Histoire de l'Algérie


Histoire de l'Algérie

Cet article traite de l'histoire de l'Algérie, et non pas seulement de l'histoire de la République algérienne moderne. La civilisation humaine au Maghreb remonte à des millénaires mais ce n'est qu'à partir de l'Antiquité que cet espace commence à prendre sa forme actuelle en se scindant en trois régions-peuples : Maghreb oriental, Maghreb central et Maghreb occidental. La région-peuple du Maghreb central évoluera au fil des siècles en l'État-nation algérien moderne.

Sommaire

Préhistoire (- 1,8 Ma à -7 500 ans)

Peinture rupestre du Tassili datant d'environ 10 000 ans.

Paléolithique

Site d'Aïn El Ahnech (- 1,8 Ma)

Les plus anciens restes attestés d'hominidés en Afrique du Nord ont été mis au jour dans le site d'Aïn El Ahnech près de Sétif. Le site est considéré comme le plus ancien gisement archéologique d'Afrique du Nord. L'âge des vestiges est évalué par archéomagnétisme à 1,8 million d'années, coïncidant avec la période présumée de l'apparition de l'Homo habilis.

Site de Tighennif (- 800 000 à - 400 000 )

Articles détaillés : Tighennif et Atlanthropus.

Le site acheuléen de Tighennif (anciennement Ternifine ou Palikao), dans la wilaya de Mascara, a livré des vestiges dont l'âge est évalué entre 800 000 et 400 000 BP. Parmi ces vestiges, composés essentiellement d'ossements d'animaux et d'objets de pierre taillée, les archéologues ont découvert les ossements d'Hominidé qui ont conduit à la définition de l'Atlanthrope, aujourd'hui considéré comme un Homo erectus[1],[2],[3]. L'homme de Tighennif est considéré comme le plus ancien représentant connu du peuplement de l'Afrique du Nord[4].

L'Atlanthrope avait un cerveau plus petit que celui de l'homme moderne et une mâchoire plus puissante. Il était contemporain d'autres variantes d'Homo erectus telles que le Pithécanthrope de l'île de Java. L'Atlanthrope vivait de la cueillette et de la chasse et se déplaçait fréquemment dans sa quête de nourriture. Il a occupé le Maghreb central durant plusieurs millénaires et fabriquait des bifaces et des hachereaux ainsi que plusieurs autres outils[5].

Il disparaît vers 250 000 BP. En effet, c'est vers cette période, que l’Homo erectus disparaît après près de 2 millions d'années d'existence (probablement en évoluant vers Homo heidelbergensis en Europe). L'Algérie est alors exclusivement peuplée d'Homo sapiens, originaires de la corne de l'Afrique, qui occupent le Maghreb central pendant 150 siècles, de 250 000 à 50 000 av. J.-C., soit jusqu'à la fin du Paléolithique moyen. À partir de - 50 000 et jusqu'à - 20 000 av. J.-C., l'Acheuléen cède la place à l'Atérien[6],[7].

L'Atérien (- 50 000 à – 7 500 )

Articles détaillés : Atérien et Ibéromaurusien.

Correspondant globalement au Paléolithique moyen et supérieur, l'Atérien a été défini à partir de vestiges mis au jour dans le site éponyme de Bir el-Ater, dans la wilaya de Tébessa. Il dure d'environ – 50 000 ans jusqu'à la révolution néolithique vers 7 500 av. J.-C. Durant cette période, vers 20 000 av. J.-C., de fortes pluies tombent au Sahara et au Nord de l'Algérie, connaissant alors un climat très humide favorisant le développement des populations d'éléphants, de girafes, de rhinocéros et autres, que les Atériens chassent en grands nombres[8].

Les fouilles archéologiques ont mis en évidence des armes probablement de chasse, très raffinées, faites de pierre, de bois et même de cordage. Les premières pointes de lances du Maghreb sont introduites par les Atériens et sont appelées Oraniennes (également Ibéromaurusienne). Ces industries semblent être apparues vers 15 000 ans av. J.-C. aux alentours d'Oran, dans l'Ouest algérien, avant de se propager sur toute la côte maghrébine durant les cinq millénaires qui ont suivi[9].

Néolithique

L'Atérien disparaît vers 7 500 av. J.-C., lors de la révolution néolithique. L'Homme de Néandertal a longtemps été considéré comme l'auteur de l'Atérien mais cette espèce est désormais perçue comme exclusivement eurasiatique. Il est probable que des Homo sapiens archaïques aient produit les outils atériens[10].

Avec la révolution néolithique apparaissent des sociétés sédentaires qui produisent leur nourriture grâce à l'agriculture et à la domestication. En Algérie, cette révolution débouche sur la civilisation capsienne[11],[12].

Protohistoire (-7500 à -2000 ans)

Articles détaillés : Atérien et Protohistoire de l'Algérie.

La civilisation capsienne : (-7500 à –2000)

Peintures rupestres au Tassili n'Ajjer

La civilisation capsienne, ancêtre des Berbères[13], apparaît avec la révolution du Néolithique entre 9 000 et 7 500 av. J.-C. et dure jusqu'à l'apparition de l'âge du fer vers 2000 av. J.-C. Les Capsiens, ancêtres directs des Numides Berbères, apparaissent dans le sud constantinois d'abord, avant de se répandre dans l'ensemble du Maghreb. Les Capsiens qui habitaient des campements faits de huttes et de branchages[14] s'installaient généralement sur des sites à proximité d'un oued ou d'un col montagneux. À cette époque la plupart du Maghreb ressemblait à une savane, comme en Afrique de l'Est aujourd'hui, avec des forêts méditerranéennes uniquement en haute altitude[15].

Les Capsiens furent les premiers au Maghreb à domestiquer les ovicapridés et les bovidés [16]. Ils étaient considérés comme les premiers artistes du Maghreb, ils fabriquèrent divers objets, y compris des objets d'art décoratifs et des bijoux, tels que des colliers à partir de coquillages marins et diverses peintures abstraites et figuratives[14]. Les Capsiens se nourrissaient d'ovins et de bovins, ainsi que de produits agricoles, mais également d'escargots : En effet de vastes dépôts de coquilles vides d'escargots datant de l'époque capsienne furent retrouvés, notamment à Mechta Sidi El Arbi dans la wilaya de Constantine. Du point de vue anatomique les Capsiens étaient composés de 2 types ethniques : les Mechta Afala (Mechtoïdes) et les Proto méditerranéens dont certains pensent qu'ils auraient émigré de l'est, ces derniers assimileront les populations plus anciennes (les Mechtoïdes)[17].

Mechta el Arbi a été trouvé près de Constantine

La culture Capsienne est reconnue par les historiens linguistes comme l'ancêtre des langues berbères en Afrique du Nord, et la décoration de poterie capsienne est d'une grande ressemblance avec la décoration moderne de poterie berbère. Peu de choses sont connues de la religion des Capsiens. Toutefois, leurs pratiques funéraires (monticules de pierres, et de peintures figuratives) suggèrent que ces derniers croyaient en une vie après la mort[18].

Vers 3000 avant JC les Capsiens commencèrent à migrer au sud de l'Atlas tellien et s'installèrent au-delà de l'actuel Batna et progressivement jusqu'aux confins du Sahara qui se situait à l'époque plus au Sud, vers l'actuel Tamanrasset. Durant cette même période, le Sahara s'est rapidement asséché, devenant un désert extrêmement aride, comme on le connaît de nos jours. Le Maghreb n'ayant pas connu l'âge du bronze, à l'instar de toute l'Afrique, la civilisation capsienne survit jusqu'au début de l'âge du fer, avec l'apparition des fournaises vers 1500 avant JC. Cela dit, cette ancienne thèse du passage direct à l'âge du fer a été abandonnée, avec la découverte de représentations d'armes métalliques sur les gravures rupestres du Haut Atlas marocain[19]. Les Capsiens ayant migré au Sahara laissent derrière eux des peintures rupestres magnifiques comme celles du Tassili N'adjjer datant de la période -5000 à –1500 ou celles de la région d'El-Bayadh et témoignant du mode de vie, de la chasse, de l'agriculture et des rites capsiens, ainsi que de l'assèchement progressif du Sahara qui commença à partir de 2600 avant JC[20] et coïncida avec leur période. L'aridité du désert qui a suivi cette civilisation a permis de conserver naturellement ces œuvres dans des musées à ciel ouvert et cela à travers plusieurs millénaires. Aujourd'hui, le contraste entre la luxuriance de la faune peinte sur ces peintures et l'aridité actuelle du désert du Sahara renforce encore leur attrait historique et artistique. Malheureusement, ces peintures sont de nos jours menacées par la fréquentation touristique des sites rupestres du Sahara et les dégradations qui en découlent[21].

Antiquité (-1250 à l'an 250)

L'histoire de l'Algérie dans l'Antiquité est marquée par l'émergence des royaumes de l'Âge de Fer qui s'étalent sur une période d'environ 1500 ans. Ces royaumes sont d'abord les Gétules au sud du pays, et la fondation des comptoirs Phéniciens au Nord, ensuite les Garamantes et finalement les Numides.

L'islamisation et l'ère des dynasties berbères et arabes

Période : islamisation de l'Algérie (647 à 776)

Article détaillé : Histoire des Aurès.

Ibn Khaldoun dresse un tableau qui résume presque toutes les dynasties importantes en Algérie au Moyen Âge[22],[23].

Califat omeyyade (647 à 743)

Articles détaillés : Omeyades et Conquista.
Étendue maximale du califat omeyyade, allié des Zénètes

La Berbérie, comme elle l'avait été jadis au cours de la période punique, se retrouve rattachée à l'Orient. L'Islam éteint ce flambeau du monde occidental et du christianisme[24]. Les Berbères s'enfuirent massivement à l'arrivée de l'Islam[25] en se réfugiant en Sicile[26].

La chute de Rome, puis des Vandales, et l'instabilité durant la période byzantine entraînent la reconstitution de plusieurs principautés berbères. Certaines, notamment dans les Aurès, vont résister à l'arrivée des musulmans entre 670 et 702.

Les figures les plus connues de ce conflit furent le roi chrétien Koceila, qui vainquit Oqba Ibn Nafaa en 689, près de Biskra, puis la reine guerrière Kahena (de son vrai nom Dihya) qui, à la tête des Berbères (des Djerawas, des Banou Ifren de l'Aurès [27] et des Nefzaouas de Libye tripolitaine, ainsi que des Roums de la côte), infligea, en 693, à la bataille de la Meskiana, une sévère défaite au corps expéditionnaire arabe de l'émir Hassan Ibn Numan, qu'elle repoussa jusqu'en Tripolitaine. Mais elle perdit la bataille suivante en partie à cause de la trahison d'un jeune Arabe qu'elle avait adopté (Khaled) et en partie parce que ses hommes, voulant faire la politique de la terre brûlée pour décourager l'invasion, suscitèrent l'opposition des cultivateurs Roums qui passèrent du côté arabe. Kahena meurt au combat dans l'actuel Est algérien (Puits de Kahena, « Bir al Kahena »).

De nombreux Berbères se convertissent ensuite en masse à la religion musulmane. Certains adoptent même la langue des conquérants, surtout à l'est de l'Ifriqya. La conquête musulmane de l'Espagne et du sud de la France qui s'ensuivit fut menée par un contingent arabo-berbère qui comptait beaucoup de récents convertis, à commencer par son chef Tariq ibn Ziyad, qui donna son nom à la colline de Gibraltar (Djebel Tarik). Après un conflit avec le gouverneur du Maghreb Moussa Ibn Noçaïr, Tariq Ibn Ziad fut envoyé enchaîné au calife de Damas et il mourut en route. Quant à l'immigration arabe en Afrique du Nord, elle fut peu importante, sauf dans deux régions extérieures à l'Algérie, celle de Kairouan et celle de Tanger. Il s'y ajouta ultérieurement l'arrivée de tribus arabes bédouines nommées Hilaliens dans certaines régions du sud.

Kharidjisme Amazigh (736 à 947)

Article détaillé : Kharidjisme.

Les Imazighen ne tardent pas à se révolter contre l'autorité du calife d'Orient, autant pour des raisons fiscales que politiques. Plusieurs royaumes Amazigh autonomes font leur apparition. Dans le Maghreb central, l'un d'eux, la principauté de Tahert, se développe durant 140 ans. À la suite du grand schisme de l'islam, lorsque ʿAlī, gendre du prophète disputant le califat à Muawiya, accepta une transaction, à la suite de laquelle Muawiya fut vainqueur. L'islam se divisa alors en deux branches principales : les adeptes de la branche dominante prirent le nom de sunnites et ceux qui se réclamaient d'Ali devinrent les chiites. La branche qui prévalut en Afrique du Nord est le sunnisme.

Il n'en fut pas toujours ainsi puisqu'au moment du schisme, la branche chiite fut à son tour l'objet d'une scission : certains des partisans d'Ali lui reprochèrent d'avoir accepté le compromis avec Muawiya et 12 000 de ses hommes quittèrent son armée. Leur tendance prit le nom de kharidjisme. Le kharidjisme se développa par la suite avec une grande ampleur en Afrique du Nord, où il fut accueilli avec chaleur par de nombreux Imazighen. Leur révolte débuta à Tanger en 742.

Autre phénomène, le kharidjisme Amazigh sufrite et nekarite prit racine non seulement dans la ferveur religieuse, mais aussi dans le mécontentement populaire. Le kharidjisme Amazigh est fondé sur des élections pour désigner les chefs. Un grand désordre et des combats très violents ensanglantèrent l'Afrique du Nord. Ces massacres et ces dévastations entraînèrent, entre autres conséquences, la création des royaumes rostémide et plus tard idrisside, ainsi que l'arrivée au pouvoir de la dynastie chiite des Fatimides.

Quant au kharidjisme, il disparut entièrement de l'Afrique du Nord où il n'a subsisté que dans le Sud algérien, au Mzab. Les actuels originaires du Mzab, ou mozabites, exercent de nos jours, dans le reste de l'Algérie, les activités les plus pacifiques, contrastant particulièrement avec le goût pour le combat issu de leurs ancêtres.

Révolte berbère d'Abou Qurra (736 à 790)

Article détaillé : Abou Qurra.

Vers 736, Abou Qurra des Banou Ifren est élu comme roi des Banou Ifren et comme calife des Berbères kharidjites sufrites[23]. Abou Qurra rassemblera tous les Berbères sous son commandement. Abou Qurra part en guerre contre tous les régimes despotiques des Omeyades, des Fatimides et des Abbassides. Abou Qurra sort vainqueur de toutes les batailles. Il établira sa puissance dans tout le Maghreb. Il quitte sa fonction après que quelques divergences apparaissent entre lui et ses subordonnants. Abou Qurra retourne à Tlemcen et commande les Banou Ifren. Il invitera Idris à Tlemcen et s'efforcera à pacifier la région.

Période : Dynasties musulmanes berbères et arabes : (776 à 1556)

Dynastie rostémide (776 à 909)

Article détaillé : Rostémides.
Extension maximale du mouvement religieux kharidjiste qui donna le royaume rostémide de Tahert(776-909)

Ibn Rustom prend comme épouse une femme berbère des Banou Ifren et il aura des enfants[28]. Il fonde en 761[29] un royaume ibadite dans le nord du Maghreb avec Tahert pour capitale[30]. Celui-ci, comme l'émirat de Cordoue depuis sa création en 756[31], conserve son indépendance du califat des Abbassides, malgré les pressions diplomatiques et militaires ainsi que les pertes de territoires[29]. En 909, en proie à des crises intérieures, le chef chiite et fondateur de la dynastie des Fatimides, Obeïd Allah, mit fin au royaume rostémide[32].

Dynastie Idrisside 788 à 985

Article détaillé : Idrissides.

