La Traviata


La Traviata

La traviata

La traviata
Marie Duplessis, la courtisane sublimée par Dumas (Marguerite Gautier) et Verdi (Violetta Valery) Aquarelle de Camille Roqueplan

Genre Drame lyrique
Nb. d'actes 3
Musique Giuseppe Verdi
Livret Francesco Maria Piave
Langue
originale
Italien
Sources
littéraires
La Dame aux camélias, roman (1848) et drame (1852) d'Alexandre Dumas fils
Dates de
composition
Novembre 1852 - 6 mars 1853
Création 6 mars 1853
Teatro La Fenice, Venise
Drapeau: Empire d'Autriche Royaume lombard-vénitien
Création
française
6 décembre 1856
Théâtre-Italien de Paris
Représentations notables

6 mai 1854 : Teatro San Benedetto de Venise, réhabilitation triomphale après l'échec de la première
28 mai 1955 : Teatro alla Scala de Milan, consécration de Maria Callas dans le rôle de Violetta

Personnages
  • Violetta Valéry (soprano)
  • Flora Bervoix, son amie (mezzo-soprano)
  • Annina, camériste de Violetta (soprano)
  • Alfredo Germont (ténor)
  • Giorgio Germont, son père (baryton)
  • Gastone, vicomte de Letorières (ténor)
  • Le baron Duphol, protecteur de Violetta (baryton)
  • Le marquis d’Obigny, ami de Flora (basse)
  • Le docteur Grenvil (basse)
  • Giuseppe, serviteur de Violetta (ténor)
  • Un domestique de Flora (basse)
  • Un commissionnaire (basse)
  • Amis de Violetta et Flora, matadors, picadors, zingarelle, domestiques, masques (chœurs)
Airs
  • Libiamo ne' lieti calici – Acte I (Brindisi)
  • Un dì, felice, eterea - Acte I (Alfredo Violetta)
  • È strano, è strano! - Acte I (Violetta)
  • Ah fors'è lui che l'anima - Acte I (Violetta)
  • Follie! Follie! - Acte I (Violetta)
  • Sempre libera - Acte I (Violetta)
  • De' miei bollenti spiriti - Acte II (Alfredo)
  • Pura siccome un angelo - Acte II (Germont)
  • Non sapete quale affetto - Acte II (Violetta)
  • Un di quando le veneri - Acte II (Germont Violetta)
  • Ah ! Dite alla giovine - Acte II (Violetta Germont)
  • Morro' ! La mia memoria - Acte II (Violetta Germont)
  • Di Provenza- Acte II (Germont)
  • Noi siamo zingarelle - Acte II (chœur des zingarelle)
  • Di Madride noi siami mattadori - Acte II (chœur des matadors et chœur de femmes)
  • Ogni suo aver tal femina - Acte II (Alfredo)
  • Addio del passato - Acte III (Violetta)
  • Largo al quadrupede - Acte III (bacchanale)
  • Parigi, o cara - Acte III (Alfredo Violetta)
  • Ah, gran Dio, morir - Acte III (Violetta Alfredo)

La traviata[1] (« dévoyée » en français) est un opéra en trois actes de Giuseppe Verdi sur un livret de Francesco Maria Piave d'après le roman (1848) et le drame (1852) d'Alexandre Dumas fils, La Dame aux camélias.

Victime d'une distribution défaillante, La traviata s'est heurtée, lors de sa création le 6 mars 1853 au Teatro La Fenice de Venise, à l'incompréhension du public face à un drame romantique, une étude de mœurs au caractère intimiste, privé de la conventionnelle distanciation héroïque et souligné par un réalisme musical inaccoutumé.

Réhabilitée dès les représentations suivantes elle est devenue, magnifiée par les interprètes du rôle principal à la voix de soprano coloratura grand lyrique et au jeu dramatique de tragédienne, symbolisé par l'interprétation de Maria Callas, l'une des œuvres les plus jouées dans les maisons d'opéra du monde entier.

Œuvre majeure du répertoire, elle est associée, dans la chronologie verdienne, à Rigoletto (1851) et au trovatore (la version initiale et italienne du Trouvère français) (1853) sous l'appellation de « trilogie populaire ».

