Histoire De La Bourgogne


Histoire De La Bourgogne

Histoire de la Bourgogne

Sommaire

Présentation

L'histoire de la Bourgogne est l'histoire de la région administrative de Bourgogne qui regroupe aujourd’hui les départements de l’Yonne, de la Nièvre, de la Côte-d'Or et de la Saône-et-Loire.

Le premier ensemble territorial portant le nom de « Bourgogne », (Burgondie ou regnum Burgundiae en latin), a été constitué par le peuple venant des bords de la mer Baltique portant le nom de Burgondes et s’établissant en Gaule romaine (en Sapaudie, dans l'actuelle région de Genève) vers 430, avec l'autorisation des autorités de l'Empire romain. Ce peuple a profité de la chute de l'Empire pour agrandir son territoire qui a fini par atteindre une vaste dimension géographique. Les limites du premier royaume de Burgondie, à la fin du règne du roi Gondebaud (463-516) s’étendaient ainsi de l’Alsace au nord, à la vallée du Rhône, touchant même, à son apogée, à la Provence au sud et, au-delà du Jura, à la Suisse romande.

Après les Burgondes, les grandes familles régnantes de l'Histoire, les Mérovingiens, les Carolingiens, les Capétiens, puis les Valois, et les Bourbons, tour à tour, au milieu de luttes continuelles pour s’en assurer le contrôle, effacent et redessinent constamment les frontières de ce qui devient peu à peu la Bourgogne. Les remous de l’histoire font qu’au cours des siècles, cet ensemble de territoires aussi divers, est écartelé, démembré, quelquefois rassemblé mais ne jamais semblable à lui-même.

Le royaume burgonde, donne naissance à diverses entités territoriales qui prennent le nom de « royaume de Bourgogne », ou « royaume d'Arles », avec la Provence, le Dauphiné et la Savoie ; de « Bourgogne ducale », ou « duché de Bourgogne » ; de « Bourgogne Comtale » ou « Comté de Bourgogne » ou encore « Franche-Comté ». On parle également d’« État de Bourgogne », et de « province de Bourgogne ». L’ensemble territorial constitué par les quatre départements formant la région administrative de Bourgogne, issu partiellement de l’ancienne province de Bourgogne[1], fait ainsi référence directement au peuple Burgonde.

De Bibracte à Alésia en passant par Autun le sol bourguignon ouvre les pages du roman de la conquête de la Gaule par Jules César. Terre de forte spiritualité, la Bourgogne fait résonner du Xe siècle au XIIe siècle son nom bien au-delà des monts par les voix de Cluny et de Cîteaux. Cluny et Cîteaux : « foyers de science dogmatique, foyers d’art, foyers de pensée réformatrice, mais aussi instituts d’activité économique et sociale d’une prodigieuse efficacité et d’une inestimable valeur » écrit l'historien Joseph Calmette[2]. Et si Cluny nous cède toute l'aventure des bâtisseurs romans dans les églises de la Bourgogne méridionale, l'esprit de Cîteaux, de Bernard de Clairvaux et de ses moines blancs lèguent dans ses nombreux témoignages gothiques, un art dépouillé où tout n'est qu'ordre, beauté et silence. Quelques siècles plus tard les ducs Valois en unissant la Bourgogne et les Pays-Bas ouvrent une des pages les plus prestigieuses de son histoire. Philippe le Bon, « grand Duc du Ponant », le plus fastueux des ducs, fondateur de l'Ordre de la Toison d'Or, fait rayonner sa cour sur les plus hauts degrés de splendeur des temps féodaux et étend sa renommée jusqu'en Orient. Les ducs font de leurs États une grande puissance européenne, rivale du royaume de France, et portent au zénith le prestige de la Bourgogne.

Territoire de Bourgogne au Paléolithique & à l'Épipaléolithique

Territoire de Bourgogne au Paléolithique-inférieur

Le Paléolithique inférieur est la plus longue et plus ancienne période de la préhistoire. Les paléontologues la font remonter à 120 000 ans avant J.-C. Des découvertes d’éclats clactoniens datant de cette époque ont été faites dans les grottes d’Arcy-sur-Cure[note 1] dans l’Yonne. La grotte Azé, au hameau de Rizerolles, en Saône-et-Loire, est connue pour les restes d’ours et de lion des cavernes qui y ont été trouvés. Des découvertes ont été faites également à la grottes des Furtins à Berzé-la-Ville, ou bien dans les alluvions des rivières, comme celles faites dans la vallée de la Saône à Romanèche ou encore au confluent de la Grosne et de la Saône. Toutes ces découvertes attestent d’une présence humaine en Bourgogne au Paléolithique inférieur[3].

Territoire de Bourgogne au Paléolithique-moyen

Au Paléolithique moyen qui s’est déroulé de 120 000 à 35 000 ans avant notre ère les hommes de la préhistoire ont laissé des traces plus nombreuses et précises de leur présence. Ils sont présents à Vergisson dans le Mâconnais, ou en Côte-d’Or à Genay (gisement qu’ils ont laissé à la base de la « Montagne de Cra » qui a permis de découvrir des vestiges humains qui appartiennent à un seul individu Néandertalien, adulte masculin âgé d’une quarantaine d’année considéré comme le plus ancien bourguignon), et ils occupent toujours les grottes d’Arcy-sur-Cure.

Territoire de Bourgogne au Paléolithique-supérieur & à l'Épipaléolithique

Au Paléolithique supérieur, de 35 000 à 8 500 avant notre ère, la rigueur du son climat glaciaire semble, avec le manque de refuges, la cause d’une activité moindre qu’au Paléolithique moyen. Des hommes sont venus s’installer au pied de la Roche de Solutré en Saône-et-Loire, où s’étale le gisement du Crot du Charnier[4] qui révèle une occupation s’étirant sur plus de 25 000 ans. À Arcy-sur-Cure les premiers bourguignons ornent de gravures et peintures les parois de la « Grande Grotte », preuve qu’ils avaient des contacts avec les foyers artistiques du sud-ouest[5].

Territoire de Bourgogne au Mésolithique & Néolithique

La Bourgogne a été une zone de peuplement florissant au Néolithique. Cette période s’étend environ entre 5500 av. J.-C. et 2000 av. J.-C.. La néolithisation du IVe millénaire avant notre ère s’accomplit en Bourgogne du nord et dans l’Yonne au contact de populations originaires de la vallée du Danube. Fondée davantage sur une économie non plus basée sur la chasse mais sur l’élevage et l’agriculture, la société des premeirs bourguignons évolue et les conditions de vie s'améliorent. À la fin du IVe millénaire, une puissante culture venue de Méditerranée se diffuse en Bourgogne, par le sud. Les porteurs de cette civilisation s’installent dans les sites de hauteurs, sur des « éperons barrés » comme celui du Châtelet à Étaules en Côte-d’Or. Le site éponyme de Chassey-le-Camp en Saône-et-Loire en constitue le site le plus célèbre. Il a donné son nom à la culture néolithique du même nom : le « chasséen ». C’est entre 2500 av. J.-C. et 2000 av. J.-C. que le cuivre est introduit en Bourgogne probablement par des populations venues d’Allemagne[6].

Territoire de Bourgogne dans la Protohistoire & la Gaule-romaine

Territoire de Bourgogne à l'Âge du Bronze

Âge du Bronze
Quelques objets du trésor de Blanot
(Musée archéologique de Dijon)

L'âge du Bronze couvre une période qui s’étire de 1800 av. J. -C. à 725 av. J.-C. au cours de laquelle la Bourgogne connaît trois périodes de migrations successives de peuples venus principalement d’Europe centrale qui apportent avec eux leur culture et leur maîtrise de la technologie du bronze.

La première vague de migration qui couvre la période de à 1800 av. J. -C. à 1500 av. J. -C. fonde avec elle une phase de développement due à la production et au façonnage du métal. On assiste alors à une transformation de l’économie et de la structure sociale avec la création d’un nouveau corps artisanal pour le travail du métal. Le commerce et les échanges nécessaires à l’obtention de la matière première vont se développer considérablement. De nouvelles migrations de 1500 av. J. -C. à 1200 av. J. -C. apportent une Civilisation dite des Tumulus qui fait progresser la métallurgie locale. Les hommes choisissent les plateaux de la Côte-d’Or (zone du Châtillonais ou l’arrière-côte dijonnaise) pour la construction de leur tumuli. À la fin de l’âge du bronze, période s’étalant de 1200 av. J. -C. à 800 av. J. -C. arrive le troisième flux migratoire, population dite des « champs d’urnes », apportant avec eux leurs coutumes particulières comme l’incinération mais aussi leurs connaissances dans l’industrie du bronze faisant faire à cette industrie des progrès décisifs qui connaît alors un essor considérable.

Territoire de Bourgogne à l'Âge du Fer

Le Hallstatt en territoire de Bourgogne

Le Cratère de Vix
D’une contenance de 1 100 litres et d’un poids de 208 Kg, il date de 500 av. J.-C. environ
Article détaillé : Civilisation de Hallstatt.

Nécropoles et tumuli du premier âge du fer en Bourgogne sont essentiellement identifiés en Côte-d’Or ainsi que sur les plateaux de la Nièvre, de la Saône-et-Loire et de l’Yonne. La nouvelle technologie du fer va progressivement supplanter celle du bronze et va développer une civilisation florissante. Ils ont laissé d’impressionnants vestiges de leurs installations comme les éperons barrés : le Châtelet d’Étaules en Côte-d’Or, le camp de Chora à Saint-Moré dans l’Yonne ou en Saône-et-Loire au camp de Chassey. Les guerriers sont inhumés avec leurs grandes épées de fer et quelque fois avec leurs rasoirs de bronze. C’est l’époque d’occupation[7] du Mont Lassois près de Châtillon-sur-Seine où les chercheurs Maurice Moisson et René Joffroy firent en 1953 la découverte de la sépulture de la « princesse » de Vix, connue mondialement par la richesse de son mobilier funéraire et de son cratère de bronze.

La Tène en territoire de Bourgogne

Bassin Monumental de Bibracte
Article détaillé : La Tène.

Le début de la Tène, au milieu du premier millénaire av. J.-C., ouvre une période moins prospère en Bourgogne. Il faut attendre la Tène moyenne pour que la prospérité renaisse. Les échanges commerciaux reprennent avec le monde méditerranéen. De puissantes citadelles, les oppida vont être construites, à Alésia en Côte-d’Or, au mont Avrollot dans l’Yonne, et Bibracte sur le mont Beuvray, le mont Lassois va être réoccupé.

C’est à la fin de cette époque, autour des grands oppidums, que « pour la première fois on voit surgir des brumes du passé des noms de cités, de villes et même d’hommes[8] ».

Peuples gaulois du territoire de Bourgogne

Répartition des peuples gaulois

Le territoire de la Bourgogne est occupé du Hallstatt à la Gaule romaine par une grande diversité de peuples celtes. Zone de passages obligée, sa situation géographique le place au cœur des voies de circulation terrestres et fluviales[9] d'un trafic qui s'écoule entre la Méditerranée et la Gaule septentrionale jusqu'à la Manche. L'importance du commerce qui s'y développe est tel qu'il conduit trois peuples voisins à adopter un système monétaire commun[9][note 2] favorisant une réelle unité économique. Ce système assure la prospérité de la zone bourguignonne. Traversée par ces grands courants de circulation, ouverte à tous les contacts, la région favorise le brassage des influences diverses reliées par une certaine unité d'intérêt et de culture.

Occupant la partie méridionale de l'actuelle Bourgogne dans les Monts du Morvan, le peuple des Éduens contrôle les échanges commerciaux entre l'axe de communication Saône-Rhône et le Bassin de la Loire. Sa capitale Bibracte sur le mont Beuvray constitue le foyer intellectuel du druidisme, cœur défensif et administratif de leur territoire. Au nord, ils sont au contact des Mandubiens installés sur l'oppidum d’Alésia et qui forment une zone tampon avec les Sénons établis au nord, entre l'Yonne et la Seine. À l'ouest, ils ont pour voisins les Bituriges, peuple allié. Au sud, dans la Dombe et le Bugey ils sont au contact des peuples confédérés des Ségusiaves et des Ambarres. Les Ambivarètes et les Branovii se comptent aussi, selon César, au nombre des confédérés.

Les Lingons sont établis entre l'Yonne et la Saône, sur la partie nord du Plateau de Langres et ses marges. Il contrôlent les échanges commerciaux entre l'axe Saône-Rhône, le Bassin parisien et la vallée de la Meuse. A sa plus grande extension, la partie sud de leur territoire couvre approximativement dans l'actuelle Bourgogne la majeure partie du département de Côte-d'Or (arrondissements de Montbard et de Dijon) et l'est du département de l'Yonne (Arrondissement d'Avallon).

À l'est, sur un vaste territoire débordant quelque peu sur la rive droite de la Saône, est établi le puissant peuple des Séquanes dont la capitale est Vesontio (Besançon), citadelle sur un roc escarpé enserrée dans un méandre du Doubs.

Territoire de Bourgogne dans la Gaule-romaine

Territoire de Bourgogne dans la conquête de la Gaule

Vers 60 av. J. -C., Éduens et Séquanes se disputent la maîtrise de la Saône qui leur sert de frontière et s'arrachent les péages du fleuve[10]. Après une première défaite, les Séquanes, alliés aux Arvernes appellent Arioviste et ses Germains à l'aide pour arriver à triompher de leurs ennemis. Les Éduens sont vaincus sans que les Romains n'interviennent. Deux ans plus tard c'est la migration des Helvètes qui pousse César à intervenir en Gaule. En juin 58 av. J.-C. le général romain remporte sur ce peuple une victoire près de Bibracte. L'armée de César hiverne à l'automne de cette année en territoire Séquane à Vesontio et, l'année suivante, marche contre Arioviste et lui inflige une terrible défaite près de Cernay, en Alsace, l'obligeant à repasser le Rhin. De libérateur, César devient conquérant. Le poids de la présence romaine qui se fait finalement trop lourd pour les peuples de Gaule provoque un vent de révolte. Les Éduens finissent par se rallier à ce vaste mouvement de résistance auquel ils apportent leur puissance[11]. Le bastion bourguignon est le creuset où s'est nourrie la décision d'engager une vigoureuse lutte armée. La réunion suprême de Bibracte confirme l'Arverne Vercingétorix dans le commandement de l'armée fédérée gauloise. Il appelle au soulèvement général qui ne sera que partiellement suivi. L'issue de la bataille livrée à Alésia est fatale aux Gaulois. Sa reddition du 27 septembre -52 met fin à l'indépendance gauloise et c'est de Bibracte où il passe ses quartiers d'hiver que César rédige son De bello Gallico.

Territoire de Bourgogne dans la Gaule-romaine du Haut-empire

Troubles en territoire Éduen

César accorde sa clémence aux vaincus. L'imperator accorde aux Éduens, le statut de civitas foederata (Cité fédérée). La Bourgogne s'organise dans un système de domination souple. À deux reprises toutefois, elle connaît une période de troubles et de violences. D'abord sous Tibère, en 21 ap. J.-C. Trouvant la contrainte fiscale trop lourde, l'Éduen Sacrovir fomente une révolte et s'empare d'Autun. La révolte est vite réprimée par Silius et ses deux légions venues de Germanie[12]. En 68-70 ap. J.-C., lors d'une crise dynastique tendant à destituer Néron, les Éduens appuient la révolte gauloise menée par Julius Vindex, le légat de la Gaule Lyonnaise pour soutenir son prétendant Galba. Son aventure s'arrête devant Besançon mais l'armée de Vitellius, nouveau prétendant soutenu par les Lingons, fait quelques dégâts dans la vallée de la Saône et la reconquête de la Germanie sous Vespasien a pour effet de multiplier, en Bourgogne, le nombre et l'importance des bases militaires, tel les vestiges du camp découvert près de Mirebeau-sur-Bèze qui offre un bel exemple de ville militaire.

« Pax romana » en territoire de Bourgogne
Le dieu Sucellus
Article détaillé : Augustodunum.

Les moments de troubles ne nuisent pas au développement de la Bourgogne qui connaît la prospérité et ses bourgades, dans lesquelles se regroupe la population, connaissent un essor rapide, mais Dijon encore très loin de prétendre à la dignité de capitale n'est que Divio, (« aux deux rivières »), une petite agglomération, ou même un poste militaire installé à la Noue. Les dignitaires locaux acceptent volontairement la civilisation des vainqueurs et se romanisent profondément. Les bienfaits de la pax romana vont s'étendre jusqu'au IIIe siècle. Par ses voies de communication terrestres qu'Agrippa fait ouvrir à partir de Lyon et qui sillonne les pays éduens, sénon et lingon[13], par les voies transversales, et par ses nombreuses voies navigables, dont la Saône avec sa corporation des nautes ararici[14] est l'axe principal, la Bourgogne est le point de passage obligé par lequel voyagent vin, produits agricoles, étain, métaux et huile. La densité des échanges assure la prospérité du pays. Les production agricoles locales, comme l'écrit Strabon.[15], sont nombreuse est variées, la vigne s'est installée sur la Côte bourguignonne et les Gaulois, bons tonneliers, ont substitué très tôt la barrique à l'amphore, trop lourde et trop fragile.[16].

Cultes et divinités en territoire de Bourgogne gallo-romain
Article connexe : Mythologie celtique gauloise.
La statue de Rosmerta
Musée d'Autun

Les nombreux sites où subsistent des vestiges témoignent d'une vie religieuse intense et d'une grande variété de cultes. Parmi ces sites on peut citer Alésia, les sources de la Seine, les Bolards, (ancienne bourgade gallo-romaine près de Nuits-Saint-Georges). Les sources de la Seine sont le lieu de célébration du culte de la divinité guérisseuse de Sequana. Les recherches ont permis de découvrir près d'un millier d'ex voto de pierre, de bronze ou de bois. Au cœur du vicus des Bolards sont vénérées des divinités gauloises et romaines et les vestiges d'un temple dédié au dieu perse Mithra, apporte la preuve de l'implantation des cultes orientaux. De vieilles divinités gauloises qui ne trahissent aucune influence romaine subsistent comme en témoignent les sculptures du dieu à andouillers Cernunnos, ou de la déesse Rosmerta retrouvées sur le complexe thermale d'Escolives-Sainte-Camille, le « dieu au maillet[17] » assimilé à Sucellus, le dieu aux oiseaux. D'autres représentation de divinités vénérées par les Gaulois montrent l'influence gréco-romaine : Apollon qui assimile Belenos, Borvo ainsi que diverses autres divinités, Mercure le dieu au pétase, dont César affirme qu'il est le plus vénéré en Gaule.

Territoire de Bourgogne dans le Bas-empire romain

Territoire de Bourgogne dans la désorganisation du Bas-empire romain
Article détaillé : Invasions barbares.

Le pouvoir de rome qui s'émiette ouvre la porte aux peuples Barbares. À partir du IIIe siècle, le déferlement successif de vagues de Barbares venus de l'est ajouté à l'instabilité du pouvoir va mettre un terme à celle période de prospérité. Le premier raid des Alamans atteint la Bourgogne vers 256-259 et sème la ruine un peu partout dans la province. En 269, Autun subit les représailles de Tetricus (ou de Victorinus selon certains auteurs), pour avoir soutenu l'empereur romain Claude II contre l'empereur des Gaules et subit un siège de sept mois avant d'être prise et pillée. En 297, le rhéteur Eumène, vingt ans après, dresse un à Constance Chlore un tableau de la ville qui n'évoque que ruines et désolations. Les Alamans réapparaissent en 275-276 et répètent les ravages qu'aggrave le péril nouveau des Bagaudes, ces bandes de paysans chassés de leur terre qui pillent pour leur propre compte. Pour mieux se protéger les villes se resserrent, se contractent se fortifient[18] et la prospère gaule romaine n'est plus qu'un souvenir[19].

