Le Soler


Le Soler

42° 40′ 58″ N 2° 47′ 38″ E / 42.6828, 2.7939

Le Soler
Administration
Pays France
Région Languedoc-Roussillon
Département Pyrénées-Orientales
Arrondissement Perpignan
Canton Millas
Code commune 66195
Code postal 66270
Maire
Mandat en cours
François Calvet
2008-2014
Intercommunalité Communauté d'agglomération Perpignan Méditerranée
Démographie
Population 6 630 hab. (2007)
Densité 641 hab./km²
Géographie
Coordonnées 42° 40′ 58″ Nord
       2° 47′ 38″ Est
/ 42.6828, 2.7939
Altitudes mini. 43 m — maxi. 92 m
Superficie 10,35 km2

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Le Soler est une commune française, située dans le département des Pyrénées-Orientales et la région Languedoc-Roussillon. Ses habitants sont appelés les Solériens.

Sommaire

Géographie

Son territoire communal, d'une superficie de 10,35 km², est limitrophe avec les territoires communaux, au levant, de Toulouges, au midi, de Toulouges et de Thuir, au couchant, de Saint-Féliu-d'Avall, et, à septentrion, de Pézilla-la-Rivière, de Villeneuve-la-Rivière et de Baho.

Situation

Le village, situé sur un promontoire argileux, surplombe, rive droite, à 73 mètres d'altitude, le fleuve côtier Têt. L’une de ses crues, au XVIe siècle, a ruiné le castrum du Soler de Mont et emporté, dans ses flots tumultueux et impétueux, le Soler de Vall, et l'une des dernières, celui d'octobre 1940, restant incrusté dans toutes les mémoires.

Cinq routes convergent vers le village, dont une à quatre voies, vient Perpignan en suivant la Têt. La deuxième, construite sur décision du roi Louis XIV en visite dans la province de Roussillon, tracée et aménagée au XVIIIe siècle, successivement dénommée, est l’ancienne RN 116, aujourd'hui déclassée en RD 916. Elle parcourt un terrain plat et limoneux, propre à l'agriculture. Jusqu'en 1960, elle était bordée de platanes séculaires dont il ne subsiste plus que quelques spécimens dans la traversée du hameau de Sainte-Eugénie et au lieu-dit Campellanes. La troisième relie les communes d’Estagel, Pézilla et Villeneuve-la-Rivière à celle de Toulouges (ancien chemin communal n° 7), et, au-delà, Canohès et Pollestres. Enfin, les deux dernières, par champs et vignes, filent, l'une, longeant le Mas et le prieuré de Santa Maria de l'Eula, sur Ponteilla, Trouillas et Villemolaque, l'autre frôlant Copons et son moulin, sur Thuir.

Hydrographie

Le fleuve Têt, de direction générale ouest-est, baigne la commune. Le village possède tout un réseau de canaux d’irrigation et de rus, alimentés par de nombreuses sources : la font del Bearnés ou de Sancta Eugenia, la font d'en Simon, la font del Moli, la font del Casot, la font del Sabater, la font de l'Hospital, la font de Sant Jaume, la font del Castanyer, la font d'en Not, la font del Caporal, la font d'en Noguer, la font d'en Costa, la fontem Cybélis ou font de l'Eula... et, intra muros, la Font d'en Ghilasbert ou Fontaine de Lassus.

Deux plans d'eaux artificiels occupent une partie du territoire du Soler. L’un est creusé à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle par les Hainaut en restructuration des canaux anciens, et l’autre est plus récent et alimenté par les sources et fontaines résurgeant à flanc de coteau. Il date du dernier quart du XXe siècle et le fruit d’une réhabilitation d'une sablière désaffectée.

Hameaux

Outre l'actuel village de Le Soler, la commune comprend le hameau de Sainte-Eugénie, le mas ou prieuré de Santa Maria de l'Eula et pléthore de masets et villas essaimées sur tout le terroir.

