Contentieux Khméro-vietnamien


Contentieux Khméro-vietnamien

Contentieux khméro-vietnamien

La notion de l'ennemi héréditaire est depuis longtemps dans l'intelligentsia cambodgienne pour désigner l'histoire des rapports avec son voisin vietnamien. Après la perte du delta du Mékong au profit des vietnamiens, cette notion s’amplifie dans ce «protectorat chétif» qu’a été le Cambodge colonial devenu le «Far West de Saigon» dans les années 50-70.

Sommaire

Points d’histoire

L'arrivée au pouvoir de Ngô Dinh Diêm à Saigon et sa politique pro-américaine allaient envenimer sérieusement les relations avec le Cambodge. L'apuration des comptes de l'ancien Trésor indochinois et le partage du patrimoine commun, héritage de l'Indochine française centralisée, ne purent être réalisés. Phnom Penh dut ainsi créer sa propre monnaie. Puis Saigon revendiqua quelques villages frontaliers et surtout des îles qui contrôlaient l'entrée de la baie de Kompong Som. Les Cambodgiens avaient là une petite base navale, à Ream , et projetaient de créer un port de mer, le futur Sihanoukville, pour éviter que leur ravitaillement qui, jusqu'alors, dût remonter le Mékong, en passant par Chau Doc-Long Xuyên, ne dépende du bon vouloir des autorités vietnamiennes. Ces revendications territoriales furent considérées, par le prince Norodom Sihanouk comme sans fondement et rejetées comme telles. Ngô Dinh Diêm qui entendait obtenir une reconnaissance internationale pour son régime provisoire interdit le Mékong aux navires qui remontaient à Phnom Penh, afin d'obliger le Cambodge à établir avec lui des relations diplomatiques. Divers incidents de frontière, des tentatives de subversion et des complots assombrirent encore les relations. À cette époque-là, Diêm contrôlait encore la police cambodgienne par l'entremise des Vietnamiens qu'avait laissés là l'administration française. Dès le 25 avril 1957, le frère du dictateur, Ngô Dinh Nhu, maître de la police secrète, accusait le Cambodge d'héberger le quartier général des communistes de Hanoi. Le 2 mai suivant, les troupes régulières sud-vietnamiennes faisaient une incursion en territoire khmer et attaquaient Ba Thu, dans le «Bec de Canard».

En crise presque permanente, les relations diplomatiques se maintinrent jusqu'en août 1963. Elles furent ensuite entièrement coupées sans que pour autant les difficultés s'aplanissent. L'un des problèmes les plus lancinants, et qui ne trouvera sans doute de solution qu'avec la fin de la Guerre du Vietnam, est celui des minorités nationales. Plusieurs centaines de milliers de Vietnamiens habitent au Cambodge. En dehors de certaines mesures restrictives dans le domaine économique qui visaient à favoriser les Khmers dans la course aux emplois, ces Vietnamiens, au moins jusqu'à une date récente, vivaient dans une paix relative et une aisance matérielle souvent réelle. Par contre, le sort de la minorité khmère de Cochinchine, est loin d'être enviable. Diversement estimée à 500 000 ou 1 000 000 de personnes, elle vit en communautés villageoises resserrées autour des pagodes. Ces «Khmers krom» réclament la reconnaissance de leurs droits en tant que minorité nationale, culturelle, linguistique et religieuse. De ces droits, on se soucie comme d'une guigne à Saigon.

D'un côté, le FN.L promet aux Khmers krom l'octroi de leurs droits nationaux et les fait participer, par le canal d'une organisation particulière, à la lutte de libération nationale. De l'autre côté, ils sont recrutés dans l'armée gouvernementale ou dans les Forces spéciales de l'armée américaine. L'avantage qu'y trouvent certains est d'échapper à la sujétion d'officiers vietnamiens et d'être mieux payés que dans l'armée régulière. Aussi forment-ils des unités spécialisées dans le terrorisme et les coups de main à la frontière, encadrées par des officiers américains et que leurs exploits ont rendus tristement célèbres dans la région. En mai 1970, plusieurs milliers de ces mercenaires ont été dépêchés au général Lon Nol car, selon le département d'État américain, «ils voulaient se battre pour le Cambodge16». Ils restent néanmoins en contact permanent, ne serait-ce que par radio, avec leurs officiers américains. Les autorités de Phnom Penh ont toujours accordé à la question des Khmers krom une vive attention. Chaque année voyait des centaines de réfugiés arriver dans le pays. La perte des provinces de Cochinchine au XVIIIè siècle était souvent rappelée pour stigmatiser l'impérialisme vietnamien. La presse locale ne se faisait pas toujours faute de rappeler qu'avant d'être vietnamien, Saigon s'appelait Prey Nokor, que beaucoup de villes ou de provinces du Delta portent encore des noms khmers. La jeunesse des écoles n'était pas insensible à ces vibrants rappels. Le prince Sihanouk, quand il alertait l'opinion internationale sur les persécutions dont souffrent les Khmers krom, avait soin de préciser qu'il n'émettait aucune revendication territoriale sur son voisin, en laissant entendre toutefois que son dossier n'aurait pas été mauvais17.