Une période de calme réapparaît entre la fin du IIIe siècle et le début du IVe siècle, au temps de Maximien et de Constance Chlore lorsqu'ils parviennent à vaincre et à stopper les envahisseurs. Constance Chlore fait restaurer Autun où l'université peut être rétablie. En 311, Constantin y fait une visite rapide. En 350, Autun brillera une dernière fois avec le couronnement de l'empereur Magnence. Mais la pression de l'envahisseur persiste et au milieu du IVe siècle les dernières vagues vont submerger le pays. En 355 Autun une nouvelle fois assaillie par les Alamans est débloquée par Julien l'Apostat, le nouveau César installé par l'empereur Constance.

Christianisation du territoire de Bourgogne

De l'Orient arrive en Bourgogne le culte de Mithra. De l'Orient arrive aussi le christianisme. Les marchands et les soldats qui viennent de ces contrées sont les parfaits vecteurs de cultes venus d'Asie Mineure. Remontant l'axe du Rhône et de la Saône ils sont arrivés à Autun, la ville la plus prospère et brillante de la région ou à Sedelocus (Saulieu), étape sur la voie d'Agrippa, pour commercer, étudier ou pour faire souche. D'autres ont pu être envoyé par l'Église de Lyon, la plus vieille Église des Gaules, fondée au second siècle par Irénée († 202) qui envoyait ses missionnaires dans les régions voisines. Les premiers noms de chrétiens sont grecs : Pectorios, Symphorianos, (Symphorien), Andochios (Andoche), Thyrsos (Thyrse). À Autun fut retrouvée sur une plaque de marbre, une inscription d'une dizaine de lignes rédigée en langue grecque : la célèbre inscription de Pectorios[20]. Pectorios y souhaite à ses parents défunts le plus doux des sommeils. Cette inscription daterait du IIIe siècle ou IVe siècle. Parmi la population indigène le cas le plus singulier fut celui de Reine habitante de la bourgade d'Alésia au IVe siècle. Elle aurait été martyrisée par Olibrius, un fonctionnaire impérial. Le culte de cette sainte paraît être garanti par la découverte d'un ensemble composé d'un plat et de trois coupes, datés du IVe siècle, et utilisés, pense-t-on, pour la célébration eucharistique. Sur le plat on distingue un poisson (l'ictus) comme à Autun et le nom de « Regina » y est gravé[21].

D'après Charles Commeaux[22] : « il paraît certain que l'évangélisation de la Bourgogne n'est pas antérieure, au plus tôt à la fin du IIe siècle ». En dehors des preuves indubitables laissées par ces découvertes, l'évangélisation de la Bourgogne est traditionnellement liée à des « souvenirs » des temps apostoliques et les villes bourguignonnes revendiquent leur saint martyr ou fondateur. Autun vénère ainsi Symphorien et Lazare ou « Ladre », patron de sa foire annuelle, Saulieu vénère Andoche et Thyrse, Tournus célèbre Valérien, Chalon Marcellus (Marcel), Dijon Bénigne alors qu'Auxerre célèbre Germain.

Naissance de la Bourgogne

Les Burgondes à l'origine de la Bourgogne

Article détaillé : Burgondes.

Burgondie

Article détaillé : Royaumes burgondes.

Le royaume burgonde de Sapaudia connaît une extension continue à partir de 457 et l'Empire romain reconnaît son autorité. Ses limites atteignent le Diois au sud, Langres au nord, s'étend jusqu'à la Drôme en 463, et même la Durance en 475. Ainsi se constitue la Burgondie, royaume qui réunit les civitates des Éduens, des Lingons, des Séquanes, des Senons, des Leuques. Lyon, Vienne et Avignon font partie de leur territoire. À Langres en 479, peut-être[23], Aprunculus, l'évêque de Langres est contraint de fuir l'hostilité du roi des Burgondes. La prise de possession de Dijon par Gondebaud et ses frères « peut remonter à l'année 476, sinon plus tôt[24] ». Les rois burgondes se flattent d'associer à leur titre celui de magister militum Galliarum, (« maître de la milice des Gaules ») et « patrice » [25]. De plus, ils ont pris soin de respecter les usages et les lois des gallo-romains.

Le souverain burgonde Gondebaud promulgue en 502 une nouvelle législation, la lex Burgundionum, qu'on appellera plus tard, d'après son nom, « loi Gombette » dans laquelle sont transcrites les règles à deux usages ; les règles du droit à appliquer aux Burgondes et celles à appliquer « entre un Burgonde et un Romain ». Gondebaud revenu en Gaule accède au pouvoir vers 474 et devient roi en union avec ses trois frères, Godegisèle, Gondemar et Chilpéric. Selon Grégoire de Tours[26] : « Gondebaud égorgea Chilpéric son frère et noya le femme de celui-ci [...]. Il condamna à l'exil ses deux filles ; [...], la plus jeune s'appelait Clotilde ». Gondemar, un des trois frères de Gondebaud fut sans doute lui aussi éliminé. Voir aussi le chapitre « Gondemar a disparu mystérieusement », in Clovis, un roi de légende, p. 148, de Michèlle Laforest, Albin Michel, (ISBN 2-226-08714-1).</ref>. Par cette loi, Gondebaud est fait indiscutablement maître de la Bourgogne.

En 500 ou 501, le roi des Francs, Clovis Ier, à l'ambition non déguisé, répond (aux dires de Grégoire de Tours) à une sollicitation de Godegisèle, frère de Gondebaud, qui avait promis sa soumission si on l'aidait à vaincre son frère. Clovis lève alors une armée. La bataille se déroule presque sous les murs du castrum de Dijon[27]. Gondebaud vaincu s'enfuit et trouve asile à Avignon. L'année suivante, à la suite d'un accord signé entre les deux protagonistes sur la Cure (la rivière de Quoranda), le vaincu cède au roi des Francs la Champagne et l'Auxerrois. Gondebaud devient même l'allié de Clovis Ier. Les représailles de Gondebaud à l'encontre de son frère ne tardent pas. En 501, il attaque Godegésile retranché dans Vienne et le tue [28]. À la faveur de ce traité la Burgundia jouit de la paix pendant plusieurs années.

Chute du Royaume-burgonde

Article détaillé : Guerre de Burgondie.
Maurice d'Agaune
Canton du Valais (Suisse)
Portail de l'abbaye de Saint-Maurice

Gondebaud décède en 516. Sigismond et Godomar, fils cadet, succèdent à leur père. Sigismond fervent catholique converti au catholicisme grâce aux sermons d'Avitus (Avit) est le fondateur de la grande abbaye royale d'Agaune dédiée aux martyrs de la légion thébaine. Il s'y retira en pénitence du crime qu'il avait commis sur son fils Sigéric.

Les visées franques sur la Burgondie ne s'étaient pas éteintes avec la mort de Clovis Ier en 511. Trois des quatre fils de Clovis, Clodomir, roi d'Orléans ; Childebert, roi de Paris, et Clotaire, roi de Soissons, à l'exclusion de Thierry le roi de Metz qui avait épousé une fille de Sigismond, envahissent en 523 le royaume burgonde et capturent Sigismond qu'ils mettent à mort avec sa femme et ses enfants. [réf. nécessaire]Gondomar, son frère, poursuit la lutte et parvient à battre les Francs le 21 juin 524 à la bataille de Vézéronce où Clodomir trouve la mort. La lutte reprend en 532 ou 533 avec Clotaire et Childebert qui s'emparent d'Autun. En 534 une dernière campagne, décisive, à laquelle se joint leur neveu Théodebert Ier met fin au royaume burgonde. Dijon est attribué à Théodebert Ier.




Bourgogne mérovingienne

Le roi Gontran

Le Royaume de Gontran : l'Austrasie et le couloir Austrasien en Provence, isolant Arles

En 558, Clotaire réunit l’ensemble du royaume franc entre ses mains à la mort de ses frères. En 561, le royaume franc est à nouveau partagé entre les quatre fils de Clotaire Ier. Gontran, l’un des fils reçoit de ce partage les anciennes terres de Clodomir Ier avec Orléans pour capitale, ainsi que la Burgondie (ou regnum Burgondiae, l’ancien royaume du Burgonde Gondebaud) dans son intégralité ; royaume qui s’étend au nord, du sud de la Champagne jusqu’à Arles au sud, et qui englobe à l’est le val d’Aoste[réf. nécessaire]. La Burgondie devient avec l'Austrasie et la Neustrie un des trois royaumes francs. Malgré ses possessions multiples, c’est à Chalon-sur-Saône que Gontran réside le plus souvent. Il y réunit des conciles et il fait ériger en 577 à Saint-Marcel une basilique et un monastère.

En 592, Gontran meurt sans héritier après avoir fait de son neveu, Childebert II, roi d’Austrasie, le fils unique de Sigebert Ier, roi d’Austrasie et de Brunehaut son héritier. Childebert décède en 596 faisant de son fils mineur, Thierry II l’héritier du regnum Burgondiae.

Brunehilde (ou Brunehaut)

Le supplice de Brunehaut
Miniature du XIVe siècle

C’est Brunehilde, la grand-mère de Thierry II, qui vient en Bourgogne pour exercer une régence qu’elle exerce pendant une vingtaine d’année, ne laissant à Thierry qu’un pouvoir nominal. Cette fille du roi Wisigoths, Athanagild, a reçu l’éducation élevée qu’offre la cour wisigothique. Elle s’est imprégnée des valeurs d’ordre et de rigueur du monde impérial[29]. Elle installe sa capitale à Autun, elle y fonde les abbayes de Saint-Jean-le-Grand, une abbaye de moniales et celle de Saint-Martin. Les historiens lui attribue également la remise en état du réseau des voies romaines bourguignonnes comme les « chaussées Brunehilde », mais aussi une révision du cadastre, une réforme fiscale et le service militaire[30]. Pour gouverner, Brunehilde s’appuie sur l’aristocratie d’origine et de culture romaine. Un Protadius (si détesté qu’il sera assassiné), puis un Claudius, sont successivement maires du palais, et les évêques d’Autun Syagrius (ou saint Syagre) et d’Auxerre, Desiderius, sont ses conseillers. Négligeant les grands de Bourgogne (dits les « leudes ») et les évêques, voulant mater la noblesse[30], elle s’attire l’hostilité de l’aristocratie tant austrasienne que bourguignonne. Afin d’exercer seule l’autorité royale elle favorise la vie dissolue que mêne son petit-fils Thierry ; ce qui lui vaut l’hostilité des religieux. Elle verra en représailles le moine Colomban, qui stigmatise leurs vices et leurs excès, refuser de bénir les fils adultérins qu’elle lui présente et lancer sa prophétie : « Sachez qu’ils ne porteront jamais le sceptre royal car ils sont sortis de mauvais lieux[31] ». Recevant le religieux un jour de l’an 609, dans un domaine royal que les historiens situent à Époisses[32], il jette violemment à terre la vaisselle royale et son contenu, manifestant ainsi brutalement son mécontentement.

Une lutte à mort oppose la simple servante Frédégonde, que Chilpéric Ier a pris pour épouse, à Brunehilde. Tellement épris de Frédégonde, Chilpéric Ier fait assassiner Galswinthe, la sœur aînée de Brunehilde qu’il avait épousé en 566. La mort de Frédégonde en 597 n’éteint pas la soif de vengeance qui étreint les deux femmes : Frédégonde a transmis sa haine à son fils Clotaire II. Il attend son heure. Les grands d’Austrasie et de Bourgogne vont lui fournir l’occasion. Jaloux de leur indépendance, ils refusent le joug que Brunehilde leurs impose. Ils refusent toute expression de l’autorité monarchique que Brunehilde veut restaurer et qui viendrait entraver leur liberté. Ils se tournent vers Clotaire II et le proclament roi de tous les Francs. La vieille reine ne peut faire face, à la fois, à ses ennemis du dehors et du dedans : son armée et son maire du palais Warnachaire la trahissent. La vieille reine fuit vers l’est. À Orbe[33], elle est stoppée dans sa fuite par le connétable Herpon et conduite aussitôt avec les quatre fils de Thierry II, Sigebert, Corbus, Mérovée et Childebert auprès de Clotaire qui se tenait alors à RenèveClotaire la fait alors supplicier en 613. Ses restes mutilés seront déposés à l’abbaye de Saint-Martin d’Autun.

Clotaire rattache le regnum Burgondiae à ses états : les royaumes d'Austrasie et de Neustrie, il devient l'unique roi des Francs. Il en jouit de 613 à 628. La Bourgogne devient neustrienne. Les leudes triomphent. Warnachaire à qui Clotaire II doit son triomphe sur Brunehilde est confirmé dans ses fonctions. En s’engageant à ne jamais lui retirer sa dignité, Clotaire a consacré la puissance des maires. Le roi neustrien est réduit à exécuter les souhaits de l’aristocratie[34][30]. Dagobert Ier qui lui succède en 629 doit parcourir la Bourgogne pour imposer son autorité. On trouve son passage à Langres, Dijon, Losne, Chalon-sur-Saône, Auxerre, Sens. La haute société mérovingienne restait une société brutale et barbare. Le meurtre y était en effet pratique courante. Le jour de son départ de Losne pour se rendre à Chalon, il ordonne de tuer Brodulfus[35], (ou Brodulf, ou encore Brunulfe selon les textes), un parent dont il avait eu à craindre la rivalité.

Dagobert Ier disparaît en 638. Sa mort ouvre le début d’une réaction aristocratique et d’une anarchie qui dure presque un siècle[réf. nécessaire]. Ses successeurs, dans la période de 638 à 752 ne sont plus que des fantômes, des « rois fainéants », neuf personnages inconsistants qui confient, au détriment de la fonction royale, le pouvoir à des membres de la haute aristocratie qui vont se disputer la charge de maires du palais. Les querelles sont fréquentes entre les élites bourguignonnes et les maires du palais.

Ébroïn et Saint-Léger

L’affrontement resté le plus célèbre est celui de Ébroïn et Saint Léger. Ils se livrent une guerre inexpiable. Ébroïn, maire du palais de Neustrie, installé à Paris ou dans les environs, cherche à unifier, à son profit, la Neustrie et la Burgondie[36] afin de rétablir le royaume franc. Il a besoin de briser la résistance de l’aristocratie des autres royaumes. En Bourgogne, Léger, évêque d’Autun depuis 659, et son frère Guérin, comte de Paris et de Poitiers se dressent contre lui. L'évêque d'Autun se veut le défenseur des libertés bourguignonnes. Il appartient à une des familles les plus riches de son temps. Tous deux sont des grands propriétaires terriens dans le Dijonnais. Léger possèdent en propre les villages de Tillenay, d’Ouges et de Chenove et Guérin est maître du château de Vergy où il a fondé l’église Saint-Saturnin[36]. Dans la lutte farouche qui les oppose, Léger parvient à capturer Ébroïn et à le faire enfermer au monastère de Luxeuil. Les grands, alors en position de force veulent imposer des conditions que Childéric II n’accepte pas. La fortune de Léger tourne : Childéric envoie Léger disgracié retrouver Ébroïn en captivité à Luxeuil. Les deux hommes sortent du monastère à la mort de Chilpéric et leur lutte reprend. Ébroïn fait capturer Léger dans sa ville épiscopale d’Autun en 674, le fait mutiler en lui crevant les yeux et l’exile à Fécamp d’où il se remet de ses blessures. Ébroïn décide alors de le faire assassiner. Ses sicaires lui font subir mille tourments avant que le bourreau ne le décapite en 677, dans le pays de Caux. Son frère Guérin a déjà subi le même sort. Deux ans auparavant, il est pris à Vergy et lapidé sous les murs de son château. L’abbaye de Saint-Vivant recueille sa tombe qu’au Moyen Âge l'on pouvait voir dans le transept de l’église du monastère[36]. Ebroïn mourut par le glaive quelques années plus tard, en 680 ou 683, le crâne fendu d’un coup d’épée.

Mais à travers tous ces règnes successifs, ses rois multiples et changeants, la permanence du royaume de Bourgogne s’atteste par l’existence d’un maire du palais propre au regnum Burgundiae.

Bourgogne carolingienne

Charles Martel, la Bourgogne soumise

La Bourgogne dans l’empire franc

Depuis la mort d’Ébroïn le regnum Burgondiae vivait une période d’anarchie à peine déguisée nourrit des tendances autonomistes de ses leudes. En Austrasie, s’élève l’étoile d’un nouveau maire du palais ; Pépin d’Héristal qui, par sa victoire de Tertry en 687, domine les trois royaumes francs. Son fils Charles Martel se fait proclamer duc d’Austrasie en 715 et manifeste de suite des visées unitaires en devenant le maître de la Neustrie et en y installant un roi d’apparat. La Bourgogne, où les évêques gardent la pleine autorité sur leurs cités, demeure insoumise, lorsque l’arrivée d’envahisseurs d’abord germaniques en 725, puis les Sarrasins en 731 ouvre une grave crise qui fournit l’occasion au fondateur de la dynastie carolingienne d’intervenir militairement en Bourgogne.

Les raids d’envahisseurs, vraisemblablement d’origine germanique[37] s’en prennent aux monastères de Luxeuil et d’Oyes qu’ils ravagent, se dirigent vers Sens où ils buttent contre la résistance de l’évêque de la ville, Ebbon, et reviennent sur l’abbaye de Bèze, qu’ils rasent. Ce sont ensuite les Sarrasins qui apparaissent en Bourgogne. Établis depuis 720 en Narbonnaise, ils remontent la vallée du Rhône, ravagent le Vivarais, le Viennois, le Lyonnais. En arrivant devant Chalon, la vague des envahisseurs se divise en deux branches. L’une fonce vers le nord, ravage une nouvelle fois l’abbaye de Bèze et saccage Langres. L’autre branche pille le 22 août 731 la ville d’Autun.

Charles Martel est persuadé, à tort ou à raison, que les grands de Bourgogne n’ont pas opposé de résistance sérieuse et que certains ont pactisé avec eux[38]. Libéré de la menace des sarrasins après sa victoire de Poitiers il dirige son armée sur le chemin de la Bourgogne, bien décidé à y faire reconnaître son autorité. La force met les Bourguignons « au pas ». Les Austrasiens prennent la place des Bourguignons qui sont déportés en nombre, les dignitaires de l’Église ne sont pas épargnés : Haimer, l’évêque d’Auxerre est arrêté, les biens sont partagés entre six princes bavarois, ceux de l’Église de Langres passent à Rémy, un frère de Pépin le Bref. D’après M. Chaume[39], Charles entreprend en Burgondie une seconde campagne en 736, qui « prend l’allure d’une exécution ». Tous doivent se soumettre devant sa puissance et reconnaître son autorité : la Burgondie est colonisée par les Francs du royaume d’Austrasie.

Charles Martel confie la garde de la Burgondie en 742 à son fils Pépin le Bref. À sa mort, elle passe à Carloman Ier, le fils de Pépin. La Burgondie déjà colonisée par les Francs est démembrée. Le vieux royaume de Burgondie perd ses limites : il réunit une part de la Neustrie et de l’Aquitaine, l’Alsace, la Lorraine, la Provence et le Languedoc. [réf. nécessaire]Les partages dynastiques qu’amorce l’époque carolingienne remettent en cause son unité. Les textes parlent bien encore de Burgundia ou de regnum Burgundiae, mais ces mots n’ont plus la même valeur géographique.

