Attitude des institutions religieuses lors du génocide au Rwanda

Caractère transnational des religions présentes aux Rwanda :

Les religions ont la particularité de rassembler dans des entités transnationales des croyants de peuples du monde entier. On trouve dans le génocide au Rwanda au sein des mêmes religions, des victimes et des rescapés, des familles et amis des rescapés, des génocidaires avec leurs familles et amis, et des complices des génocidaires. Tous ont leurs réseaux au sein des religions, comme au sein des relations internationales. Au sein de ces mêmes religions on trouve aussi, à travers le monde, des croyants ignorants tout de cet événement, mais amenés un jour ou l'autre, à travers telle ou telle église à les découvrir.

Ce caractère transnational des religions fait d'elles l'un des canaux principaux de transmission des informations du Rwanda vers les pays occidentaux et arabes. Les différents courants idéologiques s'y affrontent à travers les informations transmises par les divers Rwandais.

Les influences religieuses au Rwanda sont réparties entre des acteurs internationaux et des acteurs rwandais.

Sommaire

De la foi traditionnelle aux religions transnationales

La foi tradionnelle rwandaise en Imana était partagée par tous les Rwandais. Le pays est devenu par la colonisation majoritairement chrétien. Tous les chrétiens rwandais ont gardé à travers les religions chrétiennes leur foi en Imana qui est devenu ainsi non seulement le Dieu des Rwandais mais aussi le même que celui des chrétiens du monde entier. Cette assimilation s'est faite sans grande rupture conceptuelle puisqu'il y avait même un baptême rwandais très proche du baptême chrétien. Ce qui a changé sur le plan socioculturel c'est l'introduction d'un clergé, diminuant l'influence de la dynastie royale rwandaise qui n'avait pas de prétention ecclésiale, mais un réseau de pouvoirs qui se réclamait d'une harmonie dans laquelle Imana avait sa place référentielle. La pratique religieuse rwandaise était domestique.

On trouve aussi au Rwanda une petite communauté musulmane, essentiellement à Kigali dans le quartier populaire Nyamirambo où deux mosquées ont été construites, dont l'une financée par le colonel Mouammar Kadhafi. Mais on voit aussi parfois dans la campagne de toutes petites mosquées.

Les réseaux religieux

Le monde chrétien majoritaire

Les institutions religieuses chrétiennes ont une influence considérable sur ce pays. Trois ans avant le génocide un recensement avait compté au Rwanda environ 90 % de chrétiens, dont 62 % de catholiques, 18 % de protestants et 8 % d'adventistes.

Les catholiques rwandais sont très liés à l'Europe et plus particulièrement à l'église catholique belge, les églises catholiques suisse et espagnole et naturellement au Vatican. Les protestants rwandais sont plus ouverts aux églises anglaises et américaines. Pourtant on ne retrouve pas dans ces diverses influences religieuses internationales les mêmes clivages qu'au niveau politique. Notamment, on n'y voit pas d'influence anglo-saxonne, jugée en France plus proche des Tutsi, qui aurait freiné la déferlante génocidaire.

Le rôle des missionnaires

L'Histoire du Rwanda montre que l'Église catholique belge et la congrégation des Pères blancs ont très largement contribué à la construction du Rwanda colonial puis à l'établissement des républiques hutu, agissant en pleine intelligence avec le colonisateur allemand puis belge. La diffusion de l'Ethnisme au Rwanda apparait comme une conséquence directe de l'intervention coloniale et missionnaire.

La dynastie royale Tutsi a essayé de résister à l'emprise chrétienne des missionnaires, mais elle a été combattue par des conversions au sein de la famille royale qui suivait l'enseignement dispensé par les catholiques. Un Roi résistant au baptême, a été destitué par les Belges au profit de son fils converti.

Le rôle de l'enseignement catholique sera déterminant pour l'implication chrétienne dans l'évolution coloniale du Rwanda. Les missionnaires formeront essentiellement des Tutsi, qu'ils jugent d'une race supérieure à celle des Hutu, à l'instruction et à la culture occidentale. Le séminaire devint, à la veille de l'indépendance, la seule voie tolérée pour les Hutu avec son corollaire : la prêtrise. Pendant 40 ou 50 ans les Tutsi furent favorisés par les chrétiens au détriment des Hutu.

