Le Petit Parisien


Le Petit Parisien
Le Petit Parisien
Pays Drapeau de France France
Langue Français
Périodicité Quotidien
Fondateur Louis Andrieux
Date de fondation 1876
Date du dernier numéro 1944
Éditeur Paris

ISSN 0999-2707
OCLC 183354137
Le Petit Parisien
Supplément littéraire illustré du 29 septembre 1889.

Le Petit Parisien est un ancien journal français qui a existé de 1876 à 1944 et fut l'un des principaux journaux sous la Troisième République. A la veille de la guerre de 1914-18, c'est l'un des quatre plus grands quotidiens français d’avant-guerre, avec Le Petit Journal, Le Matin, et Le Journal.

Le journal est fondé par Louis Andrieux, député radical et procureur de la République, le 15 octobre 1876[1] avec Jules Roche, un ancien confrère d'Andrieu au barreau, comme rédacteur en chef. Le Petit Parisien à ses débuts est plutôt de tendance anticléricale et radicale (gauche). Il devient assez rapidement populaire. En 1884, Jean Dupuy en devient le propriétaire[1]. Dès lors pendant plusieurs décennies, la famille Dupuy jouera, à travers Le Petit Parisien, un rôle politique important en France. Le journal, sous son impulsion et avec un positionnement politique plus modéré, atteindra une très grande diffusion avec un million d'exemplaires vendus à travers la France dès 1900, puis plus de deux millions à la fin de la Première Guerre mondiale, alors le tirage le plus élevé au monde[1]. Mais en 1944, à la Libération, le journal, transformé pendant l'Occupation par le gouvernement militaire allemand en organe de propagande[1], est suspendu et Pierre Dupuy, qui a succédé à son père à la direction du journal, est accusé de collaboration (il sera acquitté). Le Petit Parisien ne s'en relèvera pas et sa place sera alors prise par le nouveau Parisien libéré (actuel Parisien) et l'Humanité.

Le Petit Parisien illustre la réalité de la puissance politique de la presse en France avant la Première Guerre mondiale, le déclin de cette puissance entre les deux guerres.

Sommaire

1876/1918 : de la naissance à l'apogée d'un journal

Les années 1876/1885 : la naissance d'un journal sous la IIIe République

Le Petit Parisien est fondé par Louis Andrieux en octobre 1876, et Jules Roche en devient le rédacteur en chef. Quatre sénateurs, tous radicaux et anticléricaux, parmi lesquels Edmond Adam (dont l'épouse Juliette laissera d'intéressantes mémoires) forment le Conseil de direction politique. Le journal se présente comme un « journal politique du soir ». Il change plusieurs fois de propriétaires en 1877[1] : il est cédé une première fois à Eugène Schnerb le 22 février 1877, puis à Hector Pessard en juin et enfin acquis par le groupe Dalloz en août[1]. Jean Dupuy, un provincial d'origine paysanne, parti de rien, qui a fait fortune et plus tard est devenu sénateur, et Lucien Claude Lafontaine avancent des fonds au Petit Parisien. Le 18 janvier 1878, Émile Cornuault, ingénieur civil et connaissance de Jean Dupuy, fonde la première société du Petit Parisien : La Société Anonyme du Journal Le Petit Parisien. Un de ses actionnaires les plus importants est Léon Audbourg, un ingénieur civil également. Jean Dupuy devient le principal commanditaire secret du Petit Parisien avec Louis Paul Piégu comme propriétaire et directeur officiel du journal, à partir du 15 juin 1879. Le journal a commencé à évoluer vers le radicalisme[1]. Le tirage double passant de 23 000 en janvier 1879 à 40 000 en novembre 1880, grâce notamment à la place alors importante accordée aux feuilletons[1].

Charles-Ange Laisant, député, ancien polytechnicien et ami de Lafontaine, crée une nouvelle société ce même jour et la première est dissoute. Laisan devient l'associé de Piégu. Dupuy en fait partie également. Cette nouvelle société exploite la publication du Petit Parisien, dont l'imprimerie est située à Paris, au 18 rue d'Enghien. L'immeuble du 18 appartient déjà presque entièrement à Jean Dupuy, dont les moyens financiers été alors accrus grâce à l'héritage de son beau-père qui venait de mourir.

