Système d'échange local

Système d'échange local
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Un système d'échange local (ou SEL) est un système d'échange de produits ou de services construit à côté du système monétaire classique. Classé généralement dans l'économie sociale et solidaire, il s'appuie dans une large mesure sur les mêmes bases que l'économie de marché.

Les SEL sont des associations déclarées ou de fait à but non lucratif, qui permettent à leurs membres de procéder à des échanges de biens, de services et de savoirs, sans avoir recours à la monnaie gouvernementale (ou supra-gouvernementale dans le cas de l'euro).

Sommaire

Fondations

Les promoteurs d'un SEL cherchent à construire concrètement et immédiatement un système plus satisfaisant selon eux que le système monétaire habituel. Ils appartiennent souvent à la mouvance dite antilibérale, car ils voient dans le système économique actuel des défauts : mauvaise valorisation du temps disponible notamment des chômeurs, inégalité de départ et inégalité à l'arrivée, poids exorbitant de la spéculation financière, et des multinationales qui profitent de la mondialisation, etc.

Cependant, les libéraux font remarquer les points communs avec une économie de marché : indépendance par rapport à l'État, définition de leurs propres règles sociales sans référence à la règle commune, monnaie privée, maintien de la propriété privée, etc. Les SEL ne feraient que « réinventer le marché ». Alain Madelin se félicitait par exemple du progrès des SEL en 1995 dans Quand les autruches relèveront la tête. Il y écrit ainsi à propos des SEL : « Il s'agit tout simplement de la réinvention de circuits économiques de base. Produire, échanger, en marge des contraintes administratives, sans prélèvements obligatoires avec, pour couronner le tout, la réinvention d'une banque libre ! »[1]. Néanmoins, les libéraux estiment que les SEL ont l'inconvénient de promouvoir une société close et protectionniste au lieu d'une société ouverte[réf. souhaitée].

L'échange se base généralement sur une conception objective de la valeur, proche de la valeur travail d'Adam Smith, David Ricardo et Karl Marx, et non sur la conception subjective de la valeur, qui l'a supplantée depuis la « révolution marginaliste » de la fin du XIXe siècle. Le calcul de la valeur peut être simplifié à l'extrême : pour certains SEL favorisant la solidarité et le lien social, une heure d'échange vaut une heure, que l'on ait fait une tâche qualifiée ou non ; on gagne 100 unités que l'on ait fait du nettoyage ou donné un cours de physique quantique.

La monnaie des SEL est souvent limitée à sa fonction d'échange et d'unité de mesure, elle ne remplit pas la fonction d'épargne (et ses corollaires : taux d'intérêt, spéculation etc.). Ainsi sur les « chiemgauers » utilisés en Bavière doit être apposé tous les trois mois un timbre prouvant que leur détenteur a reversé 3 % de leur valeur à un fonds commun. Pour les « abeilles » de Villeneuve-sur-Lot le taux de dépréciation s'élève à 2 % tous les six mois. Cette dépréciation a pour but d'encourager la circulation de la monnaie et de décourager sa thésaurisation[2], bien que le principe d'une monnaie fondante (qui perd de sa valeur) revienne en fait à introduire de l'inflation avec une monnaie classique.

Intérêt

Selon ses défenseurs, si l'intérêt fondamental des SEL est de permettre de nouvelles activités et d'introduire de nouveaux flux monétaires, afin de pallier le manque de monnaie traditionnelle des participants, ils permettent surtout de créer des liens, de favoriser la création de biens et de services et surtout leur échange au sein du groupe, qui s'assimile finalement à un grand groupe d'entr'aide.

Organisation

Un SEL est une structure associative déclarée ou libre qui permet aux adhérents de pratiquer des échanges multilatéraux valorisés en monnaie fictive et autonome, souvent basée sur le temps passé, aux noms variés (grain de SEL, cacahuète, truffes, bouchons, noix de coco, clous, …), et des échanges libres (plus souvent de services que de biens). La monnaie du SEL peut suivre des règles complexes et très différentes des règles courantes (monnaie non capitalisable, etc.).

