Joie

Joie
Joie de vivre (sculpture de Richard MacDonald, 2002).

La joie est une émotion ou un sentiment de satisfaction spirituelle, plus ou moins durable, qui emplit la totalité de la conscience. Elle se rapproche de ce qui forme le bonheur. Elle se distingue des satisfactions liées au corps (les plaisirs), qui n'affectent qu'une partie de la conscience.

Sommaire

Philosophie

La joie est une notion qui désigne, dans son sens le plus courant, le sentiment d'une personne en présence d'un bien qui lui convient.

Dans la philosophie antique, la joie est à rapprocher du terme de mania (μανια), « délire » ou « folie » présent notamment dans le Phèdre de Platon. La mania désigne la présence du divin dans ce qu'elle a de transformateur et de dynamisant sur le sujet : une notion à rapprocher de l'enthousiasme (ενθουσιασμός) qui affecte celui qui contemple le bien ou le beau, et qui va donc au-delà du sentiment.[réf. nécessaire]

Cicéron en a une conception plus proche du sens courant : pour lui, la joie est un état de l'âme, qui, confrontée à la possession d'un bien, n'en perd pas pour autant la sérénité.[réf. nécessaire]

Dans la philosophie moderne, de nouvelles conceptions de la joie apparaissent. Au XVIIe siècle, c'est le philosophe hollandais Spinoza qui est le grand penseur de la joie, en particulier dans son Éthique où la joie forme, avec la tristesse et le désir, l'un des trois affects fondamentaux de l'être humain[1] : tous les autres sentiments (amour, haine, espérance, crainte, etc.) se définissent comme des formes particulières de joie ou de tristesse. La joie (lætitia en latin) est définie par Spinoza comme « le passage de l'homme d'une moindre à une plus grande perfection »[2], c'est-à-dire comme une augmentation de forces et de la réalisation de soi d'un être humain. La joie est ainsi un accroissement de notre puissance, lié à la réalisation de nos désirs et de notre effort (conatus en latin) pour persévérer dans l'existence.

Chez Leibniz, on trouve une distinction entre deux termes latins pouvant être traduits en français par « joie » : d'une part gaudium, la jouissance paisible qui n'est soumise à aucune condition extérieure au sujet, et d'autre part laetitia, le plaisir de l'âme lié à possession d'un bien (au sens de Cicéron, en fait).[réf. nécessaire]

Dans la philosophie contemporaine, Nietzsche associe la joie à la capacité d'approbation de l'existence (amor fati), malgré son caractère tragique, comme expression de la volonté de puissance qui assume d'être joyeuse malgré les souffrances de la vie, sans se réfugier dans un bonheur illusoire (religion, idéalisme).

Au XXe siècle, les courants philosophiques que sont le personnalisme et l'existentialisme approfondissent à nouveau la notion philosophique de joie.[réf. nécessaire]

La joie d'une mère devant son enfant.

Le philosophe français Henri Bergson voit dans la joie le signe d'un accomplissement, d'une réussite et d'un achèvement, ce qui, selon lui, en fait un indice du sens de l'existence humaine[3] : en effet, toute grande joie est la conséquence d'une création - par exemple la joie de l'entrepreneur qui a fondé une entreprise qui marche, ou la joie de la mère qui a engendré et élevé son enfant, montrent qu'ils ont créé quelque chose de viable. Ainsi, le sens de la vie humaine serait la création. C'est pourquoi Bergson distingue soigneusement le plaisir, simple subterfuge de la nature pour provoquer la conservation des êtres vivants (la recherche du plaisir et la fuite du désagrément attirant ces êtres vers les actes utiles à la conservation de la vie), et la joie, qui signale quant à elle un accomplissement de la vie humaine[4].

Chez les philosophes français contemporains, Gilles Deleuze la définit comme la puissance même de production du désir, Clément Rosset pense la joie dans la continuité de Nietzsche comme une grâce irrationnelle qui permet d'accepter le réel dans toute sa cruauté (« la force majeure »), Robert Misrahi associe la joie à la liberté que possède tout sujet d'agir, aimer et fonder son bonheur (« les actes de la joie »), Bruno Giuliani l'identifie au bonheur et la définit comme le sens même de la vie (« l'amour de la sagesse »), Nicolas Go la pense comme une pratique de sagesse qui se passe de toute raison et s'accomplit dans l'art, le rire et le sacré (« l'art de la joie »).[réf. nécessaire]

Culture

Mesures de l'Hymne à la joie de Beethoven.

La joie est un thème de l'Évangile et a été mise de l'avant dans les chansons Herz und Mund und Tat und Leben, Joy to the World et God Rest Ye Merry, Gentlemen.

La joie a migré du vocabulaire religieux vers la littérature au tournant du XXe siècle[5].

L'écrivain et poète allemand Schiller a écrit une célèbre Ode à la joie en 1785. Certaines sections en sont reprises dans les parties chantées du quatrième et dernier mouvement de la 9e Symphonie de Beethoven, devenu l'hymne officiel de l'Union européenne.

Citations

  • « La joie est un affect par lequel l'esprit passe à une perfection plus grande » (Spinoza Ethique, III, XI, scolie)
  • " Le mot le plus adéquat pour désigner l'expérience du bonheur est le mot joie. La joie est le secret du bonheur, la seule "vraie richesse", comme dit Giono. Est heureux l'homme qui vit la joie au coeur, qui éprouve la bonté de la vie, qui en savoure pleinement le goût, seconde après seconde. La joie est l'atome du bonheur. Le triomphe de la vie. La source de l'amour. La joie est donc l'unique critère de l'éthique. (...) La joie n'est autre que le sentiment qui s'épanouit lorsque nous vivons en accord avec notre nature, avec la nature entière en nous et hors de nous. (...) Elle est le lien qui nous libère en nous reliant à tous. " (Bruno Giuliani, l'amour de la sagesse.)
  • " La joie qui a besoin d'une cause, ce n'est pas de la joie, mais du plaisir." (Gustav Meyrink La nuit de Walpurgis)

Références

  1. Éthique, Troisième partie, propositions 9 à 11.
  2. Éthique, Troisième partie, Appendice, Définition 2 : « Lætitia est hominis transitio a minore ad majorem perfectionem ».
  3. Bergson, La conscience et la vie (1911), in L'énergie spirituelle.
  4. Bergson, La conscience et la vie : « Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n'est qu'un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l'être vivant la conservation de la vie ; il n'indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu'elle a gagné du terrain, qu'elle a remporté une victoire : toute grande joie a un accent triomphal ».
  5. Voir: ALBÉRÈS, R. M., L'Aventure intellectuelle du XXe siècle - Panorama des littératures européennes, Paris, Albin Michel, (1949), 1959, p. 29-31.

Voir aussi

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Bibliographie

  • Spinoza, Éthique (Troisième partie surtout).
  • Bergson, La conscience et la vie (1911), in L'énergie spirituelle (1919), Paris, PUF.
  • Jean-Louis Chrétien, La joie spacieuse. Essai sur la dilatation, Paris, Éd. de Minuit, 2007.

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