Islam au Tibet


Islam au Tibet

Musulmans tibétains

Entrée de l'ancienne mosquée à Lhassa - 1993.

Les musulmans tibétains, aussi appelés les Kachee (Kache), constituent une petite minorité au Tibet. En plus d’être musulmans, ils sont classés comme tibétains, au contraire des musulmans huis, qui sont aussi appelés les Kyangsha ou Gya Kachee (musulmans chinois). Le terme tibétain de Kachee signifie littéralement Cachemirien et le Cachemire était appelé Kachee Yul (yul signifie pays en tibétain).

Dû fait de leur petit nombre, les musulmans tibétains sont dispersés dans l'ensemble du Tibet, et la plupart d'entre eux se trouvent à Lhassa et à Shigatsé. Si ceux qui n'habitent pas la Région autonome du Tibet ne sont pas exclus, les groupes ethniques comme les Balti et les Burig, qui sont aussi d'origine tibétaine et se considèrent comme ethniquement tibétain, sont également musulmans. Cependant, ces groupes se trouvent d'une manière prédominante au Ladakh contrôlé par l'Inde et au Baltistan contrôlé par le Pakistan.

Sommaire

Ancêtres

La plupart des Kachee, les musulmans tibétains, descendent principalement de Cachemiriens et de Perses/Arabes/Turcs par un lignage patrilinéaire et sont aussi souvent des descendants de natifs tibétains par un lignage matrilinéaire, bien que l'inverse n'est pas rare. Ainsi, nombre d'entre eux présentent un mélange de caractéristiques indo-iraniennes et indigène tibétaine.

Dû fait de l'influence tibétaine, ils ont adopté des noms tibétains tout en conservant des noms de famille persan ou ourdou. Cependant, ceci n'est pas aussi fréquent que dans le cas des Burig et des Balti. Au Baltistan ou Baltiyul comme le dénomme les natifs, les jeunes musulmans ont commencé à se nommer dans la langue tibétaine locale comme Ali Tsering, Sengge Thsering, Wangchen, Namgyal, Shesrab, Mutik, Mayoor, Gyalmo, Odzer, Lobsang, Odchen, Rinchen, Anchan, et ainsi de suite. Parmi les Khaches, bien que la majorité utilise le Tibétain dans le langage courant, le ourdou ou l'arabe sont utilisés pour les services religieux.

Après avoir fui en Inde, les musulmans tibétains ont obtenu la citoyenneté indienne du Gouvernement indien qui a considéré les musulmans tibétains comme des Cachemiriens et donc comme des citoyens indiens, contrairement aux autres réfugiés tibétains, qui ont des certificats de statut de réfugié.

Histoire

L'apparition des premiers musulmans au Tibet se perd dans la nuit des temps, bien que des variantes de noms du Tibet peuvent être trouvées dans des livres d'histoire arabes.[1]

Sous le règne du calife omeyyade Umar ben Abd al-Aziz, une délégation du Tibet et de Chine lui a demandé d'envoyer des missionnaires islamiques dans leurs pays, et Salah bin Abdullah Hanafi a été envoyé au Tibet. Entre les VIII et XIe siècles, les dirigeants abbassides de Bagdad ont maintenu des relations avec le Tibet.[1]

Cependant, il y eu peu de proselytisme de la part des missionnaires au début, bien que nombre d'entre eux décidèrent de s'établir au Tibet et d'épouser des femmes tibétaines. Entre 710-720, durant le règne de Tridé Tsuktsen, les Arabes, qui étaient alors présents en Chine, ont commencé à apparaître au Tibet et se sont allié à eux ainsi qu'avec les Turcs contre les Chinois. Sous le règne de Sadnalegs (799-815), aussi appelé Tride Songtsän (Khri lde srong brtsan), il y eu une longue guerre avec les puissance arabes à l'Ouest. Des Tibétains auraient capturé nombre de troupes arabes et les ont enrôlés sur la frontière de l'est en 801. Les Tibétains ont combattu aussi loin à l'Ouest qu'à Samarkand et Kaboul. Les forces arabes ont commencé à prendre le dessus, et le gouverneur tibétain de Kaboul s'est soumis aux Arabes et est devenu musulman vers 812 ou 815[2]

Le XIIe siècle a été témoin d'une migration de commerçants musulmans importante en provenance du Cachemire et de l'Empire perse vers le Tibet, la communauté la plus notable s'est établie à Lhassa. Comme leurs prédécesseurs arabes, ces hommes se sont établis et ont épousés des femmes tibétaines, qui ont adopté la religion de leurs maris. Le proselytisme de l'islam s'est produit d'abord au Baltistan et dans la vallée de la Suru du XIVe aux XVIe siècles, convertissant la grande majorité des communautés tibétaines Burig et Balti.

