Labourage

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Labour

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Labour traditionnel en Allemagne, plus superficiel qu'au tracteur, plus lent, mais bien moins tassant et asphyxiant pour le sol profond

En agriculture et agronomie, le labour (ou labourage) est une technique (ou façon culturale) de travail du sol, ou plus précisément de la couche arable d'un champ cultivé, généralement effectuée avec une charrue, qui consiste à l'ouvrir à une certaine profondeur, à la retourner, avant de l'ensemencer ou de la planter.

Par extension, le terme « labour » désigne le champ labouré (par opposition à la partie non labourée, le « guéret »).

Le terme vient de « labourer », du latin, laborare, travailler. C'est un doublet indirect de « labeur ».

De nos jours, les agriculteurs labourent avec des charrues en métal tractées par un tracteur ou portées par l'intermédiaire de l'attelage trois points. Les plus populaires sont réversibles car elles prennent moins de temps et elles compactent moins le sol.

Depuis peu, on expérimente un labour très profond sur lequel les arbres semblent particulièrement bien pousser, avec aussi quelques expériences agricoles (culture sur sol inversé en rizière par exemple)

Sommaire

Avantages

Le labour, en climat continental (tempéré froid), à une profondeur ne dépassant pas 20 cm, aère le sol en le décompactant. Il mélange au sol les résidus de culture, les fumiers solides, la chaux et les engrais minéraux tout en y introduisant de l'oxygène. Ce faisant, il réduit les pertes d'azote par volatilisation, accélère la minéralisation et augmente l'azote disponible à court terme pour la décomposition de la matière organique. Il efface les empreintes de pneus et les ornières causées par la machinerie de récolte. Il contrôle plusieurs mauvaises herbes vivaces et repousse la croissance des autres mauvaises herbes au printemps en même temps que la culture. Il accélère le réchauffement du sol et l'évaporation de l'eau au printemps du fait de la moins grande quantité de résidus en surface. Il brise le cycle des maladies. Il facilite le semis par un semoir moins pesant. Il contrôle plusieurs ennemis des cultures (limaces, tipules, mouches des semis, noctuelles, pyrales, vers gris). Il fait augmenter le nombre de vers de terre "mangeurs de terre" (endogés) mais au détriment des gros vers de terre fouisseurs (anéciques).

Inconvénients

Le labour présente cependant de graves inconvénients tels que :

  • créer une "semelle de labour". Le labour des sols humides, notamment, est une véritable catastrophe environnementale car il génère une compaction accrue.
  • faire disparaître la couche d'humus superficielle (les complexes argilo-humiques),
  • exposer le sol à l'érosion (qui peut être très importante sur les sols fragiles tels que le Lœss),
  • exposer le sol à la déshydratation et aux ultraviolets solaires,
  • diminuer fortement la qualité et la quantité de la matière organique en surface,
  • enfouir les résidus végétaux de surface et les amendements organiques, favorisant ainsi leur décomposition anaérobie (dans le cas du labour en profondeur), ce qui nuit aux champignons utiles (ceux-ci sont tous aérobies), favorise l'acidification du sol, ainsi que les nématodes (qui peuvent parasiter les racines) et certaines bactéries anaérobies (qui minéralisent trop rapidement la matière organique), ce qui se traduit par une perte de nitrates (très solubles dans l'eau) et nécessite un coûteux besoin d'engrais (au risque de polluer la nappe phréatique).

Le labour perturbe aussi le travail des vers de terre en les exposant aux pesticides, et en ne les incitant plus à remonter chaque nuit en surface, puisqu'ils trouvent la matière organique enfouie. Leur travail d'aération du sol est donc diminué ou interrompu en surface. La diminution de la biomasse en vers de terre, associée à la disparition de l'humus diminue rapidement et fortement la capacité du sol à infiltrer et retenir l'eau.

Avec les méthodes de labour actuelles, les sols s’érodent d’un millimètre par an. Or, pour reconstituer cette minuscule épaisseur, il faut 10 années[1].

