Histoire de la géographie


Histoire de la géographie
Représentation moderne de la Terre

L'histoire de la géographie débute à l'Antiquité. Les Grecs sont la première civilisation connue pour avoir étudié la géographie, à la fois comme science et comme philosophie. Thalès de Milet, Hérodote (auteur de la première chorographie), Ératosthène (première carte du monde connu – l'écoumène –, calcul de la circonférence terrestre), Hipparque, Aristote, Ptolémée ont apporté des contributions majeures à la discipline. Les Romains ont apporté de nouvelles techniques alors qu'ils cartographiaient de nouvelles régions.

Les premiers « géographes » développent quatre branches de la géographie qui vont perdurer jusqu'à la Renaissance :

  • découvrir et explorer les continents ;
  • mesurer l'espace terrestre (géodésie) ;
  • situer la Terre dans les systèmes astronomiques (cosmographie) ;
  • représenter l'espace terrestre (cartographie).

Après la Renaissance et les grandes découvertes, la géographie s'impose comme une discipline à part entière dans le domaine scientifique. Entre le XIXe et le XXe siècle, plusieurs courants se développent tentant de démontrer l'interaction entre l'homme et la nature, avec plus ou moins de succès et de rigueur d'approche.

Sommaire

Géographie antique

L'environnement des grecs anciens a influé sur la façon dont les gens répondent à leurs besoins et sur la façon dont leur culture se développe. Les grecs considéraient le poète Homère comme le fondateur de la géographie. Ses œuvres, l'Iliade et l'Odyssée sont des œuvres de littérature, mais tous deux contiennent un grand nombre d'informations géographiques. Homère décrit un monde circulaire entouré d'un énorme océan. Les travaux montrent que les Grecs au XVIIIe siècle av. J.‑C. avait une grande connaissance de la géographie de la Méditerranée orientale. Les poèmes d'Homère contenaient un grand nombre de noms de lieux et de descriptions, mais pour beaucoup d'entre eux, il n'est pas certain que leur situation géographique réelle, si elle existe, soit correctement identifiée.

Grèce archaïque et classique

Thalès de Milet est l'un des premiers philosophes à s'être interrogé sur la forme du monde. Il a proposé que le monde soit basé sur l'eau, et que toutes choses sont nées de celle-ci. Il a également prévu un grand nombre de règles mathématiques et astronomiques qui permettrait d'étudier la géographie scientifique. Son successeur, Anaximandre, est la première personne connue pour avoir tenté de créer une carte à l'échelle du monde connu et avoir introduit le gnomon en Grèce antique.

Hécatée de Milet a lancé une forme différente de la géographie, en évitant les calculs mathématiques de Thalès et d'Anaximandre. Il a conçu le monde en rassemblant des travaux antérieurs et en parlant aux marins qui sont venus par l'intermédiaire du port de Milet. À partir de ces récits, il a écrit une prose sur ce qui était connu du monde. Un travail similaire, et qui survit surtout aujourd'hui, est Enquête, l'ouvrage d'Hérodote. D'abord un travail d'histoire, le livre contient en fait une multitude de descriptions géographiques couvrant une grande partie du monde connu. L'Égypte, la Scythie, la Perse, et l'Asie Mineure sont décrites en détail. On sait alors peu de choses sur les autres zones, et la description des zones telles que l'Inde sont presque totalement fantaisistes. Hérodote a également fait des observations importantes sur la géographie. Il est le premier à avoir noté le processus par lequel les grands fleuves, tels que le Nil, donnent naissance à des deltas, et est aussi le premierà observer que les vents ont tendance à souffler à partir de régions plus froides vers les plus chaudes.

Pythagore a peut-être été le premier à proposer un monde sphérique, en faisant valoir que la sphère est la forme la plus parfaite. Cette idée est parfois attribuée à Parménide. Quoi qu'il en soit, elle fut adoptée par Platon et Aristote, qui ont présenté des données empiriques pour vérifier cela. Il a noté que l'ombre de la Terre pendant une éclipse de lune était courbée, et aussi que les étoiles sont plus hautes quand on se déplace vers le nord. Eudoxe de Cnide a utilisé l'idée de la sphère pour expliquer l'existence de différentes zones climatiques basées sur la latitude, à cause du Soleil. Cela a conduit les Grecs à croire en une division du monde en cinq régions, chacun des pôles étant une région froide. Avec l'extrapolation de la chaleur du Sahara, il a été déduit que la zone autour de l'équateur est insupportablement chaude. Entre ces deux régions extrêmes, les hémisphères Nord et Sud ont des températures convenables à l'habitation.

