Le Greco


Le Greco

El Greco

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Chevalier avec la main sur la poitrine, au début du XXe siècle suivant la redécouverte du Greco, ce portrait a « déchainé un torrent littéraire en Espagne ».

Domínikos Theotokópoulos (en grec Δομήνικος Θεοτοκόπουλος[1]) dit El Greco (« le Grec »), né en 1541 (?) en Crète à Candie (aujourd’hui Héraklion) [2], mort le 7 avril 1614, à Tolède (Espagne), est un peintre, sculpteur et architecte grec de l’École espagnole du XVIe siècle. La Crète était alors sous protectorat de la République de Venise et s’appelait le Royaume de Candie. Le Greco est considéré comme le peintre fondateur de l’École espagnole.

Sommaire

Biographie

La sainte Alliance, ou le rêve de Philippe II est le tableau de présentation du Greco à la cour du roi d'Espagne pour la décoration de l'Escorial. Il fut rejeté par le roi qui ne le trouvait pas assez fidèle à l'esprit du Concile de Trente.

Il semble qu'il ait été formé dans sa ville natale où il fut reçu maître-peintre en 1566. Il est alors peintre d'icônes dans la tradition byzantine orthodoxe où il est aidé par son frère Manuso de dix ans son ainé. On possède de lui différentes icônes. Il est possible que le peintre se soit marié ou ait reçu les ordres alors. Le Greco séjourne de 1568 à 1570 à Venise, où il est décrit comme « disciple » du Titien – mais Greco n'utilise pas la même technique –, puis il est à Rome de 1570 à 1572 au service du cardinal Alexandre Farnèse. En 1572, il est expulsé du palais Farnèse, sans que l'on en connaisse le motif concret. le 18 septembre 1572, il est inscrit à l'Académie Saint Luc de Rome. Il semble qu'il reste en Italie jusqu'en 1576 avec ses deux assistants Lattanzio Bonastri da Lucignano et Francesco Preboste qui l'accompagnera en Espagne.

Le 2 juillet 1576 il reçoit la commande de L'Expolio pour la cathédrale de Tolède. Il semble qu'alors Le Greco vit à Madrid auprès de la Cour d'Espagne. On lui commanda le grand retable de Santo Domingo el Antiguo à Tolède. En 1578, son fils Jorge Manuel nait à Tolède. Le Greco l'élèvera seul, on ne sait rien de la mère de l'enfant, Jeronima de las Cuevas que Le Greco n'a pas épousé. En 1579, Philippe II d'Espagne lui commande Le Martyre de Saint Maurice, destinées au palais de l'Escurial. Le tableau ne plaît pas au roi.

En 1585, Le Greco s'installe à Tolède. La même année, le théoricien italien du maniérisme, Federigo Zuccaro lui rend visite et lui offre La Vie des peintres de Giorgio Vasari, livre que l'on conserve annoté de la main du Greco où il fait part de ses réflexions sur la peinture. Le 18 mars 1586 il reçoit la commande de son fameux Enterrement du comte d'Orgaz pour l'église Santo Tomé de Toléde. En 1587, il participe à la décoration monumentale de la ville de Tolède pour la venue de Philippe II et de la cour.

Il vit, à Tolède, dans une maison prêtée par le Marquis de Villema où il dispose « d'un appartement royal avec une cuisine principale, un salon de réception et un sous-sol donnant sur un premier patio avec un puits (…) il gagnait beaucoup d'argent mais le gaspillait dans le train somptueux de sa maison, allant jusqu'à engager des musiciens, qu'il payait pour accompagner ses repas » suivant le témoignage de Jusepe Martinez. En 1604, El Greco et sa famille occupent vingt-quatre pièces de la maison ! Quant aux procès, ils sont souvent le résultat des procédés commerciaux du Greco qui par exemple demandait à son assistant Francisco Prebloste de passer un accord avec un génois de Séville pour que ses tableaux soient reproduits en broderie.

