Histoire De L'Uruguay


Histoire De L'Uruguay

Histoire de l'Uruguay

Pour un résumé de l'histoire de l'Uruguay, se reporter à l'article Uruguay.

Sommaire

La préhistoire et époque précolombienne

Indigènes du Rio de la Plata selon le carnet de Hendrick Ottsen en 1603

Les premières traces de vie humaine sont repérables par les premières industries lithiques datant du Paléolithique supérieur repérées dans le nord du pays. Les populations étaient alors très nomades à cause des différentes glaciations.
Durant le Néolithique, la fin de la dernière glaciation poussa les petits groupes nomades (Charrúa, Chana, Minuane, Bohane, Guenoa, Yaro et Guaraní) à se sédentariser et à délaisser les régions les plus arides et pour peupler les îles fertiles du Río Uruguay. Les hommes auraient alors commencé à tailler efficacement les pierres pour en faire des outils puis vers - 6 000 ans, à s'organiser en groupes sédentaires d'une vingtaine d'individus fabriquant des tumulus de terre pouvant atteindre de 40 m de diamètre et de 2 à 7 m de haut. Ces tumulus pouvaient alors servir de sépulture pour les morts (tombeau individuel ou collectif), de zones cultivables ou de tour de guet pour se protéger.

Finalement les peuples Charrúas et Guaraní se démarquent des autres groupes et sont les premiers que l'on peut désigner par « peuple » car le nombre d'individus est significatif. On a depuis retrouvé les marques de la culture avancée de ces peuples pécheurs et agriculteurs avec diverses céramiques. Néanmoins, nous ne connaissons quasiment rien de ces peuples — sinon qu'ils étaient hostiles l'un envers l'autre[1] — puisqu'ils ne connaissaient pas l'écriture, les seuls éléments archéologiques étant leurs outils et leurs habitats.

L'arrivée des Européens

Les Charrúas sont les seuls habitants de la région à l'arrivée des Européens. Il s'agit d'une petite tribu repoussée par les guaranís. Les conquistadores espagnols de Juan Díaz de Solís découvrent cette zone en 1516. En 1527, Sebastián Gaboto, sous les ordres du royaume d'Espagne, construit un fort dans l'embouchure de la rivière San Salvador. Puis le 30 mai 1574, Juan Ortiz de Zárate bâtit, à proximité des ruines de ce fort entretemps détruit par les Charruas, la première ville s'appelant aussi San Salvador. En 1603, les Espagnols introduisent du bétail en Uruguay pour tenter de développer l'économie locale mais l'absence d'or et d'argent, combinée à la forte résistance des Charruas dissuade les Européens de s'y installer durant le XVIe siècle et le XVIIe siècle.

En 1624 des missionnaires jésuites fondent une Réduction (reducción) sur les bord du Río Negro, presque à la confluence avec le fleuve Uruguay. Cette réduction se nommait Santo Domingo Soriano, là où est bâtie aujourd'hui la ville de Soriano, dans le département de Soriano.

Les XVIIIe et XIXe siècles

Plus, tard, les Espagnols augmentent leur présence pour limiter l'expansion des Portugais installés au Brésil puisqu'en 1680, les Portugais violent le traité de Tordesillas en fondant la ville de Colonia del Sacramento juste en face de la ville de Buenos Aires pour pouvoir dominer complètement le Rio de la Plata. Ainsi, le capitaine espagnol Bruno Mauricio de Zabala fonde Montevideo le 24 décembre 1726 pour placer une armée dans ce poste fortifié, avant de coloniser la Banda oriental, à l'est de la rivière Uruguay.
En 1777, les Espagnols établissent leur autorité sur la région en la mettant sous contrôle de la vice-royauté de Buenos Aires. Le port naturel de Montevideo finit par concurrencer le commerce de Buenos Aires.

Le début du XIXe siècle est marqué par des luttes entre les envahisseurs britanniques, les Portugais et les Espagnols pour la domination de cette zone s'étendant sur le territoire uruguayen, une partie de l'Argentine et une autre du Brésil.