Idris prend comme épouse une berbère et aura un enfant, Idriss II. Deux versions des faits existent : la première est qu'Abou Qurra invite Idriss vers 790 à séjourner à Tlemcen[33]. La deuxième version est qu'Idriss regroupe ses alliés et fait une incursion à Tlemcen. Le chef des Maghraouas Mohamed Ibn Khazer fera allégeance à Idris vers 790. En somme, il n'y aura aucun combat entre Idris et les Zénètes[34].

Idris va combattre les kharidjites et les Aghlabides lorsqu'il prend pouvoir au Maghreb.

Dynastie Ifrenide de 790 à 1066

Article détaillé : Ifrenides.
Drapeau ifrenide
Dynastie Ifrenide (entre le VIIIe siècle[35]-1066[36])

La dynastie berbère des Ifrenides [22],[23] était anciennement établie dans leur royaume de Tlemcen. Les Banou Ifren font partie des Zénètes et ils sont la plus puissante des confédérations Zénètes[23].

Les Banou Ifren survivront à toutes les attaques. Une partie d'entre eux conquit le Maghreb el Aqsa (actuel Maroc), et d'autres s'installent en Al-Andalus. Le reste de cette dynastie gardera son royaume ancestral à Tlemcen[23]. Les Banou Ifren seront des opposants à tous les régimes idéologiques. Ils choisiront d'être sufrites berbères, au début VIIIe siècle. Au Xe siècle, Abu Yazid, vers 942 sera le chef de la révolte contre les Fatimides. Mais, vers 947, il sera tué. Dès lors, les Banou Ifren organiseront une lutte contre les Fatimides. Au début, les Fatimides refouleront une partie des Banou Ifren vers l'ouest de l'Algérie[23]. Une grande offensive sera organisée sous commandement de Yala Ibn Mohamed contre les Fatimides. Les Banou Ifrens reprendront leurs territoires grâce à Yala Ibn Mohamed, et contrôleront tout l'ouest du pays. Yala Ibn Mohamed détruit complètement Oran et choisit Ifgan comme capitale militaire. Les Fatimides feront ensuite alliance avec les Banou Ifren[23].

Par la suite, la capitale des Banou Ifren sera saccagée par Jawhar al-Siqilli, le fatimide. Ce dernier tuera Yala Ibn Mohamed par traîtrise. Une grande révolte éclate aussitôt contre les Fatimides. Les Zénètes reprennent leurs territoires grâce à Ziri Ibn Attia des Maghraouas. Ziri Ibn Attia s'allie avec les chefs des Banou Ifren. Plusieurs chefs des Banou Ifrens vont gouverner la tribu et vont envahir le Maghreb el Aksa[23].

Des luttes acharnées entre les trois dynasties (Maghraouas, Ifrenides et Zirides) débutent pour le pouvoir du Maghreb. Il en ressort que les Banou Ifren ne céderont pas face aux deux dynasties et Tlemcen reste leur capitale. La dynastie Banou Ifren s'achève dès l'arrivée des Hilaliens et des Almoravides au Maghreb [23].

Dynastie Aghlabide 800 à 909

Articles détaillés : Aghlabides et Histoire de la Tunisie.
Aghlabides vers l'an 820 de l'ère chrétienne, apparition des Rostémides en 776.

En 800, le calife abbasside Haroun ar-Rachid délègue son pouvoir en Ifriqiya à un gouverneur arabe du Zab, Ibrahim ibn Al-Aghlab, qui obtient le titre d'émir[37].

Al-Aghlab établit la dynastie des Aghlabides, qui règne durant un siècle sur le Maghreb central et oriental. Le territoire bénéficie d’une indépendance formelle tout en reconnaissant la souveraineté abbasside.

Par la suite, les émirs aghlabides continuent de prêter allégeance au calife abbasside.

Dynastie Fatimide (909 à 972)

Article détaillé : Fatimides.

L'origine de la dynastie fatimide chiite remonte au Xe siècle, où, entre 909 et 1171, Ubayd Allah al-Mahdi, un chiite ismaélien originaire de Syrie, s'installe en Kabylie en fondant un califat dissident des Abbassides de Bagdad.

Ubayd Allah al-Mahdi, dont le surnom Al-Mahdi (مهدي), signifie « celui qui est guidé (par Dieu)», se targuait alors d'être un descendant indirect du prophète Mahomet, par sa fille Fatima Zahra, et son gendre Ali ibn Abi Talib. Les sunnites, qui contestaient notamment cette assertion, furent persécutés sous le joug des Fatimides. Les historiens sunnites gardent d'ailleurs trace de cette dynastie sous un nom différent, celui d'« Ubaydites ».

Le calife, lors d'un séjour à Sijilmassa au Maroc, foyer du kharidjisme, fut capturé par les Berbères zénètes. Des dai qarmates furent alors dépêchés comme émissaires par Ismaïl ben Jafar auprès de tribus berbères pour tenter de négocier leur soutien et de libérer leur leader. La tribu Kutama accepta de se rallier aux Fatimides, ce qui conduisit à la libération d'Al Mahdi. Une fois libéré il recruta avec les Kutama de nouveaux combattants berbères, aboutissant à la conquête de l'Ifriqiya des Aghlabides, et à l'extension de l'influence de la dynastie sur une grande partie du Maghreb.

Les Zénètes néanmoins ne leur laissèrent pas pour autant champ libre : à l'apogée d'une période de remous sur fond de rébellion des Kharijites, les tribus berbères zénètes d'Abu Yazid[38] parviendront en 944, à défaire l'armée fatimide et à s'emparer de Kairouan.

C'est alors que les Zirides, alliés des Fatimides, arrivent à point nommé à la rescousse des chiites : le chef berbère Ziri ibn Manad, ayant réuni sous son autorité les tribus Sanhadja, met en déroute les tribus Zénètes et sauve l'empire Fatimide. Il y gagnera le poste de gouverneur du Maghreb central comme récompense de sa fidélité.

Peu à peu, l'armée affaiblie des Fatimides se recompose, puisant toujours ses forces chez les Kutamas, mais aussi désormais en Perse et en Syrie, d'où les mercenaires affluent. Ils parviendront finalement à se ré-imposer en maîtres du Maghreb occidental, avant de tourner leur effort armé vers l'Orient, pour aboutir à la conquête de l'Égypte en 969.

À partir de ce moment, les Fatimides commencèrent à se désintéresser de leurs terres d'origine, les laissant au fur et à mesure tomber aux mains des Zirides, à tel point qu'en 1060 la dynastie n'avait plus pour territoire que l'Égypte.

Dynastie Maghraoua de 970 à 1068

Article détaillé : Maghraoua.

Les Maghraouas étant une tribu Zénète, ils avaient leur royaume dans le Chlef actuel. Les Maghraouas vont s'allier aux Fatimides puis aux Omeyades, mais ils finiront par former une dynastie indépendante [22],[23] qui aura comme capitale Oujda. Les Maghraouas, grâce à Ziri Ibn Attia, prendront les principales villes de l'ouest : (Tlemcen, Tiaret) et les Zibans. Les Maghraouas envahiront la partie nord, le Maghreb el Aqsa (actuel Maroc), et choisiront Fès comme capitale. Les Maghraouas prendront la place des Idrissides. Yeddou des Banou Ifren organisera une opération de renversement et essayera de prendre le pouvoir de tout l'ouest du Maghreb des mains des Maghraouas. Yeddou réussira à prendre Fès aux Maghraouas. Les deux dynasties Zénètes se feront la guerre. Plusieurs chefs des Maghraouas vont commander la dynastie jusqu'à sa chute vers 1068[23].

Dynastie Ziride : (972 à 1152)

Article détaillé : Zirides.
Extension maximale de la dynastie Ziride

La dynastie Ziride[39], fondée par Bologhine ibn Ziri, fils de Ziri ibn Menad originaire de ces tribus berbères Sanhadjas, a régné sur l'Ifriqiya et une partie d'al-Andalus, pendant environ deux siècles, avec successivement Achir, Kairouan puis Mahdia pour capitales[40].

En 1046, alors vassaux des Fatimides, les Zirides rompent totalement leurs relations ; en reconnaissant les Abbassides de Bagdad comme califes légitimes, les Zirides montrent ouvertement aux Fatimides qu'ils abandonnent le chiisme. Pour réprimer les Zirides, les Fatimides envoient en 1052 les Hilaliens qui détruisent Kairouan en 1057. Mahdia devient alors la nouvelle capitale de l'empire.

Les Hilaliens dévastaient le pays berbère, ce qui repoussa des Zirides en al-Andalus qui ravirent la taifa de Grenade.

Une ramification de la famille règne sur Grenade jusqu'en 1090. Cette taifa fut la première forme du Royaume de Grenade qui put se maintenir pendant un siècle dans le contexte de guerres larvées faisant suite à la fin du Califat occidental. Leur forteresse, bâtie sur l'Albaicín de la médina primitive, est le premier refuge des Nazaris. Ces derniers ont plus de temps pour laisser leur empreinte sur le pays entourant Grenade.

Le dernier prince Ziride meurt en 1048, cependant c'est en 1152, en Algérie, que les derniers Zirides cèdent face aux Almohades.

Dynastie Hammadide (1014 à 1152)

Article détaillé : Hammadides.
Kalaa des Beni Hammad

La dynastie Hammadide[41], une branche des Zirides puisque son fondateur Hammad Ibn Bologhine est le fils de Bologhine ibn Ziri, a gouverné sur un territoire correspondant à peu près à l'actuelle Algérie (hors Sahara) durant un siècle et demi.

Hammad Ibn Bologhine fonda la dynastie en 1014 en se déclarant indépendant des Zirides, et en reconnaissant la légitimité des califes Abbassides de Bagdad. Un cessez-le-feu est conclu en 1016, mais ce n'est qu'en 1018 que les Zirides reconnaissent l'autorité des Hammadides.

Leur capitale est dans un premier temps Al-Qala, (la Kalaa des Beni Hammad) quand, menacée par les Hilaliens, elle devient Béjaïa.

Les incursions des Hilaliens, à partir de 1052, affaiblissent grandement la dynastie jusqu'à ce qu'elle soit définitivement vaincue à l'arrivée des Almohades.

Migrations hilaliennes (1052 à 1152)

Article détaillé : Hilaliens.

À la suite de la rupture avec les Zirides et dans le but de les punir, les Fatimides envoient les Hilaliens, confédération de tribus venues en majorité d'Égypte.

Les Hilaliens, par vagues successives, menaient des incursions dans les grandes villes, pillant puis détruisant tout sur leur passage. Leur nombre ne dépassant pas quelques dizaines de milliers de personnes selon les écrits et études d'Ibn Khaldoun, ils étaient cependant alliés avec les Hammadides, ce qui permet la destruction des Ifrenides[42].

D'autres sources parlent d'une immigration massive (pour l'époque concernée) de plus de 200 000 bédouins arabes [43].

Cette vague d'immigration arabe est souvent citée comme exemple dans les mouvements continentaux de populations prémodernes.

On aurait tort d’imaginer l’arrivée de ces tribus comme une armée en marche occupant méticuleusement le terrain et combattant dans une guerre sans merci les Zirides, puis leurs cousins, les Hammadites, qui avaient organisé un royaume distinct en Algérie. Il serait faux également de croire qu’il y eut entre Arabes envahisseurs et Berbères une confrontation totale, de type racial ou national. Les tribus qui pénètrent au Maghreb occupent le pays ouvert, regroupent leurs forces pour s’emparer des villes qu’elles pillent systématiquement, puis se dispersent à nouveau, portant plus loin pillage et désolation [44].

Les princes berbères, Zirides, Hammadites, plus tard Almohades, et Mérinides, n’hésitent pas à utiliser la force militaire, toujours disponible, que constituent ces nomades qui, de proche en proche, pénètrent ainsi plus avant dans les campagnes maghrébines.

Dès l’arrivée des Arabes bédouins, les souverains berbères songent à utiliser cette force nouvelle dans leurs luttes intestines. Ainsi, loin de s’inquiéter de la péné­tration des Hilaliens, le sultan ziride recherche leur alliance pour combattre ses cousins hammadides et offre honteusement une de ses filles en mariage au cheikh des Ryâh, ce qui n’empêche pas ces mêmes Arabes de battre par deux fois, en 1050 à Haïdra et en 1052 à Kairouan, les armées zirides et d’envahir l’Ifriqîya, bientôt entièrement soumise à l’anarchie. Parallèlement, les berbères Hammadides obtiennent le concours des Athbej qui combattent leur cousin Ryâh, comme eux-mêmes luttent contre leurs cousins zirides dans un enchevêtrement de trahisons et luttes fratricides entre les groupes de même ethnie.

En 1152, un siècle après l’arrivée des premiers contingents bédouins, les Béni Hilal se regroupent pour faire face à la puissance grandissante des Almohades, maîtres du Maghreb el-Aqsa et de la plus grande partie du Maghreb central, mais il est trop tard et ils sont écrasés à la bataille de Sétif. Paradoxalement, cette défaite n’entrave pas leur expansion, elle en modifie seulement le processus. Les Almoha­des, successeurs d’Abd el-Moumen, n’hésitent pas à utiliser leurs contingents et, fait plus grave de conséquences, ils ordonnent la déportation de nombreuses fractions Ryâh, Athbej et Djochem dans diverses provinces du Maghreb el-Aqsa, dans le Haouz et les plaines atlantiques qui sont ainsi arabisés linguistiquement et culturellement[44].

Dynastie Almoravide (1063 à 1102)

Articles détaillés : Almoravides et Art almoravide et almohade.
Empire Almoravide

Les Almoravides [45](en arabe al-Murābitūn, المرابطون) sont une dynastie berbère, en provenance du Sahara, qui régna sur le Sahara, une partie du Maghreb et une grande partie de la péninsule Ibérique (al-Andalus) (fin XIe siècle–début XIIe siècle).

C'est Yahya Ibn Ibrahim qui, en islamisant en 1035 sa tribu berbère, donne naissance à une communauté religieuse militaire qui sera à l'origine de la dynastie almoravide, mais c'est souvent Abdallah Ibn Yasin qui est considéré comme le père spirituel de ce mouvement. À la tête d'une armée de plus en plus impressionnante, il convertit par la force ses voisins, profitant du prétexte pour agrandir son influence territoriale. Dès 1054, il part à la conquête de l'empire du Ghana.

Le successeur d'Abdallah Ibn Yasin, Abu Bakr Ibn Omar est considéré comme le premier souverain almoravide. C'est lui, qui, aux alentours de 1070, fondera la ville de Marrakech, avant de repartir au Ghana prendre sa capitale en 1076. Les souverains suivants continueront la politique agressive de conquête militaire et religieuse menée jusque-là, menant à la prise de Fès et de Tlemcen en 1075 et 1080. En 1086, avec les princes arabes d'Espagne, les Almoravides infligent une sévère défaite à Alphonse VI de Castille durant la Bataille de Sagrajas. Marrakech est alors la capitale d'un empire immense, du Niger au Tage. C'est l'apogée des Almoravides qui mènent l'une des plus grandes puissances méditerranéennes mais aussi africaines.

Youssef Ibn Tachfin attaque les Banou Ifren et les Maghraoua et tous les Zénètes. Il prend Salé des mains des Ifrenides et il tue Laghouat. Youssef Ibn Tachfin se marie avec une Zénète Nefouza, dite Zaineb (ex femme de Laghouat), et poursuit les conquêtes almoravides au nord, prenant Fès en 1075, et Tlemcen en 1080, et fondant le Royaume de Tlemcen, qui englobait le Maroc actuel et une partie de l'Algérie occidentale jusqu'à Béjaîa (environ de Tessala[46]). Les Almoravides seront battus par Al Mansour de Béjaïa en 1102[46] et ils seront contraints de se retirer au Maghreb el aksa (actuel Maroc).