Les commandes religieuses et privées affluent en particulier de nombreux portraits. En 1603, son fils Jorge Manuel se marie. Il apparait comme assistant de son père ou comme peintre indépendant dans le style inventé par son père. Le peintre est également assisté de Luis Tristan. En 1604, le frère du Greco, Manuso, meurt à Toléde où il est enterré. En 1611, Francisco Pacheco peintre et théoricien de l'Art, lui rend visite à Tolède. Le Greco meurt le 7 avril 1614 à Tolède. Il y est inhumé religieusement dans l'église de Santo Domingo el Antiguo.

Cercle social à Tolède

Portrait de Jeronimo Cevallos, maire de Tolède.
Frère Hortensio Felix de Paravicino, confesseur du Roi et poète, il dédiera un poème apologique au « Divin Greco »[3]"

Au cercle de la famille du Greco à Tolède, telle que nous la connaissons actuellement, c’est-à-dire avec Manuso le frère aîné marchand, Jorge Manuel le fils, Jeronima de las Cuevas la mère de l’enfant et dont on a un portrait hypothétique ainsi que les différents assistants de l’atelier, il s’adjoint un groupe restreint d’amis et d’érudits tolédains dont on connaît les noms.

Le Greco fréquente Luis de Castilla, doyen de la Cathédrale de Tolède et fils naturel de Diego de Castilla qui possède de ses toiles. Andrez Nunez de Madrid, curé de l’église de Santo Tomé est apparenté à la famille De La Fuente qui également possédaient des toiles du Greco et ont aidé le Greco à obtenir des commandes, parmi eux un médecin, Martin Ramirez de Zayas, professeur de Théologie à l’Université de Tolède. Alonso de la Fuente Montalban est le trésorier de La Ceca de Toléde. Au conseil du gouvernement de la ville, l’orthodoxie doctrinale des peintures est la charge du docteur Pedro Salazar de Mendoza qui, semble-t-il, possédait la Vue de Tolède, mais également Jeronimo Oraa de Chiroboga, Rodriguez Vazquez de Arce dont Greco fait le portrait (au Prado), Francisco Pantoja de Ayala, Domingo Perez Ribedaneira, Juan Bravo de Acuna.

Un des meilleurs amis du Greco fut un tailleur Diego de Avila. Parmi son cercle d'amis se trouvent des érudits et les humanistes, comme Alvarez Gomez de Castro, Antonio de Covarrubias y Leiva, hellénistes et professeurs à l’université de Tolède, le théologien Francisco de Pisa, le docteur Jeronimo de Cevallos, maire de la ville, l’avocat Alonso de Narbona dont le frère Eugenio met le peintre en contact avec le poète Luis de Gongora et le prédicateur de la cour Hortensio Felix de Paravicino. Le docteur Gregorio de Angulo, poète est ami fidèle, est l’ange gardien du peintre, lui prêtant de l’argent en diverses occasions. Il est le parrain d’un des fils de Jorge Manuel.

On trouve peu de nobles, uniquement Pedro Lasso de la Vega qui possédait sept toiles.

Parmi ces amis, on trouve les collectionneurs dont Salazar de Mendoza qui possédait 65 tableaux du Greco! Dona Luisa de Centeno qui possédait elle 3 tableaux, Doctor Cristobal del Toro, un curé qui possédait son portrait, enfin le grand Inquisiteur Pedro Giron du Tribunal Tolédain du Saint Office qui possédait outre un Greco, les premières natures mortes de Velazquez.

Lacunes et légendes biographiques

Ce portrait peint par le Greco est communément appelé « autoportrait ». Il n’y a pourtant aucune preuve historique qui vérifie cette dénomination, si ce n’est une légende poétique…

De nombreuses informations douteuses, légendaires ou erronées circulent sur le Greco.

