Kamba


Kamba

Kambas

Kambas
Portrait d'un Mukamba avant 1923
Portrait d'un Mukamba avant 1923
Populations significatives par régions
Population totale
Langue(s)
Kamba
Religion(s)

Les Kambas (ou Akambas, Wakambas, Mukamba au singulier) forment une ethnie bantoue vivant dans la semi-aride Province orientale du Kenya, des environs de Nairobi et Tsavo à Embu au nord. Leur pays s'appelle Ukambani. Selon les sources, ils représentent entre le troisième et le cinquième groupe ethnique du Kenya. Ils parlent le kikamba.

Sommaire

Origine et migration

Les Akambas se sont installés sur leurs terres actuelles en provenance de la Tanzanie occidentale (Unyamwezi) en passant par les monts Usambara et le Kenya oriental. Alors qu'ils s'installent sur les plateaux, leur population augmente. Certains anthropologues pensent que les Akambas sont issus d'un mélange de peuples est-africains et ont des similarités avec les fermiers Bantous (Kikuyus, Taitas), les nomades nilotes (Masaïs, Kalenjins, Boranas, etc.) et les communautés koushites avec lesquels ils partagent leurs frontières, à l'est de Tsavo. Les Akamba exercent souvent différentes professions : agriculteurs, chasseurs, un grand nombre étant étonnamment nomades. Le commerce sous forme de troc est pratiqué avec les Kikuyu, les Masaï, les Amerus et les Embus à l'échelle locale ainsi qu'avec les Mijikendas et les Arabes sur la côte en chevauchant à travers les plaines orientales du Kenya.

Au cours des années, ils étendent leur activité commerciale et exercent leur contrôle économique le long de la partie centrale du territoire correspondant à l'actuel Kenya (en Kikamba, Kiinyaa signifie « montagne de l'autruche »), depuis l'océan Indien à l'est jusqu'au lac Victoria à l'ouest et au lac Turkana au nord. Les Akamba échangent en biens locaux comme la bière de canne, l'ivoire, les amulettes en laiton, les outils et les armes, le mil et le bétail. La nourriture obtenue par le commerce leur assure une sécurité vis à vis de la sécheresse et des famines. Ils se fournissent également en produits à vertus médicinales connues sous le nom de miti (littéralement « plantes »), obtenus à partir des nombreuses plantes trouvées dans les plaintes d'Afrique de l'Est. Les Akambas sont toujours réputés pour leur travail dans la vannerie et la poterie. Leurs penchants artistiques sont évidents dans leur travail de sculpture exposé dans de nombreuses galeries et boutiques d'artisanat dans les villes principales du Kenya.

Au milieu du XVIIIe siècle, une grande partie des groupes nomades Akambas se déplacent vers l'est, depuis Tsavo et Kibwezi vers la côte. Cette migration est le résultat d'une sécheresse intense et d'un manque de pâtures pour le bétail. Ils colonisent les régions de Mariakani, Kisauni et Kinango, fondant les bases d'un environnement urbain. Ils se trouvent toujours en grand nombre dans ces villes et ont été assimilés dans la vie culturelle, économique et politique moderne de la province de la Côte. Plusieurs politiciens notables, hommes et femmes d'affaires sont des descendants directs de ces pasteurs itinérants.

Colonialisme et XIXe siècle

À la fin du XIXe siècle, les Arabes détournent le commerce côtier des Akambas qui deviennent des classes moyennes entre les commerçants arabes et swahili et les tribus de l'arrière-pays. Ils deviennent des guides idéaux pour les caravanes des marchands d'esclaves du Moyen-Orient et d'Inde. Très tôt, les Européens les utilisent également lors de leurs expéditions d'exploration de l'Afrique de l'Est en raison de leurs connaissances précises de ces régions et de leur neutralité vis-à-vis de nombreuses autres tribus.

La résistance Akamba au colonialisme est principalement non violente par nature. Parmi les leaders les plus connus figurent Syokimau, Syotune wa Kathukye, Muindi Mbingu, puis Paul Ngei, JD Kali et Malu de Kilungu (un endroit localement connu sous le nom de Mitini kwa Malu). Ngei et Kali sont emprisonnés par le gouvernement colonial pour leurs protestations. Syotune wa Kathukye mène une protestation pacifique pour récupérer le bétail confisqué par le gouvernement colonial britannique au cours d'une de ses expéditions répressives sur les populations locales. Muindi Mbingu est arrêté pour avoir mené une nouvelle marche de protestation pour le recouvrement de leurs terres autour des collines Mua dans le district de Masaku que les colons britanniques se sont appropriés pour eux-mêmes. JD Kali, avec Paul Ngei, rejoignent le mouvement Mau Mau pour que les kenyans se réapprorient le Kenya. Il est de nouveau emprisonné, à Kismayu, pendant les affrontements entre le gouvernement et les combattants de la liberté.