Navigation sihanoukiste difficile

Pendant 15 ans, le prince Norodom Sihanouk n'a cessé de réclamer le respect de ses frontières et d'en appeler à la communauté internationale. Contrairement à Hanoi et au FNL, le gouvernement de Saigon a toujours refusé de reconnaître ces frontières. Au printemps 1969 encore, alors qu'il était acquis que le régime de Sihanouk allait renouer les relations diplomatiques avec Washington, le général Thiêu déclarait qu'il était pour sa part "prêt à rouvrir les dossiers" avec les Cambodgiens, c'est-à-dire à reprendre la question des rectifications de frontière là où Diêm l'avait laissée. Le poids écrasant de la question vietnamienne et la situation du Cambodge, tant en Indochine que dans le monde, avaient mené Sihanouk dès l'indépendance à formuler une politique de neutralité active qui se situait alors dans la ligne définie par Nehru, avec qui Sihanouk avait établi des relations cordiales et déférentes. Certes, juste après la Conférence de Genève, Sihanouk fait marcher ses troupes sur celles du Viêt Minh qui se retirent d'ailleurs en bon ordre. En même temps il accepte l'idée d'une protection fournie par les Occidentaux dans le cadre de ce qui devenait l'OTASE.18. Mais très rapidement il en voit le danger pour l'indépendance du pays, et à la conférence de Bandung, en avril 1955, le Cambodge neutraliste fait son apparition sur la scène asiatique. Phnom Penh entretient alors de bonnes relations avec les Occidentaux (il reçoit une aide militaire américaine directe), avec le Japon, avec les neutralistes (Nehru et Sukarno), avec les Soviétiques et avec les Chinois. C'est l'époque où l'indépendance vient d'être confirmée à Genève, où le prince lance le Sangkum. Malgré la latitude que lui laissent les accords de 1954, Sihanouk finalement refuse, en dépit des multiples pressions de John Foster Dulles19 de placer son pays sous la protection de l'OTASE (Organisation du Traité de l’Asie du Sud Est). Le durcissement américain au Viêt Nam du Sud, marqué par le soutien donné à la dictature diêmiste qui refuse de tenir les élections générales prévues en 1954, entraîne une certaine hostilité des régimes pro-américains à l'égard de la neutralité cambodgienne. Cependant, une loi promulguée le 6 novembre 1957 définissait ainsi une ligne à laquelle Sihanouk se conforma de façon stricte:

"[…] article premier: Le Royaume du Cambodge est un pays neutre. Il s'abstient de toute alliance militaire ou idéologique avec des pays étrangers. Il n'entreprendra aucune agression contre aucun pays étranger.

"[…] article deux: Au cas où il subirait une agression étrangère, il se réserve le droit de se défendre lui-même par les armes; de faire appel à l'ONU, de faire appel à une puissance amie."

Devant les difficultés que soulèvent les alliés de Washington -- Saigon à partir de 1956, Bangkok à partir de 1958 -- Sihanouk a tendance à rompre les relations diplomatiques avec ses adversaires, à demander appui aux autres neutralistes asiatiques (l'Inde et la Birmanie), à s'assurer de la compréhension des Chinois (visites officielles à Pékin en 1956, 1958, 1960, 1963, 1964, 1965) et des Soviétiques (visites officielles en 1956 et 1960) et à essayer de négocier avec les Américains le respect de la neutralité cambodgienne, sans jamais obtenir d'engagement précis de leur part. En fait, la montée de la guerre qui commence à faire rage à moins de cent kilomètres de Phnom Penh rend la poursuite de cette politique de plus en plus hasardeuse et la marge de manoeuvre se réduit peu à peu. Néanmoins, Sihanouk continue à évoluer avec une extrême habileté, faisant montre d'un génie certain de la diplomatie où ses méthodes parfois non conformistes aboutissent à de nombreux succès. L'effondrement de l'indépendance cambodgienne, à la minute même où il a été déposé en donne la preuve la plus éclatante. On serait tenté de parler d'un «système Sihanouk» pour décrire sa politique étrangère. Son but fondamental en est le maintien de l'indépendance complète du pays (dans une région du monde où le cas est bien rare), le maintien sans compromis de l'intégrité territoriale, menacée historiquement par l'expansionnisme des deux grands voisins, ainsi que celui d'un équilibre entre les grandes puissances qui jouent un rôle dans la région, principalement les États- Unis, la Chine, l'URS.S et la France, en second lieu le Japon, la Grande-Bretagne et l'Allemagne.

Au moment où les Américains débarquent un important corps expéditionnaire au Viêt-Nam, Sihanouk réunit à Phnom Penh, du 1er au 9 mars 1965, une Conférence des peuples indochinois où 38 délégations cambodgiennes, laotiennes et vietnamiennes, représentant un large éventail politique, condamnent l'agression de l'impérialisme américain sur la base des principes de Bandung. En même temps, dans les couloirs, Sihanouk engage avec les Nord-Vietnamiens une épreuve de force qui va presque jusqu'au point de rupture.

C'est de ce principe d'hostilité aux hégémonies que découlent, en s'adaptant aux situations, l'antagonisme avec les États-Unis, l'excellence des rapports diplomatiques avec Hanoi, et la rigidité à l'égard de Saigon et Bangkok. On pense aussi là à la politique étrangère de Charles de Gaulle, qui salua de façon solennelle son émule au cours de son fameux voyage de 1966, dans un discours que l'on n'hésita pas, à Phnom Penh, à qualifier de sihanoukiste. Peu à peu, le problème vietnamien en vint à dominer entièrement la politique étrangère khmère. La pression aux frontières ne se relâchait pas. Les Thaïlandais et les commandos “khmer serei” de la CIA ne cessaient de lancer des coups de main, de poser des mines, d'attaquer des postes sans jamais lancer de véritable offensive militaire. Un simple harcèlement, pour maintenir la température. À la frontière vietnamienne, par contre, les incidents prenaient des proportions plus graves. A partir de 1957, mais surtout de 1964, les forces américano-vietnamiennes se mirent à attaquer des postes, des villages, à bombarder les rizières, à mitrailler des camions, à “napalmer” ou à "défolier" du côté cambodgien de la frontière. ll ne se passait guère de semaine sans que de tels incidents se produisent, avec des morts et blessés, quelques centaines au total, chaque année. Sihanouk n'a pas manqué, chaque fois que des paysans khmers étaient victimes des bombes américaines, d'élever une protestation à laquelle Washington ne répondait pas ou répondait en prétendant tout ignorer de l'affaire et qu'une enquête avait été ordonnée, etc. Des journalistes de Saigon ont raconté, en privé, comment ils avaient accompagné, à plusieurs reprises, des commandos de Forces spéciales américaines dans leurs incursions en territoire khmer.