La lutte pour l'indépendance

Portrait d'Artigas, héros national de l'indépendance Uruguayenne

Alors qu'en 1810, la guerre d'indépendance est commencée en Argentine sous le nom de Révolution de mai (Revolución de Mayo), l'Uruguay ne connaît aucune rébellion. C'est le cri de l'Asencio (Grito de Asencio)[2] du 27 février 1811 qui est généralement considéré comme étant le point de départ de la révolution dans le pays. Rapidement, une partie de la population menée par José Gervasio Artigas [3] participe à ce soulèvement, attaquant directement l'armée espagnole et les royalistes en les battant à la bataille de Las Piedras le 18 mai de la même année et allant jusqu'à encercler la ville de Montevideo où l'armée espagnole s'était retranchée.
Pour anéantir la rébellion, l'Espagne et le Portugal signent un accord qui permet à un contingent de soldats portugais de venir en aide à ceux espagnols. Cette alliance ordonne alors aux révolutionnaires de quitter les abords de Montevideo, toute la Banda Oriental et la région Mesopotamia[4], ordre qu'Artigas applique puisqu'il part avec toute la population locale jusqu'à la rivière Ayuí dans le nord du territoire, laissant une région quasiment inhabitée derrière lui. Cet exode montre à quel point le peuple veut son indépendance et qu'il est prêt à tout pour cela.

À partir du 26 février 1813, les indépendantistes encerclent de nouveau Montevideo au cours des batailles du Cerrito et du port del Buceo, et investissent la ville le 23 mai 1814. Pendant cette période, de nombreux affrontements ont lieu entre l'armée d'Artigas le fédéraliste et celle du gouvernement de Buenos Aires. En 1815 Artigas arrive à réunir dans la ville frontière de Arroyo de la China[5] l'ébauche d'un congrès de l'indépendance argentine avec les représentants de la Banda Oriental, de la province de Córdoba, de Corrientes, de l'Entre Ríos, de Misiones[6] et de Santa Fe, unis dans la Ligue Fédérale (Liga Federal), les autres provinces des territoires de l'ancienne Vice-royauté du Río de la Plata sont alors aussi conviées même si elles ne demandent pas le rattachement à cette Ligue.

Juan Antonio Lavalleja

Seulement, les armées portugaise et espagnole sont trop expérimentées pour des paysans révolutionnaires et, suite aux nombreuses défaites que son armée subit, Artigas doit fuir le pays en 1820 et s'exile au Paraguay et le Portugal annexe en 1821 le territoire qui est devenu ensuite l'actuel Uruguay en l'intégrant dans le Brésil sous le nom de Provincía Císplatina.

Les Treinta y Tres Orientales prêtant serment

Des révoltes sont tentées dès 1821 et 1823 mais elles n’ont pas d'effets notables. Le groupe d'insurgés nommé les Treinta y Tres Orientales commandé par Juan Antonio Lavalleja, arrive sur le territoire uruguayen le 15 avril 1825, beaucoup de personnes rejoignent ce groupe et l'armée brésilienne qui occupe alors le pays s'en retire, et dès le 25 août 1825, la province d'Uruguay déclare son indépendance vis-à-vis du Brésil. Le pays souhaite néanmoins rejoindre l'Argentine en formant une fédération régionale, ce que l'Argentine accepte le 24 octobre de la même année, ce qui déclenche une nouvelle guerre entre l'union de l'Argentine et l'Uruguay d'une part et le Brésil d'autre part. Finalement, cette union permet de vaincre le Brésil à l'issue de trois années de guerre.

La Convention préliminaire de paix puis le traité de Montevideo qui est signé le 27 août 1828 et approuvé par le Royaume-Uni, officialise la création de l'Uruguay[7] en tant que pays indépendant et souverain et trace les frontières du nouvel État. La première constitution du pays est adoptée le 18 juillet 1830.

Une indépendance mouvementée

Fructuoso Rivera
Manuel Oribe

Le premier président de l'Uruguay devait être approuvé par le Brésil, par conséquent, même si Lavalleja est considéré comme étant le héros national de cette nouvelle rébellion, il n'est pas élu à cause du refus du Brésil. Fructuoso Rivera forme donc le premier gouvernement du pays. Puis, le second président, Manuel Oribe en 1835 crée une commission pour étudier les dépenses faites par le premier gouvernement, ce que Rivera refuse, au fil des différentes tensions comme cette dernière, les partis politiques se créent avec d'un côté, les Colorados du général Rivera et de l'autre les Blancos du Brigadier général Oribe, les deux factions commencent rapidement à se battre et Oribe démissionne et est remplacé par Rivera toujours soutenu par le Brésil.