Certaines sources indiquent aussi que les Almoravides prennent Tlemcen des Ifrenides et Alger (Icosium) [47]. D'autres sources signalent que les Almoravides s'arrêtent aux bornes des Zirides et aussi des Hammadides[48].

D'autres sources, enfin, soutiennent que les Almoravides, vaincus par les Hammadides, délaissent Tlemcen, Achir en 1002[49]. Selon d'autres auteurs, Tessala est près de Tlemcen. Ainsi En Nacer ben Alennas des Hammadides prend le pouvoir à son cousin Bouloughine et, en le tuant, reprend Achir, N'Gaous, Miliana, Constantine, Alger, Hamza en 1063[50].

Mais l'empire almoravide est fragilisé par la résistance des princes chrétiens et surtout par l'agitation des Almohades, adversaires du malékisme, qui prêchaient la guerre sainte contre les Almoravides. En 1142, l'agitation almohade est à son comble et les territoires d'Al-Andalus se morcellent. L'empire almoravide, de plus en plus fragmenté, subit une défaite face aux Almohades près d'Oran. La prise de Marrakech par les Almohades en 1147 marque la fin de l'empire des Almoravides.

Dynastie Almohade (1152 à 1247)

Articles détaillés : Almohades et Art almoravide et almohade.
Empire Almohade entre 1147 et 1269 (Apr JC)
Drapeau des armées Almohades

Le mouvement almohade[51] est composé de Masmoudas et de Zénètes, il est né en réaction à l'autorité malékiste en place, à savoir les Almoravides. De la même façon qu'était née la dynastie régnante, les dissidents exilés dans le Haut Atlas commencèrent par créer une communauté militaire et religieuse, dans les années 1120. L'opposition au pouvoir grandit, et leurs forces s'en voient renforcées. La guerre, inévitable, éclate, et Tlemcen, Fès, puis Marrakech tombent, annonçant la disparition des Almoravides en 1147. Au fur et à mesure des années et des différents règnes, les Almohades vont agrandir leur royaume, et finir par unifier tout le Maghreb et le sud de l'Al-Andalus pendant un demi-siècle.

En 1212, lors de la bataille de Las Navas de Tolosa, ils subissent une importante défaite face aux armées chrétiennes de la péninsule Ibérique, mettant fin au mythe de l'invincibilité musulmane. Au Maghreb, des dynasties locales s'imposent, comme les Hafsides dans l'Ifriqiya et l'Est algérien en 1230, les Abdalwadides dans le Maghreb central en 1235 ou encore les Mérinides en 1258 dans le Maghreb occidental[52]. Alors qu'en Al-Andalus, les Nasrides de Grenade créent un royaume indépendant en 1238[53]. Dans le même temps, la Reconquista progresse, Cordoue, la ville symbole de l'islam ibérique, tombe en 1236, Valence en 1238, Séville en 1248. Les Mérinides mettent fin à l'empire Almohade, en 1269, par la prise de Marrakech.

Dynastie Hafside (1230 à 1574)

Articles détaillés : Hafsides et Art hafside, zianide et mérinide.
Étendard des territoires sous contrôle hafside

Les Hafsides (الحفصيّون) sont une dynastie berbère Masmouda [54] régnera sur l'Ifriqiya durant plus de trois siècles.

D'abord alliée et vassale des Almohades, la dynastie se proclame indépendante en 1230. Elle est alors divisée entre deux capitales Béjaïa et Tunis. Tout au long du XIVe siècle, l'empire alors unifié par Abu Yahya Abu Bakr al-Mutawakkil, subit des réorganisations en deux, voire trois États, car de nombreuses révoltes internes rendent l'empire instable. C'est au XVe siècle, sous Muhammad IV al-Mutansir, que la dynastie connaît son apogée, les hafsides contrôlent alors un territoire qui s'étend de l'est de l'Algérie à partir d'Alger jusqu'au nord-ouest de la Libye à Tripoli.

Au XVIe siècle, l'empire, de nouveau grandement affaibli par des luttes internes, subit les attaques des Espagnols qui débarquent sur les villes côtières comme Béjaïa, et des Turcs.

Dynastie Zianide (1235 à 1556)

Articles détaillés : Zianides et Art hafside, zianide et mérinide.
Carte des État méditerranéens au XIVe siècle[55]
Drapeau zianide[56],[Note 1]

Les Zianides ( الزيانيون en arabe), aussi appelés Abdalwadides, sont une dynastie berbère zénète ayant régné depuis Tlemcen, de 1235 à 1556, fondée par Yghomracen Ibn Zyan et dont l'étendue du Royaume préfigurait une partie de l'actuelle l'Algérie.

Les Abdalwadides[57], furent refoulés vers les hautes plaines d'Oranie par l'invasion des Hilaliens en 1051. Nommés gouverneurs de Tilimsen par les Almohades, ils s'arrogèrent un pouvoir autonome, contribuant ainsi à la chute de ceux-ci. Ils tombèrent plus tard sous la domination de leurs rivaux, les Mérinides de Fès (de 1337 à 1348 et de 1352 à 1359)[58], puis sous suzeraineté Hafside (fin du XVe siècle), mais ils réussiront à se faire un État et à vaincre les Mérinides. Les Zianides sont vaincus par les Ottomans en 1556.

Dynastie Mérinide (1258 à 1465)

Articles détaillés : Mérinides et Art hafside, zianide et mérinide.
Royaume Mérinide à son extension maximale (1347-1348)[59]
Emblème de la dynastie mérinide

Les Mérinides ou Marinides (مرينيون [marīnīyūn]) ou Banû Marin ou Bénî Marin (بنو مرين [banū marīn]) forment une dynastie de berbères appartenant au groupe des Zénètes.

Selon Ibn Khaldoun, les Banu Marin, tout comme les Zianides, seraient d’origine zénète, issus de la tribu des Wassin[60].

Établis dans le sud des Aurès (région de Biskra, Algérie), les Banu Marin furent peu à peu, dès le XIe siècle, poussés vers l'Ouest par l'arrivée des tribus arabes des Banu Hilal. Au moment où Abd al-Mumin conquit sont empire, ils étaient établis dans les hautes plaines de l'Oranie[61]. Les Mérinides dominent, entre 1258 et 1465[58], diverses régions de l'actuel Maroc et imposent durant une année leur pouvoir sur une partie du Maghreb[62]. Le centre de leur royaume se situe entre Taza et Fès, ses frontières, qui évoluent avec le temps, sont l’océan Atlantique à l’ouest, la mer Méditerranée au nord, le domaine des Zianides à l’Est, et le Sahara au sud.

Entre 1275 et 1340, les Mérinides tentent de prendre le royaume nasride qu'était alors allié du royaume zianide[63]. Leur défaite à la bataille de Tarifa devant la coalition castillano-portugaise marque la fin de leurs interventions dans la péninsule Ibérique.

En 1358, la mort d’Abu Inan Faris, tué par l'un de ses vizirs marque le début de la décadence de la dynastie qui ne parvient pas à refouler les Portugais et les Espagnols, leur permettant, ainsi qu'à travers leurs continuateurs les Wattassides, de s'installer sur la côte. La résistance s'organisera autour des confréries et des marabouts dont est issue la future dynastie saadienne de la vallée du Draâ.

L'arrivée des Andalous et des Morisques

Armée chrétienne composée d'autant de chrétiens que de Berbères[réf. nécessaire]

Les musulmans ont régné près de huit siècles (de 711 à 1492) en Andalousie. Une tête de pont musulmane s'est maintenue durant une période en Provence dans le massif des Maures et à Ramatuelle, dans le Sud de la France, jusqu'à la fin du Xe siècle[64]. La Sicile fut également sous domination musulmane pendant près de 250 ans, et la majeure partie de ses habitants se convertirent à l’islam jusqu’à ce que les armées chrétiennes et normandes ne récupèrent l’île, fondant le royaume de Sicile[65].

Boabdil remettant les clés de Grenade à Ferdinand et Isabelle (Tableau de Francisco Pradilla y Ortiz)

Plusieurs dynasties berbères sont intervenues dans l'histoire d'Al-Andalus: Ifrenides, Zirides, Hammadides, Almoravides, Almohades, Zianides et Mérinides.

Les Rois Catholiques vont achever la Reconquista en 1492. Une partie des Juifs se réfugiera en Afrique du Nord, une autre émigrera vers l'Empire ottoman. À partir de cette date, les Espagnols vont diffuser la culture maure en Amérique (les techniques d'irrigation, le sucre, le café, etc.)[66]

Débarquement des Morisques au port d'Oran (1613, Vicente Mestre), Fundación Bancaja de Valencia

L'arrivée des Al-Andalus et des Mudéjars coïncidera avec la progression de la Reconquista jusqu'à son achèvement. Après 1502, tous les musulmans qui arriveront en Algérie seront appelés Morisques (Moriscos), ces derniers seront définitivement expulsés de la péninsule Ibérique à partir de 1609 sous Philippe III, à la suite du décret d'expulsion des Morisques[67]. Une partie d'entre eux s'installera ailleurs en Europe, plusieurs se convertirent aux christianisme, le reste se réfugiera en Afrique du Nord[67].

Ainsi dans cet état de fait, des milliers de familles viennent d'Espagne et de Sicile en Afrique du Nord. Ils viennent en masse dans les villes de nord du pays, dont : Oran, Tlemcen, Nedroma, Mostaganem, Cherchell, Blida, Alger, Koléa, etc. [68],[69] Ces grandes familles, qui ont fait tout ce qu'elles pouvaient pour rester dans leur pays d'origine, sont forcées à vivre dans une terre qui leur est tout à fait inconnue. Leur apport sera très important dans la société, la culture sera au premier plan, ainsi que la construction des villes et l'économie. Ces familles vont changer pour beaucoup le décor de la scène sociale de l'époque[70].

L'occupation espagnole au XVIe siècle

Articles détaillés : Histoire de l'Algérie et Histoire de l'Espagne.

Au mois de juillet 1501, les Portugais lancent une expédition pour tenter d'accoster sur la plage des Andalouses[71]. Il faudra attendre le débarquement de Mers-el-Kébir, en 1505, pour voir l'Espagne s'engager dans la première expédition organisée contre Oran. La cité comptait alors environ 25 000 habitants. La prise de la ville par l'armée du cardinal Francisco Jiménez de Cisneros, commandée par Pedro Navarro, eut lieu le 17 mai 1509. Après l’occupation du port de Mers-el-Kébir (1505), et celui de la ville d’Oran (1509), la ville fut désertée, puis totalement occupée par les troupes espagnoles. Dès 1509, le Cardinal Ximenes entreprit la construction sur les ruines de la mosquée Ibn El Beitar de l'église Saint-Louis, qui domine la vieille ville des deux côtés. En 1554, le gouverneur comte d'Alcaudete fit alliance avec le sultan marocain Mohammed ech-Cheikh contre les Turcs alors installés à Alger, et parvint à maintenir encore la présence espagnole. Les Espagnols procédèrent à des travaux de restauration de la forteresse destinée à loger les gouverneurs de la ville. « Les fortifications de la place se composaient d'une enceinte continue, surmontée de fortes tours espacées entre elles, du château proprement dit, ou casbah ». Le gouverneur espagnol « établira son quartier général dans ce donjon »[72]. Longues de plus de deux kilomètres et demi, ces fortifications comprenaient de nombreux forts, bastions et tours-

vigies. Au XVIe siècle, les Espagnols font ainsi d’Oran une place forte et construisent une prison sur un éperon rocheux près de la rade de Mers El Kebir. Ce lieu était peuplé par de nombreux singes (los monos en espagnol) qui donnèrent son nom à la forteresse. Les déportés espagnols enfermés à La Mona pouvaient apercevoir leur famille une fois par an, le dimanche de Pâques. La mona était le nom du gâteau qu’emportaient avec eux les pèlerins à la Vierge et les visiteurs au Murdjajo. En 1563, Don Álvarez de Bazán y Silva, marquis de Santa-Cruz, fit construire au sommet du pic de l'Aïdour le fort de Santa-Cruz. En 1568, Don Juan d’Autriche visita Mers-el-Kébir puis Oran. Les juifs d’Oran n’eurent pas la vie facile avec les Espagnols, considérés comme des ennemis de la religion. Les juifs qui habitaient Ras El Ain et le Ravin Blanc furent expulsés hors d’Oran par les Espagnols à partir de 1669 et durent habiter la montagne de La Corniche Supérieure (Misserghin). Malgré ces fortifications, la ville était l'objet d'incessantes attaques jusqu'au pied même des remparts. En 1701, Le Rozalcazar, ou Bordj Lahmar, ou encore Château Neuf, était considéré comme la plus grande des fortifications de la ville d’Oran. C'est ainsi qu'en 1707, Moulay Ismaïl, sultan du Maroc ayant tenté d'en forcer la défense, vit son armée décimée. La ville, dès lors, connaît une croissance continue : il lui faut gagner de l'espace et de l'air au-delà des remparts. La démolition des murailles est menée à bien sur plusieurs années. C'était en cette période que les Espagnols s'enferment à l’intérieur du fort, par manque de ravitaillement, se nourrissant pour la première fois de la fameuse calentica (en Espagnol, caliente veut dire chaud) ou Garantita. En 1770, Oran est une ville de 532 maisons particulières et 42 édifices, une population de 2 317 bourgeois et 2 821 déportés libres se livrent au négoce. Sous le roi d’Espagne, Carlos III et les partisans de la conservation de la ville s’affrontent. Entre 1780 et 1783, le ministre Floridablanca proposa a l’Angleterre d’échanger Oran contre Gibraltar.

En 1510, Ferdinand le Catholique attaque la ville d'Alger. Les Espagnols l'assiégèrent et bâtirent sur un îlot de la baie d'Alger une forteresse, le Peñón d'Alger, destinée à bombarder la ville et à empêcher son approvisionnement. Salem ben Toumi chef des Beni Mezghenna demande l'aide des Turcs[73].

Le fort de Santa Cruz à Oran

Pedro Navarro prend Béjaia en 1510[74] à 1555. Il y arrive le 5 janvier 1510 avec 5 000 hommes et attaque la ville. Abderrahmane oppose 10 000 soldats, qu'il lance immédiatement contre les Espagnols en cours de débarquement. En même temps, il les bombarde de la ville. L'assaut est néanmoins repoussé, grâce notamment à l'artillerie de marine. La riposte espagnole commence immédiatement, avec des bombardements maritimes et terrestres. L'essentiel de la bataille se déroule dans la ville. À la fin, Abderrahmane réussit à prendre la fuite et il y aura plusieurs morts. La renommée de Navarro et le récit de ses exploits militaires incitent les rois d'Alger, de Tunis et de Tlemcen à prêter l'hommage au roi d'Espagne et à libérer tous leurs prisonniers chrétiens. Cependant en 1514, grâce a une attaque combinée des Kabyles menée par Sidi Ahmed ou el Kadhi à la tête de 20 000 hommes et des Turcs par la mer, la ville de Bejaia sera temporairement libérée de la présence espagnole. Les Espagnols en seront ensuite définitivement expulsés en 1555 par les ottomans dirigés par Salah Raïs pacha.

Selon d'autres sources, Abdel Aziz fils du Saint Sidi Abderhamen (maître de la Kalaâ des Béni Abbès et fondateur de la Zaouia et descendant des Idrissides) fait sa soumission aux Espagnols. Il était opposé aux Zwawas (allié au royaume Koukou) par le passé[75]. Pedro Navarro fait construire le Fort Moussa à l'Est de Béjaia[76].

Époque moderne

Article détaillé : Époque moderne de l'Algérie.