La frontière était continuellement survolée par des appareils de l'US Air Force. Pendant plusieurs années, les membres de la CIC (Commission Internationale de Contrôle: Indiens, Polonais et Canadiens) se déplaçaient à chaque violation grossière de la frontière pour aller constater les dégâts et établir un rapport, malgré les tentatives de diversion que ne manquaient jamais de faire les Canadiens. Peine perdue. Personne à Washington ou à Saigon ne se souciait plus de la CIC, mise en place par les Accords de Genève. On la gardait en veilleuse pour la réanimer en cas de règlement diplomatique. Mais les Américains, qui reconnaissaient verbalement la neutralité du Cambodge, ne tenaient guère à ce que leurs incursions, souvent meurtrières, fussent étalées en public. Les journalistes qui étaient au courant, à Saigon, n'avaient guère la latitude d'en faire état. La thèse américaine a toujours été, pratiquement depuis quinze ans, que la région frontalière abritait, sur le territoire cambodgien, le quartier général des forces viêtcong et que celles-ci y disposaient de "sanctuaires", c'est-à-dire de zones exclusivement sous leur contrôle et à partir desquelles elles pouvaient lancer des attaques contre le Sud du Viêt Nam. Cette thèse, que nous examinerons plus loin, a servi pendant des années à justifier les agressions contre le Cambodge et, plus récemment, à l'envahir avec des dizaines de milliers de soldats américains et sud-vietnamiens. Les Américains reprochaient à Sihanouk de tolérer cette présence sur son territoire. Pendant longtemps, Sihanouk a nié cette présence avec la dernière énergie Par là, il refusait d'abord de tomber dans le piège américain:

«[…] Si vous avez des communistes chez vous, il faut les frapper et nous allons venir vous aider».

Il insistait sur le fait que sa neutralité devait être respectée par ceux qui la menaçaient le plus, c'est-à-dire les Américains dont on savait quels ravages leur présence causait au Viêt Nam, au Laos et en Thaïlande. De plus, en ne la reconnaissant pas publiquement, il limitait la présence des combattants du FNL, obligés dès lors de ne pas créer trop de difficultés à un voisin qui leur était plutôt favorable. Enfin, cela ne l'empêchait nullement, dans la coulisse, de faire pression sur le FNL pour qu'ils limitent au maximum leur présence. Il savait que la présence éventuelle de ces forces armées n'entraînait pas le Cambodge dans la guerre. Il y avait certes les incidents de frontières mais en raison des méthodes de guerre américaines, ils étaient inévitables. Les Viêtcong avaient les yeux tournés vers le Viêt Nam. Ce qu'ils se procuraient au Cambodge, ils le payaient et se gardaient bien, eux, de s'immiscer dans les affaires intérieures du Cambodge. Ils n'attaquaient jamais l'armée khmère. Quand Sihanouk le réclama, ils reconnurent volontiers "l'intégrité territoriale du Cambodge dans ses frontières actuelles", formule consacrée par laquelle Sihanouk faisait le tri entre ses amis et ses adversaires. Saigon s'était toujours refusé à faire une telle déclaration de reconnaissance. Le F.N.L, en tant que future force politique dirigeante du Viêt Nam offrait donc, aux yeux de Sihanouk, une garantie de poids en renonçant à toute revendication territoriale, et c'était là, on s'en souvient, un pilier de la politique étrangère du prince. Le maintien de la paix exigeait donc que le Cambodge niât officiellement la présence, si limitée fût-elle, de troupes du FNL sur son territoire.

Par ailleurs, Sihanouk savait parfaitement qu'il n'avait nullement les moyens de l'empêcher si d'aventure les responsables du FNL avaient décidé de la lui imposer. Il ne le cachait pas dans ses discours publics. Comment voulez- vous, disait-il, que nous nous opposions par la force avec nos 35 000 hommes, à des gens qui tiennent en échec 1 000 000 de soldats américains et sud-vietnamiens? On a vu plus tard la "valeur" de cette armée khmère. Cette politique de très stricte neutralité procurait des avantages aux deux côtés. Le FNL. avait sur ses arrières un régime qui lui était plutôt favorable et qui lui offrait un lieu de contact, Phnom Penh, avec le monde extérieur. Le FNL constituait un rempart efficace contre les tentatives d'empiétement américano-sud-vietnamiennes. Il avait liquidé les bases vietnamiennes des commandos khmer serei; il encourageait la très importante minorité vietnamienne du Cambodge à soutenir le régime. Tout en étant très attentif et bien informé de la situation dans le pays, le Front s'abstenait d'y jouer un rôle politique ou de soutenir les rebelles "rouges". Au plus, il les prenait sous sa protection quand ils étaient pourchassés. Pendant longtemps les avantages réciproques semblèrent garantir le maintien de cet équilibre en dépit des convulsions qui saisissaient les pays voisins. Pourtant la situation commença à se modifier vers la fin de 1968 et le début de 1969. Dans les discours du prince les allusions se firent de plus en plus transparentes. Dans la presse le changement de ton se faisait graduellement: on critiqua l'ingérence des étrangers, puis des communistes, puis des Vietnamiens en général.

