La France sous les gouvernements Pompidou (1962-1968)

La France sous les gouvernements Pompidou (1962-1968)

La France de 1962 à 1974

Histoire de la France de 1962 à 1974. Malgré quelques secousses (grèves des mineurs en 1963, dissolutions et référendum), Georges Pompidou exerce, d'abord en tant que Premier ministre de Charles de Gaulle (1962-1968), puis en tant que président de la République (1969-1974) en pleine Trente Glorieuses, période de croissance économique forte, et restera ainsi aux yeux de certains [Qui ?] le symbole du renouveau, de la modernisation gaullienne de la France des années 1960. Cinq gouvernements se succèdent de la fin de la guerre d'Algérie, en 1962, qui marque la fin (relative) de la décolonisation de l'Empire colonial français, à 1968. Au niveau international, 1962 est aussi l'année de la crise des missiles à Cuba, dont le dénouement ouvre la période de la Détente : l'« équilibre de la terreur » laisse la place à la destruction mutuelle assurée (MAD), les superpuissances s'affrontant de façon indirecte, sur des champs périphériques (les proxy wars, en Angola, au Mozambique, etc.).

Après la crise de mai 68 et le rejet du référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation en avril 1969, présenté comme un plébiscite vis-à-vis du général Charles de Gaulle, qui dirige la politique extérieure et intérieure française depuis son retour au pouvoir en mai 1958, Georges Pompidou est élu à la présidence de la République. Le choc pétrolier de 1973 marque un tournant dans l'histoire mondiale, mettant fin aux Trente Glorieuses. Un an plus tard, Valéry Giscard d'Estaing accède à la présidence, marquant la fin de l'hégémonie gaulliste sur la vie politique française, Giscard incarnant une sensibilité davantage libérale et européenne.

Sommaire

La formation du premier gouvernement Pompidou (avril 1962)

Après le référendum d'avril 1962 approuvant les accords d'Évian qui mettent fin à la guerre d'Algérie, Georges Pompidou est nommé Premier ministre le 14 avril 1962. C'est un quasi inconnu que nomme le général de Gaulle pour succéder à Michel Debré. Sa carrière faillit s'interrompre quand [Quand ?] il mit sa démission en jeu [réf. nécessaire] pour obtenir du Général de Gaulle la grâce du général Jouhaud, l'un des putschistes d'Alger, qui aurait dû être fusillé après sa condamnation à mort.

Pompidou forme son premier gouvernement avec cinq ministres d'Etat: André Malraux qui conserve son poste aux Affaires culturelles, l'éphémère Pierre Pflimlin du MRP à la Coopération, Louis Jacquinot (proche des Républicains indépendants de Giscard) aux DOM-TOM, tandis que Louis Joxe est reconduit aux Affaires algériennes et que Gaston Palewski, qui sera, avec Pierre Messmer, « fortement irradié » [1] lors de l'accident de Béryl le 1er mai 1962, est chargé de la Recherche scientifique et des questions atomiques. Outre ces ministres, on retrouve l'inamovible Maurice Couve de Murville aux Affaires étrangères (occupant ce poste depuis le retour au pouvoir de De Gaulle en 1958, il le restera dix ans), Roger Frey à l'Intérieur, Pierre Messmer aux Armées (il conserve ce poste de 1960 à 1969) et Giscard aux Finances. Les fidèles gaullistes ont donc une part importante dans ces gouvernements, et la continuité de leur présence, à travers les différents gouvernements, à des ministères clefs, assure le maintien de la politique gaullienne de la France: par-delà les différents gouvernements, de Debré à Pompidou et jusqu'à son départ en 1969, c'est bien le président qui contrôle la politique extérieure et intérieure de la France.

Suite à la conférence de De Gaulle rejetant l'« Europe intégrée », les cinq ministres du MRP (dont Pflimlin et Maurice Schumann) démissionnent le 15 mai 1962, conduisant à un remaniement ministériel. Deux autres léger remaniements ont lieu en septembre, alors que la droite obtient la majorité lors des sénatoriales, et en octobre 1962.