Période ottomane (1515 à 1830)

La régence d'Alger forme avec celles de Tunis et de Tripoli le trio des « régences barbaresques », provinces de l'Empire ottoman (en rouge).
Soldats de la régence d'Alger

Régence d'Alger (1515 à 1830)

Article détaillé : Régence d'Alger.
Selim le Terrible
Carte maritime ottomane du XVIe siècle représentant la côte entre Alger et Bejaia

Selim Ier installe la Période de la Régence en 1515.

Gallion ottoman du XVIe siècle

1re version

Selim Ier installe la Période de la Régence en 1515.

À cette époque le territoire de l'actuelle Algérie était considérablement divisé. Au sud le sultanat de Touggourt était indépendant depuis 1414, tandis qu'au nord-ouest la région était gouvernée par les zianides, à l'exception de la ville d'Oran qui était gouvernée par les Espagnols depuis 1509. La conquête ottomane de la région d'Alger commença en 1518, et fut successivement gouvernée, pour le compte de l'Empire ottoman, par des beylerbeys (gouverneurs généraux) de 1518 à 1587, des pachas de 1587 à 1659, des aghas de 1659 à 1671 et des deys de 1671 à 1830.

La région de Constantine, conquise en 1525, prit une relative autonomie administrative par rapport à Alger en 1567 et fut administrée par des beys jusqu'à la conquête française le 13 octobre 1837. Du côté d'Oran, la province fut annexée à l'empire ottoman de 1708 à 1732, puis à partir de 1792. Enfin, une confédération targuie, les Kel Ahaggar, fut formée dans le Sahara algérien vers 1750, tomba sous suzeraineté française en 1903 et fut éliminée par l'Algérie en 1977.

2e version La conquête ottomane de la région d'Alger commença en 1518, et fut successivement gouvernée, pour le compte de l'Empire ottoman, par des beylerbeys (gouverneurs généraux) de 1518 à 1587, des pachas de 1587 à 1659, des aghas de 1659 à 1671 et des deys de 1671 à 1830.

En principe, l'autorité des ottomans s'étendait sur l'ensemble de la Régence d'Alger, c'est-à-dire le nord de l'Algérie actuelle. Mais en réalité celle-ci variait selon l'époque et les régions concernées. Ainsi des régions montagneuses comme laKabylie et ou les Aurès entraient à nombreuses reprises en révolte contre l'Autorité ottomane. À l'est de l'Algérie dans les Aurès, plusieurs tribus s'unissent et déclenchent des luttes contre les Ottomans. Cependant plusieurs luttes internes entre fractions Chaouis s'enflamment dans les zones montagneuses des Aurès. Les Ouled Daoud ainsi que plusieurs tribus empêcheront les Ottomans de pénétrer dans leurs territoires [77]. Saleh Bey tenta sans y parvenir de les soumettre en dirigeant contre eux une expédition [77]. En somme, la grande union des Chabias se divise, cela provoque l'indépendance de plusieurs tribus à l'égard des Ottomans entre le XVIIe siècle et le XVIIIe siècle[78].

Le royaume de Koukou[79] a duré pendant deux siècles[80]. Il a été fondé au XVIe siècle par Ahmed Belkadi, un des chefs kabyles qui a contribué à chasser les Espagnols de Bejaia avec l'aide des Turcs en mer. Sa capitale est Ait Ghabri. En 1520, Khayr ad-Din Barberousse décide de mener une expédition contre Ahmed Belkadi. La bataille aura lieu dans la plaine des Issers. La victoire des Kabyles sera sans équivoque et c’est avec beaucoup de chance que Khayr ad-Din Barberousse aura la vie sauve en ayant pris la fuite au bon moment. Victorieux, Ahmed Belkadi s’empare d’Alger et régnera sans difficulté jusqu’en 1527, date à laquelle Khayr ad-Din Barberousse le défait et rétablit son autorité à Alger avec l'aide Abd-el-Aziz, chef kabyle des Beni Abbas et rival de Belkadi En 1823 les Beni Abbas de Basse Kabylie entrèrent en révolte contre l'autorité de la Régence et coupèrent les voix de communications entre Alger et Constantine. Ce n'est qu'après plusieurs mois de combats que l'agha Yahia put négocier la soumission des tribus révoltées[81]

Époque des Beylerbeys : (1515 à 1587)

Articles détaillés : Siège d'Alger (1541) et Époque des beylerbeys.
Khayr ad-Din Barberousse, bey d'Algérie au XVIe siècle

Cette période est surtout marquée par la lutte de Charles Quint contre Soliman et son vassal Barberousse. Charles Quint réussit à prendre Tunis mais échoua à Alger à plusieurs reprises, dont l'attaque d'Alger en 1541. Pendant cette période, les trois règnes de Hassan Pacha ou « Hassan Barberousse », fils du fondateur de la régence, furent marqués par des interventions armées au Maroc et des tentatives de reprises d'Oran, avec comme épisode célèbre, la victoire sur le comte d'Alcaudete devant Mostaganem ainsi que l'aide décisive de l'artillerie de l'État d'Alger aux Saadiens lors de la bataille de Oued El Makhazine. Quant à Euldj Ali ou « Ali el Fartas » , il reprit Tunis aux Espagnols en 1574, après avoir participé au siège de Malte et avoir sauvé l'honneur de la flotte ottomane, à la bataille de Lépante, où il commandait l'aile gauche, la flotte d'Alger ; en outre, dans son intérêt, pour l'argent, et par ferveur religieuse, il fournit une aide humaine et matérielle aux Morisques d'Espagne, au moment de leur insurrection en Andalousie[82]. Ces deux Beylerbeys finirent grands amiraux de la flotte ottomane.

Époque des Pachas: (1587 à 1659)

Le sultan ottoman a choisi la durée du règne d'un pacha de 3 ans. Le premier était Dali Ahmed Pasha (1589-1582). Pendant ce règne les relations entre la France et l’Algérie ont connu une détérioration suite à son soutien aux Espagnols contre l'Algérie.

Époque des Aghas : (1659 à 1671 )

Les Aghas sont les officiers des forces terrestres, l'agha était nommé par le conseil. Cette période a connu une grande attaque de la France sur El Kala en 1663 et une autre sur Djidjel en 1664 mais toutes ont échoué.

Époque des Deys : (1671 à 1830)

Drapeau régimentaire utilisé sous la Régence d'Alger[83],[84],[Note 2]

Vers 1600, la milice turque de janissaires qui résidait à Alger, et qui avait été jusque là sous l'autorité d'un pacha envoyé de Constantinople, obtint du sultan la permission de se donner un dey, pour lui servir d'appui dans ses revendications contre les pachas gouverneurs.

C'est lors de cette période que se stabiliseront définitivement les frontières orientales et occidentales de la Régence, à la suite des victoires sur le sultan marocain Moulay Ismail de 1694. Moulay Ismail, qui venait parfois ravager l'ouest du territoire algérien, incita le Dey Chaâbane à déclarer la guerre à son voisin. Les Algériens se portèrent à cet effet sur la frontière où ils y rencontrèrent l’armée ennemie, et malgré l’infériorité de leur nombre, repoussèrent Moulay Ismail jusqu'à Fès[85]; après cette expédition, Chaâban dirigea cette même année ses forces contre Tunis, dont il finit par s’emparer après plusieurs assauts. Il imposa aux habitants une forte rançon, leur laissa pour gouverneur Hamed-ben-Chouquer, un de ses favoris, et revint à Alger avec de riches dépouilles[85]. Mais à peine eut-il quitté Tunis, que les habitants chassèrent Hamed-ben-Chouquer. En 1702, le bey de Tunis et le sultan marocain ne pouvant payer le tribut qui lui avait été imposé, s'entendirent pour envahir simultanément la Régence[85] ; le bey de Tunis fut d'abord vaincu puis le chérif marocain mis en déroute dans l'ouest algérien par le Dey Hadj Mustapha qui se fit le trophée du cheval de Moulay Ismail richement harnaché ; celui-ci fut par la suite offert au roi de France Louis XIV, par l'ambassadeur d'Alger[85].

Le pouvoir de ces chefs s'accrut rapidement ; enfin Baba-Ali, élu en 1710, déposa le pacha, et obtint du sultan Ahmet III l'investiture de la régence. Comme leur pouvoir était électif, les deys restèrent toujours à la merci des janissaires, qui les élevaient ou les déposaient à leur gré : on en vit six installés et assassinés le même jour (1732). Baba-Mohammed eut seul le privilège de régner 25 ans (1760-1791). Le dernier dey d'Alger, Husseïn, régnait depuis 12 ans au moment de la conquête française, en 1830.

Pendant ce temps, les puissances occidentales cherchent tous les moyens de se débarrasser de la prédation maritime et des réductions en esclavage de leurs ressortissants, problème toujours d'actualité au début du XIXe siècle. Les expéditions contre Alger se succèdent : expédition américaine de 1815 (en), expédition britano-hollandaise de Lord Exmouth en 1816. Ces opérations ponctuelles ont quelque effet (en particulier l'expédition anglaise permet de délivrer de nombreux esclaves), mais le corso reprend une fois les Occidentaux repartis. La conquête française de l'Algérie prend la suite de ces expéditions avec, en partie du moins, les mêmes motifs (faire cesser le corso), auxquels s'ajoute une volonté de conquête.

Zones géographiques non dominées par les Ottomans d'Alger de 1515 à 1830

Les Ottomans étaient incapables d'étendre leur autorité aux régions sahariennes. Le Sahara était l'axe principal aux échanges commerciaux entre l'Afrique noire et le nord.

La relation entre les Saadiens et les Ottomans se dégrade, cela amène Ahmad al Mansour à contrôler Gourara et Touat (région)[86]. Ensuite, Mulay M'hammed sultan saadien prend le pays de la Gourara avec l'aide des tribus locales. À l'arrivée du pouvoir des Alaouites, ces derniers abandonnent les régions du Sahara Gourara, Touat, etc. Alors les émirs locaux prennent en charge la gouvernance de leurs territoires. L'impôt était prélevé par les Caïds envoyés par les Alaouites, et celui qui ne voulait pas payer était emmené comme esclave[86].

À Ouargla, les habitants étaient gouvernés par l'autorité des Zaouïas [86].Les mouvements des Marabouts étaient fort implantés dans toutes les régions du sud et dans une partie des Aurès.

Au sud, le Sultanat de Touggourt prit son indépendance en 1414. À la constitution du Beylic de Constantine, Touggourt devient rapidement tributaire de celui-ci. Les refus récurrents des Sultans de Touggourt de s'acquitter du tribut imposé par les Turcs provoqua de nombreuses expéditions des autorités de la Régence à leur encontre (Salah Raïs en 1552, Salah-Bey 1788, Ahmed el Mamlouk en 1821) [87].

Enfin dans l'extrême sud, une confédération targuie, les Kel Ahaggar, fut formée dans le Sahara algérien vers l'année 1750.

Colonisation française (1830 à 1962)

Article détaillé : Algérie française.

Conquête de l'Algérie : 1830 à 1871

Les trois départements d'Algérie (Afrique Française) avant la conquête du Sahara.
Des esclaves chrétiens enchaînés et ferrés sont conduits par un « infidèle » à Alger. Scène à laquelle assiste le capitaine Walter Croker (HMS Wizard) en juillet 1815.

Cette période marque la fin de la domination ottomane et début de la domination française. D'abord nommés Possessions françaises dans le Nord de l'Afrique, que le maréchal Soult appelle Algérie en 1839[88], ces territoires prendront officiellement le nom d'Algérie, le 14 octobre 1839[89].

La population algérienne est estimée entre 1 et 3 millions d'habitants avant la conquête française de 1830[90]. Selon l'ouvrage Coloniser, exterminer de l'historien Olivier Le Cour Grandmaison:

« Le bilan de la guerre, presque ininterrompue entre 1830 et 1872, souligne son extrême violence ; il permet de prendre la mesure des massacres et des ravages commis par l'armée d'Afrique. En l'espace de quarante-deux ans, la population globale de l'Algérie est en effet passée de 3 millions d'habitants environ à 2.125.000 selon certaines estimations, soit une perte de 875.000 personnes, civiles pour l'essentiel [...] Le déclin démographique de l'« élément arabe » était considéré comme bénéfique sur le plan social et politique, car il réduisait avantageusement le déséquilibre numérique entre les « indigènes » et les colons[91]. »

Plusieurs observateurs s'accordent à dire que la conquête de l’Algérie a causé la disparition de presque un tiers de la population algérienne[92] ou son augmentation grâce à la médecine occidentale amenée par les Français[93]. Des méthodes singulières ont été utilisées, telles que les enfumades, les massacres de prisonniers et de civils, les razzias, les destructions de cultures et de villages - couramment employées par les militaires français[94]. Un nombre très important de bâtiments ont été détruits, cela dans l'objectif d'effacer l'identité culturelle et religieuse ainsi que dans le cadre d'« aménagements ». Dans un rapport adressé à Napoléon III, l’un des généraux français a résumé la détermination de l’administration française à combattre les institutions culturelles algériennes en disant : « Nous sommes tenus de créer des entraves aux écoles musulmanes... chaque fois que nous le pouvons... En d’autres termes, notre objectif doit être de détruire le peuple algérien matériellement et moralement »[95]. On peut citer les 349 zaouias détruites[96], ou les chef-d'œuvres architecturaux représentés par la mosquée d'Agadir fondée par Idriss en 790 et détruite en 1845 qui fut l'une des premières mosquées au Maghreb[97] et le Palais des souverains Zianides à Tlemcen[98].

Daniel Lefeuvre, dans son livre Pour en finir avec la repentance coloniale[99], conteste les chiffres des victimes de la conquête en avançant notamment que la différence de population entre 1830 et 1872, qui est d'environ 875 000 personnes, serait en partie due au fait que de 1861 à 1872 il y eut plusieurs crises sanitaires : invasions de sauterelles en 1866 et 1868 et un hiver très rigoureux (1867-1868) occasionnant une grave famine suivie d'épidémies (de choléra notamment). Mais selon Olivier Le Cour Grandmaison [100], la colonisation de l'Algérie s'est bien traduite par l'extermination du tiers de la population, dont les causes sont multiples, massacres, déportations, famines ou encore épidémies, mais étroitement liées entre elles.

Guy de Maupassant écrivait dans Au soleil (1884), récit de ses pérégrinations en terre algérienne notamment, parlant de la population autochtone: « Il est certain aussi que la population primitive disparaîtra peu à peu; il est indubitable que cette disparition sera fort utile à l'Algérie, mais il est révoltant qu'elle ait lieu dans les conditions où elle s'accomplit ».

L'installation des colons européens

Articles détaillés : Algérie française et Pieds-Noirs.
Les premiers colons sont les militaires français débarqués en 1830 et leurs familles. L'armée d'invasion devient armée d'occupation.

La chute de Napoléon III en 1870 est accueillie avec soulagement[Qui ?]; les colons vont pouvoir s'administrer eux-mêmes[réf. nécessaire]. L'annexion de l'Alsace-Lorraine entraîne un exode de population qui viendra s'établir en Algérie : plus de 500 000 hectares furent confisqués après la révolte de 1871 et attribués aux réfugiés. Le nombre des colons passe de 245 000 en 1872 à plus de 750 000 en 1914. De son côté les indigènes voient leur nombre passer de 2 000 000 à 5 000 000 grâce, en partie, à l'action sanitaire de la colonisation[101]. La communauté européenne et la communauté musulmane vivent ensemble mais sans se mélanger; les lois de la Troisième République ne font qu'accroître la division en séparant de plus en plus les Français d'Algérie et d'autre part les sujets français régis par un code spécifique. Le décret Crémieux en accordant aux juifs algériens le même statut que les Français d'Algérie divise les autochtones car les musulmans ne tenaient pas, dans un premier temps, à ce statut de citoyen français, surtout en raison de leur culture et religion. Plus tard, on accordera la citoyenneté française aux musulmans qui le demanderont expressément.