Organisation sociale

Dans la culture Kikamba, la famille est centrale dans la vie de la communauté. L'homme, qui est le chef de la famille, est responsable d'une des activités économiques populaires parmi la communauté, comme le commerce, la chasse, la garde des troupeaux (ses propres vaches) ou l'agriculture. Il est appelé Nau, Tata ou Asa.

La femme, quelle que soit l'occupation de son mari, travaille sur les terres qui lui reviennent en rejoignant la propriété de son mari. Elle fournit la quantité de nourriture consommée par la famille. Elle fait pousser le maïs, le millet, les patates douces, les citrouilles, les haricots, les pois cajan, les épinards, l'herbe aux flèches, le manioc et, dans les régions plus froides telles que Kangundo, l'igname. C'est le rôle de la mère d'élever les enfants. Même lorsqu'ils atteignent l'âge adulte, ils ne contredisent jamais les souhaits de leur mère. Elle est appelée Mwaitu (« la Nôtre »). Très peu de distinction est faite entre les enfants des frères et sœurs. Ils s'adressent à leurs oncles et tantes comme à leurs père et mère, à leurs cousins et cousines comme à leurs frères et sœurs. Les enfants se déplacent souvent d'une propriété à une autre sans gêne et se sentent chez eux chez les proches de leurs parents qui, en charge de leurs neveux et nièces, sont de facto leurs parents.

Les grands-parents (Susu et Umau) aident dans les corvées les moins pénibles autour de la maison, comme la fabrication de cordes, le tannage du cuir, le nettoyage des calebasses et la confection de flèches. Les vieilles femmes continuent le travail de la terre, étant donné que c'est vu comme une source d'indépendance et de sécurité économique. Elles s'occupent aussi de la vente dans les marchés locaux, bien que pas exclusivement. Dans la famille Kikamba moderne, la femme, spécialement dans les régions urbaines, pratique des professions comme l'enseignement, le secrétariat, la gestion ou la couture, en accord avec l'évolution socio-économique du Kenya.

Culture et croyance

L'identité est un aspect important chez les Akambas. Les enfants sont souvent affectueusement appelés Musumbi (« le roi ») et Muthoki/Nthoki (« celui/celle qui a été longtemps attendu(e) »). Ils sont nommés en fonction du temps ou des évènements se déroulant après leur naissance. Par exemple, Nduku est un nom donné à un bébé-fille et Mutuku à bébé-garçon nés la nuit. Les enfants nés pendant la pluie peuvent être nommés Mumbua pour une fille ou Wambua pour un garçon. Ils peuvent également être nommés d'après un ancêtre vivant ou mort, selon la relation des parents avec la personne.

Comme les Masaïs et les Agikuyus, les Akamabas croient en un dieu monothéiste, invisible et transcendent, Ngai ou Mulungu, vivant dans le ciel (yayayani). Asa (« le Père ») est un autre nom vénérable pour leur dieu. Il est aussi connu sous le nom de Mwatuangi. Il est perçu comme le créateur omnipotent de la vie sur la Terre et une entité miséricordieuse. Les Akamba traditionnels perçoivent les esprits de leurs morts, les Aimu/Maimu, comme les intercesseurs entre eux et Ngai. Ils sont honorés dans les rituels familiaux et les offrandes ou libations sur les autels individuels.

Musiques

L'amour des Akamabas pour la musique et la danse est une évidence dans leurs performances spectaculaires à de nombreuses occasions dans leur vie quotidienne ou lors d'évènements d'importances régionales et nationales. Dans leurs danses, ils montrent une agilité et une habilité athlétiques sur des mouvements acrobatiques et corporels. Leurs techniques et leur style ressemble à ceux des Tutsi du Rwanda et du Burundi et des Embu du Kenya.

Les styles de danses traditionnels des Akamba sont :

  • Mwali (pl. : Myali) : une danse accompagnant une chanson, généralement pour critiquer un comportement anti-social
  • Kilumi et Ngoma : des danses religieuses, pratiquées lors des cérémonies de guérison ou pour faire pleuvoir
  • Mwilu : une danse de la circoncision
  • Mbalya ou Ngutha : une danse pour les jeunes qui se réunissent afin de se divertir après les journées de corvées
  • Kamandiko : le disco moderne

Les danses sont souvent accompagnées de chansons composées pour l'occasion (mariages, naissances, évènement nationaux importants) et reflètent la structure traditionnelle des chants Kikambas, à l'échelle musicale pentatonique. Ils sont vivants et sonores, et sont composés pour faire une satire des comportements déviants et anti-sociaux. Les Akamba possèdent des chants de travail célèbres, comme Ngulu Mwalala qu'ils font entendre par exemple en creusant. Les opérateurs de maintenance ont des chants différents, selon leur âge. Durant le Mbalya, le leader de la danse compose des chansons d'amour ou satiriques afin d'entraîner son ou ses compagnons.

