Investissement socialement responsable


Investissement socialement responsable

L’investissement socialement responsable (ISR) est un investissement individuel ou collectif effectué selon des critères sociaux, environnementaux, éthiques et de gouvernance d'entreprise sans occulter la performance financière.

Sommaire

Définition

Pour certains, l’ISR est même « la déclinaison financière et spéculative du développement durable »[1].

Autrement dit, l’investissement socialement responsable se définit comme la composante financière du concept de développement durable par lequel l’investisseur, au lieu de s’intéresser limitativement aux critères financiers - rentabilité et risque - utilise également dans sa décision d’investissement des critères extra-financiers ; en l’occurrence les critères à caractère éthique, de gouvernance, social et environnemental.

L'Association Française de la Gestion financière et le Forum pour l'Investissement Responsable ont donné une définition de l'ISR dans le cadre du Code de transparence[2] : "Application des principes du développement durable à l’investissement. Approche consistant à prendre systématiquement en compte les trois dimensions que sont l’environnement, le social/sociétal et la gouvernance (ESG) en sus des critères financiers usuels. Les modalités de mise en œuvre peuvent revêtir des formes multiples fondées sur la sélection positive, l’exclusion ou les deux à la fois, le tout intégrant, le cas échéant, le dialogue avec les émetteurs".

Formes et objets de l’ISR

L’ISR peut prendre 5 formes principales :

  • les fonds socialement responsables ou de développement durable : ils intègrent des critères sociaux et environnementaux d’évaluation d’une entreprise cotée qui sont croisés avec des critères financiers pour sélectionner les compagnies les plus performantes d’un point de vue du développement durable. On évoque alors une approche positive pour désigner les "best in class", les meilleurs (élèves).
  • les fonds d’exclusion : ils excluent a contrario certains secteurs comme l’armement, le jeu, le tabac…, approche d’exclusion, dite historique de l’ISR.
  • l’engagement actionnarial : il consiste, pour les investisseurs, à exiger des entreprises une politique de responsabilité sociale plus forte par un dialogue direct, mais aussi par l’exercice des droits de vote en assemblées générales. On parle également dans ce cas d’activisme actionnarial.
  • les fonds thématiques: ils concentrent l'investissement sur des secteurs d'activité favorables à l'environnement ou à la société, tel que les énergies alternatives ou l'économie solidaire par exemple.

L'ISR porte sur des produits financiers socialement responsables dont la définition européenne peut être retenue (Cf. CESE,Avis du Comité économique et social européen sur le thème «Produits financiers socialement responsables» (2011/C 21/06) avis d'initiative, point 3.1.1). "Il s'agit de produits d'épargne (comptes courants, comptes à fort rendement, livrets d'épargne, dépôts structurés), de produits d'investissement (institutions d'investissement collectif: fonds et sociétés d'investissements; pensions et assurances: plans et fonds de pension, plans de retraite, assurances- vie ou unit linked; fonds thématiques), d'instruments de financement du crédit et de mécanismes de soutien financier (microcrédits, fonds de roulement, fonds de garantie mutuelle et capital-risque), qui comprennent dans leur conception des critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance, sans négliger aucunement les objectifs nécessaires en matière de risques et de rentabilité financière".

Historique

Dénommé également SRI pour Socially responsible investing, la tradition anglo-saxonne de l’ISR trouve ses racines dès le XVIIIe siècle notamment avec le mouvement philanthropique des Quaker, ou encore à la fin du XIXe siècle aux États-Unis où des communautés religieuses interdisaient à leurs membres d’investir dans des sociétés d’armes, d’alcool ou de tabac.

Le premier ISR de l’économie moderne remonte à 1971. À cette date, deux pasteurs de l’Église méthodiste, Luther Tyson et Jack Corbett, lancent le Pax World Fund pour investir dans les entreprises non liées à l’armement.

