Katharina Lescailje

Katharina Lescailje
Katharina Lescailje
Frontispice, gravé par N. Verkolje, des œuvres complètes de Katharyne Lescailje (1731).  Le buste au milieu représente Katharina comme dixième muse
Frontispice, gravé par N. Verkolje, des œuvres complètes de Katharyne Lescailje (1731). Le buste au milieu représente Katharina comme dixième muse

Activités Dramaturge
Poétesse
Naissance baptisée le 26 septembre 1649[1]
Amsterdam
Provinces-Unies Provinces-Unies
Décès 8 juin 1711 (à 61 ans)
Amsterdam
Provinces-Unies Provinces-Unies
Langue d'écriture néerlandais
Mouvement baroque
Genres poésie
tragédie

Katharyne ou Katharina Lescailje, baptisée à Amsterdam, le 26 septembre 1649, décédée à Amsterdam, le 8 juin 1711, est une poétesse, traductrice et vendeuse de livres.

Sommaire

Biographie

Katharina était la fille de Jacob Lescailje (1611-1679), un poète et vendeur de livres, et d'Aeltje Verwou (1612-1679), vendeuse de livres. Katharina Lescailje demeura célibataire[2].

Katharina Lescailje, devenue l'une des plus célèbres poétesses néerlandaises du XVIIe siècle, grandit à Amsterdam dans un milieu de libraires et de gens liés au théâtre. Son père, originaire de Dordrecht, avait reçu une formation dans l'imprimerie de la famille Blaeu à Amsterdam. À partir de 1645, lui et sa seconde épouse, Aeltje Verwou, dirigèrent une imprimerie et tinrent une librairie au Middeldam (le Dam - ou « barrage » - actuel) à Amsterdam, dans la maison dite « maison sous la voile ». Katharina Lescailje y avait vécu et travaillé toute sa vie. L'entreprise fut spécialisée dans les textes littéraires, en particulier ceux de dramaturges amstellodamois. Parmi ses amis, son père comptait Jan Vos, Joost van den Vondel et Gerard Brandt. En 1658, Jacob Lescailje devint le fournisseur attitré de travaux d'imprimerie et d'articles de papeterie du théâtre d'Amsterdam. La boutique devint très vite un lieu de rencontre des personnalités du monde du théâtre d'Amsterdam, où on discuta sur des sujets littéraires tels que les controverses autour de la société Nil volentibus arduum : « On ne passe pas la porte d'Aeltje ou l'on y voit se côtoyer les poètes (« Men gaat er Aeltje's deur niet voorbij, of ziet er de dichteren zij aan zij » )[2].

Une entreprise familiale

Katharina avait deux sœurs : Barbara et Aletta, et deux demi-frères, Anthonie et Johannes – son père et sa mère eurent chacun un fils d'un précédent mariage. On ne connaît que peu sur la formation des enfants, mais il est certain que tous les enfants aidèrent dans le magasin. Dans les années 1670, Anthonie s'établit en tant que vendeur d'entre autres de nombreuses pièces de théâtre, et le fils d'Aeltje, Johannes van Dorsten, travailla pour la famille Blaeu. Il va sans dire que les fils ont été destinés à reprendre l'entreprise de leurs parents, mais la mort prématurée de Johannes lors d'un voyage à Francfort pour Blaeu et la faillite d'Anthonie ont mené Jacob Lescailje à la décision de laisser l'entreprise à ses filles. Après la mort de leurs parents en 1679, Katharina Lescailje et ses deux sœurs devinrent « héritières de Jacob Lescailje », sous quel nom elles publièrent les prochaines éditions. Barbara, entretemps mariée avec le relieur allemand Matthias de Wreedt, était, pour autant que l'on sache, guère impliquée dans la gérance de l'entreprise, qu'elle laissa aux bons soins de ses deux sœurs célibataires et de son mari[2].