Le 28 octobre 1962, le succès du référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République renforce la position de De Gaulle. Le choix de ne pas passer par l'article 89 de la Constitution qui prévoit les procédures de révision constitutionnelle conduit l'ensemble des partis, hormis la majorité gaulliste, à voter une motion de censure le 5 octobre 1962 contre le gouvernement. Pompidou présente alors sa démission, refusée par de Gaulle, qui préfère dissoudre l'Assemblée nationale le 10 octobre. Jusqu'au référendum, le gouvernement se contente d'expédier les affaires courantes.

Le président du Sénat Gaston Monnerville (GD) parle quant à lui de « forfaiture » et saisit le Conseil constitutionnel, qui se déclare, le 6 novembre 1962, incompétent pour juger inconstitutionnelle une réforme approuvée par référendum, quand bien même elle n'aurait pas respecter l'art. 89.

Second gouvernement Pompidou (novembre 1962-1966)

Les législatives de fin novembre 1962 sont remportées par les gaullistes (51,34%), mais les accords de désistement entre le PCF et la SFIO au second tour leur permet une progression importante de leurs sièges. Pompidou forme alors son deuxième gouvernement, fin novembre, qui dura jusqu'à 1966. Celui-ci a une composition semblable au premier, formé majoritairement de membres de l'UNR gaulliste et de quelques Républicains indépendants, représentant la tendance libérale (au sens économique), regroupés autour de Giscard.

Le 22 janvier 1963, de Gaulle signe avec le chancelier allemand Konrad Adenauer le traité de l'Élysée, concrétisant ainsi le rapprochement franco-allemand.

Aux cantonales de mars 1964, la gauche progresse nettement, de même que lors des sénatoriales de septembre 1965. Lors des municipales de mars 1965, la droite ne l'emporte qu'à l'aide des candidats divers droite, non affiliés aux partis principaux: le PCF obtient autant que les Républicains indépendants (3,7%) et la SFIO obtient légèrement plus que l'UNR gaulliste (8,7% contre 8,5%).

Au niveau de l'aménagement du territoire, la promulgation en 1964 de la loi Debré sur la résorption des bidonvilles accorde un rôle important à la SONACOTRA, créée en 1956 sous le nom de « Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens et leurs familles ». Les années 1960 sont en effet aussi celles où l'Etat et les patrons français font appel à la main d'œuvre d'origine étrangère. L'Etat initie alors une politique de construction intensive des foyers de travailleurs migrants, entre 1966 et 1972 [2]. C'est aussi en 1963 que Michel Debré met en place le BUMIDOM (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer) qui a « pour objet de contribuer à la solution des problèmes démographiques intéressant les départements d'outre-mer. » Celui-ci a été impliqué dans le scandale dit des « Enfants de la Creuse »[3].

En avril 1965, les six Etats membres de la Communauté économique européenne (CEE) signent le Traité de fusion des exécutifs communautaires, qui fusionnent les exécutifs de la CEE avec ceux de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) et Euratom. Deux mois plus tard, opposé à la construction d'une fédération européenne, de Gaulle pratique la « politique de la chaise vide », qui ouvre une crise, résolue en janvier 1966: le principe du vote à la majorité qualifiée est suspendu lorsque des intérêts importants d'un des Etats membres de la CEE est en jeu.

Alors que la campagne pour la première élection présidentielle au suffrage universel direct depuis le 10 décembre 1848 a déjà commencé, une affaire mystérieuse jette un froid sur le pouvoir. En effet, le 29 octobre 1965, l'opposant socialiste marocain Mehdi Ben Barka est enlevé devant la brasserie Lipp, à Paris, avec la complicité du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE). Ben Barka était en train d'organiser la Conférence tricontinentale de La Havane, prévue pour 1966, qui devait réunir les « mouvements révolutionnaires du tiers monde », sorte de pendant des partis anticolonialistes au Mouvement des non-alignés. Le 21 février 1966, les responsabilités de l'Etat français n'étant pas encore connues, de Gaulle déclare: « Du côté français que s'est-il passé ? Rien que de vulgaire et de subalterne. Rien, absolument rien, n'indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l'opération, a fortiori qu'ils l'aient couverte. » Une enquête judiciaire est néanmoins ouverte; quarante après, elle se poursuite, l'affaire d'Etat, qui implique à la fois la France et le Maroc de Hassan II, n'ayant pas été éclaircie.