Parallèlement les relations diplomatiques avec Hanoi et le Front semblaient bonnes et allaient même en se resserrant. On sentait comme un double jeu En mai 1969, la semaine même où la représentation diplomatique du FN.L à Phnom Penh, dirigée par le professeur Nguyên Van Hieu, était promue au rang d'ambassade, avec l'agrément du gouvernement royal, la police préparait une manifestation "spontanée", avec des éléments de la J.SR.K et des chômeurs, qui devait avoir lieu devant les deux ambassades vietnamiennes. Nombreux étaient ceux qui étaient au courant de la préparation de cette manifestation. Elle devait être suivie de la mise à sac des deux bâtiments. L'opération était planifiée par Sosthène Fernandez. Prévenus, les diplomates vietnamiens avaient évacué les lieux et déménagé leurs archives. Le jour dit, rien ne se produisit. On apprit qu'au dernier moment Sihanouk avait refusé le feu vert. Mais la menace restait suspendue. Elle retomba le 11 mars 1970. Plusieurs éléments sont à l'origine de ce glissement La lutte contre les rebelles, entamée en 1967 et intensifiée depuis lors, entraînait le régime à durcir ses pressions contre le FNL. pour qu'il ne prête pas main-forte à ceux qu'il ne pouvait pas ne pas considérer comme des alliés naturels, au moins à long terme. L'absence de la gauche à l'intérieur du régime avait permis à la droite de reprendre une influence considérable, et l'armée s'employait à créer des incidents dans les régions frontalières en assaillant de petites patrouilles de ravitaillement du FNL, ou même en collaborant de temps à autre avec l'artillerie américaine pour attaquer des unités du Front.

Ces violations de l'entente tacite n'étaient pas laissées impunies. Quelques petits postes khmers furent ainsi pris et détruits en guise d'avertissement. Dans quelques cas, il semble que des chefs locaux d'unités viêtcong n'aient pas appliqué avec la célérité désirable leurs directives qui étaient pourtant strictes, à savoir de se replier dès que les militaires cambodgiens le réclamaient. Quelques manquements à la discipline, de nombreuses provocations faisaient en tout un nombre très réduit d'incidents véritablement sanglants20. Ceux-ci étaient soigneusement orchestrés par la presse et par les chefs militaires. Ces derniers appuyés par des politiciens de l'Assemblée nationale faisaient pression sur Sihanouk pour qu'il rompe avec leFNL. et reprenne les relations diplomatiques avec Washington. Dans l'impasse économique où se trouvait le pays, après l'échec relatif de la campagne "le Cambodge s'aide lui-même" lancée après le rejet de l'aide américaine, après que l'aide des pays socialistes et de la France eut échoué à relancer l'économie, le prince manquait d'arguments à opposer aux partisans d'une normalisation des relations avec l'Amérique. Comme d'autres, en 1968, au moment de l'ouverture de la Conférence de Paris et de l'arrêt des bombardements sur le Nord, les dirigeants cambodgiens crurent les Etats-Unis disposés à négocier un règlement et à retirer leurs troupes d'Indochine. Pour Sihanouk, on allait vers la fin de la guerre, non pas immédiatement, mais dans un avenir qui n'était plus très éloigné. Plusieurs éditoriaux, signés de lui, témoignent de son inquiétude à l'époque. Il ne semblait pas trop mécontent de voir son voisin vietnamien déchiré par la guerre civile et l'intervention étrangère. Cela donnait comme un répit au Cambodge avant d'avoir à confronter, seul à seul, le Viêt Nam, confrontation qui, même pacifique, allait sûrement tourner à l'avantage du plus fort, du plus peuplé, du mieux équipé, le Viêt Nam. Le départ des Américains rompait l'équilibre des forces dont le maintien était nécessaire à la survie du Cambodge, garantie pour autant que les grandes puissances s'accordaient à la trouver utile. Sihanouk écrivait donc que s'il se refusait à voir les Américains chez lui, il n'en estimait pas moins leur présence nécessaire en Indochine. Certains observateurs pensaient qu'à ses yeux la balance allait bientôt pencher du côté communiste et qu'il prenait ses dispositions pour le cas où il lui faudrait prendre ses distances avec la nouvelle hégémonie et donc se rapprocher des Américains, battus militairement et politiquement dans les rizières vietnamiennes.