Le labour est pour ces raisons de plus en plus remis en cause, notamment sur les sols fragiles, secs ou exposés aux climats tropicaux, pour ses conséquences sur la dégradation ou stérilisation des sols et pour la diminution des rendements qu'il entraîne, par rapport aux cultures sans labour, qui sont cependant techniquement plus exigeantes, délicates et complexes.

Alternatives

Pour cette raison, les techniques culturales simplifiées et TSL (Travail du sol sans labour), généralement avec semis direct sous couvert végétal ont été développées comme alternatives au labour, notamment en France dans les zones à risque érosif déjà élevé (pentes, zones inondables, sols exposés aux pluies et vents forts), par des agronomes tels que Claude Bourguignon, spécialiste de la microbiologie des sols. Le semis direct est applicable sur tous les terrains et préserve beaucoup mieux la faune et les auxiliaires, surtout s'il n'y a pas d'utilisation de désherbant chimique, mais semis sur chaume des cultures de l'année précédente, ou sur des céréales à fort développement racinaire, mais qui gèleront en hiver.

Ces techniques semblent pouvoir être adaptées à tous les types de sol. Sur les sols dégradés, les rendements peuvent souvent doubler et permettre une résistance à la sécheresse et une résilience écologique très améliorée[2] et sont toujours très améliorés.

Une autre conception des labours, avec des outils innovants, plus légers et moins destructeurs du sol, est également pratiquée. Ces outils, conçus au départ par Jean Nolle, fonctionnent avec la traction animale.

Aspects théoriques

Schéma
1. Guéret (terrain non labouré)
2. bande en cours de détachement
3. Bandes retournées
4. Coupe verticale
5. Coupe horizontale
6. Muraille
7. Fond de raie
8. Sillon

Sous l'effet de l'avancement, les pièces travaillantes de la charrue pratiquent deux découpes, une verticale réalisée par le coutre et une horizontale réalisée par le soc. La bande de terre ainsi détachée, dite bande de labour, de section parallélépipédique, est entraînée sur le versoir, qui la soulève et la retourne dans la raie créée lors du passage précédent. Ce retournement provoque une fragmentation de la bande de labour en mottes.

L'opération crée un sillon formé d'une raie ouverte et d'une bande de labour retournée. La raie est délimitée par une paroi verticale, la muraille, et un fond de raie horizontal, qui résultent des coupes exécutées. La côté opposé, marqué par une crête de labour plus ou moins irrégulière, est délimité par la bande qui vient d'être retournée. Ce sillon sera comblé par le retournement d'une autre bande lors du passage suivant. Le premier sillon, appelée enrayure, laisse une bande retournée sur le sol non labouré, formant un relief. Le dernier sillon tracé restera ouvert formant en limite de parcelle ou de planche de labour une « dérayure » qui sera aplanie ultérieurement par des façons culturales superficielles .

Le rapport entre la largeur de la bande (écart entre deux murailles successives) et la profondeur du sillon (hauteur de la muraille) varie en général de 1 (labour profond) à 1,6 (labour superficiel). Pour des labours de profondeur moyenne, jusqu'à 30 cm, ce rapport est généralement égal à 1,4. Dans ce cas, la bande est retournée par une rotation d'environ 135° et se couche à 45° sur la bande retournée lors du passage précédent .

Le degré d'émiettement de la bande de labour dépend de plusieurs facteurs, dont les plus déterminants sont les suivants :

  • le rapport largeur-profondeur : les bandes proportionnellement plus larges sont soumises à de plus fortes sollicitations mécaniques du fait de l'augmentation de l'angle de retournement ;
  • la forme du versoir : un versoir hélicoïdal accompagne la bande de labour dans son mouvement de retournement tandis qu'un versoir cylindrique provoque un basculement plus brutal et donc une fragmentation plus forte ;
  • la vitesse d'avancement : les sollicitations augmentent avec la vitesse ;
  • la texture du sol : elle détermine sa cohésion, celle-ci est plus faible pour les sols sableux et plus forte pour les sols argileux. Dans le cas limite d'un terrain sableux, à structure incohérente, le labour ne fera qu'un simple travail de mélange sans retournement. Dans les sols bien pourvus en argile, le degré d'émiettement dépend de l'humidité.
  • État plastique des sols colloïdaux (lié à l'humidité) : un sol sec, à cohésion forte, subit un faible taux d'émiettement et il se forme des mottes plutôt grandes. Au-delà d'un certain taux d'humidité, la bande de labour tend à être moulée par le versoir sans se désagréger. A un niveau d'humidité intermédiaire, on obtient une certain degré d'émiettement.

