Theophilanthropie

Théophilanthropie

Assemblée des Théophilanthropes.

La Théophilantropie est un culte né pendant la Révolution française, qui voulait trouver une alternative à la déchristianisation en proposant le culte d’une religion « naturelle », avec les « Amis de Dieu et des hommes ».

Ces cérémonies qui mettent en scène le Culte de la Raison et de l'Être suprême, participent aux différentes fêtes et commémorations révolutionnaires prévues par la Constituante et dont un des ordonnateurs sera Rabaut de Saint-Étienne.

Sommaire

Naissance de la théophilanthropie

Le fondateur de la théophilantropie est Jean-Baptiste Chemin-Dupontes, dit « Chemin fils », né vers 1760 et mort vers 1852. Sans doute fils de libraire, Chemin a fait des études de théologie au séminaire et est libraire à Paris lorsqu’éclate la Révolution. Il est à cette époque en relation avec l’abbé Claude Fauchet (1744-1793), partisan d’un catholicisme national et futur évêque constitutionnel du Calvados.

Partisan modéré de la Révolution, Chemin édite ses propres brochures patriotiques, souvent soucieuses de neutralité :

  • L’Ami des jeunes patriotes
  • La morale des sans-culottes
  • Le Pour et le contre
  • L’Alphabet républicain (an II), sorte de catéchisme de l’Être suprême et de la religion naturelle

Après le 9-Thermidor, il se range du côté des républicains modérés, et lance l’idée, en septembre 1796, d’un culte familial, déiste et humanitaire, qu’il nomme « théoanthropophilie ». Il en édite alors le Manuel. Ce nouveau culte connaît un certain succès à Paris, notamment auprès de Valentin Haüy, qui lance le culte avec lui en décembre 1796, sous le nom de « théophilanthropie ».

Principes philosophiques

Les idées sont précisées dans le Manuel des théophilanthropes. La théophilanthropie se veut être une religion « raisonnable », ayant les avantages des religions anciennes sans les inconvénients, soit une religion innée à l’Homme, base de tous les cultes de la terre. La théophilanthropie permettrait de réconcilier les hommes et les Églises, car toute discussion métaphysique ou théologique est proscrite. Ne sont retenus que deux dogmes « socialement utiles » : l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme.

La morale de ce nouveau culte est fondée sur les lois naturelles, la conscience jugeant le Bien et le Mal, ainsi que sur les devoirs de l’homme envers ses semblables et envers sa patrie.

Pratique du culte

La théophilanthropie se pratique sous la forme d’un culte familial et de cérémonies publiques : « fêtes religieuses et morales », dans des temples décorés d’inscriptions morales et d’un autel dépouillé, évocations au Père de la Nature, examens de conscience, hymnes, lectures, etc.

Le Code religieux et moral des théophilanthropes, écrit en l’an VI, reprend les principaux textes du groupe.

Le premier culte a lieu en janvier 1797 dans l’église Sainte-Catherine à Paris, devant les familles des fondateurs et les élèves de Haüy. L’affluence importante nécessite une seconde réunion. La théophilanthropie rencontre l’adhésion rapide de quelques politiques, comme l'entrepreneur et économiste Dupont de Nemours, le député au Conseil des Anciens Goupil de Préfelne ou le peintre David.

L’appui donné par un des Directeurs La Révellière-Lépeaux, donne sa notoriété au mouvement. À partir d’avril 1797, il entend renforcer la République en remplaçant le catholicisme par une autre religion. Arrivent alors les soutiens de Bernardin de Saint-Pierre, Marie-Joseph de Chénier, Thomas Paine.

Développement de la théophilanthropie

Le mouvement prend une connotation de plus en plus anticatholique à mesure qu’il est rejoint par des patriotes avancés. Le groupe ouvre des écoles et reçoit l’autorisation d’exercer son culte dans 19 églises parisiennes, conjointement avec les cultes constitutionnels et réfractaires. La théophilanthropie se développe également en province. Ce développement est freiné par la volonté de remettre en valeur le culte décadaire par François de Neufchâteau, ministre de l’Intérieur.

Une tentative de relancer les activités théophilanthropiques est lancée sous le nom de « théisme » (sorte de maçonnerie ouverte) en privilégiant le caractère philosophique du culte, mais elle échoue.

La nouvelle religion suscite des adversaires qui tentent de ridiculiser ses adeptes en les appelant : « Les Filous en troupe »[1]. Les réunions théophilanthropiques sont interdites dans les édifices nationaux (églises) par un arrêté du 12 vendémiaire an X, puis le culte est interdit en tout lieu en mars 1803. Certains groupes théistes perdurent encore quelque temps en province, notamment dans l’Yonne.

Jean-Baptiste Chemin retourne alors à la franc-maçonnerie (il est vénérable de la Loge des Sept Écossais réunis en 1815, et membre du Grand Orient de France). Il finit sa vie probablement comme maître de pension.

Plus tard, le prêtre et philosophe grec Theóphilos Kaíris fonda la « théosébie », inspirée de la théophilanthropie française. Il fut anathémisé par l’Église orthodoxe en 1839.

À la fin du XIXe siècle, Joseph Décembre, dit Décembre-Alonnier (1831-1906) tente de faire renaître la théophilanthropie (1882, fondation du Comité central théophilanthropique). Libraire assez malhonnête, il essaie surtout, dans un esprit très anticlérical, de transformer un courant spirituel en filon commercial auprès des francs-maçons et des occultistes.

Notes

  1. Dictionnaire encyclopédique de Philippe Le Bas, p. 662, Firmin Didot Frères, 1845.

Bibliographie

  • Encyclopédie moderne, ou dictionnaire abrégé des sciences, des lettres, et des arts, par M. Courtin et par une société de gens de lettres; Paris, 1824-1832. Tome vingt-deuxième, pages 335-343
  • Jean-Pierre Chantin (dir.), Les Marges du christianisme, t. X du Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine (Jean-Marie Mayeur dir.) p. 51-53.
  • Albert Mathiez, La Théophilanthropie et le culte décadaire, 1796-1801 ; essai sur l’histoire religieuse de la Révolution, Paris, F. Alcan, 1904 [Texte intégral sur le site Gallica de la BnF]
  • Code de religion et de morale naturelle, à l'usage des adorateurs de Dieu et amis des hommes. Rédigé, publié et mis en ordre par J.-B. Chemin. A Paris - chez l'auteur, rue de la Harpe, N° 307, près de celle du Foin. - An VII (1799)
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