En décembre 1965, l'élection présidentielle a lieu. De Gaulle ne s'était officiellement présenté que le 4 novembre (une semaine après l'enlèvement de Ben Barka), déclarant au JT de 20 heures: « Que l'adhésion franche et massive des citoyens m'engage à rester en fonctions, l'avenir de la République nouvelle sera décidément assuré. Sinon, personne ne peut douter qu'elle s'écroulera aussitôt [4]. » A gauche, François Mitterrand (Convention des institutions républicaines) a réussi à obtenir le soutien de tous les partis, de la SFIO au PCF. Ce dernier réussit à mettre De Gaulle en ballotage: Mitterrand obtient près de 32% des voix, tandis que de Gaulle obtient 44,65% des voix. Jean Lecanuet, candidat du MRP, obtient plus de 15%, et le candidat de l'extrême-droite, Jean-Louis Tixier-Vignancour (qui a Jean-Marie Le Pen comme directeur de campagne) obtient un peu plus de 5%. De Gaulle est élu au second tour avec 55% des voix (le taux d'abstention, lors du 1er et 2e tour, avoisine les 15%, tandis que la campagne marque l'importance nouvelle de la télévision, la France comptant alors plus de 6 millions de récepteurs [réf. nécessaire].)

Troisième et quatrième gouvernement Pompidou (janvier 1966-31 mai 1968)

Début 1966, Pompidou forme son troisième gouvernement, qui dure jusqu'en avril 1967. Valéry Giscard d'Estaing, impopulaire au Ministère de l'Economie, est remplacé par le fidèle du général Michel Debré. Giscard fonde alors la Fédération nationale des républicains et indépendants, qui, tout en proclamant son appartenance à la majorité, se déclare « centriste » et « européen », tranchant ainsi avec le refus de De Gaulle d'accepter l'adhésion du Royaume-Uni à la CEE, refus renouvelé en 1967. Jacques Chirac, surnommé « mon bulldozer » par Pompidou, obtient sa première fonction gouvernementale,en tant que secrétaire d'État à l'Emploi auprès du ministre des Affaires sociales Jean-Marcel Jeanneney.

La Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS), qui rassemble à l'initiative de François Mitterrand les courants non-communistes depuis décembre 1965, s'organise en mars 1966 en contre-gouvernement, à l'image du shadow cabinet britannique. Alors qu'une grève générale est organisée à l'appel de tous les syndicats, l'opposition socialiste dépose au printemps 1966 une motion de censure, défendue par Guy Mollet, contre le gouvernement [5]: elle proteste en effet contre le retrait du commandement intégré de l'OTAN, décidé par De Gaulle en mars, Maurice Faure (du Rassemblement démocratique) déclarant alors « si chacun de nos alliés se comportait comme vous le faîtes et prenez les décisions que vous venez de décréter, cela ne signifierait rien d'autre que le retrait de toutes les forces américaines du continent européen. » [5]

Lors des législatives de mars 1967, la majorité recule au profit de la gauche, qui confirme son avantage lors des cantonales de septembre 1967. A la demande de De Gaulle, Pompidou, réélu dans le Cantal, forme alors son quatrième gouvernement, qui dure jusqu'au 31 mai 1968. Critiqué par le PCF, le contre-gouvernement de la FGDS ne se rassemble plus que sporadiquement, avant de se dissoudre après mai 68. Marie-France Garaud, qui deviendra avec Pierre Juillet l'éminence grise de Pompidou, est nommée chargée de mission auprès du Premier ministre.