Histoire

Étymologies des noms de lieux

Le nom de la localité est écrit Solarium Ferreolus au Ve siècle, Solarium Ferreoli en 677 et 1035, Soler Ferriol en 775 et 835, Solario Ferreolo ou Ferriolo en 787, 825, 832 et 1048, Solerio Ferreoli en 843 et 850, Solarium de Orzone en 976, Solario de Oruc, Orus ou Oruccio vicecomite en 988 et 1032, Soler en 1007, 1070, 1186 et 1358, Soler Ferriolo ou Feriolo en 1027 et 1032, Ferreoli en 1040, Soler Ferriol en 1079, El Soler Ferriol en 1100, Solarium en 1141, 1164, 1207 et 1211, Solerium en 1188, 1231 et 1239, San Julianus de Solerio en 1217 et 1258, Villar de Solerio superiori en 1243, Loch de Soler d'Amunt ou de Munt en 1359, 1413, 1427, 1828 et 1651, Locus de Solerio superiori en 1385, Lo Soler en 1632 et, définitivement, Le Soler depuis 1670.[réf. nécessaire]

Celui de la Villa Palleia ou Pallagianum, s'est tout à tour dénommé Villare Palleia ou Pallaganum' en 677, Villare Pallaganum en 722 et 779, Pallaganum en 835, 837 et 876, Pallagianum en 877 et Palleianum en 959.

Si Plaute et Suétone employaient le mot latin solarium dans le sens de terrasse ensoleillée et — le rapprochant de "solers" — de maison en terrasse ou à étage, et Varon de cadran solaire, Cicéron lui donnait celui de clepsydre ou horloge à eau. En effet, bâti sur l'un des points culminants de la plaine, sur l'épaisse couche d'argile qui surplombe la Têt, Le Soler forme, de tous temps, une vaste terrasse bien exposée. D’autres auteurs, Pline, Caton, Columelle lui donnent le sens de pressoir, pour une raison difficile à élucider. Au prime abord, Ferreol apparaît être le nom du propriétaire de la villa, de la maison en terrasse ou du domaine mais, il est, aussi, une espèce de vitis sylvestris ou vigne antique. Si telle était la signification à retenir pour Ferreol, le sens de pressoir pour solarium/solers serait à privilégier, Le Soler Ferriol serait déjà, aux VIIe-VIIIe siècle, et probablement dès le Ve siècle, un domaine viticole, qui aurait appartenu à Ferreol, préfet de la Narbonnaise et ami de Sidoine Apollinaire (selon sa lettre de 472).

Par contre, Pallaganum, Pallagianum ou Palleianum apparaît attaché au nom du propriétaire, Pallaga ou Palleia, de la villa romaine, ou wisigothe, auquel il a été ajouté le suffixe domanial "anum" désignant le lieu ou le domaine de, à moins que son radical ne soit "Palaga ou Pallaga" que Pline employait dans le sens de lingot d'or, "Paleæ, Palearum, Palleæ ou Pallearum", la paille pour Pline, Virgile et Columella, ou les paillettes et la limaille de cuivre pour Pline, ou encore "Palearium ou Pallearium" un grenier à paille pour Columella. Si tel était, la villa Pallagianum ou Palleianum aurait été un domaine agricole où l'on y aurait cultivé et récolté des céréales aux blondes couleurs ambrées évoquant celles de l'or ou de son sol d'argile jaune cuivre. Une autre théorie pourrait s'ordonner autour du substantif "Paleatum, Paleiatum, Palleatum ou Palleiatum", par Pline et Columella pris dans le sens de torchis, de mortier de terre grasse ou mêlée de paille hachée, matériaux qui auraient été utilisés pour bâtir la villa, si ce n'est à celui de "Pallas, Palladis, Palladanius ou Pallados", Minerve, et qu'il existât, en ce lieu, un temple ou un sanctuaire érigé en l'honneur de cette Déité, ou un lieu planté d'oliviers déterminant d'un domaine oléicole, les rameaux étant apanage et prérogative de la déesse, ou "Palladium", le temple de Vesta, pour Ovide, et "Palladium ou Palladius", pour Valère Martial, l'asile des Muses. Enfin, derniers postulats, "Pallium", qui, pour Cicéron et Quintilien, désignait un manteau grec, pour Cicéron et Apulée, un drap mortuaire ; "Pallula", que Plaute, dans son "Truculentus", assimilait à un petit manteau ou un mantelet, et "Pallaganum, Pallagianum ou Palleianum" pourraient être ajointés au nom "Palla ou Pallæ", qualifiant, pour Valère Martial, poète épigrammatique ibérique protégé par Titus et Domitien, le manteau court des Celtibères et des Gaulois, auxquels serait ajouté le suffixe domanial "anum" désignant le lieu ou le domaine. La présence d’un oppidum à proximité, découvert en 1990, viendrait appuyer cette théorie.[réf. nécessaire]

En catalan, le nom de la commune est El Soler.