En Europe et en particulier en France en 1983, le Comité catholique contre la faim et pour le développement CCFD lance avec le Crédit Coopératif, le premier fonds commun de placement de partage Faim et développement. Une partie des revenus de cet OPCVM est dédiée à la création d'entreprises dans le tiers-monde. Dans le même temps, la Société Meeschaert Asset Management créait le premier fonds commun de placement éthique Nouvelle stratégie 50, à l'instigation de Sœur Nicole Reille. Son objet était de proposer aux investisseurs, particuliers ou institutionnels, des placements boursiers « respectueux de la place de l'homme ». D’abord destiné à valoriser les retraites des religieux des congrégations, est représentée au sein du comité d’éthique Hymnos. Les valeurs du portefeuille qu’elle a créé qui recoupent en partie celles d’Hymnos, incluent France Télécom, le Crédit lyonnais, Rhodia, Axa, Casino Guichard, Unilog, etc. Le choix de ces titres se serait fait « à partir des critères classiques de rendement. Il s’appuie également sur la consultation d’indicateurs éthiques d’évaluation des entreprises établis par un organisme indépendant. Les indicateurs retenus sont conformes aux valeurs défendues par l’association Éthique et Investissement », présidée par Sœur Nicole Reille. « Ces valeurs, précise-t-elle, permettent d’investir des fonds en accord avec celles d’une congrégation, à savoir les droits de l’homme, le respect et le développement de la personne qui entraîne la stratégie sociale de l’entreprise et les modes d’implantation dans les pays du tiers-monde. »

Depuis le 27 avril 2006, les Principes pour l’Investissement Responsable (UNPRI) sont désormais consacrés par les Nations unies dans le prolongement du pacte mondial. Ces principes marquent la reconnaissance de l’ISR à l’échelle mondiale.

Origine

L’ISR est fondé sur la conviction que la prise en compte de facteurs sociaux et environnementaux, d’éthique et de gouvernance assure la performance financière des sommes investies à moyen et long terme compte tenu d’une meilleure appréhension des risques et d’un meilleur management.

Pour les investisseurs confessionnels, l’approche ISR correspond à une démarche qui a des fondements religieux profondément liés à leur "éthique des affaires" dont les perspectives sont spécifiques.

On pourra considérer rétrospectivement que la récente consécration de M. Muhammad Yunus, père du microcrédit constitue une approche ISR avant l’heure parfaitement adaptée à la réalité des sphères d’économiques marchandes écartées des circuits de financements traditionnels dans les économies sous-développées, comme celles dites développées.

L’ISR ne peut constituer en tous les cas a contrario un label d’investissement super-performant ce qui est peut être « préjudiciable à sa généralisation », selon Danyelle Guyatt (cf. Thèse à l’université de Bath,UK)[3].

Enfin, pour les promoteurs du développement durable in concreto, l’ISR marque d’évidence le signe que le levier financier est désormais capable d’apporter tout son poids à l’évolution des modèles macro et micro-économiques qu’il nourrit. Une nouvelle sensibilité dans le conseil, une orientation stratégique majeure affichée par les institutions financières publiques comme privées qui peuvent permettre d’activer plus rapidement de nouveaux comportements sur toute la chaîne de valeur du producteur au consommateur qui devront internaliser le principe pollueur-payeur.

Le développement de l'ISR sera en tous les cas intrinsèquement lié à la manière dont les investisseurs dans leur ensemble sur un marché financier globalisé appréhendent la donne sociale et environnementale. Les rapports annuels du CERES[4] indiquent clairement depuis 2005 un changement d'attitude de plus en plus net notamment dans le secteur bancaire, véritable "colonne vertébrale" de l'économie mondiale qui prend de plus en plus au sérieux l'impact du changement climatique dans sa gestion des risques. Des progrès sont sans doute encore à faire de la part des banques en matière de transparence non seulement de leurs produits mais aussi sur leurs activités au regard de l'ISR et de leur engagement au titre de la RSE (responsabilité sociale de l'entreprise) compte tenu des dernières enquêtes de certaines associations de consommateurs dans plusieurs Etats membres[5].

L'expérience montre que l'investissement socialement responsable résiste bien dans un contexte de crise financière et économique, et qu'il procure une bonne sécurité des placements.

Moyen et méthodes

Construire une grille 

Les grilles multi-critères ISR à caractère extra-financier utilisées par les responsables de ces fonds expriment la recherche d’un investissement durable plus porté sur le long et moyen terme que sur la spéculation « courtermiste » des fonds spéculatifs (ou hedge funds). Ces grilles contribuent comme la RSE pour les dirigeants d’entreprises à être un facteur de gestion du risque car ils permettent une meilleure visibilité et prévisibilité de l’entreprise.