Sommaire

Genèse

Au cours de leur séjour parisien de décembre 1851 à mai 1852, Verdi et Giuseppina Strepponi assistent à une représentation de La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils, adaptation de son roman, créée le 2 février 1852 au théâtre du Vaudeville. Selon les propos de Maria Filomena Verdi, la fille adoptive du compositeur, rapportés par ses descendants[2], le maestro aurait entrepris la composition du futur opéra dès ce moment, alors qu'il ne disposait pas encore du livret. Toutefois, il connaissait vraisemblablement le roman à l'origine de la pièce malmenée par la censure parisienne.

Antonio Gallo, impresario du Teatro San Benedetto et ami de Verdi, avait demandé dès septembre 1851 au compositeur une nouvelle œuvre pour Venise[3]. En janvier 1852 c'est au tour de Carlo Marzari, secrétaire de la Fenice, d'approcher Verdi, lequel s'engage à écrire un opéra destiné à la saison de carnaval 1853. Un contrat est signé au printemps avec Guglielmo Brenna représentant La Fenice, prévoyant un cachet de 8 000 lires autrichiennes. Le sujet n'en est pas encore défini. Francesco Maria Piave travaille pourtant sur un livret, dont nous ne savons rien[4], jusqu'en octobre 1852, lorsque le musicien décide brusquement d'adapter La Dame aux camélias que vient de lui faire parvenir l'éditeur parisien Marie Escudier.

L'ébauche du scénario, bouclée en cinq jours, est envoyée à Venise, alors que Verdi travaille encore à la composition du trovatore. Le futur opéra porte alors le titre d'Amore e morte (« amour et mort » en français). Dans une lettre adressée en janvier 1853 à son ami napolitain Cesare De Sanctis, Verdi explique : « Je monte La Dame aux camélias qui s'appellera peut-être La traviata. C'est un sujet de notre temps. Quelqu'un d'autre n'en aurait peut-être pas voulu à cause des costumes, de l'époque et de mille autres objections bizarres, mais moi, je le fais avec un immense plaisir[5]. » Or, au grand mécontentement de Verdi, l'administration de la Fenice transpose prudemment l'action, située à l'origine à une époque contemporaine, au début du XVIIIe siècle, soit cent cinquante ans en arrière, ce qui lui permet de faire accepter le sujet par la censure.

Création

Pendant tout ce temps, des négociations sans fin au sujet de la distribution se déroulent entre le compositeur, depuis sa villa de Sant'Agata qu'il a regagnée après l'intermède parisien, et le théâtre vénitien, Piave faisant d'incessants aller-et-retour pour travailler avec Verdi et servir d'intermédiaire. Verdi s'est réservé par contrat le droit de décider après les débuts de la prima donna nouvellement engagée dans la troupe de La Fenice, Fanny Salvini-Donatelli, si celle-ci pourrait ou non chanter le premier rôle. Bien qu'elle se soit plutôt montrée à la hauteur lors de la représentation d'ouverture de la saison, Verdi, prévenu contre la soprano, informe le théâtre de la nécessité de la remplacer. Il veut « una donna di prima forza »[6], « une personnalité élégante, jeune, capable de chanter avec passion ». Il aligne des noms, indécis, et, rattrapé par l'échéance contractuelle après laquelle il ne peut plus exiger de changement dans la distribution, baisse les bras en déclarant être sûr d'un fiasco, Carlo Marzari ayant « légalement raison » mais « artistiquement tort »[7]. L'œuvre est mise en répétition sous la direction de Piave et Verdi arrive à Venise le 21 février 1853 pour en réaliser, en quinze jours, l'orchestration et diriger les dernières répétitions. Lors de la générale il se fait inutilement acerbe : il est trop tard.