Succession de Charlemagne en Bourgogne

« Pagi » bourguignons

Les pagi bourguignons au IXe siècle

En l’an 800 avec Charlemagne c’est un empire qui naît. L’empereur y accomplit toute une œuvre de réorganisation. Comtes et évêques doivent rentrer dans l’ordre et sont soumis au pouvoir centralisateur. Le fonctionnaire impérial doté d’amples pouvoirs administratifs étend son autorité sur un pays ou pagus. Le pays de Bourgogne est divisé en « pagi » gouvernés par les comtes ou les évêques. Maurice Chaume[39] a dressé la liste des « pagi » qui le composaient, au nombre desquels on peut citer : à l’est de la Saône (Outre-Saône) : l’Amous, l’Escuens, le Varais : pagus dans lequel se trouve la ville de Besançon, le Portois : pagus dont le nom vient de Port-sur-Saône, le Lyonnais, et sur le rive droite de la rivière : le Bassigny, le Bolesmois, le Barrois, le Lassois situé au nord et à l’est de Châtillon ; il tire son nom du très vieux castrum de Latisco, l’ancien oppidum dont dépendait aux temps préhistoriques la nécropole de Vix, le Duesmois ou pays de Duesme, le Tonnerrois, l’Auxois, le Mémontois, le Dijonnais, l’Atuyer ; le pays des Attuariens[40], du nom d’une tribu barbare de race batave ou franque transplantée au sud de la cité de Langres, peut-être au temps de Constance Chlore, dont le chef-lieu est Fouvent, et qui rassemble les vallées de la Tille, la Vingeanne, la Bèze et l’Albane, l’Oscheret ou pays de l’Ouche ; il groupait ce qui avait été l’ancien diocèse de Losne et la partie méridionale extrême de celui de Langres, au sud d’Orgeux et d’Arc-sur-Tille[41], et aussi le Langrois, le Chaunois, le Beaunois, l’Autunois et le Mâconnais.

Morcellement de la Bourgogne carolingienne

Louis le Pieux (dit aussi le Débonnaire), seul fils survivant de Charlemagne reçoit l’empire carolingien à l’apogée de sa grandeur ; il le conduira à deux pas de sa ruine. Ses fils vont, dans leurs partages successifs, se disputer une part de l’empire et le vieux royaume Burgonde qui ne représente pour eux qu’un élément du royaume des Francs sera morcelé et déchiré à jamais.[réf. nécessaire]. Charlemagne de son vivant, déjà, brise en 806 l’unité du royaume burgonde lorsqu’il élabore un premier partage par lequel chacun de ses trois fils reçoit une part des pays bourguignons. En 817, Louis le Pieux, son successeur, réalise un nouveau partage, « afin que ces fils régnassent après la mort de leur père »[réf. nécessaire], par lequel, en Burgondie, les pagi d’Autun, de Nevers et d’Avallon sont, avec l’Aquitaine, dans le lot donné à son fils Pépin.

En 829 l’empereur se décide à faire un royaume à son dernier né, Charles II le Chauve, et remet en cause le partage de 817. Dans la part que reçoit Charles, la Bourgogne se trouve réunie avec l’Alémanie et la Rhétie et, en 837, cette part est à nouveau modifiée[42]. La mort de Pépin en 838 remet en cause le partage précédent. Lothaire et Charles s’entendent pour dépouiller le successeur de Pépin et se partagent l’empire en deux lots. Lothaire récupère la partie orientale de la Burgondie : le Varais, le Portois, l’Escuens se trouvent réunis à l’Italie, tandis que l’Amous, l’Atuyer et les comtés de Genève et de Lyon se rangent dans la part de Charles. Ce partage dont l’acte reste lettre morte, n’a rien de définitif et sert de prélude à la guerre que vont se livrer les trois frères rivaux à la mort de leur père. La lutte pour le pouvoir donne lieu à des violents combats dont l’affrontement le plus sanglant se produit le 25  juin  841 à Fontenoy au cœur de la Puisaye. C’est l’arrivée du bourguignon Guérin (ou Warin, voir Guérin), l’homme fort de la Bourgogne du sud, qui fait tourner la bataille en faveur de Charles et de Louis II de Germanie et met les armées de Lothaire en déroute.

Guérin est le maître de l’aristocratie bourguignonne, la noblesse fait bloc derrière lui. L’affaiblissement du pouvoir impérial, résultat de leurs luttes intestines, a permis à son autorité de s’y affirmer. En 825 il a le titre de comte de Mâcon et détient le Lyonnais et des droits sur le Midi. En 834, soutenant alors le parti de l’empereur, il défend la ville de Chalon-sur-Saône contre une attaque de Lothaire qui s’en empare après quelques jours de combats. Le fils de Guillaume de Gellone, Gaucelme, est du nombre des défenseurs qui y perdent la vie : il a la tête coupée. Sa sœur, Gerberge, est noyée dans la Saône. Guérin sauve sa tête en « embrassant lâchement le parti de Lothaire ». Cette trahison lui vaut la perte de ses honneurs, retirés par Charles le Chauve. Plus tard, il fait sa soumission et choisit le parti de la fidélité. Rentrant en grâce, il retrouve le comté de Mâcon, y ajoute le comté d’Autun et l’Auxois puisqu’il s’intitule « Recteur de Flavigny », puis il est nommé duc de Toulouse à la place de Bernard destitué. Charles le Chauve trouve son soutien dans la lutte qu’il mène lors d’une révolte des Aquitains et c’est au comte Guérin que Charles le Chauve doit sa victoire à la bataille de Fontenoy. Le comte Guérin meurt en 853. Son œuvre est poursuivie par son fils Isembart. Il hérite des mêmes comté dans lesquels il exerce la fonction de missus dominici avant toutefois de périr assiégé devant Chalon-sur-Saône par son roi qui lui reproche d'être rebelle à son autorité[43].

Conséquences du Traité de Verdun sur la Bourgogne

Le Royaume de Bourgogne écartelé

Le partage de l’empire au traité de Verdun en 843

La défaite de Lothaire l’amène à accepter le compromis. Les trois frères se rencontrent sur les rives de la Saône, au sud de Mâcon, dans l’île d’Ancelles[44] pour préparer le partage dont l’aboutissement est le traité de Verdun signé en 843 qui réalise une nouvelle répartition. La nouvelle frontière, entre les possessions de Charles le Chauve et Lothaire coïncide à peu près avec la Saône. À l’est de la rivière, les pagi bourguignons sont donnés à Lothaire avec l’Italie, les pagi situés à l’ouest de la Saône passent dans les possessions de Charles le Chauve. La nouvelle frontière « coupait en deux certains pagi comme ceux de Lyonnais et de Chalon ; et l’on a pu se demander si, ici ou là, elle ne franchissait pas le fleuve[45] ».

Le vieux royaume Burgonde, se trouve écartelé pour des siècles, exception faite pour de courtes périodes. Il y a désormais une « Bourgogne franque » encore dénommée « Basse Bourgogne », qui compte dix-neuf pagi[44] et appelée à devenir le duché de Bourgogne, et une « Bourgogne Jurane », celle de Lothaire, composée de vingt-trois pagi[44], qui prend le nom de « Bourgogne Cisjurane » ou encore de « Haute Bourgogne ». Cette Bourgogne Cisjurane comprend les quatre pagi (Amous, Portois, Escuens et Varais) qui, ensemble, forment une entité territoriale qui donnera naissance au Comté de Bourgogne puis à l’actuelle Franche-Comté. La Bourgogne Cisjurane sera elle-même divisée lorsque Rodolphe Ier de Bourgogne se fait reconnaître roi en 888 par une assemblée de grands et de prélats réunis à Saint-Maurice d'Agaune pour donner un royaume de « Bourgogne Transjurane », comprenant le pays entre le Jura, les Alpes Pennines et le Rhin ; le royaume de Provence ou Bourgogne Cisjurane ayant pour limite le Jura, la méditerranée et le Rhône[46].

Le partage de 843 n’est pas un partage définitif. Le décès de Lothaire Ier en 855 conduit au démembrement de son royaume entre ses trois fils, Louis II, Lothaire II et Charles. Son troisième fils, le plus jeune, Charles, reçoit la Provence, le Lyonnais, la Haute-Bourgogne, Genève, Vaud et le Valais sous la régence de Gérard de Roussillon. La Burgondie se trouve coupée en quatre : la Bourgogne franque, la Bourgogne Jurane, la Burgondie provençale, et une part du royaume d’Italie (Savoie, Helvétie)[44].

La mort Charles de Provence en 863, sans postérité, conduit à une division de ses possessions entre ses deux frères. Louis II obtient la Provence avec une partie de la Haute-Bourgogne ; Lothaire II se réserve Besançon, Lyon Vienne et leurs dépendances[47]. Lothaire II meurt en 869 sans laisser d’héritier légitime.

Sa succession disputée entre les trois carolingiens, Charles le Chauve, Louis II et Louis le Germanique est réglée par le Traité de Meerssen conclu en 870 entre Charles le Chauve et Louis le Germanique à l’issue duquel Charles le Chauve en recevant le Portois, la ville épiscopale de Besançon, le Lyonnais et le Viennois, qu’il réunit à la Bourgogne de l’ouest, porte sa frontière jusqu’au Jura et aux Alpes. C’est dans le Viennois que Charles le Chauve se heurte à l’hostilité de Gérard de Roussillon ou (Girard de Vienne), le fondateur des abbayes de Pothières et de Vézelay. Le Varais, l'Escuens, l'Amous, et diverses abbayes sont données à Louis le Germanique. Charles le Chauve le dépose pour le remplacer par le comte Boson, son beau-frère, le frère de sa seconde épouse Richilde, issu d’une puissante famille lotharingienne. Il est déjà comte d’Autun depuis 869 et il est fait duc d’Italie en 876 tout en exerçant les fonctions ducales en Lyonnais, en Viennois, en Provence, l’ancien royaume de Charles de Provence. Charles le Chauve décède en 877, son fils Louis le Bègue hérite de la Francie occidentale pour un court règne qui s’achève en 879 ouvrant une grave crise de succession.

Le roi Boson & son éphémère Royaume de Bourgogne

Le roi Boson et saint Étienne
Fresque de l'abbaye de Charlieu
(Musée du Moyen-Âge, Paris)

Les considérables possessions de Boson peuvent justifier une couronne. Il ne lui manque qu’une légitimité. Le pape Jean VIII désireux de placer la couronne sur la tête d’un prince capable de défendre l’Église contre ses ennemis intérieurs et extérieurs fait de Boson son protégé. Il lui paraît l’homme fort prédestiné à remplir cette mission. Il fait tout pour favoriser son élévation. Réunis en assemblée à Mantaille, dans le territoire de Vienne, le 15 octobre 879, vingt-quatre évêques et seigneurs des anciennes terres burgondes[48] lui offrent la couronne qu’il accepte. Les provinces qui se rallient à lui sont celles qui constituaient le regnum Burgundiae.

Son royaume, plus grand que celui de Gondebaud s’étend, au nord, des rives du Doubs jusqu’aux rives de la Méditerranée au sud, il déborde sur l’Helvétie et l’Italie. Sous sa couronne se trouvent réunis une partie de la Bourgogne, le Bugey, la Bresse, le Dauphiné, la Tarentaise, la Provence et une partie du Languedoc. Il prend Vienne pour capitale et se dote d’une chancellerie dirigée par Adalgaire, l’abbé de Flavigny[49].

Le nouveau royaume, appelé aussi « royaume d’Arles » ou « royaume de Provence » réalise contre lui l’union des Carolingiens. Sa vie sera brève. Les princes carolingiens avec parmi eux, le roi Carloman fiancé à sa fille, et Richard le Justicier son propre frère[50], s'empressent de réagir et marchent contre Boson. Ils emportent d’assaut Mâcon, (880), descendent la Saône et mettent le siège devant Vienne mais la ville qui subit des combats intermittents ne tombe que deux ans après. Boson parvient à maintenir son autorité et des territoires en Provence qui passeront, à sa mort, (887), à Louis l’Aveugle, son fils, reconnu comme « roi de Provence » à Valence en 890.

Formation du Duché de Bourgogne

Émergence du Duché de Bourgogne

Dès 880, Boson a perdu son autorité sur ses possessions bourguignonnes. À cette date, le comté de Mâcon est donné à Bernard Plantevelue et les comtés d’Autun, de Chalon, de Langres sont sous sa dépendance de Richard le Justicier, le frère de Boson, resté fidèle aux souverains carolingiens. Richard le Justicier est l’homme fort de la Bourgogne. Les grands ont joué un rôle essentiel dans l’émergence du futur duché de Bourgogne. La faiblesse du pouvoir impérial et la reconnaissance de l’hérédité des honneurs par Charles le Chauve ont donné l’occasion à Richard, à ses prédécesseurs, comme à ses successeurs, de créer, peu à peu, un groupe de comtés autour du comté d’Autun constituant l’amorce d’un grand fief. Les historiens ont émis l’hypothèse que Charles le Chauve avait dû, face au royaume de Lothaire, créer dans cette zone frontière un groupement de comtés, « une marche », confié militairement à un même personnage, facilitant l’émergence du duché. La possession de ce comté fut l’objet d’incessantes rivalités.

Comté d'Autun, noyau du Duché de Bourgogne

Les destinées fort mouvementées du comté demeurent obscures encore sur certains points. En 825, le comte Guérin, comte de Mâcon, de Chalon-sur-Saône, est aussi comte d’Autun. Il se donne et on lui donne le titre de dux Augustodunensium : duc d’Autun, au sens de l’attribution d’un commandement militaire à un comte. Guérin meurt en 853. Après lui, son fils Isembart devient titulaire d’Autun jusqu’en 858 ; rebellé contre son roi, il périt dans Chalon-sur-Saône assiégée. Le comté d’Autun revient ensuite dans la famille des Guilhemides[51] qui revendiquent leurs droits sur le comté. Le marquis de Gothie, Onfroi[52] (ou Humfred ou Humfrid) en devient titulaire, jusqu’à sa destitution par suite de rébellion en 864. Bernard Plantevelue un Guilhemide, fils de Bernard de Septimanie, père de Guillaume le Pieux, fondateur de l’abbaye de Cluny, reçoit le comté. Autun passe ensuite dans les mains de Robert le Fort, l’ancêtre des Capétiens. Robert se trouve en 864 à la tête des comté de d’Autun et de Nevers ; assurant le commandement militaire de la région entre Seine et Loire, il est tué en 866 dans le lutte qu’il mène contre les Normands et Bernard Plantevelue récupère un moment le comté avant de l’échanger en 869 contre le domaine qu’il se constitue en Auvergne. Viennent ensuite le comte Eccard, un autre Bernard[53], puis Thierry le Chambrier[54] avant de revenir à Boson et finalement à l’énergique Richard le Justicier qui fait face au péril Normand auquel est exposée la Bourgogne.

Richard-le-justicier

Abbaye de Flavigny (ancienne)
Page enluminée d'un manuscrit du VIIIe siècle
Bibliothèque Municipale d'Autun.

Un homme de haut lignage ce Richard le Justicier. Il est le frère de Boson, roi de Bourgogne-Provence, et de Richilde, la deuxième femme de Charles le Chauve. Il est investi du comté d’Autun vers les années 880[55]. Doté de son centre de domination du comté d’Autun, il suit une politique avisée, de prudente neutralité, au milieu des luttes confuses qui l’entourent. Dans le conflit entre Boson, son demi-frère, le roi de Provence et ses compétiteurs, il évite habilement de prendre parti mais se montre néanmoins protecteur de sa famille : il devient le tuteur du jeune Louis, fils de Boson. Dans le conflit qui oppose Eudes à Charles le Simple, il ne prend parti ni pour l’un ni pour l’autre ; en 893, il reçoit Eudes de passage à Chalon-sur-Saône, mais à la mort de ce dernier il se lie au roi carolingien par un serment de fidélité. Du côté de la Bourgogne Transjurane, il entretien des rapports d’amitié avec le duc, Rodolphe Ier de qui allait naître une dynastie de rois et s’allie avec la famille en prenant en 888 Adélaïde, sa sœur pour épouse.

Charles le Gros déchu de ses titres, termine son existence dans le mépris au début de l’année 888. Sa mort donne le signal de la dislocation de l’empire carolingien. Les royaumes qui lui avaient été soumis se trouvent sans héritier légitime. Le petit Charles le Simple, fils posthume de Louis le Bègue n’a pas dix ans et ne peut prétendre à la couronne. Ce sont les temps de la pleine anarchie, « Chacun se donne un roi en son sein », écrit le chroniqueur Réginon de Prüm. La couronne royale devenue vacante est saisie par divers compétiteurs. Sur le rive gauche de la Saône, en Bourgogne Transjurane, Rodolphe Ier, le beau-frère de Richard, gouverneur du pays situé entre le mont Jura et les alpes pennines, déjà abbé du monastère de Saint-Maurice d’Agaune, a reçu le sacre en 888. Il devient roi d’un royaume qui comprend les cités de Lausanne, Sion et Genève auquel il joint le diocèse de Besançon. Le futur comté de Bourgogne unissait son sort aux terres helvétiques.

En Francie occidentale, Foulques, l’archevêque de Reims, membre du clan des Milonides, conduit une tentative pour barrer l’accession au trône de Eudes, comte de Paris. En 888, il obtient de Geilon, l’évêque de Langres qu’il pose, dans sa cathédrale, la couronne de roi sur la tête de Guy de Spolète, un Italien, membre de la famille des Milonides ayant des attaches langroises. Ce dernier n’est reconnu que par quelques fidèles et doit rapidement repasser les Alpes. La couronne revient au Robertien Eudes, comte de Paris, qui recueille la majorité des suffrages dont celui de Richard. En apportant à Eudes un appui non négligeable au moment où la fidélité des grands était sollicitée, il trouve par la même occasion à étendre son autorité sur tous les comtés du diocèse de Langres, devenus vacants par le départ des comtes compromis[56] avec Guy de Spolète. En 895, il s’empare de Thibaud, l’évêque de Langres et le fait aveugler. Le Justicier s’empare de Sens, en 896 et emprisonne l’archevêque Gautier. Richard réunit sous sa main les comtés d’Autun, de Nevers, d’Auxerre, peut-être d’Avallon et de Sens.

Raids normands en Bourgogne

Chapiteau de rotonde de la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon, (anc. abbatiale) v. 1010

L’autorité déjà grande de Richard, se trouve encore renforcée par les talents de bravoure qu’il déploie contre les envahisseurs Normands ou Vikings. Depuis quelques décennies déjà, les Normands menaient des raids sur les côtes poitevines. L’ensemble de la Bourgogne, occidentale et orientale, était alors une terre de refuge et les reliques de saints des côtes occidentales, exposées aux incursions venaient, par le soin de leurs moines, y trouver un abri. Le corps de saint Maur est déposé par les soins de l’abbé de Glanfeuil en Haute Bourgogne (sans doute à Saint-Maur (Jura) en 862[57]), saint Renobert, près de Quingey, saint Vivant, dans le comté d’Amous, en un lieu qui donnera naissance au village du même nom (vers 868), Saint-Quentin à Besançon, (vers 890), en Basse Bourgogne, le corps de sainte Reine, patronne d’Alise trouve refuge dans l’abbaye fortifiée de Flavigny, les reliques de saint Vorles sont transférées de Marcenay à Châtillon-sur-Seine, saint Martin à Auxerre puis à Chablis[58], saint Philibert de Noirmoutier à Tournus et encore bien d’autres saints.