D'une manière générale, pour les jeunes Rwandais de la colonisation et ensuite des Républiques hutu, la poursuite des études passait obligatoirement par une allégeance au christianisme. Il y eut donc une « non-distinction » entre choisir d'être chrétien et pouvoir faire des études qui explique peut être certaines interrogations que posent le génocide et son antinomie avec la parole chrétienne.

Lors de son audition devant les parlementaires français, le Père Guy Theunis, missionnaire-journaliste de la congrégation des Pères blancs parlant couramment le Kinyarwanda, dira de l'Église catholique au Rwanda que, « depuis l'époque coloniale », « c'était une sorte d'État dans l'État ».

L'Église catholique à la veille de l'indépendance du Rwanda

A la veille de l'indépendance, plusieurs phénomènes vont se conjuguer pour retourner l'alliance privilégiée entre les chrétiens belges et les Tutsi au profit des Hutu. Le clergé catholique, qui tient les rênes sociales du Rwanda par ses paroisses, ses dispensaires et ses écoles, craint le désir d'indépendance exprimé par les Tutsi. Les Hutu ont été frustrés pendant plusieurs décennies. L'administration coloniale souhaite garder la tutelle du Rwanda. Les Belges flamands commencent à venir au Rwanda et voient dans la suprématie Tutsi l'image des Wallons dans la société belge. Monseigneur Perraudin, évêque suisse originaire du Valais en poste au Rwanda, conseille aux séminaristes une organisation rwandaise sur le modèle Suisse avec un hutuland et un tutsiland. Une théologie de la libération, mélangée à des considérations sur la Révolution française, baigne cette période.

La « Lettre pastorale » du 11 février 1959 de Monseigneur Perraudin est considérée comme le déclencheur du revirement de l'alliance avec les Tutsi. Elle aboutira à la création du Parmehutu et à la révolution sociale hutu, dirigée par le secrétaire particulier de Monseigneur Perraudin, Grégoire Kayibanda, qui deviendra le premier président du Rwanda. Dans cette lettre, on reprochera à Monseigneur Perraudin d'avoir donné une caution morale à la dérivation du problème des riches et des pauvres vers un problème racial.

Les Églises sous la République Hutu

Le phénomène marial de Kibeho
La visite du Pape en septembre 1990

Jean-Paul II est venu au Rwanda en septembre 1990. L'une de ses premières préoccupations aurait été de s'enquérir de l'avancement du dialogue avec les exilés Tutsi auquel le Président Juvénal Habyarimana a toujours mis son veto.

Quelques jours plus tard, le premier octobre 1990, les exilés Tutsi du FPR déclenchent leur retour armé. Des responsables catholiques du Rwanda en ont toujours gardé une rancune tenace contre le FPR qui aurait ainsi cassé la voie du dialogue à laquelle le Pape invitait les Rwandais.

Les Églises protestantes

Les Églises pendant le génocide

Quelles que soient les églises, elles ont toutes été traversées de la même manière par le génocide. On retrouve dans ce vaste univers tous les courants idéologiques qui s'affronteront pendant le génocide, sans que le message évangélique donne l'impression d'inspirer une lecture particulière des événements par les chrétiens de l'extérieur du Rwanda. Tous se retrouvent seulement pour dénoncer l'horreur de la violence, mais sans pousser plus loin l'analyse des événements et dégager qui est responsable des violences génocidaires, préférant rester sur un plan proche des théories du double génocide.

La compromission de membres des clergés
La profanation des lieux de culte

Comme lors des pogroms qui ont marqué l'histoire du Rwanda depuis 1959, les Tutsi ont cherché refuge dans les églises. Cela ne fut cependant d'aucun secours en 1994 et les lieux de culte furent le théâtre d'importants massacres. Certaines de ces églises ont repris leur fonction, d'autres n'ont pas été reconstruites et abritent actuellement des mémoriaux dont les plus connus sont probablement ceux de Nyamata et Ntarama, où périrent en tout 10'000 personnes.

Les chétiens hutu qui ont résisté au génocide
La position du Pape Jean-Paul II

Après la suggestion de dialogue avec les exilés en 1990, le Pape aurait été parmi les premiers à dénoncer à l'ONU le génocide dès le 27 avril 1994. Ensuite en 1996, il déclara que si des représentants de l'Église étaient coupables, ils devaient être jugés.