Période alexandrine

Eratosthène (276 à 194 av. J.-C.) est l'auteur d'un travail considérable. Ses études portaient sur la répartition des océans et des continents, les vents, les zones climatiques et les altitudes des montagnes. On lui attribue la création du terme géographie. Il laissa une carte générale de l'écoumène qui fut longtemps l'unique base de la géographie : il y donnait la valeur de 47° 42' à l'arc du méridien compris entre les deux tropiques, valeur correcte à quelques minutes près.

Calcul de la circonférence de la Terre

C'est cependant l'étude de la circonférence de la Terre qui marque le plus les travaux d'Ératosthène. Il observa l'ombre de deux objets situés en deux lieux, Syène (aujourd'hui Assouan) et Alexandrie, le 21 juin (solstice d'été) au midi solaire local. Il en déduisit que l'angle entre les rayons solaires en ces lieux était de 7,2 degrés. Il évalua ensuite la distance entre Syène et Alexandrie : la distance obtenue était de 5000 stades, soit 787,5 km, mesure très proche de la réalité, s'il a bien utilisé un stade (mesure de longueur) valant 157,5 m. Par la théorie géométrique des angles alternes-internes congrus, il calcula que la circonférence de la Terre était de 39 375 km, mesure extraordinairement précise pour l'époque (les mesures actuelles donnent 40075,02 km[1]).

A la suite d'Héraclide du Pont, Aristarque de Samos suggère que l'axe de la Terre effectue une précession quotidienne par rapport à la sphère des fixes.

Le grand astronome Hipparque, auteur d'une Critique de la Géographie d'Eratosthène, met au point ou perfectionne des méthodes permettant de déterminer les positions des lieux géographiques en longitude et latitude. Il consacre la projection stéréographique pour l'établissement de cartes à grande échelle. Son contemporain gréco-chaldéen Séleucos de Séleucie étudie les marées et les met en relation avec les mouvements de la Lune et du Soleil. Se fondant sur ses observations, Hipparque défend l'idée qu'il existe un continent entre les océans Atlantique et Indien.

Période romaine

La carte de l'écoumène de Ptolémée.

Le premier géographe dont l'œuvre nous soit parvenue presque intégralement est Strabon. Grec né à Amasée (actuelle Amasya en Turquie) vers 57 av. J.-C., mort vers 25 ap. J.-C., il écrivit une géographie, description détaillée du monde connu. Strabon relate notamment l'exploration de Pythéas de Marseille au-delà des Colonnes d'Hercule (Gibraltar) jusqu'à Thulé (le Groenland ?) et la mer gelée.

Mais à cette période, comme à la précédente, le centre scientifique est Alexandrie, ville hellénisée d'Egypte. Ptolémée (vers 90 après J.-C. à 165) s'appuie sur les travaux de Marinus de Tyr et prolonge les travaux d'Hipparque. Il rédige à son tour une Géographie (Γεωγραφικὴ Ὑφήγηδις), œuvre qui a exercé par la suite une très grande influence sur les sciences islamiques et européennes. Il s'agit d'un exposé approfondi sur les connaissances géographiques du monde gréco-romain, avec des cartes établies selon des méthodes de projections remarquables.

En Chine

Les Chinois sont à l'origine de la cartographie quantitative...

Moyen Âge

Mapa Mundi de Beatus de Liébana (v. 780) conservé dans le manuscrit de Saint Severn.

Au cours du Moyen Âge, juste après les invasions barbares au VIe siècle, l'intérêt pour la géographie diminua en Occident.

Dans le haut Moyen Âge, cette discipline fut le parent pauvre de l'éducation, qui se déclinait à travers les arts libéraux. Le quadrivium incluait bien l'astronomie, mais pas la géographie.

