Maqâm

Maqâm
Le maqâm iraquien *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Pays * Drapeau d'Irak Irak
Région * États arabes
Liste Liste représentative
Fiche 00076
Année d’inscription 2008
Année de proclamation 2003
* Descriptif officiel UNESCO
Le muqam ouïgour du Xinjiang *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Pays * Drapeau de Chine Chine
Subdivision Xinjiang
Région * Asie et Pacifique
Liste Liste représentative
Fiche 00109
Année d’inscription 2008
Année de proclamation 2005
* Descriptif officiel UNESCO

Le maqâm (arabe) — en turc makam, en azéri mugham, en ouzbek maqôm, en ouighour muqâm — est à la fois un système musical général et ses applications particulières.

Le mot maqâm signifiait le lieu où se jouait la musique ; par la suite, il désigna la modalité au Machrek. Maqâm signifie littéralement « station », d'une échelle mélodique en l'occurrence. Il a aussi le sens de « rang élevé » et désigne un modèle transcendant[1].

Avant l'adoption du terme maqâm, on utilisait dans les régions arabophones diverses appellations : sawt (صوت) qui veut dire voix ou son, naghma (نغمة) qui veut dire mélodie ou tab'e (طبع) qui veut dire "nature" dans le sens de caractère. Comme pour les râgas dans la musique indienne, les maqâmât sont associés aux 4 éléments, au jour et à la nuit et avaient chacun un caractère.

Il s'agit d'une organisation des échelles mélodiques[2]. À la différence du système des « gammes » (majeures, mineures...) telles qu'on les conçoit et les utilise en Occident, le maqâm est plus qu'un système d'intervalles ; il organise les intervalles entre chaque note ainsi que les cheminements à l'intérieur de cette « échelle » modale, et ce sur plusieurs octaves, généralement deux. Sur ce point, le maqâm se rapproche beaucoup du système des râgas dans la musique classique indienne.

S'il est virtuellement possible d'imaginer une infinité de déclinaisons sur ce principe, notamment en combinant les maqâmât entre eux pour créer des « sous-maqâmât », quelques dizaines seulement sont couramment utilisées et ont acquis une véritable légitimité. Il s'agit là du deuxième sens du maqâm, qui correspond à la définition d'intervalles et de parcours mélodiques singuliers, obéissant à des règles mathématiques et esthétiques. Nous pouvons alors désigner chaque système d'intervalles et de parcours par un nom qui lui est propre et s'y réfère : Hijaz, Husseinî, Bayati...

De nombreux maqâms possèdent des intervalles avoisinant le 3/4 de ton, à la différence des échelles occidentales « tempérées » (où les divisions sont également espacées sur la base de 12 intervalles par octave). Concrètement, cela reviendrait à définir un intervalle supplémentaire entre le si et le do par exemple, en plaçant une nouvelle note : le si ouj. Nous pourrions alors jouer cet intervalle (et cette note) et obtenir une « couleur » particulière correspondant à l'une de grandes « familles » de maqâm.

L'origine diverses des maqâms et l'utilisation de systèmes non tempérés (en musique arabe on a adopté en 1932 au 1er Congrès de la musique arabe le système ¼ de ton) fait que certains maqâms ont des noms différents parce que leurs toniques sont différentes, alors qu'ils ont la même structure.

Chaque maqâm possède une couleur, un sentiment particulier, une nature. Les compositions basées sur ces maqâms constituent la base de la musique savante, urbaine. On retrouve les principaux modes du maqâm dans la musique populaire, mais de façon généralement moins élaborée.

Ce système modal complexe se décline ainsi du Maghreb à la Chine, et constitue un corpus théorique d'une grande richesse, celui de la musique savante ou "classique".

Issues d'un tronc musical commun remontant au XIVe siècle, plusieurs branches représentent aujourd'hui les principales déclinaisons de ce système modal qu'est le maqâm :

  • le maqâm arabe
  • le makam ottoman (Turquie)
  • le maqâm cachemiri
  • le maqôm ouzbek
  • le muqâm ouïghour
  • le dastgâh persan (Iran) et le mugham azéri

Toutefois, le maqâm arabo-turc est devenu extrêmement modulant, changeant de tonalité toutes les cinq ou dix mesures parfois, alors que le dastgâh iranien est resté parfaitement tonal comme le râga indien.