La première est donnée le 6 mars 1853. Dans les décors et les costumes du XVIIIe siècle. Dans une distribution qui n'est pas celle souhaitée par Verdi et avec des interprètes déroutés par le réalisme si peu conventionnel de l'œuvre. Malgré son physique et son âge inadaptés au rôle et en dépit de son manque de sens dramatique (elle chante ses airs à l'avant-scène, sans mise en situation), seule la soprano est à la hauteur de la musique de Verdi, le baryton Felice Varesi se plaignant de n'avoir rien à chanter en comparaison de ce que Verdi avait écrit pour lui dans Macbeth ou Rigoletto.

Interprètes de la création

La Fenice en 1837
Et en 2007
  • Violetta Valéry (soprano) : Fanny Salvini-Donatelli (prima donna, soprano[8])
  • Flora Bervoix, son amie (mezzo-soprano) : Speranza Giuseppini (comprimaria, mezzosoprano)
  • Annina, camériste de Violetta (soprano) : Carlotta Berini (seconda donna, soprano)
  • Alfredo Germont (ténor) : Lodovico Graziani (primo tenore)
  • Giorgio Germont, son père (baryton) : Felice Varesi (primo baritono)
  • Gastone, vicomte de Letorières (ténor) : Angelo Zuliani (tenore comprimario)
  • Le baron Duphol, protecteur de Violetta (baryton) : Francesco Dragone (baritono comprimario)
  • Le marquis d’Obigny, ami de Flora (basse) : Arnaldo Silvestri (secondo basso)
  • Le docteur Grenvil (basse) : Andrea Bellini (basso profondo)
  • Giuseppe, serviteur de Violetta (ténor) : Giuseppe Borsato (secondo tenore)
  • Un domestique de Flora (basse) : Giuseppe Tona (corifeo basso)
  • Un commissionaire (basse) : Antonio Manzini (corifeo basso)
  • Amis de Violetta et Flora, matadors, picadors, tsiganes, serviteurs et masques (chœurs)
  • Orchestre et chœurs du Teatro La Fenice de Venise
  • Maestro al cembalo : Giuseppe Verdi
  • Premier violon et directeur d’orchestre : Gaetano Mares
  • Décors : Giuseppe Bertoja

Réception

Affiche pour la première de La traviata à la Fenice

Et c'est un fiasco : « l'un des fours les plus noirs de l'histoire de l'opéra » écrit Pascale Saint-André[9].

Le public

Pourtant, la prima donna n'en est pas entièrement responsable, du moins vocalement. Elle est même acclamée dans le premier acte. Tout comme la direction de l'orchestre par le chef Giorgio Mares vaut à Verdi un rappel après le prélude. Ce ne sont pas non plus la voix enrouée de Lodovico Graziani ou la fatigue d'un Felice Varesi en fin de carrière et ne comprenant pas son rôle qui provoquent les réactions les plus négatives du public, mais l'inadéquation de la morphologie de Fanny Salvini-Donatelli au frêle personnage de Violetta mourante : une phtisique trop bien en chair rend la situation ridicule. Dès le deuxième acte le public rit[10].

La critique

La critique locale soutient la soprano et n'accable ni la modernité du sujet ni la musique de Verdi, imputant l'incompréhension manifestée par le public face à ce sujet non conventionnel et à son traitement inhabituel à la défaillance du reste de la distribution. Le critique le plus implacable se trouve finalement être Verdi lui-même qui répand le leitmotiv de ce fiasco annoncé dans toute sa correspondance[11].

Représentations successives

Leonid Sobinov dans le rôle d'Alfredo Germont au Bolchoï en 1899. Les représentations sont alors données dans des décors et des costumes « Richelieu ».
La Traviata mise en scène par Jean-Pierre Ponnelle en 1980 à l'Opéra national du Rhin dans les décors et costumes 1850 voulus par Verdi, avec Catherine Malfitano dans le rôle de Violetta.

Ce fiasco claironné par Verdi jusque dans la Gazzetta musicale di Milano, empoisonnant la réputation de ses interprètes, n'empêche pas La traviata de se maintenir à l'affiche durant neuf représentations auxquelles le public finit par réserver un accueil honorable et qui rapportent à un Verdi d'une parfaite mauvaise foi des bénéfices bien plus substantiels que ceux procurés par ses autres œuvres[12]. Cette fureur, qu'elle soit feinte ou réelle, spontanée ou stratégique, a un objectif : interdire toute production dont il ne posséderait pas la totale maîtrise.