Lorsque Rivera est élu pour la seconde fois en 1839, la guerre civile éclate entre les conservateurs nommés Blancos (blancs), menés par Manuel Oribe et soutenus par l'Argentine de Juan Manuel de Rosas et les libéraux ou Colorados (rouges), menés dans un premier temps par Fructuoso Rivera et ensuite par Joaquín Suárez. On les a nommés ainsi à cause de la couleur de leurs drapeaux respectifs (blanc pour les premiers et rouge pour les seconds). Le conflit armé se prolonge jusqu'en 1851 sous le nom de Grande Guerre (Guerra Grande) durant laquelle la quasi totalité du pays est sous le contrôle d'Oribe à l'exception de la ville de Montevideo qui reste fidèle au parti Colorado. Oribe construit alors une nouvelle capitale collée à Montevideo qu'il nomme Villa Restauración (actuellement le quartier de Villa Unión). Les puissances européennes[8] défendent Montevideo pour protéger leurs ressortissants et pour sauvegarder leurs intérêts économiques avec par exemple le général Giuseppe Garibaldi, mais ses puissances partent ensuite, les Colorados demandent le soutien armé du Brésil et des fédéralistes de la province argentine de Entre Rios qui était contre le régime de Rosas. La guerre se termine avec la défaite de l'union Rosas-Oribe, et ces deux personnes doivent quitter la région. Suite de l'intervention des Européens, beaucoup d'immigrants s'installèrent en Uruguay, mais le pays est alors ruiné par cette guerre et sa population en a été décimée.

De 1865 à 1870, maintenant allié de ses deux grands voisins que sont le Brésil et l'Argentine, la nation est partie prenante de la guerre de la Triple Alliance entreprise contre le Paraguay.

Modernisation et militarisme

La modernisation du pays commence en 1876, après le chaos politique gouverné par les révolutionnaires et se termine au XXe siècle avec les réformes sociales et économiques de José Batlle y Ordóñez.

Lorenzo Latorre

Cette modernisation débute tout d'abord par une période pendant laquelle le pays est sous contrôle militaire puisque le 10 mars 1876, les commerçants, les classes aisées et les étrangers résidant dans le pays se réunissent pour parler des importants problèmes de sécurité intérieure du pays dus aux multiples révolutions (on décompte 19 tentatives d'ampleur départementale ou nationale en 45 ans) qui empêchent les stabilités politique et économique de s'installer dans le pays ; ces instabilités sont aussi dues à l'incompétence des gouvernements démocratiques composés d'anciens vachers devenus caudillos à l'avènement de la démocratie et enfin au déclin de la popularité de ces même partis. À la fin de la réunion, les personnes présentes décident de donner le pouvoir au colonel Lorenzo Latorre qui est alors Ministre de la Guerre. Ce dernier accepte et prend le pouvoir comme gouverneur provisoire (gobernador provisorio).
Les objectifs principaux du gouvernement sont de mettre en place une paix interne durable (surtout dans la campagne) et d'imposer le droit à la propriété privée, comme les personnes qui l'ont nommé le souhaitent.
Ce pouvoir militaire définit la voie politique prise, c'est-à-dire le changement (temporaire) des groupes politiques traditionnels (blancos et colorados) par un gouvernement plus fort, c'est-à-dire protégé par l'armée et par les compagnies économiques.

Pour établir la stabilité économique du pays, Latorre se base sur les progrès technologiques de l'époque. Les fusils Mauser et Remington utilisés par l'armée donnent un pouvoir irréfutable et incontestable à celle-ci puisque les révolutionnaires ne peuvent pas les acquérir pour une question de coût. Le télégraphe permet lui d'améliorer grandement la rapidité de transmission des ordres même aux endroits les plus reculés du territoire et enfin le chemin de fer permet les transferts rapides de troupes pour étouffer les tentatives de révolution, la longueur totale de ce dernier est alors multipliée par dix.
Dans le même temps, Latorre modernise l'appareil juridique en remplaçant les maires (qui résolvaient alors les conflits) par des juges et des avocats départementaux. Simultanément, en 1878, il approuve les Codes de Procédure Civile et d'Instruction Criminelle (Códigos de Procedimiento Civil e Instrucción Criminal), ainsi que le Code rural (Código Rural) et crée le Registre des Saisies et des Interdictions (Registro de Embargos e Interdicciones). En 1879, pour augmenter le pouvoir de l'État vis-à-vis de l'Église, il approuve la loi créant le registre d'état civil (Registro de Estado Civil) qui fait passer cette fonction des mains de l'Église à celles de l'État. Les juges de Paix (juzgados de Paz) commencent donc à établir et à tenir à jour quatre registres ; celui des naissances, des décès, des mariages et des légitimations des biens.

