Bataille de Qadesh (1274 av. J.-C.)

Bataille de Qadesh (1274 av. J.-C.)

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Bataille de Qadesh
Ramsès II à la bataille de Qadesh.
Ramsès II à la bataille de Qadesh.
Informations générales
Date Début du XIIIe siècle av. J.-C.,
probablement -1274
Lieu Proche-Orient, dans le nord du Liban
Issue Indécise
Belligérants
Égyptiens Coalition hittite
Commandants
Ramsès II Mouwattali II
Forces en présence
20 000 soldats, dont 1 contingent de Néarins
2 500 chars
30 000 soldats
3 000 chars

Pertes
Inconnues Inconnues
Guerre Égypte-Hittites

La bataille de Qadesh est une bataille qui eut lieu aux environs de -1274 et qui opposa les deux plus grandes puissances du Proche-Orient : l'empire hittite, dont le centre était en Asie Mineure, et l'Égypte ramesside.

Sommaire

Contexte historique

Le royaume hittite et le royaume égyptien entretiennent des relations conflictuelles depuis le milieu du XIVe siècle av. J.-C., quand le roi hittite Suppiluliuma Ier avait placé le nord de la Syrie sous sa coupe à la suite de plusieurs offensives victorieuses face au Mitanni, alors l'allié de l'Égypte, dont il avait fait un vassal. Au cours de ces conflits, quelques cités vassales du pharaon Akhénaton étaient passées sous contrôle hittite.

L'Égypte réagit face à cette menace après l'avènement de la XIXe dynastie. Séthi Ier réussit à remporter quelques succès, et son fils Ramsès II décide de poursuivre dans cette voie. C'est durant la quatrième année de son règne (vers -1275) qu'il entame son rêve de reconquête des territoires jadis soumis par son illustre ancêtre Thoutmôsis III. La forteresse de Qadesh est l'un des symboles de la présence hittite au Proche-Orient et malgré sa réputation d'être imprenable, elle est l'objectif final de la campagne qui s'engage.

Partant de sa capitale Pi-Ramsès (à l'est du delta), Ramsès passe par Tcharou, Canaan, Tyr et Byblos, puis s'enfonce en Amurru, surprenant le prince Benteshina, allié des Hittites, qui se rallie à lui sans résistance. Ramsès laisse les gens du Naharina sur place avant de s'en retourner en Égypte.

Pendant l'hiver, il prépare son armée basée dans la capitale. Les divisions de Seth, , Amon et Ptah constituées de 1 900 soldats égyptiens, 2 100 mercenaires dont les Sardanes incorporés après leur raid contre l'Égypte et 2 500 chars bien entraînés. Partie en mai -1274, l'expédition passe en Canaan, en Galilée remonte par la plaine de la Bekaa pour s'enfoncer jusqu'à Qadesh, en Syrie actuelle.

De son côté, Muwattali, l'empereur hittite, réunit une coalition comprenant : Hittites, Naharina, Arzawa, Dardaniens, Kerchkech, Masa, Pidasa, Inouna, Karkisa, Lukka, Kizzuwatna, Karkemish, Ougarit, Kedy, Nouges, Mouchaset, Qadesh, soit environ 30 000 hommes dont 3 000 charriers.

La légende égyptienne

La légende immortalisée par le Poème du scribe Pentaour et le Bulletin (recueil de souvenirs de guerre), nous apprend qu'en traversant le bois de Labouy, deux shasou (bédouins) affirment que Muwattali, craignant Ramsès, se trouve encore aux environs d'Alep (loin au nord, à la frontière du royaume hittite). Ramsès, trop crédule, fait installer son camp sur la rive ouest de l'Oronte à proximité de la forteresse sans attendre le renfort des trois divisions qui suivent à plusieurs heures de marche. Seule la division d'Amon l'accompagne. Après un interrogatoire poussé, les bédouins finissent par avouer que l'armée hittite se trouve derrière Qadesh, sur la rive est de l'Oronte.

Pharaon réunit son conseil de guerre et fait partir des coursiers pour faire hâter le pas aux troupes restées en arrière, mais les Hittites ayant traversé le fleuve près de la forteresse attaquent la division de Rê qui tente de rejoindre le camp. La division de Rê croule sous l'impact et les Hittites fondent sur le camp de Ramsès alors que la division de Ptah traverse à peine l'Oronte et que celle de Seth se trouve encore dans le bois de Labouy. La division d'Amon doit donc faire face seule aux 2 500 chars et aux milliers de fantassins de l'armée hittite.

Décimée, elle ne peut résister et l'armée hittite pénètre dans le camp. Ramsès fait atteler son char tiré par ses deux chevaux préférés Victoire dans Thèbes et Mout est satisfaite. Se trouvant isolé et submergé, il s'adresse alors au dieu Amon, son père, et lui demande son aide pour les services qu'il lui a rendus en construisant des temples, en enrichissant son clergé et en lui faisant moult sacrifices.

La réponse ne se fait pas attendre : « Je suis avec toi, je suis ton père et ma main est avec toi. Je vaux mieux que des centaines de milliers d'hommes. Je suis le maître de la victoire ! ». Redoublant d'efforts, il se lance alors à corps perdu dans la bataille et massacre grâce à la force divine de Seth des milliers de Hittites. Arrivent alors les Néarins qui, soutenus par la division de Ptah et ce qui reste de celle de Rê, affrontent les Hittites et remportent la victoire.

Le lendemain, Muwattali envoie une proposition d'armistice et implore la clémence de Ramsès. Celui-ci la lui accorde, décide de s'en retourner en Égypte sans tenter de prendre Qadesh et fait graver sur le mur de plusieurs temples (comme Abou Simbel) sa « grande victoire ».