Il y eut comme une valse-hésitation. Sihanouk exigeait que Washington reconnaisse au préalable les frontières khmères, ce que l'administration de Nixon consentit à faire du bout des lèvres Sihanouk rejeta puis accepta la position américaine. Une mission diplomatique américaine fut dépêchée à Phnom Penh, ce qui ne pouvait que raffermir la détermination de la droite21. Mais en même temps qu'il entrouvrait la porte à l'impérialisme, Sihanouk, portant la confrontation et l'équilibre à un degré plus22 élevé (et plus périlleux), resserrait ses liens avec les révolutionnaires vietnamiens. Il reconnaissait “de jure” le Gouvernement Révolutionnaire Provisoire et accueillait à Phnom Penh, en visite officielle, le Président du GRP, l'architecte saigonnais Huynh Tan Phat, accompagné de plusieurs ministres du GRP. Les relations entre les deux équipes gouvernementales furent au début assez froides, mais peu à peu l'aisance et la simplicité de ces bourgeois révolutionnaires de Saigon l'emportèrent sur la méfiance politique des Khmers. La tournée en province, devant d'énormes foules mélangées de Khmers et de Vietnamiens, se termina en triomphe alors que le prince, bousculant le protocole, multipliait les marques d'amitié envers ses hôtes. Au même moment arrivait à Phnom Penh, presque inaperçu, le chargé d'affaires américain qui allait s'installer, comme un simple touriste, à l'hôtel Royal. Jamais le paradoxe du "système Sihanouk" n'apparut avec autant de netteté: la partie se précipitait, les coups Joués se chevauchaient et les enjeux montaient inexorablement. Ce mois de juillet donnait ainsi une image virtuelle de la situation actuelle: l'arrivée des Américains d'une part, l'alliance de Sihanouk avec les combattants vietnamiens d'autre part. Mais on n'en était encore qu'aux faux-semblants de la diplomatie. Les forces réelles qui étaient en mouvement allaient faire éclater concrètement cette contradiction.

À la fin juillet, en effet, l'impossibilité de résoudre la crise économique avait convaincu Sihanouk de la nécessité d'un changement de gouvernement et, faute d'une alternative, à laisser faire les partisans d'une économie libérale. Mais il allait de soi que la politique étrangère restait un domaine réservé au chef de l'État, Sihanouk avait même, comme il en était coutumier, proposé sa démission pour faire taire les critiques Sur les instances du Congrès national, il avait accepté de rester à son poste "à condition qu'un nouveau gouvernement, qu'il considère comme celui de la "dernière chance" puisse être constitué rapidement22." L'affrontement des ambitions rivales et les intrigues de clans retardèrent la formation d'un gouvernement homogène. Successivement Lon Nol, Sirik Matak, le prince Norodom Kantol acceptèrent puis échouèrent à former le gouvernement. Finalement Lon Nol y parvint, en prenant le portefeuille de la Défense et en donnant à Sirik Matak l'Intérieur, l'Éducation, la Sécurité et les Affaires religieuses, en tant que vice-président du conseil. C'était lui donner la haute main sur toutes les forces politiques, potentielles ou organisées. Lon Nol et Sirik Matak étaient l'un et l'autre, dans cet ordre, en tête de la liste des personnalités désignées par le Congrès national, toujours très influencé par le prince, pour diriger le futur gouvernement. "C'est une révolution, et personne ne s'en aperçoit, -- disait quelques jours plus tard un personnage bien informé -- car la bourgeoisie vient de se saisir du pouvoir sans violence, sans bruit. Sihanouk n'y a vu que du feu.

Ces gens-là vont remettre de l'ordre dans l'économie et assainir l'administration, graduellement. Sihanouk peut [139] toujours s'agiter; ils tiennent les cordons de la bourse et lui couperont les vivres pour qu'il se tienne tranquille". On ne sait pas jusqu'à quel point Sihanouk n'y vit "que du feu", mais il est incontestable qu'il a non seulement facilité, mais réclamé la formation de ce "gouvernement de sauvetage". Ce n'était d'ailleurs pas la première fois qu'il laissait se former un gouvernement opposé à ses propres vues politiques. Il l'avait déjà fait lorsqu'il n'avait pas lui-même de solution politique à un problème donné, mais il l'avait fait avec d'autant moins de risques que son immense popularité et son contrôle des mécanismes du pouvoir lui permettaient toujours de reprendre la main quand il le souhaitait, ou quand ses adversaires du moment s'étaient enfermés dans une impasse Cette fois, sa popularité était en baisse et la machine était usée. L'influence occulte des Américains allait contribuer à donner une tournure nouvelle, inattendue pour la plupart des observateurs et des Cambodgiens eux-mêmes, à cette épreuve de force. Il semblait donc qu'on était installé dans un équilibre précaire: les incidents se multipliaient sur le terrain à la suite des provocations des militaires cambodgiens, la presse menait à grand tapage une campagne anti-viêtnamienne qui visait la vieille communauté installée dans le pays. Diverses mesures administratives étaient prises contre elle. À la fin de l'année, par exemple, les pêcheurs vietnamiens du Grand Lac étaient réduits à la misère par l'interdiction qui leur était faite de pécher avec des engins. Pendant ce temps, Sihanouk allait à Hanoi s'incliner devant la dépouille du président Hô Chi Minh et rejeter la responsabilité des événements sur Lon Nol et la droite. La politique étrangère menée par le prince contrastait effectivement avec la politique intérieure menée par le gouvernement. Sihanouk, pour sa part, s'était toujours cantonné dans les attaques verbales, dans les pressions, dans les menaces suspendues les grands mots et les demi-mesures. Il ne cherchait pas la confrontation qui, peut-être, commençait à se dessiner. Les relations avec le Front restaient officiellement bonnes. Pour Sihanouk la menace principale était l'insurrection à l'intérieur. Il savait que mettre ses menaces à exécution l'aurait entraîné dans un engrenage d'où il ne serait pas sorti indemne et qui lui aurait fait perdre ses derniers atouts. La droite, au contraire, pressée de rentrer dans le giron américain, cherchait à matérialiser les oppositions et à créer l'irréparable pour jeter bas l'équilibre instable de la neutralité. Sihanouk la sous-estima. Le 2 août 1969, il accepta la démission du cabinet qu'il avait installé en janvier 1968. Il déclara que si le nouveau gouvernement échouait à relancer l'économie, le Sangkum serait dissous et que le régime serait remplacé par un régime parlementaire ou par une dictature militaire, qui l'un comme l'autre vendraient la neutralité khmère aux Américains.