La terre de Bourgogne cesse bientôt d’être terre de refuge pour devenir victime à son tour. En cette fin du IXe siècle, Charles le Gros règne sur un empire reconstitué mais il se révèle incapable de lutter contre les envahisseurs. Quand ces derniers mettent le siège devant Paris, Charles, appelé au secours par Eudes, comte de Paris, ne parvient, au prix d’un honteux traité, qu’à acheter leur départ et les autorise à hiverner en Bourgogne, proie désignée à la piraterie des Normands. Les bandes des envahisseurs s’abattent sur le Morvan, sur le nord de la Bourgogne, franchissent la Saône et font subir le même sort aux contrées de la Haute Bourgogne. Les riches abbayes excitent leurs convoitises. Saint-Germain-d’Auxerre et Flavigny brûlent en 886, Vézelay n’est pas épargnée. L’année suivante ils remontent l’Aube. Troyes, Bèze (888), sont pillées, les religieux massacrés. Les moines de l’abbaye de Bèze avaient eu le temps de mettre à l’abri dans la place forte de Dijon, qui échappe à la destruction par la force de ses murailles[59], le corps de leur saint patron Prudent. En 889 les faubourgs d’Auxerre brûlent pour la deuxième fois. La Haute Bourgogne ne connaît pas meilleur sort : l’abbaye de Luxeuil est dévastée et brûlée, saint Gibard, son abbé et ses moines tombent percés de flèches. Pendant ces années la Bourgogne est pillée saccagée, incendiée. Les reliques connaissent un nouvel exode, tel Saint-Vivant qui trouve avec ses moines asile auprès de Manassès de Vergy et d’autres, tel les reliques de saint Anthot qui fuient de Chissey-en-Morvan jusqu’à Brescia en Italie[60].

En fin d’année 898 Eudes meurt, Charles le Simple est reconnu roi par les grands du royaume. Les Vikings réapparaissent dans la vallée de l’Armançon entre Tonnerre et Montbard. Richard et son vassal dévoué Manassès, — de qui, selon le vieil historien André Duchesne la maison de Vergy procéderait —, réagissent et surprennent leur camp à Argenteuil et, dans la nuit du 28 décembre 898 les défont et — peut-être, disent les historiens —, à l’issue d’une seconde bataille livrée à Saint-Florentin les repoussent dans la vallée de la Seine. Les Normands réapparaissent en 911, conduits par Rollon et assiègent Auxerre où l’évêque saint Géran les tient en échec. L’arrivée d’une armée conduite par Richard les oblige à lever le siège. Ils sont rejoints à Chartres par les armées conjointes des grands du royaume, de Richard de Bourgogne, d’Ebles de Poitiers, Robert de Neustrie… et subissent une sévère défaite qui conduit Rollon à accepter le traité de Saint-Clair-sur-Epte. Les envahisseurs normands reviennent en 924 sans toutefois dépasser le Gâtinais : la menace normande est définitivement écartée.

Souveraineté du Duché de Bourgogne

Cathédrale Saint-Bénigne de Dijon
Reste du sarcophage de
saint Bénigne

Les qualités d’ordre et de justice, la bravoure, le prestige retiré de ses victoires contre les envahisseurs Normands, l’influence et l’appui de fidèles vassaux, mais aussi la volonté des Bourguignons de retrouver une unité perdue depuis Charles Martel et de satisfaire aux aspirations d’un particularisme régional[60], ont aidé Richard le Justicier[61] dans sa prudente politique d’extension menée pendant quarante ans et lui ont permis de mener à bien la formation d’une principauté territoriale, un principat, comme le désigne Jean Richard[62]. La valeur défensive du castrum de Dijon, dont les murailles avaient été renforcées par l'évêque Isaac (859-880) a conduit Richard à choisir la ville comme nouvelle capitale contribuant ainsi à l'essor de la ville.

Au moment de la mort de Richard, en 921, le grand royaume de Bourgogne n'existe plus mais le premier duché de Bourgogne est né[63]. Rive droite de la Saône il laisse la place au duché appelé aussi dans certains textes « Basse Bourgogne » ou « Bourgogne Franche ». Ce duché étend ses limites de la Seine à la Loire, atteint la Saône qu'il déborde largement en englobant presque tout le bassin du Doubs et touche au sud les limites du comté de Mâcon qui lui échappe encore. Rive gauche de la rivière, il est partagé entre une Bourgogne Transjurane comprenant le comté de Bourgogne, une Bourgogne Cisjurane et une Bourgogne de Provence[64].

Descendence de Richard-le-justicier

Duc-roi Raoul

Raoul (ou Rodolphe) le fils aîné de Richard lui succède à sa mort en 921. Il est l’héritier des honneurs et des fidélités que le Justicier détenait dans le royaume. Les querelles successorales de l’époque opposent le clan neustrien, Robert et son fils Hugues le Grand, au roi Charles le Simple. Richard se rallie au Robertien. Le roi Charles le Simple battu dans la bataille qui les oppose s’enfuit en Lorraine et Robert reçoit la couronne royale à Reims le 13 juillet 922. En 923 une nouvelle bataille, au cours de laquelle Robert trouve la mort oppose les deux rois devant Soissons. Charles le Simple est mit en fuite. Les grands défèrent alors la couronne royale à Raoul qui la conserve pendant treize années, jusqu’à sa mort. Son règne est marqué par ses interventions contre les Normands, contre le duc d’Aquitaine à qui il parvint à reprendre le Mâconnais et par le conflit qui l’oppose à Gilbert de Chalon, fils de Manassès de Vergy qui s’est insurgé contre lui pour récupérer Avallon dont l’a dépouillé son épouse, la reine Emma. Raoul meurt sans postérité en 936.

Hugues-le-grand

Hugues-le-noir

Façade de la basilique de Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay
On doit à Girart de Roussillon, en 858, la fondation d'un monastère à l'origine de la construction de l'abbatiale
La nef actuelle fut achevée en 1138
Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO

Après le couronnement de Raoul comme roi de France, la dignité ducale dont il avait joui revient à Hugues le Noir, son frère aîné. Déjà en possession des terres dans le pays d’Outre-Saône et dans le Lyonnais, il devient le bénéficiaire d’une principauté dont les territoires s’étendent de part et d’autre de la Saône. Hugues semblait devoir égaler la puissance de Richard, son père. Mais à la mort de Raoul en 936, le jeu des alliances s’inverse. Le chef du clan Robertien, Hugues le Grand apporte son soutien du roi carolingien Louis d’Outremer et, le duc bourguignon Hugues le Noir refuse le serment d’allégeance au roi. Hugues le Grand s’associe alors au roi carolingien pour entreprendre la conquête de la Bourgogne. En 936, il prend la ville de Langres, (et peut être aussi Sens, et Troyes). Hugues le Noir mis en infériorité devant le duc de France qui soumet toute la Bourgogne à son pouvoir est contraint de se retirer dans ses terres d’Outre-Saône en conservant toutefois le comté d’Autun et, en parvenant à maintenir dans la fidélité le comte de Beaune, de Nevers, et de Mâcon. Le titre ducal revient à Hugues le Grand ; titre que lui reconnaît le roi Carolingien. Il récupère Troyes, Sens Auxerre et Dijon, tandis que le Louis d’Outremer rattache Langres et Dijon à son domaine.

Gilbert de Châlon

À la mort d’Hugues le Noir en 952, son héritage est réparti entre ses deux gendres[65]. Liétaud, comte de Mâcon et Gilbert, fils de Manassès de Vergy. Liétaud ajoute les terres d’Outre-Saône au Mâconnais qu’il possède. Gilbert joint l’Autunois à ses comtés de Chalon et de Beaune et porte le titre de « comes praecipuus Burgondiae », (comte principal des Bourguignons). Son règne qui s’achève le 8 avril 956 n’aura duré que quatre ans. Il a reconnu pacifiquement sa subordination au duc de France et il a fiancé (peut-être marié[66]) sa fille Liégeard à Otton, le deuxième fils d’Hugues le Grand, frère de Hugues Capet.

Otton, fils de Hugues-le-grand

Abbaye de Cluny
Fondée vers 910 par Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne
Détail d'un des huit chapiteaux du chœur, conservés au musée du Farinier à Cluny

En 956, lorsque meurent Gilbert (8 avril 956) et deux mois après Hugues le Grand, (16 juin 956), Otton âgé alors d’une dizaine d’années reçoit le titre ducal que portait son père ainsi que les terres du comte Gilbert apportées en dot par sa femme. Les comtés de Beaune, d’Autun d’Auxerre et d’Avallon se trouvent réunis sous l’autorité des Robertiens. Sa jeunesse excite les convoitises de quelques prétendants sur ses biens comme sur sa femme. Le roi Lothaire voit tout l’intérêt de tenir la ville de Dijon et essaye de revenir sur les concessions faites en 943 par son père Louis d’Outremer. Il profite des agitations créées par le comte de Troyes, Robert de Vermandois, maître d’une grande partie de la Champagne et beau-frère de d’Otton — il a épousé Adélaïde de Chalon, la sœur de Liégeard et pense que son mariage lui a donné des droits à la possession de la ville de Dijon —, pour se rendre au début de l’année 957 dans la région de Dijon. L’année suivante, pendant son absence, Otton se fait ravir par le comte Raoul III de Dijon, son vassal, non seulement son château de Beaune mais aussi sa femme qu’il force à l’épouser. Otton recouvre rapidement et sa femme et ses biens. Lothaire en profite pour s’installer à Dijon, désigne un certain Ouri comme nouveau comte de Dijon et Raoul disparaît de l’histoire[67]. Robert de Vermandois n’abandonne pas ses projets. En 959, le fils du comte Ouri lui ouvre les portes de la ville et Robert de Vermandois occupe la ville. Lothaire réagit, fait le siège de la ville, obtient la reddition du comte à l’automne 960 et lui retire la vie. Otton est confirmé comme duc de Bourgogne ; son frère Hugues Capet se voit reconnaître le titre de duc des Francs. Le roi Lothaire conserve la suzeraineté directe sur Dijon et sur Langres. En 967 il donne le comté de cette ville à l’évêque de Langres Achard. Otton meurt prématurément le 23 février 965.

Henri-Ier « le grand » , fils de Hugues-le-grand

Entre Hugues Capet et son frère le clerc Eudes, les seigneurs de Bourgogne, sans tenir compte des intentions du roi Lothaire ni des droits de la veuve d’Otton, la duchesse Liégeard, choisissent Eudes pour succéder à Otton. Eudes renonce à la cléricature, prête l’hommage comme duc de Bourgogne et prend le nom de Henri Ier, parfois appelé Eudes-Henri, parfois aussi par allusion à sa qualité ecclésiastique, Henri le Vénérable. Il gouverne la Bourgogne pendant trente ans. Rentrent dans ses possessions, le comté d’Autun, Auxerre, Avallon, Beaune et Nevers, ainsi que comme comtés vassaux, Mâcon, l’Oscheret, Chalon, Sens, Troyes et Tonnerre. Il épouse en premières noces Gerberge, la veuve du roi détrôné de Lombardie Aubert, (mort à Autun en 971)[68], fille du comte Lambert de Chalon, puis à la mort de celle-ci (en 986 ?), il épouse en secondes noces Gersende de Gascogne, mais l’union est rompue en 996. De son règne on sait que l’évêque de Langres lui céda en bénéfice la forteresse de Châtillon-sur-Seine, qu’il reçut le roi Lothaire à Dijon en 978, qu’il fut le fondateur du chapitre de Notre-Dame de Beaune et qu’il donna à l’abbaye de Saint-Germain d’Auxerre le monastère de Saint-Léger de Champeaux, près de Pontailler[69]. Faute d’héritier, il désigne Otte-Guillaume[70], le fils du premier lit de sa femme Gerberge pour lui succéder. Ce dernier est comte de Mâcon et comte de Bourgogne. Il a recueilli par mariage les quatre comtés d’Outre-Saône, Amous, Portois, Escuens, Varais, (c'est-à-dire de la future Franche-Comté) ainsi que celui de Mâcon. Du chef de sa mère s’y ajoutent des droits sur le comté de Chalon et sa femme, sœur de l’évêque de Langres Brun de Roucy, lui a transmis quelques droits dans la région de Dijon[71]. Cette désignation permet à Henri Ier d’exercer sa suzeraineté sur les territoires d’Outre-Saône.

À la mort d’Henri intervenue le 15 octobre 1002, les grands seigneurs de Bourgogne, reconnaissent Otte-Guillaume comme duc de Bourgogne. Héritier des ducs et du comte de Mâcon il réalise l’union des deux Bourgognes mais il trouve devant lui un prétendant de taille, le roi de France lui-même, Robert le Pieux, le fils d’Hugues Capet. Le roi Robert ne laisse pas reconstituer le principat ébauché par Hugues le Noir dans la première moitié du Xe siècle.

Duché de Bourgogne capétien

Le Duché de Bourgogne & Robert-le-pieux

Tournus
église Saint-Philibert
Façade méridionale du vaisseau (seconde moitié du Xe siècle) et clocher occidental (vers 1020-1030)
Premier art roman méditerranéen. Murs en petit appareil. Présence de lésènes ou « bandes lombardes »

Si le roi Robert le Pieux n’avait face à lui qu’Otte-Guillaume il n’aurait aucun mal à triompher. L’héritier adoptif se soucie bien plus de ses terres d’Outre-Saône et peut-être aussi avait-il dû reporter son intérêt vers l’Italie dont il est issu[72]. Mais les grands barons de Bourgogne, dont certains avaient profité de la mort du duc pour s’affranchir de toute vassalité, ne veulent pas reconnaître l’autorité royale[73]. Les prétentions de Robert le Pieux se heurtent aussi à l’opposition de Brun de Roucy, l’évêque de Langres qui soutient Otte-Guillaume, marié à sa sœur Ermentrude. L’évêque de Langres avait dans ses possessions la ville de Dijon. Le conflit s’engage principalement en Auxerrois et en Avallonnais. À la suite d’une querelle entre Hugues de Chalon, comte de Chalon et évêque d’Auxerre, l’homme du parti royal, et Landry, comte de Nevers, gendre et allié naturel d’Otte-Guillaume qui avait des droits à Auxerre[74], Landry chasse l’évêque de sa ville épiscopale.

Dans le courant de l’année 1003, le roi Robert avec l’aide du duc Richard II de Normandie se présente avec l’armée royale devant Auxerre qui résiste à tous les assauts obligeant Robert à abandonner provisoirement la Bourgogne, sans résultat.

Le roi ne renonce pas. Le 25 août 1005 il est à nouveau en Bourgogne au siège de la ville d’Avallon, et finit par s’emparer de la ville. Déjà à cette époque un arrangement[75] avait dû intervenir entre le roi Robert et Otte-Guillaume puisque ce dernier se trouve au côté du roi au moment du siège[76]. Otte-Guillaume avait renoncé au titre ducal au profit du roi de France. L’action du roi visait le comte Landry qui n’avait pas déposé les armes. La prise d’Avallon et la médiation du duc-évêque Hugues de Chalon l’amènent à se réconcilier avec le roi en renonçant aux comtés d’Avallon et d’Auxerre[77].

Brun de Roucy ne veut pas laisser Robert s’installer à Dijon. Il ne cède rien. Un coup de force tenté par le roi à l’automne 1015 contre la ville se termine par un échec. Il lui faut attendre la mort de l’évêque, le 31 janvier 1016, afin d’installer un proche parent de Hugues de Chalon, l’évêque Lambert de Vignory sur le siège de Langres qui lui cède Dijon et son comté.

Le roi n’avait pas l’intention d’unir à sa couronne le duché de Bourgogne mais avant de le transmettre à son second fils Henri qui reçoit le titre ducal à l’âge de huit ans, il en assure le gouvernement et s’y rend régulièrement. Henri ne prenant une part active que vers les années 1026-1027. Mais à cette date, la mort d'Hugues, frère aîné, fait du cadet Henri, l'héritier de la couronne. Son père Robert, l’associant à la couronne, Henri est sacré roi le 14 mai 1027. Le roi Robert meurt en 1031 après avoir désigné, Robert, un fils cadet, dénommé aussi Robert le Vieux, comme duc de Bourgogne dont la descendance régnera jusqu’en 1361.

Duché de Bourgogne dans le Royaume de France

Autun
Cathédrale Saint-Lazare
Tympan du portail occidental
Achevé vers 1150
Le jugement dernier mis en scène.
Au centre, le Christ est placé dans une mandorle. À sa gauche, l'archange saint Michel procède à la pesée des âmes qu'un démon facétieux tente de fausser en appuyant sur le fléau de la balance. Sur le linteau, un ange sépare les Élus des Damnés
Son créateur a gravé l'épigraphe
Gislebertus hoc fecit

L’accession au trône ducal de Robert ouvre une ère de trois siècles et demi pendant laquelle la continuité dynastique va permettre à la Bourgogne d’écrire son histoire à l’abri de toute convulsion successorale, lui apportant une des conditions essentielles de son développement.

Pendant que la branche aînée des Capétiens accomplissait l’œuvre de reconstitution du royaume, la branche cadette bourguignonne de la même famille faisait passer péniblement et patiemment avec l’accroissement de ses domaines et en recueillant des vassalités, le duché du stade de la principauté à celui d’un état féodal. À l’issue de cette période, la maison ducale avait mené à bien son œuvre d’édification. La comparaison de la superbe situation du Capétien au milieu du XIVe siècle avec la détresse impuissante de Robert, duc sans terre, au XIe siècle donne la mesure du progrès accompli. La Bourgogne rayonne intellectuellement, artistiquement et économiquement. La protection des ducs a semé la terre bourguignonne de monastères et la puissance monastique a entravé quelque peu la puissance des ducs et terni leur éclat, mais Cluny jette tous les feux de sa splendeur, l’abbaye de Cîteaux, maison mère de l’Ordre cistercien et l’abbé Bernard de Clairvaux, par leurs actions spirituelles, politiques, et ecclésiastiques, font entendre leurs voix à travers toute l’Europe.

Les descendants bourguignons d’Hugues Capet remettront au XIVe siècle, à Philippe le Hardi, le premier duc Valois, un duché uni, cohérent, prémices de l’état princier du duc Philippe le Bon.

Ducs capétiens de Bourgogne

Tour à tour, de l’année 1031 à l’année 1361, douze descendants d’Hugues Capet vont s’asseoir sur le trône ducal. Robert Ier, le premier de la lignée est duc de Bourgogne de 1031 à 1076. Son fils Henri étant décédé prématurément, c’est son petit-fils Hugues Ier qui lui succède ; il est duc de 1075 à 1078, mais il abandonne sa charge et se retire comme moine à l’abbaye de Cluny où il décède en 1093. Son frère Eudes Ier, prend la couronne ducale du vivant de son frère de 1078 à 1102, son fils, Hugues II, lui succède de 1101 à 1143, puis la succession se fait de père en fils jusqu’au duc Hugues V. Portent successivement la couronne ducale : Eudes II, de 1143 à 1162, Hugues III, de 1162 à 1192, Eudes III, de 1192 à 1218, Hugues IV, de 1218 à 1272, Robert II, de 1272 à 1306, Hugues V, de 1306 à 1315.

Après Hugues V, mort en pleine jeunesse, c’est son frère, Eudes IV qui s’assoie de 1315 à 1349 sur le trône de Bourgogne. Son fils Philippe, meurt accidentellement d’une chute de cheval à l’âge de vingt-trois ans. La succession de Bourgogne revient à Philippe de Rouvres, le dernier de la lignée, petit-fils du duc Eudes IV, qui porte le titre ducal de 1349 à 1361. Philippe meurt de la peste, après quelques jours de maladie le 21 novembre 1361. Avec lui s’éteint la lignée des Capétiens de Bourgogne.

  • Tableau généalogique simplifié des ducs capétiens de Bourgogne

Expansion territoriale du Duché de Bourgogne

Abbaye cistercienne de Fontenay
Fondée en 1118 par Bernard de Clairvaux et implantée en 1130 à son emplacement actuel
Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO

Duché de Bourgogne de Robert-Ier

La nouvelle dynastie des Capétiens de Bourgogne est marquée par des débuts difficiles, mais la continuité dynastique lui apporte une des conditions essentielles à son développement. Les treize années de guerre passées à vaincre les prétentions au titre ducal d’Otte-Guillaume ont sans doute, par l’achat des fidélités et la recrudescence d’inféodations qu’il a fallu consentir, contribué à appauvrir le domaine.