Après la mort de Barbara Lescailje (environ 1680) et de Matthias de Wreedt (en 1690), leur fille Susanna hérita d'une des librairies. Après la mort de son père, elle se retira chez ses tantes Katharina et Aletta. Ensemble, elles ont dirigé une librairie qui rapportait bien, principalement grâce au flux garanti de commandes du théâtre d'Amsterdam. La société a continué à fonctionner jusqu'en 1736. Dès 1712, elle revendiqua le nom d'« héritiers de J. Lescailje et D. Rank » ; le dernier fut le mari de Susanna Lescailje de Wreedt. Jusqu'à 1729, lorsque le privilège du théâtre d'Amsterdam passa à un autre imprimeur, le magasin sur le Middeldam demeurait un lieu de rencontre important du monde des gens de théâtre d'Amsterdam[2].

Poétesse

Illustration gravée pour Nicomedes, tragédie traduite de Pierre Corneille par Katharina Lescailje, publiée en 1692[3]

Dans le milieu littéraire de sa maison parentale, Katharina Lescailje prit la plume à un âge précoce. La légende veut que, lorsque son père présenta ses amis littéraires les premiers poèmes de sa fille[2], produits à l'âge de onze ans, ceux-ci pussent compter sur leur approbation : Vondel lui aurait prédit un grand avenir[4]. Des premiers travaux de Lescailje, peu ont survécu[2]. On connaît une contribution à l’album amicorum de Johannes Blasius en 1672 et quelques poèmes de circonstance publiés par son père[5]. Comme Sara Canjoncle et Cornelia van der Veer, elle rejoignit, autour de cette époque, un cercle d'amis, dans lequel on échangea régulièrement des poèmes[2].

Les quelque 300 poèmes rassemblés dans les œuvres complètes, publiées en 1731, comprennent des exemples de différents genres poétiques pratiqués par Katharina[6], comme des poésies de cour (Hofdicht)[7] et dix poèmes religieux, mais plus remarquable encore sont les nombreux poèmes de circonstance, entre autres à l’occasion de mariages, décès ou excursions[6], qu'elle écrivit durant toute sa vie, dont une vingtaine sur des événements politiques, mais surtout sur des gens de théâtre et du monde littéraire. En outre, elle acquit une certaine renommée par ses traductions et adaptations de pièces françaises. Au total, elle en a huit à son actif, dont Kassandra (Cassandre) de 1684, Genserik de 1685 et Nicomedes (Nicomède) de 1692. Son dernier ouvrage, Geta of de Broedermoord van Antoninus (Geta ou le fratricide d'Antonin), fut achevé après sa mort par J. Haverkamp et publié en 1713. Les pièces de Lescailje ont été représentées régulièrement jusqu'au XVIIIe siècle au théâtre d'Amsterdam. Son travail a été, non seulement, apprécié par les spectateurs, mais aussi par de nombreux collègues poètes. Des dramaturges débutants l'auraient demandé son avis littéraire[2].

Vondel a été pour Lescailje le modèle parfait. Très souvent, elle imita ses œuvres, comme par exemple son poème sur la mort de son fils Constantijntje : Kinder-lyck. Pour plusieurs vers pour enfants, Lescailje en emprunta le rythme et, parfois, le choix des mots employés dans les rimes, comme pour le poème d'anniversaire pour Helena van Zon, de mai 1690[8]