Dans sa déclaration d'investiture, le général Lon Nol avait fait prévoir la remise au secteur privé d'entreprises nationales ou mixtes déficitaires et avait promis qu'il ne serait procédé à aucune nouvelle nationalisation. Bientôt, il partit pour la France, officiellement pour des raisons médicales. La direction des affaires restait donc entre les mains de Sirik Matak, qui devait néanmoins compter avec la présence dans le cabinet de plusieurs sihanoukistes inconditionnels et des membres du "clan" de la belle-famille. Les deux principales mesures furent la dénationalisation du commerce extérieur et celle des banques. On adressa un appel pressant aux capitaux étrangers pour qu'ils viennent s'investir dans le pays, sans grand succès. Les Américains ne semblaient pas du tout pressés d'offrir leurs services ni leurs dollars et observaient une prudente réserve. On prit également des mesures pour restreindre l'ampleur de la corruption. Des responsables d'entreprises nationalisées furent publiquement attaqués pour leur gestion défectueuse. Cette campagne permettait à Sirik Matak de placer ses hommes dans l'administration et de constituer des dossiers sur ses adversaires encore influents. Devant le démantèlement de l'appareil économique de l'État, Sihanouk tenta de réagir. Il était favorable à une politique économique d'"ouverture" qu'il préconisait depuis le début de l'année23, mais il ne faisait pas confiance pour autant aux petits capitalistes cambodgiens, plus spéculateurs qu'entrepreneurs. Il voyait bien le sens politique de ces mesures dirigées contre lui. L'Assemblée nationale ayant soutenu le gouvernement, il convoqua le Congrès national pour contre-attaquer: on y dénonça la dénationalisation, et pour appuyer cette manoeuvre et faire tomber le gouvernement, le prince fit démissionner les quatre ministres qui étaient de ses fidèles.

À la surprise de beaucoup, le gouvernement accepta leurs démissions sans faire mine de se démettre. Sihanouk se sentit joué et les ministres voulurent reprendre leurs démissions de façon à rester au cabinet jusqu'aux prochaines élections législatives. Mais un communiqué de la présidence du conseil fit savoir que les démissions avaient été définitivement acceptées. Le prince avait cherché des soutiens. Il avait envoyé, avant la réunion du Congrès, des émissaires en province, en particulier dans celle de Kandal, pour demander l'envoi de délégations qui l'appuieraient. Les chefs de village, prudents comme à l'accoutumée, firent demander aux autorités par l'intermédiaire de la police ce qu'il fallait faire. Le ministère de l'Intérieur recommanda de ne pas bouger. Les paysans restèrent donc chez eux. Un pouvoir étranger s'était infiltré dans l'administration. Le Congrès national, cantonné dans son rôle consultatif, restait en gros acquis au prince mais, comme machine de guerre contre le gouvernement, il s'était révélé faible et inefficace. L'atmosphère n'était pas favorable: depuis la formation du "gouvernement de sauvetage" on pouvait percevoir, en ville, les murmures de la critique. Le second festival du film, une vraie mascarade à la plus grande gloire du prince, avait sérieusement indisposé les milieux "intellectuels" et, pour la première fois depuis longtemps, cela se savait. On assistait à une sorte de dégel. Des fonctionnaires corrompus étaient publiquement chassés au grand contentement du public qui ne voyait pas encore que les places rendues ainsi vacantes, comme celle de la direction des douanes, étaient aussitôt données à des proches de Sirik Matak. En bref, le prince se rendait compte qu'il n'avait pas le vent en poupe et que ses recettes habituelles ne réussissaient pas.