Surtout sous le règne de 5e Dalaï Lama, les musulmans tibétains ont mené une vie relativement sans difficulté, et des privilèges particuliers leurs ont été octroyés, dans le sens qu'ils ont été exemptés d'observer certaine règles religieuses bouddhistes. Au XVIIe siècle, une petite communauté de musulmans a prospéré à Lhassa, exerçant principalement la profession de boucher.

Cependant, avec l'afflux d'immigrants cachemiriens du Ladakh et les conversions forcées de bouddhistes à l'islam, des conflits locaux entre Bouddhistes et Musulmans étaient fréquents, surtout à Leh. Il y a même eu des cas où des membres du monastère de Soma Gompa et de la mosquée de Jama Masjid en sont venu à se combattre, provoquant ainsi en des tensions entre les membres bouddhistes et musulmans de la même famille.

Après l'exode tibétain de 1959, un groupe de musulmans tibétains a demandé la nationalité indienne en se fondant sur leurs racines historiques au Cachemire et le gouvernement indien a déclaré tous les musulmans tibétains comme citoyens indiens la même année.[3]

Les musulmans tibétains n'ont pu traverser la frontière tibéto-indienne que fin 1959. Entre 1961 et 1964, ils se sont installés au Cachemire dans 3 grands bâtiments situés à Srinagar et fournis par le gouvernement indien. Le Dalaï Lama leur a envoyé un représentant, encouragea la constitution d'une association, la Tibetan Muslim Refugee Welfare Association, et les aida financièrement.[1]

Il y a eu jusqu'à 4 mosquées à Lhassa, 2 à Shigatsé et 1 à Tsetang.[1]

Actuellement à Lhassa, les musulmans tibétains habitent le quartier appelé Khache Lingka, situé sur la route de Drepung, à 3 km du Potala, et regroupant deux mosquées, des habitations et un cimetière. C'est dans ce même quartier que les musulmans tibétains s’établirent au XVIIIe siècle. Selon les annales chinoises, 197 musulmans cachemiriens habitaient à Lhassa à cette époque[4].

Culture

Actuellement, la plupart des 99% de musulmans tibétains suivent la tradition sunnite.[réf. nécessaire] Bien qu’ils soient de confession musulmane, une religion différente de la majorité des Tibétains, les musulmans tibétains sont bien assimilés dans la communauté tibétaine. De leurs côté, les Balti et les Burig ont partiellement adopté les coutumes afghanes. Les peuples Balti et Burig suivent surtout les traditions Chi'ite et/ou Soufie.

Les musulmans tibétains ont fait des contributions à la culture tibétaine, notamment dans la musique. Le Nangma, aussi appelé Naghma en ourdou qui signifie la mélodie, sont des chansons à tonalité aigue qui furent très populaires parmi tous les Tibétains. Ils ont aussi adopté des coutumes tibétaines, notamment dans le domaine du mariage, bien qu'ils aient aussi strictement conservé leurs coutumes musulmanes.

Les musulmans tibétains ont des styles architecturaux uniques, et ceci est surtout remarquable chez les Ladakhi. Les mosquées, par exemple, ont incorporé un mélange pittoresque de styles de Persan et Tibétain. Ceci est démontré dans leurs murs admirablement décorés, les murs inclinés ont été conçus pour résister à des tremblements de terre, et même des écharpes de Khata sont suspendues à l'embrasure des mosquées.

Une autre caractéristique intéressante d'architecture musulmane tibétaine est que leurs mosquées entourent le Imambara, un petit objet de feuilles de métal qui surmonte les dômes.


Privilèges spéciaux

Les musulmans tibétains avaient leur propres mosquées à Lhassa et à Shigatse, et des lots de terre leur ont été donnés pour enterrer leurs proches disparus. Ils ont aussi été exempté de régime végétarien le jour anniversaire de Bouddha , ce qui est obligatoire pour les pratiquants du bouddhisme tibétain, et cette obligation n'a pas été levée pour les pratiquants de la tradition chamane Bön.[réf. nécessaire] Un Ponj (de l'ourdou/hindi Pancch signifiant le comité de village ou Panchayat) était élu pour s'occuper des affaires de la communauté musulmane tibétaine.

De plus, les musulmans ont même été exempté de retirer leur chapeau devant les Lamas pendant une période d'un an, quand les Lamas portant un sceptre métallique contrôlaient la ville. Les musulmans se sont vu accordés le statut de Mina Dronbo, un statut qui invitait tous les Tibétains, quelque soit leur religion, à commémorer l'accession aux pouvoirs spirituel et temporel de Lobsang Gyatso, le 5e Dalaï Lama.