Le Code rural a des conséquences jusque dans l'économie puisque avec le droit à la propriété privée, celui-ci établit de manière obligatoire la pose de clôtures tout autour des domaines ainsi que le marquage du bétail pour éviter les fraudes. De même, les grands propriétaires ont l'autorisation de faire la police sous les ordres du commissaire de la région en cas de vol. Avec ces mesures, les petits propriétaires doivent quitter leurs campagnes, ce qui provoque un exode rural important et les villes de l'intérieur ainsi que Montevideo se peuplent très rapidement. Le gouvernement réprime très durement le chômage puisque les chômeurs sont alors considérés comme étant des « vagabonds pouvant potentiellement attaquer les ranchs des riches propriétaires ». De même que pour aider les personnes qui l'avaient nommé, Latorre exempt le fil de fer barbelé de droit de douane en 1875 et à l'inverse, il établit un protectionnisme important (renforcé en 1886 et 1888) sur les produits pouvant être fabriqués en Uruguay. Enfin, il privatise un grand nombre d'entreprises, les investisseurs britanniques acquièrent les compagnies Uruguayennes des chemin de fer, commençant pour le "Ferrocarril Central del Uruguay" en 1878, la compagnie de gaz le devient en 1872 et celle de l'eau potable en 1879. L'Uruguay a aussi adopté l'or comme étalon pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays (plus pour l'exportation que pour l'importation).

José Pedro Varela

L'une des réformes les plus importantes du gouvernement de Latorre est d'ordre éducatif. José Pedro Varela a des idées paradoxales comme l'indique l'historien Enrique Méndez Vives dans son livre El Uruguay de la Modernización puisque ce ministre veut mener à bien ses réformes éducatives pour éviter que des gouvernements autoritaires semblables puissent se reproduire dans le futur. « L'école est la base de la République ; l'éducation, la condition indispensable de la citoyenneté. Toutes les grandes nécessités de la démocratie, toutes les exigences de la République, ont seulement un moyen possible de réalisation : instruire ; instruire ; instruire toujours… » (« La escuela es la base de la República; la educación, la condición indispensable de la ciudadanía. Todas las grandes necesidades de la democracia, todas las exigencias de la República, sólo tienen un medio posible de realización: educar; educar; siempre educar… »).
Le décret de loi sur l'Enseignement Commun est approuvé le 24 août 1877. Il établit trois principes de bases qui sont toujours ceux utilisés actuellement. L'éducation doit être : gratuite, obligatoire et laïque. Les deux premiers principes sont menés à bien sans grandes difficultés, mais la population étant réticente pour ce qui concerne la laïcité, Varela permet l'enseignement du catholicisme aux enfants dont les parents en font la demande.
Varela crée donc un système éducatif où les programmes insistent sur les notions scientifiques, où la parité homme/femme est respectée et où la décentralisation administrative est importante pour permettre la participation du peuple à l'amélioration de l'école publique.

Latorre n'a donc pas particulièrement privilégié la classe militaire durant son mandat mais plutôt la classe économique aisée qui l'avait nommé. Il a principalement utilisé l'autoritarisme de son gouvernement pour forger un pouvoir central capable de diriger le pays. Néanmoins, cette période est autoritaire, ce qui implique une diminution importante des libertés.

Le XXe siècle et le début du XXIe

La Suisse de l'Amérique

José Batlle y Ordóñez

À la fin du XIXe siècle le pays termine la mise en place de son organisation administrative et pendant l'ère Batlle (du nom du président) il consolide sa démocratie et atteint de hauts niveaux de bien-être, comparables aux pays européens. De ce fait, l'Uruguay est alors appelé « la Suisse de l'Amérique ».
La plus grande partie du travail fait lors du premier mandat de José Batlle y Ordóñez est d'ordre purement politique puisque Aparicio Saravia et le Parti national tentent des soulèvements populaires dans le nord du pays en 1903 et 1904. Ces soulèvements permettent juste de consolider définitivement l'autorité du pouvoir central dans toute la République. La paix d'Aceguá, signée en 1904 met en place trois choses :

  • La consolidation de l'unité de l'État, ce qui implique la fin de la politique de coparticipation dans les gouvernements départementaux.
  • Le gouvernement constitué d'un parti exclusif
  • La Réforme Électorale