Le nouveau gouvernement Pompidou prend un certain nombre de mesures: mise en place du Plan calcul, sous l'impulsion du Ministre de l'Économie Michel Debré; création en juillet 1967 de l'ANPE, alors que la France compte 430 000 chômeurs, soit 2 % de la population active[6]; la participation des salariés aux résultats de l'entreprise devient obligatoire dans les entreprises de plus de 100 salariés; et loi Neuwirth autorisant la contraception, en décembre 1967. On inaugure aussi l'autoroute du Nord, reliant Paris à Lille.

La guerre du Biafra

Article détaillé : Guerre du Biafra.

C'est en mai 1967 qu'éclatent à la fois la guerre du Biafra, qui fait de un à deux millions de morts [7], et les émeutes en Guadeloupe, dont la répression fait entre 80 et 200 morts [8].

Soutenue par de Gaulle, qui déclare à son conseiller aux affaires africaines Jacques Foccart souhaiter le « morcellement » du Nigeria [9], Paris alimente en armes, sous couvert d'aide alimentaire, la sécession menée par le colonel Ojukwu. Ce dernier a installé à Paris le Biafra Historical Research Center, où travaillent le mercenaire Bob Denard et Roger Faulques, ex-colonel pendant la guerre d'Algérie et ancien membre du 11e Choc[7]. Au milieu de l'année 1968, les premières photos de Biafrais victimes de la famine sont médiatisées, alarmant l'opinion publique internationale. Le Nigeria est alors soupçonné de génocide envers les Igbos. Les French doctors (Bernard Kouchner, etc.) lancent alors l'ONG Médecins sans frontières pour venir en aide aux réfugiés. De l'autre côté, Londres et Moscou soutiennent le Nigeria du général chrétien Yakubu Gowon, ainsi que Washington (qui s'abstient cependant de l'alimenter en armes).

Le Nigeria avait déjà agacé Paris en étant l'un des seuls pays, avec le Maroc, à protester vivement contre le troisième essai nucléaire français, Gerboise rouge, effectué le 27 décembre 1960 à Reggane, au Sahara algérien. Lagos avait alors expulsé l'ambassadeur de France Raymond Offroy et interdit aux avions et aux navires français de toucher son sol, provoquant la colère de de Gaulle et de Pierre Messmer, alors ministre des Armées. Quarante ans plus tard, ce dernier déclara :

« Je ne pardonnai pas [au Nigéria] son attitude après nos tirs nucléaires à Reggane. Ça permettait [le soutien au Biafra] de lui faire payer ! Il avait été à la fois provoquant et ridicule. Provoquant, en essayant de soulever les gouvernements africains contre les tirs nucléaires français. Et ridicule en disant : "Nous Nigéria, nous aurons la bombe atomique." Ce sont des grotesques. Je ne leur ai pas pardonné. »[7]

Mai 68

Article détaillé : Mai 68.

Pendant les événements de mai 1968, tout en négociant avec les représentants syndicaux les accords de Grenelle - avec l'aide précieuse de son Secrétaire d'État à l'Emploi Jacques Chirac -, il préconise auprès du général de Gaulle la dissolution de l’Assemblée. Beaucoup [Qui ?] dans l’entourage du général jugent cette proposition « suicidaire » et penchent pour un référendum, pensant que c'est l'alliance de Gaulle-Pompidou (fermeté du général-négociations du Dauphin, comme pour les négociations de Grenelle) qui va faire sortir le pays de ce séisme. De Gaulle dissout onze organisations révolutionnaires par le décret présidentiel du 12 juin 1968. A la suite de celui-ci, la Gauche prolétarienne, à laquelle appartient Jean-Paul Sartre, est créée. L'Organisation communiste internationale (OCI) de Pierre Lambert obtiendra en 1970 l'annulation par le Conseil d'Etat de sa dissolution en contestant l'application du décret à elle-même. A droite, le Service d'action civique (SAC), une officine du pouvoir gaulliste, créé l'Union nationale inter-universitaire (UNI), un syndicat étudiant de droite, afin de contrer la gauche. L'extrême-droite nationaliste n'est pas en reste, le groupe Occident n'ayant pas été dissous par le décret du 12 juin.