Le nouveau duché de Bourgogne de Robert Ier est moins étendu que le précédent. Les comtés de Nevers, d’Auxerre, de Troyes et de Sens sont désormais étrangers à ce duché. Seuls, les comtés d’Autun, d’Avallon de Beaune et Dijon en sont les éléments essentiels ; les comtés de Chalon, d’Auxois, de Lassois gravitent autour de lui.

Par achats, échanges, alliances matrimoniales, empiètements sur les domaines ecclésiastiques, ou encore récupération de domaines tombés en déshérences, petitement mais sûrement, sans jamais disperser leurs efforts les Capétiens de Bourgogne se sont consacrés à arrondir leurs possessions. Luttant aussi contre la politique envahissante de leurs voisins, contre l'infiltration royale, active principalement en Bourgogne du Sud, luttant pour conserver leur zone d'influence, ils sont parvenus à faire du duché une principauté cohérente où leur autorité, assise sur la richesse foncière et monétaire qu’ils ont développée, leurs donnent une puissance à laquelle, passé le XIIe siècle, nul de leurs vassaux n’essaie plus de s’opposer.

Premiers ducs capétiens du Duché de Bourgogne

Les premiers ducs capétiens inaugurent les premières acquisitions. Certaines, comme l’annexion du comté d’Auxois (acquis par l’un des trois premiers ducs, Robert Ier, Hugues Ier ou Eudes Ier ?), apporte déjà un accroissement appréciable du domaine. D’autres, comme les quelques fragments d’Oscheret recueillit par Eudes Ier, (1058-1102), peut-être lors de son mariage avec la fille du comte de Bourgogne sont de moindre importance. Hugues II, (1084-1143), réunit au domaine ducal une partie de Chalon et le comté de Grignon. L’action de son successeur, Eudes II, (1118-1162), se remarque par les usurpations qu'il réalise sur quelques domaines ecclésiastiques. Flavigny, Châtillon-sur-Seine, Brazey-en-Plaine, ou Saint-Jean-de-Losne, ainsi que sur Dijon qu'il place en totalité sous son autorité aux dépens de la seigneurie langroise en sont des exemples.

Article détaillé : Robert Ier dit le Vieux.

Acquisitions d'Hugues-III

Châtillon-sur-Seine
Vestiges du château

Pour Hugues III, (1148-1192), figure marquante de la lignée ducale du XIIe siècle dont le prestige ne cesse de grandir, outre l’extension de la mouvance ducale à Châtillon-sur-Seine et les acquisitions diverses qu'il réalise aux dépens de l’évêque dans la région langroise, c’est en convolant en secondes noces avec Béatrice d'Albon, détentrice des domaines considérables de la maison d’Albon, qu’Hugues III réalise un accroissement substantiel de sa richesse domaniale, en même temps qu’il s’assure, pour relier ses possessions entre la Seine et les Alpes, de la vassalité d’Ouri II de Bâgé, maître du château de Cuisery, et maître de la Bresse. Situés en terre d'Empire, le comté d'Albon tout comme Cuisery, font du duc un prince d’Empire.

La politique d'Hugues III prend de l'ampleur et selon ses besoins il n'hésite pas à se rapprocher de Frédéric Barberousse au moment où, l'empereur qui a épousé l'héritière du comté manifeste un intérêt très vif pour le royaume de Bourgogne. Le duc n'hésite pas non plus à braver les troupes royales. Le roi Philippe-Auguste va mettre le duc de Bourgogne à la raison à l'occasion du conflit qui oppose le duc au sire de Vergy. Voulant s'assurer du vaste territoire contrôlé par Vergy, et en particulier de la route qui reliait Dijon à Beaune, Hugues III déclenche le conflit. Philippe-Auguste apporte son soutien au sire de Vergy. Hugues III vaincu à la bataille de Châtillon-sur-Seine en 1186 se soumet finalement au roi. Les ducs capétiens de Bourgogne agiront désormais en fidèles vassaux du roi de France.

Eudes-III

Eudes III, (1166-1218), l’héritier du duché à la mort d’Hugues III, rattache finalement la puissante seigneurie de Vergy au domaine ducal par son mariage avec Alix de Vergy. Le duc reste un des plus sûrs auxiliaires du roi. Il donne les preuves de sa fidélité lors de l'affaire du divorce (voir Eudes III, un soutien indéfectible à Philippe-Auguste) et encore à Bouvines où il est blessé.

Article détaillé : Eudes III de Bourgogne.

Régence d'Alix de Vergy

Lors qu'Eudes III meurt en 1218, il laisse Hugues IV pour héritier, un enfant âgé de six ans. La duchesse Alix assure la régence. Confrontée à d’épineux problèmes financiers légués par son beau-père et par son mari, elle les résout par sa bonne administration et la sage économie qu’elle apporte dans la gestion du domaine[78]. Elle poursuit la politique d’acquisition menée par les ducs. En 1224, elle achète les domaines dont son beau-frère, André de Bourgogne, le dauphin de Viennois, a la jouissance dans le Beaunois et le Chalonnais du fait du partage avec Eudes III[79]. Par échange avec Marguerite de Salins et son mari Josserand de Brancion, à qui elle remet le château d'Aignay-le-Duc, elle acquiert en février 1225, au cœur même du Comté, l’importante seigneurie de Salins[80], la terre de Vuillafans et leurs vastes dépendances. Elle réalise le premier pas dans l’annexion de cette province au duché et elle apporte surtout au trésor ducal les revenus considérables des salines.

Article détaillé : Alix de Vergy.

Hugues-IV et l'Outre-Saône

Saint-Jean-de-Losne
Vue sur la Saône et l'église
Saint-Jean-Baptiste

Hugues IV, (1212-1272), accroît notablement le ressort territorial de la baronnie de Salins en obligeant Gaucher de Commercy à se reconnaître vassal du duc pour ses deux châteaux de Montrivel et Châteauvillain[81], puis poursuivant une active politique d'accroissement de son influence en terres comtoises, d'un échange conclu le 15 juin 1237 avec Jean de Chalon, il se défait des terres de Salins et reçoit à la place tout le comté de Chalon, d'Auxonne et ses dépendances et surtout écrit J. Richard[82], « ... il démantelait la ligne des places-fortes comtoises et ouvrait l'ancien comté d'Amous aux entreprises ducales. ». Il continue à grignoter le territoire comtois en bordure de Saône et dans la basse vallée de l'Ognon : Pesmes, Rans, Lamarche-sur-Saône, Vonges passent dans la mouvance ducale. En 1265-1266 c'est le tour de la châtellenie de Seurre, de fiefs à Foucherans et des territoires en bordure de Saône au sud de Saint-Jean-de-Losne[83] . Par un traité de 1269, Hugues IV contraint le comte palatin Othon IV à lui prêter hommage pour Dole. Tout le territoire comtois compris entre la Saône, le Doubs, l'Ausson[84] et la Sablonne sortent de la zone d'influence comtoise pour passer en zone ducale.

Robert-II de Bourgogne en Outre-Saône et Dauphiné

Robert II, (1248-1306), gendre de saint Louis, poursuit le projet d'extension de l'influence ducale en territoire comtois. Le duc et le comte de Bourgogne, Othon IV, désireux de mettre le duché et la Comté dans la même main, concluent en 1279 un traité prévoyant le mariage du fils du duc avec Jeanne, la fille du comte. Cette tentative de réaliser au profit de son successeur l'union des deux Bourgognes échoue : au mépris de son engagement Othon IV s'engage le 12 juin 1291 à marier sa fille Jeanne à Philippe, (le futur Philippe V), deuxième fils du roi de France, Philippe IV le Bel. En mars 1295, par la convention de Vincennes, il cède la Comté au roi de France[85]. La Comté passe à la Maison de France. Pour vaincre l'hostilité des barons comtois, le roi s'assure du concours de duc Robert qu'il nomme gardien de la Comté, en lui confiant le soin de la répression.

Les affaires d'Outre-Saône ne font pas perdre de vue à Robert II les affaires du Dauphiné. La guerre de succession du Dauphiné 1283-1289 lui permet d'étendre son autorité sur le Revermont qu'il ne parvient cependant pas à conserver devant l'opposition de son allié Amédée V, le comte de Savoie[86], mais la cession les châtellenies de Cuisery, Sagy et Savigny-en-Revermont qui est faite en compensation lui donne toute la Bresse du nord. Les difficultés qu'a connues Robert II pour hériter du titre ducal, l'amène, afin de préserver le duché des risques successoraux qui pourraient provoquer son appauvrissement par dispersions des domaines, à prendre l'importante disposition testamentaire destinée à établir l'intangibilité du domaine de la dignité ducale ; le domaine devient inséparable de la dignité. Les successeurs de Robert respectent ses volontés.

Réunion du Duché de Bourgogne, du Comté de Bourgogne & du Comté d'Artois

Eudes-IV de Bourgogne

Le duc Robert mort[87], le duché revient à Hugues, (1294-1315), un enfant âgé de douze ans. Il ne fait qu'un bref passage sur le trône ducal. De faible constitution, la mort l'emporte sept années plus tard[88]. Sept années durant lesquelles la duchesse Agnès assure, en partie, la tutelle.

Eudes IV, (1295-1350), frère de Hugues V lui succède et prend en main le gouvernement du duché. À la tête des adversaires de Philippe-le-Long pour la régence du royaume après la mort de Louis le Hutin, Eudes IV reconnaît finalement, par un traité signé à Vincennes le 17 juillet 1316, Philippe-le-Long comme régent. Deux mois après, Philippe-le-Long fiance sa fille Jeanne avec le duc[89]. Son mariage avec Jeanne[90] met dans sa main[91], après cinq siècles de séparation, le Duché et le Comté de Bourgogne. Il lui donne également l'Artois.

Guerre contre les barons comtois

Jeanne épouse un prince redoutable, actif, ambitieux, obstiné, habitué à parler en maître comme l'écrit Lucien Febvre[92]. Les hauts barons franc-comtois jaloux de leur indépendance voient avec inquiétude l'homme qui n'hésitera pas à porter la main sur leurs privilèges et se dressent contre lui à plusieurs reprises, (1335-1336, 1342-1343,1346-1348) sous la bannière de Jean II de Chalon-Arlay, arrière petit-fils de Jean de Chalon. C'est à une succession de guerres terribles à laquelle se livrent les barons comtois et le comte-duc ou chacun, tour à tour, est vainqueur puis vaincu. Guerres, ou l'Anglais, par la main d'Edouard III, une fois l'alliance signée avec Jean de Chalon-Arlay[93], distribue les florins à la coalition féodale comtoise alors à court d'argent, et attise la révolte. Des villes, Salins, Pontarlier et bien d'autres encore, des monastères, l'abbaye de Baume-les-Messieurs et d'autres encore, livrés aux flammes par les partisans du sire d'Arlay. Et puis se sont les Bisontins subissant, comme tant d'autres aussi, des représailles terribles qui enterrent leurs morts à la Mallecombe[94]. Partout ce n'est que morts et ruines fumantes ; épisodes douloureux des guerres féodales. Guerres civiles entremêlées de succès et de revers, ruineuse pour les deux partis. Eudes rentre dans l'âge de la vieillesse. Les infortunes qui se succèdent l'accablent. La double charge de sa lutte contre l'Anglais et les barons francs-comtois obèrent lourdement le trésor ducal. Le drame d'Aiguillon du 10 août 1346[95], lui fait perdre son unique fils, Philippe, héritier présomptif du duché, victime d'une chute de cheval. Puis c'est le désastre de Crécy. Comble d'infortune, l'année suivante la duchesse Jeanne meurt[96]. Atteint par tant d'adversité, Eudes, dans sa guerre avec les barons demande une trêve[97], prélude à la paix[98] soumise à l'arbitrage de Philippe VI. Une paix humiliante pour le duc, triomphante pour Jean de Chalon-Arlay où il obtient d'un roi démoralisé et affaibli après le désastre de Crécy, contraint de ménager ses vassaux et sans courage pour punir les coupables, « une entière absolution pour lui et ses adhérents de son alliance avec l'Angleterre[99] ».

Fin du règne de Eudes-IV

Le 3 avril 1349, Eudes IV termine son règne de trente-quatre ans à Sens. L. Febvre écrit de lui[100] : « Ce pourchasseur inlassable des grands barons turbulents, ce chevalier hardi, infatigable, très jaloux de ses droits et très peu respectueux des droits d'autrui, maître à la fois de l'Artois lointain et des deux rives de la Saône, du duché docile et du Comté rebelle, fut un des précurseurs, réel et efficace, des grands ducs d'occident. »

Fin du Duché de Bourgogne capétien

Philippe de Rouvres, dernier duc capétien de Bourgogne

Beaune
La collégiale Notre-Dame
Le début de sa construction remonte aux années 1125-1130. Sa construction aurait été suivie par la duchesse Mathilde épouse de Hugues II

À la mort d’Eudes IV, Philippe de Rouvres[101], son petit-fils, fils de Philippe de Bourgogne décédé à Aiguillon, devient le successeur à la tête du duché alors qu'il n’a même pas encore atteint l’âge de trois ans. Sa mère et tutrice, Jeanne de Boulogne, qui a apporté à la maison de Bourgogne les comtés de Boulogne et d'Auvergne, prend l’administration des domaines. La situation est difficile, principalement en territoire comtois. Devant une autorité défaillante, les ombrageux barons comtois, toujours jaloux de leur indépendance, soudoyés par l'argent d'Édouard III, multiplient les actes d'insubordination malgré les concessions accordées. Les foyers de dissensions se multiplient et gagnent le duché. Le duché a besoin d'une « direction virile et énergique ». Le duc de Normandie Jean II, veuf de sa première femme Bonne de Luxembourg décédée le 11 septembre 1349, se remarie le 9 février 1350 avec la jeune veuve de Philippe de Bourgogne[102] âgée de vingt-deux ans. Ce mariage fait de Jean le Bon un tuteur de la Bourgogne et la mort de son père, le roi Philippe VI qui intervient le 22 août 1350 lui donne la couronne de France. Il notifie aux justiciers et comptables des deux Bourgognes sa prise de possession du gouvernement et du bail du jeune duc Philippe de Rouvres[103] le 5 juin 1353.

Réunion des états de Bourgogne

En ces temps troublés, le royaume de France, comme la Bourgogne, se voient accablés de maux. La situation du royaume révèle de grands besoins d'argent aggravés à partir de 1355 par le renouvellement proche de la guerre. Jean le Bon se résout à réclamer une imposition au duché mais se heurte à l'hostilité des États de Bourgogne[104] dont une des principales prérogatives est d’accorder les subsides au duc. Ils lui opposent nombre de refus, notamment en 1352 et 1356.

Mariage de Philippe de Rouvres avec Marguerite de Flandre

Le nouvelle du désastre de Poitiers et la capture du roi cause une grande émotion et la reine Jeanne s'empresse d'assurer la réalisation du mariage du jeune duc avec Marguerite de Flandre dont le projet a été renouvelé avec le Louis de Male, comte de Flandre en janvier 1357 à Montmirey. Les clauses de ce mariage assurent à Marguerite de Flandre un des plus riches apanages de l'époque. La cérémonie a lieu le 14 mai 1357, à Saint-Vaast. Le duc est âgé de dix ans et sa jeune épouse n'a que de sept ans.

Guerre Anglo-navarraise & Grandes compagnies en Bourgogne

Flavigny-sur-Ozerain
Une porte fortifiée

Les années 1359 et 1360 sont des années de souffrance pour la Bourgogne. Le duché est la proie d'une foule de bandes anglais-navarraises qui trouvent un appui auprès de certains barons comtois. Ils ravagent le Nivernais, le Châtillonnais, l'Avallonnais, l'Auxerrois sans rencontrer de sérieuses résistances. En septembre 1358, Robert Knolles occupe la forteresse de Malicorne, puis Régennes, puis le 10 mars 1359 Auxerre. La défaite des Bourguignons du 2 juillet 1359, sous les murs de Brion-sur-Ource conduit au traité de Chassagne, signé avec Jean de Neufchâtel au nom de Charles le Mauvais le 23 juillet 1359[105]. La Bourgogne va encore connaître d'autres fléaux. Édouard III a envahi la France. Après son échec devant Reims, les ressources de son armée épuisées, il se dirige sur la Bourgogne et se comporte comme les chefs de bande qui l'ont précédé et trouve les mêmes appuis comtois[106] pour guider son armée. Il remonte les vallées du Serein, de l'Armançon, met à sac les abbayes de Pontigny et Chablis et les villages. Un de ses capitaines, envoyé en avant-garde s'empare par surprise le 18 janvier 1360 de la place forte de Flavigny. L'armée anglaise arrive à Guillon le 19 février 1360. Les ravages se poursuivent : Saulieu, pillée et détruite, sa basilique Saint-Andoche détruite, Avallon et les villages voisins désertés. La Bourgogne est dans l'impossibilité de lutter avec des forces aussi écrasantes[107]. La paix s'impose. Les négociations aboutissent au traité signé à Guillon le 10 mars 1360 entre Édouard III et le duc Philippe de Rouvres, par lequel, Édouard consent à une suspension de la guerre et la remise de Flavigny moyennant l'énorme rançon, d'une somme de « deux cent mille deniers d'or au mouton, des dits pays et coin de France ». Le pays n'est pas pour autant libéré, des bandes armées et des pillards, les Grandes Compagnies, errent partout dans le pays, auxquels s'ajoutent, conséquence de tant d'années de guerre et de dévastations, une épidémie de peste apportant avec elle une effroyable mortalité.

Peste en Bourgogne & fin du dernier duc capétien de Bourgogne

En 1361, approchant sa douzième année, la présence de Marguerite de Flandre est souhaitée à la cour de Bourgogne. Une escorte ducale avec le duc Philippe, se rend en mars 1361 en Artois. La cour ducale, avec la duchesse Marguerite, est de retour en juillet vers la Bourgogne. Elle traverse des territoires où l’épidémie peste qui sévit a pris des proportions importantes et fait d'énormes ravages. Fin octobre Philippe et Marguerite se trouvent à Rouvres où se tient une affluence de députés convoqués aux réunions des Trois-États ; ce qui détermine une recrudescence de l'épidémie dans cette localité. Le 11 novembre 1361 le duc est en maladie et dicte ses dernières volontés[108]. Philippe de Rouvres meurt dix jours après, le 21 mars 1361. Avec lui s'éteint le dernier duc de Bourgogne de la lignée capétienne. Marguerite de Flandre est veuve avant d'avoir été femme.