Antiquité

Plusieurs villas et lieux antiques ont été découverts sur le territoire du Soler : le Soler ferréol, Pallagianum, Taurinianum, Campillano, palatio Monniano, mansio Eugeniae, la Chasa Sancti Petri et de la parrochia Sancti Mauricii de Solerio inferiori, Campellanes et Monyas. Ces lieux disparaissant dès le Xe siècle.

Le territoire communal de Le Soler garde la trace de la cadastration romaine : plusieurs chemins, certains encore praticables, goudronnés ou entretenus, repris au titre de rues, en suivent le tracé. On peut citer les rues de la Têt, Edouard Herriot et Roger Salengro, de chemins d'intérêt communal, les traverses de Pesillà i de Vilanova de Reuter, le cami (chemin) clos, les chemins (camins) del Pilo, de l'Oratori, de Monyàs, de Terres Negres, de la Sanya i de Capons. C’est aussi le cas des D 37, de Le Soler à Pontellà, D 39 de la croisade dels très chemins à Toulouges, et D 85, de Le Soler à Thuir. D’autres ont disparu : les chemins de Malloles vel Santa Eugènia de la Riba i Sant Pere, d'Illa, de Força Real vel Sant Andreu i Sant Marti de la Ribera…, et de Cotlliure.

Anciennement, venant de Perpignan, depuis les quartiers "Malloles" et "Sant Ciscle", le voyageur empruntait le "Cami Vell del Conflent" qui courait les terroirs de "La Carrerassa", des "Mas del Cup" et du "Puigsec" avant de pénétrer sur le territoire communal au terroir de "Santa Eugènia", et, par "Monyàs", le "Cami Clos", les "Set Aiminates" et l'"Empedrat", filait sur "la Romaneta", Saint Féliu d'Avall, Bouleternère, et grimpait, s'échinant à flanc de vallée, via Rodés, Rigarda, Joch, Estoher, le Conflent et ses graus, sur le Vilar d'0vança et la Perxà. Ce chemin, à l'époque romaine, reliait les civitas de Ruscino, "Château Roussillon" et de Julia Livica, "Llivia". Il formait la seconde des trois voies composant la "Via Confluentana", la première prenant origine à Combusta près Salsulae, la troisième à Illibéris. Au Moyen Âge, cette voie fut réaménagée et ré-empierrée, et connue, depuis, sous le toponyme de Strata Francisca.

Moyen Âge

Les plus anciens des canaux d’irrigation de la commune sont creusés dès la fin du VIIIe et début du IXe siècle, afin d'assécher les marais de la Salanque intérieure, derniers vestiges du comblement du golfe marin de Bouleternère, dit aussi de Roussillon, et ainsi mettre les terres en culture, après déboisement. Ils sont ouvrage des moines d'Eixalada et de Sant Miquel de Cuixà, le grand œuvre ne s'achevant, véritablement, qu'au XIVe siècle, avec les Templiers du Mas Deu[réf. nécessaire].

Ces canaux comportent divers éléments techniques intéressants : les siphons, les aqueducs, drains, vannes, serrures en fer forgé, ponts, palanques, moulins, lavoirs.

XIXe siècle

La ligne de chemin de fer, dressée d'après un rapport daté du 27 avril 1862, est promulguée d’utilité publique le 18 juin 1863. Il relie Perpignan à Prades, et dessert les mines de Saint-Michel, ainsi que, par une station de 4e catégorie, le village de Le Soler. Cette ligne est mise en service le 1er janvier 1884 puis électrifiée en 1911. Jusqu'en 1910, la gare de Le Soler est utilisée par les établissements Violet de Thuir pour expédier, à travers la France et l'Europe, voire les Amériques, le fameux Byrrh.