De mauvaise grâce, le président finit par se rallier aux conseils de son Premier ministre et les élections qui s’ensuivent (23 et 30 juin 1968) sont un triomphe pour l’UDR (Union pour la défense de la République) qui rassemble l’ancienne UNR (devenue entre temps UD-Ve) et quelques ralliés [Qui ?].

Georges Pompidou est réélu dans le Cantal, la gauche est battue, nombre de ses leaders ne sont pas réélus, en particulier Pierre Mendès France. Mais de Gaulle, irrité d’avoir eu tort contre Pompidou, contraint celui-ci à démissionner le 10 juillet, le plaçant « en réserve de la République ». Il est remplacé par Maurice Couve de Murville.

Ce dernier dirige un gouvernement éphémère (1968-1969), qui répond toutefois à la crise universitaire en promulguant la loi Faure (novembre 1968), qui modifie profondément l'organisation de l'université, dans le sens d'une plus grande démocratisation de celle-ci.

De la rupture entre Pompidou et de Gaulle à l'élection à la présidence de Pompidou

A l'automne 1968, l'affaire Markovic éclate: le garde du corps d'Alain Delon a été assassiné. On tente alors de compromettre sa femme en faisant circuler des rumeurs à son sujet (on parle de photos d'orgies où Claude Pompidou, sa femme, figurerait). Blessé à l'extrême, il reprochera à l’Élysée de ne pas l'avoir averti, d'avoir laissé cette rumeur déshonorante, basée sur les paroles d'un voyou, se propager. C'est le point de rupture définitif entre le général et Pompidou. Pompidou se consacre alors à ses mandats locaux.

Interrogé le 13 février 1969 par la Télévision suisse romande sur le fait de savoir s'il pensait avoir un avenir politique, Pompidou répondit alors : « Je ne pense pas avoir d'avenir politique; j'ai un passé politique; j'aurai peut-être un jour, si Dieu le veut, un destin national » [réf. nécessaire]. Cette déclaration lui valut toutefois une remontrance officielle de l'Élysée, qui la déclare prématurée.

Deux mois plus tard, de Gaulle démissionne après l'échec du référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, qui se présente comme un plébiscite en faveur du général. Le NON obtient 52,41% des voix le 27 avril 1969, désavouant ainsi de Gaulle. Une élection présidentielle est organisée, qui voit s'opposer le candidat gaulliste Pompidou, soutenu par les Républicains indépendants de Giscard, au candidat de droite Alain Poher, tandis que la gauche est divisée, le candidat communiste, Jacques Duclos, arrivant 3e, talonnant Poher avec plus de 21% des voix (contre 23% pour Poher), le nouveau Parti socialiste, qui succède à la SFIO, n'obtenant qu'un peu plus de 5% sur la candidature de Gaston Defferre, tandis que Michel Rocard obtient 3,61% des voix pour le Parti socialiste unifié (PSU).

La présidence Pompidou (1969-1974) commence, avec le gouvernement Chaban-Delmas (juin 1969-juillet 1972), qui présente un programme de « nouvelle société » pour faire face au défi représenté par l'explosion de mai 68. A gauche, les mouvements non-communistes s'unissent au sein du PS, le congrès d'Épinay (juin 1971) aboutissant à l'élection de François Mitterrand comme secrétaire général, chargé de préparer le Programme commun de gauche, signé le 26 juin 1972 avec le PCF de Georges Marchais et le Parti radical de gauche.

Politique intérieure

Au niveau national, George Pompidou entend moderniser la France : il continue la modernisation économique et l'industrialisation, tout en devant faire face à des conflits sociaux et aux premiers contrecoups du choc pétrolier de 1973.

Il développe l'automobile au détriment des autres modes de transport. Il dit à ce propos en 1971 : « Il faut adapter la ville à l'automobile ». Le nombre de cyclistes régresse et le nombre d'automobilistes augmente significativement. Dans bon nombre de villes beaucoup de vieux quartiers sont détruits pour faire place à des voies express ou élargir certains axes comme à Lyon avec le tunnel de Fourvière[réf. nécessaire]. En matière d'aménagement du territoire, il soutient aussi le plan autoroutier pour Paris. Il fait fermer de nombreux réseaux de chemins de fer secondaires au nom de la modernité.

