Contrat de mezzadria

Contrat de mezzadria

Le contrat de mezzadria est une forme particulière de contrat lié à l'activité agricole apparu en Italie au Moyen Âge dans les territoires dépendant d'une cité (contado).

Sommaire

Historique

Depuis le début du XIIIe siècle dans la péninsule italienne, les communes ont entrepris une conquête impressionnante sur les campagnes environnantes, formant ainsi le contado (un territoire dépendant d'une cité) ; une conquête qui permit d'affirmer leur pouvoir respectif et de tisser avec l'espace rural des liens étroits, politiques ou commerciaux. Grâce à de nombreuses méthodes, ces liens se sont davantage resserrés, au début du XIVe siècle, permettant ainsi à la ville, plus soucieuse du ravitaillement et peuplée de négociants en produits alimentaires, de dominer entièrement l'économie rurale. Dans ces campagnes, se généralisa très précocement ce que l'on appelle le contrat de mezzadria ; un contrat qui prévoyait entre les deux contractants le partage des bénéfices issus de la terre par moitié comme son nom l'indique.

Apparition des contrats de mezzadria

Les premiers contrats de mezzadria apparaissent en Toscane, dans les premières décennies du XIIIe , en 1221 pour le territoire de Sienne. Ces contrats s'insèrent dans un contexte tout à fait nouveau. La progression de l'économie des villes, en contribuant à la dissolution du fief et à la mise en place de la libre propriété, a affranchi peu à peu les terres des baux à long terme (elle cassa donc la tradition de longue durée qui avait été le fondement des contrats du Haut-Moyen Âge). De plus, ces contrats ont vu le jour quand les grandes familles bourgeoises des villes ont voulu réinvestir les capitaux dans la terre. Sienne, se trouvant près de Florence, contrôle alors un contado assez ample, surtout en considération du poids démographique et politique de la ville ; se formait alors un vaste « royaume », où l'ample disponibilité de ressources agricoles attirait toujours plus l'attention des couches supérieures de la ville. Mais, à la fin du XIIIe, la situation économique à Sienne, et dans la Toscane en général, tend à décliner : le refuge de la terre est donc la seule solution de préserver la puissance des grands lignages citadins ; l'investissement dans la propriété foncière prenait progressivement la place de l'activité mercantile et bancaires au niveau international. Pour la Sienne du Bas Moyen Âge, l'étude de la propriété terrienne est donc un instrument important pour comprendre l'évolution de l'économie et de la société, à la fois rurale et citadine.

Principes du contrat de mezzadria

Durée des contrats

Pour la plupart, ces contrats de mezzadria sont d'une durée de un à cinq ans mais nous assistons à une généralisation d'une durée de cinq ans permettant ainsi au propriétaire de réajuster les baux à chaque échéance. Ainsi, lors de ce bail à court terme, le paysan, ou métayer recevait l'exploitation équipée, à charge de remettre au patron la moitié de tous les fruits issus de ces terres. Souvent, ces baux de cinq ans correspondait à une phase de croît adulte des animaux ; cela permettait donc au propriétaire d'acquérir davantage de richesses ; ces contrats agraires de brève durée continuèrent d'ailleurs à se développer tout au long du XIVe siècle. L'idéal pour les propriétaires était évidemment de ne pas morceler l'exploitation du domaine qu'ils avaient acquis (soit donné par leur ancêtre, ou tout simplement acheté), afin que leur puissance, leur emprise demeure étalée sur tout le terroir, voire aux alentours : ainsi, la confier tout entière au paysan en un seul bloc cohérent de labour, de prés et de vignes restait la meilleure solution. Nous assistons alors à la constitution d'un podere fait d'un seul tenant, rendant , par conséquent, l'exploitation tout à fait cohérente.

Un nouveau type de rapport entre propriétaire et paysan

La mezzadria est une exploitation groupée, avec des bâtiments d'habitation où résident le mezzadro et sa famille et dans laquelle le preneur s'engage à verser au possesseur du bien une part des récoltes (la moitié, ou le plus souvent moins de la moitié). Le contrat de mezzadria est exemplaire de l'affaiblissement de la position du paysan face aux propriétaires . Il se caractérise par sa durée limitée, parfois très brève, ainsi que par l'organisation de la redevance. Celle-ci prévoit trois clauses caractéristiques : une obligation de résidence de la part de l'exploitant ; le partage des fruits à compte-demi entre le bailleur et le preneur ; la participation du propriétaire à l'investissement nécessaire au fonctionnement de l'exploitation concédée. Les investissements initiaux sont partagés par moitié. L'objectif pour le propriétaire est de recevoir chez lui les produits de son alimentation courante, et est éventuellement de mettre sur le marché les excédents. Quant au mezzadro, le sien est de tout simplement nourrir sa famille en autosuffisance. Il pratique donc la polyculture : blé, vigne, olivier, petit élevage. La création de mezzadrie s'accompagne du rassemblement des terres, l' appoderamento, pour former un podere, une exploitation d'un seul tenant, qui entraîne la restructuration du paysage agraire et de l'habitat.

