Amadou diallo

Amadou Diallo

Amadou Diallo (2 septembre 1975 à Sinoe au Libéria4 février 1999 à New York) était un jeune homme de 23 ans vivant aux États-Unis et originaire d'Afrique de l'Ouest[1].

Il fut abattu le 4 février 1999 en soirée[2] en bas de son immeuble par quatre policiers de l'unité Street Crime Unit de la Police de New York. Les quatre hommes ont tiré 41 balles alors que Diallo n'était pas armé ; 19 l'ont touché[1].

Une violente polémique a éclaté suite à cet évènement, symbolique pour certains de la brutalité policière et du profilage vis-à-vis d'une personne noire.

Sommaire

Amadou

Amadou Diallo est né le 2 septembre 1975 à Sinoe au Libéria. Il est l'aîné d'une famille de quatre enfants d'origine guinéenne[1]. Son père, Saikou, étant un commerçant prospère, il voyage beaucoup durant son enfance notamment au Togo, en Guinée, en Thaïlande et à Singapour[1]. Bon élève, il fréquente beaucoup d'écoles dont l'École française internationale, l'Université de Cambridge, le British Consulate College en Thaïlande et le Asian Institute of Microsoft[1].

En 1996, il arrive légalement aux États-Unis dans le but d'intégrer une école pour poursuivre ses études d'informatique et, afin de ne devoir sa réussite qu'à lui même, il décide de monter une entreprise avec son cousin[1]. D'abord réticent, son père le soutient, sécurisé par l'encadrement familial dont il dispose à New York[1]. Il partage un appartement situé au 1157 Wheeler Avenue à Soundview dans le Bronx avec son cousin et un ami.

Après avoir été livreur, il devient vendeur ambulant de chaussettes, de gants et de vidéos dans la 14e rue à Manhattan où il travaille six jours par semaine et douze heures par jour[1].

Bavure policière ?

Amadou Diallo, tout juste revenu du travail, décide de sortir chercher quelques provisions[1]. Arrivé en bas de son immeuble, des policiers en civil à la recherche d'un violeur en série correspondant à son profil tentent de l'interpeller. Après qu'ils se furent identifiés comme policiers, Amadou aurait mis la main à sa poche et les policiers lui auraient tiré dessus, croyant qu'il tentait de sortir une arme. Cette version est cependant réfutée par la famille de la victime, qui affirme que les coups de feu ont été tirés sans sommation[3]. Il s'en suit une série de 41 coups de feu des policiers lorsque Diallo, blessé, tente de s'enfuir vers son appartement du premier étage. Un policier lancé à sa poursuite se blesse en tombant dans l'escalier, rajoutant un peu plus de confusion.

Amadou ne portait pas d'arme et n'avait pas de casier judiciaire.

Polémique

Les quatre policiers – Edward McMellon, Sean Carroll, Kenneth Boss et Richard Murphy – sont tous blancs et le nombre important de tirs sur une personne désarmée et issue d'une minorité provoque un flot de critiques et de manifestations. Reprise par les médias, l'idée de la bavure policière semble incontestable et des rapprochements avec l'affaire Rodney King, symbole de la brutalité policière aux États-Unis, sont faits.

Des manifestations ont lieu à New York mais aussi en Guinée[4]. Les rassemblements à New York sont organisés au début quasi-quotidiennement par le révérend Al Sharpton. Au départ de quelques dizaines puis centaines de personnes, elles réunissent bientôt des milliers de manifestants de toutes origines confondues et tous les responsables communautaires affichent leur indignation.

Le maire de New York, Rudolph Giuliani, soutient quant à lui les policiers et leurs agissements dans la guerre contre le crime qui a ravagé New York sous le mandat de son prédécesseur démocrate David Dinkins. Le maire républicain s'étant fait élire en partie sur ses promesses de lutte contre le crime, le fait que les policiers appartiennent à la Street Crime Unit, unité de lutte anti-criminalité qu'il a lui-même mis en avant, pose un problème majeur. Il mettra plusieurs semaines avant de rencontrer des représentants de la communauté noire[5].

Le procès

Les quatre policiers plaident non-coupables à leur procès et qualifient leur acte d'« horrible méprise ». Ils attribuent leurs tirs répétés au stress.

Trois d'entre eux avaient déjà fait l'objet de plaintes pour des bavures dans l'exercice de leurs fonctions, mais avaient tous gagné leurs procès respectifs.

Le procès s'est tenu le 25 février 2000[6] à Albany dans l'État de New York. Ils furent acquittés par un jury de douze personnes (huit blancs et quatre noirs[7],[7]) mais sont restreints à ne plus faire que des tâches administratives[6],[3].

Le verdict fut vécu comme une injustice par la famille de la victime et la communauté afro-américaine[3].

La Street Crime Unit à laquelle appartenaient les policiers a été dissoute en 2002 à cause de la publicité négative de ce scandale[8].

Changement de maire

Le nouveau maire de New York, Michael Bloomberg, échaudé par un procès de la famille envers la municipalité[9] et se montrant plus conciliant que l'ancien maire, Giuliani, a fait des excuses au nom de la ville, a nommé la rue du drame au nom d'Amadou Diallo et a signé un accord avec la famille de la victime stipulant un versement à la famille de 3 millions de dollars[10],[3].

Cette somme servira entre autres à la fondation « Amadou Diallo Inc » d'aide aux jeunes étudiants africains créée en mémoire d'Amadou par sa mère, Kadiatou[3].

