Louis Lachenal


Louis Lachenal

Louis Lachenal (1921-1955) est un alpiniste français, premier vainqueur, en 1950, de l'un des sommets de plus de huit mille mètres : l'Annapurna (8 091 m).

Sommaire

Biographie

Né à Annecy (Haute-Savoie) le 17 juillet 1921, Louis Lachenal effectue ses premières escalades sur le rocher du Biclope en 1934.

Dès son plus jeune âge, il préfère l'univers de la rue aux bancs de l'École des Frères, quai des Cordeliers. Il passe son certificat d'études à l'École Supérieure Technique, puis entre au lycée. Mais déjà, dans ses escapades avec ses camarades, il aime le goût du risque ; et la quête du danger sera toujours chez lui une sorte d'idéal de vie. Devenu louveteau dans une association scoute, il révèle ses dons d'invention et ses talents de grimpeur. Ainsi, à 13 ans, la vocation l'appelle dans les massifs qui entourent Annecy : la Tournette, le Parmelan, l'Arcalod.

En 1941, il devient membre de l'organisation Jeunesse et Montagne. En 1942, il est porteur breveté du Club alpin français, auquel il a adhéré dès 1937. Cette fonction consiste à seconder un guide lors d'une ascension, voire à assurer son rôle, selon les compétences dont on dispose. En juin-juillet, il participe à un stage d'alpinisme dont il sort premier chef de cordée, l'occasion d'une fête à Chamonix, où il rencontre pour la première fois Lionel Terray. Quelques mois plus tard à peine, il fera connaissance avec Gaston Rébuffat, par hasard, dans un train à l'arrêt. Le 1er octobre, il est engagé comme instructeur alpin et moniteur de ski au centre des Contamines-Montjoie.

Le 12 novembre, il épouse Adèle Rivier. Deux enfants naîtront, Jean-Claude et Christian.

En 1945, il effectue ses premières courses avec Lionel Terray : la face Nord des Droites et la face Est du Moine. Suivront — entre autres, et toujours en compagnie de Lionel Terray — la quatrième ascension de l'éperon Walker en 1946, la seconde ascension de la paroi Eigerwand en 1947 :

« Des pierres, heureusement de calibre moyen, tombent sans arrêt, et nous montons dans un perpétuel sifflement. Terray a des crampons à longues pointes qui conviennent mieux et part en tête. Nous cramponnons, assurant chacune de nos longueurs de corde à la broche de glace. La traversée de ces pentes de glace nous prend beaucoup de temps. Je reprends la tête pour franchir un passage rocheux assez difficile qui nous permet d'atteindre le névé supérieur. Il est 13 heures 30 lorsque nous arrivons au point où Sedlmaier et Mehringer trouvèrent la mort. Leurs pitons sont encore là, fixés dans la paroi. L'endroit étant propice, nous nous y arrêtons pour nous restaurer et nous reposer. »

— Louis Lachenal, Carnets du vertige[1]

En 1948, il devient membre de la Compagnie des Guides de Chamonix. En 1949, il enchaîne les ascensions. En particulier, il entreprend de gravir en une seule journée trois itinéraires jugés difficiles (arête Est du Crocodile, face Est du Caïman, voie Ryan au Plan).

« C'est avec André Contamine qu'il part, mais les circonstances vont bouleverser leur programme. Ils gravissent les deux voies les plus difficiles, Caïman, Crocodile, et sont pris dans un violent orage tandis qu'ils s'apprêtent à attaquer la voie Ryan. Il redescendent au refuge, où ils parviennent à quatorze heures. Ils avaient largement le temps de réussir l'exploit. Une cordée plus lente aurait été victime de l'orage dans le haut d'une des voies. »

— Gérard Herzog, Carnets du vertige[2]

Le 3 juin 1950, lors de la conquête de l'Annapurna, il fait partie avec Maurice Herzog de la célèbre cordée, première au monde sur un sommet de plus de huit mille mètres.

En décembre 1949, le bruit court : une expédition française vers l'Himalaya se prépare. Lucien Devies, Président du Comité, en est l'un des principaux organisateurs. Mais les difficultés diplomatiques sont telles qu'on n'ose encore y croire. Et la nouvelle tombe : le Népal ouvre ses frontières. Le 30 mars 1950, l'expédition quitte Paris pour Le Caire. Puis, le lendemain, elle prend la direction du Népal en passant par Bahreïn, Karachi, New Delhi. La longue marche d'approche du sommet et l'établissement des camps de base prend deux mois complets.

« (Samedi 3 juin 1950)... Un couloir nous mène vers quelque chose qui, d'où nous sommes, nous paraît un sommet. Nous nous y élevons. Le sommet du couloir n'est qu'une sorte de selle d'où part, vers la gauche, une sorte d'arête qui encore une fois nous paraît mener au sommet. Que c'est long !
Enfin nous y sommes. Une arête de neige ourlée de corniches avec trois sommets, l'un plus haut que les autres. C'est le sommet de l'Anna Purna.
En dessous versant Nord une banquette de rochers nous reçoit pour que nous fassions les quelques photos officielles que nous avons à faire... »

— Louis Lachenal, Journal de L'Annapurna / Carnets du vertige[3]

Cette victoire sur l'Annapurna est aussi celle d'une équipe : les guides chamoniards Gaston Rébuffat et Lionel Terray, la jeune cordée de Jean Couzy et Marcel Schatz, le Dr Jacques Oudot, et le cinéaste Marcel Ichac (le seul ayant déjà une expérience himalayenne). Lors de cette expédition, Louis Lachenal a les pieds gelés et doit être amputé. La descente ressemble fort à un long chemin de croix qui dure plus d'un mois, du 4 juin au 7 juillet : mauvais temps persistant en cette période de course contre la mousson (brouillard, avalanches, orages...), souffrances multiples (aux pieds, aux yeux...), terrains accidentés (passages de gorges, de moraines encombrées de blocs rocheux, traversée de kilomètres de ravins et de forêts, franchissement de torrents tumultueux...), défection des porteurs, etc.

