Histoire De L'Islande


Histoire De L'Islande

Histoire de l'Islande

Blason de l’Islande
Histoire de l’Islande
Abraham Ortelius-Islandia-ca 1590.jpg

Moyen Âge

Époque moderne

Voir aussi

Chronologie de l’Islande

Sommaire

La découverte de l'Islande

L'île de Thulé découverte par Pythéas

L’Islande est le dernier pays d’Europe à avoir été peuplé par l'homme. Ainsi, l’histoire de l’Islande est différente de celle des autres pays européens puisqu’il n’y a pas eu de période préhistorique.

Cependant le pays a pu être découvert bien plus tôt qu’on ne le pense, car des légendes et des histoires vont dans ce sens. Le navigateur grec Pythéas a découvert, entre 330 et 320 av. J.-C., une île qu'il présente comme la dernière de l'archipel britannique et la limite septentrionale de son périple et qu’il nomme « Thulé ». Bien que cela n'ait pas été prouvé, il pourrait s'agir de l'Islande, Thulé étant le plus vieux nom de l’île, ce nom a également été utilisé pendant le Moyen Âge.

Des pièces romaines de cuivre datées du IIIe siècle après J.-C. ont été retrouvées lors de fouilles au sud-est et au sud de l’Islande. On peut penser que des navigateurs romains, venant d’Angleterre, qui était alors une colonie romaine, sont venus à cette époque.

Les Irlandais ont commencé pendant le Moyen Âge à rechercher des endroits isolés où ils pourraient servir Dieu en solitude. Ils ont d’abord découvert les Iles Féroé au milieu du VIIe siècle, avant de continuer vers le nord et d'arriver en Islande – ou Thulé, comme ils appelaient l’île. Cette date peut avoir été antérieure, étant donné que le savant anglais Bède le Vénérable (674-735) mentionne Thulé dans ses écrits.

En 825, Dicuil, un moine irlandais qui a enseigné en France, a écrit dans De Mensura Orbis Terrae que des moines irlandais lui avaient dit qu’ils avaient vécu sur une île inhabitée qu’ils appelaient « Thulé ». Ils y étaient présents en 795 pendant environ six mois. Ils lui ont également dit que pendant l’été, la lumière du jour était présente la nuit et le jour. D’après ses écrits, il est certain que des moines irlandais étaient en Islande un siècle avant que la colonisation viking commence.

Dans le Livre des Islandais de Ari Þorgilsson le Savant, ce dernier parle des Irlandais qui étaient présents à l’arrivée des Vikings, et ils étaient surnommés les papar ou pères par les Vikings.

Au milieu du IXe siècle, un Norvégien nommé Naddoður naviguait de Norvège vers les îles Féroé, mais ses hommes et lui se sont perdus et ils sont finalement arrivés sur la côte est de l’Islande. Naddoður donna un nom à ce nouveau pays : « Terre de Neige ».

Ensuite, un Viking d’origine suédoise, Garðar Svavarson a fait le tour du pays en bateau et a découvert qu’il s’agissait d’une île. Lui et ses hommes se sont ensuite arrêtés sur la côte nord où ils sont restés tout l’hiver. Ils ont construit des habitations et c’est ainsi que Húsavík (la baie de la Maison) a été fondé. Il a ensuite quitté l’île qu’il a nommée Garðarshólmi (l’île de Garðar).

Un Viking norvégien, Flóki Vilgerðarson, plus tard surnommé Raven-Flóki, fut le troisième visiteur venant des pays nordiques. Il est venu avec sa famille dans l’intention de s’y installer. Ils se sont installés dans un fjord dans le nord-ouest de l’île. Après un hiver rigoureux, il décida de nommer cette île Terre de Glace, ou Islande.

L'âge de la Colonisation (874-930)

Article détaillé : Colonisation de l'Islande.
Une page du manuscrit du Landnámabók

La période entre 874 et 930 est appelée l’« âge de la colonisation » ou de l’« établissement », car pendant cette période, la plupart des zones habitables ont été colonisées. Cette période est reprise dans le Livre des Islandais, mais également dans le Livre de la Colonisation. Quatre-cents noms de colons ont été mis par écrit dans ces manuscrits, avec l’histoire des familles et les détails des conditions de colonisation. Naturellement, beaucoup plus de gens sont arrivés en Islande, car seuls les chefs les plus importants étaient comptés. La grande majorité des immigrants sont venus du sud-ouest de la Norvège, mais aussi des îles britanniques.