Laisan et Dupuy veulent alors faire du journal, jusque-là une mauvaise affaire, une entreprise rentable. Avec un capital augmenté et un avenir assuré, le Petit Parisien est alors en mesure de moderniser son matériel et d'organiser sa vente en province. Il fait plus de place à l'information. N'ayant pas les moyens de passer par l'agence Havas (qui existe en France depuis 1835), il se dote donc de correspondants à Londres et à Alger.

Le 28 février 1880, la société du Petit Parisien lance une revue, La Vie populaire, avec des romans et des nouvelles signés Zola, Maupassant, Catulle Mendès et Alphonse Daudet. C'est un hebdomadaire à deux sous et seize pages, qui connait rapidement le succès. Cette même année, Le Petit Parisien s'attire les foudres de la justice. Sous le pseudonyme de Jean Frollo, Laisan attaque le général de Cissey, bonapartiste, qu'il accuse d'avoir une maîtresse à la solde de l'Allemagne. Il en résultera 8 000 francs d'amende pour le journal. Le 29 juillet 1881, une loi donne entière liberté à la presse, tout en la réglementant afin d'éviter des procès qui, en fait, font plus de publicité que de torts aux journaux concernés. Le Petit Parisien profite alors de cette liberté pour lutter contre Jules Ferry. Le journal, entièrement ligué contre lui, contribue à sa chute : c'est le fameux gouvernement de 73 jours, le « Grand Ministère », mené par Gambetta, qui fait l'objet de railleries au sein du Petit Parisien et dans d'autres journaux.

Mais Jean Dupuy admire Jules Ferry, même s'il n'est pas toujours d'accord avec lui, et il n'apprécie pas le ton partisan de ses collaborateurs. De plus, trois amis de jeunesse de Dupuy font partie du gouvernement : Alexandre Ribot, Maurice Rouvier et René Waldeck-Rousseau. Au milieu des années 1880, le journal s'intéresse plus aux gazettes, aux potins, aux scandales et au scabreux, afin de vendre plus. L'avenir s'annonce bien: le journal dispose alors de 2 800 dépositaires en province et enregistre beaucoup de nouveaux abonnements. Waldeck-Rousseau fait voter une loi sur les syndicats en 1884 (il est l'un des premiers à se soucier du sort des ouvriers en usine). Le journal, subjectivement, en parle longuement. Il ne se fait plus à ce moment-là le champion de l'anticléricalisme. Il ne fait non plus aucune allusion à l'antisémitisme pourtant galopant, avec l'Antijuif, journal de Panchioni, fondé en 1881 et prélude au livre du journaliste Édouard Drumont, La France juive.

Les années 1885/1918 : vers la Première Guerre mondiale

Une nouvelle amélioration du matériel d'imprimerie en 1885 permet d'augmenter le tirage à 150 000 exemplaires. Les feuilletons de Maupassant, qui demande une rémunération double de celle de Jules Verne, avaient déjà aidé à la vente de La Vie populaire. On rapporte cette anecdote : le plan du parcours à suivre le jour des obsèques de Victor Hugo, inclus dans le journal, augmente aussi sa vente ce jour-là. Piégu meurt en juillet 1888. La société devient alors Le Petit Parisien, Dupuy et Cie, et Dupuy en devient le directeur. Le temps de la hargne partisane est révolue. Le but est alors d'informer mieux et plus rapidement. La modernité se fait jour.

Dupuy devient sénateur des Hautes-Pyrénées le 4 janvier 1891. Un hebdomadaire de la société apparait le 25 avril de cette même année: L'Agriculture nouvelle. Le 24 mars 1893, les actions du journal sont côtées à la bourse de Paris. Le tirage vient d'atteindre 400.000 exemplaires mais reste encore loin derrière Le Petit Journal (900.000 exemplaires).