« Une réparation »

Ce n'est qu'à force d'amicale insistance que Piave et Antonio Gallo parviennent au bout d'une année à convaincre le maestro de remonter l'opéra au Teatro San Benedetto. Tenant compte finalement des objections de la critique précédente, et des remarques de Felice Varesi qui avait répondu pied à pied à cette attaque en règle, Verdi révise cinq numéros du second acte avec l'aide d'Emanuele Muzio qui se charge d'en faire parvenir la nouvelle édition à Tito Ricordi. De nouveau à Paris pour travailler dès le mois d'octobre 1853 avec Eugène Scribe à la préparation des Vêpres siciliennes pour l'Opéra, il confie la direction et la mise en scène de la nouvelle production de La Traviata à Piave. La distribution emporte cette fois l'assentiment du compositeur.

Le 6 mai 1854 La traviata triomphe au Teatro San Benedetto de Venise dans la distribution suivante :

  • Violetta : Maria Spezia
  • Alfredo : Francesco Landi
  • Germont : Filippo Coletti
  • Chef d'orchestre : Carlo Ercole Bosoni

Tito Ricordi écrit à Verdi :

« [...] on n'a jamais vu à Venise un succès aussi considérable que celui de La traviata, pas même celui de votre Ernani. Gallo me dit que la troisième représentation a été secouée par une tempête d'applaudissements indescriptibles et que le dernier acte a encore mieux marché que les deux premiers soirs - si tant est que cela fût possible[13]. »

Son ami Cesare Vigna, célèbre médecin aliéniste, grand mélomane et critique musical qui avait bien analysé les raisons de l'incompréhension de l'œuvre l'année précédente[14] renchérit : « Les mêmes spectateurs qui condamnèrent l'ouvrage se vantent maintenant de l'avoir jugé de tout temps comme un magnifique opéra. » Mais la plus belle récompense pour Verdi se trouve dans cet article de la Gazetta privilegiata di Venezia titré « Une réparation » sous la plume de Tommaso Locatello qui avait défendu la soprano lors de l'édition de La Fenice :

« La valeur de cette musique, c'est la somme d'éloquence contenue dans ses phrases, c'est l'habileté suprême de ses combinaisons de sons. Grâce à elles, le compositeur développe les situations par le truchement des instruments, suggère la passion mieux qu'avec les paroles, semble presque dépeindre les pensées des personnages... Celui dont les yeux restent secs devant cela n'a pas un coeur humain dans la poitrine...[15] »

L'innombrable carrière de La traviata

La série de représentations du teatro San Benedetto est aussitôt suivie de créations sur toutes les scènes italiennes et internationales. Dès lors, commence pour l'opéra une carrière innombrable. Ce n'est qu'en 1906, cinq ans après la disparition de Verdi, que l'opéra sera pour la première fois représenté dans les décors et les costumes 1850 voulus par le compositeur[16] l'action étant toujours jusque là située en 1700, comme indiqué sur le livret[17].

Le site OperaGlass classe La Traviata au huitième rang des opéras les plus représentés dans le monde[18]. L'Avant-Scène Opéra donne par exemple les chiffres de 445 représentations à l'Opéra-Comique entre 1886, année de la première et 1977, année de la dernière représentation et de 335 représentations au Palais Garnier entre 1926 et 1970[19].

Les Violetta historiques

L'opéra reposant essentiellement sur la performance de la soprano, les prises de rôle sont très attendues dont certaines sont entrées dans l'histoire de l'opéra. Les tableaux annexés donnent les premières de La traviata sur les scènes de renom international mais également, les prises de rôle les plus remarquées et leur reprise dans les autres maisons d'opéra[20].

Parmi les interprétations de Violetta se détache celle de Maria Callas dont la performance le 28 mai 1955 à la Scala de Milan sous la direction de Carlo Maria Giulini et dans la mise en scène de Luchino Visconti reste emblématique. 8

Argument

L’action se déroule à Paris et dans ses environs autour de 1850[23] (en août pour le premier acte, janvier pour le second et février pour le troisième).

