Islam en France


Islam en France

L'islam est considéré comme la deuxième religion en France après le catholicisme. Une étude du Pew Research Center de 2011 estime que la population de culture musulmane, mineurs compris, est de 4 704 000 en 2010[1]. Une étude de l'INED publiée en 2011 sous la direction de Patrick Simon estime à 2,1 millions le nombre de personnes âgées de 18 à 50 ans qui se déclarent musulmanes[2] dont 70 000 à 110 000 convertis. Le ministère de l'Intérieur chargé des cultes a indiqué en 2010 qu'il y a entre 5 et 6 millions de musulmans en France[3],[4],[5].

La première période de peuplement musulman en France se fait dans le sud de la France par des populations issues de l'Espagne musulmane voisine. Ce peuplement a duré du VIIIe siècle au XVe siècle. L’islam n’est alors que la religion d’un des peuples qui envahissent la France, et donc les premiers contacts entre habitants de la France actuelle et islam sont des confrontations guerrières. Le reflux des Sarrasins commence après la bataille de Poitiers (732), mais la lutte des Francs contre les musulmans sur la frange sud de leur domaine dure jusqu’à la fin du Xe siècle et la Bataille de Tourtour qui chasse les Sarrasins de leurs bases de Provence. Désormais, les contacts se limitent à quelques échanges commerciaux, et à des raids des Sarrasins qui enlèvent des habitants des côtes pour les réduire en esclavage, l’ensemble du monde musulman restant méconnu jusqu’aux croisades. Les informations dont disposait l'Occident sur l'islam étaient alors rares et souvent inexactes, venant le plus souvent de pèlerins ou de marchands. Cette méconnaissance, par ailleurs mutuelle, fit que durant plusieurs siècles, rares étaient les personnes qui savaient comment les nommer et les appellations choisies venaient la plupart du temps de l'Ancien Testament. On les appelait les Agarènes (du nom de Hagar mère d'Ismaël ancêtre selon la Bible des Arabes), les Arabes, les Maures, puis les Turcs, ou plus globalement les Sarrasins, les mots islam et musulman n'apparaissant que plus tardivement, à partir du XVIIe siècle[6].

C’est à l’occasion des croisades que le monde musulman, et son livre sacré, le Coran, commencent à être connus en Occident, et en France. Parallèlement, le flux de livres, ouvrages scientifiques principalement, traduits du latin, du grec ou de l’arabe, qui parvient en Europe du monde musulman est en croissance à partir des croisades jusqu’à la fin du Moyen Âge. À la Renaissance prend place un épisode marquant, qui voit le roi de France François Ier nouer une alliance avec le principal souverain musulman, Soliman le Magnifique, et la flotte de Barberousse hiverner dans les ports provençaux. C’est aussi au XVIe siècle que plusieurs dizaines de milliers de Morisques musulmans, expulsés d’Espagne, s’installent en France, où ils finissent par se fondre dans la population.

La confrontation avec le monde musulman reprend au XIXe siècle, avec la conquête de l’Algérie, puis la colonisation d’une grande partie de l’Afrique, et de la Syrie-Liban. L’Algérie est divisée en départements, et officiellement fait « partie de la France », même si ses citoyens de souche nord-africaine musulmans n’ont pas le droit de vote. Cette colonisation permet de faire venir des travailleurs musulmans venus d’Afrique du Nord quand la France manque de bras, dès le début du XXe siècle avec la Première Guerre mondiale. Petit à petit, ils sont de plus à plus nombreux à s’installer en France. C’est principalement ce flux de travailleurs qui constitue la communauté musulmane en France métropolitaine. Il est complété par les harkis ou des réfugiés politiques des pays musulmans, par des immigrants venus de Turquie, puis depuis les années 1980, d’Afrique noire. Ce sont ces communautés installées en France qui, ayant conservé leurs rites, coutumes et religion, construisent peu à peu des mosquées. Dans le département d’outre-mer de La Réunion, la communauté est installée depuis plus longtemps.

Pour l'historien Justin Vaïsse, l'expression « islam de France » est aujourd'hui plus appropriée[7].

Sommaire

Histoire

Durant le Moyen Âge

Les premiers musulmans arrivèrent en France à la suite de leur conquête de l'Hispanie débutée en 711 et s'installèrent dans les environs de Toulouse et jusqu'en Bourgogne. La Septimanie et sa capitale Narbonne furent sous souveraineté musulmane de 719 à 759. Au Xe siècle, ils s'établirent au Fraxinet pour environ un siècle. Beaucoup plus tard, des réfugiés musulmans, qui fuyaient la Reconquista espagnole, et plus tard, l'Inquisition, firent souche en Languedoc-Roussillon et dans le Pays basque français ainsi que dans le Béarn[8]. Plusieurs indices laissent entrevoir que des musulmans étaient établis à Montpellier au cours du XIIe siècle[9]. Une population significative d'esclaves musulmans fut également importée en Roussillon, Languedoc et Provence entre le XIIe et XVe siècles et une partie de cette population, une fois affranchie, s'est fondue dans la société[10],[11].

La présence arabo-berbère à Narbonne

L'Armée sarrasine peinte par Julius Schnorr von Carolsfeld en 1822-1827

Le 19 juillet 711 l'armée de Tariq Ibn Ziyad, gouverneur de Tanger pénètre dans la péninsule ibérique. Sa victoire sur le roi wisigoth Rodéric marque le début de près de huit siècles de présence musulmane dans le sud de l'Europe. Très rapidement, toute la péninsule Ibérique est conquise, et en moins de dix ans les musulmans traversent les Pyrénées. Au VIIIe siècle Narbonne est dominée par les wisigoths, population romanisée héritière directe de l’Empire Romain d’occident. La ville dispose toujours des murailles héritées de l'époque romaine, chantées par l'évêque Sidoine Apollinaire en 465 et dont des fragments sont toujours visibles dans la ville et au musée lapidaire. Selon une histoire locale connue des narbonnais, les Sarrasins seraient entrés dans la ville par surprise, à l'automne 719 ou 720, en profitant de l'ouverture des portes en cette période de vendanges. Cette hypothèse explique pourquoi la ville fut si facilement conquise, en dépit de ses ouvrages défensifs, et fut si longue à reprendre. L’incertitude quant à la date exacte de la prise de la ville est un élément de plus qui laisse à penser à une prise des fortifications de la ville plus que de la ville elle-même, qui ne semble avoir été épargnée ; à l’exception de ses défenseurs. Le chef musulman, al-Samh, troisième gouverneur d'Espagne fait mettre à mort les hommes ayant tenté de défendre la cité, déporter leurs femmes et enfants en Espagne et installe une garnison. La ville est le siège d'un wâli Les musulmans imposent aux habitants, chrétiens et juifs, le statut de « dhimmi » qui les autorise à pratiquer leur religion d’une manière strictement encadrée et leur impose de payer un tribut[12].

En 721, les Arabes sont défaits par Eudes aux portes de Toulouse, Al-Samh trouvera la mort et l'armée musulmane battra en retraite. Ambiza succède à Al-Samh. En 725, Carcassonne et Nîmes sont prises, puis les Sarrasins commencent à remonter le Rhône. Les arabes pénètrent à Avignon et arrivent aux portes de Lyon, Ambiza trouve la mort à son tour. Ils traversent la Bourgogne où ils assiègent Autun le 22 août 725 et pillent Luxeuil[13]. En 735 avec l'aide de Mauronte, duc de Marseille, Arles est conquise. Il est difficile d'apprécier l'importance du peuplement musulman au nord des Pyrénées. Les musulmans se sont-ils établis comme en Andalus, avec un véritable projet de peuplement ou bien leur présence s'est-elle limitée au stationnement de contingents militaires dans les principales villes ? L'historien Paul Diacre (VIIIe siècle) indique que les Sarrasins « ont pénétré dans la province Aquitaine de Gaule accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants, comme pour l'habiter », mais les villes prises n’ont été occupées que quelques années et leurs environs ne semblent pas avoir connus de foyer de peuplement majeur. D’autre part, il n'existe aucun vestige archéologique de présence musulmane durable et significative à Narbonne, ni dans les environs, en dépit d'une discussion sur la présence éventuelle d'une mosquée dans un atrium de la ville, ce qui serait un endroit bien singulier. De cette courte période, il ne reste aujourd'hui que peu de traces qui se résument à quelques pièces de monnaie éparses.

Du point de vue du Califat de Bagdad, la province de Narbonne n'avait qu'une faible importance, la France et l'Europe en général étant secondaires comparées aux richesses de l'Inde et de la Chine. Toutefois les historiens sont partagés sur le but réel de cette avancée en territoire franc. Colonie de peuplement ou simple razzia hors d'Espagne ? Les raids, les pillages d'églises et de monastères pourraient laisser penser à une entreprise de pillage sans aucun but que celui d'amasser le maximum de richesses. Mais d'un autre point de vue, cette technique de harcèlement permettait d'affaiblir une région en vue de la conquérir plus facilement par la suite.

Après la défaite de la Berre, la garnison arabe de Narbonne subsiste à l’abri des importants ouvrages défensifs de la ville mais son rôle de relais pour les expéditions et razzias n'est plus significatif. En 759, à l’arrivée de Pépin le Bref dans la région, les habitants se soulèvent et les derniers mauresques évacuent la ville définitivement[14]. Certainement, la résistance de la région de Narbonne et la bataille de la Berre ont porté le coup d’arrêt à l’expansion musulmane en Europe occidentale, ainsi que le note le géographe arabe Zuhrî, au XIIe siècle, à propos de sa visite de la ville : On y trouvait la statue sur laquelle était inscrit : « Demi tour, enfants d'Ismaël, ici est votre terme ! Si vous me demandez pourquoi, je vous dirai ceci : si vous ne faites pas demi-tour, vous vous battrez les uns les autres jusqu'au jour de la Résurrection ».

La bataille de Poitiers

Article détaillé : Bataille de Poitiers (732).

Un des événements les plus connus de l'histoire de France est certainement la bataille de Poitiers. Elle voit le maire du palais franc Charles Martel (par ailleurs grand-père de Charlemagne et à l'origine de la dynastie carolingienne), vaincre l'armée musulmane dirigée par Abd el Rahman qui est tué au cours de la bataille. L'armée de Charles Martel composée d'Alamans, de Francs, d’Austrasiens, et d'autres peuples germaniques vainc par sa discipline et son armement. Cette victoire ne marque pourtant pas la fin de la présence musulmane en France, comme en témoigne l’échec du siège de Narbonne, dirigée par un gouverneur omeyyade jusqu’en 759, mais l’intervention systématique des Francs, seuls capables de s’opposer à eux. On voit encore des raids organisés par des Arabes jusqu'à la fin du Xe siècle et une population arabo-musulmane jusqu'au XVe siècle. Cette bataille constitue aussi par la suite un symbole utilisé dans différentes situations. Pour les nationalistes français du XIXe siècle, 732 constitue un moment de la construction nationale[15].

La bataille de la Berre

Dans la foulée de leur succès à Poitiers, les francs mettent le siège devant Narbonne. Omar ben chaled est envoyé à la tête d’une armée de secours pour briser le siège de Narbonne. Les Wisigoths qui résistent toujours dans les environs de Narbonne (Minervois, Razès) indiquent aux troupes de Charles Martel comment couper en deux l'armée arabe en marche qui va se porter au secours de Narbonne assiégée, en empruntant le défilé de la Berre, qui débouche des Corbières entre Portel et Sigean. En 737, le gros de l'armée arabe qui a franchi les Pyrénées est mis en pièces.

Les rois carolingiens et les califes abbassides et omeyyades

Elephant blanc offert par le calife Hâroun ar-Rachîd à l'empereur Charlemagne

Malgré des débuts tumultueux, les premiers contacts diplomatiques ne tardèrent pas. Déjà en 768, le Continuateur de Frédégaire rapporte que plusieurs ambassadeurs du calife abbasside passent l'hiver à Metz afin de rencontrer le roi Carloman Ier avant de regagner le Moyen-Orient les bras chargés de présents.

Trois décennies plus tard, Charlemagne soucieux de préserver les chrétiens d'Orient et le Saint-Sépulcre de Jérusalem envoie en 797 au cinquième calife abbasside, Haroun al-Rachid une délégation qui à son retour cinq ans plus tard ramène un éléphant offert par le calife et qui fera la fierté de Charlemagne. Les derniers échanges entre Charlemagne et Haroun al-Rachid ont lieu en 806 lorsque le roi franc est en guerre contre Byzance. En 831 une délégation du calife Al-Mamun passe par Thionville afin de signer quelques accords.

Le calife Hârûn ar-Rachid reçoit une délégation de Charlemagne

Bien qu’évincés par la dynastie abbassides, les Omeyyades parviennent à remonter sur le trône quelques années plus tard, non plus à Damas mais de l'autre côté de l'empire, à Cordoue divisant ainsi le califat en deux. Tout naturellement, parallèlement aux relations qu'entretenaient les rois francs avec le calife de Bagdad, des contacts se sont établis avec celui de Cordoue. Alors que pour le cas des Abbassides, cette relation était surtout justifiée par la défense de la Terre Sainte et la guerre contre les Byzantins, la situation était nettement plus tumultueuse avec les califes omeyyades de Cordoue. Les premières relations pacifiques n'ont lieu que sous le règne de Charles le Chauve. Charles, soucieux de mettre fin aux incursions sarrasines en Septimanie et l'émir de Cordoue Abd al-Rahman II inquiets des attaques Vikings sur l'Espagne, signent une trêve qui est aussi la dernière entre souverains francs et les califes abbassides ou omeyyades, les raids musulmans en Provence y mettant fin. Cette différence de traitement entre les deux califats se retrouve notamment dans la relation qu'entretenait Charlemagne avec les deux différents califats. Autant le calife de Bagdad était respecté autant la relation avec celui de Cordoue était radicalement différente. En 778, il intervient en Espagne et, malgré un échec subi de la part des Vascons à Roncevaux par son arrière-garde que commande Roland, présenté comme son neveu dans la célèbre chanson de geste qui porte son nom, il remporte plusieurs victoires sur les Sarrasins et réussit même à conquérir une partie de la Catalogne.

La conclusion de cet épisode montre bien que malgré les différences culturelles et religieuses des alliances complexes vont se nouer entre les Francs et les Arabes. Charlemagne allié du calife de Bagdad contre les chrétiens de Byzance utilise des mercenaires musulmans du Nord de l’Espagne dans sa lute contre les califes de Cordoue. Inversement, les Arabes trouvent de nombreux soutiens comme le patrice de Provence Mauronte pour pénétrer en territoire franc[16], ou encore le compte Eudes d'Aquitaine qui noue une alliance et offre sa fille en mariage avec Munuza, un Arabe des Pyrénées, dissident du califat de Cordoue contre Charles Martel.