L'Histoire

Carte représentant les empires des Hittites (en rouge) et des Égyptiens (en vert) au moment de la bataille de Qadesh

Malgré le biais très prononcé du poème du scribe Pentaour, et surtout grâce à l'honnêteté étonnante du bulletin, on peut imaginer ce qu'il s'est réellement passé. Il semble évident que Ramsès soit tombé dans le piège que lui tendit Muwattali. Cependant, les Hittites, dans leur hâte à vouloir supprimer Ramsès pris au piège, semblent ne pas bien avoir pesé les risques d'une telle attaque. En effet, Muwattali n'envoya qu'une partie de ses troupes (sûrement les plus mobiles) avec à leur tête de hauts dignitaires (peut-être voulant participer à une victoire facile).

Ils balayèrent sans difficulté la division de Rê qui n'était sûrement pas prête à combattre et très inférieure en nombre et se précipitèrent sur le camp égyptien. Il semble que ce soit la résistance de la division d'Amon (bien que Ramsès condamne leur couardise) et celle de la garde personnelle de Ramsès qui ait fait basculer la bataille. Il est fort probable que Ramsès ait participé à cette bataille et que son charisme fut source de courage pour ses troupes (Muwattali n'était semble-t-il pas à la tête de ses propres troupes).

Toujours est-il que la résistance des dernières troupes de Pharaon permit l'arrivée de la division Ptah (sûrement enrichie des restes de la division de Rê) et surtout de l'arrivée heureuse (et prévue) des Néarins. Les coalisés, encerclés, bientôt dépassés par l'arrivée de la division de Seth, n'eurent d'autre choix que de se replier et de subir de lourdes pertes.

Ce qui semble étonnant c'est le fait que Muwattali ne participa pas à la bataille et qu'il ne lança pas la totalité de ses troupes (pourtant supérieures en nombre) dans le combat. Les Égyptiens nous apprennent qu'il a agi ainsi par peur du dieu vivant Ramsès qui serait une incarnation de Baal. En fait, il est plus probable que Muwattali était déjà atteint de la maladie qui le fera bientôt disparaître ou qu'il préféra simplement se replier dans la forteresse de Qadesh plutôt que de continuer une bataille à l'issue incertaine.

On peut aussi imaginer que la perte de proches (deux de ses frères périrent dans la bataille) et le charisme incontestable de Ramsès II aient pu influencer son choix. Ramsès retourna en Égypte sans prendre Qadesh. Les Égyptiens nous apprennent que c'est par clémence envers le « vaincu de Qadesh », mais on imagine facilement qu'il ait préféré se contenter de « sa victoire » plutôt que de se lancer dans un siège long et périlleux, alors que son armée venait d'être sérieusement éprouvée.

La paix égypto-hittite

Copie de la version du traité égypto-hittite retrouvée à Hattusha (Musée Archéologique d'Istanbul)

Muwatalli décède peu après cette bataille. Sa mort provoque une crise successorale entre son fils Urhi-Teshub/Mursili III et son frère Hattushili III. Ce dernier réussit finalement à chasser son neveu, qui se réfugie en Égypte. Ramsès II a profité de la situation pour punir ses vassaux Palestiniens qui s'étaient ralliés aux Hittites et même pour lancer une offensive en Syrie et prendre quelques villes.

Cependant, Hattushili n'est pas enclin à continuer le conflit avec l'Égypte. La situation internationale est en train de changer, et désormais les Hittites doivent affronter la menace de l'Assyrie, qui se fait de plus en plus pressante. Pendant le conflit égypto-hittite, l'armée assyrienne avait réussi à lancer une offensive jusqu'à Karkemish. La menace est donc plus sérieuse que celle de l'Égypte. Hattushili noue donc des contacts avec Ramsès dans le but de signer la paix et de contracter une alliance. Les relations reprennent entre les cours hittites et égyptienne, et les deux rois s'envoient des lettres et des présents, de même que leurs épouses principales, Puduhepa et Néfertari.

La paix est finalement signée entre les deux puissances, et le traité, retrouvé par des copies à Hattusha et à Thèbes, comprend plusieurs clauses, faisant des deux royaumes des alliés. L'intérêt de Hattushili est surtout mis en avant : sa légitimité sur le trône hittite est garantie, les deux rois promettant d'aider leurs successeurs respectifs à conserver leur pouvoir, et il reçoit la garantie d'une aide face aux Assyriens, puisqu'il contracte une alliance défensive. Ce traité est renforcé par le mariage de Ramsès avec une fille de Hattushili au moment de la signature, puis avec une deuxième fille du roi hittite quelques années plus tard. Il est même possible que Hattushili en personne se soit déplacé en Égypte pour visiter son nouvel allié.

Bibliographie

  • J. Strum, La bataille de Ramsès II contre les Hittites [« Der Hettiterkrieg Ramses II ; Notring, 1939 »], Bruxelles, 1996  ;
  • C. Vandersleyen, L'Égypte et la vallée du Nil, vol. 2 : De la fin de l'Ancien Empire à la fin du Nouvel empire, Paris, 1995  ;
  • (de) (de) H. Klengel, Geschichte des Hethetische Reiches, 1999  ;
  • (en) (en) T. Bryce, The Kingdom of the Hittites, Oxford, 1998  ;
  • J. Freu, Šuppiluliuma et la veuve du pharaon, Histoire d'un mariage manqué : Essai sur les relations égypto-hittites, Paris, 2005 .


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