Vêtements

Les Akambas des temps modernes, comme la plupart des Kenyans, s'habillent de manière assez conventionnelle, à la manière des Occidentaux. Les hommes portent donc des pantalons, généralement faits de coton d'aneth, et des chemises. Les jeunes garçons portent, comme la règle l'impose, des shorts et des chemises à manches courtes, généralement en coton, ou des tee-shirts. Traditionnellement, les hommes Akamba portent des kilts en cuir, conçus à partir des peaux d'animaux ou des écorces d'arbres, et de nombreux bijoux, principalement en cuivre et en laiton, consistant en colliers, bracelets et chevillières.

Les femmes s'habillent également à la mode européenne, en choisissant parmi les robes, jupes, pantalons, jeans et shorts conçus dans les fabriques du pays. Dans le passé, elles étaient attirées vers des jupes en cuir ou en écorce à hauteur de genou, embellies avec des perles, et portaient des colliers également en perles obtenues des marchands swahilis et arabes. Elles se rasaient la tête et portaient un bandeau décoré de perles. Les nombreux groupes de danse festive ou religieuse arboraient des couleurs et des motifs similaires pour se distinguer entre eux des autres groupes.

Traditionnellement, les hommes et les femmes sont chaussés de sandales en cuir, spécialement pour s'aventurer loin de leurs terres, vers les marchés ou dans les délégations ; chez eux ou dans leurs champs, ils restaient pieds nus.

Akambas célèbres

  • Kalonzo Musyoka
  • Charity Ngilu
  • Maria Nzomo
  • Joseph Ngumbi
  • Bishop Ndingi Mwana'a Nzeki
  • John Mbiti
  • Cyrus Mutiso
  • Beatrice Mulala
  • Faith W Muli
  • Nduku Kiiti
  • Mwikali Kieti
  • John Kivuto Ndeti
  • Mutava Musyimi
  • Rose Muya
  • Paul Sanga
  • Mutula Kilonzo
  • Paul Ngei
  • Moffat Maitha
  • Jackson Mulinge
  • Ndingi Mwana'a Nzeki
  • Joseph Mulu Mutisya
  • Joseph Kimeu Ngutu
  • Joseph Konzollo Munyao
  • Mwalimu Mati
  • Kisoi Munyao
  • John Harun Mwau
  • Alfred Mutua
  • Kavulya Mulwa

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • (en) Verna Aardema, How the ostrich got its long neck : a tale from the Akamba of Kenya, Scholastic, New York, 1995 (ISBN 0590483676)
  • (en) Margot Nelson Gill, The potter's mark : contemporary and archaeological pottery of the Kenyan southeastern highlands, Boston University, 1981, 244 p. (thèse)
  • (en) Charles William Hobley, Bantu beliefs and magic; with particular reference to the Kikuyu and Kamba tribes of Kenya Colony, together with some reflections on East Africa after the war, Cass, Londres, 1967 (2e éd.), 374 p.
  • (en) Charles William Hobley, Ethnology of A-Kamba and other East African tribes, Cass, Londres, 1971 (rééd.), 172 p. (ISBN 0714616788)
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  • (en) Isaria N. Kimambo, « The economic history of the Kamba, 1850-1950 », in Bethwell A. Ogot (dir.), Historical Association of Kenya, Conference (Nairobi, 1968) Hadith 2, East African Publishing House, Nairobi, 1970, p. 79-103
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  • (en) Gerhard Lindblom, Kamba folklore, Appelbergs boktryckeri aktiebolag, Uppsala (Suède), 1928-35, 3 vol. : 1. Tales of animals ; 2. Tales of supernatural beings and adventures ; 3. Kamba riddles, proverbs and songs
  • (en) John S. Mbiti, Akamba stories (traduit et édité par le Révérend John S. Mbiti), Clarendon Press, Oxford, 1966, 240 p.
  • (en) John Middleton, The central tribes of the north-eastern Bantu; the Kikuyu, including Embu, Meru, Mbere, Chuka, Mwimbi, Tharaka, and the Kamba of Kenya, International African Institute, Londres, 1953, 107 p.
  • (en) Cheryl Benoit Mwaria, « Rural-urban labor migration and family arrangements among the Kamba », in Pearl T. Robinson (dir.), Transformation and resiliency in Africa: as seen by Afro-American scholars, Howard University Press, Washington, DC, 1983, p. 29-43
  • (en) Kivuto Ndeti, Elements of Akamba life, East African Pub. House, Nairobi, 1972, 234 p.
  • (en) David Carroll Ness, Cultural transmission among the Akamba of Kenya, Temple University, 1992, 420 p. (thèse).
  • (en) Sultan Somjee, Material culture in Ukambani, Institute of African Studies, University of Nairobi, 1976, 26 p.
  • (en) Fujiko Ueda, « Ukuu ritual : death and sexuality among the Kamba », in Senri ethnological studies (Osaka), n° 15, 1984, p. 109-129
  • (fr) John Middleton, Les Kikouyou et les Kamba du Kenia : étude scientifique sur les Mau Mau, (trad. Hélène Leconte), Payot, Paris, 1954, 158 p.

Liens externes

Notes et références

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Kamba ».


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