Sommaire

Structures

Le maqâm est composé de plusieurs sous-ensembles de 3, 4 ou 5 notes (tricorde, tétracorde ou pentacorde) appelés « genres » (ajnas) ou « nœuds » ('uqud : ce dernier terme étant réservé aux pentacordes). Ces genres sont des types variables de groupes de notes portant des noms bien référencés, formant les familles de maqâms.

C'est le 1er genre d'un maqâm qui détermine sa famille. Ainsi les maqâms commençant par le genre Bayati appartiennent à la famille Bayati, même s'ils modulent ensuite dans d'autres genres, en changeant de tétracordes.

Tempérament

Bien qu'utilisant les mêmes maqâms (même nom et même structure), les musiciens des différentes contrées n'utilisaient pas les mêmes hauteurs (fréquences) pour les mêmes notes.

Ceci a été mis en évidence lors du 1er Congrès de la musique arabe en 1932[3] Plus tard, des expériences menées par le musicien Salah El Mahdi en 1966[4] ont montré que des altérations étaient utilisées pour abaisser ou augmenter le ton de :

  • 2/10 de ton
  • 3/10 de ton
  • 4/10 de ton

Au XXIe siècle, pour des raisons pratiques, les altérations sont arrondies au quart de ton le plus proche et on ne représente que deux ou trois altérations pour représenter les différents intervalles inférieur au demi-ton. Cependant, ces intervalles, bien qu'écrits à l'identique, sont joués différemment selon le maqâm dans lequel se trouvent les musiciens.

Armure

Il n'y a pas de consensus sur la façon de placer les altérations constitutives du maqâm sur l'armure et ceci pour deux raisons principales :

  • Les maqâms sont formés de genres et les altérations ne sont pas les mêmes d'un genre à l'autre.
  • Les musiques utilisant les maqâms sont essentiellement orales et l'utilisation de la notation du solfège n'a commencé qu'à la fin du XIXe siècle et sans coordination entre les différentes régions.

Enfin, les partitions deviendraient rapidement surchargées s'il fallait rendre compte de toute la palette des intervalles de certaines pièces.

Ci-dessous les différentes façons de faire — dans ce qui suit, les demi-bémols (resp. demi-dièses) observent le même ordre que les bémols (resp. dièses), on ne parlera donc que de bémols ou de dièses.

  • Aucune règle : les altérations sont posées dans le désordre en mélangeant dièses et bémols.
  • Les altérations constitutives des deux premiers genres sont placés sur l'armure. L'ordre adopté est le même que dans le solfège classique[5]. Il y a deux conventions :
    • Les bémols sont mélangés aux dièses (ce qui ne se fait pas dans le solfège), les bémols précédant toujours les dièses.
    • Selon le cas, soit les bémols sont placés sur l'armure et les dièses apparaissent comme des altérations accidentelles soit c'est le contraire.

Exemple : Le Maqâm Hijaz dans les différentes notations :

Notation libre (aucune altération sur l'armure)
Armure Hijaz 01.jpg
Notation bémols et dièses mélangés
Armure Hijaz 02.jpg
Notation bémols seuls
Armure Hijaz 03.jpg

Maqâm arabe

Genres

  • Tricordes  : Ajam, Jiharkah, Sikah, Mustaar
  • Tétracordes : Bayati, Busalik, Hijaz, Kurd, Nahawand, Rast, Saba, Zamzama
  • Pentacordes : Athar Kurd, Nawa Athar, Nikriz
Ajam (terme qui désigne « ce qui n'est pas arabe ») tricorde commençant avec si\flat
Arabic maqam jins ajam.jpg
Bayati tétracorde commençant avec ré
Arabic maqam jins bayati.jpg
Hijaz tétracorde commençant avec ré
Arabic maqam jins hijaz.jpg
Kurd tétracorde commençant avec Ré
Arabic maqam jins kurd.jpg
Nahawand (du nom d'une ville perse) tétracorde commençant avec do et qui correspond au 1er tétracorde du do mineur
Arabic maqam jins nahawand.jpg
Nikriz pentacorde, commençant avec do
Arabic maqam jins nikriz.jpg
Rast (en perse : principal) tétracorde, commençant avec do
Arabic maqam jins rast.jpg
Saba tétracorde, commençant avec ré
Arabic maqam jins saba.jpg
Sikah (du perse Se-gah qui veut dire 3ème son) tricorde, commençant avec miArabic music notation half flat.svg
Arabic maqam jins sikah.jpg