Hétérogènes dans un marché en croissance, ces grilles varient par secteur et selon la culture et l’expérience de chaque investisseur, institutionnel ou non, grand ou petit. Diverses agences de notation ou rating social spécialisées proposent leur grille et classement pour aider les investisseurs à faire leur choix sur le marché. Ces grilles tendent toutes à traquer les risques spécifiques, parfois sociétaux et les pratiques bonnes ou mauvaises des entreprises visées.

Olivier Marquet de la banque belge Triodos, petite structure financière de près de 400 collaborateurs, liée à l'anthroposophie, confirme la pro-activité des investisseurs éthiques: "l'investissement durable ne consiste pas uniquement à constituer un portefeuille de placement mais aussi à engager un dialogue avec l'entreprise, à exercer une pression sur elle afin qu'elle mette en œuvre une politique durable[6]".

La recherche dans le domaine n’en est qu’à ses débuts. Les principaux investisseurs ISR ont décidé de développer la réflexion analytique sur une logique d’investissement qui bouleverse les habitudes en soutenant financièrement une association dédiée EAI ou l’Enhanced Analytic Initiative.

Comme tout débat sur la mesure et le type de thermomètre utilisé, la conviction des observateurs peut se résumer à la formule suivante : "Pas d'ISR performant sans reporting pertinent". Les termes du débats sont désormais clairement posés et continueront de perdurer tant que la pertinence des indicateurs durables n'aura pas été confortée par des performances également durables malgré un contexte de mutation rapide des modèles économiques et financiers pour bon nombre d'activités et de secteurs.

Documenter la grille 

L’ISR repose avant tout sur les documents produits par les entreprises cibles et par conséquent sur leur rapport annuel de développement durable. En 2005, seuls 25 % des entreprises du SBF 120 ont fait vérifier par tiers expert ces données en tout ou partie. Dans ce dernier cas, on trouve 10 à 20 % d’erreurs ce qui est normal pour des données qualitatives dont la comptabilisation dépend de systèmes réglementaires hétérogènes.

Dans les années à venir, les investisseurs ISR seront sans doute de plus en plus exigeants avec le détail et la fiabilité des données et des indicateurs de suivi. Les tableaux de marche de la réalisation des objectifs proposés par les entreprises seront au centre de cette vigilance.

Les enquêtes voire des tests sur le terrain complémentaires à la revue documentaire devraient également compléter cette vérification des engagements pris.

Le cas particulier du financement de projet 

Concernant plus particulièrement le financement de projet, les principes d’Equateur auxquels une partie grandissante des institutions financières adhèrent, constituent un facteur de réduction d’hétérogénéité des approches ISR et favorisent son ancrage concret au cœur des projets.

Les ONG interpellent de plus en plus les banques qui financent des projets qu'elles contestent, des barrages hydrauliques aux centrales nucléaires (Centrale nucléaire bulgare Belène qui oppose la BNP et les Amis de la Terre[7]) .

L’ISR à travers le monde

Les montants investis au titre de l’ISR connaissent des progressions diverses suivant les places financières et parfois remarquables ; mais l’investissement ISR conserve une part négligeable au regard de l’investissement total mondial.

Comme l’indique Stuart Langdridge, spécialiste britannique de l’ISR (European Voice, 29/11/2006, p. 37), "Les petites et moyennes valeurs sont seulement juste "sur le radar" ce qui laisse présager de réelles progressions pour ces entreprises dont potentiel ISR n’est pas à écarter.

La crise financière qui frappe les Etats-unis comme les autres places financières depuis septembre 2008 peut constituer un test de résistance des produits ISR existants.

Afrique/ Moyen-Orient

Afrique du Sud : FTSE et la Bourse sud-africaine (JSE) ont lancé le projet "Philosophie et Critères" en vue d’établir un index d’investissement socialement responsable.

Maroc : La Wafabank crée un premier fonds de partage en 2000.

Amériques

États-Unis: constituent par sa tradition financière le premier marché ISR (176 Md. $ en 2002 selon SIF). Les acteurs économiques ne font pas de différence entre l’investissement solidaire et l’investissement socialement responsable qui est synonyme.