Chronologie

  • VIIIe-VIIe siècle avant J.-C. : oppidum Sorde, site archéologique découvert en 1990[1]
  • 218 avant J.-C. : deuxième guerre punique. Passage d’Hannibal, de ses troupes et de ses éléphants, le long de la vallée de la Têt, en direction de Ruscino, avant de rencontrer les chefs Sordes et Bébryces à Illibéris, donc à Soler[2].
  • 52 avant J.-C. : romanisation du Roussillon.
  • Ve siècle après J.-C. : Solario Ferréoli, propriété de Ferréol, préfet de la Narbonnaise.
  • 677 : cession d'un alodium (alleu) au Soler Ferréol, confrontant "a caecias" avec le villaris Pallagianum, en faveur de Guitiza vicecomitatu de Solerio Ferrioli.
  • Entre 800 et 814 : privilège de Charlemagne, à l’abbaye de la Grasse : cession d'un alleu au "Soler Ferreol cum molendinis"
  • 8 avril 825 : passage de Louis Ier le Débonnaire au château de Soler Ferreol
  • Entre 838 et 877 : confirmation de la cession d'un alleu au "Soler Ferreol cum molendinis", par Charles II le Chauve, en faveur de l’abbaye de la Grasse.
  • IXe siècle : le seigneur Oruc, vicomte de Roussillon, fait construire la Forcia, en pierres de rivière liées au mortier de chaux, en remplacement du castel en bois.
  • IXe siècle : les moines d'Eixalada entreprennent de grands travaux d'aménagement. Ils assèchent les étangs de Maraveilla et de Las Sanyes, et percent le canal de Sainte-Eugénie.
  • 976 : un acte, dressé par le comte de Roussillon, concède des privilèges aux hommes de Solarium de Orzone.
  • 1062 : Capbreu recensant les possessions de l'Ordre du Temple au Soler Ferriol.[réf. nécessaire]
  • 1143 : début de la construction, par Bernard de Soler et Béatrix, du château du Soler en remplacement de la Forcia tombant en ruine après une inondation qui a emporté, sur 120 cannes de Montpellier, un gros pan de falaise.
  • 1211 : la tradition populaire rapporte que saint Dominique, serait venu au Soler lors de son passage à Perpignan. En son honneur, une chapelle dédiée à ce saint, à la fin du XIIIe siècle, fut construite dans l'église de Sainte-Eugénie
  • 1213 : Guillaume Jorda de Soler devient archidiacre d'Elne. Sa pierre tombale se trouve, aujourd'hui, dans le cloître de la cathédrale d'Elne.
  • 1217 : Bernard, évêque d’Elne fait construire, dans l'enceinte du château vicomtal du Soler, l'église Saint-Julien-et-Sainte-Baselice.
  • 1243 : inféodation à Guillaume de Soler, chevalier, vassal du roi Jacques Ier d'Aragon, des hommes, femmes, censives, usages et autres droits que ce dernier tenait, précédemment libre et en franc alleu, au Soler d'Amont.
  • 1259 : Bernard de Berga, évêque d'Elne, dote d'une sacristie l'église qu'il a fait construire dans le château du Soler.
  • 1384 : Il y avait 13 feux, environ 100 habitants[réf. nécessaire], au Soler d'Amont, 5 feux au Soler d'Avall et 7 feux à Sainte-Eugénie.
  • 2 mai 1437 : criée défendant aux habitants du Soler d'Amont et d'Avall d'emporter les bois de construction ou autres enlevés par la dernière inondation de la Têt
  • 1440 : nomination d'un "obrer"du Soler d'Amont pour la direction du cours de la Têt près du barrage comtal de San pere et de Sainte-Eugénie
  • 26 juin 1493 : défense est faite, aux habitants du Soler d'Amont, de prendre l'eau du ruisseau de Sainte Eugénie sans autorisation du seigneur du dit lieu, répétée en 1495 pour celles du ruisseau de Sainte-Eugénie
  • 25 mai 1505 : convocation, dans la chapelle Notre-Dame-de-Grâce, à Perpignan, des tenanciers arrosant le Soler d'Amont, pour nommer un "obrer" chargé de reconstruire, à pierre et à chaux, un aqueduc, anciennement en bois, qui traverse le ruisseau du Vernet, au-dessus du Moulin de Raphael Alenya, au terroir du Soler.
  • 1530-1540 : le Soler d'Avall est anéanti à la suite d’inondations qui dévastent le Roussillon.
  • 5 juillet 1554 : pose de la première pierre de l'église Saint-Dominique.
  • 1591-1592 : épidémie de peste
  • 22 août 1597 : assaut lancé par les troupes françaises contre la garnison espagnole du Soler. Le village est en ruines.
  • 27 septembre 1640 : sanglante bataille, pour la possession de la place, dans les murs du Soler, opposant les troupes du roi d’Espagne à celles du roi de France. Le village est en feu et à sang.

