Autonomie ouvrière

Autonomie ouvrière

L'autonomie ouvrière caractérise le fait que les ouvriers prennent en main leurs luttes, sans passer par la médiation de structures reconnues par l'État (partis et syndicats officiels).

L'expression est employée dans les milieux du syndicalisme révolutionnaire de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle pour contrer la mainmise des partis socialistes sur l'action syndicale et le primat de l'action politique. Il est alors synonyme d'action directe. Après une longue éclipse à la suite de la déclaration de la Première Guerre mondiale, différents courants se revendiquent de cette expression : des militants issus de courants marxistes ouvriéristes italiens (opéraïsme) s'en revendiquent à nouveau au début des années 1970, puis en France (Mouvement autonome) ; les courants se rattachant à la tradition du Communisme de conseils (souvent désignés par le terme « ultra-gauche ») se réclameront également dans les années 1970-80 de l'Autonomie ouvrière. Durant cette même période, l'AO se caractérisera plus particulièrement par la constitution sur plusieurs entreprises de groupes de travailleurs organisés hors des syndicats et rejetant les pratiques de ceux-ci.

Sommaire

Groupes de travailleurs autonomes

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Autonomie ouvrière

En 1976, une déléguée CFDT de la Société générale (Paris) écrit une « Lettre ouverte aux délégués et à ceux que je représente » pour donner les raisons pour lesquelles elle en est venue à refuser d'assumer le rôle de délégué: délégation permanente du pouvoir, mécanismes intégrateurs des négociations… Cette première prise de positions conduit à un autre texte signé par 7 délégués du personnel solidaires de l'attitude de cette militante. Peu de temps après, ceci conduit des travailleurs de la Société générale à constituer un groupe nommé « Autonomie ouvrière », d'abord en tant que « fraction » à l'intérieur de la section CFDT de la SG à l'occasion d'une Assemblée générale de la section syndicale. Au cours de cette AG, ce groupe proposait un texte voulant donner un sens à l'activité syndicale, en pensant que le pouvoir des conseils ouvriers pourrait se construire dans un processus révolutionnaire grâce à certaines structures syndicales de base. Ces positions reflétaient l'influence d'éléments proches de l'anarcho-syndicalisme. C'est lors d'une lutte dans les banques qu'a lieu la première rupture avec le syndicalisme. Le groupe se détermine alors pour la constitution de comités de grève formés de représentants élus et révocables à tout moment. Les grévistes organisés devaient se substituer aux syndicats dans la conduite des luttes. C'est sur cette base que sorti de la CFDT, le groupe devient « Groupe de travailleurs pour l'abolition du salariat », auquel se joignent des trotskystes et membres du PSU en rupture avec leurs idéologies respectives.

Documents :

« …la théorie qui nous rassemble c'est le communisme, la destruction du salariat et de la production marchande par le moyen du pouvoir mondial des conseils ouvriers. Le salariat et la production marchande sont des rapports sociaux qui existent à l'Ouest comme à l'Est et constituent la base même du capitalisme de marché et du capitalisme d'État. »

Les nationalisations et autres foutaises comme l'État ouvrier ne sont qu'un aménagement du Capital au profit de couches sociales telles que hauts fonctionnaires, bureaucrates politiques et syndicaux etc. qui ne sont pas propriétaires privés des moyens de production.

Les sociaux-démocrates PS, PC, PSU, LCR, etc. laissent entendre que le capitalisme ne tient en place que par l'existence d'une poignée de propriétaires d'entreprises, d'actionnaires privés et de banquiers. Le capitalisme est en fait un mode de production qui repose sur des rapports sociaux entre des prolétaires qui vendent leur force de travail et des capitalistes (propriétaires privés individuels ou bureaucrates, propriétaires privés collectivement), qui disposent effectivement des moyens de production, jouent un rôle décisif dans l'organisation du travail et de la production, contrôlent l'utilisation de la plus-value, etc.