Canada : second marché en importance (50 Md. $ placés dans des fonds "éthiques", données 2002).

Asie

L'Asie s'ouvre peu à peu également à cette nouvelle approche ISR et notamment à Singapour, au Japon et en Corée du Sud via le secteur bancaire.

Europe

Comme l'indique Y. Roudaut (cf. Le Monde, Comment investir utile, 11-12/05/2008), chaque pays privilégie une approche différente. "Entre la vision britannique qui promeut l'activime actionnarial, l'approche scandinave, accordant une place importante à l'exclusion, l'allemande, privilégiant les fonds verts, et l'attitude plus modérée des Français en matière d'engagement actionnarial, l'ISR, offre de multiples visages".

Le suivi des valeurs ISR en Europe repose principalement sur deux indices utilisés par les fonds pour mesurer la performance ISR : DJSI Europe Composite et FTSE4Good Europe. Des associations spécialisées comme SAM (Suisse) ou Ethibel (Belgique) enrichissent par leurs propres indices utilement la lecture ISR.

European Social Investment Forum (Eurosif) a lancé un code de transparence pour rendre l'ISR plus accessible aux non-initiés. Selon les derniers chiffres 2006[8], l'ISR dépasse 1000 milliards, soit 10-15 % des encours européens globaux d’euros dans 9 pays européens. Mais les fonds institutionnels prédominent (94 %) contre 6 % de particuliers.

Brefs échos des marchés nationaux européens de l'ISR (chiffres 2005 Eurosif, montant des encours des fonds):

Allemagne: 6e marché européen de gestion ISR (3 milliards € d'encours). ).

Autriche: 9e marché européen de gestion ISR (1 milliard € d'encours). ).

Belgique: 3e marché européen de gestion ISR (9,5 milliards € d'encours).

Espagne: 8e marché européen de gestion ISR (1,5 milliard € d'encours). ).

France :4e marché européen de gestion ISR (8,2 milliards € d'encours). 137 fonds ISR en 2006 ne représentaient que 1 % des actifs de la gestion collective française, pour un montant de 12,5 milliards € d'encours, chiffre qui a signifiquement augmenté par rapport à 2005. Novethic annonce un encours de 22,1 milliards d'euros pour 2007 et 30 milliards en 2008 (Enquête annuelle). Fin 2009, le total des encours ISR s'élevait cette même année, à 50,7 milliards d'euros (Source Novethic).

Italie : 7e marché européen de gestion ISR (2,8 milliards € d'encours). ).

Pays-Bas : 1er marché européen de gestion ISR (41,5 milliards € d'encours).

Royaume-Uni : 2e marché européen de gestion ISR (30,5 milliards € d'encours).

Suède: 5e marché européen de gestion ISR (7 milliards € d'encours). Les fonds de pensions ont été obligés par le législateur d'intégrer des placements ISR dans leurs portefeuilles.

La dernière étude de l'EUROSIF du 13/10/2010 confirme en tous les cas que l'ISR a progressé de 87 % en 2008-2009 durant la crise pour atteindre 10 % de la gestion d'actif en Europe soit 5.000 milliards €, tous types ISR confondus. Les fonds de retraites sont vraisemblablement à l'origine de ce renforcement par l'effet refuge qu'a provoqué la crise.

L’ISR en France

En 2008, selon Novethic "200 fonds ISR sont proposés aux épargnants français soit 6 fois plus qu’en 2001." En 2009, l'encours ISR a atteint plus de 50 milliards d'euros selon Novethic comme la Caisse des Dépôts et Consignations, soit une hausse annuelle de 70 %.

Un modèle français de l'ISR en évolution permanente

2000-2010 : dix ans de promotion

En 2000, Le Forum pour l'Investissement Responsable voit le jour. Cette association, membre de l'Eurosif, qui vise à promouvoir l'ISR réunit différents acteurs : investisseurs, conseils, agences de notation, gestionnaires mais aussi des universitaires et des personnalités engagées.