L'Affaire Dreyfus : les journaux antisémites se déchainent (et en premier lieu La Libre Parole d'Édouard Drumont, le 15 octobre 1894). D'abord, Le Petit Parisien informe de l'affaire sans prendre parti. Puis il émet ses premiers doutes sur le bien-fondé des accusations. Il plaide très vite pour une révision du procès. Le 21 septembre 1899, le journal publie une déclaration de Dreyfus, qui vient d'être gracié, mais pas encore réhabilité (il ne sera réhabilité et réintégré dans l'armée qu'en 1906).

Entre-temps, en 1895, les locaux du journal s'étendent du 18 au 20 de la rue d'Enghien. Dupuy devient ministre de l'Agriculture le 26 juin 1899.

En 1900, Le Petit Parisien dépasse Le Petit Journal avec 1 million d'exemplaires par jour. Dupuy est réelu sénateur le 28 janvier. En 1901, le journal fait 6 pages et coûte toujours 5 centimes. Le 3 février 1902, le journal atteint 1 103 195 exemplaires.

Lors des élections législatives de 1902, Le Petit Parisien est favorable à Adolphe Carnot, frère de Sadi Carnot, le président de la République assassiné le 25 juin 1894, et à son Alliance républicaine et démocratique, ni socialiste, ni radicale, mais plutôt modérée. Pierre Dupuy, fils de Jean, est candidat dans l'arrondissement de Blaye en Gironde. Il est élu au premier tour, et fait partie du groupe de Gauche démocratique, dont il est le secrétaire jusqu'en 1906.

À partir du 4 avril 1904, Le Petit Parisien paraît avec un sous-titre, qui sera justifié pendant trente ans : « Le plus fort tirage des journaux du monde entier ».

Le journal milite depuis le début pour la séparation de l'Église et de l'État, séparation qui interviendra en 1905. Le journal contribue, en 1913, avec Jean Dupuy, à faire accepter un projet de loi controversé: l'allongement de la durée du service militaire à trois ans, votée le 19 juillet et ratifiée le 7 août.

Le 1er mars 1914, Élie-Joseph Bois, 43 ans, devient rédacteur en chef du journal. Il y fait plus de place au sport et à l'actualité internationale. Une rubrique cinéma est créée. Apparaissent aussi des chroniques signées par de grands écrivains tel Anatole France.

En 1914, Pierre Dupuy est réélu.

Pendant la Première Guerre mondiale, la société du journal crée Le Poilu du Petit Parisien, un bulletin avec des nouvelles des uns et des autres, des petites histoires amusantes. C'est une sorte de lettre collective pour les combattants de la rue d'Enghien. Fin 1916, le tirage du Petit Parisien dépasse les 2 millions d'exemplaires. Le lendemain de la Victoire (12 novembre 1918), le journal dépasse les 3 millions d'exemplaires.

1919 - 1944 : de l'apogée au déshonneur

Les années 1919/1936 : un journal sur tous les fronts

En 1919, Le Petit Parisien donne son avis sur le bolchévisme (révolution de 1917 en Russie): le 4 janvier, le journaliste Claude Anet écrit « Bolchévisme et tsarisme, c'est tout un ». En résumé, Lénine remplace le tsar mais ce n'est pas mieux. Le 11 novembre 1919, jour du premier anniversaire de l'Armistice, commence alors, au sein du personnel des journaux, une grève qui durera 3 semaines. Les ouvriers imprimeurs réclament une augmentation de salaire de cinq francs par jour. La Presse de Paris, imprimée rue d'Enghien, est le seul journal à paraitre.

Le 31 décembre, Jean Dupuy meurt. L'évènement est d'importance : le président de la République Poincaré assiste aux obsèques et Clemenceau envoie un télégramme. C'est dire l'influence des Dupuy et du journal, comme de la presse en général, en France à cette époque. Ses deux fils Pierre et Paul restent les gérants statutaires. Paul Dupuy dirige alors La Science et La Vie (l'actuel Science et Vie), une revue de la société du Petit Parisien. Il succède à son père aux commandes du journal. Pierre en est le co-directeur.