Types de labour

Méthodes de labour en plan
1. Labour en planche en adossant
2. Labour en planche en refendant
3. Labour à plat

Selon son déroulement en plan et le type de charrue utilisée, le labour peut se faire de deux manières :

  • le labour à plat, les bandes de terre étant toujours rejetées du même côté. Il nécessite l'usage d'une charrue réversible de façon à pouvoir inverser le sens du déversement lors d'un aller et retour ;
  • le labour en planches ou billons. C'est le seul réalisable avec une charrue simple qui tourne autour de la parcelle, et il peut se faire :
    • soit en refendant, les bandes étant rejetées vers l'extérieur de la planche (laissant au centre de la planche une « dérayure »),
    • soit en adossant, les bandes étant rejetées vers l'axe de la planche (laissant au centre de la planche un « ados »).

On peut distinguer selon la profondeur du travail :

  • les labours légers, de 10 à 15 cm, réalisés notamment pour la reprise de labours au printemps,
  • les labours moyens, de 15 à 30 cm, les plus répandus, notamment pour la culture des céréales,
  • les labours profonds, de 30 à 40 cm, pour des cultures à enracinement profond (betterave, luzernes, etc.),
  • au-delà de 40 cm, des labours de défoncement, sont réalisés notamment pour permettre la mise en culture de nouvelles terres ou pour préparer la plantation de vergers.

On peut distinguer selon l'inclinaison des bandes :

  • labour dressé,
  • labour jeté,
  • labour plat.

Conditions de réalisation du labour

Le labour effectué dépend principalement de deux séries de facteurs : le type de sol et son état, essentiellement son degré d'humidité d'une part, les réglages du matériel d'autre part.

Un bon labour, permettant une bonne fragmentation du sol, doit être réalisé dans des conditions d'humidité optimales variables selon ses caractéristiques.

En conditions trop humides, le poids du tracteur dont une file de roues roule généralement en fond de raie tasse la terre et peut provoquer la formation d'une « semelle de labour », ce qui crée un obstacle au développement des racines.

La jachère

Pratiquée périodiquement au sein de la rotation des cultures, la jachère permettait autrefois aux sols labourés de reconstituer une couche humique plus riche et un sol plus résilient aux aléas climatiques et au labour, mais depuis l'avènement des engrais, on a souvent cru pouvoir s'en passer en cultivant avec plus d'engrais chimiques et avec des tracteurs plus puissants, ce qui a finalement conduit à une dégradation accrue de la qualité biologique et structurelle des sols. L'Union européenne avait dans le cadre de la première PAC, dans un premier temps imposé un taux minimal de jachère, mais sous pression de certains représentants du monde agricole relayé par les ministres de l'Agriculture des États membres, les jachères dites énergétiques ou cynégétiques ont été acceptées, qui ne permettent plus le repos du sol.

Citation

  • « Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée et les vraies mines et trésors du Pérou ». Sully, dans Économies royales (œuvre parue entre 1594 et 1597).

Notes et références

  1. David Montgomery, Université de Washington (Seattle), étude parue dans GSA Today, une revue de la Geological Society of America
  2. ex : expérience suivie en 1999-2000 par le CIRAD au Maroc de semis direct, avec Lucien Séguy (Cirad), C. Bourguignon (LAMS) et JC. Quillet (agriculteur)

Voir aussi

Lien externe

Vidéos :

Textes :

  • "L'Amérique abandonne la charrue", article du Figaro, 19 novembre 2005
  • Rapport CIRAD 2005


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