Jean Bouloumié


Jean Bouloumié

Jean Bouloumié ( 1878-1952 ), fut maire et conseiller général de Vittel, directeur de la station thermale de Vittel et de la Société des Eaux de Vittel pendant près de 40 ans.

Sommaire

L'héritier de la dynastie Bouloumié à Vittel

Né à Vittel le 22 décembre 1878, il est le petit-fils de Louis Bouloumié ( 1812-1869 ), fondateur de la station de Vittel dans les années 1850, et le fils d'Ambroise Bouloumié ( 1843-1903 ), qui a succédé à Louis. Il succède également à son père en 1913, après des études de médecine à Nancy[1] . Il est administrateur et directeur de la station thermale de Vittel et il succède en 1938 à son oncle Pierre ( 1884-1929 ) puis au sénateur Maurice Flayelle comme président du conseil d'administration de la Société des Eaux de Vittel, créée par Ambroise en 1882[2].

Jean Bouloumié poursuit le développement de la station thermale, initié par ses prédécesseurs. L'aménagement de la station s'est fait progressivement sans grands apports bancaires, sans l'appui de l’empereur Napoléon III, en fonction des bénéfices de l’entreprise. En 1860, un premier hôtel avait été construit dans la propriété familiale. Le projet d'Ambroise Bouloumié était de faire une véritable station à l’anglaise, luxueuse et verdoyante. Il fit appel à l’architecte Garnier pour doter la station de sa nouvelle galerie, de bains et d’un casino. En 1920, alors que la station thermale a été rouverte en 1919, Jean Bouloumié engage de nouveaux investissements qui donneront à la station le surnom de « cité blanche ». Comme le casino a été détruit dans un incendie en 1920, un nouveau casino est reconstruit en 1930, qui préserve le théâtre de 1908. La galerie-promenoir de Charles Garnier est aussi rénovée par Auguste Bluyssen dans les années trente.

Jean Bouloumié a des intérêts depuis 1901 dans Les établissements de Gemmelaincourt et de Gironcourt", c'est-à-dire la verrerie de Gironcourt-sur-Vraine.

En 1913, le grand embouteillage permettant de conditionner industriellement bouteilles et bonbonnes, mis en place en 1903, permet de produire 10 millions de bouteilles Grande Source et 400 000 bouteilles de la source Hépar, source salée découverte en 1873. Ce sont ses deux produits phares et la publicité vante leurs bienfaits, Grande Source pour le rein, Hepar pour le foie. Mais l'entreprise propose aussi, à partir du début des années 1920 "des sels diurétiques à base des sels solubilisés extraits de l’eau de la Grande Source", des "Pastilles de Vittel à base de sels calciques et magnésies des eaux de la Grande Source", déclinées en menthe, citron et anis et "des comprimés antiacides de Vittel".

En 1929, le nombre de curistes atteint 11 964, contre 390 en 1874. L'entreprise produit 23,5 millions de bouteilles Grande Source et Hépar en 1925 et 40 millions en 1930. Un embouteillage ultramoderne, raccordé au réseau ferré, est construit cette année-là, avec quatre séries automatisées de 6 000 bouteilles/heure.

Durant les années 1930, la publicité Vittel met l’accent sur les promesses de ses deux eaux : "Prenez une assurance de longévité en lavant vos reins comme vos mains", Grande Source "lave le rein, purifie le sang, nettoie l’organisme". Les slogans mettent déjà en avant les thèmes de la jeunesse et de la santé : "il faut rester jeune"(1936), "bonne santé, bon moral"(1937), "Grande Source, l’ange gardien de votre santé" (1938). Le quart Vittel, commercialisé dans les cafés "rafraîchit et désintoxique". En 1938, Vittel participe à l’équilibre du ménage :"Un mari en bonne santé est un mari prévenant et agréable. Grande Source purifie le sang et désintoxique l’organisme." Mais la crise économique et la concurrence des autres marques provoquent un ralentissement de l'activité. Les Eaux de Vittel ne produisent que 21 millions de bouteilles en 1939. De même, la station thermale est aussi touchée par la crise.

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, Vittel communique toujours sur ses deux marques : "Prenez chaque matin, à jeun, un verre de Grande Source pour le rein ou un demi verre de Source Hepar pour le foie." En 1952, Vittel promeut le "teint frais" et rappelle que "votre beauté dépend de votre santé". L'entreprise se développe encore. Alors qu'elle produisait 14 millions de bouteilles en 1921, elle en produit 34 millions en 1947, puis 100 millions en 1951. La gamme s'élargit aussi: lancement en 1945 de la Vitteloise, de Vittel-délices, premier soda lancé en France en 1951 et de Vittel-fraise, la même année.