Hameaux

Le hameau de Santa Eugènia (Sainte-Eugénie)

À l'est de Le Soler, se situe le hameau de Sainte-Eugénie, originellement communauté villageoise et domaine seigneurial flanqué d'un château dont une première mention, en 1244, en donne état. Ce castel, probablement une maison forte, subit les outrages de l’Inquisition, le 21 octobre 1585, et existe toujours en 1643. À cette date, des travaux de restauration y sont réalisés. Plusieurs bourgeois honorés de Perpignan, Béranger Germa, Jean Vola, Pierre Bou, Guiot Aquet, Jean Maura..., et des familles nobiliaires de Sainte-Eugénie, de Pau, de Béarn et de Foix, tinrent ce domaine en fief.

Son terroir est riche en sites archéologiques datant du Paléolithique, ou Âge du Renne[réf. nécessaire], avec présence d’hommes de Néandertal, et des premières sépultures, et du Néolithique, avec l'existence d’hommes de Cro-Magnon.

Son église, aujourd'hui disparue, déjà existante en 743, était citée au rang de Parrochia, en 988, était dédiée à sainte Eugénie, martyre. Les lieux de culte implantés dans un simple villaris (une maison de ferme) sont rares. Elle est dotée, en 1258, d'une chapelle célébrant saint Dominique. La même année, elle est qualifiée de herema, déserte, par Bernard de Berga, évêque d'Elne, qui, n'ayant pas accepté que les habitants du lieu, sans accord épiscopal, aient érigé un sanctuaire au moine prêcheur, la donna au prêtre qu'il venait d'installer à Saint-Julien-et-Sainte-Baselice, église castrale de San Julianus de Solerio. Tout comme pour Le Soler, il ne reste de l’ancien village de Sainte-Eugénie que quelques vestiges. Édifiée en façade d'une falaise alluviale, elle s'étendait beaucoup plus au Nord. Sous l'action des agents d'érosion anéantissant les assises, la paroi argileuse qui en constitue la limite septentrionale, s'est avancée, au cours des siècles, vers le Sud, endommageant, ruinant et détruisant les habitats, les bâtisses et les édifices seigneuriaux et religieux.

Tout comme pouvait l'être Le Soler au Ve siècle, le hameau de Sainte-Eugénie, à la même période, sous domination romaine, était un domaine viticole. En effet, sous référence documentaire attenante à la production épistolière de Sidoine Apollinaire, l'une des lettres de cet évêque de Clermont adressée à son ami Ferreol, préfet de la Narbonnaise, fait éloge du Mansio Eugeniæ Vitiarium propere Solerium ad Ferreolus, tout deux propriétés du préfet. L’étude étymologique du toponyme Eugeniæ, Eugenius ou Eugenus indique que le vin d’Eugénia est un bon vin pour Pline, Cicéron, Virgile ou Columelle. Et tout comme le ferreol, l’eugenia est une espèce de vigne antique. Sidoine Apollinaire remercie son hôte de l'avoir convié à participer aux vendanges et aux fêtes des vendanges qui suivirent.

Le nom du hameau de Sainte Eugénie s'est, tour à tour écrit, Mansio Eugeniæ Vitiarium, au Ve siècle, Villarium Eugeniæ, en 674, Villarium de Sanctæ Eugeniæ, en 743, 809 et 877, Sancta Eugenia, en 988, Villare de Sancta Eugenia vel Chasa Sancti Petri, en 1026, 1035 et 1040, Villa Sancte Eugenie et Ecclesiæ Sanctæ Eugeniæ, en 1048 et 1051, Ecclesiæ Sancta Eugeniæ, en 1128, 1132, 1149 et 1258, Loci de Sancta Eugenia, en 1328, 1359 et 1385, Locus de Sancta Eugenia prope (propere) Solarium, en 1428 et 1435, Santa Eugenia (Augenia), en 1629 et 1633, et, depuis 1680, manifestement et notoirement, Sainte-Eugénie.