Familles

  • Ajam : Ajam, Jiharkah, Shawq Afza
  • Bayati : Bayati, Bayati Shuri, Husseini
  • Hijaz : Hijaz, Hijaz Kar, Shadd Araban, Shahnaz, Suzidil, Zanjaran
  • Kurd : Kurd, Hijaz Kar Kurd
  • Nahawand : Farahfaza, Nahawand, Nahawand Murassah, Ushaq Masri
  • Nawa : Athar Athar Kurd, Nawa Athar, Nikriz
  • Rast : Mahur, Nairuz, Rast, Suznak, Yakah
  • Saba : Saba, Saba Zamzam
  • Sikah : Bastanikar, Huzam, Iraq, Mustaar, Rahat El Arwah, Sikah, Sikah Baladi

Voir une liste des gammes et modes.

Formes

Voici les formes de compositions ornant un maqâm arabe :

Rythmes

Aaraj 5/8 - Aghar Aqsaq 5/8 - Aqsaq 9/8 - Awfar 19/4 - Awis 11/8 - Ayyub 2/4 - Dawr Hindi 7/8 - Dawr Al Kabir 28/4 - Dharafat 13/8 - Fakhit 20/4 - Fikra 15/4 - Frankajin 24/4 - Hazaj 22/4 - Jurjina 10/8 - Katakufti 8/8 - Khush Rank 17/8 - Malfuf 2/4 - Maqsum 4/4 - Masmudi Kabir 8/4 - Masmudi Saghir 4/4 - Mudawwar 12/4 - Muhajjar 14/4 - Mukhammas 16/8 - Mukhammas Turki 32/4 - Murabbaa 13/4 - Nawakht 7/4 - Nawakht Hindi 16/8 - Nim Dawr 18/8 - Nim Oyun Havasi 11/8 - Nim Rawan 9/4 - Sadah Duyek 16/8 - Samai Ta'er 3/8 - Samai Thaqil 10/8 - Shanbar Halabi 24/4 - Shanbar Kabir 48/4 - Shanbar Masri 48/4 - Sinkin Samai 6/4 - Sittatu Ashar 32/4 - Turrah 21/4 - Wahda 4/4 - Wahda Mukallafa 2/4 - Warshan Arabi 32/4 - Yuruk Samai 6/8

Makam turc

Formes

Voici les formes de compositions ornant un makam turc :

  • Aranağme
  • Beste
  • Gazel
  • Kâr
  • Köçekçe
  • Medhal
  • Oyun Havası
  • Pesrev
  • Semai :
    • Ağır Semai
    • Yürük Semai
    • Saz Semaisi
  • Şarkı
  • Taksim
  • Türkü

Rythmes

Les rythmes turcs (usul) sont l'héritage des rythmes ottomans eux-mêmes liés à ceux de l'Asie Centrale ; ils se subdivisent en :

Usuls mineurs (moins de 16 temps)  : Aksak (9) - Aksak Semai (10) - Avfer (9) - Ayin Devr-i Revanı (Mevlevi Devr-i Revanı) (14) - Bektasi Devr-i Revanı (13) - Ceng-i Harbi (10) - Devr-i Hindi (7) - Devr-i Turan (7) - Frenkçin (12) - Düyek (8) - İkiz aksak (12) - Lenk Fahte (10) - Mürekkep Nim Sofyan (6) - Müsemmen (8) - Nim çember (12) - Nim Evsat (13) - Nim Sofyan (2) - Oynak (9) - Raks Aksağı (9) - Raksan (15) - Şarkı Devr-i Revanı (13) - Semai (3) - Sofyan (4) - Tek vurus (11) - Türk Aksağı (5) - Yürük Semai (6)