Une vision différente de l'autre

Carte mondiale datant de 1154 réalisée par Al Idrissi pour Roger II de Sicile. À l'envers on distingue nettement l'Europe et une partie de l'Asie et de l'Afrique

Ces contacts entre souverains Francs et musulmans ne doivent pas faire oublier que l'Orient et l'Occident avaient des relations intenses bien avant, notamment par l'intermédiaire des marchands qui sur la Route de la soie ou des pèlerins qui allaient visiter la Terre Sainte avaient déjà une idée de l'islam. Très rapidement des géographes, des philosophes, des explorateurs des deux parties vont décrire les contrées lointaines.

Du côté Arabe, c'est à Bagdad ou au Caire que les premiers géographes commenceront à dessiner des mappemondes en se basant sur les écrits indiens, chinois mais surtout grecs et à décrire les pays éloignés hors du dar al islam. Ces géographes comme les penseurs grecs diviseront la terre en trois continents: l'Afrique, l'Asie et l'Europe tout en prenant soin de placer Bagdad au centre. L'Asie attire particulièrement la société musulmane de l'époque et notamment la Chine qui impressionne par sa puissance et sa richesse. L'Europe quant à elle ne suscite que peu d'intérêts. Ce continent nommé Arufa en arabe, désigne le quart nord-ouest de la terre et la vision arabe donne l'impression d'un bloc unique de peuples sans aucune distinction entre peuples francs, latins ou slaves par exemple.

Mappemonde réalisée par l'Abbé Abbon au XIe siècle. On y distingue l'Afrique, l'Asie et l'Europe. Jérusalem y est marqué d'une croix.

Bien plus que la division par continents, les géographes arabes divisaient le monde en climats (iqlîm) composé de trois, cinq, ou plus généralement sept parties allant de l'équateur aux bords de l'Arctique. En fonction de l'humidité, de la chaleur notamment, les savants arabes pensaient pouvoir déterminer la nature et le comportement de ses habitants. Comme les Grecs, ils estimaient que les meilleurs climats étaient les leurs. Ces climats « centraux » permettaient aux hommes de tirer le meilleur parti de l'agriculture, d'être en bonne santé, de construire des habitations et des défenses solides et donc, de promouvoir la réflexion intellectuelle et l'adhésion à l'islam. Inversement, le climat en Europe ou en Afrique trop chaud ou trop froid ne permettait pas d'avoir de bonnes récoltes ou de construire des défenses et habitations convenables. Ainsi ils devenaient plus fragiles physiquement et donc intellectuellement et c'est pour cela qu'ils ne pouvaient pas comprendre et se convertir à l'islam. Parmi ces peuples du Nord on retrouvait un ensemble vaste de nations, allant des Francs, aux Slaves jusqu'aux Turcs (encore païens pour la plupart) des steppes d'Asie, au-delà de ces contrées froides viennent les peuples de Gog et Magog. L'Europe (et donc les Francs) par conséquent est à la frontière de ces peuples destructeurs cités aussi bien dans la Bible que le Coran. Les sanglants raids Vikings sur l'Andalousie musulmane ou bien des Mongols à l'est, ne feront qu'accréditer cette thèse. Toutefois à partir du XIe siècle cette vision commencera à changer au contact de ces « hommes du Nord », les particularités européennes apparaissent dans les récits et le continent n'est plus vu comme un ensemble homogène de peuples. En 1150, Al Idrissi dressera une carte du monde pour le compte de Roger II de Sicile ou l'Europe est très nettement distinguable et accompagnera celle-ci d'une description ou la Normandie est décrite en détail comme par exemple Bayeux qui est une ville « agréable, splendide et prospère » et Paris « une ville de grandeur médiocre »[17]. Ibrahim ibn Ya'qub marchand andalou envoyé par le Calife Omeyade de Cordoue donnera une description de plusieurs villes de France comme Bordeaux, Montpellier ou l'île de Noirmoutier allant même jusqu'à fournir les particularités régionales à l'intérieur du territoire français :

«  Ifranja (pays des Francs) : C'est un pays immense, un vaste royaume, en terre chrétienne. Le froid y est très vif et, partant, rude le climat. Mais le pays est riche en céréales, en fruits, en récoltes, en cours d'eau, en cultures, en troupeaux, en arbres, en miel et en gibiers de toutes sortes. Il renferme des mines d'argent, dont on fait des sabres redoutables, plus tranchants que ceux des Indes. Les habitants, chrétiens, obéissent à un roi valeureux, fort, appuyé sur une armée considérable et dont relèvent deux ou trois villes de ce côté-ci de la mer, en plein pays musulman : il les protège depuis l'autre bord et, à chaque expédition que les Musulmans lancent contre elles, réplique par l'envoi d'une mission de secours. Ses soldats sont d'une bravoure extraordinaire : ils ne sauraient, au grand jamais, lorsqu'ils se battent, préférer la fuite à la mort. On ne peut voir gens plus sales, plus fourbes ni plus vils : ignorant la propreté, ils ne se lavent qu'une fois ou deux dans l'année, à l'eau froide. Ils ne nettoient jamais leurs vêtements, qu'ils endossent une fois pour toutes, jusqu'à ce qu'ils tombent en lambeaux. Ils se rasent la barbe, qui repousse à chaque fois d'une vilaine et rude façon. Et comme on interrogeait l'un d'eux là-dessus : « Le poil, dit-il, c'est du superflu. Si vous autres vous l'enlevez des parties naturelles, pourquoi devrions- nous nous-mêmes nous en laisser sur le visage ?

Bordeaux : C'est une ville de la contrée des Francs, riche en eau, en arbres, en fruits et en grains. La majorité des habitants sont chrétiens. La ville a des édifices très élevés, supportés par d'énormes colonnes. Aux rivages de cette ville se récolte un ambre d'excellente qualité. On prétend que, lorsque le froid se fait très vif et empêche la navigation, les gens se rendent à une île proche, nommée Anwâti, où pousse un genre d'arbre appelé mâdiqa. En cas de disette, ils écorcent cet arbre et y trouvent, entre aubier et cœur, une substance blanche dont ils se nourrissent, pendant un mois ou deux, ou même davantage, en attendant que le temps redevienne clément. Il y a, dominant la ville et l'Océan, une montagne avec une idole, comme pour inviter les gens à cesser de faire route sur la mer et pour décourager de naviguer tous ceux qui quitteraient Bordeaux avec cette envie

Noirmoutier : C'est une île de l'Océan ; elle s'étend sur vingt milles de longueur et trois de large. Située au milieu de la mer, elle a un bon climat, une terre généreuse, des puits d'eau douce. Peuplée et cultivée, elle doit à l'excellence du sol et de l'air d'ignorer ce que sont les reptiles, puisque ceux-ci, avec les insectes, naissent de principes corrupteurs, qui sont ici inconnus. On dit que l'île produit un safran d'une extraordinaire qualité, qu'on ne trouve nulle part ailleurs.

Saint-Malo : C'est un lieu fortifié, au pays des Francs. D'après 'Udhrî, les Chrétiens de la région racontent que saint Martin, passant un jour par là, se vit attaquer par une femme qui faisait profession, en compagnie de son mari, de détrousser les voyageurs et de les dépouiller de leurs vêtements. Saint Martin, obéissant, se dépouilla sans résistance et donna ses habits à la femme. Mais lorsqu'on en vint aux braies, Martin alors, invoquant Dieu contre la femme, la métamorphosa sur l'heure en une pierre dure et mit dans la bouche de la statue un cep de vigne. Le cep poussa et fructifia, mais avec la propriété de rendre stériles tous ceux qui mangeaient de ses fruits.

Rouen : C'est une ville au pays des Francs, bâtie en pierres d'un bel appareil, sur le fleuve de Seine. La vigne et le figuier n'y viennent pas bien, mais le blé et le seigle y abondent. Dans la Seine, on prend un poisson appelé saumon et un autre, plus petit, qui s'apparente, par le goût et l'odeur, à un concombre et se pêche aussi dans le Nil, en Egypte, où on l'appelle 'ayr. Turrûshî raconte qu'il a vu à Rouen un jeune homme nanti d'une barbe qui lui arrivait aux genoux : en la peignant, il lui avait fait gagner encore quatre doigts de longueur. Avec cela, ses joues restaient peu fournies en poil et il n'avait, à ce qu'il assurait, de barbe que depuis six ans. Turcûshî raconte aussi que, par les grands froids d'hiver, on voit apparaître à Rouen une espèce d'oie blanche aux pattes et au bec rouges, nommée « 'âyish» et ne couvant ses œufs qu'en l'île de 'Ahq, laquelle est inhabitée. Il arrive, lorsqu'un navire périt en mer, que des hommes prennent pied sur cette île et s'y nourrissent, pendant un mois ou deux, des œufs et des poussins de cet oiseau[18]. »

Zuhrî, un autre explorateur donne quant à lui la description de Narbonne au XIe siècle  :

« Sur la côte, à l'est de Barshalûna (Barcelone), il y a la ville d'Arbûna (Narbonne). C'est le point extrême conquis par les musulmans sur le pays des Francs. On y trouvait la statue sur laquelle était inscrit : « Demi tour, enfants d'Ismaël, ici est votre terme ! Si vous me demandez pourquoi, je vous dirai ceci : si vous ne faites pas demi-tour, vous vous battrez les uns les autres jusqu'au jour de la Résurrection ». Cette ville est traversée en son milieu par un grand fleuve, c'est le plus grand fleuve du pays des Francs ; un grand pont l'enjambe. Sur le dos de l'arche, il y a des marchés et des maisons. Les gens l'utilisent pour aller d'une partie de la ville à l'autre. Entre la ville et la mer, la distance est de deux parasanges [environ 10 km]. Les navires venant de la mer remontent le fleuve jusqu'en aval de ce pont. Au centre de la ville, il y a des quais et des moulins construits par les Anciens, personne ne pourrait plus en bâtir de semblables. »

Du côté Européen la méconnaissance de l'Orient et des musulmans était la même. Issus des mêmes textes grecs que ceux étudiés par les arabes, les géographes et savants Européens et notamment français réaliseront le même travail de description du monde mais aux conclusions radicalement différentes. Conscients d'habiter dans le quart nord ouest de la terre grâce aux écrits grecs, les géographes européens plaçaient le centre du monde à Jérusalem alors aux mains des musulmans. À Paris, Hugues de Saint-Victor compose vers 1130 sa Descriptio mappe mundi. Contrairement aux savants arabes, Hugues de Saint-Victor n'a pour autre but que de fournir une description des lieux cités dans la Bible. Et comme pour les savants arabes mais d'un point de vue inverse, il montre non pas l'Europe mais l'Orient comme un endroit peuplé de sauvages, de créatures maléfiques alors qu'autrefois il était le lieu du paradis originel et donne une vision eschatologique. L'Orient d'où est venu Adam est le premier endroit pris par les Sarrasins ensuite ce fut au tour de Jérusalem, la ville du Christ d'être capturée. Par conséquent l'Europe est le dernier rempart de la chrétienté, là ou la bataille finale, l'Armageddon aura lieu[19]

Les musulmans en Provence

Article détaillé : Fraxinet.
Massif des Maures en Provence

La présence musulmane en Provence provient, selon certaines sources comme Liutprand, d'un navire échoué suite à une tempête, à la fin du IXe siècle. Selon la légende, vingt et un Sarrasins s'échouent sur les côtes du Fraxinet et décident de s'y établir en appelant des renforts. Très rapidement plusieurs centaines d'hommes répondent à l'appel. Au départ cette entreprise privée attire très rapidement l'attention des émirs omeyyades de Cordoue qui la placent sous leur contrôle. La mort de Louis le Pieux en 840, les luttes internes suite au traité de Verdun en 843 aident les Sarrasins dans leur entreprise[20]. Cette présence, qui dure un siècle, a pour but de peupler la région, contrairement à la conquête de Narbonne qui était plus axée sur le pillage.

Établis sur le versant méridional du massif des Maures (en arabe Djabal al-Qilâl : montagne aux nombreux sommets) et dans la presque île de Saint-Tropez, cette colonie cherche à s'étendre et mène chaque année durant dix ans une expédition en direction des Alpes. Ibn Hawqal notera que l'agriculture dans la région est très productive.

Au milieu du Xe siècle un groupe de Sarrasins s'établit dans les Alpes et notamment dans la vallée de l'Arc. Envoyés par le roi Hugues qui a conclu un traité avec les Sarrasins, ils devaient essentiellement empêcher toute invasion ennemie, principalement en provenance de son rival le roi d'Italie Bérenger[21]. Une partie des Sarrasins quittent la région, une autre partie est vaincue lors de la bataille de Tourtour et enfin une troisième s'installe dans la région. « Le temps et d'innombrables mélanges de populations firent les reste : lentement, au fil des générations, le contingent sarrasin se dissout ainsi dans la population provençale »[22].

Présents durant presque un siècle sur ce territoire, les Arabes sont finalement chassés en 972 dans le désintérêt total des califes omeyyades de Cordoue concentrés sur le Maghreb et le nouveau califat fatimide en expansion[23].

Cette défaite n'entraîne pas la disparition de la population musulmane en Provence. Ainsi au XIIe siècle, Benjamin de Tudèle qui visite le sud de la France note que la ville de Montpellier « fort fréquentée par toutes les nations, tant chrétiennes que mahométanes et qu'on y trouve des négociants venants notamment du pays des Algarbes (Al Andalus et le Maghreb) de toute l'Égypte et de la terre d'Israël ». De plus de nombreuses tombes confirment cette présence, notamment une tombe retrouvée près d'Aniane dans l'Hérault d'un étudiant en religion nommé Ibn Ayyûb[24]. De la période d’installation musulmane en Provence subsistent plusieurs traces, encore de nos jours. Ramatuelle: commune du Var, provient selon plusieurs historiens de l'arabe rahmatou-Allah (رحمة الله en arabe), et qui signifie Grâce d'Allah. Ou encore la plage de l'Almanarre à Hyères, de l'arabe Al Manar signifiant le phare. Enfin plusieurs épaves le long de la côte méditerranéenne sont des vestiges du commerce arabe sur la côte méridionale de la France. En 1962, au large d'Agay, à proximité de Saint-Raphaël, une épave contenant plusieurs jarres a été trouvée[25],[26] ; une autre épave est découverte au Bataiguier dans la rade de Cannes.

Le commerce des esclaves

Esclaves sarrasins, trumeau de l'église Sainte-Marie d'Oloron, début du XIIe siècle.
Dinar d'Offa avec des inscriptions en arabe (profession de foi musulmane) destinée au commerce avec les Sarrasins

Jusqu'au XIe siècle la Méditerranée était un « lac musulman ». Les îles comme la Corse ou les Baléares sont des repaires de pirates arabes qui sillonnent la mer attaquant les bateaux de marchandises et d’hommes. Des corsaires envoyés par leurs califats pillent les côtes d’Italie, d’Espagne ou de France et essayent de rapporter à chaque occasion des prisonniers qui sont libérés en échange de rançon, ou vendus comme esclaves. Les marchands européens nouent des liens commerciaux avec les pays musulmans et ont ainsi des facilités de passage en mer. L'Occident achetait d'Orient des épices, la soie, le sucre entre autres et vendait du fer ou du bois qui rapportaient peu. Les incursions germaniques en territoires slaves permettent d'apporter une nouvelle marchandise, les esclaves, vendus nombreux à Cordoue où ils forment le très puissant groupe des Esclavons[27] (la seule ville de Cordoue en compte près de 15 000[28]) mais aussi à travers toute la Méditerranée. Verdun en France devient rapidement[Quand ?] une place importante de ce commerce en se spécialisant dans la castration des esclaves, un eunuque valant quatre fois plus qu'un esclave non mutilé[29].