Il favorise le développement de l'agriculture intensive et de l'agro-industrie par la mécanisation et l'utilisation d'engrais et de pesticides [10]. Dans le même temps, il lance les premiers labels et les appellations d'origine contrôlée.

Confronté à l'agitation gauchiste, le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin décide de limiter la liberté d'association prévue par la loi 1901, en soumettant celle-ci à un contrôle administratif. Il s'oppose en particulier à la constitution, par Simone de Beauvoir, d'une association visant à reconstituer la Cause du peuple, une organisation maoïste. Le projet de Marcellin essuie cependant un refus du Conseil d'Etat (décision Liberté d'association du 16 juillet 1971, qui consacre cette dernière comme principe fondamental reconnu par les lois de la République, amorçant une « révolution constitutionnelle »).

Lanza del Vasto au moment de son jeûne sur le Larzac contre l'extension du camp militaire.

L'après-mai 68 est aussi marqué par le projet autogestionnaire du Parti socialiste unifié (PSU) et de la CFDT, qui appuient l'expérience de Lip à Besançon. Dans le Larzac, un mouvement pacifiste s'oppose à l'extension d'un camp militaire décidé par le ministre de la Défense Michel Debré. C'est aussi l'époque du mouvement hippie.

Politique extérieure

La première initiative de Pompidou en politique extérieure est de convoquer un sommet des chefs d'État des six membres de la Communauté économique européenne pour rompre l'isolement diplomatique de la France et donner une nouvelle dynamique à la construction européenne : c'est la relance de La Haye. Si la défense des intérêts nationaux de la France sont prioritaires, il se montre sincèrement européiste[11].

Sur la scène internationale, Georges Pompidou continue la politique gaullienne d'indépendance tout en l'assouplissant, notamment à l'égard des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Alors que Nixon est au pouvoir aux Etats-Unis, la firme Westinghouse cède en 1974 sa licence concernant les réacteurs nucléaires à eau pressurisée à FRAMATOME, permettant à celle-ci de construire le parc nucléaire français actuel.

Références

  1. Messmer: « Nous avons été fortement irradiés », Le Nouvel Observateur n°1608, 31 août 1995
  2. Marc Bernardot, « Camps d’étrangers, foyers de travailleurs, centres d’expulsion : les lieux communs de l’immigré décolonisé », Cultures & Conflits, no 69, printemps 2008, mis en ligne le 8 juillet 2008.
  3. « Livre: Enfants Réunionnais en Exil », RFO, 25 octobre 2007
  4. Cité par Le Monde, 22 août 2006, page 14.
  5. a  et b Assemblée nationale : le débat de censure, ORTF - 19/04/1966 - 00h20m51s (sur les archives de l'INA)
  6. L'Expansion, n°273, oct. 2007, p. 126
  7. a , b  et c Jean Guisnel, « Derrière la guerre du Biafra, la France », in Histoire secrète de la Ve République (dir. Roger Faligot et Jean Guisnel), La Découverte, 2006, 2007 (pp. 147-154).
  8. Jean-Moïse Braitberg, La Guadeloupe n’a pas oublié les événements de mai 67, Bakchich, 17 mai 2009.
  9. Jacques Foccart, Foccart parle. Entretiens avec Philippe Gaillard, tome I, Fayard/Jeune Afrique, Paris, 1995, p.342, cité par Jean Guisnel, « Derrière la guerre du Biafra, la France », in Histoire secrète de la Ve République (dir. Roger Faligot et Jean Guisnel), La Découverte, 2006, 2007, p.148
  10. (fr) Colloque de l'association Georges-Pompidou sur sa politique agricole
  11. Marie-Thérèse Bitsch « Le sommet de La Haye. L’initiative française, ses finalités et ses limites » dans la Revue d'histoire de l'intégration européenne.

Voir aussi

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