En 2005, le Forum a lancé le Prix FIR de la Recherche Européenne «Finance et Développement Durable». Ces prix récompensent des travaux universitaires et financent des bourses de recherche.En matière de gestion de fonds ISR, l'approche française semble privilégier celle de l'approche best in class en sélectionnant par secteur les sociétés les mieux notées du point de vue de leur cotation extra-financière selon les critères ESG (Environnement, Sociétal et Gouvernance) et sans procéder à des techniques d'exclusion à l'anglo-saxonne.

En mai 2008, Paris Europlace publie 11 recommandations pour favoriser l'ISR[9] : une initiative indispensable pour crédibiliser l'engagement des acteurs français dans cet enjeu d'investissement qui n'est désormais plus du tout un simple phénomène de mode.Pour promouvoir la réflexion française sur l'ISR, une chaire dédiée à l’ISR et intitulée "Finance durable et investissement responsable" a été mise en place la même année avec le soutien de l'AFG[10].

2009 semble marquer un tournant avec la montée en puissance de l'ISR des épargnants individuels sans oublier l'épargne salariale et la conversion de fonds classiques en fonds ISR. Pour promouvoir l'ISR, l'association ORSE publie un guide fin 2009 qui permet un tour d'horizon complet et anticipe l'article 53 de la loi dite Grenelle 1 qui dispose : « L’investissement socialement responsable sera encouragé par des mécanismes incitatifs et des campagnes d’information ».

En 2010, conformément aux voeux du législateur, l'ISR a même droit à sa semaine . En effet, sous l'impulsion du Ministère du Développement Durable, la première semaine de l'ISR se déroule du 4 au 10 octobre 2010. Cette semaine a pour vocation de promouvoir l’investissement socialement responsable (ISR) auprès du grand public, des institutionnels et des professionnels (gestionnaires d’actifs, consultants, réseaux de distribution…)[11].

Les Investisseurs institutionnels, acteurs majeurs

Les "zinzins" ou investisseurs institutionnels restent déterminants en créant des fonds ISR en actions et/ou en obligations. Selon la Tribune (cf."Les entreprises et les critères extra-financiers" 16/06/2008) "Des études récemment réalisées par des maisons de notation montrent que 45 % des investisseurs institutionnels français croient en une création de valeur ajoutée, née de la prise de responsabilité de la part des entreprises. Ce constat repose sur la conviction qu'une prise en compte des critères extra-financiers permet d'avoir une vision globale des risques supportés par les entreprises et peut donc avoir une influence significative sur leur performance à moyen et long termes. Ils sont convaincus que, dans le futur, les critères extra-financiers seront considérés davantage dans les décisions de placements par les gestionnaires de fonds. Pour identifier les entreprises les plus durables et les plus responsables, ces fonds d'investissements vont se baser sur la recherche faite par des maisons de notation spécialisées dans ce domaine et sur des indices comme le FTSE4Good et le Dow Jones Sustainability Index. Ces deux indices représentent donc de réels benchmarks pour les investisseurs socialement responsables."

"Selon une étude publiée par Novethic, l’ensemble du marché de l’ISR (OPCVM et fonds dédiés) a progressé de 88 % pour s’établir à 16,6 milliards d’euros en 2006 mais seuls 6,06 milliards provenaient des particuliers. Et encore, sur ce montant, seulement 3,25 milliards d’euros proviennent de produits ISR vendus aux particuliers par les réseaux bancaires, le solde étant engagé dans l’épargne salariale" [12].

En 2010, la tendance de fond se confirme :"Certes, le poids des particuliers s'est envolé de 111% pour atteindre 15,6 milliards d'euros d'encours, contre 7,4 milliards d'euros en 2008. Mais les investisseurs institutionnels (en tête desquels les fonds de pension publics et fonds de réserve, caisses de retraite et de prévoyance, compagnies d'assurance et mutuelles) restent très largement majoritaires, avec 69% des encours ISR" [13].

Banques et assurances françaises désormais impliquées

Mais le système bancaire français semble prendre l'ISR au sérieux. L'approche bilan carbone initiée par la Caisse des dépôts pour sa propre politique d'investissement[14] pourrait inspirer les modèles d'investissements selon le principe d'efficacité et le principe de neutralité carbone comme d'autres banques l'affichent déjà dans le monde. La Caisse d’épargne a proposé en 2007 l'étiquetage ISR de tous ses produits bancaires selon trois critères : risque financier, intensité carbone et prise en compte des impacts sociaux et environnementaux. Malheureusement, cette banque est revenue en arrière après une année et a abandonné cette démarche éthique et transparente.