Alfredo Germont, jeune homme de bonne famille, tombe éperdument amoureux d’une courtisane, Violetta, lors d’un dîner chez des amis communs. Par amour, Violetta délaisse totalement ses nombreux amants pour vivre une folle passion avec Alfredo, mais c’est sans compter sur le père moralisateur d’Alfredo, qui la persuade au nom de la conception bourgeoise de la moralité d'abandonner son fils. Violetta écrit alors une lettre de rupture à Alfredo sans expliquer les réelles raisons de leur séparation, rendant Alfredo fou furieux. La maladie dont elle était atteinte réapparaît, et c'est seule en compagnie de sa fidèle camériste que Violetta se meurt. Par une lettre de son père, Alfredo apprend qu’elle n’a jamais cessé de l’aimer et que le responsable de leur séparation n’est autre que son père. Furieux et repentant, il accourt auprès de Violetta, mais trop tard : rongée par la phtisie, Violetta meurt dans ses bras.

Acte I

L'ouverture instaure le climat tragique et inexorable de la pièce. Le rideau se lève sur une chambre d'un hôtel parisien. Pour oublier sa maladie, Violetta Valery, une demi-mondaine, donne une fête. Tous ses amis sont réunis autour d'elle, y compris son amant en titre, le baron Douphol. Au cours de cette fête, Gaston lui présente un de ses amis, Alfredo Germont. Après que tous les invités, guidés par Alfredo, ont porté un toast (le fameux « Libiamo ne' lieti calici »), celui-ci déclare sa flamme à Violetta, qui lors d'un duo entre les deux protagonistes (le « un di, felice, eterea ») se laisse prendre au jeu de l'amour après y avoir renoncé…

Acte II

Tous deux vont s'installer à la campagne et partagent un bonheur parfait lorsque Alfredo apprend par Annina, la femme de chambre, que Violetta dilapide ses propres biens pour l'entretien du ménage. Il part alors à Paris honorer les dettes de Violetta.

Restée seule, Violetta reçoit la visite du père d'Alfredo, Giorgio Germont. Celui-ci lui reproche cette union qui déshonore sa famille. Il l'accuse de dilapider les biens d'Alfredo, elle lui tend une lettre lui prouvant le contraire. Il évoque alors sa fille, fiancée à un homme dont la famille refuse de consentir au mariage tant qu'Alfredo vivra avec Violetta. Il joue ainsi sur la corde sensible de Violetta, ajoutant que sa liaison avec Alfredo n'aura qu'un temps puisqu'elle ne pourra être bénie par le mariage. Il lui demande donc de renoncer à cette liaison. Cédant à ses supplications, Violetta écrit une lettre de rupture à Alfredo et part à la fête de Flora, son amie, à Paris.

Lors d'une réception donnée par Flora, Alfredo arrive seul ; Violetta, quant à elle, arrive au bras du Baron Douphol. Après une partie de jeu où il gagne, Alfredo appelle les invités et déclare qu'il veut, devant témoin, rembourser à Violetta l'argent qu'elle a dépensé pour lui. Il jette ses gains de jeu aux pieds de Violetta ; les invités sont scandalisés par son attitude, tout comme son père qui vient d'arriver et le lui fait savoir devant toute l'assistance.

Acte III

Violetta est gravement malade, et ses jours sont comptés... Elle est dans son appartement parisien, soignée par Aninna. Elle lit et relit la Lettre de Giorgio Germont, espoir de l'amour retrouvé. Germont avoue dans cette lettre qu'il a raconté toute la vérité à Alfredo et que ce dernier va venir la voir. Sept scènes où l'on assiste à l'agonie de Violetta. Visite du docteur Granville (scène II), le Carnaval dans les rues de Paris[24] (scène III), la lettre de Giorgio et d'Alfredo, seule lueur d'espoir (scène IV), l'annonce de la venue d'Alfredo (scène V), l'amour retrouvé ( scène VI), puis Violetta annonce elle même la fin à Alfredo : « Si tu ne m'as pas sauvée par ton retour, nul au monde n'en aura le pouvoir ». Et elle meurt.