Il est donc possible à tous les membres du système d'échanger des services au travers de cette nouvelle économie. Une personne pourra ainsi être créditée de 100 grains de SEL en gardant des enfants pendant une soirée avant d'aller les dépenser ailleurs en cours de guitare par exemple. La valeur d'un service est généralement dictée en fonction du temps qu'il nécessite. Il n'y aura ainsi pas de différence entre une heure de cours de maths et une heure de jardinage. Cependant, chaque SEL a sa propre logique et il peut y avoir plusieurs mesures dans certains cas (notamment dans les SEL qui ne se sont pas affranchis de la référence à l'euro).

SELT

De nouveaux types de SEL, appelés SELT (de "SEL-Temps"), ont émergé ces dernières années. Dans les SELT, la monnaie d'échange est directement le temps donc les échanges se font en heures ou en minutes ; à titre d'exemple on retrouve depuis 1996 au Québec, une Banque d'échanges communautaires de services (BECS) permettant à ses membres actifs de procéder à l'enregistrement en ligne des échanges en minutes et en heures à l'adresse BECS.

Réinsertion

Une autre approche des SEL en expérimentation à Abbeville dans la Somme est basée sur la réinsertion[réf. nécessaire]. Il s'agit d'œuvrer à la réinsertion des publics marginalisés par la société (allocataires notamment). C'est inverser la sortie du capitalisme puisque tout est axé sur une démarche mimétique vis-à-vis des règles sociales et économiques existantes. Pour ces SEL, le travail informel est aussi un outil de maintien et de développement des compétences, ceci en vue d'une valorisation monétaire sur le marché du travail. Il faut noter que cette expérience avait l'aval du fisc qui permettait la défiscalisation des activités en partie rémunérées. Aujourd'hui, faute de soutien public et d'une relève capable -suite au départ du concepteur de ce S.E.L. particulier-, l'expérience n'a pas été poursuivie.

Aspects pratiques

Les créances et dettes sont enregistrées sur les comptes des adhérents. L'échange peut être noté soit au moyen d'un bon d'échange tri- ou quadri-partites (lorsque la comptabilité est tenue de façon centralisée), soit noté sur chacun des carnets individuels des 2 adhérents (comptabilité décentralisée).

Lorsque l'échange est matérialisé par des bons d'échange de trois parties, la souche est destinée à l'emprunteur, la partie centrale affectée à l'association gestionnaire, et la partie droite remise au créancier[3]. Une quatrième partie peut intervenir lorsque les 2 partenaires n'adhèrent pas au même SEL. De plus en plus, tout se passe via les sites internet des SEL où les échanges et la comptabilité sont automatisés.

Lorsque l'échange est enregistré sur des carnets individuels, chaque membre indique le montant de la transaction en plus ou en moins, avec la date et la nature de l'échange, et calcule son nouveau solde. Chacun signe alors le carnet de l'autre, pour contrôle.

Aspect légal

En France, les transactions réalisées dans le cadre du SEL ne sont exonérées de TVA et d’impôts que dans la mesure où il s’agit d’une activité non répétitive et ponctuelle, type « coup de main » et n’entrant pas dans le cadre d'une profession.

En 1998, le procès en appel de trois adhérents du SEL Pyrénéen a abouti à leur relaxe. En septembre 1996, dans un petit village de l’Ariège, deux adhérents du SEL ont aidé un troisième à réparer son toit. Après dénonciation d’un voisin et enquête de la gendarmerie, les trois adhérents ont été poursuivis pour travail clandestin et utilisation de travailleurs clandestins, condamnés par le Tribunal de Foix le 06/01/1998 puis relaxés en appel à Toulouse le 17/09/1998 car les conditions caractérisant un travail clandestin n'étaient pas réunies.