Il n’y a aucun document certain concernant sa naissance si ce n’est les actes et documents de Tolède qui le donnent comme né à Candie en Crête en 1541. La référence à la ville de Fódele est du à un faux document.[4]

Il n’y a aucun document de baptême, ni de conversion découvert à ce jour : les hypothèses entre historiens sont controversés, les historiens grecs proposent l’orthodoxie, les anglais et les espagnols proposent le catholicisme romain… Le mysticisme du Greco est un thème apparu chez Cossio est sans fondement.

Les causes du départ vers Venise sont inconnues à ce jour. Les causes du départ de Rome vers Madrid sont inconnues à ce jour. Les causes de son installation à Tolède sont également ignorées. On dit qu'il fut un plaideur acharné pour obtenir un prix plus élevé de ses toiles et une légende veut qu'il fut un mauvais débiteur qui pourtant menait une vie frugale.

Jeronima de las Cuevas, la compagne du Greco est mentionnée dans différents documents dont le testament de celui-ci. On ne sait rien sur elle, de son origine sociale, le fait qu’elle soit mentionnée dans le testament ne signifie ni qu’elle soit morte ou vivante au moment de la rédaction du testament. L’attribution de son nom à un portrait de femme du Greco est une attribution anglaise du XIXe siècle. La fille du Greco est à ce jour une pure invention de Maurice Barrés est sans fondement historique.

La folie du Greco un thème apparu avec le romantisme en particulier chez Théophile Gautier est sans fondement historique. L’astigmatisme du Greco est un thème apparu au début du XXe siècle chez Maurice Barrés est également sans fondement historique. En 1955, un médecin de Tolède Gregorio Maranon prétendit expliquer la spiritualité des personnages du Greco par la folie des modèles employés, qui selon lui "avaient la même morphologie et la même exhaltation expressive" pour se faire il habilla les "déments" de l'asile de Tolède de robe de tissu et les photographia dans des poses inspirées des tableaux. Son livre " El Greco y Toledo" a eu un grand retentissement en son temps.

Œuvres

La plupart de ses tableaux se trouvent aujourd'hui en Espagne à Tolède, à Madrid et aux États-Unis ; le musée du Prado à Madrid possède trente-quatre de ses œuvres dont de nombreuses "copies" dues à son atelier qui fonctionnera avec son fils (puis après jusqu'au milieu du XVIIe siècle !) marquent le succès d'un style dévot.

Après sa mort, ses œuvres tombent dans un oubli relatif. Il n'est plus connu au XIXe siècle que par certains de ses élèves ou suiveurs. Ce n'est qu'à la toute fin de ce siècle que des artistes et des critiques s'intéressent à son expression très personnelle. La libération des formes, lumière et couleur de El Greco inspirèrent Pablo Picasso et Jackson Pollock dans leurs efforts pour révolutionner la peinture. La première grande étude espagnole consacrée au Greco est celle de Manuel Bartolomé Cossio, en 1908 ; le premier livre important à son propos en français est Le Greco ou le Secret de Tolède de Maurice Barrès, en 1910.

À la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, un certain nombre d'archives - en particulier de contrats en Espagne, acte de naissance en Grèce - furent dépouillées et analysées faisant apparaître un nouveau "visage" au Greco, plus précis changeant sans doute la lecture des peintures.

L’œuvre de jeunesse

Elle suit les préceptes de l'art byzantin, à travers la réalisation d'icônes en à-plat et au dessin cerné et dans le style grec, épuré et conforme à cet Art mesuré où prime la recherche de la "Vraie Image" sur fond or de la Théologie Orthodoxe, (Saint Luc peignant la Vierge, Musée Benaki, Athènes, Grèce). On remarquera cependant l'évolution vers des icônes de styles renaissants (Adoration des Mages, Musée Benaki, Athènes, Grèce) qui annonce le triptyque de Modène (Galerie Estense; Modène, Italie).