Les Cases de Sant Père

À l'Est du village, aux portes de Sainte-Eugénie, sur l'ancien chemin dit de "Soler d'Amunt a Malloles", en surplomb du fleuve côtier, au lieu-dit "Les Capelles", existait une communauté villageoise dépendante des seigneurs de Sainte-Eugénie. Elle est nommée successivement Villarium de Sanctus Petri, en 876, Chasa de Sancti Petri, en 1026, Casa Sancti Petri, en 1032 et 1035, et Casas Sancti Petri vel Sancta Eugenia, en 1033, 1037 et 1040, soit la [ou les] maisons de Saint-Pierre, ou chapelle Saint-Pierre. Ce village connut la ruine probablement à l'époque de la grande peste, dans les années 1380[réf. nécessaire], ou lors du tremblement de terre meurtrier et dévastateur de 1428. Il était doté d'une église dédiée à saint Pierre et d'un cimetière. Certains historiens, suivant Jean-Bernard Alart, assimilent cette agglomération perchée sur la falaise à celle du Soler de Vall, ce qui est équivoque, géographiquement parlant, cette dernière localité se nichant, elle, face au midi, dans le lit majeur du fleuve côtier.

À l’ouest, le long de la falaise argileuse, espace longtemps laissé en l'état de landes et de friches, du mobilier archéologique a été découvert au lieu-dit "Las Coronnes" ou "Las Escoronnes". D’abord en 1985, par Jérôme Kotarba, à la "Dona Morta", et en 1993, par Raymond Matabosch et Bernard-Raoul Levavasseur, aux "Camps de la Torra." Ce mobilier date du Ier siècle av. J.‑C. aux Ve-VIe siècle de notre ère chrétienne, et proposait de belles séries campaniennes de type A, et une diversité de sigillée de La Graufesenque, de pâtes italiques et paléochrétiennes. Des indices de la présence d’une tour de guet médiévale ont également été découverts. Le lieu-dit est actuellement occupé par un lotissement.

Les toponymes des lieux attenants, "Les Corones" ou "Les Escorones" et "Les Capelles", formant les terres de la "Dona Morta", sont énigmatiques et prêtent à réflexion. L’association de couronnes et de chapelles à une femme morte n’est pas explicitée. On peut aussi avancer l’hypothèse selon laquelle en latin Dona, Donaria, Donarius qualifient un sanctuaire. Dona Morta serait ainsi un lieu de culte consacré à Morta, nom donné à l'une des trois Parques, divinités qui présidaient à la destinée humaine dans la mythologie romaine, des divinités assimilées aux Moires grecques.[réf. nécessaire]

==== Le Mas de l’Eula ====nommé également château nadal hainaut

Au sud de la commune de Le Soler, se trouve le Mas de l'Eula. Son terroir empiète sur le territoire communal thurinois et englobe les lieux-dits cadastraux "las Sanyes" et son annexe "Copons" ou "Capons", le "Serrat d'en Pontic", "els Tamarius" et "els terrenys de l'Eula", des lieux-dits anciennement regroupés sous le toponyme "Taurinyà". La "Villa Taurinianum" est citée en l'an 879, contemporain de la "Villa Campillano", sur le patrimoine domanial de Campellanes, et de la "Villa Moniano" ou "Palatio Monnoso", sur celui de Monyas.

Implanté au cœur de cette région marécageuse, sous domination romaine, ce domaine agricole était voué à l'élevage de taureaux et de bœufs, "taurus", ou d'animaux de combat, dans les cirques, pour les jeux et sacrifices.

Monyàs

Au sud-est de la commune, entre les Bassettes, Toulouges et Sainte Eugénie, s'étend le lieu-dit "Monyàs." Une étude approfondie des centuriations romaines, telles qu'elles ont pu être dressées par, et des cartes d'état-major reproduisant le découpage parcellaire, montre une concentration de terrains délimités dans un carré d'environ 500 mètres de côté, bordé au nord, par les vestiges de la Via Confluentana "Ruscino à Julia Livicæ"[3]. En outre, des prospections archéologiques, menées en ces lieux, en 1994 et 1995, par Raymond Matabosch et Bernard-Raoul Levavasseur, ont permis d'y déterminer plusieurs sites d'habitats d'époque romaine, République et Haut-Empire. En l'an 854, la "Villa Moniano" avait été concédée aux aprisionnaires goths, Simniud et Riculfe. Elle est à nouveau citée en 967.