Isidore de Séville contribua à conserver un certain patrimoine de connaissances. Néanmoins, la représentation du monde connu était très sommaire : on imaginait les continents étaient placés à l'intérieur d'un rond et autour un T renversé vers la droite, l'Europe étant au-dessus de la barre horizontale, l'Afrique en dessous, et l'Asie à droite. La barre horizontale représentait la Méditerranée, la barre verticale séparant l'Asie (à l'est), de l'Europe et de l'Afrique (à l'ouest) était constituée par le Danube et le Nil, que l'on supposait reliés (représentation O/T). Au centre, point d'intersection des deux barres, Jérusalem, la ville religieuse, considérée comme le centre du monde.

Néanmoins, le capital d'informations géographiques et scientifiques de l'Antiquité (Euclide, Aristote, Ptolémée, ...) fut recueilli dans les centres intellectuels de la civilisation arabo-musulmane. Le monde musulman était en effet mieux placé géographiquement, au carrefour des civilisations grecque, mésopotamienne, indienne, égyptienne, pour recueillir le savoir de l'Antiquité. Bagdad fut créée sur un emplacement proche du lieu où mourut Alexandre le Grand (Babylone). D'autre part, les exigences de la prière musulmane (cinq prières par jour, le fidèle étant orienté vers la Mecque), nécessitaient des connaissances géographiques dont l'Occident n'avait pas besoin.

Le monde d'al-Idrīsī orienté sud/nord (v.1160)

Les géographes arabes, tels qu'Idrisi (auquel on doit la première grande géographie de l'Occident, vers 1150), Ibn Battuta (1304-1370), et Ibn Khaldun ont donc conservé et enrichi l'héritage gréco-romain.

En Occident, l'encyclopédie de Vincent de Beauvais (speculum naturale, somme des connaissances de l'Occident au XIIIe siècle) contenait des informations géographiques connues en 1250.

Il y eut au XIIIe siècle plusieurs voyages de missionnaires franciscains en Asie :

  • Jean de Plan Carpin en Mongolie (1245-1247)
  • Guillaume de Rubrouck alla dans l'empire mongol (1253-1257), et consigna son récit de voyage dans une œuvre en latin qui était une mine d'informations géographiques, historiques et ethnographiques sur l'empire mongol,

Ces informations furent très utiles pour la préparation du voyage de Marco Polo entre 1271 et 1295. Ce voyage permit lui-même de préciser les informations géographiques sur l'Asie (Devisement du monde).

D'autres missionnaires franciscains partirent vers l'Asie :

L'ensemble de ces voyages avait déjà beaucoup enrichi les informations sur l'Asie avant les voyages de Marco Polo.

L'intérêt pour la géographie s'est considérablement accru en Occident à partir de cette époque, et la représentation du monde a fortement évolué, engendrant un renouvellement de la cartographie.

En 1410, le cardinal Pierre d'Ailly écrivit l'Imago mundi, qui sera imprimé en 1478. Christophe Colomb en avait un exemplaire.

La Renaissance

Aux XVe siècle et XVIe siècle, de grandes expéditions maritimes ont immensément accru la connaissance de la planète. Ces expéditions ont été accompagné d'une activité scrupuleuse d'observation astronomique et géographique. Le portulan est la carte type de cette époque. On peut citer, parmi beaucoup d'autres, les expéditions de Vasco de Gama (Afrique et Inde), Christophe Colomb (Amérique centrale et espace caraïbe), Magellan (Amérique du sud et océan pacifique), Jacques Cartier (Canada, 1534). Au milieu du XVIe siècle, François Xavier entame le début de l'évangélisation du Japon.

La cartographie progresse, à la fois par la quantité de nouvelles connaissances apportées par les explorations, la diffusion des documents par l'imprimerie, et par de nouvelles méthodes et des fondations théoriques solides (projection de Mercator au XVIe siècle). Les cartes du monde de la Geographica Generalis de Bernard Varenius et celles de Gerardus Mercator en témoignent.

En Italie, Giovanni Botero publie à Rome, de 1591 à 1592, les trois volumes des Relazioni Universali qui marquent la naissance de la statistique ou science descriptive de l'État. Il s'agit d'une géographie appliquée aux besoins des nouvelles administrations.