Sur le plan économique, il faut souligner le budget de 3 millions de pesos destiné à la construction et à l'amélioration des routes de campagne. Il faut aussi noter la loi favorisant l'essor et la préférence de l'industrie nationale au sujet de la dépendance vis-à-vis de l'extérieur par rapport à l'importation de sucre en accordant plusieurs primes annuelles et en choisissant les semences. Il y eut enfin le développement de l'entreprise génératrice d'électricité (Usina de Luz Eléctrica) dans tout le pays. Sur le plan financier, le désir du pouvoir exécutif est d'obtenir une indépendance progressive du financement anglais.
Sur le plan éducatif, la Faculté de Commerce (Facultad de Comercio) est créée en 1903 et en mars 1907, c'est la Faculté vétérinaire et d'Agronomie (Facultad de Veterinaria y Agronomía) qui ouvre ses portes. Il s'agit alors de techniciser le commerce et les terres cultivables en déviant les fils d'agriculteurs des traditionnelles carrières d'avocats et de médecins. Il y a aussi la création de dix lycées départementaux, pour former la future élite de la République.
Durant ce mandat, il y a aussi l'élaboration d'une loi votée en 1908 sous la présidence de Claudio Williman portant sur le divorce où la justice peut prendre en compte uniquement la volonté de la femme.

Avec l'arrivée au pouvoir de Claudio Williman, il y a une certaine continuité (tout en étant plus conservateur) avec le gouvernement Batlle. En effet, le 25 août 1909 le port de Montevideo est inauguré. Il appartient au service public de l'État et l'administration portuaire se réserve des autorisations d'amarrage. Le pays dispose depuis ce jour d'un moyen qu'il lui permet de concurrencer Buenos Aires pour ce qui concerne le trafic maritime.

De 1911 à 1915, pour son second mandat, Batlle profite d'une conjoncture économique excellente et parvient à augmenter le niveau de vie général de la population uruguayenne.

D'importants apports au Code du travail des travailleurs sont donc effectués. Le travail de mineurs de moins de 13 ans est interdit ; les journées de travail pour ceux de moins de 19 ans sont plus courtes ; la femme dispose de 40 jours de repos pour la période de grossesse, le repos obligatoire est d'un jour par semaine, le temps de travail est au maximum de 48 heures hebdomadaires et la journée de travail ne doit pas excéder 8 heures. Une loi de paiement d'indemnités pour les accidentés du travail est créée tout comme la pension de vieillesse (retraite) que peuvent demander toutes les personnes âgées d'au moins 65 ans et de tout âge en cas d'invalidité absolue, se trouvant dans l'indigence, cette pension dépendant du nombre d'années travaillées.
En ce qui concerne l'activité économique de l'État (l'étatisation et la nationalisation du marché (estatización y nacionalización)). Le principe idéologique est que les services publics essentiels doivent être entre les mains de l'État, puisque celui-ci est l'organisme représentatif de la société, c'est-à-dire, de toutes les classes sociales, et est au-dessus de ses conflits ; l'État doit intervenir là où le capital privé est indécis ou craint de perdre de l'argent, parce qu'il n'est pas guidé par le souci de profit mais de service public ; l'État doit remplacer les entreprises étrangères qui emmènent les profits hors de frontières, affaiblissant ainsi le pays.
L'étatisation la plus importante est celle du secteur bancaire, la banque de la République orientale d'Uruguay (Banco República Oriental del Uruguay) est réalisée de 1911 à 1913, celle de la Banque Hypothécaire de l'Uruguay (Banco Hipotecario del Uruguay) le devient en 1912, et les assurances sont passées des mains privées aux mains étatiques avec la création en 1911 de la banque d'assurance de l'État (Banco del Seguros del Estado), l'étatisation touche aussi les entreprises d'électricité (Ose), de chimie, de géologie, etc. De même qu'est créée en 1920 l'Administration des Chemins de fer et Tramways de l'État ("Ferrocarriles y Tranvías del Estado" - FTE).

Batlle continue le travail initié par José Pedro Varela en luttant contre l'analphabétisme et en consolidant et développant l'enseignement public au détriment de l'enseignement religieux.
Ceci montre qu'il combat en permanence l'Église catholique de front, voulant réduire au minimum son emprise sur le peuple.