Pour le secteur de l'assurance, cette approche commence également à trouver un certain succès avec la CNP et BNP Paris Assurance.

Des produits d'épargne populaires ?

Le modèle ISR en France a progressé dès 2006, mais il semble en 2010 avoir toujours du mal à se populariser sans doute compte-tenu de l’absence d’une culture d’épargne actionnariale directe à l’anglo-saxonne et ce malgré l’accroissement progressif de l’épargne salariale.

Peut-être un début d'explication sur ce défaut de popularité :"Ce soudain engouement pour les fonds verts pose cependant un problème : il est difficile d'y voir clair, pour l'épargnant particulier, dans une offre assez peu structurée. " Il y a confusion entre produits verts et fonds d'investissement socialement responsable (ISR). Ce sont deux catégories différentes, mais certains produits verts peuvent être ISR ", résume Anne-Catherine Husson-Traoré , directrice générale de Novethic , le média en ligne du développement durable" [15].

Depuis la crise financière de 2008-2009 qui a ébranlé la confiance générale des clients en leur banque et dans les produits d'épargne en actions, un doute du grand public persiste sur la finalité effective de ce type d'investissement.

Comme l'indiquent certains observateurs, "les Amis de la Terre ont étudié la composition des fonds ISR labellisés par Novethic en 2009. Parmi les 89 fonds analysés, pas moins de 71 contiennent dans leurs portefeuilles d'actifs au moins une des 15 entreprises controversées sélectionnées par les Amis de la Terre pour leurs pratiques sociales et environnementales critiquables : Total, BP, Areva, France Télécom, BNP Paribas, AXA, etc. Pour Soisic Rivoalan, rédactrice du rapport, l'appellation « ISR » est totalement illégitime pour une immense majorité des produits d'épargne ainsi nommés par les banques et les assurances elles-mêmes''[16]. .

Un véritable soutien de l'éco-industrie ?

Outre le succès de cette formule d’épargne via les intermédiaires financiers, son débouché naturel en faveur de l’écoindustrie nationale semble laisser à désirer en France en comparaison avec d’autres circuits financiers. Selon le rapport Chambolle de 2006[17], « Une autre voie qui mériterait d’être explorée est celle de l’investissement socialement responsable. Dans les autres pays comparables, une part de cet investissement se consacre au développement des éco entreprises (fonds cleantech), ce qui n’est pas le cas en France. (…). Un dialogue devrait s’ouvrir avec les responsables de ces fonds sur ce point. » (cf. p. 29).

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Notes

  1. (cf. 2e RapportBernard Carayon Septembre 2006 À armes égales, pp. 49-50), en ligne : [PDF] 2e rapport Carayon, septembre 2006 À armes égales, pp. 49-50)
  2. Code de transparence AFG-FIR pour les fonds ISR ouverts au public - janvier 2010
  3. Le Monde Economie 05/12/2006, Identifier et dépasser les obstacles comportementaux à l’investissement responsable à long termep. II
  4. Rapports du CERES
  5. Question d'un parlementaire européen
  6. (cf. Rafal Naczyk, "La finance éthique, un caractère durable ?" Référence.be 04/2009)
  7. [1]
  8. SRI Studies, septembre 2006
  9. Rapport de Paris Europlace
  10. [PDF] [2]
  11. Première semaine de l'ISR
  12. La Tribune, 08/06/2007, "Focus; L’ISR a encore du mal à convaincre les particuliers"
  13. Le Figaro, 04/10/2010, "Investissement responsable : les banques peuvent faire plus"
  14. Caisse des Dépots : bilan carbone
  15. La Tribune, 02/11/2007, "ISR: l'investissement socialement responsable a le vent en poupe"
  16. Actu-Environnement.com , 04/10/2010, "Semaine de l'investissement responsable : les critères « extra-financiers » ont le vent en poupe"
  17. Rapport Chambolle sur le site du ministère de l'écologie

Wikimedia Foundation. 2010.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Investissement socialement responsable de Wikipédia en français (auteurs)

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