Le coup d’État et l’excitation khmère rouge

Il eut alors recours, comme toujours, à un coup de théâtre: début janvier il partit pour la France, avec une suite assez importante, pour aller se soigner. En partant, il fit savoir son optimisme: ses adversaires allaient se manger entre eux et l'on serait bien obligé de faire appel à lui pour rétablir un peu d'ordre dans le chaos que les politiciens n'allaient pas manquer de créer. C'était le réflexe typiquement gaulliste. Il part, disaient ses critiques, parce qu'il n'a plus rien dans les mains. Le prince laissait derrière lui celui qu'il considérait comme son bras droit, un gardien fidèle, Lon Nol, qui devait rentrer à Phnom Penh peu après. Cependant qu'à Phnom Penh la conjuration se met en place, le prince, en France, vaque à ses occupations sans faire montre de la moindre inquiétude. Il rencontre les dirigeants français et se prépare à partir pour un long voyage à Prague, Moscou et Pékin. Son retour à Phnom Penh n'est pas prévu pour avant avril. Fin février-début mars, il donne deux interviews où il passe totalement sous silence ses difficultés avec la droite Quand Daniel Roy dans “Aspects de la France”, lui demande ce qu'il pense de ses censeurs, le prince attaque le journal «Le Monde» et rappelle qu'il a proposé d'organiser un référendum pour montrer la mauvaise foi de ses critiques24. Dans «Preuves», il exprime ses craintes devant «l'aveu de la faiblesse du géant américain» et il attaque les Chinois25. Quand le numéro sort des presses, Sihanouk est déjà à Pékin. Ensuite, les choses vont très vite. Le 8 mars, des manifestations ont lieu en province contre la présence au Cambodge des "communistes vietnamiens". Le 11, les ambassades de la République Démocratique du Viêt Nam et du Gouvernement Révolutionnaire Provisoire sont attaquées et mises à sac. De Paris, Sihanouk désapprouve les manifestations, tergiverse puis part pour Moscou Le 18 mars, il est destitué. Arrivé à Pékin, il refuse, le 20, sa destitution et le lendemain engage la lutte pour rétablir le pouvoir «du peuple et de la jeunesse». Et il ajoute: «Oui, désormais j'appartiens au passé et je le sais26». L'ancien régime est tombé. Il n'a pas été ébranlé par une puissante secousse populaire, mais par les intrigues du sérail, <a la manière cambodgiennes depuis des siècles. Révolution de palais, dirait-on, si elle n'entraînait pas à long terme le plus grand bouleversement matériel et social que le pays ait connu en plusieurs siècles. Le mandat du ciel est passé de main: son authentique détenteur le remet aux combattants de l'ombre. Le geste n'est pas sans grandeur ni sans rappeler celui de Bao Dai abdiquant et faisant remettre le grand sceau de l'État au vieux proscrit, Hô Chi Minh, selon Paul Mus, dans «Viêt Nam. Sociologie d’une guerre», Seuil, Paris, 1952. Après la prise de pouvoir en 1978, la folie des Khmers rouges déborde sur la frontière vietnamienne par des bombardements d’artillerie transfrontaliers suivis des raids et des massacres comme celui de Ba Chuc. Le village de Ba Chuc se trouve seulement à 30 km de Chau Doc et peut être tout aussi bien à des centaines de kilomètres de nulle part. À quelques kilomètres de Chau Doc, nous nous dirigeons à deux sur chaque vélomoteur par des chemins de terre en plein sud à travers le territoire khmer remarquable par les palmiers Thop Nop, les pagodes khmères et stupa. Toute cette région était cambodgienne avant de devenir vietnamienne au XVIIIe siècle. Souvenons-nous du Cambodge des années des Khmers Rouges. C’était finalement l’invasion vietnamienne du Cambodge en 1979 qui a mis fin à la terreur et le massacre de Ba Chuc a peut-être précipité cette invasion. Dans les jours quand les Khmers rouges ont lancé une série d’attaques le 15 avril 1978 sur toute cette région frontalière, Ba Chuc était un petit village paisible de 13 500 habitants. En deux semaines, jusqu’au 30 avril 1978, il ne restait que 2survivants. Tous les habitants ont été massacrés.

Le massacre de Ba Chuc

Ba Chuc est le sanctuaire et le refuge d’une secte bouddhique confucéenne du nom de «Tu An Hieu Ngia» des «quatre obligations remplies par la piété filiale et la justice». Le prophète et fondateur de cette secte était le fils d’un charpentier et vivait de 1831 à 1890. Après son illumination, il a conduit ses adeptes au Mont Tuong, une des sept montagnes (Bay Nui) de la province de An Giang frontalière avec le Cambodge. Là, les membres de cette secte réclamait la terre, la justice et la pratique de leur croyance. Leurs pagodes accueillaient aussi les membres du mouvement «Can Vuong» (sauver notre roi) en révolte contre la colonisation française à ses débuts. Plus de 3 000 résidents de la commune de Ba Chuc et des environs des monts Tuong et Dai ont été tués par le régime de Pol Pot en avril 1978. Ba Chuc a subi le gros des attaques en 12 jours, du 18 au 30 avril 1978, quand les Khmers rouges ont tué 3 157 villageois aux champs et les survivants de la première surprise qui se sont réfugiés dans les cavernes du Mont Tuong et les pagodes de Tam Buu et de Phi Lai.

Conclusion

Elles furent oubliées longtemps. La destitution de Sihanouk fut, comme l'écrivit alors Jacques Decornoy, la "fin d'une Indochine28 ", la fin du système colonial, la fin de la monarchie traditionnelle, figée dans l'immobilité des structures sociales, la fin de l'ancien régime, celui des aristocraties privilégiées et corrompues, des lettres de cachet, des bons plaisirs d'un prince parfois fantasque, des courbettes, de l'ordre moral, du sabre et du goupillon, de l'immuable pauvreté des classes laborieuses. Ce sera la guerre, et même la guerre étrangère qui le balaiera, et non la révolution.

Notes

1 - Op. cit., p. 215 .

2. Khieu Samphân, op. cit., p. 53.

3. Op. cit., p. 175.

4. Voir en annexe, p. 329.

5. Op.cit., p.244-246

6. Voir le récit de l'affaire par Ton That Thien dans la Far Eastern Economic Review du 7 mai 1970. Le pot aux roses aurait été découvert grâce à l'obligeance du général Nguyên Cao Ky.

7. "Une crise politique dénouée en cinq mois", Etudes cambodgiennes, avril-juin 1967, n• 10, p. 4.

8. Etudes cambodgiennes, 19681 n• 15, p, 40.

9. Daniel Roy, art. cit.

10. Pour une analyse de ce type de problème, voir Robert Jaulin, La paille blanche, introduction à l'ethnocide, Paris, Le Seuil, 1970, 424 p. Ce n'est pas sans une ironie amère que l'on peut citer le texte suivant du général Lon Nol alors président du conseil par intérim, et plus tard grand responsable des massacres de Viêtnamiens: "Il est tragique de constater le peu d'intérêt que le monde accorde à ce problème de l'ethnocide auquel se livrent certains pays sur des minorités isolées trop faibles pour se défendre, sans voix pour clamer leur détresse. Nous ne devons pas oublier cette honte pour l'humanité entière qu'est l'élimination culturelle aussi bien que physique de millions d'hommes ayant, à des degrés divers, participé à son évolution et, en tout cas, pouvant concourir à son enrichissement... Il n'existe pas chez nous de citoyens de seconde zone auxquels sont imposées des mesures discriminatoires visant leurs croyances, leurs coutumes et leur existence même..." (Message à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale, le 21 mars 1969, in Etudes cambodgiennes, n• 17,1969, p. 9.)