Le travail honnête du mezzadro

Le bailleur intervient souvent directement dans la gestion de l'exploitation (le choix des productions, etc.), mais c'est le mezzadro, le métayer donc, qui gère au quotidien la gestion et l'exploitation du podere. Le mezzadro était sur le fonds à n'importe quel moment de la journée (on lui défendait en effet, de prêter ailleurs son travail contre rémunération tout comme les membres de sa famille). Il jouissait, d'ailleurs, de peu de liberté dans la gestion de son fonds et acceptait les cultures imposées par son maître. Les mezzadri offraient leur savoir-faire et leur travail, mais ils manquaient de capital. Ce qu'ils tiraient de la terre n'apparaît non pas comme un partage d'un profit entre deux entrepreneurs aux compétences diverses, comme c'est le cas dans les contrats d'associations en ville, mais comme la rémunération d'un travail, comme un salaire, ou comme une variation autour du salaire. Le bailleur se devait également de surveiller le mezzadro, qui pouvait dissimuler une partie des « fruits », d'où l'habitude qui s'instaura fréquemment de réduire la périodicité des baux et le remplacement, moins exceptionnel qu'on ne le pense, du métayage par le fermage ; fermage qui a revêtu différentes formes, dans sa durée d'abord, puisqu'au bail perpétuel, ou au bail à une ou deux vies, on préféra des contrats temporaires, en fonction du cycle des cultures. Le concédant révisait périodiquement leurs clauses, les adaptait au mouvement des prix et aux conditions des marchés, disposait des terres à l'expiration de l'accord, s'adressait à un tiers ou conservait sa confiance à l'ancien preneur. D'ailleurs, aux côtés de la casa de lavoratori, on ajoutait souvent une casa da signore (littéralement, une maison de seigneur) dans laquelle le propriétaire pouvait résider, récolter les produits et donc, surveiller les opérations agricoles. Le mezzadro était tenu de réaliser quelques améliorations ou entretenir tout simplement le podere (comme creuser des fossés ou planter des arbres par exemple). Le travail du mezzadro se traduisait dons par la recherche d'une meilleure productivité et d'une agriculture intensive : le métayer disposait donc des aliments nécessaires pour subsister et le propriétaire, d'aliments directement commercialisables.

Le partage des bénéfices entre le mezzadro et le propriétaire

Le partage de la production s'effectue selon des proportions variables, le plus souvent par moitié mais aussi dans des rapports plus favorables au cultivateur. La part du seigneur ou du propriétaire était très variable. Ce n'était pas toujours la moitié, elle pouvait être des deux tiers, du tiers, plus basse encore pour les terres moins fertiles. Le croît était divisé entre les contractants, le bailleur avait sa part des rendements et de son côté, le gestionnaire-exploitant était intéressé au profit de la terre, dont il percevait une fraction. La production du podere géré en mezzadria était plus aisément dirigée par le propriétaire vers des produits d'écoulement plus facile qu'en général refusaient les paysans et qui étaient donc peu cultivés sur des fonds donnés en location. C'est au propriétaire de jouir en délais réduits des améliorations de cultures rendues possibles, soit par le travail plus intense du cultivateur (étroitement contrôlé et résidant sur le terroir), soit parce que les capitaux engagés par le propriétaire, en prévision d'une rapide contrepartie, permettaient l'implantation des cultures, telles que les vignobles, plus coûteuses mais plus rentables, et le large emploi des bœufs.

Bibliographie

  • Giovanni Cherubini, L'Italia rurale del basso medioevo, Biblioteca di cultura moderna, Rome, 1985.
  • Philippe Contamine, L'économie médiévale, Colin, Paris,1994.
  • Crouzer-Pavan, Enfers et paradis. L'Italie de Dante et de Giotto, Albin Michel, Paris, 2001.
  • Georges Duby, L'économie rurale et la vie dans les campagnes de l'Occident médiéval : France, Angleterre, Empire Ixe-XVe siècle, Tome 1 et 2, Flammarion, Paris, 1977.
  • Pierre Delumeau, L'Italie au Moyen Age Ve-XVe siècle, collection carré Hachette,2000.
  • Guy Fourquin, Histoire économique de l'occident médiéval, Colin, 1979.
  • Klapish-Zuber, Les Toscans et leurs familles, Presses de Sciences Po, 1978.
  • Gabriella Piccinni, « La mezzadria en Italie » in, Les revenus de la terre : complant, champart, métayage en Europe Occidentale (Ixe-XVIIIe siècles), Flaran,1987
  • Odile Redon, L'espace d'une cité : Sienne et le pays siennois XIIIe-XVIe siècle, collection française de l'école de Rome, 1994.

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Contrat de mezzadria de Wikipédia en français (auteurs)

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