Jean Bouloumié est membre titulaire de la Chambre de commerce d'Epinal depuis 1929 et vice-président du syndicat national des stations thermales. Il est membre de 1902 à son décès de la Société forestière de Franche-Comté et des provinces de l'Est.

Ancien combattant de la Grande Guerre, il est titulaire de la croix de guerre et président d'honneur de la section locale de la Légion vosgienne, l'association départementale des anciens combattants.

Il meurt le 3 mars 1952 à Vittel. Comme il était resté célibataire, les sociétés sont ensuite dirigées par sa sœur Germaine Bouloumié (1888-1981), puis par le neveu de Germaine, Guy de la Motte-Bouloumié, de 1979 au rachat de l'entreprise par Nestlé en 1992. A Vittel, un stade porte aujourd'hui son nom, de même qu'un prix attribué lors de courses hippiques.

Mandats électoraux et engagement politique

Comme son grand-père, son père et son oncle, Jean Bouloumié s'intéresse à la politique et cumule les mandats locaux. Louis Bouloumié était républicain. Conseiller municipal de Rodez en 1846, il a participé à la Révolution de 1848 et fondé le journal "L’Aveyron Républicain", ce qui lui a valu de nombreux déboires. En 1848, il fut partisan du général Cavaignac, candidat malheureux contre Louis Napoléon Bonaparte aux élections présidentielles. Il figura sur les "listes noires" du coup d’Etat de Napoléon III le 2 décembre 1851, fut plusieurs fois emprisonné et fut même exilé. Ambroise Bouloumié avait été bonapartiste plébiscitaire puis l'un des chefs de file des conservateurs vosgiens à la fin du XIXe siècle, maire de Vittel de 1875 à 1900 et conseiller général des Vosges de 1889 à 1903. Pierre Bouloumié est un républicain modéré[3] .

Jean Bouloumié est maire URD de Vittel de 1919 à 1945. Il succède à son oncle Pierre au siège de conseiller général de Vittel, qu'il occupe de 1919 à 1940, puis de 1945 à 1952.

Jean Bouloumié est un républicain national, marqué par "l'esprit ancien combattant", adversaire des partis de gauche. En 1933, il dénonce "la politique qui conduit la France à la ruine et à la guerre". lors des cérémonies du 11 novembre à Vittel, il loue les anciens combattants, " ceux qui ont consenti au salut de la Patrie le suprême sacrifice et qui sortiraient de leur tombe pour maudire leurs indignes successeurs"[4]. En 1937, lors des cantonales, alors qu'il affronte un candidat communiste, il affirme son refus "de la dictature d'un homme, d'un parti, d'une classe" et du marxisme représenté par le PCF et la SFIO et lance un appel à tous les "républicains antirévolutionnaires - modérés, radicaux, socialistes français". Il se pose en défenseur de la République - il ne lui reconnaît comme principal défaut que l'instabilité du gouvernement - , et de "la liberté et l'ordre dans la démocratie" et affirme que " le nazisme et le fascisme sont des conceptions aussi étrangères à nos aspirations qu'à nos tempéraments"[5] .

Il est l'un des actionnaires du quotidien vosgien conservateur et clérical "Le Télégramme des Vosges", fondé en octobre 1918 et dirigé par l'abbé Henri Barotte[6]. Il finance aussi le périodique local républicain national "la Plaine des Vosges", imprimé à Mirecourt et qui rayonne sur les circonscriptions de Mirecourt et Neufchâteau[7] .

Il assiste dans sa ville le 26 février 1936 à une réunion de propagande organisée par le Centre de propagande des républicains nationaux d'Henry de Kérillis et par le Groupe d'action républicaine et nationale de l'arrondissement de Neufchâteau, avec comme orateur principal Philippe Henriot, aux côtés de la plupart des élus de droite de l'arrondissement. La réunion devait se tenir à Neufchâteau mais elle a été interdite; Jean Bouloumié a alors accueilli cette réunion à Vittel. Même s'il n'occupe pas le poste de président de section, il est le véritable chef et l'animateur de la section Croix-de-feu de Vittel[8] , fondée en juillet 1934, puis de la section du parti social français[9]. Le PSF revendique l'appartenance au parti de Bouloumié lors des cantonales de 1937 mais les modérés sont parvenus dans ce département à se mettre d'accord pour des candidatures uniques et il n'a pas mis cette étiquette en avant, même si son appartenance est notoire. Et surtout, il bénéficie de son ancienneté, de sa position sociale et des nombreux réseaux dans lesquels il est intégré. Il a été facilement réélu au premier tour.