Débuts de l'époque moderne

Article détaillé : Grandes Découvertes (maritimes).
Portrait de Marco Polo

Après les voyages de Marco Polo, l'intérêt pour la géographie s'accroît dans toute l'Europe. Vers 1400, les écrits de Ptolémée et de ses successeurs islamique ont fourni un plan systématique pour organiser et représenter l'information géographique. Les grands voyages d'exploration du XVIe siècle et du XVIIe siècle ont ravivé le désir d'une plus grande précision des détails géographiques précises et de fondements théoriques plus solides. L'ouvrage Geographia Generalis de Bernhard Varenius et la carte du monde de Gerardus Mercator sont d'excellents exemples de la nouvelle génération de géographes.

Fragment restant de la carte de Piri Reis

Le cartographe ottoman Piri Reis a créé des cartes de navigation qu'il a exposé dans Kitab-ı Bahriye. Le travail comprend un atlas de cartes de petites parties de la Méditerranée, accompagné d'informations portant sur la mer. Dans la deuxième version de l'œuvre, il a inclus une carte des Amériques[2].


XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, James Cook et La Pérouse explorent la zone du Pacifique.

Au XVIIIe siècle, la géographie commence à émerger en tant que discipline scientifique. Mais il faut attendre le XIXe siècle pour qu'elle prenne une place réelle dans l'enseignement en France. Suite à la défaite de la France en 1870 contre la Prusse, elle est enseignée dans le primaire, en particulier à travers un livre de lecture, Le Tour de France par deux enfants. Son enseignement dans le supérieur est initié à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, par Vidal de la Blache, le géographe français marquant de la fin du XIXe siècle.

XIXe siècle

Au XVIIIe siècle, la géographie fut reconnue comme une discipline à part entière et a fait partie d'un programme d'études universitaires typiques en Europe (notamment à Paris et Berlin), mais pas au Royaume-Uni, où la géographie est généralement enseignée comme une sous-discipline d'autres domaines. L'une des grandes œuvres de cette époque est Kosmos: a sketch of a physical description of the Universe, par Alexander von Humboldt, dont le premier volume a été publié en allemand en 1845.

Au XIXe siècle, Thomas Henry Huxley a adopté la philosophie de l'universalité comme une approche intégrée dans l'étude de l'environnement naturel. La philosophie de l'universalité dans la géographie n'est pas nouvelle, mais elle peut être considérée comme l'évolution des travaux d'Alexander Von Humboldt et d'Emmanuel Kant. Une des publications de Huxley a présenté une nouvelle forme de la géographie qui a analysé et classé les causes et les effets au niveau micro-économique et a ensuite appliqué ces mesures à la macro-échelle (en raison de l'avis que le micro fait partie de la macro, et donc qu'une compréhension de toutes les micro-échelles est nécessaire pour comprendre le niveau macro). Cette approche a insisté sur la collecte de données empiriques sur le plan théorique. La même approche a été également utilisée par Halford John Mackinder en 1887.

Au cours des deux derniers siècles, la quantité de connaissances et le nombre d'outils a explosé. Il existe des liens étroits entre la géographie et les sciences de la géologie et de botanique, ainsi que de l'économie, la sociologie et la démographie.

La Royal Geographical Society a été fondée en Angleterre en 1830. Le premier véritable esprit géographique à émerger au Royaume-Uni a été Halford John Mackinder, nommé à l'Université d'Oxford en 1887. La National Geographic Society a été fondée aux Etats-Unis en 1888 et a commencé la publication du magazine National Geographic, qui est devenu et continue d'être un grand vulgarisateur de l'information géographique. La société a longtemps soutenu la recherche et l'éducation géographique.

XXe siècle

Dans l'Ouest, au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle et le XXe siècle, la discipline de la géographie a connu quatre grandes phases : le déterminisme environnemental, la géographie régionale, la révolution quantitative, et la géographie critique.