Analyse

Orchestration

Verdi conçoit l'orchestration de la Traviata sur place en quinze jours pour donner ses couleurs à la musique en fonction de l'effectif de la Fenice, qui reprend d'ailleurs les conventions en vigueur dans les principaux théâtres d'opéra de l'Italie du XIXe siècle.

  • Musique de scène
    • Acte I, scènes II-III : banda en coulisses (qui était de 24 éléments à la Fenice pour la première mais dont on ne connaît la composition que par l'édition Ricordi de 1954 qui n'est pas issue de la main de Verdi, celui-ci s'étant alors contenté de noter la musique sur deux portées)[25]
    • Acte II, scène X : tambourins, baguettes
    • Acte III, scène IV (Baccanale) : 2 piccolos, 4 clarinettes, 2 cors, 2 trombones, castagnettes, tambourins


Instrumentation de La traviata
Cordes
Premiers violons, seconds violons, altos,

violoncelles, contrebasses,

1 harpe

Bois
1 piccolo jouant la 2e flûte, 1 flûte, 2 hautbois

2 clarinettes, 2 bassons,

Cuivres
4 cors

2 trompettes

3 trombones, 2 cimbassi

Percussions
2 timbales, grosse caisse, triangle

Commentaire

En janvier 1852, Verdi écrit à Antonio Barezzi :

« [...] Je n'ai rien à cacher. Une femme habite chez moi. Elle est libre, indépendante, elle aime, comme moi, une vie solitaire qui la mette à l'abri de toute obligation. Ni moi, ni elle ne devons de compte à qui que ce soit... Qui sait si nous agissons bien ou mal, qui a le droit de nous jeter l'anathème [26] ? »

Le parallèle entre la situation et les personnages décrits par Dumas puis Piave et la vie de Verdi avec sa compagne Giuseppina Strepponi, tous deux en butte à l'hostilité de la bourgeoisie cléricale de Busseto et à l'opposition d'Antonio Barezzi, beau-père du compositeur, comme à sa difficulté de se défaire de l'emprise de son père Carlo Verdi est souvent évoqué par ses biographes.

S'il trouve dans le sujet de La Dame aux camélias un écho à sa situation personnelle (le concubinage avec une « femme libre », la campagne à Passy, le rapport au père, etc.), Verdi n'entend pas pour autant, au contraire de Dumas, faire oeuvre autobiographique. Délaissant les sujets historiques de ses précédents opéras pour se concentrer sur un sujet plus intimiste, il n'en sollicite pas moins la conscience de son public en lui proposant une autre forme d'héroïsme. Il présente avant tout une critique de la société moralisatrice du XIXe siècle portée par bien d'autres auteurs du courant réaliste ou « vériste » (Zola, Hugo, Balzac, etc.). L'étude de mœurs, privée de la distanciation permise par les situations historiques, est volontairement provocatrice. L'héroïsme est ici d'ordre privé : c'est celui d'une femme qualifiée de « perdue », de traviata, par une société qui l'utilise et ne l'admet que tant qu'elle se cantonne à ce rôle. Innocemment convaincue de pouvoir, par amour, être sauvée de cette situation de « dévoyée » dans laquelle elle est tenue enfermée, elle n'obtient sa rédemption que par la mort, après le sacrifice de cet amour, grâce auquel seront sauvegardés l'honneur et la morale de la famille « respectable » qui l'a rejetée, et dont elle n'obtient la sollicitude que parce qu'elle meurt.