Duché de Bourgogne des Valois

Jean-le-bon & la Bourgogne

Annexion de la Bourgogne au Royaume de France

La Ferté-Loupière
Église Saint-Germain
Détail de la fresque du Dict des trois morts et des trois vifs
datant de la fin du XVe siècle début XVIe siècle

Le fil pourtant si solide, qui depuis plus de trois siècles a garanti au duché, à chaque occasion, un héritier habilité à succéder se rompt le 21 novembre 1361, jour ou expire le jeune duc Philippe de Rouvres atteint de la peste, ouvrant une succession de Bourgogne. Prévoyant une issue fatale, le jeune duc rédige son testament le 11 novembre 1361, une dizaine de jours avant son décès. « Item, ordonnons et instituons nos hoirs en nostres paiis et biens quelqu’ils seront ceux et celles qui par droit ou coustume du paiis le devent ou puent estre. », tels sont les mots de l'article principal du testament qui fixent le sort des différents bien laissés par le défunt. En application des dernières volontés du disparu, les différentes pièces de son héritage composite retournent à leur dernier possesseur légitime. Les comtés de Boulogne et d'Auvergne reviennent à Jean de Boulogne, grand-oncle de Philippe. Le comté de Bourgogne, le comté d'Artois et la terre de Champagne retournent à Marguerite Ire de Bourgogne, veuve de Louis Ier de Flandre, comte de Flandre et de Nevers et mère de Louis II de Flandre, dit Louis de Male. Reste la pièce maîtresse du duché capétien : le duché bourguignon pour lequel deux compétiteurs peuvent prétendre à la succession : Charles le Mauvais et Jean le Bon. Une impopularité générale s'est affirmée en Bourgogne contre Charles le Mauvais alors que Jean le Bon a acquis par ses largesses des vives sympathies auprès des Bourguignons. Les gens de Bourgogne gardent en mémoire le souvenir du ravage exercé par les troupes Anglo-Navarraises à Flavigny, à Saulieu et dans toute la région. Ils ne peuvent accepter de voir un ami d'Edouard III devenir un duc de Bourgogne. Charles le Mauvais, indésirable en Bourgogne est éliminé par les trois copartageants. Jean de Boulogne, ami intime du roi Jean et président du Conseil ducal, prépare avec soin et en toute discrétion le règlement de la succession au profit du roi et les dispositions prises laissent supposer qu'il y a eu accord préalable[109]. Il jure à l'abbaye de Saint-Bénigne de respecter les franchises et privilèges de la ville et le 28 décembre 1361 les États de Bourgogne tiennent une réunion solennelle. Son séjour en Bourgogne achevé, le roi confie à Jean de Tancarville le soin de régler les affaires de Bourgogne.

La dévolution du duché s'est effectuée sans heurt, le roi a annexé le duché. C'est cependant sans compter avec la fierté et la conscience bourguignonne qui n'hésite pas à faire entendre sa voix au cours de la réunion solennelle des États de Bourgogne. Cette assemblée, détentrice de cette conscience bourguignonne grandissante, se fait l'interprète des aspirations locales et lance au souverain des avertissements significatifs : « le duché entend resté duché et ne veut pas devenir une province qui tombe dans le domaine royal, la Bourgogne ne saurait se confondre avec la royaume ; il n'y a pas et il ne peut y avoir annexion, ..[110]. ». Le tour de force d'une annexion brutale n'est pas à la portée du roi Jean ; elle est de courte durée.

  • Tableau généalogique de la succession de Bourgogne

Constitution d'un apanage

La Bourgogne ne glisse pas dans le sein de l'unité française. Un acte tenu secret, passé le 15 janvier 1363[111], avec son beau-frère, l'empereur Charles IV de Luxembourg, révèle le revirement politique du roi Jean pour la Bourgogne. Par cet acte, le roi obtient de l'empereur, pour son fils Philippe Le Hardi, l'investiture de la Franche-Comté, fief de mouvance germanique. Cet acte trahit l'intention du roi d'accorder le duché à son jeune fils ; il lui sera donné en apanage quelques mois plus tard[112]

Lutte contre les Grandes compagnies

En quittant le Bourgogne au mois de janvier 1362 le roi confie au comte de Tancarville le soin de lutter contre les routiers des Grandes Compagnies qui désolent le Mâconnais, le Chalonnais, le Beaujolais, le Forez et le Lyonnais, avant de se répandre dans tout le duché. Les bandes du Petit Meschin, de Thibaud de Chauffour, d'Espiote, de Bertuquin[113], de Bras de Fer, de Brisebarre, de Troussevache[114] et d'autres encore y exercent leurs méfaits. On les signale dans les pays de la Saône, à Pontailler, Saint-Jean-de-Losne, puis dans l'Auxois à Vitteaux à Montréal et dans le Châtillonais. Au début de l'année 1362, le château de Brignais tombe entre leurs mains. Les forces de Tancarville doivent se joindre à celles de Jacques de Bourbon pour les déloger. Pressé d'en découdre, Jacques de Bourbon précipite l'attaque sans attendre le ralliement de l'armée, malgré les appels à la prudence d'Arnaud de Cervole[115] dont les bandes sont au service de Tancarville. Le 6 avril 1362 Jacques de Bourbon subit à Brignais une retentissante défaite qui jette la stupeur et l'effroi. Le désordre qui règne dans le duché est aggravé par des guerres privées auxquelles se livrent certains barons. Le discrédit et l'impopularité s'abattent sur Tancarville, les aides nécessaires à la lutte contre les compagnies lui sont refusées par les États.

La lieutenance du duché à Philippe

Au retour de son voyage d'Avignon, accompagné de son fils Philippe, Jean le Bon fait une halte à Dijon. Il destitue Tancarville et donne le 27 juin 1363 la lieutenance générale du duché à son fils Philippe, duc de Touraine, lui laissant le soin d'éliminer les bandes d'aventuriers qui dévastent le duché. Pressé de faire la preuve de son efficacité, le duc de Touraine convoque la réunion des États le 3 juillet 1363 afin d'obtenir les subsides nécessaires à la défense du pays. Un courant d'opinion favorable au duc aidant, les États de Bourgogne accordent à Philippe, les aides refusées à Tancarville. La voie est toute tracée pour faire de Philippe un nouveau duc de Bourgogne.

La Bourgogne sous les Valois

Les Valois en Bourgogne

Philippe-le-Hardi, Jean-sans-Peur, Philippe-le-Bon, Charles-le-Téméraire quatre grands ducs vont se succéder sur le trône bourguignon.

« Je crois qu'il ne fut jamais quatre plus grands ducs les uns après les autres, comme furent ces quatre ducs de Bourgogne[116] » écrit Pierre de Bourdeille, (dit Brantôme). La dynastie des valois de Bourgogne fondée par Philippe-le-Hardi règne sur la Bourgogne pendant plus d'un siècle et ouvre l'époque la plus brillante du passé bourguignon il fixe les bases d'un État bourguignon puissant et indépendant qui ne craindra pas de se dresser devant le royaume de France.

M. de Barante résume ainsi les grandes lignes du règne des Valois de Bourgogne[117] :

« Le premier, Philippe le Hardi, commença à établir la puissance bourguignone et gouverna la France durant plus de vingt ans. Le second, Jean-sans-Peur, pour conserver sur le royaume le pouvoir qu'avait eu son père, commit un des crimes les plus éclatans (sic) de l'histoire moderne ; par-là il forma de sanglantes factions et alluma une guerre civile, la plus cruelle, peut-être, qui ait jamais souillé notre sol. Succombant sous un crime semblable, sa mort livra la France aux Anglais. Philippe le Bon, son successeur, se vit l'arbitre entre la France et l'Angleterre ; le sort de la monarchie sembla dépendre de lui. Son règne, long et prospère, s'est signalé par le faste et la majesté dont commença à s'investir le pouvoir souverain, et par la perte des libertés de la Flandre, de ce pays jusqu'alors le plus riche et le plus libre de l'Europe. Enfin, le règne de Charles le Téméraire offre le spectacle continuel de sa lutte avec Louis XI, le triomphe de l'habileté sur la violence, ... »
Article détaillé : Le duché des Valois.

La Bourgogne de Philippe-le-hardi

La « joyeuse entrée » du duc à Dijon
Le duc Philippe le Hardi
Huile sur bois. Dernier quart du XVIe siècle
Musée des Beaux-Arts - Dijon

Le 6 septembre 1363, le roi Jean le Bon institue son fils Philippe, duc de Bourgogne mais l’acte reste secret. Il faut attendre les Lettres Patentes du 2 juin 1364, promulguées à l’avènement du roi Charles V pour que l’acte mettant à la tête du duché de Bourgogne un nouveau titulaire soit rendu public. Philippe, quatrième fils du roi Jean le Bon, son fils préféré, celui que l’histoire retient sous le nom de Philippe le Hardi pour l’immense bravoure dont il a fait preuve à l’âge de quatorze ans à la bataille de Poitiers, devient le bénéficiaire du duché de Bourgogne[118]. Le jeune duc fait « sa joyeuse entrée » dans la ville de Dijon le 26 novembre 1364 et confirme les privilèges de la ville et du duché en l'église Saint-Bénigne. Il entreprend aussitôt de réorganiser la défense du duché afin de lutter contre les chevauchées anglaises et celles des Grandes Compagnies qui causeront des troubles jusque dans les années 1380. Le jeune homme de vingt et un ans qui reçoit le titre de duc se révèle doté d'une habileté politique hors du commun, intelligent, perspicace et d'une personnalité captivante. Il « voyait loin » a dit de lui le chroniqueur de l'époque Jean Froissart et Christine de Pisan affirme de son côté : « Il était de souverain sens et conseil » et le Religieux de Saint-Denis assure qu'il était « le plus prudent des princes des fleurs de lis ». Amateur d'art et fin lettré c'est aussi un mécène avisé et son goût pour le faste lui vaut d'être souvent ruiné.

Mariage de Philippe-le-hardi avec Marguerite de Flandre
Dijon
Chartreuse de Champmol
Détail du portail
Philippe le Hardi et
saint Jean-Baptiste
Œuvre de Claus Sluter

Installé dans le duché, Philippe doit songer à se marier. La politique matrimoniale poursuivie jusque là par la lignée des Capétiens se poursuit avec les Valois, épaulée par l'appui royal que lui accorde son frère Charles V. Marguerite de Flandre, la fille de Louis de Maele, veuve du défunt duc Philippe de Rouvres, riche héritière du pays belge et de bien d'autres seigneuries est briguée par un prince de la Maison d'Angleterre, Edmond de Langley, comte de Cambridge et futur duc d'York[119]. La main-mise anglaise, non seulement sur le littoral belge mais aussi sur les nombreux fiefs — Artois, Nivernais, Rethel, Franche-Comté et autres seigneuries — qui reviennent à Marguerite, ne peuvent tomber dans les mains du Plantagenêt, un fils d'Édouard III. La menace est sérieuse pour la sécurité du royaume. Charles V manœuvre : le pape Urbain V révoque les dispenses prononcées par le clergé, Édouard III et Louis de Maele s'inclinent. Un marchandage tenace vainc les réticences du comte de Flandre. Charles V, même s'il est obligé de faire le pénible sacrifice des trois châtellenies de Lille, Douai et Orchies arrachées au domaine royal[120], vient de réussir un coup de maître contre les ennemis d'Outre-Manche. Philippe épouse Marguerite de Maele en l'église de Saint-Bavon de Gand le 19 juin 1369. Le 30 janvier 1384, la mort de Louis de Maele met dans les mains du duc de Bourgogne son splendide héritage : comtés de Flandre, d'Artois, de Rethel, de Nevers, la baronnie de Donzy, les seigneuries de Malines et de Salins, les terres de l'Isle en Champagne de Villemaur et de Jully ainsi que le Comté de Bourgogne.

Cet héritage fait du duc le plus puissant des « sires de fleurs de lis ». En 1390, avec la dot de Marguerite de Bavière il ajoute le comté de Charollais à ses domaines contre soixante mille francs or.

Insurrection flamande

Après la dénonciation du traité de Brétigny par le roi Charles V, Philippe le Hardi, comme Louis, le duc d'Anjou et Jean duc de Berry, ses frères, prend part à toutes les actions militaires et collaborent avec Du Guesclin pour la reconquête du pays contre les Anglais.

En 1375, la Flandre est le théâtre de grands troubles sociaux en conjonction avec un mouvement qui secoue toute l'Europe. La ligue des Chaperons blancs propage des idées révolutionnaires. Louis de Maele est vite débordé. Les Gantois mettent à leur tête Philippe van Artevelde qui remporte non loin de Bruges une victoire totale. Dans la détresse, Louis de Maele demande de l'aide à son gendre le duc Philippe. Celui-ci obtient des États de Bourgogne un subside de 60 000 francs et fait appel à son neveu Charles VI. L'aide anglaise tant attendue par Artevelde n'est pas venue. La rencontre des troupes flamandes et franco-bourguignonnes a lieu le 29 novembre 1382 à Roosebecke et se termine par l'écrasement total des troupes des Chaperons blancs et la mort de d'Artevelde lui-même. Le duc de Bourgogne ramène de son expédition le Jacquemart, la fameuse horloge de Courtrai alors que la ville est réduite en cendres[121]. Même si des luttes sporadiques persistent pour tenter de recouvrer les libertés municipales compromises, le duc a brisé l'indocile et l'inquiétante audace de ses sujets flamands. Faisant preuve d'une grande souplesse politique, le duc peut finalement signer la paix de Tournai, du 18 décembre 1385 qui scelle la réconciliation avec sa ville de Gand. Il ferme du même coup un point de pénétration des Anglais fort dangereux pour la sécurité de la France.

Politique matrimoniale brabançonne
Dijon
Tombeau de Philippe le Hardi
Œuvre de Claus Sluter
achevé en 1410 par son neveu Claus de Werve
Albâtre doré et polychromé, soubassement et dalle de marbre noir de Dinant (Wallonie)

Le duc détient déjà la Franche-Comté de mouvance germanique et cherche à étendre son influence en terre d'Empire. La politique des mariages fait des merveilles. Le duc Philippe et la duchesse Jeanne de Brabant décident de nouer des liens protecteurs. Deux mariages sont décidés. En 1385 le duc unit deux de ses enfants aux enfants du duc Albert Ier, comte de Hollande, de Zélande et de Hainaut. Jean, comte de Nevers, fils aîné du duc et héritier du duché se marie avec Marguerite de Bavière, et sa sœur Marguerite de Bourgogne épouse Guillaume IV de Hainaut. Ces mariages ont pour résultat « de rendre inexpugnable la situation de Philippe dans les Pays-Bas[122] ». Par contrat du 28 septembre 1390, la duchesse douairière Jeanne de Brabant place sa seigneurie sous le protectorat bourguignon et lui donne le Limbourg. Philippe choisit de donner la succession à son second fils Antoine. Les États de Brabant ratifient ces arrangements en 1403. Un édifice aux proportions imposantes est désormais en construction[123].

Désastre de Nicopolis

Jean de Nevers, le fils aîné du duc, l'héritier du duché, comte de Nevers, prend la tête de l'expédition française entreprise à la demande du roi Sigismond de Hongrie pour protéger les confins danubiens assaillis par le sultan des Turcs Ottomans, Bayezid Ier. Jean de Nevers et ses hommes atteignent la Hongrie en juillet 1396. Malgré de magnifiques exploits du côté chrétien, le futur duc subit le 25 septembre 1396 un effroyable désastre devant Nicopolis. Le comte de Nevers fait prisonnier doit être racheté par son père contre une énorme rançon de deux cent mille florins[124]. Malgré cette mémorable défaite, les Bourguignons sont reçus en véritables héros lors de leur retour en Bourgogne en 1398. Jean de Nevers y gagne même son surnom de « Jean sans Peur ».

Philippe-le-hardi, artisan de la paix
Dijon
Musée des Beaux-Arts
Tombeau de Philippe le Hardi
Détail sur le cortège des pleurants

Une paix avec les Anglais ne peut que servir les intérêts de Philippe le Hardi. Le grand commerce des Flamands les lie aux Anglais et le duc sait que la paisible possession de la Flandre et du Hainaut peut seulement lui être assuré par la paix. Dans les dernières années de sa vie il s’emploie avec persévérance et adresse[125], à la réalisation, en différentes étapes, d’accords avec les Anglais. Une paix fragile est déjà assurée par des trêves renouvellées et signées à Leulinghen[126]. La dernière de ces trêves, signée le 18 juin 1389, doit s’achever le 16 août 1392. Le mariage d’Isabelle, fille du roi Charles VI, avec le roi d’Angleterre Richard II, dont les conditions sont mises au point par les ducs, oncles du roi Charles VI a pour effet d'inaugurer une longue suspension d'armes de vingt-huit ans. L’accord est signé le 11  mars 1396 à l’occasion des fiançailles. Philippe le Hardi peut s’estimer satisfait. Le long intermède de tranquillité qui s’annonce va se traduire par une période de prospérité pour ses domaines flamands. Il lui donne le sentiment que la grande guerre est désormais du domaine du passé[127].

Fin du règne de Philippe-le-hardi

En 1404 le duc séjourne dans sa ville de Bruxelles où des fêtes sont données à l'occasion de la visite de sa tante venue recevoir Antoine de Bourgogne, comte de Rethel, son petit-neveu à qui elle destine son héritage. Une épidémie de grippe y fait de grands ravages. Le duc tombe malade. Il meurt le 27 avril 1404 après s’être fait transporter en son château voisin de Hal dans sa soixante-troisième année. Ses viscères sont enterrés à Saint-Denis et le cœur dans l'église de Hal. Sa dépouille embaumée, revêtue de la robe de chartreux, selon ses dernières volontés, est placée dans un cercueil de plomb. Un cortège de six chevaux, caparaçonnés de noir, transporte, étape par étape, le corps en son dernier logis dijonnais. Il est inhumé à la chartreuse de Champmol, la nécropole des Valois, le 15 juin 1404 dans un somptueux tombeau, qui à cette date, n'est pas encore achevé. Ce tombeau, mutilé en 1791, aujourd'hui vide, mais restauré, fait l'orgueil du musée de Dijon.

Philippe-le-hardi & le développement culturel de la Bourgogne
Dijon
Chartreuse de Champmol
Le puits de Moïse
Moîse (de face) et David (à droite)

Comme son frère le roi Charles V, Philippe le Hardi est un grand mécène et un amateur d’art. Il fait bâtir en 1365, à l’emplacement du vieux palais ducal de Dijon, par le maître maçon Belin de Comblanchien, la tour de Bancion qui prendra le nom de « tour de Bar » après que René d'Anjou, duc de Bar y eut été emprisonné. Le duc ne réside à Dijon en moyenne que quarante jours par an sur les quatre mois qu’il consacre au duché, mais la ville s’impose comme capitale de l’État bourguignon, le siège moral de la dynastie. Philippe le Hardi apporte des aménagements à ses châteaux, notamment ceux de Rouvres et d’Argilly à Duesme aussi, ainsi qu’au château de Germolles, proche de Chalon-sur-Saône, la résidence préférée de la duchesse Marguerite.

Il fonde à l’ouest de la ville, sur la rive gauche de l’Ouche, au lieu dit « La motte de Champmol » un couvent de Chartreux qu’il choisit comme lieu de sépulture et qui sera la nécropole des ducs Valois. Le duc confie la construction de la chartreuse à Drouet de Dammartin qui a travaillé avec Raymond du Temple maître d’œuvre du roi à Paris. La duchesse confie également la construction à Drouet de Dommartin sa résidence de Germolles et Claus Sluter exécute des travaux de tailles de pierres[128]. Le 20 août 1383, la duchesse Marguerite et l’héritier du couple, Jean, âgé de douze ans posent les premières pierres.

La Chartreuse de Champmol, à elle seule, fait la gloire du premier des Valois. Sa construction y associe les noms de grands artistes, imagiers du duc. Jean de Marville et son successeur Claus Sluter, sujet bourguignon du duc, né à Haarlem, au Pays-Bas, sculpteur de génie, sont les premiers. Le ciseau prestigieux de Claus Sluter est le créateur de « l'art bourguignon ». Son génie lui permet de donner à ses créations un réalisme et une expressivité incomparables. Par le drapé des vêtements, il est capable de restituer le mouvement des corps qui en anime et en ordonne les plis. Son art lui permet de restituer jusqu'à l'âme d'un personnage. Aucune école n’a poussé aussi loin que Sluter l’art de plisser l’étoffe. Le ciseau bourguignon sait « en même temps avec un art infiniment ingénieux tirer parti des costumes eux-mêmes et faire servir la draperie à l’expression morale et dramatique[129] ». On découvre son influence dans toutes les provinces françaises et tous les pays étrangers[130]. Le portail de la Chartreuse, le Puits des Prophètes (le Puits de Moïse), et le tombeau de Philippe le Hardi ainsi qu'un fragment du Calvaire détruit : le tête du Christ en croix, conservée au musée archéologique de Dijon, suffisent pour placer Sluter au niveau de Michel-Ange[131]. Le génie de Sluter fait la gloire de l’atelier dijonnais où s’est élaboré un style. Il a donné une parfaite réponse au désir de Philippe le Hardi : glorifier le statut politique du duc. Dijon devient une pépinière artistique ou se concentrent des artistes venus principalement de Flandre.