Mais d'autres signaux sont parvenus du Vatican qui ont troublé les rescapés. Des prêtres notoirement compromis dans le génocide vivaient au Vatican ou ailleurs dans le monde et continuaient à exercer leurs responsabilités de pasteurs. L'Osservatore Romano développa au moins une fois très ouvertement la théorie du double génocide pour justifier cette impunité.

La non-intervention des Églises pendant le génocide

L'attitude des Églises après le génocide

Des voix se sont élevées, y compris parmi des chrétiens, pour dénoncer la complaisance fréquente des églises envers les génocidaires, dont certains sont aujourd'hui protégés en leurs seins, au Rwanda comme dans d'autres pays d'accueil. Parmi les rescapés, prêtres ou pasteurs et simples chrétiens, et leurs amis chrétiens des autres pays, de douloureuses interrogations sont parfois exprimées. Pourquoi la foi n'a pas servi de rempart aux comportements génocidaires ? Une réconciliation ardemment conseillée aux rescapés et demandée par les auteurs des massacres, au nom de cette même foi, peut-elle faire abstraction de la reconnaissance des fautes commises et d'un processus judiciaire demandé par les rescapés ? Pourquoi ceux qui ont participé aux massacres semblent parfois mieux pris en considération dans les églises que les rescapés ?

Deux lettres ouvertes au Pape, écrite par l'ONG African Rights, en 1998 et 2004, ont voulu relayer la parole des rescapés catholiques.

L'attitude à l'égard des génocidaires
L'attitude à l'égard des rescapés
La réconciliation chrétienne

Poursuites juridiques contre des religieux

Des religieux devant le TPIR
Des religieuses condamnées en Belgique

Au mois de juin 2001, deux religieuses du couvent de Sovu, Consolata Mukangango (Sœur Gertrude, supérieure du couvent) et Julienne Mukabutera (Sœur Kizito), ont été condamnées par la justice belge à respectivement 15 et 12 ans de réclusion pour avoir livré aux milices Interahamwe les familles tutsies qui s'étaient réfugiées dans l'enceinte du couvent.

Un prêtre devant la justice française
Un père blanc devant la justice rwandaise

Le 7 septembre 2005, le Père Guy Theunis de la Société des missionnaires d'Afrique, ancien directeur de la revue Dialogue de l'Église Catholique du Rwanda, a été arrêté par les autorités rwandaises. Il a été conduit devant une Gacaca le 12 septembre 2005. Cette juridiction s'est déclarée incompétente et l'a renvoyé devant la justice classique rwandaise au titre de la première catégorie des suspects, les planificateurs du génocide. Cette arrestation a suscité de très vives réactions d'incompréhension et d'indignation dans l'Église et la communauté internationale, notamment de l'association Reporters sans frontières dont il avait été correspondant. Ceux qui s'intéressent au rôle de l'Église Catholique dans le génocide ne sont pas complètement surpris par cette arrestation dans la mesure où la revue Dialogue a été un organe essentiel de l'information de l'Église Catholique sur le génocide et la période précédente et que celle-ci a maintenu dans certains de ses organes de presse le point de vue du double génocide au Rwanda, considéré comme négationniste du fait des décisions internationales de qualifier les événements du Rwanda par un unique génocide.

Les musulmans

Il semble que les rwandais musulmans aient été plus résistants à la propagande génocidaire que les rwandais chrétiens. Mais leur faible nombre a pu aussi permettre d'éviter que l'on remarque particulièrement leurs comportements. Toutefois Hassan Ngeze, condamné par le TPIR, responsable de Kangura, magazine notoire de la propagande pré-génocidaire, était musulman. Mais il est reconnu qu'il n'était qu'un homme de paille de l'Akasu, mais qui curieusement n'avait pas complètement coupé les ponts avec des membres du FPR, notamment Valens Kajeguhakwa qui avait lancé avec lui la revue KanguKa que KanguRa avait été chargé ensuite de balayer. En fait, Kajeguhakwa n'a jamais lancé le journal KanguKa, Ngeze Hassan non plus. Ce dernier a travaillé pour KankuKa avant de fonder KanguRa. Quant à Kajeguhakwa, il prit un certain contrôle de KanguKa fondé 4-5ans avant (Kazagwa-Ejo nzamera nte?- KanguKa)en 1990...

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