En 2006, une autre bavure policière a lieu. Sean Bell est tué dans le Queens, dans des circonstances assez similaires, ce qui a rappelé la mort de Diallo[5]. Bloomberg ne commet pas la même erreur que Giuliani et convie avec le chef de la police Ray Kelly la famille de la victime, les principaux chefs religieux et plusieurs élus municipaux[5]. Cela sera cependant vu comme une opération de communication éludant les questions de fond[5].

Amadou Diallo dans la culture

Ces faits ont notamment inspiré des chansons qui font référence à Amadou : Diallo de Wyclef Jean et Youssou N'Dour, Things I've Seen de The Spooks et American Skin (41 Shots) de Bruce Springsteen mais également de Akon, Capone-N-Noreaga, Common, DMX, Erykah Badu, Fabolous, Immortal Technique, Jay-Z, KRS-One, Lauryn Hill, Mos Def(snowgoons) (army of the pharahos) Public Enemy, Rage Against the Machine, Roni Size, Terry Callier, Booba, Zack de la Rocha, Lim, Ziggy Marley et Alpha 5.20.

Les films La 25e heure, Phone Game ou encore Les Fils de l'homme y font référence.

Annexes

Notes et références

  1. a , b , c , d , e , f , g , h  et i (en) Amadou's Life History, Amadou Diallo Foundation
  2. Vers 23 h selon La mère d'Amadou Diallo se confie à Grioo.com ou minuit selon (en) Amadou's Life History.
  3. a , b , c , d  et e La mère d'Amadou Diallo se confie à Grioo.com
  4. (en) Protesters of New York police shooting heard in Guinea and Washington, D.C., Court TV
  5. a , b , c  et d Libération.fr, Colère noire à New York après une bavure policière, Laurent Mauriac, 29 novembre 2006.
  6. a  et b (en) Officers acquitted of all charges in Diallo shooting, Court TV
  7. a  et b Diallo and Politics, The Wall Street Journal, 28 février 2000
  8. (en) NYPD Street Crime Unit Dismantled, Court TV
  9. (en) Deputy Attorney General says Justice department will "look at" Diallo case, Court TV
  10. (en) City of New York agrees on $3 million settlement to family of Amadou Diallo, Court TV

Bibliographie

  • (en) Kadiatou Diallo et Craig Wolff ; My Heart Will Cross This Ocean: My Story, My Son, Amadou ; 2003 ; (ISBN 0345456009)

Lien externe

  • Portail du droit Portail du droit
  • Portail de New York Portail de New York
Ce document provient de « Amadou Diallo ».

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Amadou diallo de Wikipédia en français (auteurs)

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Amadou Diallo — Amadou Bailo Diallo (September 2, 1975 – February 4, 1999) was a 23 year old immigrant to the United States from Guinea, who was shot and killed on February 4, 1999, by four New York City Police Department plain clothed officers: Sean Carroll,… …   Wikipedia

  • Amadou Diallo — (* 2. September 1975; † 4. Februar 1999) war ein guineischer Immigrant, der am 4. Februar 1999 in New York City von vier Polizeibeamten einer Abteilung für Straßenkriminalität unter in der Öffentlichkeit umstrittenen Umständen erschossen wurde.… …   Deutsch Wikipedia

  • Amadou Diallo — Cette page d’homonymie répertorie les différents sujets et articles partageant un même nom. Amadou Diallo Colonel Amadou Diallo, Nigérien, ministre de l Équipement de la junte de 2010, membre du Conseil suprême pour la restauration de la… …   Wikipédia en Français

  • Amadou Diallo (1975-1999) — Pour les articles homonymes, voir Diallo et Amadou Diallo. Amadou Diallo (2 septembre 1975 à Sinoe au Libéria – 4 février 1999 à New York) était un jeune homme de 23 ans vivant aux États Unis dans la Communauté des Peuls de… …   Wikipédia en Français

  • Diallo — (pronounced jallo) is the French transcription of a surname of Fula origin (an English transcription is Jallow), and may refer to: People Surname Abdul Diallo Alpha Yaya Diallo Amadou Diallo Anthony Diallo Assane Diallo Ayuba Suleiman Diallo… …   Wikipedia

  • Diallo — ist ein westafrikanischer, insbesondere in Senegal, Guinea, Mauretanien und Mali verbreiteter Familienname. Bekannte Namensträger Abdoulaye Diallo (* 1992), französischer Fußballspieler Alpha Yaya Diallo (Musiker) (* ?), guineischer Musiker… …   Deutsch Wikipedia

  • Amadou (disambiguation) — Amadou can refer to:Things:*Amadou, a spongy, flammable substance prepared from bracket fungi.People (surname):*Hama Amadou (born 1950) has been the Prime Minister of Niger twicePeople (given name):*Amadou Bagayoko, half of Mali singing duo… …   Wikipedia

  • Diallo — Cette page d’homonymie répertorie les différents sujets et articles partageant un même nom. Diallo est un patronyme peul, très répandu en Afrique de l Ouest. Sommaire 1 Personnalités historiques et politiques …   Wikipédia en Français

  • Amadou — Cette page d’homonymie répertorie les différents sujets et articles partageant un même nom. Sur les autres projets Wikimedia : « Amadou », sur le Wiktionnaire (dictionnaire universel) Sommaire …   Wikipédia en Français

  • Diallo Telli — Representative at the United Nations In office September 1958 – June 1964 Secretary general of the Organization of African Unity I …   Wikipedia

Share the article and excerpts

Direct link
Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”