Signifiance


Signifiance

Le mot « signifiance » a deux sens. Pour le logicien, la signifiance est la dimension syntaxique du sens. Pour le linguiste, la signifiance est l'émergence du sens chez le récepteur.

Sommaire

Théories des logiciens

La signifiance est la dimension syntaxique du sens. Le mot désigne le sens d'une expression dans la mesure où ce sens n'est pas identifiable ni réductible à la référence. Par exemple, un syncatégorème (« tous », « ne pas », « et », « si », les connectifs, les auxiliaires du verbe exprimant les modalités logiques...) est un terme qui n'a de signification autonome, mais seulement quand il relie ou se rapporte à d'autres termes appelés catégorèmes (noms, verbes, adjectifs), il ne désigne pas de référé, il n'a de sens que dans le flux du discours[1]. De même un type, selon Bertrand Russell, a de la signifiance, un sens syntaxique, pas de la signification.

Bertrand Russell a développé dès 1903, dans Principles of Mathematics[2], une théorie du sens, référentielle et antipsychologique. Tout mot possède une référence sous forme de terme. Les noms propres (grammaticaux) ont une signification (meaning) en ce qu'ils se réfèrent directement à une chose : personne ou objet : « Scott » signifie l'individu Walter Scott ; les noms généraux ont une signification en ce qu'ils se réfèrent directement aux concepts au sens large : prédicats et relations. « Le sens se déploie chez Russell en trois modalités »[3].

Le sens dans sa modalité signification (meaning)

Le sens est une notion ontologique. Cette modalité est référentielle : la signification est une relation référentielle directe et immédiate. La signification des noms authentiques assure la référence immédiate à des entités réelles, qu'elles existent comme les choses la baleine particulière) ou subsistent comme les concepts (la baleine générique). Russell, contre Frege, défend une conception strictement référentielle du sens.

Le sens dans sa modalité dénotation (denoting)

Le sens est une notion logique. La dénotation est aussi référentielle, mais elle inaugure un processus indirect et proprement logique d'inférence. Les descriptions définies (« L'auteur de Waveley » pour désigner Walter Scott) ne dénotent plus par elles-mêmes, mais seulement contribuent à la signification, c'est-à-dire à la référence de la phrase qui les contient. En plus des noms propres et généraux, les expressions dénotantes sont des constructions linguistiques complexes qui mettent en jeu les mots logiques : « le », « tous les », « chaque »..., elles réfèrent indirectement à des choses (cas particulier de « le ») ou à des objets logiques.

Le sens sans sa modalité signifiance (significance)

Le sens est une notion syntaxique (les logiciens parleront de « formules bien formées »). La signifiance est seule garante de la bonne formation des formules du discours. On est là dans la dimension syntaxique du sens, celle de l'usage catégorématique ouvert par le principe de la dénotation. A cette analyse des règles d'usage des signes complexes du langage naturel, il convient d'ajouter celle des contraintes syntaxiques de sens imposées à la construction de la langue logique elle-même.

La philosophe Suzanne Langer, s'inspirant de Cassirer, considère que :

"La musique est une forme de signifiance (...) qui, grâce à sa structure dramatique, peut exprimer des formes de l'expérience vitale pour lesquelles la langue est particulièrement inappropriée. Sa teneur (import) est constituée par les sentiments, la vie, le mouvement et l'émotion."[4]

Théories des linguistes

Pour Émile Benveniste, « c’est un homme parlant que nous trouvons dans le monde, un homme parlant à un autre homme, et le langage enseigne la définition même de l’homme ». Pour désigner cette propriété de signifier inhérente au langage humain, Benveniste a forgé le concept de signifiance. Dans son étude sur la « Sémiologie de la langue » (1969), il précise cependant que la signifiance définit non seulement le langage humain, mais tout système de signes (écriture, signalisation routière, signes monétaires, signes esthétiques, codes sociaux, etc.). Benveniste voit dans la langue deux domaines distincts, deux « modes de signifiance », qu'il appelle le mode sémiotique et le mode sémantique. Le sémiotique désigne le mode de signifiance propre au signe (au sens saussurien). Chaque signe n'existant que par les relations qu'il entretient avec les autres signes, le plan sémiotique sera un plan intra-linguistique, dans lequel on ne s'occupe pas des rapports entre la langue et le monde. Le sémantique, par contre, est le mode de signifiance propre au discours. Ici nous entrons dans le monde de renonciation, de l'univers du discours. L'expression sémantique par excellence est la phrase. Cette distinction est éclairée par les oppositions et les parallèles que l'auteur établit entre les deux concepts.

« Le sémiotique se caractérise comme une propriété de la langue, le sémantique résulte d'une activité du locuteur qui met en action la langue. Le signe sémiotique existe en soi, fonde la réalité de la langue, mais il ne comporte pas d'applications particulières ; la phrase, expression du sémantique, n'est que particulière. Avec le signe, on atteint la réalité intrinsèque de la langue ; avec la phrase, on est relié aux choses hors de la langue; et tandis que le signe a pour partie constituante le signifié qui lui est inhérent, le sens de la phrase implique référence à la situation de discours, et à l'attitude du locuteur »

— Émile Benvéniste, Problèmes de linguistique générale, t. II, p. 225

E. D. Hirsch (1967)[5] oppose signification et signifiance. La signification d'une œuvre est sa structure intentionnelle créée par l'auteur, sa signifiance est la mise en relation de cette signification avec les préoccupations, intérêts, manières de voir, etc. du récepteur.

Selon Michael Riffaterre (1983), « du point de vue du sens [niveau mimétique], le texte est une succession d’unités d’information ; du point de vue de la signifiance [niveau sémiotique], le texte est un tout sémantique unifié ». La signifiance, pour Riffaterre, peut se définir comme « une praxis de la transformation par le lecteur[6]. »

Jean Ladrière (1984) donne sa définition de la signifiance : « la signifiance est ce par quoi la signification advient, ce par quoi les signes se font porteurs de sens. »

Bibliographie

  • Émile Benvéniste, Problèmes de linguistique générale (1966 et 1974)
  • E. D. Hirsch, Validity in Interpretation, Yale University Press, 1967.
  • Jean Ladrière, « Signification et signifiance », Synthèse, 59 (avril 1984), p. 59-67.
  • Charles W. Morris, Signification and Signifiance, Cambridge (Mass.), MIT Press, 1964.
  • Michael Riffaterre, Sémiotique de la poésie, Paris, Seuil, 1983.
  • Bertrand Russell, Écrits de logique philosophique, trad., PUF, 1989.

Notes et références

  1. Gilbert Hottois, Penser la logique, De Boeck Université, Bruxelles, 1989.
  2. Bertrand Russell, Principles of Mathematics (1903), trad. in Écrits de logique philosophique, PUF, 1989.
  3. Denis Vernant, Bertrand Russell, Garnier-Flammarion, 2003, p. 114-115, 141-143.
  4. Suzanne Langer, Feeling and Form, Londres, 1953. Oswald Ducrot et Jean-Marie Schaeffer, Nouveau dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Seuil, 1995, p. 183.
  5. E. D. Hirsch, Validity in Interpretation, Yale University Press, 1967.
  6. Sémiotique de la poésie, Paris, Seuil, 1983

Voir aussi

Articles connexes

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