Déterminisme environnemental

Le déterminisme environnemental est la théorie que de l'état physique, mental et moral, ainsi que les habitudes d'un peuple sont dues à l'influence de leur environnement naturel. On peut citer comme parmi les théoriciens du déterminisme environnemental les plus célèbres Carl Ritter, Ellen Churchill Semple, et Ellsworth Huntington. On rencontre des croyances populaires comme « la chaleur rend les habitants des tropiques paresseux » et « de fréquents changements de pression barométrique rendent les habitants des latitudes tempérées plus agiles intellectuellement. ». Les géographes liés au déterminisme environnemental ont tenté de faire l'étude scientifique de ces influences. Vers les années 1930, cette façon de penser a été largement dénoncée comme dépourvue de tout fondement et susceptible de généralisations. Le déterminisme environnemental reste un embarras pour bien des géographes, et conduit à beaucoup de scepticisme parmi les revendications de l'influence de l'environnement sur la culture (telles que les théories de Jared Diamond).

Géographie régionale

Article détaillé : Géographie régionale.

La géographie régionale représente une réaffirmation sur le fait que le véritable sujet de la géographie était l'étude des lieux (régions). Les géographes régionaux se sont concentrés sur la collecte d'informations descriptives sur des lieux, ainsi que sur les bonnes méthodes pour diviser la Terre en régions. Un des géographies biens connus de cette période est Paul Vidal de La Blache. Le fondement philosophique de ce domaine a été posé aux États-Unis par Richard Hartshorne qui a défini la géographie comme l'étude de la différenciation territoriale, ce qui a conduit plus tard à la critique de cette approche, jugée trop descriptive et non scientifique.

La révolution quantitative

La révolution quantitative était une tentative pour redéfinir la géographie en tant que science, dans le sillage de la relance de l'intérêt pour la science après le lancement de Spoutnik. Les révolutionnaires quantitatifs, souvent appelés « cadets de l'espace », ont déclaré que l'objectif de la géographie était de tester les lois générales sur l'organisation spatiale des phénomènes. Ils ont adopté la philosophie du positivisme des sciences naturelles et se sont tournés vers les mathématiques, notamment les statistiques, pour trouver un moyen de prouver les hypothèses. La révolution quantitative a jeté les bases pour le développement des systèmes d'information géographique. Des géographes bien connus de cette période sont Waldo Tobler, William Garrison, Peter Hagget, William Bunge ou Torsten Hägerstrand.

Géographie critique

Alors que les approches positiviste et post-positiviste restent importantes dans la géographie, la géographie critique se pose comme une critique du positivisme. La première souche de la géographie critique à émerger est la géographie humaniste. S'appuyant sur la philosophie de l'existentialisme et la phénoménologie, les géographes humanistes (tels que Yi-Fu Tuan) se sont concentrés sur le sentiment des peuples et leur relation avec les lieux. Plus influente fut la géographie marxiste, qui a appliqué les théories sociales de Karl Marx et de ses successeurs aux phénomènes géographiques. David Harvey et Richard Peet sont des géographes marxistes assez célèbres. La géographie du genre est l'utilisation des idées du féminisme dans des contextes géographiques. La souche la plus récente critique de la géographie est la géographie post-moderniste, qui utilise les idées des théoriciens post-modernes et post-sructurels pour explorer la construction sociale des relations spatiales.

Autres approches

La Nouvelle Géographie

La nouvelle géographie se développe à partir des années 1960 aux États-Unis et gagne la France, la Suisse et surtout l'Allemagne dans les années 1970. Elle est directement influencée par les géographies anglo-saxonnes, plus précisément scandinaves et américaines.

Inspirée par les mathématiques (statistiques) et les règles de l'économie, cette géographie tente d'établir des « lois » universelles (science nomothétique).

La géographie devient la discipline visant à mettre en lumière les régularités, les ressemblances entre les espaces, afin d’énoncer les lois générales explicatives. On passe donc du particulier au général, du descriptif à l’explicatif et de l’inductif à l’hypothético-déductif. La démarche classique (description de chaque industrie régionale, typologie, cartographie, explications de la présence spécifique de certaines industries dans certains lieux privilégiant les facteurs naturels, les particularités locales et la dimension historique) est remplacée par une démarche « nouvelle ».