Les musulmans huis au Tibet

Article principal : Hui (ethnie).
Mosquée de Gya Kache Lhakhang aussi appelée mosquée principale de Lhassa

Ancêtres

Des musulmans huis chinois qui étaient des marchands de Ningxia se sont installés, à Xining, en Amdo, au XVIIe siècle, épousant des Tibétaines. Ils ont développé des échanges commerciaux entre la Chine et le Tibet central, une partie d’entre eux s’est installé par la suite à Lhassa, formant une communauté musulmane distincte ayant sa propre mosquée et son propre cimetière.[5]

Histoire

Les musulmans huis chinois de Xining ont développé des échanges commerciaux entre la Chine et le Tibet central, une partie d’entre eux s’est installé par la suite à Lhassa, formant une communauté musulmane distincte ayant sa propre mosquée et son propre cimetière.[4],[5]

Selon Alexander Berzin, sous administration de la République populaire de Chine des régions tibétaines, la plupart des villes de l’Amdo sont maintenant principalement habitées par des musulmans huis chinois, les Tibétains ayant été marginalisées dans les prairies.[5]

Le Gyal Lhakhang

La mosquée des musulmans huis, dénommée Gyal Lhakhang, encore la principale mosquée, se trouve à proximité de l'angle sud-est du Barkhor. La Rue musulmane y conduit, qui est jalonnée de restaurants halal. Edifié en 1716, le Gyal Lhakhang fut agrandi en 1793 après sa destruction par un incendie et devint la plus grande mosquée de Lhassa. A nouveau incendiée lors du soulèvement de 1959[6], elle fut reconstruite l'année suivante. Le site comprend une salle d'assemblée, une maison de bains, un minaret, une cour et des résidences [4].

Selon un homme d’affaires chinois, lors des émeutes de Lhassa en mars 2008, les quartiers musulmans huis furent visés : nombre de boucheries huies furent incendiées, ainsi que le marché de gros de Tsomtsikhang où de nombreux magasins sont tenus par des musulmans chinois et huis[7]. Cependant, les biens des commerçants hans et huis n'ont pas été les seuls à être touchés : au marché de Chomsigka, 21 maisons et 4 magasins appartenant à des Tibétains de souche ont aussi été incendiés et détruits[8]. Selon l’Institut français des relations internationales, l'exaspération envers le pouvoir et difficultés économiques se sont mutuellement amplifiées au Tibet où la plupart des commerces appartiennent à des Chinois han ou hui donnant à une fraction de la population tibétaine le sentiment d’être l’otage d’une politique économique et démographique qu’elle ne maîtrise pas [9].

Culture

Selon Alexander Berzin, de nombreux marchands huis se sont installés au Tibet central, où ils ne s’intègrent pas à la population tibétaine, mais conservent leur langue et leurs coutumes chinoises [5].

Notes

  1. a , b , c  et d Muslims of Tibet, par Masood Butt, dans Tibetan Bulletin, 1994
  2. Beckwith, Christopher I. The Tibetan Empire in Central Asia. A History of the Struggle for Great Power among Tibetans, Turks, Arabs, and Chinese during the Early Middle Ages, 1987, Princeton: Princeton University Press. ISBN 0-691-02469-3, p. 14, 48, 50.
  3. Tibetan Muslims at www.tibet.com
  4. a , b  et c Victor Chan, TIBET. Le guide du pèlerin, coll. Les guides du voyageur, Editions Olizane, 1998, 1211 pages - ISBN 2880862175, ISBN 9782880862176.
  5. a , b , c  et d Historical Sketch of the Muslims of Tibet
  6. Selon un texte sur la religion en région autonome du Tibet paru dans Beijing Information le 23 mars 2009, « Cette mosquée a été incendiée en 1959 par des rebelles armés ».
  7. Crise au Tibet : les musulmans chinois victimes des manifestations anti Pékin, site Alkanz, 23 mars 2008.
  8. Lu Hui (editor), Stores under attack proved in legal operation, 15 april 2008.
  9. Violence in Tibet as Monks Clash With the Police, 15 mars 2008, The New York Times. Consulté le 4 juin 2008

Références

  • Siddiqui, Ataullah. (1991). "Muslims of Tibet." The Tibet Journal. Vol. XVI, No. 4. Winter, 1991, pp. 71-85.
  • Sheikh, Abdul Ghani. (1991). "Tibetan Muslims." The Tibet Journal. Vol. XVI, No. 4. Winter, 1991, pp. 86-89.

Liens externes

Voir aussi

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