Il est également proche du Rassemblement national lorrain en 1936 et 1937. Il a assité à deux grandes réunions organisée par le RNL, à Nancy en octobre 1936 et en janvier 1937 à Neufchâteau.

En 1938, lors de la crise de Munich, il est munichois, mais un munichois modéré qui déplore que la guerre a été écartée "au prix de sacrifices cruels pour le renom et le prestige de la France". C'est donc l'occasion d'espérer "un énergique programme de redressement national" [10].

Il est membre du conseil départemental pendant l'Occupation.

Sources

  • Jean-François Colas, "Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux", Thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002
  • Lise Grenier (dir. ), "Villes d'eaux en France", Exposition de l'École nationale supérieure des beaux-arts, Institut Français d'Architecture, 1985
  • Albert Ronsin (dir. ), "Dictionnaire biographique illustré; Les Vosgiens célèbres", Vagney, Ed. Gérard Louis, 1990
  • Bertrand Munier, "Le grand livre des élus vosgiens, 1791-2003: conseillers généraux et régionaux, députés, sénateurs, ministres", Gérard Louis, 2003
  • Histoire de la marque Vittel


Notes et références

  1. On lui doit en 1900 un ouvrage rare, illustré par Lucien Tardieu et conservé à la bibliothèque municipale de Nancy. c'est une plaisanterie de carabin; il associa son grand-père et son père à des personnages de l'Antiquité romaine. In Michel Caffier, "Dictionnaire des littératures de Lorraine", Metz, Ed. Serpenoise, 2003, p. 157
  2. Parmi les administrateurs de la Société des Eaux, on trouve sa sœur Germaine, administratrice depuis 1925, qui lui succédera en 1952, Georges Laederich.
  3. Gilles Grivel, "Les activités politiques de Louis Bouloumié et de ses fils", in "Des sources au thermalisme; Vittel, Contrexéville", Cercles d'Etudes de Contrexévile et de Vittel, 2002
  4. Jean-François Colas, op; cit., p. 151-152
  5. Jean-François Colas, op. cit., p. 533, 538 et 605
  6. Philippe Alexandre, "La presse périodique dans le département des Vosges", p. 7 :https://www.univ-nancy2.fr/medial/pdf/textepalexandre.pdf
  7. Le périodiques est dirigé par Pierre Géhin, ancien combattant, cadre de la section de Mirecourt de la Légion vosgienne, candidat "d'union nationale et d'action économique" aux cantonales en 1934 contre le maire de gauche de Mirecourt.
  8. Son président est Marcel Soulier ( 2 décembre 1898, à Fontainebleau - 11 avril 1945, à Neuengamme : fils d'un sergent fourier, ancien combattant titulaire de la croix de guerre, engagé volontaire, gendre de l'adjoint au maire de Vittel. Marcel Soulier est un employé de la Société des Eaux, au service saisonnier des jeux du casino de 1920 à 1938. Membre de l'UNC, il a adhéré aux Croix de feu dès 1931. Chef de district du ravitaillement général en 1942, il est résistant dès 1941, fondateur du premier groupe de résistance dans la plaine des Vosges, membre du réseau Mithridate, arrêté par la gestapo en juin 1944 et déporté à Neuengamme. On relève parmi les membres influents de la section le directeur des travaux de la ville, secrétaire de section, le sous-directeur de ce même service, trésorier, les trois adjoints au maire, le sous-directeur de la Société des Eaux, le directeur de la Compagnie des nouvelles sources et le directeur des sodas Vittel, ainsi que des chefs de service et des employés municipaux. La section compte 350 adhérents en mars 1936, ce qui en fait la principale section de l'arrondissement.
  9. Présidée par Marcel Soulier jusqu'en 1937, puis par Raymond Forêt, ancien Croix de feu également, officier de réserve.
  10. "La Plaine des Vosges", 20-11-1938, in Jean-François Colas, op. cit., p. 609

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Jean Bouloumié de Wikipédia en français (auteurs)

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