Pour toutes ces réformes, que se soit d'ordre politique avec l'unité nationale, économique avec la création d'un service public, social avec les réformes du code du travail, José Batlle y Ordoñez fut considéré (et l'est encore aujourd'hui) comme le modèle à suivre et sa philosophie politique et sociale est encore présente dans la mentalité de tous les Uruguayens, indépendamment de leurs idées politiques.

En 1917, une nouvelle constitution est adoptée. Elle divise le pouvoir exécutif entre le président de la République et un Conseil national d'administration. de plus, l'Uruguay adhère à la Société des Nations en 1920.
Après la mort de Batlle et la crise économique de 1929, Gabriel Terra devint président puis se proclame le 31 mars 1933 dictateur à la suite d'un coup d'État. Il dissout alors le pouvoir législatif et le Conseil national d'administration pouvant le gêner.
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'Uruguay est du côté des Alliés et à la fin de la guerre, adhère à l'Organisation des Nations unies.

Sous le gouvernement Luis Batlle Berres (de 1947 à 1951), la prospérité économique est consolidée par les bénéfices croissants que procurent les exportations uruguayennes dans la guerre de Corée (1950-1953), et en 1952, suite à une idée initiée par Batlle, le pays adopte une nouvelle Constitution pour que le pouvoir exécutif soit détenu par un collège de 9 personnes se nommant Conseil national du gouvernement (Consejo Nacional de Gobierno), un tel pouvoir devant empêcher l'établissement de dictatures encore possible. L'État termine aussi de nationaliser les entreprises britanniques comme les compagnies des chemins de fer et la des tramways électriques de Montevideo (ce qui est en réalité le remboursement de la dette prise par les Britanniques lors de la Seconde Guerre mondiale). Ces années 1950 ressemblent beaucoup aux années du président José Batlle y Ordóñez pendant lesquelles la prospérité est importante et le taux d'analphabétisme quasiment nul.

Une détérioration économique et un coup d'État

Après la guerre de Corée, le pays traverse de graves problèmes économiques puisque ses productions entrent en concurrence avec celle des États-Unis. Le commerce extérieur a donc fortement chuté et a entraîné une forte baisse de 12% du PNB entre 1956 et 1972. En découlent des instabilités sociales et politiques puisque entre mars 1959 et février 1967, pas moins de huit gouvernements se succèdent. Cette instabilité politique renforce encore l'instabilité économique. Entre 1963 et 1967 l'inflation atteint des augmentations records de 50% par an, et en 1965 la spéculation massive produit une crise bancaire sans précédents.

Dans le même temps, la guérilla urbaine se développe avec des groupes d'extrême gauche comme Tupamaros et d'extrême droite comme les Escadrons de la mort (Escuadrón de la muerte) et la Jeunesse Uruguayenne de Pie (Juventud Uruguaya de Pie), le premier étant le plus actif. Ces groupes armés pillent les institutions qu'ils accusent de corruption, tuent ou kidnappent des hommes politiques. Le président Pacheco promulgue plusieurs fois la suspension de toutes les libertés civiles. Deux kidnappings remarquables (organisés par les Tupamaros) furent ceux de Dan Mitrione (un fonctionnaire des États-Unis) finalement assassiné en août 1970 à cause des suspicions sur son travail en Uruguay (on suppose qu'il enseignait les méthodes de torture aux militaires Uruguayens) et que le gouvernement avait capturé tous les leaders du mouvement, puis le kidnapping de l'Ambassadeur britannique Geoffrey Jackson en janvier 1971 qui, après sa libération, écrivit le livre appelé en espagnol Secuestrado Por El Pueblo.

Les gouvernements tentent de bénéficier des aides allouées par les États-Unis aux États d'Amérique Latine pour contrer le communisme; cependant aucune des recommandations du plan d'aide ne sont mises en place.

Pour tenter de résoudre la crise, les députés votent un amendement à la constitution en 1967 pour abroger le Conseil national du gouvernement et pour revenir à un pouvoir exécutif détenu par un seul homme en renforçant ses pouvoirs et en augmentant à 5 ans la durée du mandat qui était de quatre ans.

