Alexandre Afanassiev
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Alexandre N. Afanassiev

Alexandre Nikolaïevitch Afanassiev, en russe : Александр Николаевич Афанасьев (Bogoutchar, 23 juillet[1] 1826 - Moscou, 5 octobre[2] 1871) est un folkloriste russe et, plus spécialement, un collecteur et éditeur de contes populaires russes. Il a collecté environ six cents contes traditionnels, dont des contes de fées, ce qui constitue de loin la plus grande collection de ce genre jamais rassemblée par un seul homme[3]. Son premier recueil paraît en huit volumes entre 1855 et 1867, et lui vaut d'être comparé aux frères Grimm.

Sommaire

Biographie

Alexandre Afanassiev naît le 11/23 juillet 1826, à Bogoutchar, oblast de Voronej. Il fréquente le gymnasium de Voronej, avant de partir, pendant quatre ans, étudier le droit à l'université de Moscou[4], où il assiste aux cours des historiens Constantin Kaveline et Timofeï Granovski.

Dès 1847, alors qu'il est encore étudiant, il collabore à plusieurs périodiques dont Le Contemporain et Les Annales de la Patrie. Il publie entre autres une série d'articles sur la vie littéraire au XVIIe siècle, et notamment sur Antioche Cantemir, Nikolaï Novikov et Denis Fonvizine, ainsi que plusieurs articles traitant du folklore.

En 1856, Afanassiev est nommé conservateur des Archives moscovites du Ministère des Affaires étrangères, poste qu'il occupe jusqu'à ce que, en 1862, il soit contraint de l'abandonner suite aux remous causés par la publication de Légendes populaires russes.

Il appartenait à la mouvance d'Alexandre Herzen, de tendance progressiste et, notamment pour cette raison, il sera victime de censure de la part des autorités.

Atteint par la tuberculose, Afanassiev termine sa vie dans la pauvreté, étant même contraint de vendre sa bibliothèque pour s'acheter de quoi manger[5]. Il meurt le 23 septembre/5 octobre 1871, âgé de quarante-cinq ans, à Moscou, où il est inhumé.

Œuvre

Vasilissa. Illustration (1899) d'un conte d'Afanassiev par Ivan Bilibin.

C'est dans les années 1850 qu'Afanassiev se découvre une vocation pour les études folkloriques. Ses premiers articles savants – « Sorciers et sorcières » («Ведун и ведьма», 1851), « Sorcellerie dans l'ancienne Rus' », « Traditions païennes de l'île de Buyan » («Языческие предания о острове Буяне'», 1858) – étaient largement inspirés par ce qu'on appelle l'école mythologique, qui traitait le folklore comme une mine d'informations pouvant servir à l'étude de la mythologie païenne plus ancienne.

Tout au long de sa carrière, Afanassiev collecte des contes. Il semble que ce soit des femmes de sa ville de Bobrov qui l'auraient familiarisé avec ces récits. Il espérait sincèrement qu'un renouveau des contes de fée typiquement russes participerait au triomphe de la langue russe sur le français, qu'avait alors adopté l'aristocratie. Afanassiev rassemble ainsi plus de six cents contes populaires – avec la collaboration de Vladimir Dahl pour certains, et d'autres puisés dans les archives de la Société géographique de Russie. Il regroupe ces récits selon les thèmes, l'imagerie et le style. La place prééminente d'Afanassiev dans l'histoire de la philologie slave est due en grande partie à ces Contes populaires russes (Народные Русские СказкиNarodnye russkie skazki), publiés, entre 1855 et 1863, en huit volumes basés sur le modèle des Contes de l'enfance et du foyer de Jacob et Wilhelm Grimm. Le recueil d'Afanassiev, toujours réédité, connaîtra en Russie un succès retentissant ; et les contes seront illustrés notamment par Ivan Bilibin et Viktor Vasnetsov.

Entre-temps, Légendes populaires russes (Русские народные легендыRusskie narodnye legendy), ouvrage paru en 1860 et comprenant trente-trois contes populaires mettant en scène les saints et le Christ, se voit banni par la sévère censure de la Russie tsariste, le Saint-Synode considérant le recueil comme blasphématoire.

De 1865 à 1869, Afanassiev, indoeuropéaniste convaincu, publie les trois tomes des Conceptions poétiques des Slaves sur la Nature (Поэтические воззрения славян на природуPoeticheskie vozzreniia slavian na prirodu), dans lesquels il s'efforce de retrouver les croyances depuis longtemps disparues des Slaves et des Indoeuropéens. Il y interprète par exemple le conte Vasilissa la Belle comme une représentation du conflit entre la lumière du soleil (Vasilissa), la tempête (sa marâtre), et les nuages sombres (ses demi-sœurs)[6]. Par la suite, à l'époque soviétique, les tentatives de réédition de l'ouvrage se heurteront à une nouvelle censure.

Avant sa mort, Afanassiev édite encore un recueil en deux volumes de contes de fée à destination des enfants (Русские детские сказки Russkie detskie skazki, 1871), contenant un choix de contes d'animaux, féeriques ou humoristiques adaptés au jeune public.

