Héstia


Héstia

Hestia

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La Vesta Giustiniani, musée de Torlonia (Rome)

Dans la mythologie grecque, Hestia (en grec ancien Ἑστία / Hestía) est la divinité du feu sacré et du foyer. Fille aînée de Cronos et de Rhéa, sœur de Zeus, Poséidon, Hadès, Héra et Déméter, elle appartient à la génération des douze grandes divinités de l'Olympe, bien que sa présence dans le canon olympien soit variable.

Dans la mythologie romaine, elle correspond à Vesta.

Sommaire

Mythe

Hestia n'est pas mentionnée par Homère[1]. Hésiode fait d'elle la première-née de Cronos[2]. L’Hymne homérique à Aphrodite indique que Cronos l'engendre « la première — et aussi la dernière », sans doute parce qu'elle est la dernière à être recrachée par son père[3]. Aînée des dieux, elle jouit d'une considération particulière parmi les Olympiens. L'hymne delphique d'Aristonoos la nomme ainsi la « maîtresse du ciel et de la terre[4] ».

Presque aucun mythe ne se rattache à cette déesse. Dans l’Hymne homérique à Aphrodite, Apollon et Poséidon la poursuivent de leurs assiduités, mais Hestia refuse leurs propositions à tous deux et jure sur le Styx, en touchant la tête de Zeus, de rester vierge à jamais[5] — tout comme Artémis et Athéna. En compensation, elle obtient de Zeus le privilège d'être honorée dans chaque demeure humaine et dans tous les temples[6]. La légende est probablement inventée par l'auteur pour mettre en évidence ses principales caractéristiques : Hestia est une déesse vierge et immuable[7]. Quand Platon met en scène le cortège des Olympiens, dans le Phèdre, il précise qu'Hestia n'en fait pas partie, car elle demeure en permanence sur l'Olympe[8].

Ovide mentionne par ailleurs une tentative de Priape d'attenter à son honneur[9]. On la voit, sur les vases, participer à la procession des dieux lors des noces de Pélée et Thétis[10] ; un kylix la représente sur l'Olympe avec les autres dieux[11] et un autre la montre assistant avec Aphrodite à l'arrivée d'Héraclès sur l'Olympe.[12].

Culte

Le nom « hestia » désigne le foyer, tout particulièrement celui de la maison[13] ; Hestia en est la personnification. Bien qu'elle possède une existence propre dès Hésiode, elle reste peu personnalisée. Contrairement à la romaine Vesta, son domaine couvre le foyer domestique comme celui de la cité[14]. Parallèlement à ces deux formes de culte, on trouve des sanctuaires privés consacrés à Hestia, par exemple au Pirée et à Olympie, peut-être à Chalcis[15].

Elle protège le foyer public (koinē hestia) hébergé au prytanée, équivalent des mairies modernes[16], centre politique plutôt que religieux de la cité[17]. Pindare la nomme ainsi la « patronne des prytanes » lesquels l'« honorent entre autres divinités, de leurs libations fréquentes et souvent aussi de la graisse des victimes ; ils font résonner la lyre et le chant[18]. » Quand ce ne sont pas des prytanes, ce sont les « magistrats en chef des cités », précise Denys d'Halicarnasse[19]. Des inscriptions témoignent qu'Hestia est honorée sous les épiclèses de Prytaneia (« du prytanée ») ou Bouleia (« du conseil »). À Chios, une stèle du VIe siècle av. J.-C. enjoint aux magistrats, au nom d'Hestia, d'appliquer les décisions du peuple[20]. Camiros, à Rhodes, possède des « damiourgoi d'Hestia », sortes de surintendants de la cité[21]. Réciproquement, il est rare que des prêtres soient attachés à son culte ; aux époques classique et hellénistique, on n'en connaît qu'à Délos, Stratonicée en Carie et Chalcis en Eubée[21]. Aux côtés d'Apollon Arkhēgetēs (« fondateur de ville »), Hestia préside également à la fondation des colonies : les clérouques (colons) emportaient de la métropole le feu d'Hestia destiné à allumer le foyer de la nouvelle patrie[22].

Hestia veille également sur le foyer domestique, centre symbolique de la maison. Diodore de Sicile déclare même que « Hestia inventa la construction des maisons ; en reconnaissance de ce bienfait, on vénère dans toutes les maisons l'image de cette déesse, et on célèbre des sacrifices en son honneur[23]. » L'hymne homérique consacré à la déesse indique que tous les repas débutent par une libation à son intention[24]. On l'invoque lors de la cérémonie des Amphidromies, quand le nouveau-né est présenté au foyer et reçoit un nom[25],[14]. Alors qu'elle va mourir, l'Alceste d'Euripide s'exclame : « Ma Dame, je descends sous terre, et je viens pour la dernière fois t'implorer à genoux : garde mes orphelins[26] ! »

Dans le culte, Hestia est liée à Apollon : elle veille sur le foyer de Delphes, l'un de ses principaux sanctuaires[27] et à Délos, sa statue est assise sur l'omphalos. Elle est également associée à Hermès[28] et Phidias représente les deux divinités ensemble sur la base de sa statue chryséléphantine de Zeus olympien[29].