La période italienne

Elle est la moins documentée d'un point de vue historiographique montre un Greco qui se met à la peinture de chevalet sur toile en clair-obscur (technique vénitienne) en y transposant les techniques de l'Icône, manière qu'il conservera par la suite. Proche des théoriciens maniéristes qu'il côtoie à Rome, Zuccaro (théoricien du dessin intérieur, de l'idée que l'on a à l'intérieur de soi, de la lumière intérieure) et Lamazzo qui recommandait pour le corps humain: "l'allongement des formes", la "forme serpentine" et " la flamme bondissante". Avec les tableaux religieux, Greco peint des portraits (Portrait de Giulio Clovio, Musée de Capodimonte, Naples, Italie), mais qui se situe alors dans la distinction maniériste entre l'acte de "portraiturer", (c'est-à-dire qui reproduit la réalité telle qu'on la voit) de l'acte "d'imiter" qui la reproduit telle qu'on devrait la voir (Enfant en train de souffler un tison, Musée de Capodimonte, Naples Italie) qui est du ressort du peintre.

La période tolédanne

La Spoliation du Christ (El Espolio) (1577–1579, huile sur toile, sacristie de la cathédrale de Tolède), tout première commande espagnole, est l'une des plus célèbres toiles du Greco dont les pièces d'autel sont alors prisées pour leur composition dynamique et leurs innovations picturales.

Le Greco s'est lié d'amitié, à Rome, avec Luis de Castilla, le fils de Diego de Castilla, doyen de la cathédrale Santa María de Tolède, lequel lui passe commande, en juillet 1577[5] de peintures pour le maitre-autel de la sacristie de la cathédrale puis, dans la foulée, pour le maitre-autel de l'église Santo Domingo.

Les compositions, mêlant iconographies byzantine et maniériste, sont des citations plus ou moins directes de sculptures antiques (par exemple le Lacoon), de dessins de Michel-Ange ou de gravures d'Albrecht Dürer et d'autres. Les toiles sont peintes sur un fond de terre sombre selon la technique du bolus byzantin et peintes d'une touche fine et régulière, les visages sont estompées avec une brosse sèche, les parties dans l'ombre ne sont pas peintes, les parties de décor sont ébauchées avec un simple badigeon. Sur le pourtour caché par le cadre, on trouve la palette, esquissée, essayée. Greco réalisait sans doute un carton préparatoire qui permettait à l'atelier la répétition à différentes échelles d'un même sujet. Les portraits suivent les règles du portrait « en gloire » de l'esthétique maniériste. Son art se rapproche[réf. nécessaire] des philosophies espagnoles du conceptisme, théologique et mystique de saint Jean de La Croix, sainte Thérèse d'Avila et des poésies de Luis de Góngora[6].

Vue de Tolède sous l'orage.

La Vue de Tolède sous l'orage[7] est généralement considéré comme l’un des premiers paysages en tant que sujet unique de peinture et non décor.

El Greco cherche à communiquer l'essentiel ou la signification essentielle du sujet à travers un processus de redéfinition et réduction. À Tolède, il accomplit cela en abandonnant l'emphase de la Renaissance sur l'observation et sélection des phénomènes naturels. Au contraire, il correspond au maniérisme du XVIe siècle et byzantin dans lesquels les images sont conçues dans l'esprit. L'espace est perçu dans l'imagination, la lumière est incandescente, rétive et irréelle, les couleurs sont pures, lumineuses et surnaturelles, les figures sont allongées, stimulées et dématérialisées. Toutes sont illuminées et accélérées par la grâce divine pour suggérer l'âme.

Certains historiens de l'art et médecins positivistes[8] au début du XXe siècle suggèrent que Le Greco souffrait d'un problème oculaire, peut-être une malformation de la rétine qui aurait influé sur sa peinture.