Celle-ci simplifie la réalité en partant d’hypothèses de base, pose des hypothèses de recherche et un mécanisme à tester. Une collecte de données, une analyse statistique et la production d’une carte « théorique » permet ensuite d’accepter ou de rejeter l’hypothèse, qui peut par la suite éventuellement être modifiée. A la fin du processus, on dispose d’une série de propositions, dont on peut rendre compte par un modèle (représentation simplifiée et symbolique). Le modèle peut être une relation mathématique, une série de propositions ou une représentation cartographique. On change ainsi de méthodes et d’échelle de travail, on s’allie à d’autres sciences, et on pose d’autres hypothèses sous-jacentes.

La Nouvelle Géographie émerge dans un contexte spécifique : le prestige de la science, les besoins de la croissance, la situation de la géographie traditionnelle, les problèmes sociaux et ceux des minorités ainsi que le nouveau rôle de l’État modifie les attentes quant à la géographie, tout comme les besoins de la reconstruction en Europe. C’est à cette époque que se développe la production de masse (fordisme, etc.). Les problèmes sociaux de l’époque concernent surtout la transformation de l’économie (de la guerre à la paix) et les emplois et logements. Les petits agriculteurs vivent mal, on affronte des problèmes syndicaux et des difficultés avec les minorités. Pour les jeunes géographes, ce renouveau de la géographie est un défi et une question de survie. On assiste donc à une modification du rôle de la géographie, qui doit permettre aux gouvernements de comprendre, prédire e diriger les phénomènes sociaux dans l’espace. Ses conséquences sont la double alliance de la géographie avec les sciences et la planification, son renouveau orienté vers l’économie (localisations, croissance régionale, urbanisation, flux et interactions), l’obtention de fonds, la reconnaissance symbolique et l’essor de la géographie appliquée.

Les modèles de localisation sont typiques de ce paradigme. Ils se basent sur deux grands principes d’explications : l’hétérogénéité de l’espace, qui renvoie au fait que l’espace est différencié et que certains lieux sont plus favorables à certaines activités, et son opacité, qui renvoie au fait qu’il est difficile à franchir en raison de la friction de la distance (l’éloignement ayant donc un coût). Voir les théories de localisation agricole (Von Thünen), industrielles (Launhardt et Weber) et tertiaire (places centrales) de G. Fisher.

Les points forts de l’analyse spatiale sont son cadre théorique cohérent et sa démarche rigoureuse, le processus cumulatif de connaissances qu’elle met en place, mais aussi les succès tangibles qu’elle remporte et le fait qu’elle s’accommode de phénomènes complexes. Cependant, on peut lui adresser plusieurs critiques : l’oubli du contenu, la disparition de l’homme, la simplification de la réalité, le manque d’esprit critique, l’oubli des rapports de pouvoir, et le côté faussement objectif de sa démarche. Le paradigme s’essouffle : les troubles sociaux persistent, la Guerre du Vietnam et la contestation sociale bouleversent la société, le prestige de la science diminue. 

La géographie comportementale

La géographie comportementale s’attache à analyser les individus, leurs comportements individuels et collectifs à travers le rapport qu’ils entretiennent avec leur territoire. Les comportementalistes se penchent donc aussi sur la psychologie de l’être humain, son rapport au groupe et à l’espace, son fonctionnement mental. Il s'agit avant tout de se poser la question « qui fait quoi ? » et « pourquoi ? » (ou : « qui dit quoi ? » et « pourquoi ? »)

La géographie radicale

Appelée aussi géographie marxiste ou critique, cette géographie est fortement influencée par les autres sciences sociales. Antoine Bailly définit ainsi la problématique radicale : « Une vision de la géographie qui privilégie la problématique du matérialisme historique et la démarche dialectique dans l'analyse socio-économique des pratiques sociales » (2001)

Elle s'inscrit dans un contexte de troubles sociaux et de contestation sociale durant la guerre du Vietnam au moment où le prestige de la science est en baisse.

On retrouve des géographes comme Yves Lacoste et l'équipe de la revue Hérodote, Guy Di Méo (L'Homme, la société, l'espace, 1991) ou l'anglais David Harvey (Directions in Geography, 1973 et Social justice and The City, 1977)

Notes et références

  1. Article wikipédia sur la Terre
  2. Edson and Savage-Smith (2004), p. 106

Voir aussi


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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Histoire de la géographie de Wikipédia en français (auteurs)

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