Toutefois, ce commerce ne plaît pas à l’Église qui interdit rapidement ces échanges et conseille plutôt de vendre ces esclaves en terre chrétienne. En 776 le pape Adrien Ier demande à Charlemagne d'interdire ces ventes car elles renforcent les Sarrasins, mais cette demande comme toutes les autres n'a aucun effet sur ce marché très profitable des deux côtés[30]. Les échanges de marchandises sont tellement importants que les pièces d'or arabes deviennent la référence des marchands européens et parallèlement les pièces en argent européennes sont très demandées en Orient. Très rapidement des faussaires imitent les pièces arabes avec des inscriptions coraniques ce qui choque énormément le pape Clément IV mais aussi le roi Louis IX de France[31].

Toutefois avec la chute du califat de Cordoue et le début des croisades, la situation change radicalement. Les travaux de Charles Verlinden ont permis de mettre en évidence l'apparition d'un nouveau commerce, l'esclavage des peuples islamisés, qui comprend aussi bien des Sarrasins en provenance des nouvelles régions conquises par les rois espagnols mais aussi de Tartarie ou capturés par les équipages de bateaux italiens qui attaquent les côtes d'Afrique du Nord, des Baléares ou d'Espagne.

La prise de Tortose et de Valence permet des prises de guerre en hommes importantes. Une grande partie de ces esclaves sont vendus sur les ports méditerranéens tels que celui de Marseille. Ces esclaves, majoritairement des femmes, deviennent essentiellement des servantes ou femmes de ménage ; les hommes sont employés comme ouvriers agricoles. La conversion au christianisme ne leur est pas imposée, et l’adoption de la foi chrétienne n’implique pas obligatoirement un affranchissement, cette décision n'appartenant qu'à leur maître. Par la suite, les esclaves proviennent non plus seulement d'Afrique mais de Tartarie de Russie, vendus sur les ports de la mer Noire et composés essentiellement de femmes du Caucase ou turques.

La Reconquista avançant, le marché devient prolifique. L'achat d'un esclave maure est à la portée même du simple paysan comme le prouvent les archives notariales de l'époque. Par exemple, à Perpignan, le prix d'un esclave est identique à celui d'une mule. La seule issue pour un esclave à l'époque est soit de rejoindre son pays ce qui est impossible, soit de rejoindre une ville offrant asile et affranchissement aux esclaves (chose extraordinaire pour l'époque) comme Toulouse ou Pamiers entre autres[32].

Échanges de savoirs

Cathédrale Notre-Dame du Puy et ses arches en forme de fer à cheval ressemblant à celle de la mosquée de Cordoue

Les échanges avec la Chine et l'Inde, mais aussi la prise d'Alexandrie ou de Damas, qui étaient des anciennes cités romaines possédant de vastes bibliothèques dont beaucoup de livres en grec sont le point de départ des sciences dites arabes. Tout en traduisant ces textes, les penseurs musulmans s'efforcent de les améliorer. Ce courant ne tarde pas à arriver en Europe, timidement au départ, il prend toute sa place à la fin du Moyen Âge, contribuant en partie à la Renaissance en Europe.

Les premiers à traduire les textes arabes sont les Espagnols et les Italiens, ces documents pénètrent lentement en France. Paris est au XIIIe siècle le centre le plus important d'études philosophiques et théologiques du monde latin, les cours dispensés dans son université sont réputés dans toute l'Europe. Malgré son prestige, ce n'est que deux siècles après la mort d'Avicenne que l'université de Paris reconnaît totalement ses œuvres. Les premiers à s'intéresser à la pensée arabe ne sont autres que les théologiens et hommes d’Église français. Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris au XIIIe siècle montre un grand intérêt pour les philosophies arabe et grecque même s’il n'hésite pas à critiquer et dénigrer les travaux d’Avicenne sur ses réflexions pro-islamiques. Plus tard Thomas d'Aquin a la même réaction vis-à-vis des textes du penseur arabe[33].

Sur le plan scientifique, l'Europe qui est restée jusqu'au XIe siècle à l'écart des sciences grecques a là aussi l'occasion de les redécouvrir par l'intermédiaire des savants arabes. Gerbert d'Aurillac, après avoir parcouru la Catalogne et fréquenté les savants musulmans et espagnols, est un des premiers à rapporter en France les sciences arabes[34]. À travers l'Europe un vaste mouvement de traduction est lancé. Bien qu'imparfaites ces traductions introduisent de nombreuses notions en mathématiques, médecine, chimie, etc.

Dans le domaine des arts, l'influence arabe se fait sentir en Europe. Plusieurs églises romanes du sud de la France entre le XIIe siècle et XIIIe siècle empruntent grâce aux ouvriers et artisans arabes qui participent à leur édification, mais aussi des croisés revenant de Terre Sainte, une architecture semblable aux mosquées et palais d'Al Andalous comme les arches en forme de fer à cheval ou bien des inscriptions bibliques gravées dans la pierre et directement inspirées des arabesques qui ornent les mosquées de l'époque. L'exemple le plus frappant est certainement la cathédrale du Puy-en-Velay et dont Émile Mâle remarque la ressemblance frappante avec la mosquée de Cordoue[35].

Dégradation des relations et début des Croisades

Article détaillé : Croisades.
Saint Louis et la septième croisade

Après le XIe siècle, la situation des musulmans en Europe change. L'enlèvement de l'abbé Mayeul de Cluny, la destruction du Saint-Sépulcre à Jérusalem en 1009 et les premiers succès de la Reconquista marquent un tournant dans les relations entre les rois francs et les différents califats. Ces évènements génèrent au départ un sentiment de haine et un mépris envers les Sarrasins. Mais en moins d'un siècle l'idée de guerre sainte commence à germer dans l'esprit des rois chrétiens et de l’Église. Finalement en 1095, le pape Urbain II lance lors du concile de Clermont, l’appel à la croisade en vue de libérer Jérusalem où presque un siècle plus tôt le Saint-Sépulcre fut détruit. Considérée comme une guerre sainte et un pèlerinage pénitentiel mais aussi d'ordre eschatologique, cette première croisade a un large écho au sein du monde chrétien, relayée par des personnages comme Pierre l'Ermite qui exerçait sur les foules une véritable fascination. En moins de quatre ans, les croisés arrivent aux portes de Jérusalem. La guerre menée par les rois chrétiens entraîne une vivification du jihâd musulman avec notamment le retour à l'orthodoxie religieuse des Almoravides en Espagne. La première croisade laisse dans le monde musulman une mauvaise impression. Certaines scènes de cannibalisme attestées par Raoul de Caen commises par les croisés affamés envers les musulmans qui n'eurent d'autres choix que de se nourrir de viande humaine, choquent aussi bien dans les terres d'islam que dans le monde chrétien[36]. Lors du siège de Ma'arrat al-Numan en 1097, là encore les croisés laisseront une très mauvaise impression. À l'aide de catapultes, ils lancèrent une multitude de têtes musulmanes contre les murs de la cité afin de terrifier la population, mais l'effet est inverse car les habitants effrayés par la prétendue cruauté des croisés, colportée aussi bien par les musulmans que par les croisés qui y voyaient un moyen de semer la terreur chez les infidèles, redoublaient d'efforts dans la défense de leurs villes et forteresses. En 1099 avec la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon qui passera au fil de l'épée toute la population musulmane et juive de la ville puis est choisi comme prince, cet épisode marquant ainsi la fin de cette première croisade, victorieuse pour les croisés.

Scène de cannibalisme de la part des croisés qui choqueront durablement l'esprit des musulmans de l'époque.

Hormis la première croisade, les sept suivantes consistent essentiellement à défendre les États Latins d'Orient acquis. La quatrième croisade aura toutefois une conséquence lourde dans le futur de l'Europe. Organisée au départ afin de reconquérir les lieux saints, elle se soldera par un échec; pire, le saccage et la prise de Constantinople par les croisés donneront un coup fatal à l'empire byzantin qui ne se relèvera jamais et dont certains historiens pensent aujourd'hui qu'elle a grande partie facilitée la prise de la ville deux siècles plus tard par les armées ottomanes[37]. L'arrivée des Mongols modifie la donne et c'est à cette époque qu'on voit apparaître un personnage déterminant de l'histoire de France : Louis IX de France. Lors de la septième croisade il est fait prisonnier et amené au Caire mais parvient à retrouver sa liberté en échange d'une forte rançon. Cet échec ne l'arrête pas : voulant laver l'affront, il embarque le 2 juillet 1267 à Aigues-Mortes pour Tunis puis en destination de la Palestine. L'escale de Tunis a pour cause certaines informations qu'aurait reçues Louis IX, selon lesquelles l'émir tunisien était prêt à se convertir à la foi chrétienne. Toutefois la flotte est décimée par une épidémie de peste et Louis IX meurt le 25 juillet 1270. Vingt ans plus tard, Acre tombe et avec elle les États latins d’Orient.

Saladin et Guy de Lusignan après la bataille de Hattin

Le bilan de ces croisades est mitigé, le conflit a canalisé les ressources de l'occident durant plus de deux siècles et près de deux millions d'Européens perdront la vie durant les différentes croisades à cause des conditions climatiques difficiles, des longs voyages, des guerres, des pillards, etc[38]., mais malgré cela, il apparaît clairement que l'Occident et donc la France en ressortent gagnants sur d'autres plans comme l'art, la technologie et les sciences entre autres. Du côté musulman le bilan des croisades est moins glorieux, les croisades et surtout la chute de Bagdad marquent la fin de l'âge d'or islamique, la société se refermera lentement sur elle-même et deviendra de plus en plus religieuse. Les dissensions musulmanes apparaissent au grand jour et il fallut attendre près de deux siècles pour qu'une réelle lutte contre la présence chrétienne prenne forme avec Saladin. Cependant il est indéniable qu'au fil des contacts et de la longue présence en Terre Sainte des croisés, des relations se nouèrent. La sympathie mutuelle entre les soldats francs et musulmans est incontestable comme en témoignent les récits rapportés en Occident sur Saladin. L'islam et les musulmans sont mieux vus, dans la bourgeoisie certains ne cachent pas leur goût pour la civilisation et la culture arabe. Guibert de Nogent un croisé dira à propos des capacités des soldats turcs :

« Mais quelqu'un objectera peut-être : ne s'agissait-il pas là de troupes de paysans, de chevaliers domestiques, rameutés d'un peu partout? En réalité, les Francs eux-mêmes, qui ont affronté tant de périls, ont reconnu qu'ils n'avaient jamais rencontré une autre race d'hommes qui puisse être comparée aux Turcs, tant ils firent preuve, au combat, de vaillance et de courage. Lorsqu'ils les affrontèrent pour la première fois en une bataille, les Francs furent presque poussés au désespoir à cause de la nouveauté de leurs armes. Les nôtres en effet, étaient dans la plus totale ignorance de leur habileté à chevaucher, de leur étonnante capacité à esquiver nos charges et nos coups, et en particulier de l'habitude qu'ils ont de continuer à combattre alors même qu'ils sont en train de fuir, se retournant pour tirer des flèches[39]. »

De même, la cohabitation a laissé des traces dans les écrits arabes de l'époque. Un prince syrien en parlant des soldats francs témoignera de leur bravoure au combat mais aussi selon lui de la nonchalance de ceux-ci envers les fréquentations de leurs épouses :

Croisés et chevaliers musulmans dans la bataille. Miniature du XIVe siècle

« L'idée que les Francs se font de l'homme n'est pas moins stupide que celle qu'ils ont de la justice. Vous les voyez par exemple se promener, mari et femme, et celle-ci s'écarter un moment pour parler à un ami de rencontre, le mari attendant sagement et même, pour peu que l'entretien se prolonge, continuant son chemin tout seul [...]. Depuis, j'ai souvent médité cette contradiction flagrante : les Francs sont extraordinairement braves et n'ont pourtant ni jalousie ni amour propre. Pourquoi tant de hardiesse à la guerre et tant de désinvolture ailleurs[39]. »

En 1143, l'Anglais Robert de Ketton traduit le Coran en latin et l’offre au moine français Pierre le Vénérable de l'abbaye de Cluny. Bien que le but premier de cette traduction est de permettre à l'Église d'étudier l'islam afin de mieux le combattre sur le terrain idéologique afin entre autres de donner des réponses aux soldats croisés qui seraient amenés à douter de leur foi au contact des musulmans, c'est une réelle avancée dans la compréhension du monde musulman étant donné que c'est la première traduction en latin du Coran et que cette peur de voir la foi des soldats chrétiens ébranlée démontre que les rapports entre les deux religions pouvaient être amicaux malgré cette période de trouble. L’Occident voit subitement dans le monde musulman un univers évolué et fastueux.

Cette vision s'estompe au fil du temps et les anciennes haines refont surface avec l'émergence du nouvel Empire ottoman et de la menace qu'il fait peser sur Byzance et sur le monde chrétien en général. En 1451, Francisco Filelfo demande au roi Charles VII de France de reprendre les armes contre l'envahisseur turc considéré comme un peuple de sauvages incultes. Cette demande n’est guère suivie d’effets, même lorsqu'en 1453 la prise de Constantinople fait ressurgir la peur d'un islam conquérant. L’idée de partir en croisade fait surface par périodes jusqu’à la fin du XVIIe siècle. Par exemple Charles VIII tente en vain de reprendre Constantinople en remplaçant le sultan Bajazet II par son frère Djem mais la mort de ce dernier marque l'échec de l'entreprise. François Ier, l'artisan de l'alliance franco-ottomane rêve aussi de croisades, mais n'aboutit qu'à une assistance de l'île de Rhodes assiégée par Soliman le Magnifique en 1522[40]. Les récits de Louis IX ou de Godefroy de Bouillon sont de nouveaux d'actualité et magnifiés par les romans de chevalerie et des prophéties annonçant l'arrivée d'un second Charlemagne qui reprendrait la Terre Sainte aux infidèles.

