European History, Vol. 29, No. 2 (1996), p. 270-274
  7. John Connelly. Nazis and Slavs: From Racial Theory to Racist Practice, Central European History, Vol. 32, No. 1 (1999), p. 1-33
  8. Christian Gerlach. The Wannsee Conference, the Fate of German Jews, and Hitler's Decision in Principle to Exterminate All European Jews. The Journal of Modern History, Vol. 70, n° 4 (déc. 1998), p. 759-812
  9. Edward E. Ericson, III. Karl Schnurre and the Evolution of Nazi-Soviet Relations, 1936–1941. German Studies Review, Vol. 21, No. 2 (mai 1998), p. 263–283
  10. Lire Richard Sorge.
  11. Shirer (1990), p.852
  12. Alan F. Wilt. Hitler's Late Summer Pause in 1941. Military Affairs, Vol. 45, No. 4 (déc. 1981), p. 187–191
  13. Russel H. S. Stolfi. Barbarossa Revisited: A Critical Reappraisal of the Opening Stages of the Russo-German. Campaign (juin–December 1941). The Journal of Modern History, Vol. 54, No. 1 (mars 1982), p. 27–46)
  14. Overy 1997, p. 181–3
  15. Overy 2004, p. 500
  16. l'OKH émet début 1942 les (de)directives de la guerre d'hiver
  17. When Titans Clashed, David Glantz, University Press of Kansas (1995), p.136
  18. Shirer (1990), p. 927-928
  19. Ecrit Ramushevo ou Ramouchevo
  20. G. I. Krivosheev. Soviet Casualties and Combat Losses. Greenhill 1997 ISBN 1-85367-280-7
  21. Bellamy, p. 663–7
  22. Hastings, Max, Armageddon: The Battle for Germany 1944–1945, Vintage Books USA
  23. D'après G. I. Krivosheev. (Soviet Casualties and Combat Losses. Greenhill 1997 ISBN 1-85367-280-7), sur le Front de l'Est, les morts des pays alliés de l'Allemagne se montent à 668 163, ceux de l'Allemagne à 3 604 000 plus les 550 000 prisonniers morts dans les camps soviétiques soit un total de 4,8 millions soit plus de la moitié des pertes militaires de l'Axe au cours de la guerre (Europe et Pacifique). Du côté soviétique , les pertes militaires sont de 10,5 millions (incluant les prisonniers morts dans les camps allemands, d'après Vadim Erlikman. Poteri narodonaseleniia v XX veke : spravochnik. Moscou, 2004. ISBN 5-93165-107-1), et les pertes civiles s'élèvent à 15,7 millions. Soit un total de 15 millions de morts militaires et 15,7 millions de morts civiles. Les pertes civiles allemandes et des autres pays d'Europe orientale ne sont pas inclus dans ce total
  24. Le 7 septembre 1943, Himmler ordonna au HSSPF "Ukraine" Hans-Adolf Prützmann qu'« aucun être humain, pas une tête de bétail, pas une livre de céréales et pas une ligne de chemin de fer ne devaient être laissée en arrière. Qu'aucune maison ne reste debout, qu'aucune mine ne soit réutilisable avant plusieurs années, qu'aucun puits ne soit pas empoisonné. L'ennemi doit vraiment trouver une terre complètement ravagée et détruite. » Nazi Conspiracy and Aggression, Supplement A p. 1270.
  25. http://diberville.blogspot.com/2004/05/429-viter-la-faillite.html
  26. John C. Beyer, « Forced Labour under Third Reich - Part 1 », Nathan Associates Inc. and John C. Beyer, « Forced Labour under Third Reich - Part 2 », Nathan Associates Inc.
  27. Rűdiger Overmans, Deutsche militärische Verluste im Zweiten Weltkrieg. Oldenbourg 2000. ISBN 3-486-56531-1, Richard Overy The Dictators: Hitler's Germany and Stalin's Russia (2004), ISBN 0-7139-9309-X
  28. Vadim Erlikman, Poteri narodonaseleniia v XX veke: spravochnik. Moscou, 2004. ISBN 5-93165-107-1; Mark Axworthy, Third Axis Fourth Ally. Arms and Armour 1995, p. 216. ISBN 1-85409-267-7
  29. http://www.soldat.ru/doc/casualties/book/chapter5_05.html

Bibliographie

Voir aussi

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