La pratique qui nous rassemble correspond à notre théorie politique. C'est notre volonté d'organisation autonome de la classe ouvrière et de démocratie directe qui nous conduit à nous opposer à toutes les formes d'organisation qui visent à substituer au pouvoir des travailleurs des formes d'organisation hiérarchisées telles que les partis et les syndicats, les partis étant des organisations inter-classistes à programme politique bourgeois, et les syndicats des organisations ouvrières dégénérées dont les dirigeants soutiennent les divers programmes politiques bourgeois (soutien critique ou pas)…

Autonomie ouvrière, (septembre 1976)

« ...Dans la perspective du Programme commun, d'une victoire de la gauche, la politique des bureaucraties syndicales CGT et CFDT n'est autre que le sabotage systématique des luttes (Renault, PTT, imprimeries etc.) dans le but de laisser pourrir la situation sociale, accroître le mécontentement et ouvrir l'Élysée à Mitterrand. Cette stratégie de la part de ceux qui se réclament à corps et à cris du mouvement ouvrier est absolument sans aucun rapport avec la situation ouvrière explosive que nous connaissons à l'heure actuelle en France. Face au plan d'austérité les syndicats organisent le spectacle de la défense des travailleurs qui n'ont donc à compter que sur eux-mêmes... »

GROUPE DE TRAVAILLEURS POUR L'ABOLITION DU SALARIAT (octobre 1976)

Source: extraits de textes reproduits dans la revue JEUNE TAUPE no 12 (novembre 1976). Les textes internes à la CFDT ont d'abord été publiés dans le bulletin Le Poing de la section CFDT et la SG et reproduits dans la premier numéro de la revue Spartacus éditée par René Lefeuvre en décembre 1976.

Groupe de travailleurs communistes des banques

Issu du groupe précédent ce groupe publie durant l'été 77 une plateforme (reproduite dans Jeune Taupe no 16) dans laquelle il développe les différents stades de son évolution :

  • rupture avec le syndicalisme ;
  • rupture avec les anarchistes ;
  • élaboration d'une plate-forme ;
  • les tâches d'un groupe de travailleurs communistes.

Bulletin de liaison entre travailleurs

Ce bulletin publié après la disparition du groupe de travailleurs communistes des banques, avec la participation d'un travailleur de l'EDF, ne connaîtra que deux numéros. Le BLET visait à « favoriser les échanges d'informations, la réflexion, les prises de positions mêmes contradictoires qui permettront la clarification politique et une meilleure connaissance des groupes et camarades isolés afin de sortir du localisme et de comprendre dans quelles conditions se déroulent les interventions de chacun ». À bout de deux numéros, considérant leur accord global avec le groupe Pour une Intervention Communiste, ses protagonistes adhéreront à celui-ci.

Groupe autonome ouvrier Peugeot Sochaux

Couverture d'une brochure du GAO Peugeot.

Documents :

  • Élections des délégués du personnel (1977)

La mission des délégués est de servir de tampon entre les travailleurs et le patron. Ils doivent donc tout faire pour qu'en toute occasion nous restions à l'usine pour y travailler. Ils revendiquent pour nous le droit de mieux nous faire exploiter. C'est aussi ce que réclament les grandes centrales politiques.

ON LES CONNAIT VOS USINES, VOS PARTIS ET VOS SYNDICATS

Il est temps de dénoncer ces traîtrises, déléguer nos pouvoirs c'est les perdre… Les avantages que tirent les délégués de leurs fonctions privilégiées les mettent dans l'impossibilité de parler pour la classe ouvrière et d'exprimer ses vrais problèmes, car ils représentent une boutique et non nos intérêts.

DEPUIS LES FASCISTES DE LA C.F.T. JUSQU'AUX STALINIENS DE LA CGT NOUS SOMMES TORMPES PAR NOS DELEGUES

Ce n'est pas non plus en acceptant notre exploitation que nous allons changer notre vie d'esclaves, loin de là ; et il n'est surtout pas question de faire le jeu du capital. "Le prolétariat est révolutionnaire ou il n'est rien" disait Karl Marx. Apprenons à combattre notre exploitation radicalement, individuellement ou mieux en groupe.