L’historien allemand Carl Justi, en 1888, dans Diego Vélasquez et son siècle, affirme que la peinture du Greco représente :

« le miroir et le résumé des dégénérescences picturales. Prisonnier de ses rêves fous, son pinceau semble vouloir nous livrer le secret des extravagants incubes qu’engendrait son cerveau surchauffé. De ses doigts fébriles il a modelé des personnages qui semblent en caoutchouc, de douze têtes de haut, et après les avoir badigeonnées n’importe comment, sans modelé ni contours, ni perspectives, il les peignait en d’étranges rangées symétriques ; le bleu et le soufre étaient ses couleurs favorites, la toile ayant été préalablement enduite de blanc et d’un violet noirâtre. Cela s’explique très vraisemblablement par une perturbation de l’organe de la vue ; les causes psychologiques sont le désir de paraître original, la mégalomanie, la bravade, des misères passagères et des offenses inévitables pour un étranger. De telles situations ne sont pas rares dans la vie des artistes, mais elles trouvèrent un terrain favorable dans sa nature névropathe. »

Citations qui marquent l'incompréhension de certains historiens de l'art moderne face à un système esthétique, théologique et poétique particulier qui ne fonctionne pas paradoxalement sur l'identité de l'artiste (sa signature), mais sur une image singulière et recherchée qui peut être répétée par d'autres (l'atelier, copistes, etc...) tout en conservant sa force iconique[9]. Il faut attendre les années 1990, pour que les conditions esthétiques et les particularismes de Toléde soient découverts et analysés[10].

La Trinité

La Trinité au sein du retable du maitre-autel de Santo Domingo.
La Trinité, une des premières toiles du Greco à Tolède. La composition est reprise d'une gravure de Albrecht Dürer, la pose du Christ est prise d'après Michel-Ange.

La Trinité, représentation d’un dogme central du christianisme, est destinée à être la partie haute du retable du grand autel de l'église Santo Domingo el Antiguo à Tolède qui comporte sept toiles et cinq sculptures enchâssées dans une structure architectonique ornée de colonnes et frontons. Le Greco reçoit la commande de l'ensemble iconographique du retable le 11 septembre 1577. La composition du retable semble avoir été approuvée par le doyen de la cathédrale Santa María de Tolède, Diego de Castilla père de Luis de Castilla avec lequel Le Greco s'était lié d'amitié à Rome.

Dieu est peint comme un vénérable vieillard avec les cheveux longs et une barbe vénérable et tient devant lui dans ses mains le Christ mort. Il est vêtu de blanc comme le pape, porte un manteau bleu et or et une tiare. Le Christ est peint dans la position de la descente de croix avec les stigmates de son calvaire. Une colombe, placée sur un fond or comme dans la tradition iconique, représente le Saint-Esprit et vole au-dessus. Les anges et séraphins font cercle autour de la scène. La lumière semble venir du corps du Christ, de Dieu et de la colombe.

En 1611, Francisco Pacheco, théoricien de l'art, peintre et théologien rend visite au Greco dans son atelier tolédan. Dans son traité L'Art de la peinture, il commente la Trinité reproduisant la gravure de Dürer et décrit la rencontre avec le Greco qui lui montre ses modèles, maquettes et sculptures en cire fait de sa main servant à la composition des toiles puis les originaux peints à l'huile de petites dimensions de toutes ses compositions. À la question qu'est-ce qui le plus difficile, peindre ou dessiner, Greco aurait répondu « utiliser la couleur », et ajouté à propos de Michel-Ange, « certes c'était un homme bon mais qui ne savait pas peindre[11]. »

Épitaphe au Greco

L'Enterrement du comte d'Orgaz est un des chefs-d’œuvre du Greco : les amis et grands de la ville de Tolède assistent au Miracle de l'enterrement. En haut l'âme du défunt est accueillie au ciel.