Renaissance

Chute de Constantinople, tableau de Fausto Zonaro

La Renaissance se caractérise par un regain d'intérêt pour le monde antique et essentiellement gréco-romain. L'imprimerie en provenance de Chine se développe et donne un net avantage à l'Occident sur la civilisation arabo-musulmane décadente. Cette époque marque aussi le début d'une identité européenne. Malgré les siècles de guerres il est apparu clairement qu'aucune des deux religions n'est en mesure de détruire l'autre et hormis quelques appels aux croisades dans la chrétienté ou au jihâd dans le monde musulman, les frontières sont établies et durables. L'Occident a définitivement tourné la page de la perte des États latins d'Orient et se cantonne à l'Europe et le monde musulman celui d'Al-Andalûs et se limite à un Orient lointain. Parallèlement, la chrétienté se divise avec les réformes protestantes. Cette idée d'une Europe totalement chrétienne et d'un Orient musulman est ébranlée par la pénétration sur le continent de l'autre côté de la méditerranéen des Ottomans qui marque le début d'une nouvelle dynastie musulmane qui avancera ses armées jusqu'au portes de Vienne.

La date de début de la Renaissance fait débat parmi les historiens, et parmi les dates retenues, figurent la prise par les Ottomans de Constantinople, capitale de l'Empire byzantin, en 1453, et la chute de Grenade et la fin de la présence arabe en Europe. Le fait que ces deux évènements ressortent montre bien l'importance qu'ils avaient pour leur époque même si c'est souvent la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb qui a été choisie. Paradoxalement (mais aussi lié aux récentes découvertes terrestres) un orientalisme naissant apparaît. En 1538, François Ier autorise Guillaume Postel à enseigner l'hébreu et l'arabe. Des textes vantant les mérites des lois turques apparaissent allant même jusqu'à justifier l'usage du fratricide au sein de la famille régnante comme nécessaire à la perpétuation du pouvoir monarchique. L'attrait pour l'habit turc frisant parfois le ridicule apparaît lors des divertissements. Mais c'est surtout au niveau militaire et commercial qu'une réelle proximité entre l'empire ottoman et la France se feront sentir[41].

L'alliance franco-ottomane

Article détaillé : Alliance franco-ottomane.
Les pères de l'alliance franco-ottomane, François Ier (à gauche) et Soliman le Magnifique (à droite), peints séparément par Titien vers 1530

La France, pays fondamentalement chrétien et catholique à l'époque, ne voit pas d’un bon œil cette alliance avec un musulman. Mais, protégée des armées turques par la distance (contrairement aux Hongrois ou aux Allemands), elle établit de nombreux contacts diplomatiques et alliances militaires avec la Sublime Porte s'attirant ainsi les foudres de l'Église. Cette alliance franco-ottomane est un des meilleurs exemples de "laïcisation" de la politique française envers l'islam et les musulmans qu'elle avait si longtemps combattue en fournissant de nombreux guerriers de la Reconquista, en participant activement aux croisades et dirigeant les États latins d'Orient.

Portrait de Charles Quint ennemi commun de François Ier et de Soliman le Magnifique, peint par Titien (vers 1535).

François Ier convoitait le trône du Saint-Empire romain germanique, et se devait donc de défendre la chrétienté contre l'infidèle turc. Mais son échec à monter sur le trône germanique au détriment de son rival Charles Quint retourne la situation : il montre alors un plus grand intérêt envers cette nouvelle puissance au sein de l'Europe. Cette alliance entre les deux pays n’est jamais rompue par la suite, malgré l'opposition de la noblesse qui voit là une alliance insupportable avec l'infidèle[42]. En 1536 le traité des Capitulations permet à la flotte française de commercer avec l'ensemble des ports ottomans et confie à la France la protection des Lieux Saints chrétiens qui sont encore aujourd'hui sous autorité française[43].

Cette alliance ne signifiait nullement une quelconque amitié mais uniquement un intérêt commun face à un ennemi, Charles Quint, dont les possessions enserraient le royaume de France comme dans un étau. François Ier lui-même avoue à l'ambassadeur de Venise, Marino Giustiniani : « Je ne puis nier que je désire voir le Turc puissant, non pas pour son propre avantage, car c'est un infidèle et nous sommes chrétiens ; mais pour tenir l'ambassadeur en dépense, le diminuer grâce à un si grand ennemi et donner plus de sécurité à tous les autres souverains. » Du côté ottoman, le point de vue était identique d'ailleurs, les ambassadeurs qui arrivaient à Istanbul avaient notés l'attitude ambiguë du Sultan qui ne cherchait dans cette alliance que son propre intérêt[44].

La flotte de Barberousse à Toulon

C'est dans la discrétion la plus absolue que François Ier envoie des émissaires à Soliman le Magnifique qui comprend immédiatement l'intérêt d'un allié européen : outre sa lutte contre les Habsbourgs, la France pourrait l'aider dans sa quête de domination de l'ouest de la mer Méditerranée alors dominée par les Espagnols. Le premier ambassadeur envoyé par François Ier est Jean de la Forest qui embarque en 1535 à Marseille. Il se rend à Alger et rencontre Khayr ad-Din Barberousse puis part pour Istanbul.

En 1543, le roi français invite Barberousse à passer l'hiver à Toulon avec sa flotte, non sans avoir ordonné à la population composée de 5000 habitants, de quitter la ville sous peine de pendaison pour la sécurité mais aussi par peur du prosélytisme musulman[42].

« Logez le Sieur Barberousse, envoyé au roi par le Grand Turc, avec son Armée Turque et ses grands seigneurs au nombre de 30 000 combattants pour l'hiver dans ses ville et port de Toulon... pour le logement de la dite armée, ainsi que pour le bien-être de toute sa côte, il ne sera pas possible pour les habitants de Toulon de rester et se mêler à la nation turque, à cause des difficultés qui pourraient se présenter. »

— Instruction de François Ier au Lieutenant de Provence[45]

La ville provençale prend des allures orientales non sans provoquer le mécontentement de la population qui doit quitter ses habitations mais aussi son lieu et ses outils de travail. Quelques incidents éclatent entre les Toulonnais et les Turcs, comme l'assassinat de deux soldats turcs à Conil et dont on suppose que les casques enterrés par leurs assassins et trouvés en 1961 leur appartiennent peut-être. Quoi qu'il en soit, le roi de France, François Ier n'hésite pas à gâter ses hôtes en leur fournissant toutes les vivres et habitations nécessaires. De retour au pays les soldats ottomans gardent le souvenir d'une ville où il fait bon vivre[46].

Les multiples revirements français vis-à-vis de Charles Quint, les tromperies, l'éloignement, la difficulté des communications mais surtout le début des guerres de religion en France atténuent la portée de cette alliance mais le principal objectif qui était de perturber les Habsbourg est atteint. Ce n'est qu'un demi-siècle plus tard avec Henri IV, que la France et l’Empire ottoman retrouvent un ennemi commun en Philippe II d'Espagne. Des actions conjointes en Méditerranée occidentale sont décidées, mêmes si les Ottomans sont plus impliqués dans leur guerre contre la Hongrie.

Louis XIV, qui dans un premier temps est opposé aux Turcs, utilise cette alliance[47]. Le point commun entre tous ces monarques est de n'avoir jamais considéré cette alliance comme une acceptation des Ottomans en Europe étant donné tous ont en commun le désir de reconquérir la Terre Sainte. Or même si cette alliance entre rois chrétiens et puissance infidèle était contraire aux principes de l'époque, de nombreux juristes et diplomates tentent de la légitimer en puisant dans l'histoire religieuse et profane des exemples d'alliances entre chrétiens et non-chrétiens. De plus à l'époque des grandes découvertes, l'Angleterre grande rivale de la France, n'hésita pas à nouer des liens commerciaux très forts avec des peuples considérés comme totalement païens. Des liens commerciaux se nouent donc et des échanges intenses ont lieu, assurant la prospérité du port de Marseille. Parallèlement avec l'affaiblissement de la Sublime Porte au cours du XVIIe siècle, ces mêmes prophéties qui présageaient d'un retour de la France au Moyen-Orient, prennent de plus en plus de consistance, toutefois la crainte première de la France est de voir les terres libérées de la menace ottomane tomber aux mains de ses proches ennemis. Dès lors deux solutions s'offraient aux rois français, participer à la chute de l'empire turc ou les aider dans leur lutte contre les ennemis communs des deux nations ; c'est cette seconde solution qui est finalement choisie. À la fin du XVIIIe siècle, la Révolution française met brutalement fin à cette alliance.

Louis XIV, le roi soleil

Ambassadeur perse à la cour du roi soleil
Mehmed Effendi, ambassadeur du sultan ottoman

Alors que l’ambassadeur du sultan Bajazet II auprès du roi Louis XI à l'agonie, est renvoyé par celui-ci de peur de menacer le salut de son âme s’il rencontrait un infidèle, trois siècles plus tard, sous le règne de Louis XIV, la situation change sensiblement. Dans le but de se donner une stature internationale, le roi Louis XIV reçoit dans sa cour les ambassadeurs venus du monde entier, comme Siamese envoyé par le roi du Siam, des ambassadeurs russes, perses, ottomans. Chaque occasion est utilisée pour honorer mais aussi impressionner ses hôtes, la monarchie expose ce qu'elle a de plus fastueux. Même les plus petits émissaires sans importance ont le droit à la visite de Paris au milieu d'une foule curieuse de ses hommes venus d'un Orient lointain, mais aussi à la rencontre du roi à Versailles en présence de sa cour. L'intention est claire : laisser une impression de grandeur et de puissance, afin que les ambassadeurs lors de leur retour vantent les mérites et la grandeur du royaume de France.

Mehmed Efendi, ambassadeur ottoman de première importance est un exemple d'ambassadeur qui, charmé par la cour de Louis XIV influença l'opinion lors de son retour au pays. Il décrit la liesse du peuple qui se hâte de voir cet homme venu d'aussi loin lors de son trajet entre la Provence et Paris, mais aussi la beauté des demeures royales et des châteaux de la Loire comme au château de Chambord qu'il décrit comme bâti sur un lieu de délices, Versailles et son grand nombre d'appartements, de fontaines et la beauté de ses parcs ; Paris et sa cathédrale, la manufacture de Gobelins, les Invalides etc. À son retour très attendu à Constantinople il abonde de détails sur sa fastueuse réception dans le royaume français, ce qui ne manquera pas de susciter une admiration certaine parmi le sultan et sa cour. Une mode s'épanouit même à Istanbul ou les constructions de bâtiments "à la française" fleurissent comme la résidence du sultan nommée Eaux douces d'Europe et dont le canal imite celui de Versailles ou Fontainebleau et qui rapprochent un peu plus les deux pays[48].

La France et les États de l'Afrique du Nord

Barbaresque tunisien

À l'époque même où les relations franco-ottomanes étaient au beau fixe, il n'en était pas de même avec les États barbaresques d'Afrique du Nord. La mer Méditerranée est redevenue en partie le « lac musulman » du Moyen Âge. Les pirates menacent constamment les navires et font des razzias sur les côtes de Provence. Bien que sous dépendance ottomane (mis à part le Maroc gouverné par la dynastie chérifienne), les États d'Afrique du Nord n'en étaient pas moins très autonomes et menaient des actions en mer qui étaient considérées par les autorités locales comme une forme de jihâd mais aussi une source de revenus non négligeable. Ces razzias consistaient essentiellement à capturer les habitants des côtes européennes (la plupart chrétiens) pour ensuite en faire des domestiques, des esclaves et quand c’est possible, leur faire payer leur liberté. Cette guerre débute essentiellement à Tunis et Alger au XVIe siècle puis se répand au Maroc un siècle plus tard. Ces relations tendues pèsent lourdement sur les rapports entre la France et les États barbaresques mais n'empêchent pas de timides échanges. À partir du XVIIIe siècle la France établit des liens afin d'exploiter le corail des côtes sud-méditerranéennes et établit des consulats à Alger en 1564 et à Tunis en 1577, sans que les razzias ne cessent[49].

De nombreuses doléances sont adressées aux rois de France qui dans un premier temps préfèrent la négociation en utilisant leurs contacts avec Constantinople ; mais les résultats sont maigres, les Barbaresques étant très indépendants de l’Empire ottoman. Cette situation dure de nombreuses décennies, les rois de France étant plus occupés sur les fronts européens et intérieur (guerres de religion). En 1608, un tournant se produit. Henri IV commence à armer discrètement les premiers navires destinés à combattre les pirates sur les côtes françaises. Au départ les victoires sont minimes, quelques centaines d'esclaves français sont libérés tout au mieux, la marine française étant encore trop faible[50]. À la fin du XVIIe siècle, profitant d'une accalmie sur le front européen, la France décide de tout mettre en œuvre pour mettre un terme à ces pillages qui affaiblissent ses côtes méditerranéennes en armant ses bateaux. La première bataille sur mer a lieu le 23 juillet 1681, le commandant Abraham Duquesne ouvre le feu sur des navires pirates en mer Égée. Par la suite les navires français traquent les pirates et très rapidement la situation s'apaise avec les Régences. En moins d'une décennie, Alger, Tripoli, Tunis et le Maroc signent des traités avec la France. Cette situation de paix fragile mais durable favorise le commerce qui petit à petit prend le dessus sur les razzias, chacune des deux parties y trouvant un intérêt[51]. Dès lors des ambassadeurs originaires du Maghreb s'installent en France ce qui constitue un des rares cas de présence musulmane dans le pays à l'époque. Ces ambassadeurs avaient été choisis pour leurs connaissances de la langue française, soit parce qu’ils avaient été prisonniers en France, soit parce que dans le passé ils faisaient partie d'un groupe de pirates ayant pillé les côtes occidentales. La curiosité était partagée entre les deux parties. Les nombreuses ambassades qui passaient à travers la France attiraient toute l'attention du peuple, et la bourgeoisie de l'époque ne cachait pas son intérêt pour ces peuples venus de contrées considérées comme sauvages et qui avaient si longtemps fait craindre à tout marin un destin d'esclave. De même, le raffinement, la culture et l'art français sont largement vantés par ces ambassadeurs de retour au Maghreb. Le revirement des États barbaresques était tel qu'en 1699, le souverain marocain moulay Isma'il demande en mariage la fille de Louis XIV tout en promettant qu'elle garderait sa religion et sa liberté afin ainsi de rendre « les Maures français et les Français maures » selon lui[52].

Morisques d'Espagne en France

Article détaillé : Expulsion des Morisques d'Espagne.
L'expulsion des Morisques, Vincenzo Carducci, 1627, Musée du Prado, Madrid

Entre 45 000[53] et 150 000 Morisques[54],[55] expulsés d’Espagne en 1609-1611 trouvèrent refuge en France. Même si beaucoup repartirent ensuite pour le Maghreb, les autres restèrent et se fondirent peu à peu dans la population locale[56]. Henri IV rendit le 22 février 1610 une ordonnance permettant de demeurer dans le royaume à ceux qui « voulaient faire profession de la religion catholique pourvu qu'ils s'établissent au-delà de la Garonne et de la Dordogne ». Même si par la suite Marie de Médicis ordonna qu'on les expulsât, beaucoup cependant restèrent dans le Béarn et notamment à Bayonne avec le consentement des magistrats municipaux. Des documents et des textes prouvent que de nombreux Morisques s'établirent en France. Ainsi par exemple, deux familles de potiers s'installent à Biarritz, les Dalbarade et Silhouette, dont les fours fonctionnaient encore en 1838.