UNE FOIS DE PLUS, CES ELECTIONS C, EST LE PIEGE A CONS

L'ennemi véritable, c'est le travail abrutissant et ses cadences infernales, et qui le dénonce ? Personne, de l'extrême droite à l'extrême gauche, pas un pour racheter l'autre parce que tous sons des politicards qui ne comprennent pas nos problèmes. En attendant la révolte logique, il faut chacun de son côté lutter contre les cadences abrutissantes, en ralentissant le travail en refusant de cautionner des courses à l'usure comme les primes au rendement et tout autre mécanisme abrutissant, prenez des jours de congés de maladie, prenez le temps d'aimer votre compagne, de lire, de rêver enfin de vivre quoi ! Non l'outil de travail n'est pas sacré, c'est lui l'instrument de domination, il nous rend fou, entre les mains de quiconque il fait des esclaves.

SACHONS FAIRE EN SORTE QUE NOS MACHINES NOUS SERVENT CONTRE LES EXPLOITEURS

VIVE LES OCCUPATIONS D'USINES, VIVE LES CONSEILS OUVRIERS… Édité sous forme de tract. Reproduit dans la revue Jeune Taupe no 14 (mars-avril 1977)

Groupe autonome ouvrier inter-entreprises (Clermont-Ferrand)

Ce groupe est à l'auteur d'une « Plate-Forme minimum pour l'autonomie ouvrière », reproduit dans la revue Jeune taupe n 15 (mai-juin 1977).

Extrait:

« … Si le groupe autonome ouvrier est composé d'ouvriers participant à la prise de conscience de la classe, nous ne sommes pas la conscience ni le noyau dirigeant… Nous ne sommes pas le noyau des futurs conseils ouvriers, ni l'embryon d'un futur parti. Nous n'avons pas à INVENTER des revendications pour les luttes.

Notre raison d'être dans toutes les luttes est celle d'un pôle de discussion, de réflexion, pour aborder nos problèmes d'un point de vue d'ensemble, non localement mas GLOBALEMENT, pour mieux connaître les idées motrices qui animent le mouvement de la classe, pour mieux savoir qui sont nos ennemis, qui sont nos amis. Nous sommes des ouvriers militant pour l'organisation autonome des ouvriers, et non des instruments de quelque parti ou tendance politique. Nous regroupons des ouvriers de différentes tendances politiques ou d'aucune tendance ou groupe précis pourvu qu'ils soient d'accord sur la NÉCESSITE DE DEVELOPPER LES FORMES D'ORGANISATION ET DE LUTTE AUTONOME DES OUVRIERS… »

Groupe Inter-Archives

Ce petit groupe de militants du central téléphonique inter-Archives (Paris) quitte la CFDT en 1977. Ce départ est motivé par des questions de principe sur la nature du syndicalisme. Ils reprennent à leur compte la position d'Anton Pannekoek : « La classe ouvrière doit regarder au-delà du syndicalisme tandis que le syndicalisme est entièrement confiné dans les limites du système capitaliste ». Dans le contexte de l'époque, ils ajoutent au motifs de leur rupture : « la mise au pas des structures contestataires à l'intérieur de la confédération, l'engagement électoraliste de la CFDT, la transformation des UL en interprofessionnelles… ».

Groupe « Des travailleurs de Thecla-Delle »

Le 28 juin 1977 des ouvriers de Thecla-Delle (Territoire de Belfort, à l'époque plus de 1000 salariés) envoie une lettre ouverte au Groupe autonome ouvrier de Peugeot-Sochaux. Celle-ci fait le point sur un conflit qui vient de se terminer dans l'entreprise : « Nous tenons à préciser que le conflit a été bradé par les syndicats CGT, CFDT, CFTC et qu'après 3 semaines de lutte, ont fait reprendre le travail aux ouvriers et cela contre la volonté d'une majorité qui s'est déterminée pour la poursuite du mouvement lors d'un vote 401 pour et 384 contre… Les syndicats nous montrent leur vrai visage, en créant la division au sein de la classe ouvrière; ils ne font que servir le pouvoir et le patronat qui peuvent sourire en les regardant nous diriger de la même façon qu'on dirige un troupeau de bétail ! »

Groupes ouvriers autonomes Ericsson

En avril 1979, des travailleurs de l'entreprise Ericsson (matériel téléphonique) distribuent un premier tract signé « Groupes ouvriers autonomes ». Ce tract tire le bilan des affrontements qui ont eu lieu en mars dans la sidérurgie, à Denain. Il conclut « pour qu'il n'y ait plus de licenciements, il nous faudra vite dépasser le stade revendicatif et engager nos luttes pour en finir avec le capitalisme et le salariat ».