En mars 1972, Juan María Bordaberry est nommé président mais son administration continue les politiques de ses prédécesseurs en accordant une plus grande priorité budgétaire à l'armée qu'à l'éducation ou à d'autres secteurs sociaux. Ce gouvernement propose également une loi pour éliminer l'autonomie des universités et pour augmenter le pouvoir de l'armée et de la police. En avril 1972, après une trêve observée par le groupe Tupamaros pour le bon déroulement des élections, et à la vue des réformes militaristes, le groupe s'engage dans une lutte armée ouverte contre le pouvoir. Celui-ci déclare alors l'« état de guerre interne » : toutes les libertés civiles sont suspendues, dans un premier temps pendant trente jours puis plus tard, les suspensions sont prolongées par l'Assemblée générale jusqu'en 1973. Vers la fin de l'année, l'armée défait décisivement le groupe Tupamaros, dont les membres survivants sont emprisonnés ou se sauvent hors des frontières du pays.

En février 1973, un conflit interne très important émerge entre le président, l'Assemblée générale, et les forces armées, le premier voulant nommer un civil à la tête du Ministère de la défense nationale. Bordaberry doit donc trouver un accord (le pacte de Boisso Lanza) avec les militaires qui demandent une participation politique. Un Conseil de sécurité nationale (Consejo de Seguridad Nacional) est aussi créé avec à sa tête les commandants de l'armée de terre, de la marine, et de l'armée de l'Air, plus un officier supérieur, et les ministres de la défense nationale, de l'intérieur, et des affaires étrangères.

Le 27 juin 1973, Bordaberry décide avec l'aide de l'armée (et surtout sous le pression de celle-ci) de dissoudre le Congrès en le remplaçant par le Conseil de l'État et de s'emparer du pouvoir. Au cours de cette dictature, beaucoup de personnes sont torturées, emprisonnées ou encore tuées à cause de leurs idées politiques, Amnistie internationale a même conclu en 1976 que le ratio prisonniers politiques par habitant était plus élevé que dans n'importe quelle autre nation au monde.

Le 12 juin 1976, Bordaberry est renversé par Alberto Demichelli Lizaso, président du Conseil de l'État qui est lui-même écarté par Aparicio Méndez le 1er septembre de la même année.

En 1980, l'armée souhaite se légitimer en organisant un plébiscite sur une nouvelle constitution, constitution dénoncée par les opposants politiques. Finalement, les citoyens la rejettent massivement à 57,2% lors du référendum organisé le 30 novembre 1980, ce qui marque un tournant dans la vie politique du pays.

Retour vers la démocratie

Gregorio Álvarez Armelino prend le pouvoir le 12 octobre 1981 et a lentement repris le dialogue avec les partis politiques. Puis les militaires annoncent un programme pour rendre le pouvoir aux autorités civiles. Le 12 février 1985, Gregorio Álvarez laisse le pouvoir au président de la Cour de Justice Suprême en exercice Rafaël Addiego Bruno qui organise des élections et le 1er mars 1985 Julio María Sanguinetti, chef de file du Parti Colorado, remporte les élections avec 41 % des voix devant le candidat du parti Blanco qui obtient 34 % et celui du Frente Amplio (21 %) et devient président entre 1985 et 1990.
Le pays est alors dans une crise sans précédent, une dette extérieure de plus de cinq milliard de dollars américains et une inflation de plus de 70 pour cent, pourtant en très peu de temps, l'économie uruguayenne repart grâce à des exportations importantes et des restrictions budgétaires du gouvernement pour stabiliser celle-ci. Les principales actions de ce chantier réussi sont la diminution du nombre de fonctionnaires, la modernisation importante des entreprises étatisées, la réforme des retraites et la taxe sur l'utilisation du pétrole (pour faire diminuer la facture énergétique du pays).
Pour favoriser le retour vers une paix civile, Sanguinetti principalement entreprend une campagne de réconciliation nationale en créant avec le soutien massif du peuple la loi « Caducité de la Prétention Punitive d'État » (Caducidad de la Pretensión Punitiva de Estado) appelé aussi populairement « loi de l'impunité (« ley de impunidad ») ou « loi de caducité » (« ley de caducidad »), qui annule les poursuites envers les violations des Droits de l'homme pendant la dictature (1973-1985).