Sur 7 millions d'hectares de terres cultivables, la colonisation s'empara en un siècle de 2,9 millions d'hectares – lesquels étaient, aussi, les terres de meilleure qualité. Cette colonisation chassa des centaines de milliers de paysans, dépossédés, et devenus une armée errante de ruraux clochardisés.

Sous Charles X (1830)

En entreprenant cette expédition, Charles X cherche à la fois à redorer son blason en escarmouchant contre le dey[réf. nécessaire], et à débarrasser la Méditerranée des pirates barbaresques pour mettre fin au trafic d'esclaves chrétiens.

L'affaire de l'éventail (1827)
La Provence devant Alger, le 3 août 1829. Le bombardement du navire royal par les Ottomans durant le blocus naval est le casus belli de la prise d'Alger.

L'origine de la dernière querelle entre la France et la régence d'Alger remonte au Directoire. Des commerçants juifs de Livourne, installés à Alger au milieu du XVIIIe siècle, les Bacri et les Busnach, ont alors livré d'importantes quantités de grains pour nourrir les soldats participant avec Bonaparte (futur Napoléon Ier) à la campagne d'Italie. Bonaparte refuse de régler la facture qu'il juge excessive. En 1820, Louis XVIII éponge la moitié des dettes du Directoire. Le dey, créancier des Bacri pour 250 000 francs, exige de la France le versement de la somme destinée aux commerçants livournais. Comme il pense que la France n'a pas l'intention de rembourser le prêt, il se trouve déjà en froid avec le consul. Mais une affaire bien plus grave met le dey hors de lui : la France avait la concession d'un entrepôt commercial à La Calle, et par l'intermédiaire de son représentant Deval, s'était engagée à ne pas le fortifier. Or, elle a fortifié l'entrepôt ; lorsque le dey s'en rendit compte et qu'il demanda par écrit des explications au gouvernement français sans obtenir de réponse, il se contenta de demander des explications verbalement au consul de France qui choisit le parti de le prendre de haut. C'est alors que le dey s'emporta et eut un geste méprisant contre le consul de France au moyen de son chasse-mouche. Le 30 avril 1827, à Alger, le dey soufflette avec son éventail le consul de France, Deval. L'épisode entraîne la rupture diplomatique avec la France.

Le gouvernement de la restauration décide alors d'envahir l'Algérie et de châtier le dey pour son « insolence ». Le consul et les résidents français s'embarquent pour la France. Le ministre de la Guerre, Clermont-Tonnerre, propose une expédition militaire. Le président du Conseil, Villèle, et le dauphin s'y opposent. Un blocus d'Alger, peu efficace, est décidé : le tirant d'eau des bâtiments français les oblige à se tenir loin des côtes que peuvent serrer au plus près les pilotes barbaresques.

Le Conseil des ministres décide d'organiser une expédition en Algérie le 31 janvier 1830.

Conquête d'Alger (1830)
L'attaque de l'amiral Dupperé lors de la prise d'Alger en 1830

À Toulon l'amiral Duperré prend le commandement d'une armada de 103 navires de guerre et de 572 bateaux de commerce et se dirige vers Alger[102].

Le 14 juin au matin le maréchal de Bourmont débarque à Sidi Ferruch avec 37 500 hommes[102].

Le 19 juin, lors de la bataille de Staoueli, les troupes françaises prennent l'avantage sur l'armée ottomane.

Le 5 juillet, les Français occupent Alger[103] et, le jour même, le dey Hussein signe l'acte de capitulation[104]. Les articles 2 et 3 de cette convention autorisent Hussein de conserver ses biens personnels ainsi que son exil vers le lieu de son choix[105]. Les caisses de l'État seront pillées[102]. Il quitte définitivement le pays avec sa famille à bord d'un navire français à destination d'un port italien.

Le 11 juillet, 2 500 janissaires d'Alger sont expulsés pour l'Asie Mineure. Après 313 années, les Ottomans abandonnent la régence et donc l'administration du pays qu'ils ont gouverné depuis 1517.

En octobre, les premiers bataillons de zouaves sont mis sur pied. La France accapare toutes les terres des Beliks (colons turcs), et sont créées les premières unités de spahis.

Sous Louis-Philippe Ier (1830 à 1848)

Premières expéditions

Le 1er décembre, Louis-Philippe nomme le duc de Rovigo chef du haut-commandement en Algérie. Celui-ci réussit à s'emparer de Bône et met en œuvre activement la colonisation. La violence de ses actions choque tant qu'il est rappelé en 1833. Il meurt le 2 juin de la même année. (...)

Une conquête limitée
La première expédition de Constantine en 1836 est un échec pour les conquérants. Une seconde tentative, l'année suivante, débouche sur la prise de la capitale de l'Est algérien (Constantinois).

26 février : cessez-le-feu entre le général Desmichels et l'émir Abd El-Kader (Traité Desmichels). Mostafa ben Smaïl refuse de reconnaître l'autorité d'Abd El-Kader. Ce dernier, avec l'aide de ses alliés français, est victorieux de Mostafa ben Smaïl le 13 juillet[Quand ?]. Le 22 juillet, l'ex-Régence d'Alger devient "Possession française d'Afrique du Nord"

La « convention du figuier » est signée, en juin 1835, entre la France et les tribus des Douaïr et des Zmela qui deviennent alors « des sujets français ».

Abd El Kader attaque des tribus alliées de la France et bat le général Trézel dans les marais de la Makta près de son fief de Mascara, dans l'Ouest algérien. Il encercle la ville voisine d'Oran pendant 40 jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud inflige une défaite à Abd El Kader.

En novembre 1836, le maréchal Bertrand Clauzel ordonne l'assaut sur Constantine qui tourne au désastre; les cavaliers berbères refluent en masse. Le commandant Nicolas Changarnier arrive cependant à protéger le retrait des troupes françaises. Constantine prolonge la résistance.

L'expédition des Portes de Fer menée par les troupes françaises en 1839 relance la guerre contre Abdelkader.

Le traité de Tafna est signé, le 30 mai 1837, entre le général Bugeaud et Abd El-Kader qui reconnaît la souveraineté de la France en échange de pouvoirs étendus sur les provinces de Koléa, Médéa et Tlemcen où il peut conserver 59 000 hommes en armes.

L'armée française passe, en septembre 1839, les « Portes de fer » dans la chaîne des Bibans, territoire que l'émir comptait annexer. Abd El-Kader, considérant qu'il s'agit d'une rupture du traité de Tafna, reprend, le 15 octobre 1839, la guerre contre la France.

Reddition d'Abd El-Kader (1847)
Portrait de l'émir Abdelkader « prince des croyants ».
La prise de la Smala d'Abdelkader, capitale itinérante de l'émirat, en 1843.

Le 22 février Bugeaud est le nouveau Gouverneur général d'Algérie. Le 23 août 1841 le Cheik el Kadiri, lors d'une réunion au Caire, publie une fatwa (décision conforme aux principes de la Sunna et du Coran) qui précise que les tribus sont autorisées à ne pas obéir à Abd El-Kader, et qu'il est insensé de faire la guerre aux chrétiens, du moment que ceux-ci laissent les musulmans exercer librement leur culte.

Le 16 mai 1843 le duc d'Aumale attaque la smala d'Abd El Kader faisant de nombreux prisonniers qui sont exilés.

Le 1er février 1844, la France crée les bureaux arabes dans le but d'établir un contact avec la population indigène.

Le 14 août 1844 le général Bugeaud écrase l'armée du sultan marocain à la bataille d'Isly. L'armée marocaine se replie en direction de Taza. Le sultan s'engage alors à interdire son territoire à Adb El-Kader en traitant avec la France.

Le 23 septembre les troupes d'Abd El Kader sortent victorieuses lors de la bataille de Sidi-Brahim engagée par le colonel Montagnac. Les survivants français résistent trois jours dans le marabout de Sidi Brahim. Cette bataille est la bataille de référence pour les chasseurs à pied.

En décembre 1847 Abd El Kader se rend aux spahis (nomades des régions steppiques de l'Algérie) colonel Yusuf. Placé en résidence surveillée pendant quatre ans en France, l'émir fut libéré par Napoléon III, visita plusieurs villes de la métropole avant de rejoindre Damas et résida le restant de sa vie en Syrie.

Le 11 décembre 1848 la Constitution de 1848 proclame l'Algérie partie intégrante du territoire français. Bône, Oran et d'Alger deviennent les préfectures de trois départements français (Alger, Oran et Constantine). Les musulmans et juifs d'Algérie deviennent « sujets français » sous le régime de l'indigénat.

Sous Napoléon III (1848 à 1870)

L'Empereur Napoléon III salue les "colons français et les algériens" depuis le balcon de la sous-préfecture de Mostaganem (département d'Oran) lors de sa visite officielle en Algérie le 20 mai 1865. Croquis de M. Moulin paru dans Le Monde Illustré, 1865
Conquête de la Kabylie (1857)
Lalla Fatma N'Soumer, figure de la résistance contre l'armée coloniale française

Le territoire de l'ex-Régence d'Alger est donc officiellement annexé par la France, mais la région de la Kabylie qui ne reconnaît pas l'autorité de l'émir Abdelkader, et donc sa soumission à la France en 1847, résiste encore. L'armée française d'Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l'Algérie. Les succès remportés par l'armée française sur la résistance d'Abd el-Kader, renforcent la confiance française, et permettent de décréter, après débats, la conquête de la Kabylie qui doit intervenir à l'issue de la guerre de Crimée (1853 -1856) qui mobilise une partie des troupes françaises. Napoléon III souhaite disposer d'une force suffisante pour permettre une conquête durable de la Kabylie.

Entre 1849 et 1852, la domination française s'étend à la Petite Kabylie. En juillet 1857, au terme d'une rapide campagne, toutes les tribus de Grande Kabylie se rendent, la capture de la maraboute Lalla Fatma N'Soumer met un terme à la résistance.

En mars 1871, profitant de l'affaiblissement du pouvoir colonial à la suite de la défaite française lors de la guerre franco-prussienne (1870-1871), une partie de la Kabylie se soulève. L'armée française met un terme à la Révolte des Mokrani par une opération de « pacification », des insurgés sont déportés : les Kabyles du Pacifique.

Le "Royaume Arabe"

Napoléon III essaye de transformer la conquête en un « royaume arabe » associé à la France et dont il serait lui-même le souverain : les colons[Qui ?] et les intérêts économiques de l'Algérie[Quoi ?] seront des opposants farouches de l'Empereur allant jusqu'à réclamer une consultation électorale[réf. nécessaire].

Dans une lettre du 6 février 1863, l'Empereur au maréchal duc de Malakoff, publiée dans le Moniteur universel, par laquelle il était prescrit de rendre les tribus ou fractions de tribus propriétaires incommutables des territoires qu'elles occupent à demeure fixe, et dont elles ont la jouissance traditionnelle, à quelque titre que ce soit. l'Algérie étant déclaré par le souverain, non une colonie proprement dite, mais un royaume arabe. [106]. Napoléon III décide de visiter l'Algérie. Cette visite dure six semaines, il est reçu partout avec enthousiasme : Dans l'Algérie entière, les colons répétant cent fois par jour : « L'Empereur est venu, il a vu, nous sommes sauvés. » Les morts eux-mêmes, ceux qui ont succombé dans la lutte de l'homme civilisé contre une nature sauvage, contre les miasmes pestilentiels de marais ; les morts s'unissent aux vivants pour redire : « Sois le bienvenu, César, les morts te saluent. » C'est à la stupéfaction des colons qu'un sénatus-consulte, la propriété du sol qu'elles occupent a été dévolue aux tribus indigènes, et des commissions d'exécution

En 1865, 225 000 colons, français ou européens possèdent environ 700 000 hectares[107]. Mais la colonisation […] se déclare satisfaite si […], on demande aux indigènes, soit par acquisition, soit par expropriation, un complément de 400 000 hectares[108].

Le sénatus-consulte (1865)

Le 14 juillet 1865, un sénatus-consulte (une loi) permet aux musulmans d'acquérir la citoyenneté française en échappant à titre individuel au statut coranique au profit du droit civil français; mais cela reste théorique dans la mesure où la citoyenneté française était plus difficilement accordée à un autochtone algérien pourtant titulaire de la nationalité française qu'à un étranger.

Conseils municipaux mixtes (1866)

Le 27 décembre 1866, un décret crée des conseils municipaux élus par quatre collèges séparés français, musulman, juif et étrangers européens ; les Français disposent des deux tiers des sièges ; dans les « communes de plein exercice », les maires ont des adjoints indigènes.

Enrichissement économique de l'Algérie

L'Algérie, sous occupation française, comme le reste de l'Afrique, s'est enrichie, son revenu passant de 2,2 milliards en 1870 à 6,4 en 1913[109].

Sous la Troisième République (1870 à 1940)

L'avènement de la Troisième République provoque de grands troubles en Algérie, notamment entre civils et militaires. La Troisième République mène une politique d'assimilation : francisation des noms, suppression des coutumes musulmanes.

Décrets Crémieux (1870)

Le 24 octobre 1870, par le décret Crémieux, les 37 000 juifs d'Algérie passent du statut de sujets français (indigènes) au statut de citoyens français. Ce statut est aussi accordé à tous les colons étrangers de souches européennes (Espagne, Italie, Malte, Allemagne, etc.). Ce décret a été promulgué à Tours par le gouvernement de la Défense nationale. Son auteur est le ministre de la Justice, Isaac Adolphe Crémieux, juriste juif. Ce décret est ressenti par les indigènes algériens[Qui ?] comme une injustice[réf. nécessaire] car eux-mêmes restent soumis au sénatus-consulte de juillet 1865 sur le statut des personnes. Encore faut-il préciser que beaucoup, ne voulant pas renoncer au statut juridique coranique, étaient moins enclins à devenir "citoyens français"[réf. nécessaire].

Voici le texte de ce décret « Les Israélites indigènes des départements de l'Algérie sont déclarés citoyens français ; en conséquence, leur statut réel et leur statut personnel, seront, à compter de la promulgation du présent décret, réglés par la loi française. Toutes dispositions législatives, décret, règlement ou ordonnance contraires sont abolis. »

Il y a aussi d'autres décrets pris le même jour qui instituent en Algérie le régime civil mais qui ne suppriment pas les bureaux arabes, symbole de la politique qui avait été menée par l'empereur et haïe par les colons[Qui ?][réf. nécessaire]. Un de ces décrets établit un jury, qui livre désormais les indigènes traduits en cour d'assise à l'arbitraire des colons, violant ainsi le principe du jugement par ses pairs[réf. nécessaire].

Crémieux prend un dernier décret en décembre 1870 qui met définitivement fin aux bureaux, menaçant ainsi les indigènes de futures expropriations foncières[réf. nécessaire]. Ce décret crée une grande agitation parmi les indigènes[Qui ?][réf. nécessaire].

Révoltes de 1871

À la suite des décrets, à la défaite de la France en Europe dans la guerre franco-prussienne, à la lutte que se livrent colons et militaires pour le pouvoir et à cause de la condition misérable des indigènes favorisée par plusieurs années de sécheresse et de fléaux, la dernière grande révolte d'Algérie a lieu en 1871. Elle débute au mois de janvier avec l'affaire des Spahis, s'aggrave en mars avec l'entrée en dissidence de Mohamed El Mokrani, qui fait ensuite appel au Cheikh El Haddad, le grand maître de la confrérie des Rahmaniya. La révolte échoue et une répression est organisée par les Français par « pacifier » la Kabylie.