Le grand poète espagnol Luis de Gongora, contemporain du Greco, publie un Tombeau de Domenico Greco, excellent peintre

De forme élégante, oh Passant,

Cette lumineuse pierre de porphyre dur

Prive le monde du pinceau le plus doux,

Qui ait donné l’esprit au bois et vie au tableau.

Son nom est digne d’un souffle plus puissant

Que celui des trompettes de la Renommée

Ce champ de marbre l’amplifie.

Vénère-le et passe ton chemin.

Ci-Git le Grec. Il hérita de la Nature

L'Art. Il étudia L’Art. De Iris les couleurs.

De Phoebus les lumières et de Morphée les ombres.

Que cette urne, malgré sa dureté,

Boive les larmes, et en exsude les parfums.

Funèbre Écorce de l’arbre de Saba.

Sculpteur

Epimethé et Pandore - bois polychrome

Le Greco est l'auteur d'un Christ ressuscité en bois polychrome conservé à l'hôpital Tavera et d'une Epimethé et Pandore en bois polychrome conservée au Prado.

Expositions

Bibliographie

  • El Greco, Les idées artistiques du Greco ont été publiées en 1981 à Madrid,
  • El Greco Las Ideas artisticas del Greco. Commentarios a un texto inédito.
  • Jose Manuel Pita Andrade, El Greco, Mondadori Editore, 1981
  • Maurice Barrès, Le Greco ou le Secret de Tolède, 1910
  • Fernando Marias, Greco, biographie d’un peintre extravagant, 1997
  • Claude Esteban, La Dormition du comte d'Orgaz, Farrago, 2002
  • Collectif Le Greco "', Musée du Prado, 2003
  • Letitia Ruiz Gomez, El Greco Catalogue Raisonné, Musée du Prado, 2007
  • Paella, Autopsie du Greco , 2008
  • Coll, El Greco, Toledo 1900, Ministerio de Cultura, Espana, 2009

Citations et critiques

La "Vue de Toléde" était pour Ernest Hemingway " Le meilleur tableau du Musée (le Moma , NY) et Dieu sait s'il y en a des bons !"
Le martyre de Saint Maurice est la seconde toile présentée par le Greco pour la décoration de L’Escorial. Philippe II ne l’apprécia pas plus que la Sainte-Alliance, le martyre du saint étant au second plan, peu lisible. C’est au peintre italien Romulo Cincinnato que revint la commande.

« Il ne me plairait pas de voir (peinte) une belle femme, bien proportionnée, et ce quel que soit le point de vue, aussi extravagant soit-il, non seulement parce que sa beauté serait perdue du fait de l’augmentation de la taille conformément aux lois de la vision, mais cela ne serait pas beau, mais en fait monstrueux[12]. »

« Si l'oreille du musicien est comme l'œil du peintre, c'est merveille (...) en Art on ne peut mettre en mot les choses. En vérité le plus surprenant de tous les arts ne peut se mettre en mot[13]. »

« Je respecte ce que l’on dit du Titien, d’être la première lumière mais sans l’avoir observé Jacopo (Bassano) dans le grand en ce qui est de la taille, j’admire son coloris, il n’y en a pas de meilleur. Jacopo est allé loin et ainsi tout le monde veut l’imiter[13]. »

« Sans compter que le tableau du Tintoret, qu’il a fait pour l’Hospital de San Rocco, est la meilleure peinture qu’il y a dans le monde si on excepte le Titien, je dis en essentiel pour de nombreuses et choses diverses comme les nus dont la couleur que l’on ne trouve nulle part ailleurs, si ce n’est dans les meilleurs œuvres de Titien[13]. »

« L’éclat du jour nuirait à ma lumière intérieure[14]. »

Critiques

« Greco était un grand peintre, disciple de Titien qu’il a imité si bien que ses peintures étaient confondues avec celles de son maître (…) aussi constatant cette confusion entre sa peintures et celles du Titien, il chercha à changer sa manière, avec une telle extravagance qu’il rendit sa peinture dépréciée et ridicule par un dessin disloqué et le désuni de sa couleur[15]. »