Pour les linguistes, ce domaine agricole véhicule le nom domanial de Moniano, pour forme antique du nom de "Maunius", le ou l'un des propriétaires supposés de la villa, complétée du suffixe anum qui, après avoir subi une mutation tardive avec un suffixe en ano, ou anos, a abouti au toponyme catalan, Monyans réduit en Monyàs. Une citation du Ve siècle, extraite de l'une des lettres de Sidoine Apollinaire adressées à son bienfaiteur et ami Ferreol, laisse penser qu'il pouvait exister, à Monyàs, un palais ou une maison sur pilotis, un sanctuaire ou un temple entouré de murailles où y demeuraient des femmes ou des prêtresses vouant un culte à la déesse du feu, "ventum erat ad vestæ", Vesta, et où s'y déroulaient des vestaliorum, des fêtes en l'honneur de la divinité.[réf. nécessaire]

Campellanes

Contemporaine de la "villa Taurinianum" et du "Palatio Moniano", la "Villa Campillano", citée en 877, et implantée à l'Ouest de la commune de Le Soler, au lieu-dit Campellanes, confirme la présence wisigothique et la réminiscence de l'époque romaine sur le terroir. De plus, ses racines sont attestées, au plan archéologique, par Jean Abelanet qui a découvert, en ce lieu, une station chalcolithique ayant livré de la céramique campaniforme pyrénéenne, une intéressante série lithique et du mobilier divers, autorisant à croire en une occupation ininterrompue, sur près de 3000 ans, du Vérazien, vers 2500 ans avant J.-C., au Moyen Âge, IXe siècle.

Un auteur anonyme ayant vécu au Pays de Kerrétanie, probablement au Ier ou IIe siècle de notre ère chrétienne, composa un long poème épique, en douze chants, intitulé Sacræ Mysticus ac Legendarii Litteræ Universalis Canigonensis, pouvant se traduire par Le Mythique et légendaire Testament de l'Universel Canigou, et une Epistulæ ad Tribus Canigonensis ex Genus mortales, ou la Lettre aux Hommes des tribus de Canisgonis, le Canigou. « Elles étaient huit ces tribus secondaires […] et, enfin, la huitième qui se nommait Campisllanos, dans la vaste plaine recouverte de grandes forêts, et ses fils, ainsi que leurs femmes, avec tous les enfants mâles, et avec tous les enfants femelles, et tous vivaient, et tous dormaient dans de grandes cryptes qui étaient profondes. Ils les avaient creusées dans la falaise d'argile, aux bord des eaux grondantes et mugissantes et coléreuses, du fleuve qu'on appelait, pour ces raisons, Ruskinon ».

Le lieu-dit Campellanes était mentionné sous le toponyme de villa Campillani, Campillano, Campillanus, en 682, 711 et 877.

Administration

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
         
juin 1995 réélu en 2008[4] François Calvet (homme politique) UDF, puis DL, puis UMP Député, puis sénateur

Démographie

Évolution démographique
(Source : Insee[5],[6])
1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006 2007
2 141 2 715 3 340 4 401 5 147 5 825 6 524 6630

Sport

  • Le Soler compte un club de rugby à XIII : Le Soler XIII
  • Le Soler compte un club de judo : Judo Club Le Soler

Économie

Lieux et monuments

Personnalités liées à la commune

Notes et références

  1. Raymond Matabosch et Bernard-Raoul Levavasseur
  2. Texte latin du Ier siècle avant J.-C.
  3. Jacqueline Soyer, dans sa note sur les "Centuriations dans la plaine de Roussillon"
  4. Préfecture des Pyrénées-Orientales, Liste des maires élus en 2008, consultée le 22 juillet 2010
  5. Le Soler sur le site de l'Insee
  6. Insee, Historique des populations par commune depuis le recensement de 1962 (fichier Excel), mis à jour en 2010, consulté le 21 juillet 2010

Bibliographie

  • Le Soler, ombre et lumière, porte de la Vallée de la Têt.
  • Pierre Ponsich, Répertoire des lieux habités du Roussillon.
  • Abbé Roudière, L'écho du Soler, mai 1907.
  • Abbé Jean Gibrat, Une paroisse dominicaine en Roussillon, 1916.
  • Édouard Taillant, Mon village Le Soler, 1968.

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