D'autre Morisques étaient installés en Guyenne en 1611, certains réfugiés au logis d'une dame de la ville « faisaient profession de la secte de Mahumet». Il leur est enjoint de quitter la ville ou de se convertir[57],[58]. En 1614, il n'est pratiquement plus question de mesures générales contre les Morisques de Bordeaux, le cardinal de Sourdis, absorbé par ses fonctions maritimes détournant son attention des Morisques et ceux qui avaient fini par se faire accepter à Bordeaux se mêlèrent peut-être à la colonie portugaise de la cité. En 1636, ils avaient à Bordeaux une situation suffisamment prospère que les autorités locales craignirent de les voir partir si les Espagnols qui venaient de s'emparer de Saint-Jean-de-Luz assaillaient Bordeaux, ville non armée[59]. Tous ceux qui avaient un métier étaient restés : maréchaux, potiers, négociants, etc. L'un d'entre eux, un métis du nom d'Alonzo Lopez, prit même quelque notoriété et mourut à Paris en 1649 après avoir réussi à travailler, sous les ordres directs de Richelieu, à la renaissance de la marine française, et être allé, dans ce but, plusieurs fois en Hollande. Quelques années avant que Lopez disparût on ne parlait déjà plus en France des Morisques, « ceux qui s'y étaient acclimatés s'étaient mêlés à la population et vivaient paisibles dans le royaume. Leur départ avait appauvri l'Espagne et nous avions hérité de quelques éléments de population active et laborieuse »[60].

Voltaire a évoqué l'établissement de ces familles morisques dans son Essais sur les mœurs[61].

L'islam et l'Orient dans la littérature française

Recueil des contes arabes et persans, les contes des Milles et Une Nuit seraient probablement perdus sans la traduction d'Antoine Galland.

La Renaissance et l'ouverture aux nouvelles cultures, conséquence directe des grandes découvertes ne marquera absolument pas un virage dans la vision de l'Occident sur l'Orient et les musulmans. L'évêque de Chalon-sur-Saône, Jean Germain contemporain de la prise de Constantinople ne dérogera pas aux règles médiévales des débats inter-religieux. Dans son livre Débat du chrétien et du Sarrasin il oppose un musulman et un chrétien dans un débat ou chaque partie défend sa foi. De par ses textes, Jean Germain tente de fournir les arguments théologiques pour justifier une nouvelle croisade contre les turcs[40]. Dans le même ordre d'idées, Jean de Ségovie cardinal retiré dans un prieuré de Savoie tente une nouvelle traduction du Coran en trois langues, arabe, castillan et latin et cela deux siècles après celle de Pierre le Vénérable. Bien que son œuvre soit aujourd'hui perdue, elle ne laisse pas douter que même si contrairement à beaucoup d'auteurs de son époque qui réalisaient des œuvres clairement anti-islamiques, le but premier de Jean de Ségovie était toutefois là encore là conversion des turcs. En 1486, le chanoine Bernhard von Breydenbach publiera des récits encourageant aux croisades, exaltant les précédents rois et annonçant diverses prophétie sur un retour des chrétiens en Orient, et c'est aussi une des premières fois qu'un auteur latin publie un cours sur l'alphabet arabe montrant par là un attrait timide en occident pour la langue arabe. Des nobles comme le roi René d'Anjou est un exemple d'homme issus des milieux favorisés qui s’intéressera à la culture arabe[62].

Un siècle plus tard l'alliance franco-ottomane mais aussi les guerres de religions laisseront des traces au niveau de la littérature. Les protestants au lendemain du massacre de la Saint-Barthélemy n'hésiteront à comparer la monarchie française à l'empire ottoman, modèle de tyrannie par excellence dans l'imaginaire collectif. Du côté catholique on accusera les protestants d'avoir adoptés une forme proche de l'islam, de par leur refus du culte des saints et des images religieuses ou sur la question de la prédestination. En 1576 un ouvrage issu d'un mouvement regroupant des nobles des deux confessions (catholiques et protestantes) vont même jusqu'à laisser présager qu'avec l'alliance franco-ottomane, la France pourrait devenir une province de l'empire ottoman. Le Turc y est sans cesse décrit comme mauvais, cruel et intolérant et que son projet par cette alliance est d'importer sa loi en France, de supprimer toute noblesse et la soumission entière au sultan de l'ensemble des Français. Les missionnaires catholiques envoyés dans le monde rapporteront eux aussi de nombreux récits là encore tout aussi sombres. Le musulman est considéré comme la torture du chrétien et tout en reprenant la littérature du Moyen Âge ils considèrent que l'islam est tout entier dirigé contre le christianisme, mêmes les rares qualités qu'on leur attribue sont tournés dans une optique de lutte contre le christianisme[63].

Cependant il est aussi des hommes qui ont essayés de donner un autre point de vue. Ce fut le cas des explorateurs, des riches hommes d'affaires qui partiront en Orient et en rapporteront des récits totalement différents. En 1655 Jean de Thévenot part durant deux ans en Turquie, en Terre Sainte et parcourt la Syrie et l'Éthiopie. Il décrit les Turcs comme des ignorants et le sultan comme un tyran mais admet qu'ils sont plus tolérants et plus généreux que les chrétiens et en arrive à la conclusion qu'en cas de conversion un turc pourrait être un très bon chrétien. De même Tavernier un commerçant protestant réfugié en Suisse suite à la révocation de l'édit de Nantes entreprend de nombreux voyages en Orient et dont les récits réunis dans le livre Les Six voyages...en Turquie, en Perse et en Inde seront publiés durant près de trois siècles[64]. L'attrait pour l'Orient poussera Antoine Galland à traduire de 1704 à 1717 les récits des Mille et une nuits encore publié de nos jours et qui auraient probablement totalement disparus sans sa traduction.

Tous les récits ont toutefois un point commun, la critique du système politique turc ou perse. Le sultan est un chef qui a droit de vie et de mort sur ses sujets qui lui doivent une totale obéissance. Dans ce contexte de quasi esclavage les peuples ne peuvent se libérer eux-mêmes et aux grandes heures de la Révolution française et à la veille de la colonisation des auteurs comme Volney dans les Ruines appelleront à la chute du sultan symbole de roi absolu qu'il faut aller abattre.


Période contemporaine

Article détaillé : Campagne d'Égypte.
La Bataille des Pyramides, huile sur toile de Antoine-Jean Gros, 1810

En 1798, immédiatement après la Révolution, Napoléon entreprend une campagne en Égypte. Il suit là les idées révolutionnaires françaises et croit en une mission civilisatrice de la France dans ce pays, certains intellectuels considérant même que le pays est le berceau de la civilisation occidentale. La volonté de contrer les Anglais est toutefois présente et c'est d'ailleurs un de ses objectifs; en attaquant l'Égypte, on s'attaque à l'empire ottoman allié des britanniques, le second objectif est de rétablir les positions commerciales perdues avec la Révolution[65]. Napoléon contrairement à Volney garde une bonne opinion de la religion islamique mais il considère aussi que le monde musulman a gardé sa force et son potentiel belliqueux, il souhaite par conséquent le neutraliser ou mieux, le dompter[66]. Il voit dans la campagne d'Égypte un moyen d'égaler les grands conquérants de l'antiquité mais aussi de se distinguer des autres généraux même si le pays n'est pour lui qu'une étape. Même si l'entreprise est un échec elle combine tous les aspects qui caractériseront c'est-à-dire la conquête militaire, l'organisation politique, économiques et culturelle. La fin de campagne d'Égypte cela ne marque pas pour autant la fin de la relation entre ce pays et la France. Les Saint-simoniens considèrent même un besoin d'unir les pays de la Méditerranée[66].

Après le départ français, la France conserve un prestige considérable en Égypte. Le pays, aidé par la France mais aussi par les scientifiques que Napoléon amena avec lui et qui sont appelés à collaborer sur le développement du pays par Méhémet Ali. Des noms comme Champollion fondateur de l’égyptologie, du colonel Sève (Soliman Pacha après sa conversion à l'islam) qui réorganise l'armée égyptienne sur le modèle européen ou encore de Jumel qui sélectionne le coton à longue fibre restent célèbres encore aujourd'hui [67]. Cet afflux de gens de valeur en Égypte ne manque pas d’inquiéter certains intellectuels. Des personnes comme Chateaubriand s'effraient du danger que peut représenter la modernisation d'un pays musulman pour l'Europe alors que d'autres comme Alexis de Tocqueville y voit plutôt un signe supplémentaire de la domination de l'Occident sur les pays orientaux[68]. On notera en cette début de XIXe siècle que la confrontation n'est plus fondamentalement religieuse comme ça a pu être le cas auparavant. Les Lumières et la Révolution ont laïcisé le pays, l'influence de l'Eglise est moindre et par conséquent le but n'est pas de sauver la chrétienté de l'islam mais de sauver la civilisation occidentale de toutes ces anciennes civilisations qui n'ont pas fait l'effort de modernisation comme l'a connue la France. Plus que d'ordre sémantique, en cette période d'expansion territoriale, cette vision du monde a pour but non pas de détruire mais d'élever les pays conquis et de les assimiler en leur donnant les idées et les moyens nécessaires afin qu'ils fassent leur propre révolution[69]. Bien entendu, et comme ce fut le cas pour la France, cette modernisation passe par l'émancipation de la religion. Mais cette modernisation n'est pas sans poser de question, par quels moyens, par quelles idées? Est il possible de moderniser sans craindre par la suite que ces pays ne deviennent une menace comme le pense Chateaubriand et bien sûr est il possible que toutes les races humaines ne se valent pas et par conséquent la colonisation qui devait être une mission civilisatrice pourrait se transformer en domination raciale légitime[70].

Époque moderne

Population issue de l'immigration

En ce qui concerne les migrants algériens, avant 1962, le terme « immigration » n'était pas employé par les pouvoirs publics puisque ces populations étaient juridiquement françaises. Citoyens français à partir de 1947, les musulmans algériens étaient donc des migrants régionaux, comme les Bretons et les Corses avec le droit de vote, les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens français[71],[72]. Ils étaient alors désignés sous les termes de Français musulmans d'Algérie (FMA) puis de Français de souche nord-africaine (FSNA), terme officiel à la fin de la guerre d'Algérie. C'est seulement après 1962, que le terme d’« immigration » est utilisé[73].

Après la Première Guerre mondiale

Au cours de la Première Guerre mondiale, environ 132 000 migrants Nord-Africains sont venus travailler en France ; la plupart rentrent au pays en 1918[74]. Peu après la Première Guerre mondiale, durant laquelle ces populations ont combattu du côté de la Triple-Entente, la première grande période d'immigration d'Afrique du Nord se produit de 1920 à 1924, date à laquelle la France devient l'un des tout premiers pays d’immigration au monde[75].

L'estimation de la population musulmane dans les années 1920 doit se référer aux 120 000 Nord-Africains présents sur le sol métropolitain, dont 100 000 Algériens, 10 000 Marocains (le Maroc est sous le protectorat français de 1912 à 1956) et 10 000 Tunisiens (la Tunisie est sous le protectorat français entre 1881 et 1956). La différence selon les nationalités s'explique par la différence de nature de la colonisation, beaucoup moins soucieuse de l'organisation traditionnelle en Algérie que dans les autres pays maghrébins. Ces 120 000 personnes représentaient alors 0,3 % de la population française. En 1936, la colonie nord-africaine est d'environ 200 000 personnes.

Après la Seconde Guerre mondiale

L'autre grande période d'immigration débute dans les années 1950, avec les besoins en main-d'œuvre pour la reconstruction de la France ravagée par la guerre. Dans les années 1960, elle va s'accélérer avec la fin de la guerre d'Algérie. Cette immigration, en provenance d'Algérie et d'autres anciens protectorats ou colonies d'Afrique du Nord, est essentiellement masculine. Elle a été complétée par une immigration féminine liée aux lois existantes sur le regroupement familial.

À cette immigration économique s'ajoutent en 1961-1962 91 000 musulmans pro-français réfugiés d'Algérie. Il s'agit principalement de harkis, mais aussi d'autres musulmans d'Algérie qui ont choisi de rester français, notamment de militaires de carrière (Saïd Boualam, ancien vice-président de l'assemblée nationale, Hamlaoui Mékachéra, ancien secrétaire d'État, le colonel Aziz Meliani, ancien maire-adjoint de Strasbourg ou encore le général Ahmed Rafa par exemple) ou de fonctionnaires, dont certains ont poursuivi leur carrière en métropole, y compris dans le corps préfectoral (les préfets Chérif Mécheri et Madhi Hacène).

Démographie

Diverses estimations scientifiques

Alain Boyer, se basant sur le recensement de population de 1990, estime le nombre de musulmans potentiels à 4,16 millions[76], mais plusieurs des données qui composent ce chiffre sont de simples estimations.

D'autres estimations avancent un nombre de musulmans compris entre 3,1 et 3,7 millions au recensement de 1999 : ce recensement a en effet été complété par une enquête Familles, qui permet d’en exploiter mieux les données. En 2004, Michèle Tribalat, démographe à l'Institut national d'études démographiques (Ined), estime ainsi le nombre de personnes vivant en France susceptibles, d’après leur pays d’origine ou leur filiation sur trois générations, d’être musulmanes, à 3,65 millions en 1999, dont 2,35 millions d’adultes et 1,2 million d’électeurs potentiels (estimation revue en 2009 et estimée par la démographe à environ 4,5 millions en 2005)[77]. Kamel Kateb, dans le même ouvrage, donne à partir de calculs différents des estimations proches : 3,5 millions de personnes originaires par un de ses ascendants de pays à majorité musulmane[78], et 3,1 millions de personnes appartenant à un ménage dont la personne de référence est originaire d’un pays à majorité musulmane[79]. Les deux auteurs soulignent que ces estimations concernent le nombre de musulmans potentiels, c'est-à-dire dont un ou plusieurs des ascendants directs sont issus d'un pays à majorité musulmane. Parmi ces « musulmans potentiels » sont donc incluses des personnes qui ne se décriraient pas comme musulmanes et qui sont peut-être d'une autre religion, agnostiques ou athées[80].

En 2007, selon deux sondages de l’Ifop et de la Sofrès, 3 % des répondants se déclaraient de religion musulmane[81],[82], soit 1,842 million de musulmans.

Le sondage CSA pour Le Monde des religions, publié en janvier 2007, donnait un chiffre de 4 %[83], soit 2,46 millions de musulmans.

En 2009, Michèle Tribalat a estimé le nombre de personnes pouvant être musulmanes en 2005 d’après leur filiation (sur trois générations) à environ 4,5 millions[84] . Plus des deux tiers résident dans les agglomérations urbaines de 200 000 habitants ou plus[85].