Annexes

Discographie

Vidéographie

Filmographie

Bibliographie

  • Alain Duault, Michel Orcel, Stéphane Goldet, Christiane Issartel, Pierre Enckell, Jean-Michel Brèque, Jacques Gheusi, Gilles de Van, André Tubeuf, Jacques Gheusi, Jacques Bourgeois, Jean Cabourg, Pierre Flinois, Elisabeth Soldini, La traviata dans L'Avant-Scène Opéra, Editions Premières Loges, Paris, 2008, 160 p. (ISBN 978-2-84385-242-8)
  • Pascale Saint-André, La traviata dans Guide des opéras de Verdi, Jean Cabourg, directeur de la publication Fayard, collection Les indispensables de la musique, Paris, 1990, pp. 525-605 (ISBN 2-213-02409-X)
  • Gustave Kobbé, La traviata, dans Tout l'opéra, de Monteverdi à nos jours (Kobbé), Robert Laffont, Collection Bouquins, 1993, pp. 391-394 (ISBN 2-221-07131-X)
  • Piotr Kaminski, La traviata, Fayard, collection Les indispensables de la musique, Paris, 2004, pp. 1602-1605 (ISBN 978-2-213-60017-8)

Notes et références

  1. Également parfois nommée Violetta ossia la traviata : commentaires d'Henri Béhar dans l'édition Pocket de La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils (1994, p. V)
  2. Mary Jane Phillips-Matz, Verdi, p. 363
  3. Lettre de Verdi à Gallo citée par Mary Jane Phillips-Matz, op. cit., p. 379
  4. Piotr Kaminski précise que ce livret ne nous est pas parvenu et qu'il n'en existe aucune trace, constituant l'une des inconnues de la biographie verdienne. Kaminski, Mille et un opéras, p. 1603
  5. Lettre du 1er janvier 1853 de Verdi à De Sanctis citée par Mary Jane Phillips-Matz, op. cit., p. 384
  6. Pascale Saint-André, Guide des opéras de Verdi, p. 570
  7. Mary Jane Phillips-Matz, op. cit., p. 383
  8. Suivent les appellations en usage dans l'opéra italien du XIXe pour classer les rôles (associés à la tessiture) par rang d'importance : primi « premiers rôles », comprimari entre les « premiers » et les « seconds rôles », secondi « seconds rôles », corifeo « premier choriste »
  9. Pascale Saint-André, op. cit., p. 570
  10. Pascale Saint André, op. cit., p. 571
  11. Voir à ce sujet les lettres de Verdi citées par Mary Jane Phillips-Matz (op. cit., p. 386)
  12. Phillips-Matz, op. cit. p. 387
  13. Lettre du 22 mai 1854 de Tito Ricordi à Verdi, citée par Mary Jane Phillips-Matz, op. cit. p. 392
  14. Phillips-Matz, op. cit. p. 386
  15. Critique de la Gazetta privilegiata di Venezia citée par Pascale Saint André, op. cit., p. 571
  16. Phillips-Matz, op. cit., p. 393
  17. Cf. le programme de la Fenice en ligne
  18. Lire en ligne
  19. Lire en ligne
  20. Ce sont celles citées notamment par Kaminski, le Kobbé et/ou dans l'Avant-Scène Opéra (Cf. op. cit.).
  21. La Penco était la Violetta rêvée par Verdi qui n'a pu l'avoir pour la création parce qu'elle chantait Il trovatore à Rome à ce moment-là : « La Penco est belle, émouvante et se tient bien en scène. » Lettre de Verdi à Marzari citée par Pascale Saint André, op. cit., p. 570
  22. Joan Sutherland rechantera Violetta au Met en 1970 sous la direction de son mari Richard Bonynge
  23. L'action est transposée au début du XVIIIe siècle pour les premières représentations : ce n'est qu'après 1914 qu'elle retrouvera son époque d'origine, contemporaine de la création, alors jugée périlleuse pour cause de censure par l'administration de la Fenice. Kaminski, op. cit., p. 1603
  24. On entend notamment le chœur en coulisse « Largo al quadrupede », des bouchers parisiens de la Promenade du Bœuf Gras, cortège du Carnaval de Paris.
  25. Marco Marica, Brochure de la Fenice, p. 120 Lire en ligne (it)
  26. Lettre de janvier 1852 de Verdi à Antonio Barezzi, citée par Pascale Saint-André, op. cit., p. 570

Sources

  • Istituto nazionale di studi verdiani
  • Ouvrages cités

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