11. Il faut, sous la démagogie du geste, reconnaître aussi là une tradition ancienne et toujours forte en Asie, selon laquelle on ne vient pas en visite sans cadeau. La tradition s'impose avec plus de force encore aux grands personnages.

12. Réalités cambodgiennes, 2 mai 1969.

13. Voir, par exemple, l'article de Jacques Decornoy, daté de Phnom Penh, "Phnom Penh n'a pu totalement ramener le calme dans les provinces ni arrêter l'agitation urbaine, Le Monde du 2 février 1968, ou la dépêche de l'A. P. "La recrudescence de l'activité des "Khmers rouges" inquiète les autorités de Phnom Penh", Le Monde du 11 décembre 1968.

14. En dépit des campagnes de pacification successives l'activité des "Khmers rouges" est en progrès", Le Monde du 20 novembre 1969. (Correspondance datée de Phnom Penh.)

15. Ce sont les conséquences de cette différence que prévoyait déjà Philippe Preschez: «La corruption est un agent de démoralisation. Elle diminue la conscience civique des fonctionnaires et les rend plus vulnérables aux tentations de l'étranger. D'autre part, elle peut conduire à la longue le petit peuple honnête et fidèle à prêter une oreille complaisante à ceux qui lui disent que dans une démocratie populaire, la prévarication n'existe pas. Au Nord Viêt Nam, l'honnêteté de l'administration est obtenue par la propagande et par la terreur (peine de mort). Il n'en reste pas moins que le risque est de voir se former dans les esprits au Cambodge une sorte d'équation: «communisme égale honnêteté». (La Démocratie cambodgienne, p. 110).

16. Le Monde du 6 mai 1970.

17. Voir, par exemple, Cochin China, Cambodian Territory, Représentation permanente du Cambodge auprès des Nations Unies, New York s.d. (vers 1958), où l'on parle des «droits inaliénables» que le Cambodge possède sur certaines parties du territoire viêtnamien.

18. Robert Shaplen, op. cit., p. 310.

19. Ces pressions allèrent du ralentissement de l'aide économique aux camouflets les plus soigneusement calculés. En février 1956, au cours d'une visite officielle à Manille, Sihanouk faillit tomber dans un véritable guets-apens diplomatique dont le but était de le faire adhérer au pacte occidental. Il réagit en attaquant vivement Foster Dulles. Tous ces événements sont passes en revue par Wilfred Burchett, En remontant le Mékong, chapitre 12, «OTA.SE ou neutralité».

20. Ces problèmes ont été franchement abordés par les révolutionnaires vietnamiens ainsi qu'en témoigne ce communiqué du GR.P, daté du 14 juillet 1969: «Le conseil des ministres du Gouvernement Révolutionnaire Provisoire du Viêt Nam du Sud invite instamment les autorités administratives à tous les échelons, ainsi que les forces armées et la population du Viêt Nam du Sud, à mieux appliquer sa politique à l'égard du Cambodge et à exécuter correctement ses directives concernant les relations aux frontières». (Le Monde du 23 juillet 1969).

21. Voir la conférence de presse du prince Sihanouk au sujet de la reprise des relations diplomatiques avec Washington, en annexe p. 325.

22. Dépêche A. F. P., Le Monde du 8 août 1969.

23. Le 13 décembre 1968, le prince avait déjà exposé, lors d'une réunion de travail les graves difficultés économiques du pays: baisse de la production rizicole, échec de la politique de colonisation des "terres vierges, déséquilibre de la balance commerciale et "tarissement des aides étrangères". Réclamant une politique d'austérité plus stricte et une production plus dynamique, il avait évoqué l'éventualité d'une coopération avec les organismes financiers internationaux, afin de trouver, dit-il, "un sang nouveau". (Cf. Le Monde du 24 décembre 1968). Au Congrès national de la fin décembre, il fut plus explicite: "Le pays doit s'insérer dans le circuit de la coopération internationale", faute de quoi l'isolationnisme entraînera la stagnation L'aide du "monde socialiste" était critiquée pour son insuffisance, car "la résistance énergique du Sangkum à la subversion ct à la rébellion communistes rendait illusoire tout espoir d'un appui sérieux de ce camp à notre économie". (Voir Réalités cambodgiennes du 10 janvier 1969).

24. Norodom Sihanouk nous dit, 12 mars 1970.

25. Après le Viêt-Nam, que sera notre sort? (2• trimestre 1970). Voici la conclusion de l'article: «En principe, après la disparition de Mao Zedong, ce sera Lin Piao qui assumera les destinées de la Chine. On le surnomme parfois, le ‘Napoléon chinois’, à mon avis c'est une erreur. Ce vieux soldat n'a pas la vocation impériale, et si l'innocence de Chou Enlai demeure prépondérante, on peut raisonnablement penser que la Chine accomplira son rêve de communisation sans qu'il nous en coûte trop de sang et de larmes. Nous demeurerons des États nationaux, mais évidemment nous ne serons plus nous-mêmes. Des Tchécoslovaquie de l'Asie».

26. Le texte de cette déclaration est en annexe, p. 346.

28. Le Monde du 20 mars 1970.

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