Pew Research Center estime le nombre de musulmans en France en 2010 à 4,7 millions[1].

Selon l'étude scientifique la plus récente publiée par l'INED et l'INSEE, en octobre 2010, en France, dans la population de 18 à 50 ans, environ 2.1 millions de personnes (dont entre 70 000 et 110 000 convertis de la même tranche d'âge) se disent musulmans (soit 7,9 % de cette tranche d'âge), indépendamment de leur pratique religieuse. Selon l'auteur, les personnes de « culture musulmane », c’est-à-dire venant d’une famille musulmane mais se déclarant sans religion ne sont pas comprises dans cette estimation, ce qui explique le décalage avec les chiffres fournis par les estimations habituelles qui d'autre part incluent les personnes de plus de 50 ans et de moins de 18 ans[86],[87],[88].

Les musulmans sont en moyenne plus jeunes et environ la moitié des musulmans de France ont moins de 24 ans. Selon Justin Vaïsse, à Paris, les musulmans représentent un tiers des jeunes de moins de 24 ans. Les villes françaises ou vivent le plus grand nombre de musulmans sont Roubaix, dans la banlieue de Lille (50 % de la population), Marseille (25 %), Besançon (13 %)[89], Paris (10 à 15 %) et Lyon (8 à 12 %)[90]. Ces jeunes d’ascendance musulmane se déclaraient en 1992, à 30 % sans religion (si les deux parents étaient Algériens), voire à 60 % (si un parent seulement était Algérien)[91].

L'islam est la première religion de la Seine-Saint-Denis[92]. Selon l'Insee, le prénom Mohamed est le prénom le plus donné en 2002 dans ce département[93].

Population d'origine maghrébine

Selon Michèle Tribalat, plus de 80 % des personnes susceptibles d’êtres musulmanes sont originaires du Maghreb (43,2 % d'Algérie, 27,5 % du Maroc et 11,4 % de Tunisie, anciennes colonies françaises). Les autres sont originaires d’Afrique noire (9,3 %) et de Turquie (8,6 %)[94]. Elle évalue, dans une étude de 2009, cette population d'origine maghrébine sur 3 générations (immigrés, enfants et petits-enfants d'immigrés) à un peu plus de 3,5 millions en 2005 soit environ 5,8 % de la population métropolitaine cette même année (60,7 millions)[95]:

En milliers 1999 2005 % évolution 1999/2005 % population métropolitaine (2005)
Algérie 1 577 1 865 +18,3 % 3,1 %
Dont immigrés 574 679
Dont nés en France 1 003 1 186
Maroc 1 005 1 201 +19,5 % 2,0 %
Dont immigrés 523 625
Dont nés en France 482 576
Tunisie 417 458 +9,8 % 0,8 %
Dont immigrés 202 222
Dont nés en France 215 236
Total Maghreb 2 999 3 524 +17,5 % 5,8 %
Dont immigrés 1 299 1 526 2,5 %
Dont nés en France 1 700 1 998 3,3 %

Toujours selon Michèle Tribalat, en 2005, près de 7 % des jeunes de moins de 18 ans en métropole sont d'origine maghrébine (au moins un parent). En Ile-de-France, la proportion est d'environ 12 %. C'est dans les départements de Seine-Saint-Denis (22 %), du Val-de-Marne (13,2 %) et du Val-d'Oise (13 %) et de Paris (12,1%) que l'on trouve les plus fortes proportions[96],[97].

2005 (en % des jeunes de moins de 18 ans) Seine-Saint-Denis Val-de-Marne Val-d'Oise Lyon Paris France
Total Maghreb 22,0 % 13,2 % 13,0 % 13,0 % 12,1 % 6,9 %

D'autres estimations fournissent des chiffres plus élévés sans préciser la méthodologie utilisée. Ainsi, selon la revue Les Cahiers de l’Orient, cette population d'origine maghrébine est évaluée à 6 millions d'individus[98]. Selon le sociologue Robert Castel, il y a en France, en 2007, environ 5 à 6 millions de personnes d'origine maghrébine; 3.5 millions ont la nationalité française dont 500 000 harkis[99].

La population maghrébine en France, majoritairement plus pauvre, a un taux de fécondité plus élevé que le reste de la population française, respectivement 3,3 et 2 enfants par femme[100][réf. incomplète]. Cependant, on observe que le taux de fécondité des femmes d'origine maghrébine se rapproche de celui des femmes françaises avec le temps[101].

Estimations politiques

Mais le nombre de musulmans en France est un enjeu de plus en plus politique, aussi la classe politique dans son ensemble ne se contente pas de ces chiffres, et préfère donner ses propres estimations. Les hommes politiques et les responsables religieux font ainsi des estimations beaucoup plus hautes, jamais fondées sur des éléments fiables, mais souvent proches d’un symbolique « 10 % de la population »[102] :

  • en 2003, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy estimait ce nombre entre 5 et 6 millions[103] ;
  • ce chiffre est redonné en 2010 par le ministère de l'Intérieur chargé des cultes, qui retient une définition ethnographique de l’islam : est musulman celui né de parents musulmans, ou dont les ancêtres viennent d’un pays majoritairement musulman. En retenant une définition religieuse (les personnes qui déclarent une pratique religieuse musulmane), le nombre de musulmans est alors de 1,6 à 2 millions de personnes[3],[4],[5], soit 7,7 à 9,3 % (définition ethnique) ou 2,5 à 3,1 % (définition religieuse) de la population. Le chiffre, vague, n’a pas varié en sept ans ;
  • le chiffre qui fait désormais consensus chez les représentants des communautés religieuses est de 5 millions. Il est souvent repris dans la presse ;
  • Jean-Paul Gourévitch[104] estime ce chiffre « officiel » de 5 millions trop bas et parle d'environ 7 millions ;
  • le Front national évoque le chiffre de 8 millions[105] ; cette estimation est reprise par Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, qui estime le nombre de musulmans entre « 5 et 10 millions ». Ni le FN ni le ministère de l'Intérieur ne donnent leurs sources[106].

Le Département d'État et le CIA World Factbook estiment le nombre de musulmans en France entre 5 et 10 % de la population, mais ils considèrent que 100 % des Français ont une religion[107],[108].

Le nombre de Français convertis est estimé entre 70 000 et 110 000[109],[88].

Projection

Une étude conduite par le Pew Research Center s'attache à établir l'évolution de la population musulmane dans la démographie mondiale. Pour la France, le Pew Research Center établit un total de 4 704 000 personnes de confessions musulmanes en 2010 (7,5 % de la population totale française), et prévoit une augmentation à 6 860 000, soit 10,3 % de la population française en 2030[110].

Perception des musulmans de France

Les « Arabes » (à prendre au sens d'Arabe du temps de la présence coloniale de la France en Algérie, donc incluant les Berbères) présents en France, s’ils sont le plus souvent musulmans, peuvent aussi être chrétiens, agnostiques, etc. Parallèlement, des musulmans français peuvent avoir des origines non arabes : convertis, Turcs (nationalité) (environ 360 000[111]), Berbères, Iraniens, Kurdes, Maliens, Sénégalais, Indonésiens, Malais, Bosniaques, Albanais, etc.

L'État français ne reconnaît pas légalement les origines ethniques et religieuses (à l'exception du cas particulier des harkis) mais, devant la carence d'interlocuteurs privilégiés, dans les dernières années, les gouvernements successifs ont essayé d'organiser une représentation des musulmans français. Le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, a créé en 2002 le Conseil français du culte musulman (CFCM). Cette association, bien que reconnue formellement par le gouvernement, est toutefois une association à but non lucratif sans statut légal particulier. En 2004, elle était conduite par le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur[112].

La première génération de musulmans, aujourd'hui retraités, n'était pas perçue comme immigrante, ni par l'État, ni par les employeurs, ni par les musulmans eux-mêmes. Ces musulmans ont gardé de forts liens avec leurs pays, où leurs familles sont souvent restées vivre. Les chercheurs en sciences sociales considéraient alors l’islam comme un simple fait migratoire, de « transplantation »[113]. Cependant, en 1974, le gouvernement s'est prononcé en faveur du regroupement familial, et les enfants et les femmes ont pu venir vivre en France. Beaucoup d'entre eux ont demandé la nationalité française à cette époque.

La situation est différente pour les générations ultérieures constituées de musulmans nés en France, et donc citoyens français par le droit du sol ou le droit du sang en cas d'enfants issus de couples mixtes. La majorité d'entre eux n'ont aujourd'hui qu'une connaissance toute relative de la culture et du pays d'origine de leurs parents ou grands-parents, avec lesquels ils ont conservé peu d'attaches. Ce qui explique, qu'en plus de se savoir Français, certains se ressentent comme immigrants, alors même qu'ils ont une connaissance très vague du pays de leurs ancêtres.

Identités musulmanes en France

Olivier Roy indique que le fait d'être musulman n'est qu'un élément parmi d'autres de l'identité des immigrants de la première génération. Leur identification avec l'aire d'origine est beaucoup plus forte : ils sont tout d'abord Algériens, Marocains, Tunisiens d'autres s'identifient par leur culture ou leur langue Arabes, Berbères (Kabyles, Chleuhs, Rifains), etc. Ce n'est pas aussi vrai avec la seconde génération, qui bien souvent ne parle même pas la langue des parents. Cette observation, pourtant, n'est généralement pas valable dans le cas de certaines minorités comme les Turcs qui peuvent largement maintenir leurs liens culturels avec leur pays d'origine grâce au développement international des médias de leur pays. Toujours selon Olivier Roy, on assiste progressivement, sous les effets de la mondialisation et de la déculturation, au découplage entre religion et culture traditionnelle, comme cela s'est fait dans le christianisme. Ainsi l'islam qui prend racine en France et en Europe n'est pas un islam « civilisationnel » mais se veut « pure religion ». Selon lui, cette déculturation du religieux est la condition nécessaire à l'émergence d'un islam européen, même si le contenu théologique ne change pas plus que celui du catholicisme au cours des siècles[114].

Conversions

En France, selon l'Ined, entre 70 000 à 110 000 convertis se seraient converties à l’islam[88],[109]. Il y aurait environ 3600 conversions tous les ans.

Entre 150 et 200 musulmans se convertiraient au catholicisme par an, dont beaucoup d'enfants issus de mariages mixtes[115]. Ce chiffre n'est toutefois qu'une estimation car beaucoup de musulmans ne révèlent pas leur conversion, par crainte des représailles, l'apostasie étant strictement interdite en islam[116]. Le nombre de personnes quittant l'islam, sans adopter le catholicisme, n'est pas comptabilisé.

D’après Stefano Allievi, c’est là un domaine peu exploité en sociologie religieuse car ce sont les « conceptions statiques de la religion »[117] qui sont généralement étudiées. Néanmoins, la conversion musulmane est un sujet exploité par plusieurs chercheurs : Stefano Allievi, Sarah Daynes, Mercedes Garcia-Arenal, du milieu des années 1980 jusqu’à aujourd’hui. Le rôle des convertis semble pouvoir devenir un enjeu important dans la configuration de l’islam européen, et cela à plusieurs titres. D’une part, ils sont des intermédiaires sociaux fondamentaux, car ils produisent une culture islamique européenne. D’autre part, le converti se repositionne par rapport à son environnement social et il exprime son acte en termes de choix[118]. Dans les études sur les convertis musulmans, on trouve un certain nombre de points récurrents. Il existe deux types de conversion, la « conversion rationnelle » et la « conversion relationnelle »[119].

La conversion relationnelle est issue d’un ensemble de liens sociaux qui produisent ou même forcent un processus décisionnel de la pratique musulmane. Cette dernière se perçoit sous deux formes : la conversion appelée aussi ré-islamisation[120] ou musulman « reborn »[121] et la conversion par mariage[122]. Le converti est un individu d’origine non-musulmane, qui est devenu musulman à l’âge adulte. Beaucoup d’individus découvriraient l’islam à l’adolescence par la lecture du Coran. Ils veulent pouvoir faire la part des choses entre les messages négatifs véhiculés sur l'islam dans les sociétés non musulmanes et l'islam tel qu’il est dans le texte[123]. La conversion par mariage concerne les hommes avant le mariage qui veulent épouser une musulmane et les femmes avant ou après le mariage avec un musulman. En effet, selon l'interprétation majoritaire actuelle du Coran, la femme musulmane ne peut s’unir qu’à un musulman, à l'inverse de l’homme musulman a seulement interdiction d’épouser une femme n'appartenant pas aux gens du livre, ce qui veut dire concrètement qu'il a tout à fait le droit de se marier avec une juive ou une chrétienne. La conversion rationnelle concerne les individus issus d’une autre tradition religieuse ; les ouvrages ne mentionnent pas le cas d’anciens agnostiques ou athées. Elle est une conversion individuelle qui naît d’une recherche explicite d’un système de signification et de sens, elle a une origine intellectuelle, et répond à une soif de spiritualité et de mysticisme[124]. D’après différents récits, les convertis viennent à l’islam par la lecture du Coran, ils en font l’examen critique, formulent le désir de prendre le nom arabe choisi au moment de leur conversion comme nom d’État civil et ressentent fortement « l’islamophobie »[125]. Toutefois le changement de nom n'est pas une obligation lors de la conversion à l'islam et très rares sont les cas de changement à l'état civil. La conversion à l'islam étant possible seul, sans témoins (même si la présence de deux témoins est recommandée), il est extrêmement difficile de définir précisément le nombre de convertis.