« Deux hommes seulement, après le Maître (Velazquez), m'ont séduit là-bas : Greco dont l’œuvre est bizarre, des portraits fort beaux cependant (je n'ai pas été content du tout de son Christ de Burgos) et Goya[16]. »

« Combien de fois ne vous ai-je parlé de ce pauvre Greco. N'est-il pas vrai que son œuvre semble empreinte de quelque horrible tristesse. Avez-vous remarqué l'étrangeté de ses portraits ? Rien de plus funèbre. Il les ordonne avec deux gammes : le noir , le blanc. Le caractère en est frappant. Tolède possède deux toiles que je vous avais signalées : La mort d'un chevalier -Jésus au milieu des soldats. Mais pourrez-vous croire, maintenant, à cette absurdité propagée, encore par Gautier, - Greco devint fou, désespéré de sa ressemblance avec Titien. Voilà bien, toujours la critique française -l'historiette. Est-il un artiste plus personnel que celui-là -personnel de ton, de forme, de conception [17]?. »

« Mais dans le "Bapteme du Christ", la "Mise en croix", la "Résurrection" et la "Pentecôte" , quatre vastes tableaux peuplés apocalyptiquement de grandes figures, le Greco est déjà par excellence le "peintre maudit" qu'a adoré la même heure de culture qui chercha, découvrit et exalta les poètes maudits. C'est le fou qui découvre ce qu'ignorent les êtres sensés, le possédé qui a brisé définitivement avec le rythme et la raison, le musicien chez qui d'une manière tourmentée, l'inconscient s'exalte et se traduit dans des attitudes torturées, dans les membres tordus, dans les mystérieuses franges des nuages lumineux, dans la couleur splendidement corrompue, enfin dans les langues de feu elles-mêmes de la Pentecôte (œuvre de la dernière époque) dont tous les corps d'hommes, de femme et d'anges jusqu'ici n'étaient que la préfiguration[18]. »

« Le temps a passé. La réflexion a fait son œuvre. Et maintenant, le Greco et Cézanne nous semblent tout simplement de grands peintres, des peintres qui savaient beaucoup, qui ne savaient pas tout. Le premier, génial, mais pas de bon conseil; le second, moins génial, peut-être mais de doctrine plus saine, les deux, dans des régions si lointaines esthétiquement, bons disciples de Venise, c'est à dire de parfaits sensuels. (sensuales de cuerpo entero)[18]. »

« L'inspiration qui animait le candiote dont les œuvres si dépouillées unissent aux beautés de l'hellénisme toutes les splendeurs de la foi chrétienne[19]. »