« Le 6 juillet fut particulièrement horrible. Nous étions dans le train et Oudot allait me quitter pour faire le détour de Kathmandu. Aussi opérait-il en série. Voici ce que j'écrivis ce soir-là :
Entre les gares je défais les pansements, aux arrêts dans les gares. Oudot s'empare de ses ciseaux et de ses pinces. Ainsi pour moi, à la gare avant Goratpur, deux de mes orteils tombent au pied droit. A l'arrêt de Goratpur, trois au pied droit. »

— Louis Lachenal, Carnets du vertige[4]

Après son retour à l'aéroport d'Orly, un séjour à la clinique Vaugirard et la remise de la Légion d'Honneur, Louis Lachenal retourne à Chamonix. Il donne ensuite une série de conférences, dès 1951 sur le territoire français et jusqu'au Congo belge en 1952. Il se met au pilotage d'automobiles sur les routes françaises, avant de reprendre les entraînements et les ascensions. Il prend la direction de l'équipe de France de ski en descente et slalom, et escalade le mont Rose en août 1955.

Il meurt accidentellement le 25 novembre 1955, tombant dans une crevasse au cours d'une descente à ski de la vallée Blanche, à Chamonix.

Il laisse son nom à un couloir de ski hors piste à La Flégère à Chamonix, ainsi qu'à deux pointes rocheuses secondaires situées près du lieu de sa mort.

Ses proches témoignent :

« C'était un homme juste, droit, franc, généreux : n'a-t-il pas réduit à néant son avenir et sa carrière en demeurant avec son compagnon jusqu'au sommet de l'Annapurna, pleinement conscient des risques qu'il prenait pour lui-même, vu la progression implacable des effets du gel ? Il pensait en effet que le laisser poursuivre seul l'ascension finale le condamnait à ne plus pouvoir revenir. Il était minitieux, perfectionniste. Tout comme Lionel Terray, il se montrait ambitieux pour les résultats et pas pour les honneurs : il laissait ça à d'autres... Ce n'était pas un matérialiste. Il voulait seulement vivre de la montagne et faire vivre assez bien sa famille. Je teminerai en disant simplement que, s'il y a un homme qui doit être un modèle pour tous, c'est bien lui. »

— Jean-Claude, fils de Louis Lachenal[5]

« Je peux contribuer, pour une modeste part à perpétuer le souvenir de celui qui fut le compagnon merveilleux des heures les plus ardentes de ma jeunesse et dont je ne crains pas de dire qu'il fut l'un des plus remarquables alpinistes de tous les temps. Comment évoquer avec des mots son regard perçant, empreint de la plus dure franchise, mais que venait à tout instant éclairer la flamme, parfois un peu malicieuse, d'une joie rayonnante ? Comment faire revivre avec de l'encre et du papier celui qui fut la vie même, tant il débordait de dynamisme, d'enthousiasme et de passion, et aussi d'une exubérance qui allait jusqu'à friser l'excentricité ? »

— Lionel Terray[6]

Distinctions

  • Prix Guy Wildenstein de l'Académie des sports en 1950, décerné à un groupement sportif dont la carrière ou l'œuvre d'éducation physique et sportive constituent un exemple, en l'occurrence avec l'ensemble de l'équipe de l'Annapurna : Jean Couzy, Marcel Ichac, Maurice Herzog, Francis de Noyelle, Jacques Oudot, Gaston Rebuffat, Marcel Schatz, et Lionnel Terray[7].

Bibliographie

  • Carnets du vertige : édité initialement en 1956 à partir de notes de Louis Lachenal mises en forme par Gérard Herzog.
  • David Roberts, Annapurna une affaire de cordée, éditions Guérin, Chamonix, 2000 (ISBN 2-911-755-22-7).
  • Lionel Terray, Les Conquérants de l'inutile, Gallimard, 1961.
  • Michel Mestre, Histoire de l'alpinisme : Les Alpes, Édisud, 1996.
  • Gaston Rébuffat, La Montagne est mon domaine, Hoëbeke, 1994.
  • Yves Ballu, Les Alpinistes, Arthaud, 1984.
  • Lucien Devies, La Montagne pour vocation, L'Harmattan, 2004.

Lycée, école et collège Louis Lachenal

Louis Lachenal a donné son nom au lycée polyvalent Louis Lachenal situé à Argonay, dans la périphérie d'Annecy (Haute-Savoie), à une école primaire et maternelle à Mantes-La-Jolie (Yvelines) et à un collège dans la ville Saint-Laurent-de-Mure (sud-est de Lyon).

Sans parler de tous les noms de rues, à Grenoble, à Toulouse, à Thionville, à Genas..., ni des allées : à Chamonix, à Valence, ni de la Promenade Louis Lachenal à Annecy.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. Carnets du vertige, éd. Guérin 1996, p. 151-152
  2. Carnets du vertige, éd. Guérin 1996, p. 175
  3. Carnets du vertige, éd. Guérin 1996, p. 254
  4. Carnets du vertige, éd. Guérin 1996, p. 294
  5. Almanach des Pays de Savoie 2010, p.54
  6. Revue JM N° 28 de septembre 1956
  7. Prix Guy Wildenstein

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