Paul Deschanel est élu président de la République le 17 janvier 1920, en battant Clemenceau. Le journal évoquera les moments de démence du président Deschanel, retrouvé dans la nuit du 24 mai 1920 pieds nus et en pyjama sur une voie ferrée. Le journal exprime aussi à cette période sa révulsion pour le bolchévisme.

À partir de 1921, sous l’impulsion des rédacteurs en chef, Léon Touchard puis Elie Bois, l'aspect du Petit Parisien se modernise. Il se met aux grands reportages internationaux accompagnés de photos et signés par Louis Roubaud, Albert Londres ou Henri Béraud comme par exemple le reportage de ce dernier sur l'indépendance de la République d'Irlande en 1920. Le journal annonce la mort de Lénine le 22 janvier 1924, année également de l'élection de Gaston Doumergue à l'Élysée. Paul Dupuy meurt d'une fièvre typhoide contractée lors d'un voyage en Afrique du Nord, le 10 juillet 1927. Son frère Pierre reste seul aux commandes. Il crée en 1928, la Société du Petit Parisien et d'Éditions, une société en commandite par actions.

Le Poste du Parisien, radio du journal, apparait en 1930 et une émission est animée par Maurice Bourdet. Plus tard est créé Le Salon de Mireille, émission animée par Mireille, chanteuse, qui trente ans plus tard animera son célèbre Petit Conservatoire.

Le Petit Parisien s'intéresse aussi au cinéma et à la télévision, alors dans ses balbutiements. Le 8 mai 1930, Pierre Dupuy rencontre Mussolini, qui l'impressionne mais dont il se méfie. Il souhaitera que cette entrevue ne soit pas ébruitée.

Le Petit Parisien glisse politiquement vers la droite avec un anticommunisme de plus en plus virulent[1].

Le journal interviewe Gandhi grâce à la journaliste Andrée Viollis. Lors de l'accession d'Hitler au pouvoir en Allemagne le 30 janvier 1933, le journal se montre au départ assez neutre. Mais en mai, il commence à s'en méfier et dénonce son caractère dangereux. Le 3 mai 1933, un article de Lucien Bourgès est titré « Mais où va l'Allemagne ? ».

Concernant Mussolini, la méfiance est moindre. Pierre Dupuy est l'artisan d'un accord franco-italien, et est reçu « chaleureusement » par Mussolini, selon Le Nouveau Cri du 19 janvier 1935. Le 2 avril, Dupuy est même nommé grand officier de l'Ordre de la Couronne d'Italie et écrit une lettre de remerciement à Mussolini.

Depuis 1932, le tirage du journal diminue, à cause de son nouveau positionnement mais aussi de la concurrence de Paris-Soir de Jean Prouvost[1].

Le Petit Parisien couvre alors largement tous les évènements de l'époque. En 1934, il envoie Ella Maillart au Mandchoukouo, créé par les Japonais en 1932. S'il critique l'« organisation » et la « désinformation » des Jeux olympiques de Berlin, il reste relativement neutre. Il couvre également la guerre d'Espagne, de juillet 1936 à mars 1939, l'instauration des congés payés en 1936. Ainsi le 15 août, le journal décrit-il Paris comme déserte, exception faite des touristes étrangers. Il parle également du scandale royal en Angleterre avec l'abdication d'Édouard VI qui souhaite se marier avec une divorcée. C'est cette année-là également que le journal commence à comprendre son erreur vis-à-vis de Mussolini.

En 1937, le prix du journal augmente, suivant l'augmentation du prix du papier, ce qui fait craindre à Pierre Dupuy des conséquences sur les ventes.

Les années 1939/1957 : guerre, déshonneur et volonté de réhabilitation

En 1938, le journal soutient les accords de Munich signés entre Chamberlain, Daladier, Mussolini et Hitler.

Le 11 février 1939, Lucien Bourgès couvre la mort du pape Pie XI et la nomination de Pie XII.

À partir de 1939, le rôle politique du Petit Parisien et de la presse en général s'estompe. Le journal informe, simplement. Mais les ventes baissent. Les grandes heures du journal semblent passées. Le Petit Parisien connait alors des moments difficiles, avec des tensions au sein de la rédaction. Élie-Joseph Bois est attaqué au Conseil de surveillance. Il a le soutien de Pierre Dupuy, malgré des divergences entre les deux hommes.