Situation contemporaine

Puis, entre 1990 et 1995, la candidature de Luis Alberto Lacalle du Parti national remporte le plus de suffrages et il occupe alors la présidence du pays. Sous son mandat, l'Uruguay entre progressivement de 1991 à 1995 dans l'alliance du Mercosur (une alliance économique avec ses pays voisins), il effectue une réforme monétaire en dévaluant le peso (1 ancien peso pour 1000 nouveaux) Mais les Uruguayens n'aiment pas sa politique économique libérale et les privatisations (secteurs énergétique, bancaire, transport) qu'il commence à entreprendre en 1992.
En 1994, Julio María Sanguinetti sort à nouveau en tête des élections présidentielles. Son deuxième mandat débute en 1995 et s'est achevé en mars 2000. Jorge Batlle devient alors président de l'Uruguay le 1er mars de cette même année pour un mandat de 5 ans. Le 9 août 2000, ce président, qui avait perdu des membres de sa famille durant la dictature, établit une Commission pour la paix avec l'aval du peuple et des militaires pour que les familles retrouvent leurs parents disparus, que les auteurs des disparitions (dont l'ancien dictateur Juan María Bordaberry) soient jugés et pour que le pays tourne définitivement la page de la dictature. Néanmoins, il est vraisemblable que les procès restent uniquement symboliques.
En 2002, la dépouille de l'ancien chef Vaimaca Pirúdes, l'un des derniers charrúa est ramenée depuis la France jusqu'au Panthéon National.

La crise bancaire de l'Uruguay

La crise de la fièvre aphteuse secoue l'économie de l'élevage sur laquelle l'Uruguay et ses pays limitrophes s'appuient, environ 20 000 animaux sont tués pour endiguer l'épizootie et des campagnes massives de vaccination sont mises en place dans les élevages. Par conséquent les pays de la région sont fortement touchés [9],[10] dès 2001. Pour contrer cette fièvre aphteuse venant de l'Argentine (pays le plus touché) et sauvegarder le cheptel uruguayen, le gouvernement interdit l'importation depuis ce pays, les exportations vers l'Argentine diminuent très vite pour devenir quasiment nulles. Entre janvier et février 2002, les Argentins retirent leurs devises des banques uruguayennes (le gouvernement argentin s'en excusa publiquement le 4 juin de cette même année). L'économie uruguayenne s'écroule alors et l'impact le plus visible est le taux de change du peso s'écroule en moins d'un an[11].
Le 30 juillet, un nombre important de banques annoncent leur faillite mais le gouvernement réussit à repousser la fermeture définitive des établissement au 2 août.
Depuis plusieurs mois, les syndicats tentent de soulever l'opinion publique contre le gouvernement accusé d'avoir une politique trop libérale, ce qui fit que le 16 avril les Uruguayens expriment leur colère lors d'une manifestation de grande ampleur d'environ 100 000 personnes. Le 12 juin, les syndicats démarrent une grève générale de 24 heures, paralysant tout le pays.

Enfin, le 4 août, les États-Unis conscients de la crise accordent une aide d'urgence d'1,5 milliard de dollars américains (l'équivalent des retraits effectués par les Argentins) en attendant l'aide du FMI. Ce qui permit de désamorcer petit à petit la crise.

Tabaré Vázquez et la nouvelle crise avec l'Argentine

Tabaré Vázquez et Rodolfo Nin Novoa

Le 31 octobre 2004, Tabaré Vázquez (Parti Progressiste-Front Élargi-Nouvelle Majorité) devient le 33e Président constitutionnellement élu dès le premier tour avec 50,45 % des suffrages, c'est la première fois depuis 174 ans qu'un président élu n'appartient ni au parti Colorado, ni à celui National.

Depuis son élection, Tabaré Vázquez tente de stabiliser l'économie en ramenant le Peso à un taux plus favorable et en diminuant la dette extérieure du pays. La plus grande crise qu'il doit gérer est la crise avec l'Argentine au sujet d'usines de fabrication de cellulose à Fray Bentos (Río Negro) qui se situe en face de la frontière argentine sur le Río Uruguay.

Notes

  1. C'est parce qu'ils ont été repoussés par les Guaranís que les Charrúas habitaient sur les côtes du Río de la Plata
  2. l'Asencio est un cours d'eau
  3. Considéré comme le héros national de cette révolution
  4. Qui se situe dans le nord de l'Argentine
  5. Actuellement Concepción del Uruguay
  6. Dont la superficie était plus importante que la province argentine actuelle
  7. Ou plus exactement de la República Oriental del Uruguay
  8. Principalement la France et l'Italie, mais aussi l'Angleterre
  9. comme le montre la situation en Argentine (FAO)
  10. L'interdiction d'importation de viande uruguayenne sensible continue pour l'UE (La fièvre aphteuse en Uruguay)
  11. En 2001, il faut 13 pesos pour avoir un dollar et en septembre 2002, il en faut 32 (voir aussi Monnaie de l'Uruguay

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