Parmi les convertis français célèbres, on peut citer :

  • Eva de Vitray-Meyerovitch[126] (1909-1999), docteur en islamologie, chercheuse au CNRS dont elle dirigea le service des sciences humaines, traductrice et écrivain, et publia au total une quarantaine d’ouvrages et de nombreux articles.
  • René Guénon[127] (1886-1951), auteur de nombreux ouvrages sur la métaphysique et la Tradition.
  • Michel Chodkiewicz[128], ancien directeur général des éditions du Seuil.
  • Philippe Grenier, médecin, homme politique français et premier député musulman de l'histoire de France.
  • Roger Garaudy homme politique, philosophe et écrivain français.
  • Maurice Béjart, danseur et chorégraphe français.
  • Pierre Lory, directeur du département Études arabes, médiévales et modernes de l'Institut français du Proche-Orient, et Directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études. Il est membre des comités de rédaction de la Revue de l'Histoire des Religions et du Journal of the History of Sufism.
  • Éric Geoffroy, islamologue arabisant et un écrivain français.
  • Bob Denard, mercenaire français.
  • Yvette Labrousse, principalement connue sous le nom de Om Habibeh, élue Miss Lyon 1929, puis Miss France 1930.
  • Vincent-Mansour Monteil, linguiste, ethnologue, humaniste et orientaliste français.
  • Louis Massignon, universitaire et islamologue français, directeur d'études à l'École pratique des hautes études (EPHE).
  • Étienne Dinet, plus tard Nasreddine Dinet, peintre orientaliste français.
  • Maurice Bucaille, médecin et auteur français, connu également pour avoir dirigé des investigations en Egypte avec des collaborateurs égyptiens puis français de disciplines médicales diverses, afin de connaître l'origine de la mort de Ramsès II. Lors de la sortie de son livre Les Momies des Pharaons, il reçut la médaille d’argent du prix Diane-Potier-Boès11 décerné en 1988 par l’Académie française.
  • Jacques-François Menou (1750-1810), général de la révolution française et gouverneur d’Égypte.
  • Henry de Monfreid, aventurier et écrivain français, devenu musulman en 1914 et prend le nom d'Abd-el-Haï (esclave du vivant).
  • Claude Alexandre de Bonneval, Comte de Bonneval (14 juillet 1675 - 23 mars 1747, Constantinople), officier militaire français qui se mettra au service de l'Empire ottoman, se convertissant à l'Islam et devenant connu sous le nom Humbaraci Ahmed Pacha.
  • Jacques de Menou de Boussay, baron de Boussay, dit Abdallah Menou, né à Boussay le 3 septembre 1750, décédé à Mestre (Venise) le 13 août 1810, général français.
  • Ismayl Urbain (ou Ismaël Urbain1), né Thomas Urbain, journaliste et interprète français.
  • Soliman Pacha, ancien officier de la Grande Armée de Napoléon Bonaparte, il fut recruté par l'armée égyptienne pour la réformer sur le modèle européen. Il en devient généralissime en 1833. De retour en France en 1845, il est fait grand officier dans l'ordre de la Légion d'honneur par le roi Louis-Philippe.
  • Frithjof Schuon, philosophe et métaphysicien traditionaliste franco-allemand, il est l'auteur de nombreux essais sur la religion et la spiritualité.
  • Gustave-Henri Jossot (Abdul Karim Jossot), dessinateur, caricaturiste, peintre, affichiste et écrivain.
  • Paul-Éric Blanrue, écrivain français, auteur de livres historiques et collaborateur à la revue Historia[129].
  • Bruno Guiderdoni, astrophysicien, directeur de recherches au CNRS, directeur de l’observatoire de Lyon et spécialiste de la formation des galaxies.

Conversions dans le milieu du rap :

Conversions dans le milieu du sport :

Aujourd'hui de nombreux convertis ont des enfants qui eux sont simplement français musulmans sans être dans la catégorie « musulmans convertis » ni dans la catégorie « musulmans issus de l'immigration ».

Pratiques religieuses et organisations musulmanes

Article détaillé : Liste de mosquées de France.

Les études montrent une évolution de la pratique religieuse : d'après un sondage CSA-La Vie réalisé en 2006, 49 % des musulmans sondés ne vont jamais à la mosquée, 88 % respectent le jeûne du ramadan ainsi que les prières ou la pratique de la charité, contre 60 % en 1989[136].

Fichier:Mosquee de vigneux construction 20011006.JPG
La mosquée de Vigneux sur Seine.

Trois grandes organisations existent : la Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France et l’Union des organisations islamiques de France.

Au moins 2100 mosquées sont dénombrées en France[137]. En 1985, il y en avait environ 900 et 5 en 1965[138]. Selon Le Monde, la construction de grandes mosquées s'accélère, avec des projets dans plusieurs grandes villes françaises[139]. La plus ancienne école musulmane française est située sur l’île de la Réunion. Deux collèges musulmans existent, l'un à Aubervilliers (École de la réussite) et l'autre à Décines dans la banlieue de Lyon (collège-lycée Al Kindi). Un lycée a également ouvert en 2003 à Lille, le lycée Averroès[140].

La loi de séparation de 1905 fait que les écoles publiques ne peuvent pas être confessionnelles. Les parents souhaitant que leurs enfants étudient dans des écoles religieuses doivent donc les inscrire à des écoles privées.

Sur les quelque 2100 imams du pays, 75 % ne sont pas Français et un tiers ne parlent pas français[141].

Intégration sociale et économique

En France, la population musulmane est surtout concentrée dans certains quartiers souvent défavorisés, en particulier dans de grandes agglomérations comme Lille, Lyon, Marseille, Paris ou Strasbourg. On parle parfois de ghettos[Qui ?]. À titre d’exemple, le département de la Seine-Saint-Denis dans la banlieue parisienne cumule une forte proportion de musulmans (un tiers de la population) et un fort taux de chômage (30 % dans la commune de La Courneuve).

Dans une conversation privée avec Alain Peyrefitte en 1959, Charles de Gaulle a aussi mis en avant les racines chrétiennes de la France (il s'agissait alors pour lui de démontrer l'impossibilité d'une fusion de la France et de l'Algérie voulue par les partisans de l'Algérie française), et il évoquait les conséquences d'une augmentation de l'islam en France si l'Algérie était intégrée sans restrictions à la métropole : « si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! »[142]

Aujourd’hui, certains partis d’extrême droite basent une partie de leur programme sur ce thème. Leur argumentation développe l’idée qu’un grand nombre d’immigrants d’une culture jugée très différente, en particulier non-chrétienne, risque de déstabiliser la culture française. Ils affirment aussi que les principes de l'islam favorisent des attitudes qu'ils jugent nuisibles, telles que le sexisme et l'intolérance religieuse. Faisant un lien entre immigration, insécurité et islam, ils affirment que les comportements dits « islamistes » des populations musulmanes françaises présentent un danger pour le pays. Lors des élections régionales de 2004, le Mouvement national républicain (MNR) a axé sa campagne sur le slogan « non à l'islamisation ! ».

Proportionnellement à la population du pays, les musulmans sont sous-représentés dans les milieux politiques (partis, haut-fonctionnaires…), télévisuels (animateurs TV, journalistes…), cinématographiques[143]. Selon une étude du sociologue Farhad Khosrokhavar, ils sont par contre surreprésentés en prison (50 % et 80 % des personnes incarcérées dans certains établissements français proches des quartiers sensibles)[143],[144],[145]. Pour les représentants de l'islam en France, les sociologues et les militants des droits de l'Homme, les causes sont économiques et pas religieuses[143].

Intégration culturelle

L'intégration des populations musulmanes a connu plusieurs entraves du fait de traditions et modes de pensées liés au culte. En plus des problèmes de compatibilité entre le droit européen et la loi islamique, le port du voile islamique dans les établissements scolaires a été perçu comme entrant en contradiction avec le principe de laïcité. Une des clés de la réticence à l’égard de l’Islam, selon Philippe d'Iribarne, est son refus de pratiquer « l’échange des femmes ». L’Islam accepte de « prendre » (épouser une non-musulmane) mais pas de « donner » (interdiction pour une musulmane d’épouser un non-musulman). Les femmes, qui selon Claude Lévi-Strauss, constituent le fondement des alliances entre groupes humains sur des bases égalitaires, deviennent alors le moyen d’assurer la prédominance des uns sur les autres. L'auteur y voit une des clés de la pression sur les filles dans les quartiers sensibles[146].

Les musulmans semblent avoir des orientations politiques différentes du reste de la population. Par exemple, selon une enquête Ifop-La Croix de 2008, les musulmans soutiennent le Parti socialiste (PS) à 51,8 %, contre 26,8 % pour le reste de la population. Les musulmans se sentent même plus proches de l'extrême gauche que de l'Union pour un Mouvement Populaire (UMP)[147].

Une enquête du Centre de recherches politiques de Sciences Po[148] fait apparaître la proportion de musulmans pratiquants revendiquant des positions culturelles traditionalistes. Selon ce sondage, 39 % des musulmans pratiquants condamnent l'homosexualité (contre 21 % de l'ensemble des Français), 43 % approuvent des horaires séparés pour les femmes dans les piscines et 46 % manifestent des sentiments antisémites (contre 18 % de l'ensemble des Français). On compare ici les réponses de l'ensemble de la population française avec la fraction musulmane pratiquante. En revanche, 80 % des pratiquants expriment une opinion positive sur la religion chrétienne. Selon ce même sondage, « Alors que seulement 3 % des Français de 18 à 35 ans donnent des réponses qui les classent comme conservateurs, ils sont 40 % parmi ceux issus de cette immigration. »

Selon un sondage réalisé en 2006, 73 % des musulmans se déclarent favorables à la séparation des religions et de l'état, et 91 % se disent favorables à l'égalité hommes-femmes[149].

Selon un sondage réalisé en 2009, 8 % des femmes musulmanes de moins de 35 ans déclarent porter souvent le voile[150].

Le soufisme

Le terme occidental « soufisme » apparaît, sous la forme latine de Sufismus, dans un ouvrage publié à Berlin en 1821. La première moitié du XIXe siècle voit se développer l’orientalisme académique, dans lequel la France occupe une place prépondérante. Le soufisme suscite dès lors un nombre croissant d’études et de traductions, centrées d’abord sur le monde persan[151].

Au XXe siècle, l’orientalisme français joue un rôle de plus en plus déterminant dans la connaissance ‘‘gustative’’ du soufisme en France, du fait sans doute que ses plus éminents spécialistes sont eux-mêmes engagés dans une quête spirituelle. Dans leur démarche respective de chrétiens, Louis Massignon[152] et Henry Corbin[153] se sont alimentés à la mystique musulmane et, à leur tour, ont alimenté un public se situant à la limite entre académisme et recherche intérieure. Certains chercheurs ont conjoint domaine d’étude et orientation spirituelle en pratiquant l’islam soufi, tel Eva de Vitray-Meyerovitch (1909-1999)[154] et Michel Chodkiewicz[155].

La première présence effective en France d’un soufi ou d’un groupe soufi remonte à l’émir Abd El-Kader, qui y a été retenu durant cinq années (1847-1852)[156]. Les Français qui l’ont alors approché ont été séduits par son charisme, et des documents inédits montrent que des sœurs chrétiennes désirant le suivre jusque dans son exil spirituel en Orient[157]. René Guénon est le principal artisan de la pénétration du soufisme en France au XXe siècle[158]. Sa pratique islamique et son appartenance soufie ont pourtant été marquées du sceau de la discrétion, mais son œuvre ainsi que la correspondance qu’il a entretenue avec beaucoup de « chercheurs de vérité », a déterminé l’entrée dans la Voie de nombreux Français[159].

Implantée en France depuis les années 1920, la tariqa ‘Alâwiyya, toutes branches confondues, est la voie qui a le plus marqué le soufisme français au XXe siècle. Initiée par un saint au charisme incontesté, le cheikh algérien Ahmad al-‘Alâwî (m. 1934)[160], elle a été orientée dès ses débuts vers une ouverture au monde chrétien d’Europe, et a compté rapidement dans ses rangs des disciples français. À partir des années 1970, on assiste à un développement très rapide de la présence du soufisme en Europe, et notamment en France. Plusieurs groupes soufis émanant des grandes voies - Shâdhiliyya, Naqshbandiyya, Qâdiriyya, Tijâniyya…- voient alors le jour[161]. Plus récemment, la tariqa Boutchîchiyya, qui se rattache à la voie-mère Qâdiriyya, est parvenue à faire connaitre l'enseignement du Cheikh Sidi Hamza al Qâdiri al Boutchichi, par le biais de représentants comme le conférencier Faouzi Skali[162] ou le chanteur Abd al Malik[163].

Toutes ces confréries se prévalent d’un soufisme orthodoxe, car les affiliés restent fidèles aux prescriptions de l’islam et sont même parfois versés dans les sciences islamiques[164]. À l’échelle individuelle ou collective, les soufis se disent apolitiques, et se montrent méfiants à l’égard des idéologies[165]. Au-delà d’un apport proprement initiatique, la culture soufie contribue à restaurer la primordialité spirituelle du message islamique, trop souvent étouffée par le juridisme, et à briser les facteurs d’instrumentalisation de la religion[166]. S’il offre une voie spirituelle à certains européens, le soufisme sert plus largement de médiateur entre l’islam et l’Occident[161].

L'islamisme

Article détaillé : Islamisme.

Une étude réalisée par des chercheurs belges, Évolution du terrorisme en 2005, établit que les musulmans sont les principales victimes du terrorisme. Ce terme manquant de précision, d'autres lui sont souvent préférés, comme « islamiste » (qui s'applique à une personne), « mouvement intégriste » ou « mouvement extrémiste » (qui s'applique à un groupe fondamentaliste), ou « mouvement terroriste » (qui s'applique à un groupe utilisant la violence pour parvenir à ses fins). Ces termes ne doivent pas être confondus avec « islamique », qui est synonyme de « musulman » (qualificatif, par exemple dans « foulard islamique »). Le terme « mouvement islamique », parfois utilisé dans les médias, prête à confusion quand il désigne un mouvement politique.

Dans les pays où l'islam est majoritaire, les mouvements islamistes sont surtout à l'œuvre sur le terrain politique. Olivier Roy appelle islamistes « ceux qui voient dans l'islam une idéologie politique, au sens moderne du terme, c'est-à-dire une théorie qui prétend s'appliquer à l'ensemble de la société ».