Gand
Cathédrale Saint-Bavon
Élément du retable de L'Agneau mystique de Hubert et Jan Van Eyck
Le drapé de vêtements rappelle l'art pratiqué à la cour de Bourgogne

Jean de Marville entreprend en 1386 le portail monumental de l’église de Champmol, il est peut-être l'auteur de la Vierge à l'Enfant du trumeau du portail. Claus Sluter qui prend la suite de Jean de Marville décédé en 1389, figure, entre 1389 et 1394, avec un singulier réalisme sur chacun des piedroits, les statues de Philippe le Hardi et de Marguerite, agenouillés accompagnés de leurs protecteurs saint Jean-Baptiste et sainte Catherine.

Le Puits de Moïse, réalisé entre 1395 et 1405 est l'œuvre magistrale de Sluter. Sur le socle hexagonal subsistant du calvaire détruit au XVIIIe siècle, l'artiste a représenté Daniel, Isaïe, Jérémie, David, Zacharie et Moïse, les six prophètes annonçant la Passion du Christ. La plus saisissante de ces statues, celle de Moïse[132] a donné son nom au monument. Chacun des prophètes tient entre ses mains un phylactère portant en latin les prophéties annonçant la passion du Christ. Le tombeau de Philippe le Hardi, dont la conception qui fait oublier tout ce qu'on a pu voir auparavant, est due à Claus Sluter. Il n'est pas achevé, ni en 1404 au moment de la mort du duc, ni au moment où elle surprend Claus Sluter à son tour en janvier 1406. Il revient à Claus de Werve, neveu de Sluter de l'achever. Il termine l'œuvre en 1409. Jean sans Peur lui demande alors de réaliser son propre tombeau qui s'inspire du modèle de Sluter. Les deux tombeaux sont conservés au musée des Beaux-Arts à Dijon.

Le mécénat de Philippe le Hardi a fait également une large part à la peinture qui connaît une période florissante. La capitale des ducs abrite de nombreux chefs-d'œuvre et d'extraordinaires tableaux et retables exécutés par les plus grands peintres de l'époque des ducs Valois : Jean de Beaumetz, Melchior Broederlam, Jean Malouel, portraitiste de Jean sans Peur, Jan Van Eyck, peintre de Philippe le Bon, et Hubert van Eyck, (les deux frères Van Eyck, auteurs du retable de l'agneau, conservé en la cathédrale de Saint-Bavon de Gand), Henri Bellechose.


La Bourgogne de Jean-sans-peur

Jean-sans-peur

Les rapports entre Louis d’Orléans, frère cadet du roi Charles VI et Philippe le Hardi, s’étaient détériorés. Une vive tension régnait entre les deux hommes. Louis avait été investit par le roi son frère, depuis 1393, de la qualité de régent et Philippe le Hardi, qui faisait figurer dans sa titulature sa qualité de « fils de roi de France » n’entendait pas jouer les rôles de second plan au gouvernement royal. Une course pour le pouvoir s’était engagée et les sources de conflits entre les deux princes étaient nombreuses. La politique avec l’Angleterre : Louis d’Orléans, était un farouche partisan de la guerre, alors que Philippe le Hardi préférait une politique paisible qui servait ses intérêts flamands. En terre d'Empire, Louis menait une politique très active qui nuisait aux intérêts du duc bourguignon. Il s’y s’était assuré alliances et fidélités, et il avait réussi à faire l’acquisition des droits de Jobst de Moravie, sur le Luxembourg. Enfin, en politique intérieur, Louis d’Orléans avait la mainmise sur les principaux organes de l’État et le contrôle des finances. Louis d’Orléans tissait sa toile vers la conquête d’un pouvoir sans partage. Lorsque la mort surprend Philippe le Hardi le 27 avril 1404, le duc bourguignon n’a pas réussi à arracher à Louis d’Orléans ses prérogatives politiques ni à briser son influence sur le gouvernement royal.

Jean, comte de Nevers, a trente trois ans lorsqu'il recueille, dans un climat de tensions, de querelles, de rivalités avec son cousin qui chaque jour s'enveniment, l'héritage paternel. Jean est né le 28 mai 1371 à Dijon, mais son éducation se fait en Flandre et il parlait le Flamand. Il est décrit comme un homme brave, audacieux, rusé et surtout à l’ambition dévorante. Aller de l’avant sera sa devise : « Ik Houdt » : c'est-à-dire « je ne cède pas[133] » et il porte le surnom de « sans Peur[134] ».

Le 17 juin 1404, au lendemain des obsèques de son père à Champmol, le duc fait « sa joyeuse entrée » à Dijon et y confirme, selon l'usage, tous les privilèges. La mort de sa mère, Marguerite[135] quelques mois plus tard le met en possession de son opulent patrimoine. Il ajoute à son titre de duc de Bourgogne ceux de comte de Bourgogne, d’Artois, et de Flandre. Mais Paris appelle le prince, il brûle d’y reprendre le rôle joué par son père. Il est bien décidé, quels que soient les moyens, y compris les plus extrêmes, à atteindre le but qu'il s'est fixé : devenir maître du conseil et dominer l'État[136] et par là, recevoir à nouveau les dons royaux qui constituent de substantiels revenus.

Jean-sans-peur contre Louis d'Orléans

Entre Louis d’Orléans et Jean sans Peur une haine personnelle et violente enfle à chaque incident et excite les deux rivaux. L’intention d’en découdre s’affiche jusque dans les emblèmes qu’ils se choisissent. Alors que le duc d’Orléans adopte le bâton noueux, Jean sans Peur réplique en prenant le rabot qui doit planer le gourdin. Chacun aspire à éliminer le rival. En 1405 en plein Conseil, Le duc de Bourgogne dénonce l’incurie du gouvernement du duc d’Orléans, s'oppose à une nouvelle levée d'impôts destinés à financer une guerre nuisible à ses intérêts et se pose en défenseur des intérêts du petit peuple. Ces idées libérales lui assurent une popularité immédiate. Mais déjà, le duc de Bourgogne est bien décidé à s’imposer par la force. Le 19 août 1405, Jean sans Peur rentre dans Paris en compagnie de plusieurs centaines d’hommes d’armes. Surpris par l’arrivée soudaine du duc de Bourgogne, Louis d’Orléans et la reine Isabeau se sont enfuit avec le dauphin Louis de Guyenne. Jean sans Peur rattrape le dauphin à Juvisy et le ramène à Paris où se trouve encore le roi Charles VI. En l’absence du duc d’Orléans il propose de réaliser une réforme du gouvernement. Charles VI fait alors publier l’ordonnance qui laisse la place à l’ensemble des princes siégeant au Conseil et non plus seulement au régent. Jean sans Peur vient d'obtenir par la force un demi-succès.


Assassinat du Duc d'Orléans
Bourguignons & Armagnacs

Jean sans Peur (1404-1419) anime la faction des Bourguignons, alliée aux Anglais pendant la minorité et la folie de Charles VI,

Traquenard de Montereau
Article détaillé : Jean sans Peur.

La Bourgogne de Philippe-le-bon

Doté d'une indépendance de fait, Philippe le Bon s'emploie surtout à agrandir ses États : il acquiert la Picardie et la plupart des territoires qui composent aujourd'hui la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas (1421-1433). La Bourgogne connaît alors son apogée : tandis que les villes se développent, la noblesse, flattée par l'institution de l'ordre de chevalerie de la Toison d'Or (1429), mène une vie fastueuse, à l'exemple de son prince, qui se fait appeler «  Grand duc d'Occident » et est le principal mécène de son temps. La Bourgogne est alors un véritable État, même si les deux blocs territoriaux qui la composent sont encore séparés par la Champagne et par la Lorraine.

La Bourgogne de Charles-le-téméraire

Le principal objectif de Charles le Téméraire (1467-1477) est de s'emparer de ces territoires pour reconstituer la Lotharingie et l'étendre jusqu'à la Méditerranée. Mais cette ambition se heurte à l'opposition des cantons suisses, du duc de Lorraine René II, et surtout du roi de France Louis XI. Tenu en échec à Neuss, sur le Rhin (1474-1475), vaincu par les Suisses à Grandson et à Morat en 1476, Charles le Téméraire meurt lors du siège de Nancy en 1477. Louis XI s'empare alors du duché de Bourgogne, tandis que l'héritière de Charles le Téméraire, Marie de Bourgogne, apporte en dot à Maximilien de Habsbourg la Franche-Comté et les différentes provinces des Pays-Bas, où la monarchie française et la maison d'Autriche s'affronteront pendant plus de deux siècles.

La Bourgogne dans la France de la Renaissance & de la Réforme

Dijon
Vue panoramique
La flèche et les tuiles vernissées de la cathédrale Saint-Bénigne

La Bourgogne est très touchée par les guerres de religion (1562-1598). Le maréchal de Tavannes, gouverneur de la province, y massacre les huguenots dans les années 1560. Elle est également parcourue par les mercenaires allemands venant s’engager à chaque nouvelle guerre, puis licenciés et retournant en Allemagne à la fin de chaque guerre.

En 1572, lorsque la nouvelle du massacre de la Saint-Barthélemy se répand et provoque de nouveaux massacres en province (août-octobre 1572), le gouverneur Chabot-Charny y protège les protestants[137].

La Bourgogne de l'Ancien-régime

La Bourgogne depuis la Révolution-française

La Bourgogne donnera naissance aux départements de Nièvre, Côte-d'Or et de Saône-et-Loire ainsi qu'à une partie de l'Yonne (Auxerre; Avallon)

