Bernard Stiegler


Bernard Stiegler
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Bernard Stiegler
Philosophe occidental
Époque contemporaine
Bernard Stiegler dans le film The Ister
Bernard Stiegler dans le film The Ister

Naissance 1er avril 1952
Principaux intérêts Technique, Politique, Esthétique
Idées remarquables finitude rétentionnelle, organologie générale, transindividuation, rétentions tertiaires
Influencé par Jacques Derrida, Sigmund Freud, Martin Heidegger, Edmund Husserl, André Leroi-Gourhan, Gilbert Simondon, Gilles Deleuze

Bernard Stiegler, né le 1er avril 1952, est un philosophe français qui axe sa réflexion sur les enjeux des mutations actuelles - sociales, politiques, économiques, psychologiques - portées par le développement technologique et notamment les technologies numériques.

Depuis 2006, Bernard Stiegler dirige l'Institut de recherche et d'innovation (IRI) au sein du Centre Georges-Pompidou, institut créé à son initiative en avril 2006.

Il est l'initiateur du groupe de réflexion philosophique Ars Industrialis (« Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit »), dont il est le président.

Il est connu du grand public, entre autres, pour son rôle d'analyste dans le documentaire de Christophe Nick et Jean Robert Viallet, Le Temps de cerveau disponible. En partant de la phrase de Patrick Le Lay, ancien directeur de TF1, « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible », Bernard Stiegler expose son analyse d'une société poussée à un comportement pulsionnel par des stratégies marketing court-termistes.

Sommaire

Éléments biographiques

Bernard Stiegler commence, en 1969, des études (qu'il n'achèvera pas) d'assistant réalisateur au Conservatoire indépendant du cinéma français et poursuit, en 1973, par un stage d'analyste programmeur à l'IRIA (aujourd'hui dénommé INRIA).

Entre 1978 et 1983, il passe cinq années en prison à la prison Saint-Michel de Toulouse, puis au centre de détention de Muret, pour des attaques à main armée[1]. Pendant son séjour carcéral, il suit par correspondance des études de philosophie à l'université Toulouse II-Le Mirail.

En 1983, il est consultant au cabinet TEN, spécialisé dans les questions de développement technologique et urbain.

En 1984, il est élu pour six ans directeur de programme de recherche au Collège international de philosophie puis, en 1985, chargé par le ministère de la Recherche d'une étude sur les enjeux des technologies d'information et de communication.

En 1987, il conçoit l'exposition « Mémoires du futur » et en assure le commissariat au Centre Georges Pompidou.

Enseignant chercheur à l'Université de technologie de Compiègne en 1988, il est chargé de séminaire à l'école d'architecture de Marseille-Luminy, sur les instruments de CAO et sur l'image numérique.

En 1989, il est chargé de constituer et présider un groupe de recherche auprès de la Bibliothèque nationale de France pour la conception de postes de lecture assistée par ordinateur. Ce travail donnera lieu à de nombreuses publications, et à la réalisation d'un prototype industriel par la société AIS Berger-Levrault. Un changement de gouvernement et un changement de direction à la BNF, en 1993, interrompront le projet.

En 1990, il est chargé d'écrire le scénario de l'exposition du pavillon français à l'Exposition universelle de Séville.

Sous la direction de Jacques Derrida, Bernard Stiegler soutient sa thèse à l'École des hautes études en sciences sociales en 1992 et obtient un doctorat de philosophie[2]

Professeur et directeur de l'unité de recherche qu'il a fondée en 1993, « Connaissances, organisations et systèmes techniques » à l'Université de technologie de Compiègne (UTC), Bernard Stiegler a été directeur général adjoint de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), puis directeur de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) jusqu'à la fin 2005[3].

Il a lancé le projet LECAO (« lecture et écriture critiques assistées par ordinateur ») avec le soutien du ministère de la Recherche ; créé et lancé le séminaire de sciences et technologies cognitives de Compiègne, qui se poursuit depuis chaque année au cours de la dernière semaine de janvier, et qui aura reçu plus de mille doctorants et chercheurs français et étrangers ; lancé le programme OPEN (« outil personnalisable d'édition numérique », logiciel réalisé sur la base du logiciel 4D).