Le 11 juin 1940, Le Petit Parisien, le « vrai », celui des Dupuy, est imprimé pour la dernière fois à Paris. Depuis le 29 mai, il ne paraît plus que sur deux, voire une seule feuille. Ce dernier numéro titre « L'Italie déclare la guerre à la France. On s'y attendait ». Dans la journée du 11, le journal plie bagages, et va, pour moitié à Rennes, pour autre moitié à Bordeaux, tiré sur les presses de La France de Bordeaux. Aucun exemplaire ne semble avoir été imprimé avant le 17 juin. Élie-Joseph Bois, ravagé par la capitulation de juin 1940, démissionne. Dupuy le regrette mais estime ne pouvoir faire de même. Charles Maurice devient rédacteur en chef.

Le 29 juin, le dernier numéro paraît à Bordeaux. Le journal quitte Bordeaux. Jean Dupuy Junior, fils de feu Paul Dupuy, paraît plus pro-allemand que pro-alliés. Son oncle le renvoie. Entre-temps, Pierre Laval annonce à Charles Maurice qu'il est disposé à laisser imprimer Le Petit Parisien dans les ateliers de son journal, Le Moniteur, à Clermont-Ferrand. Pierre Dupuy accepte à contrecœur. Puis dès le 5 juillet 1940, on demande à Pierre Dupuy de faire revenir son journal à Paris et de collaborer. Mais Dupuy refuse. De plus, paraître à Aurillac, Clermont et Lyon lui suffit.

Mais le personnel s'agite, croyant ne pas être payé au mois d'août à cause des problèmes intérieurs et du manque d'argent. Le 24 août, Dupuy justifie dans son éditorial sa position antérieure concernant Mussolini et dénonce les carences militaires de la France. Il préconise « patience et courage » pour la cohabitation imposée avec les Allemands. Mais il ne croit pas en une victoire de De Gaulle.

En faisant un sondage auprès de son personnel, il se rend compte que celui-ci souhaite rentrer à Paris. Ce qui se fait finalement, le 8 octobre. Drieu La Rochelle, fasciste convaincu, participe au journal. Le Petit Parisien se déclare « pour le Maréchal », comme beaucoup à l'époque, pour pouvoir survivre, par défaitisme et par lâcheté plus que par réelle conviction, selon la fille de Pierre Dupuy, Micheline Dupuy[2].

Mais Pierre Dupuy, lui, n'a pas regagné Paris. Les Allemands lui demandent de revenir et de vendre le journal à Bunau-Varilla. Dupuy rentre à Paris mais refuse leur proposition. Les Allemands et les autorités françaises accusent alors Le Petit Parisien d'être sous « influence juive », du fait des origines de l'épouse de Paul Dupuy, Helen, qui s'empresse de faire parvenir des papiers d'Amérique prouvant le contraire.

Dupuy cherche le moyen de sauver Le Petit Parisien. En acceptant de refaire paraître le journal à Paris, il ne sait pas encore qu'il causera la mort de celui-ci et le déshonneur de sa famille. De plus, il écrit à Mussolini le 27 janvier 1941, naïvement, le suppliant de l'aider, ce qui ne donnera rien. Cette lettre sera utilisée contre lui en 1949 lors de son procès pour collaborationnisme. Dupuy se justifiera plus tard de cette lettre dans une note, note qui, si elle « n'excuse pas, explique beaucoup de choses[3] ».

Le 11 février 1941, Pierre Dupuy est congédié et les locaux du journal sont pris par les Allemands. Le Petit Parisien continue, mais n'a plus rien à voir avec ce qu'il était auparavant. Il devient un journal de propagande nazie, et est géré par d'autres journalistes, venus de différents journaux. Un ancien collaborateur du Petit Parisien dira : « Ce n'était plus le Petit Parisien, mais le Petit Berlinois ! »

Son tirage est encore de 505 000 exemplaires en janvier 1943[4].