Annexes

Références

  1. Le département de l'Ain, constitué de la Bresse, du Bugey et des Dombes, a cessé de partagé le sort des pays bourguignons en 1790 alors que le département de la Nièvre formée à partir du Nivernais est venue s’y ajouter.
  2. J. Calmette, Les grands ducs de Bourgogne, p. 30.
  3. Jean Richard, p. 14.
  4. Une masse d’ossements soudés entre eux, d’une centaine de milliers de chevaux environ, sur plusieurs hectares, abattus là pendant 20 000 ans. « Cette masse d’ossement représente le résultat de battues au moment où les troupeaux de chevaux transitaient de la plaine de la Saône vers l’arrière pays », in Histoire de la Bourgogne, Collectif sous la direction de J. Richard, Privat, p. 22-23.
  5. Julie Roux, p. 68-70.
  6. Julie Roux, p. 71.
  7. Cette époque « pourrait correspondre à la fin de la brillante occupation du mont Lassois et du premier âge du Fer », in Pierre Lévêque, p. 48-49.
  8. Jean Richard, p. 42.
  9. a  et b Jean Richard, p. 48. La Saône et les rivières confluentes constituent des axes de communication exceptionnellement favorables.
  10. Lucien Febvre, p. 10 et Jacques Marseille, p. 30.
  11. Jean Richard, p. 52.
  12. Tacite brosse un tableau aux couleurs violentes de la rencontre dans ses Annales, III, 45-46.
  13. Strabon les décrit. La plus importante, la voie Agrippa, se dirigeait du sud au nord, en passant par Anse, Mâcon, Tournus, Chalon, Dijon, Langres et au-delà.
  14. D'après le précieux annuaire impérial qu'est la Notitia Dignitatum, résidait à Chalon-sur-Saône un préfet militaire de la flottille de Saône in Lucien Febvre, p. 22.
  15. Strabon, IV, 1, 2.
  16. C'est avec la période de prospérité julio-claudienne qu'il faut sans doute mettre en rapport l'introduction de la vigne en Bourgogne, in Jean Richard, p. 62.
  17. Voir le « dieu au maillet » de Moux-en-Morvan : Sucellus, appuyé sur un cep de vigne au musée de Nuits-Saint-Georges.
  18. La tradition veut que ce soit sous le règne d'Aurélien, en plein péril alaman, avec la grande invasion de 276 que l'enceinte de Dijon est fortifiée.
  19. On a découvert, dans toute la Gaule un grand nombre de trésors enfouis, que les propriétaires n'ont pu récupérer
  20. Déposée au musée Rolin à Autun.
  21. L'histoire de cette sainte, vénérée comme martyre, n'est qu'une transcription littérale, faite au VIIIe siècle de la Passion de sainte Marine d'Antioche de Pisidie selon Jean Richard, p. 90.
  22. Fernand Nathan, p. 37. Charles Commeaux est natif de Bourgogne et fut docteur à l'université de Lyon
  23. Jean Richard, p. 93.
  24. Jean Richard, p. 94.
  25. Gondebaud, fils de Gondioc, le plus grand des souverains burgondes était ainsi très lié à l'Empire romain. Il avait reçu une formation latine. Rome l'avait fait patrice en 473.
  26. Grégoire de Tours, Historia francorum, Livre II, § XXVIII, traduction Robert Latouche, cité dans Les Classiques de l'histoire de France au Moyen Âge, volume 27, pp. 116-117.
  27. En prenant en compte tout un faisceau d'indications précises fournies par les chroniques, l'auteur nous indique que cette bataille a dû se dérouler près de Saint-Apollinaire « environ à deux milles du castrum de Dijon » selon J. Marilier, in Histoire de la Côte-d'Or, chapitre Le Moyen Âge, p. 115. L'auteur cite comme source Les miracles de saint Apollinaire, texte du Xe siècle, éd. Acta sanctorum, juillet, V, p. 353.
  28. Selon Guichard, dans Essai sur l'histoire du peuple Burgonde, p. 258, la prise de Vienne eut lieu en 501. D'après Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, les troupes de Gondebaud auraient pénétré dans la ville de Vienne par les canalisations d'un aqueduc.
  29. Voir sur ce sujet le chapitre « Une reine calomniée : Brunehilde », in Jacques Marseille.
  30. a , b  et c Charles Commeaux, p. 48.
  31. Jonas de Bobbio, Vita Colombani, I, 19.
  32. Jonas de Bobbio, Vie de Saint-Colomban et de ses disciples, traduction par dom Adalbert de Voguë.
  33. Aujourd'hui en Suisse, dans le canton de Vaud.
  34. Les assemblées de Clichy (614) et de Bonneuil (616) instituent ce droit.
  35. Frédégaire, Chronique, 58.
  36. a , b  et c Pierre Lévêque et alii, p. 121.
  37. Jean Marilier, dans le chapitre « Le Moyen Âge », in La Côte-d’Or de la préhistoire à nos jours, p. 123 prend soin de préciser : « On a toujours assimilé cette expédition germanique à une invasion arabe. À tort certainement. Tous les chroniqueurs appellent Sarrasins les Arabes, et ceux-là reçoivent uniquement le nom générique de « Vandales » (c'est-à-dire destructeurs) ; il s’agit selon toute vraisemblance de barbares germaniques d’origine indéterminée. L’invasion sarrasine, elle intervint en 731 ».
  38. Jean Richard, p. 100.
  39. a  et b Maurice Chaume.
  40. Maurice Chaume, p. 125. Le nom « attuarien » tire sa dénomination des Atturiens, colonie de Francs de la nation Cattes en Germanie. Suivant les commentaires de César par M. de La Martinière, t. III, les Harudes ou Attuariens se seraient établis depuis Lyon à Langres. Plus tard, sous Constance Chlore, des Attuariens se seraient fixés dans le pays des Lingons. Le comté qu'ils ont formé était placé, suivant les Annales de saint Martin (à l'an 839) entre les comtés de Langres, d'Amous, de Chalon, la Saône, la Tille, la Vingeanne : « inter comitatum Cavallonensem, comitatum Amons et comitatum Lingonensem ». La Chronique de Bèze donne les mêmes limites à ce canton, et cite Mantoche comme faisant celle de ce côté : « In territorio Attuarensium juxta flumen Ararim posita deserta ». La ville, chef-lieu de ce pagus aurait pu être Ates, (aujourd'hui Attricourt), ville ruinée au temps des invasions barbares selon l'abbé Mouton, curé de Poyans, 1865, in Mémoires de la Commission d'Archéologie et des sciences historiques, département de la Haute-Saône, t. III, Vesoul, 1862.
  41. Jean Marillier, p. 125 explique : « Nous ne possédons pas les limites exactes — pour autant qu’elles aient été fixées — de ces pays, […]. Les mots de pays et comtés sont la plupart du temps synonymes. Voir aussi Maurice Chaume, p. 20-26.
  42. Jean Richard, p. 101.
  43. Julie Roux, p. 92, Charles Commeaux, p. 56 et Jacques Marseille, p. 74.
  44. a , b , c  et d Charles Commeaux, p. 56.
  45. Jean Richard, p. 106 précise que « l’incertitude sur le tracé exact de la limite du Royaume et de l’Empire dans cette portion de la future Franche-Comté, sis à l’ouest de la Saône devait alimenter des débats aux XIVe siècle, XVe siècle et XVIe siècle ».
  46. Eugène Rougebief, p. 156.
  47. Eugène Rougebief, p. 150.
  48. Concile placé sous la présidence de l’archevêque de Vienne. Y assistaient également l’archevêque de Besançon et l’évêque de Lausanne selon Mémoires pour servir à l'histoire des royaumes de Provence et de Bourgogne jurane de F. de Gingins-la-Sarra, Lausanne, 1851, p. 76.
  49. Julie Roux, p. 95.
  50. Lors de la prise de Vienne, par Bernard Plantevelue, Richard le Justicier serait intervenu pour protéger Ermengarde, l'épouse de Boson et Engelberge sa fille qu'il conduit dans son comté d'Autun in Mémoires pour servir à l'histoire des royaumes de Provence et de Bourgogne jurane de F. de Gingins-la-Sarra, Lausanne, 1851, p. 101.
  51. Guillaume de Gellone, défenseur de la marche d’Espagne, fut le fondateur de la dynastie. Il était fils d’Aude, une fille de Charles Martel et de Thierry, (ou Théodoric, comte d’Autun, cousin germain de Charlemagne, le héros de la chanson rédigée au XIIe siècle sous le nom de chanson de Guillaume d'Orange.
  52. Onfroi est aussi comte de Chalon. Il est neveu de Bernard de Septimanie selon Histoire de la ville de Toulouse, Perin-Paviot, 1839, p. 171.
  53. Jean Richard, p. 109 parle d’un « autre Bernard », sans plus de précision. Il pourrait s'agir de Bernard de Gothie. Lauranson-Rosaz, dans L’Auvergne dans le contexte politique des VIlle-Xe siècles, Thèse, 1997, précise : «  L'imbroglio des Bernards a été démêlé par Jan Dhondt dans Étude sur la naissance des principautés territoriales en France (IXe-Xe s.), mieux qu'Auzias dans Bernard le Veau et Bernard Plantevelue, Ann. du Midi, 1932. ou Levillain dans Les personnages du nom de Bernard dans la seconde moitié du IXe siècle ».
  54. J. Richard in Histoire de la Bourgogne ne lui donne pas la dénomination « de Vergy ». Il pourrait être le dernier des frères d’Eccard in Mémoires de la Société Éduenne, Société Éduenne des Lettres, Sciences et Arts, Autun, 1911 et Maurice Chaume, Les origines du duché de Bourgogne, p. 278.
  55. Richard est qualifié de comes Augustodunensis, dans un diplôme du 30 nov. 880. (D. Bouquet, T. IX, p. 418).
  56. Tels Mille, comte de Langres, Anchier d'Oscheret, ou Gui d'Atuyer in Charles Commeaux, p. 66.
  57. Charles Commeaux, p. 65 et Édouard Clerc, p. 196.
  58. Prosper Lorain, in Histoire de l'abbaye de Cluny, Paris, 1845, p. 290, indique que les reliques arrivent d’abord à Chablis puis à Auxerre.
  59. Les murailles de Dijon avaient été renforcées par l’évêque Isaac (859-880), in La Bourgogne au Moyen Âge, Académie de Dijon, Centre régional de recherche et de documentation pédagogiques, 1972,p. 32.
  60. a  et b Jean Richard, p. 112.
  61. « Ses contemporains, comme les historiens postérieurs, ont tous admiré son esprit de suite qui lui permit d'acquérir les comtés les uns après les autres, sa magnificence et surtout sa rectitude », in Pierre Lévêque, p. 131 qui ajoute et « En ce temps-là, le duc qui gouvernait nos régions a été appelé à cause de son zèle pour la justice, le « Justicier » ». in Chronique de Bèze, p. 280.
  62. Jean Richard, p. 1.
  63. Richard, se titrait de « duc des Bourguignons » d'après Jean Richard, p. 2.
  64. Louis III l'Aveugle est roi du royaume de Provence et de la Bourgogne Cisjurane (comté de Vienne) au moment de la mort de Richard. Sa cécité l'a amené à désigner Hugues d'Arles comme régent.
  65. Charles Commeaux, p. 68 indique : « peut-être gendre d’Hugues » et ajoute : « on s’interroge sur son éventuel mariage avec une fille d’Hugues ». Jean Richard, p. 132 donne lui cette indication : « […] ses deux gendres conservent chacun une partie de l’héritage considérable qui est le sien : l’un Liétaud, devient comte de Mâcon et d’Outre-Saône ; l’autre Gilbert, fils de Manassès de Vergy, unit l’Autunois à ses propres comtés ».
  66. Charles Commeaux, p. 69 fait part de cette interrogation.
  67. H. Drouot et J. Calmette, p. 84 indiquent que Raoul finit ses jours, suivant certains, comme moine à l’abbaye de Bèze.
  68. Jean Richard, p. 4.
  69. Pierre Lévêque, p. 135 précise : « C’était d’ailleurs, si l’on croit un poème satirique contemporain, le Rythmus satiricus, un personnage empêtré et dévot, tout bon au plus à faire un sacristain, ce que la Chronique de Saint-Bénigne exprime plus poliment en disant qu’il se présentait comme un homme de bonnes mœurs, de grande douceur et vraiment ecclésiastique. Voir aussi Maurice Chaume, I, p. 456.
  70. Selon la Chronique de Saint-Bénigne, mais elle ne laisse aucun doute sur l’adoption d’Otte par son beau-père d'après Jean Richard, {{{1}}}4, r. 1. Pour Pierre Lévêque, p. 138 : « Au témoignage du chroniqueur Guillaume de Jumièges, Henri légua son duché au roi Robert II — qu'avec un orgueil sourcilleux les Bourguignons refusèrent de reconnaître — comme duc ».
  71. Aubri II détenait les droits sur le comté de Mâcon et sur Besançon, à sa mort, sa veuve Ermentrude les porta à son second mari Otte-Guillaume, par elle, il devint comte de Mâcon et de Besançon.
  72. Cf. La Côte-d'Or de la Préhistoire à nos jours, p. 139, « On a de très sérieux indices qu’il fut candidat en 1016 à la couronne de Lombardie ; il avait déjà distribué à ses enfants son comté de Mâcon et ceux d’Outre-Saône. En 1024, il donna en présence du roi à l’abbaye piémontaise de Fruttuaria, fondée par Guillaume de Volpiano, le vieux monastère beaunois de Saint-Martin de l’Aigue et il mourut le 24 septembre 1026. »
  73. Cf. : La Côte-d'Or de la Préhistoire à nos jours, p. 138 : « Au témoignage du chroniqueur Guillaume de Jumiège, Henri légua son duché au roi Robert II qu’avec un orgueil sourcilleux les Bourguignons refusèrent de reconnaître comme duc ».
  74. Cf. Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 4. Il cite D. Plancher, T. I, p. 259.
  75. Cf. Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 5. « … accord que sanctionnait sans doute le mariage d’un des fils d’Otte avec une fille du duc de Normandie, … ».
  76. Cf. Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 5. J. Richard cite Chevrier-Chaume, n° 233.
  77. Ce dernier comté devait former la dot d’une sœur du roi mariée au fils aîné de Landry, in Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 5.
  78. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. IV, p. 8.
  79. 3.300 marcs d'argent furent payés avec exactitude, en quatre termes, le dernier versement ayant été réalisé en juin 1227. J. Richard, Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 207, r. 3.
  80. J. Richard, Les ducs de Bourgogne et la formation du duché, p. 213.
  81. Montrivel : Situé directement au-dessus de Champagnole et Châteauvillain (graphie actuelle : Château-Vilain, canton de Champagnole, commune de Bourg-de-Sirod.
  82. Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 215.
  83. Laperrière-sur-Saône, Échenon, Saint-Seine-en-Bâche, J. Richard, Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, p. 219.
  84. L'Ausson coule à proximité de Franxault et se jette dans la Saône.
  85. La convention de Vincennes n'était, en réalité, qu'une vente de La Comté à la France. Othon recevait en échange cent mille livres tournois, plus une rente viagère de deux mille livres. L. Febvre, Histoire de Franche-Comté, p.99.
  86. Allié de très près à la famille ducale : Édouard de Savoie, fils d'Amédée V de Savoie avait épousé Blanche, fille de Robert II.
  87. Le 24 mars 1306 à Vernon à la cour de son neveu Philippe de France
  88. Il meurt dans les premiers jours de mai 1315 à Argilly. L'abbaye de Cîteaux reçut sa sépulture. E. Petit Histoire des ducs de Bourgogne, t. VII, p.33.
  89. Paul Lehugeur, historien de Philippe-le-Long, dans Histoire de Philippe-le-Long écrit ceci : « Il est conforme à la vraisemblance de penser que ce mariage, destiné à ramener le puissant duc, fut projeté dès le mois de juillet, le 16 au soir ou le 17 au matin, et qu'Eudes IV se consola rapidement de ne pas être l'oncle de la reine, le jour où il eut la promesse qu'il deviendrait bientôt gendre du roi. »
  90. Le mariage a eu lieu le 18 juin 1318. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. VII, p.59.
  91. Après le dècès de la mère de Jeanne, prénommée aussi Jeanne, la reine Jeanne, épouse de Philippe-le-Long ; décès intervenu le 21 janvier 1336. E. Petit, Histoire des ducs capétiens de Bourgogne, t. VII, p. 128.
  92. Histoire de Franche-Comté, p 106 et 107.
  93. Traité du 9 octobre 1346. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. VIII, p. 47.
  94. Plaine de Saint-Ferjeux à Besançon, le 17 août 1336.
  95. Date donnée par E. Petit, t. VIII, p. 11.
  96. La duchesse meurt dans la première quinzaine du mois d'août de 1347. Elle fut enterrée à l'abbaye cistercienne de Fontenay.
  97. Trêve signée à Oiselay puis renouvelée à Étobon.
  98. L'acte est daté de l'abbaye de Barbeau, avril 1348. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. VIII, p. 26, r. 2.
  99. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. VIII, p. 26.
  100. Histoire de Franche-Comté, p. 109.
  101. Son surnom lui vient du château de Rouvres, son château préféré, où il est né et où il rend le dernier soupir.
  102. Ils font consacrés leur union à la chapelle du château royal de Sainte-Gemme (parfois appelé aussi Saint-James et aujourd'hui disparu) à Feucherolles, près de Saint-Germain-en-Laye. Ernest Petit (historien), Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, tome IX, pp. 10-11, et Jules Viart, archiviste paléographe, conservateur aux Archives nationales et Eugène Déprez, Chroniques de Jean le Bel, 1905, tome II, note 2 de bas de page 184
  103. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, t. IX, p. 32.
  104. L'institution des États est une assemblée réunissant les représentants de l'Église, de la noblesse, et des habitants des villes. Ces États se réunissaient spontanément pour garantir leurs droits et privilèges et s'opposer à tout atteinte à leur autonomie. La première manifestation connue de la conscience bourguignonne pénétrée de son individualité et de ses droits eut lieu en 1314, lorsque Louis le Hutin voulut empêcher les guerres privées, les joutes, les tournois et lever des nouveaux impôts. Ces mesures furent considérées comme vexatoires et restreignant les libertés individuelles. La noblesse, le clergé et le « commun » de onze villes s'unirent en une ligue redoutable contre ces « novelletés et choses déraisonnables ». Devant le danger de cette ligue Louis le Hutin accorda la reconnaissance expresse des coutumes locales et la renonciation absolue à toute innovation. Les ordonnances promulguées en 1315 sont connues sous le nom de Charte aux Bourguignons. En 1356, Jean le Bon convoquait une réunion des États pour obtenir une aide financière. La réunion d'États convoqués sera à l'origine de l'institution des États de Bourgogne.
  105. A. Kleinclausz, Histoire de Bourgogne, p. 100 et 101. et E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, t. IX, p. 164.
  106. D'après E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, p. 180 : Jean de Neuchâtel, le comte de Montbéliard et Guillaume de Grandson.
  107. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, p. 188.
  108. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, t. IX, p. 249
  109. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. IX, p. 271.
  110. J. Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne, p. 42.
  111. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. IX, p. 310 et J. Calmette, Les grands ducs de Bourgogne, p. 44.
  112. E. Petit, Hsitoire des ducs de Bourgogne, t. IX, p. 310 et J. Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne, p. 44. J. Calmette apporte cette conclusion : « ... on peut en déduire, sans témérité aucune, que l'installation du jeune prince dans le duché est chose décidée ».
  113. E. Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. IX, p. 290.
  114. L. Febvre, Histoire de Franche-Comté, p. 112.
  115. Arnaud de Cervole, l'Archiprêtre, épousera l'héritière de la puissante seignerie de Thil, veuve du connétable de Bourgogne. In Histoire de la Bourgogne, p.175.
  116. Pierre de Bourdeille, Œuvres du seigneur de Brantôme
  117. Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, t. I, 134-1399, p.22.
  118. Extrait de la lettre publiée le 2 juin 1364 par le roi Charles V, concernant la donation du duché de Bourgogne à Philippe : « Charles, par la grâce de Dieu, roi des Français, à tous présens et à venir savoir faisons que nous avons vu des lettres de notre père, d'illustre mémoire , conçues en la forme ci-dessous : Jean, par la grâce de Dieu, roi des Français, toujours occupé avec soin et sollicitude de la paix et du repos de nos sujets, [...] et rappelant encore à notre mémoire les services excellens et dignes de louange de notre très-cher Philippe, le quatrième de nos fils, qui s'exposa de plein gré à la mort avec nous, et, tout blessé qu'il était, resta inébranlable et sans peur durant la bataille de Poitiers ; qui a été captif et prisonnier chez les ennemis, et qui, depuis notre libération, n'a pas cessé de nous donner des preuves de son constant amour filial ; voulant donc, à juste titre, honorer sa personne et lui témoigner, par une récompense perpétuelle, l'amour paternel que nous lui rendons ; [...] nous concédons et donnons à notredit fils, le susdit duché et pairie de Bourgogne, avec tout ce que nous y pouvons avoir de droit, possession et propriété, ainsi qu'en la comté de Bourgogne [...]. Pour le tout être transféré à lui, de telle sorte qu'il le tienne et possède par lui-même ou les héritiers provenant de lui en légitime mariage, et qu'il en jouisse paisiblement et tranquillement. [...]. » Donné à Germiny-sur-Marne, le 6 septembre, l'an du Seigneur 1363. »
  119. La main de Marguerite avait été promise au comte de Cambridge par Louis de Maele et officialisée par la convention de Douvres du 19 octobre 1364.
  120. Trois châtellenies que par un accord secret, le roi engage le duc Philippe à lui restituer après la mort de Louis de Maele. Philippe refusera de restituer ces trois châtellenies à la France. Il faut ajouter à ces trois châtellenies le versement d'une somme de 200 000 livres tournois
  121. Cette horloge qui commémore la victoire de Courtrai s'offre encore de nos jours à notre regard au clocher de Église Notre-Dame de Dijon. Le duc commande à un haut-lisseur d'Arras, Michel Bernard, « l'hystoire de la bataille de Roosebecque », tapisserie géante, de cinquante-six aunes de long et cinq de large, et il aimait à s'en servir en guise de tapis. Il lui plaisait de voir couché à ses pieds ce Philippe van Artevelde dont la mort l'avait tant soulagé. In Les grands ducs de Bourgogne de Joseph Calmette, p. 63.
  122. Les grands ducs de Bourgogne, J. Calmette, p. 71 qui cite ses sources : Pirenne, l'historien par excellence de la Belgique.
  123. Les grands ducs de Bourgogne, J. Calmette, p. 72.
  124. Les grands ducs de Bourgogne, J. Calmette, p. 75.
  125. Histoire des ducs de Bourgogne, J. Calmette, p. 76.
  126. Entre Boulogne et Calais
  127. Histoire des ducs de Bourgogne, J. Calmette, p. 76.
  128. Notamment une pastorale en relief, « Philippe et Marguerite y figuraient en bergers, veillant sous un orme sur leur troupeau », aujourd'hui disparue, qui indiquait le caractère privé de la résidence, in Bourgogne, art, architecture et paysages Collectif sous la direction de Rolf Toman et texte de Ulrike Laule. H.F. Ullmann, 2007. ISBN 978-3-8331-4438-7.
  129. André Michel, Histoire de l’Art, III, 596. Cité par J. Calmette, Les grands ducs de Bourgogne, p. 251 et r. p.380
  130. Les grands ducs de Bourgogne, J. Calmette, p. 252.
  131. Les grands ducs de Bourgogne, J. Calmette, p. 248.
  132. Raymond Rey, dans L'art gothique, Paris, H. Laurens, note p. 247, s'exprime ainsi en parlant du Moïse : « La face ravinée d'où descendent les torrents de la barbe, les yeux profonds et la bouche amère, il porte au front la double corne (cornuta facie, dit le drame de la Passion de Rouen) représentant les rayons lumineux apparus aux Hébreux à la descente du Sinaï, signe surnaturel de l'homme qui avait contemplé Dieu en face  ». Et à propos des autres prophètes : « David est le type du monarque oriental, somptueux et solennel. Jérémie, glabre et décrépit, médite dans son livre. Zacharie semble effondré dans sa douleur, tandis que Daniel et Isaïe discutent, l'un à figure de rapace, fin et éloquent, l'autre à la tête chauve de vieillard cassé et découragé. Chacun déroule un phylactère où est inscrite la Prophétie relative à la Passion. »
  133. Ou Je reste ferme
  134. Son surnom lui vient-il de la journée du 25 septembre 1396, jour du désastre de Nicopolis, comme l’on cru certains, ou de la bataille d’Othée, comme un chroniqueur l’affirme ? Le chroniqueur Enguerrand de Monstrelet affirme que Jean a acquis son surnom sur le champ de bataille d’Othée ; éclatante victoire remportée sur les Liégeois le 23 septembre 1408.
  135. Marguerite de Flandre meurt le 21 mars 1405.
  136. La citation de R. Fawtier est : « celui qui est maître du conseil domine l'État », in Armagnacs et Bourguignons, Bertrand Schnerb, p. 88.
  137. Pierre Miquel, Les Guerres de religion, Club France Loisirs, 1980, (ISBN 2-7242-0785-8 ), p 287

Notes

  1. Les grottes d’Arcy-sur-Cure ont été occupées dans la préhistoire de façon pratiquement continue par les hommes ou les animaux. Il existe plusieurs cavités ou grottes : Grande Grotte, grotte du Bison, grotte du Cheval, grottes de l’Hyène, du Loup, du Renne, des Fées. Les premières recherches archéologiques ont été menées par l’abbé Parat, puis par André Leroi-Gourhan.
  2. Éduens, Lingons, Séquanes adoptent dès 100 av. J.-C. un système monétaire commun, fondé sur l'étalon-argent. Leur monnaie, de valeur identique, représentait la moitié du denier romain, circulait sans difficulté sur le sol des cités, formant une union monétaire de fait, et permettant une stabilité remarquable dans tout le pays.

Bibliographie

Sources bibliographiques

  • (fr) Jean Richard, Histoire de la Bourgogne, Éditions Privat, 1988 (ISBN 2-7089-1680-7).
    Collectif, sous la direction de J. Richard : Joseph Joly, Roland Martin, Jean Marilier, Pierre Quarré, Daniel Ligou, Pierre Lévêque, François Caron
     
  • (fr) Charles Commeaux, Histoire des Bourguignons, Fernand Nathan, 1977 
  • (fr) Pierre Lévêque, La Côte-d'Or de la Préhistoire à nos jours, Bordessoules, 1996 (ISBN 2-903504-43-1).
    Collectif, sous la direction de Pierre Lévêque : Jean-Bernard Charrier, Jean-Paul Thévenot, Jean-Pierre Nicolardot, Michel Mangin, Jean Marilier, Jean Richard, André Leguai, Christine Lamarre, Daniel Ligou
     
  • (fr) Julie Roux, Bourgogne, MSM, 2002 (ISBN 2-911515-39-0) 
  • (fr) H. Drouot et J. Calmette, Histoire de la Bourgogne, Paris, 1928 
  • (fr) Jacques Marseille, Journal de Bourgogne, Larousse, 2002 (ISBN 2-03-575104-7) 
  • (fr) Jean Richard, Les ducs de Bourgogne et la formation du duché du XIe au XIVe siècles, Société Les Belles Lettres, Paris, 1954 
  • (fr) Maurice Chaume, Les origines du duché de Bourgogne, Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres, 1925 
  • (fr) Maurice Chaume, Onfroi, marquis de Gothie. Les origines et ses attaches familiales, Annales du Midi, 1940 
  • (fr) Jan Dhondt, Études sur la naissance des principautés territoriales en France, IXe siècle et Xe siècle, De Tempel, 1948 
  • (fr) Jacques Flach, Les origines de l’ancienne France, Xe siècle et XIe siècle. Tome IV, les nationalités régionales, leurs rapports avec la couronne de France, 1917 
  • (fr) Paul Lehugeur, Histoire de Philippe le Long, roi de France, Slatkine-Megariotis Reprints, Genève, 1975 
  • (fr) Édouard Clerc, Essai sur l’Histoire de la Franche-Comté. Tome I, Besançon, 1840 
  • (fr) Eugène Rougebief, Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne, Paris, 1851 
  • (fr) De Barante, Histoire des ducs de Bourgogne de la maison de Valois, 1858.
    13 vol. in-8. 8e éd. 8 vol. in-12 avec atlas
     
  • (fr) Lucien Febvre, Histoire de Franche-Comté 
  • (fr) Joseph Calmette, Les Grands Ducs de Bourgogne, Albin Michel, coll. « Club des librairies de France », 1956 
  • (fr) A. Kleinclausz, Histoire de Bourgogne, Hachette, 1924 
  • (fr) Bertrand Schnerb, Armagnacs et Bourguignons, La maudite guerre, 1407-1435, Perrin, coll. « tempus », 2009 (ISBN 978-2-262-02732-2) 
  • (fr) Rolf Toman, Bourgogne, art, architecture et paysages, H.F.Ullmann, 2007 (ISBN 978-3-8331-4438-7).
    Collectif sous la direction de R. Toman
     

Ressources bibliographiques complémentaires

  • Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, T. I à IX, 1885, Gallica
  • Bertrand Schnerb, L'État bourguignon, 1363 1477, Paris, Perrin, tempus, 2005, ISBN 2262011265 .
  • Jean-Philippe Lecat, Quand flamboyait la Toison d'Or, Fayard, 1977, ISBN 2-213-02441-3

Liens externes

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