Lieux principaux de culte et sanctuaires

  1. Athènes, chef-lieu d'Attique (sud de la Grèce) ;
  2. Oropos, cité d'Attique ;
  3. Hermione, cité d'Argolide (sud de la Grèce) ;
  4. Sparte, chef-lieu de Laconie (sud de la Grèce) ;
  5. Olympie, sanctuaire d'Élis (Élide, sud de la Grèce) ;
  6. Larissa, chef-lieu des Lapithes (Thessalie, nord de la Grèce) ;
  7. L'île de Ténédos, (mer Égée).

Iconographie

Hestia est rarement représentée dans l'art grec[17]. Quand c'est le cas, elle n'a que rarement des attributs caractéristiques. En général les Anciens la représentaient debout, sévèrement vêtue, avec un voile sur la tête.

Étymologie

Son nom ionien est Ἱστίη / Histíê et son nom dorien Ἱστία / Histía. L'étymologie du nom dépend de l'existence ou non d'un digamma (ϝ) initial, qui n'est attesté que dans la glose d'Hésychios d'Alexandrie et dans un anthroponyme arcadien. Le rapprochement avec Vesta (peut-être de *wes-, « brûler »), effectué dès l'Antiquité[30], est donc difficile à expliciter, bien que vraisemblable[31].

Attributs

  • Ses attributs : le feu, le foyer

Sources complémentaires

Notes

  1. Gantz, p. 73.
  2. Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 454, repris par Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne], I, 1, 5.
  3. Hymnes homériques [détail des éditions] [lire en ligne], à Aphrodite, 22-23.
  4. Aristonoos, Hymne à Hestia, 2-3.
  5. Hymne homérique à Aphrodite, 25-29.
  6. Hymne homérique à Aphrodite, 30-33.
  7. Jean Humbert, notice de l'hymne à Hestia dans les Hymnes homériques, Belles Lettres, p. 234.
  8. Platon, Phèdre [détail des éditions] , 247a.
  9. Ovide, Fastes [détail des éditions] [lire en ligne], VI, 319-348.
  10. Par exemple sur le vase François (Florence 4209), aux côtés de Chariclo, l'une des compagnes d'Athéna.
  11. Tarquinia RC 6848 ; Gantz, p. 74.
  12. Kylix des Staatliche Museen zu Berlin ; cité par Séchan et Lévêque, p. 133.
  13. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Klincksieck, Paris, 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4) à l'article ἑστία.
  14. a  et b Lévêque et Séchan, p. 132.
  15. Kajava, p. 4.
  16. Detienne et LLoyd, p. 60.
  17. a  et b Kajava, p. 2.
  18. Pindare, Odes [détail des éditions] [lire en ligne] Néméennes, XI, 1 et 5-6 ; traduction citée par Séchant et Lévêque, p. 132.
  19. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines [détail des éditions] [lire en ligne], II, 65, 4.
  20. Detienne et LLoyd, p. 61.
  21. a  et b Kajava, p. 3.
  22. Detienne et LLoyd, p. 59.
  23. Diodore de Sicile, Bibliothèque historique [détail des éditions] [lire en ligne], V, 68, 1. Extrait de la traduction de Ferdinand Hoefer.
  24. Premier hymne homérique à Hestia, 4-6.
  25. Scholie au Théétète de Platon, 160e.
  26. Euripide, Alceste [détail des éditions] [lire en ligne], 164-165. Extrait de la traduction de Victor-Henri Debidour.
  27. Deuxième hymne homérique à Hestia, 1-3.
  28. Deuxième hymne homérique à Hestia, 11-13.
  29. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], I, 18, 3.
  30. Cicéron, De la nature des Dieux [détail des éditions] [lire en ligne] II, 27.
  31. Jean Humbert, notice de l'hymne à Hestia dans les Hymnes homériques, Belles Lettres, p. 235.

Bibliographie

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  • (en) Timothy Gantz, Early Greek Myth, Johns Hopkins University Press, 1993 [détail de l’édition], p. 73-74.
  • (en) Marcel Detienne et Janet Lloyd, « The Gods of Politics in Early Greek Cities », Arion (3e série), vol. 12, no2 (automne 2004), p. 49-66.
  • (en) Mika Kajava , « Hestia Hearth, Goddess, and Cult », Harvard Studies in Classical Philology, vol. 102 (2004), p. 1-20.
  • Pierre Lévêque et Louis Séchan, Les Grandes divinités de la Grèce, Armand Colin, coll. « l'Ancien et le nouveau », Paris, 1990 (ISBN 2-200-37211-6), p. 131-134.
  • Haiganuch Sarian, « Hestia », LIMC 5 (1990)


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