Katharina Lescailje doit sa renommée à son œuvre littéraire, mais aussi au fait qu'elle est une poétesse : une femme, produisant des poèmes. Au cours de sa vie, elle a été considérée comme l'égal de poétesses telles que Maria Tesselschade Roemersdochter Visscher et Catharina Questiers. Lorsque Zacharias Conrad von Uffenbach séjournait à Amsterdam en mars 1711[2] et qu'il voulut rencontrer la poétesse Catharina Questiers, celle-ci étant morte depuis quarante ans[5], on le renvoya à Katharina Lescailje. Il rapporta : « Sie ist eine Jungfer, bey sechzig Jahr alt, und wohnet in einem Winckel oder Laden, wo lauter Comödien vercaufft werden. Sie wird vor eine der besten Poetinnen dieser Zeit gehalten » (Elle est une vieille fille, vers la soixantaine, habitant une boutique ou un magasin où l'on ne vend que des comédies. Elle est considérée comme l'une des meilleures poétesses de son temps). Au printemps de l'année de la visite de Von Uffenbach, Katharina et Aletta durent faire face à une maladie douloureuse, causant des plaintes de sable urinaire et de suffocation. Si Aletta survécut à la maladie - elle est morte en 1725 -, Katharina succomba après s'être alitée plusieurs mois. Sa mort fut déplorée par de nombreux dramaturges. Dans une longue série d'éloges funèbres de, entre autres, Enoch Krook, Balthasar Huydecoper, P.A. de Huybert, Joan Pluimer et H. Angelkot, vie et œuvre de cette réincarnation[2] amstellodamoise de Sappho[3], la vierge de Lesbos, furent chantés[2].

Réputation

La réputation de Katharina comme grande poétesse n'a pas faibli : au courant du XVIIIe siècle, on fit incessamment des éloges à l'égard de ses prestations. En 1720, Balthasar Huydecoper appela son vers « Haar traanen storten, onder 't storten van haar bloed » (ses larmes coulent, lorsque coule aussi son sang) le plus beau qui ait jamais été réalisé[2].

La réputation de Lescailje fut sans doute renforcée par le fait qu'elle a été honorée, comme l'une des premières femmes dans la littérature néerlandaise, par la publication de ses œuvres complètes. Cette édition, intitulée Tooneel- en mengelpoëzy (Poésies diverses et dramatiques), avait été publiée en 1731 par ses héritiers[5], Jacob Lescailje et Dirk Rank, et n'avait pas seulement été conçue en tant qu'hommage à la poétesse, mais aussi comme une arme dans une bataille entre les héritiers - en particulier Dirk Rank - et les administrateurs du théâtre d'Amsterdam pour le privilège des textes dramaturgiques. Après près d'un siècle, les héritiers Lescailje et Dirk Rank avaient perdu leur position privilégiée comme imprimeurs du théâtre d'Amsterdam, ainsi que le droit d'imprimer les pièces de théâtre. Ils n'ont pu préserver que les droits sur les œuvres de Katharina Lescailje. Par la publication de son œuvre, ils ont donc certainement voulu donner le coup de pied de l'âne aux régents du théâtre. Le ressentiment de Rank alla même si loin que, en 1736, dans son testament, il précisa que, après sa mort, la plupart des copies des œuvres complètes de Katharina Lescailje, encore en sa possession, durent être détruites afin d'empêcher les régents du théâtre d'y faire valoir leurs droits[2].

Bien que Jeronimo de Vries parle encore d'elle dans des termes assez élogieux en 1810 lorsqu'il adhère à l'opinion de Vondel prédisant qu'on pouvait attendre d'elle une lumière insolite et brillante[9], Lescailje tomba dans l'oubli dans le courant du XIXe siècle[2]. Récemment, cependant, l'œuvre de Katharina Lescailje jouit d'un regain d'intérêt, non seulement parce qu'elle était une poétesse à succès, mais aussi parce que certains historiens prétendent pouvoir trouver des preuves de sentiments homosexuels de la part de la célibataire Lescailje pour son amie Sara de Canjoncle[10]. Il est frappant que Lescailje écrive un bon nombre de poèmes dans lesquels un homme déclare son amour pour une femme. Ces travestis de sentiments auraient nourri la perception de son identité lesbienne et de celle de quelques autres autrices néerlandaises de cette époque[11].

Biographies & Bibliographie

Lien externe

Sources

Références


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Katharina Lescailje de Wikipédia en français (auteurs)

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