L'œuvre

Philosophie et technique

Selon Bernard Stiegler, la philosophie grecque se constitue en perdant la question de la technique. C'est en reléguant ce qu'elle surnomme la technique à un simple dehors que la philosophie crée ce dedans, cette enceinte de savoir plein à laquelle elle s'identifie. La philosophie s'articule en se démarquant de ce qu'elle surnomme la technè, dont s'inspirent les sophistes. Ce dehors est supposé ne contribuer en rien au savoir plein du dedans, et n'a par conséquent de statut que comme auxiliaire. Le philosophe peut bien se servir de la technique (de l'écriture, par exemple), mais la technique n'est pas supposée participer à la constitution de la vérité philosophique. La technique n'a rien d'original ou d'originaire, elle est toujours dérivée, et elle est donc la supposition même de l'origine (la vie et le savoir pleins).

Ce schéma dehors-dedans (auquel se lie l'opposition de la vie et de la mort) forme une grille qui fait que la philosophie ne peut que rater la technique au moment même où la techné s'indique comme question. La technique, ce n'est rien. Il n'y a pas — et il ne peut y avoir — de philosophie de la technique, pour autant que le logos ne laisse aucune originalité à la technique. Toute « pensée » de la technique excède nécessairement les limites de la philosophie. Une approche « pensante » de la technique ne peut que toucher aux bords de la pensée, ne peut que mettre en péril les schémas philosophiques. Si la philosophie ne peut que rater la technique, c'est que celle-ci ne se figure qu'aux limites de la pensée, comme sa possibilité impossibilisante. La technique opère selon une logique qui perturbe la logique philosophique ; elle ne peut donc s'approcher qu'aux limites. La part originaire de la technique dans la constitution de tout savoir est aux limites du pensable, et en appelle à une graphique aussi perturbante que celle de la supplémentarité, d'abord « théorisée » par Jacques Derrida dans De la grammatologie.

La question de l'homme

Refondant la question de la techné comme étant l'essence même du devenir humain, Stiegler repense la question de la technique allant au-delà de la logique philosophique. Selon Stiegler, la technique doit être appréhendée comme une constituante anthropologique. La technicité participe originairement à la constitution de l'homme (l'hominisation). Pas d'anthropos sans techné, en tant qu'origine anhumaine de l'humain. C'est pourquoi l'homme n'a d'essence que par accident : « L'homme est cet accident d'automobilité que provoque une panne d'essence ». L'homme est ce vivant qui n'a de qualités que dans un ajout originaire d'artificialité. Son essence est faite d'artéfacts. Sa nature est originairement secondaire. Si l'essence de l'homme (sa destination, ses fins) est artéfactuelle, elle est toujours sujet de débat, de controverse, de polémique et même de guerre : les hommes ne peuvent que se disputer sur leurs qualités. La technicité de l'homme contient toujours le risque du combat, amical ou belliqueux. Ce risque est sans fin.

C'est ainsi que la constitution technique (ou factice) de l'homme fait la nature politique de l'homme : la technicité, c'est la question de l'essence de l'homme (fins, destination, origine : des questions philosophiques, donc), ainsi que la question politique (comment vivre ensemble ?).

Politologie

Pour Bernard Stiegler, la question politique fondamentale est celle-ci : comment sauver le « capitalisme » et la productivité de la consommation contre tous les phénomènes destructeurs qui les menacent et conduisent à ce que le philosophe appelle la « guerre ». La mondialisation et le phénomène d'uniformisation des comportements et des modes de vie s'attaquent ainsi à la singularité des individus et des cultures. C'est par le biais de la technique numérique, de l'américanisation du monde, des monopoles et du contrôle de la distribution, que le capitalisme s'autodétruit en niant le concept de singularité, et la vocation combative des cultures.