Parmi les contes collectés par Afanassiev dès les années 1850 figuraient des contes licencieux (réunis dans le manuscrit Русские заветные сказки'Russkie zavetnye skazki), qui ont édités anonymement en Suisse[4], à Genève, vers 1872, quelque temps après la mort de leur collecteur, leurs sujets obscènes et anticléricaux rendant impensable leur publication dans la Russie impériale. Ces contes ne seront publiés en Russie qu'en 1991[7].

Influence

La Fille des neiges. Illustration (1899) d'un conte d'Afanassiev par Viktor Vasnetsov.

Avant les travaux d'Afanassiev, commencés dans les années 1850, seules quelques tentatives avaient été faites pour documenter ou étudier les croyances populaires de la Russie paysanne. Bien qu'une langue russe écrite (le slavon ecclésiastique) existait depuis le Xe siècle, elle était presque exclusivement utilisée par l'Église, et seulement pour des documents paroissiaux écrits. Il faut attendre les XVIIIe et XIXe siècles pour que l'on voit se développer un corpus assez consistant de littérature séculaire en russe vernaculaire. Les recueils d'Afanassiev ont contribué de manière importante à la propagation et à la légitimation de la culture et des croyances populaires russes.

On peut également apprécier l'influence des contes d'Afanassiev à travers les œuvres de bon nombre d'écrivains et de compositeurs, notamment Rimsky-Korsakov (Sadko, La Fille des neiges), Serge Prokofiev (Chout - le bouffon) et Stravinski (L'Oiseau de feu, Petrouchka et L'Histoire du soldat)[8].

Certains contes rassemblés et classés par Afanassiev – les contes merveilleux, n° 50 à 151 – serviront par ailleurs de base d'analyse à Vladimir Propp pour La Morphologie du conte (1928)[9], ouvrage fondamental en ce qui concerne le structuralisme littéraire. La seconde édition des contes d'Afanassiev, et le travail de classement opéré par celui-ci, inspirera également le Finlandais Antti Aarne pour établir la classification des contes en contes-types, travail continé par l'Américain Stith Thompson (Classification Aarne-Thompson), comme on peut le noter du fait que la numérotation des types de cette classification est souvent identique à celle d'Afanassiev, comme l'est la division en grandes catégories : contes d'animaux, contes merveilleux, contes de la vie de tous les jours[7].

Œuvres en français

  • Contes populaires russes, Maisonneuve et Larose, 1988, 1990, 1992, traduction Lise Gruel-Apert ; réimpression 2000 ; Maisonneuve et Larose, 2003, traduction Lise Gruel-Apert, épuisés. Réédition chez Imago (3 tomes, 2009-2010) : (ISBN 978-2-84952-071-0), (ISBN 978-2-84952-080-2), (ISBN 978-2-84952-093-2)
  • Contes érotiques russes, Le Serpent à plumes, 2002 (ISBN 2-84261-339-2)
  • Contes de la renarde, illustrations de Florence Koenig, Hachette jeunesse, collection Bibliothèque rose, 1994. Conte à partir de 7 ans.
  • Contes du dragon, illustré par Florence Koenig, Hachette jeunesse, collection Bibliothèque rose, 1995. Conte à partir de 6 ans.
  • Contes du prince Ivan, illustré par Lybé, Hachette jeunesse, Coll. Bibliothèque rose, 1994. Conte à partir de 7 ans.

Source

Notes et références

  1. 11 juillet du calendrier julien.
  2. 23 septembre du calendrier julien.
  3. Riordan (2003), p. 221.
  4. a et b Zipes (2000).
  5. Tatar, p. 335.
  6. Tatar, p. 334.
  7. a et b Haney (1998).
  8. Riordan (2003), p. 219.
  9. Propp (1970), p. 34.

Articles connexes

Bibliographie

  • (en) Jack V. Haney, « Mr Afanasiev's Naughty Little Secrets : Russian Secret Tales », dans SEEFA Journal, vol. III, n° 2 (automne 1998). – 21 avril 2007.
  • (de) Isidor Levin, « Afanas'ev, Aleksandr Nikolaevič », dans Enzyklopädie des Märchens, 1977, tome 1, coll. 127-137.
  • (en) James Riordan, Russian Fairy Tales and Their Collectors, dans Hilda Ellis Davidson, Anna Chaudhri (dir.), A Companion to the Fairy Tale, D.S. Brewer, Cambridge, 2003.
  • (fr) Vladimir Propp, Morphologie du conte (éd. or. 1928) suivi de Les Transformations des contes merveilleux et de E. Mélétinski, L'Étude structurale et typologique du conte, Seuil, coll. « Points. Poétique, 12 », Paris, 1970.
  • (en) Maria Tatar, The Annotated Classic Fairy Tales, (ISBN 0-393-05163-3).
  • (en) Jack Zipes, « Afanasyev, Aleksander », dans The Oxford Companion to Fairy Tales, Oxford University Press, Oxford, 2000.

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Alexandre Afanassiev de Wikipédia en français (auteurs)

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