On « conseille » à Dupuy de faire une cure à Vichy. En somme on l'écarte. Il accepte mais ne désespère pas de faire renaître le journal, plus tard, sous un autre nom, celui-ci étant désormais synonyme de honte. En 1942, il est convoqué afin de donner son accord sur le fait de céder Le Petit Parisien aux Allemands même après la guerre (qu'ils pensent alors encore gagner) mais Dupuy refuse.

Il quitte Vichy en 1943 et s’installe à Nice, alors en zone d’occupation italienne. Quand Nice est occupée par les Allemands, il retourne à Vichy, où il avait pris ses habitudes et a ses amis. Il y reste jusqu’au 8 janvier 1945, date de son retour à Paris.

Francis Dupuy, son fils, est entré dans la Résistance en 1942. Le 17 août 1944, tous voient partir avec joie les gérants et les collaborateurs du « Petit Parisien collabo ». Ils espèrent faire renaître le journal. Mais le 21 août, les nouvelles autorités parisiennes installent L’Humanité et Le Parisien libéré (actuel Le Parisien) dans les locaux de la rue d’Enghien. On demande à Francis Dupuy de quitter les lieux.

Malgré les efforts de celui-ci pour réhabiliter le journal, rien n'y fait : Le Parisien libéré prend la place vacante laissée par le Petit Parisien. Le 7 août 1944, des FFI veulent arrêter « ce collabo de Pierre Dupuy qui avait dirigé cet affreux Petit Parisien pendant l'Occupation. » Son fils, Francis Dupuy obtient sur le moment des excuses pour son père mais c'est trop tard : Pierre Dupuy sera inculpé pour collaboration.

La Société du Petit Parisien est alors dévolue à la Société nationale d’éditions de presse (SNEP), société qui a été créée en mai 1946 dans le but de gérer les biens des entreprises de presse et d’informations qui ont été confisqués par le gouvernement[1].

Le procès de Pierre Dupuy s’ouvre en 1949 devant un tribunal militaire. Ce dernier est alors malade, atteint par un zona ophtalmique avec des lésions qui lui défigurent le visage et l’empêchent de hocher la tête. Des anciens collaborateurs de ce dernier au journal prennent sa défense. De nouveaux témoignages en sa faveur arrivent, bien que certaines personnes se volatilisent.

Il est acquitté le 10 juillet 1951. Mais il lui faudra attendre le 20 juillet 1954 pour redevenir le propriétaire du Petit Parisien. Dupuy essaie alors de faire reparaître le journal mais il trop tard. Le nom du Petit Parisien est sali et le nouveau Parisien libéré a pris sa place. En 1957, les neveux de Pierre Dupuy revendent la Société du Petit Parisien à Marcel Boussac[1], qui la revend trois ans plus tard, en 1960, à Émilien Amaury, propriétaire-fondateur du Parisien libéré[1] (ce qui explique que l’on puisse acheter, aujourd’hui, en ligne, des archives du Petit Parisien sur le site du journal Le Parisien).

Disparition du Petit Parisien

Le Petit Parisien aura été l'un des journaux les plus importants et les plus puissants de la Troisième République. Il est une démonstration frappante du mélange des genres entre politique et journalisme, avec le rôle de Jean Dupuy, à la fois propriétaire de journal et homme politique. Ce journal est resté dans les mémoires comme l'image d'une certaine versatilité journalistique, changeant d'opinion politique au fil des modes même s'il est resté principalement à gauche. Malgré l'acquittement de Jean Dupuy, la réputation et le nom du journal sont salis à cause de la période noire de la Collaboration du journal. Le Petit Parisien, malgré une tentative de relance ne pourra se relever de cette suspension et il disparaît. Le Parisien libéré, avec d'autres journaux issus ou reparus après la Libération, tel L'Humanité, prendront alors la place laissée vacante.

Notes et références

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Fonds du Petit Parisien, Archives nationales.
  2. Dans le livre Le Petit Parisien, 1989, éditions Plon, Paris
  3. Cité par Micheline Dupuy.
  4. D'après les Archives de la Préfecture de police, citées par Pascal Ory, Les collaborateurs 1940-1945, Points Histoire, Seuil, 1976, p.283.

Sources

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