Mais, toujours en France, si dans le cadre d'un SEL on se livre à une activité répétitive ou entrant dans le cadre de son métier, on se doit de le déclarer aux organismes concernés.

Historique

Dès 1930 le maire de Wörgl en Autriche décidait d'émettre des bons de travail convertibles en schillings, afin de lutter contre l'endettement et le chômage. L'expérience fut interdite en 1933 par les autorités régionales et la banque centrale autrichienne[2]. De même en 1954 à Lignières-en-Berry, en France, furent instaurés des bons d'échange pour tenter de revitaliser l'activité locale[2].

Le premier SEL (LETS en anglais, pour Local Exchange Trading System) a été fondé au Canada, dans les années 1980. Michael Linton, écossais, qui vivait sur l'île de Vancouver, voulait ainsi aider les habitants de cette région touchée par le chômage. Il a donc proposé de créer un système basé sur le troc, dans une grande communauté, à l'aide d'une monnaie locale, le green dollar[réf. souhaitée].

L'expérience fut plutôt positive, malgré les réticences de certains éléments clés de la région. Elle a duré cinq ans, avant de s'arrêter, suite à des problèmes internes de bureaucratie trop lourde et manquant de transparence, ce qui a amené une perte de confiance des adhérents. Une vingtaine de systèmes semblables avaient cependant été lancés un peu partout en Amérique du Nord entre-temps.

Le premier SEL moderne de France a été créé en 1994, en Ariège. En 1996[4], Strasbourg était l'une des premières grandes villes de France à voir naître un SEL. Dix ans après, il y a près de 300 SEL dans 96 départements, de tailles plus ou moins modestes (de deux à quelques centaines de membres) suivant les régions, qui permettent à plus de 20 000 personnes de procéder à des échanges.

On en trouve aussi en Australie, au Japon ou en Amérique latine et bien sûr dans d'autres pays d'Europe: Belgique, Suisse, …[5].

Système d'échanges locaux au départ, des réseaux plus vastes se tissent entre "selistes" et il existe aujourd'hui des réseaux interSEL, des routes du SEL, des stages de SEL.

Notes et références

  1. Alain Madelin, Quand les autruches relèveront la tête, chap.2, p.89, [lire en ligne]
  2. a, b et c Claire Cousin, « Les frappés de la monnaie locale », dans Le Monde magazine, no 64, 4 décembre 2010 (ISSN 0395-2037) 
  3. Nouvelles de Synergies européennes, Perfectionner la monétarisation des activités: le système d'économie locale (SEL), par Frédéric Valentin, n°37, octobre-décembre 1998, page 10
  4. http://sel67.net/debut.aspx
  5. http://selidaire.org/spip/rubrique.php3?id_rubrique=61

Voir aussi

Bibliographie

  • Hubaud, Marie ; « Une expérience associative dans un système d’échange local », Connexions, n° 77 2002/1, p. 77 à 88. [lire en ligne] [PDF]
  • Laacher, Smaïn  ; « Les systèmes d’échange local (SEL) : entre utopie politique et réalisme économique », Mouvements, n° 19 2002/1, p. 81 à 87. [lire en ligne] [PDF]
  • Liatard, Bertrand et Lapon, Daniel ; « Un sel entre idéal démocratique et esprit du capitalisme. Essai d’analyse institutionnelle », Revue du MAUSS, n° 26 2005/2, p. 317 à 338. [lire en ligne] [PDF]
  • Bayon, Denis ; Blanc, Jérôme ; Guérin, Isabelle ; Malandrin, Gilles et Valat, David ; sous la direction de Jean-Michel Servet, Une économie sans argent. Les systèmes d’échange local, Seuil, 1999.
  • Mandin, David.- les systèmes d'échanges locaux (sel) : circulations affectives et économie monétaire.- PARIS : harmattan (L'), 2009. - 232p. N° 13519.
  • "Tentative d'analyse interne d'un SEL", [lire en ligne]

Articles connexes


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