Révolte des Spahis

À la suite d'un ordre qui a été donné par l'armée de les envoyer en France, les Spahis se soulèvent fin janvier 1871 à Moudjebeur et à Ain-Guettar, dans l'Est algérien à la frontière avec la Tunisie[réf. nécessaire]. Le mouvement est rapidement réprimé.

Révolte des Mokrani
Article détaillé : Révolte des Mokrani.

Mokrani était un des chefs algériens qui jouissait d'une puissance sûrement plus grande que celle des autres. Son père avait proposé ses services et aidé le maréchal Valée en 1838, ce qui lui avait valu le titre de khalifa de la Medjana, territoire très étendu, mais après lui avoir laissé de grands droits, l'armée avait chaque année rogné sur ses prérogatives et avait profité de sa mort en 1853 pour substituer à la fonction de khalifa celle de bachaga qui avait été confiée à son fils Mohammed. Celui-ci avait subi des mesures vexatoires, lui faisant craindre une confiscation de ses terres, tandis que l'avènement du régime civil lui fit rejeter la subordination à une autorité non militaire. C'est ce qu'il écrit dans une lettre au général Augerand (reproduite en page 768 du Rapport de la Commission d'enquête sur l'insurrection), où il lui annonce son intention d'entrer en rébellion. Il se révolte en mars mais son mouvement n'a pas encore une grande ampleur. Il fait alors appel au cheikh El Haddad de la confrérie des Ramahniya qui lance un appel à la guerre sainte sur le marché de Seddouk en avril 1871. Plus de 150000 Kabyles se soulèvent et le mouvement touche une grande partie de l'Algérie. La révolte est cependant rapidement et sévèrement réprimée.

« La colonne expéditionnaire destinée à réprimer la révolte de la Kabylie orientale, était réunie le 2 août auprès de la petite ville de Milia sous les ordres du général de Lacroix, commandant la division de Constantine. Le 5, nos troupes pénétraient sur le territoire ennemi et campaient successivement à Aïn Nakhela, sur l'Oued Endja, puis à Fedj-Baïnen, après avoir infligé de rudes châtiments aux contingents qui avaient tenté de s'opposer à leur marche. Les tribus de la confédération du Zouarà, étaient entièrement réduites à merci, et livraient otages et amendes.

[…] Rejetés, après l'incendie de leurs villages, dans les ravins boisés de l'Oued Itéra et acculés au pied du gigantesque rocher de Sidi-Mârouf, les insurgés éprouvaient des pertes très sérieuses. L'effet moral produit par ces sévères leçons, qu'il était grand temps de donner à ces populations turbulentes et incorrigibles, a été immense […]

À cette même date, toutes les tribus du cercle de Djidjelli et celles de la rive droite de l'Oued-el-Kébir (bas Roumel), terrifiées par les châtiments infligés au Zouar'a et à l'Oued Itera, s'empressaient d'aller implorer la pitié et demander grâce […] C'est ainsi qu'en peu de temps, du 2 au 22 août, […] toutes les tribus comprises dans le quadrilatère : Constantine, Collo, Didgelli et Mila, rentraient dans l'ordre et le devoir, qu'elles n'auront plus envie de quitter »

— Charles Féraud[110]

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Les biens des insurgés ayant échappé au destruction sont confisqués selon les mesures préconisées par le général de Lacroix en décembre 1871 :

« Le seul moyen de prévenir les révoltes, c'est d'introduire une population européenne nombreuse; de la grouper sur les routes et les lignes stratégiques de façon à morceler le territoire en zones qui ne pourront pas à un moment donné se rejoindre.

Les terres des domaines sont insuffisantes mal situées et éparpillées. Celles que l'on pourrait obtenir par le séquestre réunissent seules les conditions voulues, mais il faudrait qu'elles fussent immédiatement disponibles. »

La loi du 21 juin 1871 (révisée par les décrets des 15 juillet 1874 et 30 septembre 1878) attribue 100 000 hectares de terres en Algérie aux immigrants d'Alsace-Lorraine.

Le 26 juillet 1873, est promulguée la loi Warnier (d'après le nom du président de la commission parlementaire Auguste Warnier) visant à franciser les terres algériennes et à délivrer aux indigènes des titres de propriété. Cette loi donne lieu à divers abus et une nouvelle loi la complétera en 1887. Son application sera suspendue en 1890.

Code de l'indigénat (1881)
Article détaillé : Indigénat.

Le Code de l'indigénat est adopté le 28 juin 1881 : ce code distinguait deux catégories de citoyens : les citoyens français (de souche métropolitaine) et les sujets français, c'est-à-dire les Africains noirs, les Malgaches, les Algériens, les Antillais, les Mélanésiens, etc. Les sujets français soumis au Code de l'indigénat étaient privés de la majeure partie de leur liberté et de leurs droits politiques ; ils ne conservaient au plan civil que leur statut personnel, d'origine religieuse ou coutumière.

À partir de 1881, surtout en Kabylie, le Code de l'indigénat imposera une arabisation forcée des patronymes aux populations locales qui jusqu'à cette époque portaient encore pour certains des noms à consonance latine. Les noms patronymiques des Algériens d’aujourd’hui ne sont donc pas ceux de leurs ancêtres dans une proportion de plus des trois-quarts[111].

Le Code était assorti de toutes sortes d'interdictions dont les délits étaient passibles d'emprisonnement ou de déportation. Après la loi du 7 mai 1946 (loi Lamine Gueye) abolissant le Code de l'indigénat, les autochtones (Nouvelle-Calédonie, Madagascar, Algérie, etc.) purent à nouveau circuler librement, de jour comme de nuit, et récupérer le droit de résider où ils voulaient et de travailler librement. Cependant, les autorités françaises réussirent à faire perdurer le Code de l'indigénat en Algérie jusqu'à l'indépendance (1962 en maintenant le statut musulman[112] et en appliquant par exemple le principe de responsabilité collective qui consistait à punir tout un village pour l'infraction d'un seul de ses membres.

En 1889, une loi accorde la nationalité française aux Européens étrangers de 21 ans nés en Algérie. À partir de 1896, l'administration de l'Algérie dépend directement du ministère de l'intérieur. En 1898, ont lieu plusieurs manifestations européennes anti-juives. De 1871 à 1898 les colons acquièrent 1 000 000 d'hectares, alors que de 1830 à 1870, ils en avaient acquis 481.000[113]. L'Algérie possède un nouveau statut en 1900 : elle bénéficie d'un budget spécial, d'un gouverneur général qui détient tous les pouvoirs civils et militaires[114]. Le système électoral assure aux Européens la prépondérance. En 1912, Manifeste Jeunes Algériens.

Conquête du Sahara (1902)

Dans le sud, la prise de Laghouat et de Touggourt, la soumission des Beni-M'zab du Mzab (1852) et celle du Souf, reculent les limites de l'Algérie jusqu'au grand désert, territoire autonome, non soumis aux Ottomans, et jusque-là contrôlé par une confédération de tribus nomades touarègues, les Kel Ahaggar. À la suite de la bataille de Tit, le lieutenant Guillo Lohan reçoit la soumission à la France des Kel Ahaggar Kel Ahaggar en novembre 1902, dans le Hoggar[115].

Religion (1905)

La loi de décembre 1905 de séparation des cultes et de l'État ne fut pas appliquée en Algérie pour le culte musulman : imams et muftis furent des fonctionnaires tenus de dire la parole officielle[réf. nécessaire].

Première Guerre mondiale (1914 à 1918)
Mobilisation pour « la Grande Guerre »
Article détaillé : Chant des Africains.

Pour faire face aux pertes humaines de la Grande Guerre, la France mobilisa les habitants des départements français d'Algérie: Musulmans, Juifs & Européens. Selon Gilbert Meynier, ce recrutement fut relativement facile grâce au paternalisme des officiers et dans une indifférence générale malgré quelques révoltes en 1914 et 1917 : la seconde fut peut être inspirée par l'appel des Turcs[116].

Spahis, Tirailleurs et Zouaves

Au cours de la Première Guerre mondiale, les tirailleurs et spahis musulmans ont combattu avec leurs frères d'armes zouaves (et parfois tirailleurs) européens et juifs d'Algérie. 249 000 Algériens furent mobilisés (73000 mobilisés dans la population française, et 176000 dans la population « indigène ») et ils ont laissé de 38000 à 48000 des leurs sur les champs de bataille d'Orient et d'Occident de la Première Guerre mondiale (dont 12000 à 22000 « Français de souche » et « néos », et 26150 musulmans)[117]. Les dépouilles des morts au combat reposent à la nécropole nationale de Notre-Dame de Lorette (pour ceux tombés aux champs de bataille de l'Hartmannswillerkopf) et à l'ossuaire de Douaumont. Les Algériens ont été de toutes les grandes batailles de l'armée française de la Première Guerre mondiale. Ils se sont distingués notamment à la Bataille de Verdun, sur la Somme en 1916, ou encore au chemin de Dames en 1917. Les tirailleurs et spahis algériens ont été, pendant ces quatre années de guerre, mêlés à toutes les batailles de l'armée française. La devise du 2e régiment de tirailleurs algériens résume bien, à elle seule, l'esprit des Algériens de 1914, soldats de la liberté «Dieu est avec nous, pour notre drapeau et pour la France»[118]. L'émir Khaled participera à la Première Guerre mondiale au côté des Français[119].

L'entre-deux-guerres (1919 à 1938)

Charles Jonnart crée plusieurs réformes, en faveur des Algériens musulmans, qui sont adoptées sous la loi du 4 février 1919, aussi appelée "loi Jonnart". En 1930, des manifestations du centenaire de la prise d'Alger sont ressenties comme une provocation par la population[Qui ?][réf. nécessaire].

En 1936, le projet de loi Blum-Viollette (Front populaire), pour l'octroi de droits politiques à certains musulmans, est présenté mais il sera refusé à l'unanimité lors du congrès d'Alger du 14 janvier 1937[réf. nécessaire].

Mobilisation pour la « drôle de guerre » (1939 à 1940)

En Algérie, la conscription engagea 123000 musulmans Algériens et 93000 Européens d'Algérie (Pieds-Noirs) dans l'armée française; 2600 des premiers, et 2700 des seconds furent tués dans les combats de 1940[120].

Sous l'État français (1940 à 1942)

Bataille de Mers el-Kébir (1940)

La bataille de Mers el-Kébir désigne l'attaque du 3 juillet 1940 de la marine britannique contre une escadre de la marine française mouillant dans le base navale de Mers el-Kébir (golfe d'Oran). Il y eut 1 380 morts. Le Royaume-Uni, alors seul face à l'Allemagne, craignait que l'armistice signé par le gouvernement français quelques jours auparavant ne fasse tomber cette flotte dans les mains d'Hitler.

Statut des Juifs d'Algérie (1940-1944)

Le statut des Juifs est appliqué aux Juifs d'Algérie, le Décret Crémieux est aboli en 1940, puis finalement rétabli en 1944.

Invasion anglo-américaine (1942)
Carte des opérations
La prise d'Alger par les Alliés se fait en un jour en raison du putsch commis par les résistants d'Henri d'Astier de la Vigerie.
Articles détaillés : Opération Torch et Putsch d'Alger (1942).

Après le coup d'État du 8 novembre 1942 à Alger, auquel prennent part des Juifs d'Algérie, et dans le cadre de l'opération Torch (débarquement des Anglo-Américains à Oran, Arzew, Alger et à Bône[121]), de nombreux Algériens furent engagés dans les forces alliées au sein de l'armée française de la Libération et engagés sur les fronts italiens et français (débarquement de Provence).

Contrairement à Alger, les troupes vichystes d'Oran combattent les Alliés. Lors du débarquement de l'opération Reservist et des parachutages, de nombreux Anglo-Américains sont tués avant que les autorités d'Oran ne capitulent.

Appel aux Français d'Afrique du Nord (1942)

Le 8 novembre 1942, au lendemain de l'invasion anglo-américaine de l'Algérie qui s'est faite sans le concours de la France Libre, depuis Brazzaville (Congo) le général de Gaulle lance un Appel aux Français d'Afrique du Nord sur les ondes de la BBC (émission Honneur & Patrie). Il s'adresse aux colons et leur demande de collaborer avec les Anglo-Américains pour que la France soit reconnue parmi les vainqueurs (et non les vaincues malgré l'armistice et la collaboration) à l'issue de la guerre[122]:

Chefs français, soldats, marins, aviateurs, fonctionnaires, colons français d'Afrique du Nord, levez-vous donc ! Aidez nos Alliés ! Joignez-vous à eux sans réserves. La France qui combat vous en adjure. Ne vous souciez pas des noms, ni des formules. Une seule chose compte : le salut de la patrie ! Tous ceux qui ont le courage de se remettre debout, malgré l'ennemi et la trahison, sont d'avance approuvés, accueillis, acclamés par tous les Français Combattants. Méprisez les cris des traîtres qui voudraient vous persuader que nos alliés veulent prendre pour eux notre Empire. Allons ! Voici le grand moment ! Voici l'heure du bon sens et du courage. Partout l'ennemi chancelle et fléchit. Français de l'Afrique du Nord ! que par vous nous rentrions en ligne, d'un bout à l'autre de la Méditerranée, et voilà la guerre gagnée grâce à la France !

Sous le commandement civil et militaire d'Alger (1942 à 1943)

Le chef du CCMA, commandant des Forces Françaises, général Giraud (à droite) et le commandant en chef des Armées Alliées en Afrique du Nord, général Eisenhower (à gauche), saluant les drapeaux des deux nations au quartier général des Alliés à Alger en 1943.
Situation politique en Algérie libérée (1942 à 1943)
Remobilisation pour l'Armée d'Afrique et l'Armée de Libération (1942-1945)

Le général Henri Giraud prend le commandement civil et militaire en Algérie. Les Algériens sont remobilisés pour poursuivre la guerre aux côtés des Alliés. L'hymne de l'Armée d'Afrique est la version 1943 du chant des Africains.

Les effectifs mobilisés en Algérie, s'élèvent sur la période à 304000 Algériens (dont 134000 « musulmans », et 170000 « européens »[120]). Ils sont engagés en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943, en Italie de novembre 1943 à juillet 1944, et enfin en France et en Allemagne d'août 1944 à juin 1945.

Côté musulmans, les futurs présidents de l'Algérie Ahmed Ben Bella[123] et Mohammed Boudiaf, engagés volontaires et décorés. Mostefa Ben Boulaïd, l'un des responsables des attentats de la Toussaint Rouge (1954), se distingua pendant la campagne d'Italie (1944) ce qui lui vaudra la médaille militaire et la croix de guerre. Krim Belkacem se retrouve mobilisé aussi en 1943 dans le 1er Régiment des Tirailleurs Algériens où il est promu caporal-chef. En revanche, durant l'Occupation allemande (1940-1944), plusieurs centaines de musulmans Nord-Africains installés en métropole s'engagèrent dans la Milice française (vichyste), constituant la Légion nord-africaine.

Tandis que, côté Européens, le futur général putschiste de l'OAS, Edmond Jouhaud fait prisonnier en 1940, s'évade et rejoint la Résistance sous les ordres du général Revers, chef de l’Organisation de Résistance de l’Armée (ORA) et que le futur Maréchal de France, Alphonse Juin, également fait prisonnier en métropole, est interné à la forteresse de Königstein puis est libéré et reçoit le commandement des forces vichystes en Afrique du Nord. À la suite de l'invasion de la Zone Libre par les Allemands en novembre 1942, le général Juin rejoint les Alliés, il est nommé commandant en chef des forces françaises pour les campagnes de Tunisie (1942-1943) et d'Italie (1944). Le résistant Fernand Bonnier de La Chapelle membre des Corps Francs d'Afrique fait partie de la conspiration contre l'amiral vichyste François Darlan (commandant en chef en Algérie) à Alger et l'assassine, il est arrêté et exécuté la même année.