Usuls majeurs (plus de 16 temps) : Beste Devr-i Revani (26) - Çehar (124) - Çenber (24) - Çifte Düyek (16) - Darb-i Fetih (88) - Darb-i Hüner (38) - Devr-i Kebir (28) - Durak Evferi (21) - Evsat (26) - Fahte (20) - Fer' (16) - Frengi Fer (28) - Hafif Berefsan (32) - Havi (64) - Hezeç (22) - Muhammes (32) - Nim Berefsan (16) - Nim Devir (18) - Nim Hafif (16) - Nim Sakil (24) - Nim Zencir (60) - Remel (28) - Sakil (48) - Türki Darb (18) - Zencir (120)

Maqâm cachemiri

Les maqâmat du Cachemire ont la particularité de s'être mélangés avec les râgas indiens et d'être exécutés avec des rythmes indiens, les tâlas.

Noms des maqâmat

  • 'Araq
  • Asavari (navroz-e-khara)
  • 'Ashiran
  • Bahar ('ushshaq)
  • Bayate
  • Behag (bihag, hijaz)
  • Behbas
  • Bhairavi (bharvi)
  • Bilaval
  • Buzurg
  • Chargah (chahargah)
  • Dhanasri
  • Divgandhar (kanada)
  • Gabri (hisar)
  • Husayni (zarkash)
  • Jangla (mukhalif)
  • Jazvanti
  • Jinjoti (manj, majiri)
  • Kanada (divgandhar)
  • Khamanch (khamanche, khamanch, kamanche, kamanj, asfahan, isfahan, safahan)
  • Kochak (kalyan)
  • Kuhi (mubaraqa')
  • Lalit
  • Malhar (nihuft, mallar)
  • Nat kalyan (avj)
  • Nava
  • Navroz-e-'ajam
  • Navroz-e-'arab
  • Nayriz
  • Panjgah (rast-e-farsi)
  • Paraj (nayriz-e-kabir)
  • Purbi (zalab)
  • Rahavi (bastanegar)
  • Ramkali
  • Rast (rast-e-kashmiri)
  • Saba (navroz-e-saba)
  • Sarang
  • Segah
  • Sendhuri
  • Shahnaz (zengola)
  • Suhani (nishaporak)
  • Tilang (mahur)
  • Todi (buzurg)
  • Udasi (maghlub)
  • 'Uzzal ('uzzal-e-farsi)
  • Zaval (pahlavi, pahalvi)

Liens externes

Notes

  1. Jean During, Musiques d'Asie Centrale, Actes Sud, 1998.[réf. incomplète]
  2. Il en existe théoriquement une quasi-infinité, toutefois usuellement seuls vingt ou trente de ces modes sont joués ; ils sont appelés maqamat (pluriel de maqâm). Le terme et le concept sont communs aux musiques persane, arabe et turque. Dans la musique persane, le maqâm ou dastgâh est caractérisé par trois notes : la note témoin (châhed) base de la progression mélodique, la note variable (moteqayyer) dont la hauteur varie au cours du mouvement et la note d'arrêt sur laquelle se fonde toute interruption de la musique. La note d'arrêt final est suivie d'un motif (foroud) servant à revenir à l'intonation initiale.
  3. On a donné le la a plusieurs joueurs de qanûn de renommée et on leur a demandé d'accorder leurs instruments. Le résultat montre des différences, notamment pour les notes comme miArabic music notation half flat.svg ou siArabic music notation half flat.svg.
  4. Les expériences consistaient à analyser les spectres de fréquences d'enregistrements de musiciens de renommée de différents pays. Les résultats ont été présentés à nouveau lors du séminaire du Goethe-Institut tenu en 1968 à Beyrouth, Liban. 6 symboles ont été ajoutés pour représenter les altérations.
  5. si-mi-la-ré-sol-do-fa pour les bémols et fa-do-sol-ré-la-mi-si pour les dièses

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Maqâm de Wikipédia en français (auteurs)

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