Notes et références

  1. Le Greco signera toute sa vie ses œuvres de son nom complet en caractères grecs. Les œuvres byzantines du Greco sont signé Cheir Domenico, c'est-à-dire de la main de Dominko. Les œuvres ultérieures Domeniko Theotocopoulos epoiei soit Domeniko Theotocoupoulos a peint auquel il ajoute en Italie Kres "le crétois". Un certain nombre de documents vénitiens font état de la présence de Manussos et d'un certain "Menegin Theotocopoulo " à Venise en 1567. Le 6 juin 1566 il est fait état d'un certain maitre-peintre Menegos (forme dialectale vénitienne de Dominique !) en Crête. S'agit-il toujours de la même personne, les avis des historiens divergent. En tout cas en 1576, un certain Domeniko Theotocopoulos obtient l'autorisation du gouvernement vénitien de l'île de Crète de vendre aux enchères un tableau représentant la Passion du Christ pour 70/80 Ducats !
  2. On trouve dans certaines biographies la ville de Fódele en Créte. Cette identification est du à un faux document du XVIIe siècle publié en 1932 par le journaliste grec Achilleus Kyrous. voir Fernando Marias, de veras y falsas : las recpnstructiones de el griego de Toledo, cat El Greco, TOLEDO, 1900, Miniserio de Cultura, 2009, Espagne. p100
  3. Expression de Frère Hortensio Felix de Paravicino dans son éloge au Greco
  4. voir note 2
  5. C'est la première trace écrite que l'on ait du séjour espagnol du Greco.
  6. Voir la poésie de Gongora et la Dédicace du poème de Fray Hortensio Felix de Paravicino au Greco. On se reportera à l'étude, collective , Francisco Calvo Serraller, Barcelone 2003.
  7. Aujourd'hui au Metropolitan Museum de New York.
  8. Comme Maurice Barrés dans Le secret de Toléde : "un oculiste espagnol le Docteur German Béritens a soutenu (...) que c'était astimagmatisme (...) La preuve : prenez chez un opticien les verres de lunettes que prescrivent les oculistes (...) La toile du Greco vous apparaitra immédiatement normale, naturelle, totalement dépourvues de ces fautes de proportions déformantes" in Greco ou le secret de Tolède par ailleurs l'allongement des formes est déjà présent caractéristique de peintres espagnols du XVIe siècle antérieur au Greco, en particulier avec Luis de Morales.
  9. Voir Richard L.Kagan, El Greco de Tolede, Madrid 1982 , dont l'étude de Jonathan Brown sur Greco peintre de la contreréforme et Francisco Pacheco, qui conte son incompréhension vis-à-vis du Greco quand celui-ci lui explique que la peinture n'est pas un art !
  10. En effet à partir des années 1980 sera entrepris par le Musée du Prado de Madrid, le Musée de Tolèdo USA, une étude systématique de l'œuvre du Greco, entrainant publications et colloques. C'est au cours de ces différentes études que seront découverts et analysés de nombreux documents inédits, notes manuscrites, contrats,... C'est en 2000 par exemple que sera publiée une lettre d'excuse datée de 1572 du Greco au Cardinal Alessandro Farnèse .....
  11. Citation du Greco par Pacheco : L'Art de la peinture est publié en 1649. L'opposition du Greco à Michel-Ange est assez bien documenté et remonte à sa période romaine, voir X de Salas et F.Marias , El Greco y el Arte de du tiempo, las notas de Greco a Vasri, Madrid 1992. On peut par exemple lire dans ses notes : "que Michel-Ange, n'a jamais su peindre ni les cheveux, ni imiter les carnations, par manque de coloris." C'est à dire en suivant les couleurs du TItien. Elles confortent l'histoire racontée par Giuio Manzini dans ses Considérations sur la peinture - rééditées en 1956 par A. Marruchi, que c'est la proposition du Greco de détruire la fresque du Jugement Dernier de Michel-Ange qui fut le motif de son bannissement romain.
  12. note manuscrite du GRECO en marge de son exemplaire du Traité d'Architecture de Vitruve.
  13. a , b  et c note manuscrite du GRECO en marge de son exemplaire de la Vie des Peintres de Vasari.
  14. in Réponse du Greco à son ami Claudio Clovio surpris de le trouver dans l'obscurité de son atelier, cité par André Malraux dans son écrit : les Voix du Silence. Cette citation provient d'un faux littéraire, une lettre apocryphe au Cardinal Farnèse attribué à Guilio Clovio publiée par Hugo Kehrer en 1921.
  15. in Acislo Antonio Palomino de Castro y Velasco, El Museo pictórico y escala óptica, Tome 3 El Parnaso español pintoresco laureado (1715-1724) Madrid
  16. in lettre de Manet à Zacharie Astruc le 17 septembre 1865.
  17. in Lettre de Zacharie Astruc à Manet le 20 septembre 1865.
  18. a  et b in Eugenio d'Ors in Trois Heures au Musée du Prado en 1928.
  19. in Apollinaire, Chroniques d'art du 16 avril 1912

Liens externes

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