Sous le Comité français de la Libération nationale (1943 à 1944)

Les dirigeants du CFLN, Henri Giraud (à gauche) et Charles de Gaulle (à droite), devant Roosevelt et Churchill.

« Manifeste du peuple algérien » par Ferhat Abbas en 1943.

Sous le Gouvernement Provisoire de la République française (1944 à 1946)

Article détaillé : Massacre de Sétif.

Le 8 mai 1945, alors que la Seconde Guerre mondiale prend fin en Europe, en Algérie, des manifestations nationalistes algériennes suivies de lynchages d'Européens sont réprimées par l'armée française à Sétif et Guelma (Est algérien); on dénombre 103 Européens tués et entre 10 000 et 45 000 Algériens[réf. nécessaire].

Sous la Quatrième République (1946 à 1958)

Les élections législatives de 1946 sont un succès pour l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) de Ferhat Abbas, son parti remporte onze des treize sièges réservés à l'Algérie à l'Assemblée nationale[réf. nécessaire].

La loi sur le statut de l'Algérie est promulguée en septembre 1947 : l'Algérie reste composée de trois départements et le pouvoir est représenté par un gouverneur général nommé par le gouvernement français. Une Assemblée algérienne est créée, composée de deux collèges de 60 représentants chacun ; le premier sera élu par les Européens et une élite algérienne (diplômés, fonctionnaires…) (63194 exactement) et le second par le reste de la population algérienne. Enfin l'article 2 précise « l'égalité effective est proclamée entre tous les citoyens français ».

En octobre 1947, le MTLD de Messali Hadj obtient une large victoire lors des élections municipales. Ce parti devient la cible de la répression des autorités françaises[réf. nécessaire].

En avril 1948, des fraudes massives ont lieu lors des élections[124] de l'Assemblée algérienne : par des intimidations, l'armée force les populations à voter, les urnes sont également remplies d'avance, et les populations les plus rebelles ne sont pas convoquées. Trente-six des 59 candidats du MTLD sont arrêtés. Hocine Aït Ahmed organise, en mars 1949, le cambriolage de la poste d'Oran qui leur rapporte 3 070 000 francs. Cet argent sera le début du trésor de guerre du FLN.

Mobilisation pour la Guerre d'Indochine (1946 à 1954)

La guerre d'Indochine (1946-1954) absorbe les cadres militaires et fait combattre les volontaires et soldats de métiers, légionnaires et les troupes coloniales dont 35 000 Maghrébins[125] (Marocains & Algériens) qui comptent pour 1/4 de l'effectif du corps expéditionnaire[126]. Lors de la bataille de Dien Bien Phu (1954), sont présents le 1er régiment de tirailleurs algériens, 3e régiment de tirailleurs algériens et le 7e régiment de tirailleurs algériens[127].

Les troupes françaises en Algérie avant le déclenchement de la guerre d'Algérie sont faibles : 40 000 hommes en 1948, 48 300 au 1er juin 1954, 81 145 au 1er janvier 1955.

Le nationalisme algérien (1900 à 1954)

Naissance du mouvement national

Au début du XXe siècle, plusieurs leaders algériens revendiquent le droit à l'égalité ou à l'indépendance. Plusieurs partis vont être créés et plusieurs pamphlets seront écrits pour défendre les droits des Algériens. Plusieurs penseurs algériens vont vilipender les plus importantes personnalités du régime colonial français. La plupart des figures du mouvement algérien vont être surveillées de près par les services policiers français, d'autres seront exilés vers d'autres pays comme l' a été l'émir Khaled El-Hassani Ben El-Hachemi en Égypte puis en Syrie.

Messali Hadj[128], Malek Bennabi[129], Mohamed Hamouda Bensai, Saleh Bensai, Ben Badis[130], Mohamed Bachir El Ibrahimi, Fodil El Ouartilani, Larbi Tébessi, Ferhat Abbas, Omar Ouzeggane, etc., tous vont diverger entre eux sur la question algérienne, ce qui provoquera l'émergence de plusieurs associations et partis algériens: Parti de la réforme ou mouvement pour l'égalité, Association des oulémas musulmans algériens, association de l' Étoile nord-africaine, le parti Parti du peuple algérien, Amis du Manifeste des Libertés, Parti communiste algérien, etc.

Le massacre du 8 mai 1945

Article détaillé : Massacres de Sétif et Guelma.

Le 8 mai 1945 ont lieu des manifestations d’Algériens dans plusieurs villes de l’Est du pays (Sétif, et le Constantinois), qui devaient permettre de rappeler leurs revendications nationalistes, de manière concomitante avec la liesse de la victoire. À Sétif, après des heurts entre policiers et nationalistes, la manifestation tourne à l’émeute et la colère des manifestants se retourne contre les « Français » : 27 Européens sont assassinés (103 trouveront la mort dans les jours suivants). La répression de l’armée française est brutale.

Officiellement, elle fait 1 500 morts parmi les autochtones, chiffre potentiellement sous-estimé et probablement plus proche des 20 000 à 30 000 selon l’historien Benjamin Stora. Le Parti du peuple algérien (PPA) estime qu'il y a eu 45 000 morts[131]. De par la radicalisation qu'ils ont engendrée dans les milieux nationalistes algériens, certains historiens considèrent ces massacres comme le véritable début de la guerre d'Algérie[132].

La révolte algérienne de 1945 à 1954

À la suite de la mort de Abdelhamid Ben Badis en 1940 et à l'emprisonnement de Messali Hadj et l'interdiction du Parti du peuple algérien, le parti Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques revendique le statut de l'égalité ou de l'indépendance des Algériens en 1948. Aussi, l'Association des oulémas musulmans algériens fut interdite. Alors, l'Organisation spéciale (Algérie) apparait et elle a pour but de rassembler les armes pour le combat. Mohamed Belouizdad fut le premier chef de l'organisation clandestine. Ensuite, Hocine Aït Ahmed prend la tête de l'Organisation et continue à œuvrer pour l'achat des armes. La poste d'Oran est attaquée par les membres de l'OS.

Ahmed Ben Bella prend la place de Hocine Aït Ahmed en 1949. Le plan de l'organisation est dévoilé et les autorités françaises arrêtent plusieurs membres en 1950. Le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques niait tout relation avec l'Organisation spéciale pour faire obstacle aux arrestations.

Le CRUA est fondé en mars 1954. Il organisera la lutte armée. Le parti du Mouvement national algérien est fondé en juillet 1954 par les messalistes[133]. Le Front de libération nationale (Algérie) lui succède en octobre 1954 par la branche du CRUA (Comité révolutionnaire d'unité et d'action).

Le Front de libération nationale (Algérie) et le Mouvement national algérien seront rivaux pour le contrôle de la révolution. A l’indépendance, des centaines de combattants du Mouvement national algérien de Messali Hadj seront tués par leurs rivaux du FLN[134]. Messali Hadj sera libéré de la prison en 1958 et il sera assigné à une résidence surveillée en France.

La Révolution algérienne (1954 à 1962)

Faits importants de la Guerre

Article détaillé : Guerre d'Algérie.
Portrait du président Charles de Gaulle en 1961
Délégation des principaux dirigeants du FLN (de gauche à droite : Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella) après leur arrestation à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l'armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis, en direction du Caire (Égypte).

Le terme de « Révolution algérienne » est utilisé en Algérie pour désigner ce que la France appelle la « guerre d'Algérie » (et appelait officiellement évènements d'Algérie jusqu'en 1999). Un vaste mouvement de révoltes naît au fil des ans. L'Algérien sujet, sans droit politique, de la France devient citoyen Français par la loi du 20 septembre 1947[135] et peut désormais circuler librement entre l'Algérie et la métropole[136],[137]. L'action armée va venir du CRUA (Mohammed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaïd, etc). Le déclenchement de la révolution algérienne a été décidé dans la Casbah d'Alger et à Batna sous la présidence du Batnéen Mostefa Ben Boulaïd dans la réunion des 22 cadres du Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA)[138],[139]. Le CRUA se transformera en Front de libération nationale (FLN). Les six chefs du FLN qui décident la "révolution" le 1er novembre 1954 sont: Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem et Larbi Ben M'Hidi. La Déclaration du 1er novembre 1954 est émise par radio depuis Tunis. Dans la nuit du 1er novembre 1954, la caserne de la ville de Batna est attaquée par les moudjahidines. Cette nuit sera appelée par les historiens français (Toussaint rouge). Un caïd et deux enseignants français vont être abattus sur la route de Biskra et Arris, il y aura deux versions des faits différentes. Des attentats sont enregistrés dans les trois districts Batna, Biskra, Khenchela et le reste du pays.

François Mitterrand va déclarer que "l'Algérie , c'est la France" . Et il déclenche la répression dans les Aurès. Au départ, il y avait juste 500 hommes de l'ALN Armée de libération nationale. Après quelques mois, ils seront plus de 15 000 hommes à défier l'autorité française[134],[140]. 100 000 soldats français sont affectés dans les Aurès et plus tard ils seront plus de 400 000 en Algérie. Le général Cherrière donne l'ordre d'opérer le ratissage des Aurès. Il croit gagner, mais il va subir une grosse défaite[140].

Le massacre de Skikda (ex philippevillois ou Skikda), la mort d'une centaine de manifestants algériens, eurent lieu du 20 au 26 du mois d'août 1955. La même année, à l'Assemblée générale de l'O.N.U, l'inscription de l'affaire algérienne est à l'ordre du jour. Mostefa Ben Boulaïd, Zighoud Youcef, sont tués. Plusieurs chefs sont emprisonnés[140].

Des intellectuels français vont aider le FLN[140]. Maurice Audin fut torturé et tué par les services français[141]. Frantz Fanon s'engage auprès de la résistance algérienne et a des contacts avec certains officiers de l'ALN (Armée de libération nationale) et avec la direction politique du FLN, Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda en particulier. Il donne sa démission de médecin-chef de l'hôpital de Blida-Joinville en novembre 1956 au gouverneur Robert Lacoste, puis est expulsé d'Algérie en janvier 1957. Albert Camus, natif d'Algérie, fut un défenseur des droits des algériens[142], dans les années 1940, avant de refuser de prendre position pour l'indépendance avec cette phrase célèbre prononcée à Stockholm en 1957 : « Si j'avais à choisir entre la justice et ma mère, je choisirais encore ma mère ». Dès 1956, Jean-Paul Sartre et la revue Les Temps modernes prennent parti contre l'idée d'une Algérie française et soutiennent le désir d'indépendance du peuple algérien. Sartre s'élève contre la torture[143], revendique la liberté pour les peuples de décider de leur sort, analyse la violence comme une gangrène, produit du colonialisme[144]. En 1960, lors du procès des réseaux de soutien au FLN, il se déclare « porteur de valise »[145] du FLN [146]. Cette prise de position n'est pas sans danger, son appartement sera plastiqué deux fois par l'OAS et Les Temps modernes saisis cinq fois.

Après la condamnation de Larbi Ben M'Hidi et après le déroulement du Congrès de La Soummam, Le F.L.N intègre les dirigeants du mouvement national algérien (M.N.A). Plusieurs partis algériens adhèrent à la cause du F.L.N. Le Front de libération nationale (FLN) et l'Armée française tiennent le même langage (« Ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous  »[140].

« Groupe des six », chefs du FLN. Photo prise juste avant le déclenchement de la guerre le 1er novembre 1954. Debout, de gauche à droite : Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad et Mohamed Boudiaf. Assis : Krim Belkacem à gauche, et Larbi Ben M'hidi à droite.

La guerre éclate entre les chefs kabyles (Krim Belkacem, Ouamrane, etc) et les chefs chaouis et aussi entre les chefs chaouis des Aurès et les chefs chaouis de Nemencha[147]. Abdelhai et Abbès Laghrour seront condamnés à mort par les partisans du Congrès de la Soummam et le Comité de coordination et d'exécution (C.C.E). Il y a aura aussi un conflit entre les hommes du Sud algérien et les dirigeants kabyles[140]. La Tunisie va être le théâtre d'affrontement entre les différents chefs. Le président Bourguiba devait intervenir pour pacifier les choses. Les Aurès, le Constantinois, l'Ouest de l'Algérie, la Kabylie, etc., seront les zones les plus sensibles du point de vue stratégique et logistique. Les deux pays(le Maroc et la Tunisie) sont sous protectorat français. Ils hébergeront les deux armées de l'ALN aux frontières.Plusieurs chefs du FLN comme Ferhat Abbas contesteront leurs rôles.

L'armée française fait construire le "barrage de la mort", 320 km de long, 7000 volts, un poste de contrôle chaque 15 km, des milliers de mine terrestre, etc., pour empêcher le passage des armes dans les Aurès et dans tout l'est de l'Algérie. Mais les éléments de l'ALN (Armée de libération nationale) vont déjouer toute la stratégie militaire française. La population algérienne des villes sera sous le contrôle de l'Armée de libération algérienne. La bataille d'Alger fera la une de la presse internationale et interne. Le conflit est porté jusqu'à L'ONU. Plusieurs grèves et manifestations sont organisées par le FLN.

Le colonel Amirouche Aït Hamouda fera un massacre dans les Aurès en voulant intervenir pour unifier des zones des Aurès et faire passer les armes en Kabylie [148]. L'Aurès fut le lieu de passage des armes vers l'intérieur du pays. Le colonel Amirouche Aït Hamouda réussira à faire passer les armes, en passant par la frontière de Tunisie et de l'Algérie. Il franchira les Aurès pour rejoindre la Kabylie. Une vingtaine de chaouis vont être du voyage, mais à la fin, ils abandonneront les troupes du colonel Amirouche pour revenir aux Aurès. Krim Belkacem voulait contrôler la région des Aurès pour établir l'union des forces. Et les hommes de Ben Bella et de Abdelhafid Boussouf, eux aussi désiraient avoir un pied dans les Aurès. Au même moment, la France connaîtra une crise interne jusqu'à l'arrivée au pouvoir du général Charles de Gaulle à cause de la situation en Algérie. Les ultras européens veulent garder l'Algérie française. L'Armée française décide de créer les zones interdites sous contrôle des S.A.S (sections administratives spécialisées) et entame une lutte contre les Djounoudes (maquisards) et la population locale, dans les villes, dans les villages, dans les douars et sur tous les territoires sensibles au F.L.N. Les bombardements massifs, les tueries, les massacres, la torture, etc., tous les actes de crime (torture pendant la guerre d'Algérie) ont été employés dans cette guerre. Plusieurs attentats seront organisés par l'ALN dans les villes et les villages, dans les zones interdites et dans les zones montagneuses des Aurès. Le CCE (Comité de coordination et d'exécution) voit le nombre de ses membres s'agrandir et décide de garder le cap sur les objectifs militaires et ainsi que la primauté de l'intérieur par rapport à l'extérieur. Une grande crise se développe entre les membres du Comité de coordination et d'exécution.

Selon Yves Courrière, Abane Ramdane s'opposera sévèrement aux militaires. Il choisira de prendre le maquis, désignera un homme de l'Aurès, Hadj Ali, pour renverser le CCE à Tunis. Mais, Abane Ramdane sera condamné à la prison au Maroc par le CCE. Plus tard, il sera tué au Maroc, mais les souces de F.L.N diront qu'il aurait été tué lors d'un accrochage contre l'Armée française. Le général Charles de Gaulle à la tête du pouvoir français engage une lutte contre les éléments de l'armée de libération nationale algérienne et il apporte les réformes tant attendues pour donner tous les droits aux Algériens. L'Armée française élimine presque tous les réseaux de l'Armée de libération nationale en Kabylie et dans quelques régions sensibles lors de l'Opération Jumelles. Les colonels Amirouche Aït Hamouda et Si el haouès sont tués lors d'un accrochage avec les éléments de l'Armée française. Le FLN appelle les éléments de son armée à tenir jusqu'au bout.