Œuvres

Publications

  • La Technique et le temps, tome 1 : La Faute d’Épiméthée, 1994 (ISBN 2718604409)
  • La Technique et le temps, tome 2 : La Désorientation, 1996 (ISBN 2718604689)
  • Échographies de la télévision, entretiens filmés avec Jacques Derrida, 1996 (ISBN 2718604808)
  • La Technique et le Temps, tome 3 : Le Temps du cinéma et la Question du mal-être, 2001 (ISBN 2718605634)
  • Passer à l'acte, 2003 (ISBN 2718606169)
  • Aimer, s'aimer, nous aimer : du 11 septembre au 21 avril, 2003 (ISBN 2718606290)
  • De la misère symbolique, tome 1 : L'Époque hyperindustrielle, 2004 (ISBN 2718606355)
  • Philosopher par accident, entretiens avec Elie During, 2004 (ISBN 2718606487)
  • Mécréance et Discrédit, tome 1 : La Décadence des démocraties industrielles, 2004 (ISBN 2718606606)
  • avec Nicolas Donin, dir. et al., « Révolutions industrielles de la musique », Cahiers de médiologie n°18, 2004 (ISBN 2213621411)
  • De la misère symbolique, tome 2 : La Catastrophe du sensible, 2005 (ISBN 2718606347)
  • Constituer l'Europe, tome 1 : Dans un monde sans vergogne, 2005 (ISBN 2718606894)
  • Constituer l'Europe, tome 2 : Le Motif européen, 2005 (ISBN 2718606908)
  • Mécréance et Discrédit, tome 2 : Les Sociétés incontrôlables d'individus désaffectés, 2006 (ISBN 2718607068)
  • Mécréance et Discrédit, tome 3 : L'Esprit perdu du capitalisme, 2006 (ISBN 2718607157)
  • Des pieds et des mains, 2006 (ISBN 2227475668)
  • La Télécratie contre la démocratie, 2006 (ISBN 2082105695)
  • avec Marc Crépon, George Collins et Catherine Perret, Réenchanter le monde : la valeur esprit contre le populisme industriel, 2006 (ISBN 2082105857)
  • avec Marc Crépon, De la démocratie participative : fondements et limites, 2007 (ISBN 2755500336)
  • Prendre soin, de la jeunesse et des générations, Flammarion, 2008
  • Économie de l'hypermatériel et psychopouvoir, Entretiens avec Philippe Petit et Vincent Bontems, 2008
  • avec Alain Giffard et Christian Fauré, Pour en finir avec la mécroissance : quelques réflexions d’Ars industrialis, Flammarion, 2009
  • Pour une nouvelle critique de l'économie politique, Galilée, 2009
  • Repenser l'esthétique, pour une nouvelle époque du sensible, in C. Tron (dir.), Esthétique et société, Paris, L'Harmattan, 2009
  • avec Serge Tisseron, Faut-il interdire les écrans aux enfants ?, Paris, Mordicus, 2009
  • La mécroissance, in Regards sur la crise : réflexions pour comprendre la crise… et en sortir, ouvrage collectif dirigé par Antoine Mercier, avec Alain Badiou, Miguel Benasayag, Rémi Brague, Dany-Robert Dufour, Alain Finkielkraut, Élisabeth de Fontenay et al., Paris, Éditions Hermann, 2010
  • Ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue, de la pharmacologie, Flammarion, 2010 (ISBN 9782081220355)

Participations à des films

  • The Ister[4], 2004
  • Commentateur dans le reportage Temps de cerveaux disponibles de Christophe Nick[5], diffusé le 17 mars 2010 sur France 2

Bibliographie

  • Jean-Hugues Barthélémy, « De la finitude rétentionnelle. Sur La technique et le temps de Bernard Stiegler » in Pierre-Etienne Schmit et Pierre-Antoine Chardel (dir.), Phénoménologie et technique(s), Le Cercle herméneutique éditeur, 2008
  • Jean-Hugues Barthélémy, « Memoria, Immaginazione e Tecnica nell’opera di B. Stiegler » (trad. M. Feyles), in Martino Feyles (dir.), Memoria, Immaginazione e tecnica, Rome, NEU, 2010; pp. 189-198
  • Jean-Hugues Barthélémy, « Penser après Simondon et par-delà Deleuze », Cahiers Simondon N° 2, Paris, L'Harmattan, 2010

Notes et références

Voir aussi

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