Comité de travailleurs révolutionnaires de Renault véhicule industriel (RVI) (Caen, 1979)

Ce comité qui regroupait une centaine de travailleurs de l'Usine RVI de Caen a été particulièrement actif dans la grève de 1979. Ce groupe, qui rassemblait des trotskystes, des maoïstes, des libertaires et beaucoup de travailleurs qui ne se reconnaissaient dans aucun parti, s'était formé suite au constat que les syndicats n’incitaient pas à la lutte et qu’ils entendaient faire exprimer le mécontentement vers un jeu de soutien au programme commun de la gauche. Leur principal objectif était de le réorienter dans le mécanisme électoral et parlementaire pour mieux limiter, annihiler complètement, le recours à l’utilisation de la grève, qui s’accompagnait parfois d’autres actions des salariés contre les patrons et les petits chefs. Son mode de fonctionnement privilégiait la constitution d’un comité ou d’un collectif de lutte, pour stimuler une hausse des revendications. Il exprimait également les idées d’autogestion, de contrôle ouvrier, du refus de produire de l'équipement militaire et le rejet de l’idéologie du travail salarié.

Il s'est ensuite fondu dans une structure dénommée « Débordement », en utilisant le même mode d’intervention. Son audience s’avérera importante pour continuer d’inquiéter les syndicats et la direction.

Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir, une nouvelle période s'ouvrit. les syndicats, les partis de gauche, en y incluant l’extrême gauche trotskyste, placèrent leurs espoirs dans la réalisation du programme commun, contribuant largement à la démobilisation des travailleurs. Il y eu alors une décrue des luttes dures (ou directes). La direction de RVI, avec l’appui tacite de la gauche politico-syndicale, nettoya l'entreprise des éléments radicalisés et révolutionnaires, qui étaient mutés continuellement d’un poste à l’autre. La hiérarchie appliquait une logique de plus en plus disciplinaire, usant de techniques connues d’isolement, pour affaiblir psychologiquement les travailleurs combatifs. L’amoindrissement du rapport de force à permis à la direction de liquider le noyau révolutionnaire, lesquels préféraient quitter l'entreprise de guerre lasse.

Conseil des employés municipaux de Blagnac

Sous l'impulsion de la section CNT-AIT des employés municipaux de Blagnac (banlieue Toulousaine), dont certains venaient de l'Autonomie ouvrière, des conseils furent mis en place à la fin des années 1990, qui permirent ensuite des luttes sur le mode de l'autonomie ouvrière, notamment pour la titularisation des vacataires[1].

Collectif NADA (Poste, Rennes, années 2000)

Ce collectif a été créé par une quinzaine de postiers de Rennes, qui ont quitté SUD suite aux luttes relatives à l'aménagement du temps de travail en 2000. Les luttes menées dans les centre de tri à ce moment-là, largement confisquées par les organisations syndicales y compris SUD, les ont amené à remettre en cause la notion de représentativité, considérée comme l’équivalent de la démocratie parlementaire. En votant pour des syndicats, on aboutit a une démocratie par délégation, loin de la démocratie directe des assemblées générales de travailleurs[2].

Actualité de l'Autonomie ouvrière

Les grèves spontanées apparues au courant de l'été 2007 (Airbus Toulouse et Saint Nazaire notamment) puis fin 2007 (Darty, Adrexo, Miko...) marquent un retour du mode d'organisation des luttes ouvrières en dehors (voire contre) les syndicats, selon des méthodes d'action directe.

La CNT-AIT a repris à son compte la critique de la représentativité, et organise des campagnes de boycott actif des élections professionnelles[3]. Elle tente de théoriser une approche actualisée de l'Autonomie ouvrière, sous le nom d'Autonomie populaire.

Références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes


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