Notes et références

  1. a et b Pew Research Center’s Forum on Religion & Public Life, « The Future of the Global Muslim Population Projections for 2010-2030 », Pew Research Center, janvier 2011, p. 22
  2. Site "Trajectoire et Origine" de l'INED
  3. a et b Article du Point du 28 juin 2010 intitulé « Entre 5 et 6 millions de musulmans en France »
  4. a et b Article du Figaro du 28 juin 2010 intitulé "5 à 6M de musulmans en France"
  5. a et b Article de Libération du 6 juin 2008 intitulé « 5 millions de musulmans en France »
  6. Henry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, op. cit., p. 11
  7. Justin Vaïsse, Intégrer l'Islam, chap. Introduction : La France, fille aînée de l’islam d’Europe, éd. Odile Jacob, 2006, p. 17
  8. Jonathan Laurence et Justin Vaïsse, Intégrer l'Islam p.33, Odile Jacob, 2007, ISBN 9782738119001
  9. François Clément, « Des musulmans à Montpellier au XIIe siècle ? », dans Histoire de l'islam et des musulmans en France, Albin Michel, 2007, p.47
  10. François Clément, « Les esclaves musulmans en France méridionale aux XIIe et XVe siècles » dans Histoire de l'islam et des musulmans en France, Albin Michel, 2007, p.48-53
  11. Charles Verlinden, « Les esclaves musulmans du Midi de la France » dans Islam et Chrétiens du Midi, Cahiers de Fanjeaux, No 18, 1983, p.215-234
  12. Philippe Sénac, « Présence musulmane en Languedoc » in Islam et chrétiens du Midi, Cahier de Fanjeaux, n°18, 2000, p.50-51
  13. Jean-Paul Roux, op. cit., p72
  14. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 20/21
  15. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 14
  16. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 63
  17. Laurens, Tolan, Veinstein, op. cit., p. 25
  18. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 143
  19. Laurens, Tolan, Veinstein, op. cit., p. 29/30
  20. Jean-Paul Roux, op. cit., p96
  21. Philippe Sénac, Musulmans et Sarrasins dans le sud de la Gaule du VIIIe au XIe siècle, Sycomore, 1980, p. 52-53
  22. Philippe Sénac, op. cit., p. 57
  23. Mohammed Arkoun, op. cit., p.26
  24. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 47
  25. http://www.culture.gouv.fr/fr/archeosm/archeosom/agay-s.htm
  26. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 36
  27. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit. p.135
  28. Philippe Sénac op. cit., p.28
  29. Laurens, Tolan, Veinstein, op. cit., p. 91
  30. Laurens, Tolan, Veinstein, op. cit., p. 90
  31. Laurens, Tolan, Veinstein, op. cit., p. 93
  32. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 50
  33. Mohammed Arkoun, op. cit., p.227-228
  34. Mohammed Arkoun, op. cit., p.257
  35. Laurens, Tolan, Veinstein, op. cit., p. 102
  36. Les Croisades vus par les Arabes Amin Maalouf
  37. Irène Steinherr, La Pénétration turque en Thrace et la valeur des chroniques ottomanes - Travaux et Mémoires Association des Amis du Centre d'histoire et civilisation de Byzance.
  38. http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,738855,00.html?promoid=googlep
  39. a et b Mohammed Arkoun, op. cit., p.207
  40. a et b Mohammed Arkoun, op. cit., p. 411
  41. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 423
  42. a et b Mohammed Arkoun, op. cit., p.321
  43. http://www.lefigaro.fr/international/2010/09/13/01003-20100913ARTFIG00729-la-france-gardienne-des-lieux-saints.php
  44. Mohammed Arkoun, op. cit., p.328
  45. Lamb, op. cit. p.229
  46. Mohammed Arkoun, op. cit., p.385
  47. Mohammed Arkoun, op. cit., p.332
  48. Mohammed Arkoun, op. cit., p.394
  49. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 365
  50. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 367
  51. Mohammed Arkoun, op. cit., p.370
  52. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 405
  53. « À lire certains auteurs, le Languedoc aurait vu passer 150 000 personnes, mais le nombre réel a dû être d'environ 45 000 », Provence historique: revue trimestrielle, Volume 46, numéros 183-186, La Pensée universitaire, 1996, p.334
  54. « Le Mercure François nous donne le premier une précision : "Mais tout au long de cette année (1610) il aborda et entra en France plus de 150 000 personnes de ces Morisques" », Annales du Midi: revue archéologique, historique, et philologique de la France méridionale, Volume 83, Issues 101-105, E. Privat, 1971, p. 279
  55. « Mais ce qu'on sait beaucoup moins, c'est que 150 000 de ces personnes furent expulsées vers le nord, tout particulièrement dans le Languedoc-Roussillon et le pays basque », Bruno Etienne, L'Islam en France: islam, État et société, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1990, p.95
  56. Bruno Étienne, « Nos ancêtres les Sarrasins » in : hors série n° 54 du Nouvel Observateur, « Les nouveaux penseurs de l’islam », avril mai 2004, p. 22-23
  57. Francisque Michel, Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne, A. Franck, 1847, p.88-94
  58. Jean Servier, « Minorités et démocratie » dans Les Intellectuels et la démocratie, PUF, 1980, p. 123-124
  59. Jules Mathorez, Les étrangers en France sous l'Ancien Régime, Champion, 1919, p. 167
  60. Jules Mathorez, Les étrangers en France sous l'Ancien Régime, Champion, 1919, p. 171
  61. « La plus grande partie des Maures espagnols se réfugièrent en Afrique, leur ancienne patrie; quelques-uns passèrent en France, sous la régence de Marie de Médicis : ceux qui ne voulurent pas renoncer à leur religion s'embarquèrent en France pour Tunis. Quelques familles, qui firent profession du christianisme, s'établirent en Provence, en Languedoc; il en vint à Paris même, et leur race n'y a pas été inconnue : mais enfin ces fugitifs se sont incorporés à la nation [française], qui a profité de la faute de l'Espagne, et qui ensuite l'a imitée dans l'émigration des réformés. C'est ainsi que tous les peuples se mêlent, et que toutes les nations sont absorbées les unes dans les autres, tantôt par les persécutions, tantôt par les conquêtes », Voltaire dans Essais sur les mœurs (1756) dans Œuvres complètes de Voltaire, Hachette, 1859, t. 8, p. 264
  62. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 413
  63. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 439
  64. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 449
  65. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 505
  66. a et b Mohammed Arkoun, op. cit., p. 487
  67. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 510
  68. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 490
  69. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 489
  70. Mohammed Arkoun, op. cit., p. 499
  71. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France, Fayard, 2007, p. 517
  72. L'article 3 de la loi du 20 septembre 1947 sur le statut de l'Algérie précisait notamment « Quand les Français musulmans résident en France métropolitaine, ils y jouissent de tous les droits attachés à la qualité de citoyens français et sont donc soumis aux mêmes obligations », Statut organique de l'Algérie Loi n°47-1853 du 20 septembre 1947
  73. Jérôme Valluy, Didier Bigo, Daniel Hermant, Xénophobie de gouvernement, nationalisme d'État, L'Harmattan, 2008, p. 36
  74. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France, Fayard, 2009, p. 293
  75. Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France, Fayard, 2009, p. 287 et 313
  76. Kamel Kateb, « De l’étranger à l’immigré, et de l’ethnique au religieux : les chiffres en question ? », in Yves Charles Zarka (dir.), Sylvie Taussig (dir.) et Cynthia Fleury (dir.), L’islam en France, Paris, PUF, coll. « Cités » (no Hors-série), octobre 2008, 2e éd. (1re éd. 2004), Quadriges, 732 p. (ISBN 978-2-13-055727-2) , p. 38
  77. Michèle Tribalat, « Le nombre de musulmans en France : qu’en sait-on ? », L’islam en France, p. 29
  78. Kamel Kateb, op. cit., p. 41
  79. Kateb, op. cit., p. 42-43
  80. Jonathan Laurence et Justin Vaïsse, Intégrer l'Islam p.26, Odile Jacob, 2007, ISBN 9782738119001
  81. Ifop
  82. Sofres, Croyants et athées, où habitent-ils en France?
  83. Sondage publié en janvier 2007 dans Le Monde des religions
  84. Michèle Tribalat, démographe, auteur de La République et l’islam, 27 janvier 2009 par Pierre Cassen - Article du nº 073, Riposte laïque
  85. Michèle Tribalat, Michèle Tribalat : "L'islam reste une menace", Le Monde, 13 octobre 2011
  86. [1]
  87. Compter les «musulmans», à quoi ça sert ? Tefy Andriamanana - Marianne | Lundi 4 Avril 2011
  88. a, b et c Mosquées : à 2,1 ou 5 millions, les musulmans manquent toujours de place, Interview de Patrick Simon, auteur de l'étude, à Saphir News, 21 Mars 2011
  89. Journal du 11 août 2010 de France Bleu Besançon, à propos du jeûne du Ramadan en France et à Besançon (consulté le 13 août 2010).
  90. Laurence, Vaïsse, op. cit., p. 26 et/ou p. 40
  91. Michèle Tribalat, L’islam en France, op. cit., p. 31
  92. Michèle Tribalat, Michèle Tribalat : "L'islam reste une menace", Le Monde, 13 octobre 2011
  93. [PDF]Insee Île-de-France,« Léa et Thomas en tête des berceaux franciliens », Insee Île-de-France faits et chiffres n°27, février 2003.
  94. Michèle Tribalat, L’islam en France, op. cit., p. 28
  95. Michèle Tribalat , « Mariages « mixtes » et immigration en France », Espace populations sociétés [En ligne] , 2009/2 | 2009 , mis en ligne le 01 avril 2011
  96. Michèle Tribalat, Revue Commentaire, juin 2009, n°127
  97. Michèle Tribalat, Les yeux grands fermés, Denoël, 2010
  98. "Estimé à six millions d'individus, l'histoire de leur enracinement, processus toujours en devenir, suscite la mise en avant de nombreuses problématiques...", « Être Maghrébins en France » in Les Cahiers de l’Orient, n° 71, troisième trimestre 2003
  99. Robert Castel, La discrimination négative, Paris, La République des idées/Seuil, 2007
  100. Laurence, Vaïsse, op. cit., p. 43
  101. [PDF]Les Femmes maghrébines en France, page 18
  102. Michèle Tribalat, L’islam en France, op. cit., p. 22
  103. Laurence, Vaïsse, op. cit., p. 38
  104. Jean-Paul Gourévitch,Les migrations en Europe, Acropole, 2007, ISBN 9782735702671, p. 362
  105. Laurence, Vaïsse, op. cit., p. 35
  106. « Musulmans : Claude Guéant provoque un nouveau tollé », L'Écho, 5 avril 2011, page Actu 2
  107. Département d’État, Background Note:France, mise à jour le 18 août 2010, consultée le 14 septembre 2010
  108. CIA, [ Notice France], mise à jour le 7 septembre 2010, consultée le 14 septembre 2010
  109. a et b L'Express du 24 janvier 2006 : La France des convertis
  110. (en) The Future of the Global Muslim Population sur Pew Forum on Religion & Public Life, janvier 2011. Consulté le 18 juillet 2011
  111. Bulletin, République de Turquie, ministère du Travail et de la Sécurité Sociale, Direction générale des Relations internationales et des Services pour les travailleurs à l’étranger, avril-juin 2004 (ces chiffres incluent tant les Turcs "ethniques" que les Kurdes de nationalité turque et les autres groupes du pays [ Tcherkesses, Arabes, Albanais, Bosniaques, Lazes... ] )
  112. Rappelons qu'un premier Conseil consultatif des musulmans de France (CCMF) a été créé en septembre 1993 et qu'une charte du culte musulman en France a été rendue publique le 10/12/1994, sous Charles Pasqua, au moment où était annoncée officiellement la constitution, par la Mosquée de Paris, du Conseil représentatif des musulmans de France, nouvelle appellation donnée au CCMF.
  113. Terme employé par F. DASSETTO, 1984. L’Islam transplanté. Bruxelles : E.P.O; B. ETIENNE, 1990. La France et l’islam. Paris : Hachette; F. KHOSROKHAVAR, 1997 L’islam des jeunes. Paris : Flammarion et S. ALLIEVI, 2000 Les conversions à l’islam. Redéfinition des frontières identitaires entre individu et communauté. In Dassetto F. (dir.). Paroles d’islam. Paris : Maisonneuve et Larose. p. 157-180
  114. Olivier Roy, « L'islam européen n'est pas un islam civilisationnel » in Le monde des religions, n°37, septembre-octobre 2009, p.49
  115. France : chaque année entre 150 et 200 musulmans deviennent catholiques, site web Zénit, Le monde vu de Rome
  116. Rappelons qu'elle entraîne normalement la condamnation à mort de l'apostat, aujourd'hui encore, dans nombre de pays musulmans.
  117. expression empruntée à J. A. BECKFORD, 1989 Religion and advanced industrial society. Londres :Sage publication. page 64
  118. S. ALLIEVI, 2000. Les conversions à l’islam. Redéfinition des frontières identitaires entre individu et communauté. In Dassetto F. (dir.). Paroles d’islam. Paris : Maisonneuve et Larose. pages 157-180
  119. S. ALLIEVI, 1998. Les convertis à l’islam. Les nouveaux musulmans d’Europe. Paris : L’Harmattan. pages 94-95
  120. G. KEPEL, 1991. Les banlieues de l’islam. Paris : Points-Seuil; F. KHOSROKHAVAR, 1997 L’islam des jeunes. Paris : Flammarion et J. CESARI, 1997. Être musulman en France aujourd’hui. Série dirigée par Étienne, B. Paris : Hachette
  121. S. ALLIEVI, 2000 : 166
  122. S. ALLIEVI, 1998 : 101
  123. M. ABABOU, 1995. Changement et socialisation : Enquête sur les pratiques des étudiants maghrébins en France (le cas de l’Île-de-France). Thèse de doctorat : sociologie : Aix-en-Provence : Université Aix-Marseille-I, p. 81-198
  124. G. KEPEL, 1991 et S. ALLIEVI, 2000
  125. Expression employée par Tariq ABDUL-WAHAD. (1999) que l'on retrouve chez Vincent Geisser, 2003. La Nouvelle Islamophobie. La découverte : Paris. et qui est en fait bien antérieure, puisqu'on retrouve l'expression en 1986 dans un dossier L'islam en France, in Cahiers de l'Orient, N°3.
  126. http://www.soufisme.org/site/article.php3?id_article=282
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Bibliographie sélective

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  • Allievi, S. 1998. Les convertis à l’islam. Les nouveaux musulmans d’Europe. Paris : L’Harmattan.
  • Allievi, S. 1999. Pour une sociologie des conversions : lorsque des Européens deviennent musulmans. Social Compass no 46, p. 283-300.
  • Allievi, S. 2000. Les conversions à l’islam. Redéfinition des frontières identitaires entre individu et communauté. In Dassetto F. (dir.). Paroles d’islam. Paris : Maisonneuve et Larose. p. 157-180.
  • Chedepeau, M., Dr Benoist. 1999. Histoire convertis des années 1950. Islam de France, no 6, p. 137-139.-Revue musulmane
  • Daynes, S. 1999. Processus de conversion et modes d’identification à l’islam : l’exemple de la France et des États-Unis. Social Compass, no 46, p. 313-323.
  • Bruno Etienne, L'Islam en France: islam, État et société, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1990
  • Gracia-Arenal, M. 1999. Les conversions d’Européens à l’islam dans l’histoire : esquisse générale. Social Compass no 46, p. 273-281.
  • Gracia-Arenal, M. 2002. Conversions islamiques. Paris : Maisonneuve et Larose.
  • Setta, E. 1999. Le Suisse converti à l’islam : émergence d’un nouvel acteur social. Social Compass, no 46, p. 337-346.
  • Franck Frégosi et Ahmed Boubekeur, L'Exercice du culte musulman en France. Lieux de prières et d'inhumation, La Documentation française, Paris, 2006, 376 p. (ISBN 2-11-006004-2)
  • Mohammed Arkoun, Histoire de l'islam et des musulmans en France du Moyen Âge à nos jours, Albin Michel, 2006, Collectif, préface de Jacques Le Goff
  • Joachim Véliocas, L'islamisation de la France, Godefroy de Bouillon, 2006
  • Vincent Geisser et Aziz Zemouri, Marianne et Allah. Les politiques français face à la question musulmane, La Découverte, Paris, 2007, 280 p. (ISBN 9782707149619).
  • Bernard Godard et Sylvie Taussig, Les Musulmans en France. Courants, institutions, communautés : un état des lieux, Robert Laffont, Paris, 2007, 454 p. (ISBN 9782221104736)
  • Jonathan Laurence et Justin Vaïsse, Intégrer l'islam: la France et ses musulmans, enjeux et réussites, Odile Jacob, 2007
  • « Le point sur... L'islam en France », dossier Sciences humaines, no 217, juillet 2010, p. 20-25

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