La Délégation des principaux dirigeants du FLN (Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella) est arrêtée, à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l'armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis, en direction du Caire (Égypte)[149].

En 1959, Messali Hadj sort de prison, il est assigné à résidence surveillée en France[150]. Les Algériens en France organisent des attentats et des manifestations en France en faveur du F.L.N.

1960, la semaine des barricades à Alger fait 22 morts algériens et des centaines de prisonniers. Le général de Gaulle annonce la tenue du référendum pour l'indépendance de l'Algérie. Les Algériens sont tenus à se prononcer. Certains généraux français se rebellent contre l'autorité du général de Gaulle (le Putsch d'Alger (1958) et putsch des Généraux en avril 1961). Le général de Gaulle reprend en main le destin de la France, il annonce la tenue de référendum et invite le FLN à faire la paix des braves. Au même moment, le Gouvernement provisoire de la République algérienne est proclamé. Ferhat Abbas décline l'invitation française. Le colonel Houari Boumédiène est alors le chef de Armée de libération nationale.

En 1960, l'ONU annonce le droit à l'autodétermination du peuple algérien. Le côté français organise des pourparlers avec le Gouvernement provisoire de la République algérienne. Plusieurs réunions à l'extérieur du pays vont aboutir aux accords d'Évian. Le colonel Houari Boumédiène refuse que les pieds-noirs restent en Algérie.

Le 17 octobre 1961, la nuit noire débute à Paris, appelée aussi la bataille de Paris (Massacre du 17 octobre 1961).Plusieurs Algériens sont tués en métropole lors d'une manifestation du FLN. Il y aura aussi des milliers d'arrestations au sein des Algériens pendant cette nuit. Ce fait survient à la suite de l'instauration du couvre-feu à Paris pour les Algériens à la suite de l'assassinat de 21 policiers français par le FLN. À Alger, le peuple algérien sort dans les rues pour manifester sa joie à l'indépendance. Il y aura plusieurs morts et blessés par la police française[140].

Anti-indépendantisme algérien

Une partie de la population d'Algérie s'oppose à la Révolution algérienne. Les figures majeures de ce mouvement anti-indépendantiste sont le bachaga Said Boualam (communauté musulmane) ainsi que le général Edmond Jouhaud et Jean-Jacques Susini (communauté européenne).

Le départ des colons européens

L'arrivée au pouvoir du général de Gaulle après le 13 mai 1958 avait renforcé la croyance en un avenir possible pour l'Algérie française. Mais les annonces successives rapides de l'évolution de la politique algérienne du général de Gaulle[151] instillent le doute, puis la révolte et enfin une forme de désespoir chez les partisans de l'Algérie française[152]. Les temps forts de la période sont le Référendum sur l'autodétermination en Algérie (janvier 1961)[153], l'échec du putsch d'Alger (avril 1961), le cessez-le-feu (mars 1962), étapes conduisant l'Algérie dans une spirale de violences réciproques. L'OAS (Organisation armée secrète), organisation clandestine anti-indépendantiste composée de militaires et de civils (d'Algérie et de métropole), est refondée début mai 1961 à Alger, et se lance dans l'action « payante et spectaculaire » (Raoul Salan), c'est-à-dire des hold-up, vols d'armes, attaques de policiers, de barbouzes, de gendarmes mobiles[154]. Puis après le 19 mars 1962, l'OAS utilise en Algérie des méthodes terroristes[155] en organisant aussi des attentats contre les algériens et européens qui étaient pour l'indépendance. Parallèlement, le FLN intensifie les attentats aveugles (pendant la trêve unilatérale de mai à août 1961), puis décide de cibler davantage l'OAS à partir de novembre 1961[156]. Le début de 1962 voit une escalade sans précédent du terrorisme, le nombre des attentats de l'OAS dépassant à la mi-janvier ceux du FLN[156] dont les attentats s'arrêtent quelque temps autour du 19 mars 1962, pour reprendre sélectivement contre des membres de l'OAS, puis rapidement contre tout européen, quel qu'il soit, notamment sous la forme d'enlèvements[157].

Mais la violence prend aussi un aspect de guerre civile franco-française. Le quartier européen de Bab el Oued entre en insurrection le 23 mars 1962 et s'en suit une bataille entre colons européens anti-indépendantistes et métropolitains appelés du contingent. Afin de briser le blocus de Bab el Oued, des tracts de l'OAS appellent les civils à venir manifester sans armes et en arborant le drapeau français. Un barrage est forcé et le 4e régiment de tirailleurs mitraille le cortège tuant et blessant de nombreux manifestants.

A l'approche du référendum d'autodétermination, des commandos de l'OAS lancent l'opération 1830, avant de quitter l'Algérie, en juin; cela consiste à redonner à l'Algérie sont état pré-colonial en pratiquant la politique de la terre brûlée pour supprimer toutes traces de la présence française, à cet effet le port d'Oran est incendié et la bibliothèque de l'Université d'Alger est détruite par le feu[158].

C'est ce contexte qui conduit un million de Français (Pieds-Noirs, les Harkis, les Juifs, etc.) à quitter l'Algérie en quelques mois, principalement d'avril à juin 1962 . Un million de réfugiés algériens reviennent en Algérie.[réf. nécessaire]

L'indépendance de l'Algérie est proclamée après les résultats du référendum d'auto-détermination, mené cette fois, dans les départements d'Algérie[158].

Quant aux colons stricto-sensu (c'est-à-dire dans le sens d'usage courant en Algérie de l'époque, de propriétaire-exploitant agricole), leur départ est plus échelonné que celui de la masse des Pieds-Noirs[159]. Il y aurait eu en septembre 1962 encore 15 000 colons exploitant leurs terres en Algérie, sur un total estimé de 22 000[160]. Toutes les terres propriétés des Européens étant nationalisées en octobre 1963, le départ définitif des colons et de leurs familles est terminé en 1964.

Massacre des Européens et harkis

Article détaillé : Massacre du 5 juillet 1962.

Cependant, de nombreux harkis ne sont pas autorisés à être rapatriés au même titre que les européens ou les juifs par le gouvernement français, et des réfugiés ayant clandestinement rejoint la métropole sont rembarqués à destination de l'Algérie, tandis que les officiers français les ayant aidés (en désobéissant aux directives officielles) sont sanctionnés. Les clauses des accords d'Evian portant sur l'amnistie générale des crimes commis pendant la guerre et les garanties concédées aux européens ne sont pas respectées par les indépendantistes et de nombreux harkis et leur famille [réf. nécessaire]sont torturés et massacrés par les Algériens dès la proclamation du cessez-le-feu, le 19 mars 1962.

Lors de la proclamation de l'indépendance le 5 juillet 1962, des exécutions sommaires[161], des lynchages (place d’Armes, boulevard de Sébastopol, place Karguentah, boulevard de l’Industrie, rue d’Arzew et ailleurs[162]), des actes de torture (pendaison[163], pendaison à des crocs de boucher[164]) sont commis contre la minorité européenne lors du massacre d'Oran. L'armée française présente sur place assiste à la scène avec ordre des autorités françaises de ne pas intervenir en application des accords d'Evian.

La République algérienne depuis 1962

Article détaillé : Histoire de l'Algérie depuis 1962.
Population en liesse après la proclamation officielle de l’indépendance (5 juillet 1962)
carte d'Algérie

Indépendance

Après la guerre d'indépendance (1954-1962), le référendum d'autodétermination voté en France métropolitaine (1961), le Référendum sur les accords d'Évian (1962) et le cessez-le-feu du mars 1962, le Front de libération nationale (FLN) prend le pouvoir et devient parti unique (voir dictature). Il engage l'Algérie vers une voie socialiste, abandonnée en 1976 sous Houari Boumedienne.

L'armée française évacue ses dernières bases en Algérie qui constituent autant d'enclaves autorisées par les accords d'Évian, Reggane et Colomb-Bechar (1967), Mers el-Kébir (1968), Bou Sfer (1970) et B2-Namous (1978).

Confronté à d'importants mouvements de protestation et à la crise économique, le pouvoir engage la démocratisation du régime à la fin des années 1980, sous la direction de Chadli Bendjedid.

Guerre civile (Décennie du terrorisme)(1991-2002)

Article détaillé : Guerre civile algérienne.

Le processus est toutefois brutalement interrompu à la suite de la victoire électorale du Front islamique du salut, parti visant la création d'un État islamique. L'Algérie plonge alors dans un bain de sang. La guerre civile dure plus d'une décennie et fait près de 200.000 morts[réf. nécessaire].

Groupes terroristes islamistes algériens et la France (1995)

Le terrorisme islamiste algérien s'exporte en France avec la vague d'attentats commis en 1995 par le Groupe islamique armé (GIA). Les non-musulmans sont désignés persona non grata en Algérie par les groupes islamiques armés ce qui se manifeste par l'assassinat des moines de Tibhirine (1996) et le départ des derniers Juifs.

Réconciliation nationale

En 1999, Abdelaziz Bouteflika est élu président, et entame alors une politique de réconciliation nationale. Il est critiqué pour ses manières autocratiques, tandis que le chômage affecte encore plus d'un tiers de la population.

Algérie contemporaine

En 2009, Abdelaziz Bouteflika est réélu pour un troisième mandat après avoir fait amender la Constitution algérienne.

Voir aussi

Liens externes

Bibliographie

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Notes

  1. Les couleurs du drapeau sont toujours utilisées par le club de football Widad Amel Tlemcen
  2. Les couleurs du drapeau sont toujours utilisées par le club de football Nasr Athlétique Hussein Dey

Références

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  127. Dien Bien Phu: Le site officiel et historique de la bataille
  128. Messali Hadj: pionnier du nationalisme algérien, 1898-1974, Par Benjamin Stora, Messali Hadj. Publié par RAHMA, 1991
  129. Le dictionnaire des livres de la guerre d'Algérie: romans, nouvelles, poésie, photos, histoire, essais, récits historiques, témoignages, biographies, mémoires, autobiographies : 1955-1995. Par Benjamin Stora. Publié par Éditions L'Harmattan, 1996. ISBN 2-7384-4863-1. Page45
  130. Histoire de l'Afrique contemporaine: de la Deuxième Guerre mondiale à nos jours. Par Marianne Cornevin. Edition: 2. Publié par Payot, 1978. page 37,40
  131. Les Français d'Algérie: vie, mœurs, mentalité de la conquête des Territoires du Sud à l'indépendance. Pierre Mannoni. L'Harmattan, 1993, ISBN 2-7384-1377-3, p272-273
  132. « La guerre d’Algérie a commencé à Sétif », Mohammed Harbi, Le Monde diplomatique, mai 2005.
  133. 1er novembre 1954
  134. a et b http://www.algerie-dz.com/article1211.html
  135. Voir page 232 in Européens, "indigènes" et juifs en Algérie (1830-1962), Kamel Kateb, PUF, 2001
  136. Joseph Leriche, Les Algériens en France. Étude démographique et sociale, Population, 1955, Volume 10, Numéro 1, p.100
  137. Valérie Morin, Qu’est-ce qu’être français en Algérie ? L’ambiguïté coloniale
  138. Le MTLD le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, 1947-1954, De Jacques Simon
  139. Jacques Simon, Le MLDT
  140. a, b, c, d, e, f et g Yves Courrrière, La guerre d'Algérie
  141. Le Parti communiste français dans la lutte contre le colonialisme. Par Monique Lafon.Publié par Éditions sociales, 1962. page 140
  142. Fragments d'un combat: 1938-1940, Alger. Républicain, le Soir Républicain : articles par Albert Camus, Jacqueline Lévi-Valensi, André Abbou. Publié par Gallimard, 1978 Notes sur l'article: v. 1-2. page 565
  143. Anne Mathieu, Jean-Paul Sartre et la guerre d'Algérie, Monde diplomatique, novembre 2004
  144. Arno Münster, Sartre et la praxis, p 257
  145. Sympathisant du FLN chargé du transport de fonds et de documents confidentiels à l'intérieur de la métropole
  146. http://expositions.bnf.fr/Sartre/arret/1952.htm Exposition Bnf sur Sartre
  147. Yves Courrière, La Guerre d'Algérie, page 78
  148. Yves Courrière, La Guerre d'Algérie, page 92,93
  149. http://www.al-djazair.com/articles/Le_22_octobre_1956.pdf
  150. La Fédération de France de l'union syndicale des travailleurs algériens, USTA: son journal. Par Jacques Simon, Union syndicale des travailleurs algériens. Fédération de France. Publié par L'Harmattan, 2002. ISBN 2-7475-3083-3. page 134
  151. 23/10/1958 "Paix des braves"; 16/09/1959 Droit à l'autodétermination; 05/03/1960 "Algérie algérienne" ; 02/10/1961 "État algérien souverain et indépendant"
  152. Claude Martin - L'agonie d'Oran- p.23
  153. Guy Pervillé -OAS, le terrorisme du désespoir- 2004 Article en ligne « Le référendum du 8 janvier 1961 avait manifesté l’importance des “non”, exprimant tous la volonté de garder l’Algérie française : 781.989 « non », soit 18% des inscrits. C’était un pourcentage voisin de celui des Européens dans le corps électoral, mais la majorité absolue des suffrages exprimés dans les départements et les arrondissements où ceux-ci étaient le plus concentrés (départements d’Alger et d’Oran, arrondissements de Bône et de Philippeville). ». Il s'agit des résultats en Algérie, et non du résultat global.
  154. Guy Pervillé -OAS, le terrorisme du désespoir- 2004 - article cité
  155. Guy Pervillé -OAS, le terrorisme du désespoir- 2004, article cité « (l'OAS) souffrit d’une contradiction majeure entre le refus moral d’accepter la victoire du terrorisme du FLN et la tentation d’imiter ses méthodes pour leur efficacité »
  156. a et b Guy Pervillé - Le terrorisme urbain dans la guerre d’Algérie - 2000 Lire en ligne
  157. Cf . lettre de démission de membres du FLN adressé au GPRA le 27 juin 1962 in Guy Pervillé - Les conditions du départ d’Algérie (1995) Lire en ligne
  158. a et b ALGÉRIE 1962 - La grande dérive: la grande dérive. Par M-Ali Haroun. Publié par L'Harmattan, 2005. ISBN 2-7475-8865-3.Page 53
  159. On estime qu'au 31 juillet 1962, 740 000 personnes sur une population "pied-noire" d'environ un million avaient quitté l'Algérie (dont 540 000 depuis le 1° janvier), soit les 3/4
  160. En septembre 1962 « 7000 des 22000 agriculteurs n'étaient pas rentrés, bien qu'en accord avec le gouvernement français, j'avais indiqué dans mes discours que ceux qui abandonnaient leur terre ne seraient pas indemnisés. » (Mémoires de Ben Bella) Les domaines agricoles nationalisés en 1963 ne seront pas non plus indemnisés.
  161. Georges-marc Benamou, Un mensonge français, p. 256.
  162. Jean Monneret, La Tragédie..., p. 124.
  163. Gérard Israël, Le dernier jour de I'Algérie Française, p. 277.
  164. « À un croc de boucherie, près du cinéma Rex, on peut voir, pendue, une des victimes de ce massacre. » Benjamin Stora, Histoire de la guerre d'Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004, p. 85. « Près du cinéma Rex, une femme venait d’être pendue à un croc de boucher. » Georges-Marc Benamou, ibid.

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Contenu soumis à la licence CC-BY-SA. Source : Article Histoire de l'Algérie de Wikipédia en français (auteurs)

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