Les raisons de cette immigration vers l’Islande sont nombreuses. Tout d’abord, en Norvège, le roi Harald Ier essayait d’unifier le pays en un seul État, ce qui engendrait de nombreux conflits, et de nombreux ennemis se sont enfuis en Islande. Beaucoup ont aussi quitté la Norvège en raison des taxes importantes et l’oppression menée par le roi. Pour faire face à cette vague d’émigration un accord fut trouvé pour que tous les colons islandais payent une taxe au roi. Cette taxe fut permanente, même après l’âge de la colonisation. L’immigration était également due au fait qu’il y avait un besoin constant de terres.

A la fin de l’âge de la colonisation, en 930, la population est estimée à 6 000 personnes.

Parmi les colons les plus connus, on peut citer Ingólfur Arnarson, qui a fondé Reykjavík (« la baie des fumées », en raison des nombreuses sources d’eau chaude), qui deviendra ensuite la capitale de l’Islande.

L'État libre islandais (930-1262)

Article détaillé : État libre islandais.

Les colons qui sont venus en Islande arrivaient en groupe, avec les hommes libres, les femmes, les enfants et les esclaves. Ces groupes appartenaient souvent à une grande famille, chacune étant regroupée sur une partie de l’île. Dans chacun de ces groupes, un homme était le chef et comme il était souvent riche et de descendance noble, il était naturel pour lui de gouverner ses gens.

Ces chefs mirent en place des règles dans leur colonie, qui devaient être respectées, et ils prenaient également soin de faire les offrandes nécessaires aux dieux. Pour ces services, les colons devaient payer des taxes, ce qui renforçait la place du chef en le rendant plus riche et plus puissant. Ainsi, à travers le pays, de nombreuses principautés se sont développées. Dans une colonie viking, ces arrangements étaient naturels puisque les colons n’apportaient avec eux que leurs coutumes. Ainsi, les membres de chaque communauté se réunissaient en assemblée à certains moments pendant l’année pour discuter des lois, mais aussi de juger les gens qui violaient ces lois.

La multitude de colonies en Islande a eu pour conséquence une multitude de lois différentes entre ces différentes colonies. Ainsi, comme de nombreux colons voulaient vivre en paix, les chefs ont réalisé que l’unification du droit et de la société serait bénéfique pour le pays. Le résultat fut donc l’établissement de l’État libre islandais en 930.

Une fois que les chefs dominants eurent décidé d’unifier le pays en une seule société, ils envoyèrent un homme, Úlfjótur, en Norvège pour y apprendre le mode de fonctionnement du droit et des formes de gouvernement. Un autre homme, Grímur Geitskör, fut envoyé à travers l’Islande pour trouver un endroit convenable pour établir le parlement et pour acquérir de la part du reste des chefs un soutien. Au même moment, un fermier qui habitait à Bláskógar, dans les environs de Reykjavík, fut déclaré coupable du meurtre d’un homme libre. Sa condamnation consistait au paiement d’une amende et à l’abandon de ses terres. C’est sur ces terres, qui devinrent propriété publique, qu’on décida d’établir l’Alþing, à Þingvellír, et elle se réunit pour la première fois en 930. Il y avait trente-six principautés, et donc autant de chefs qui étaient membres de la nouvelle assemblée. La composition de cette assemblée évolua au fil du temps. Le Parlement avait le pouvoir judiciaire et législatif. Il n’y avait pas de pouvoir exécutif commun, ce dernier étant exercé en privé.

L'âge des Sagas (930-1030)

Article détaillé : Les sagas des Islandais.
Le poète et guerrier Egill Skallagrímsson, un des personnages les plus populaires des Sagas

La période entre 930 et 1030 est connue comme étant l'âge des Sagas. La plupart des événements héroïques qui ont donné lieu aux sagas se sont produits durant cette période. Les sagas étaient transmises oralement de génération en génération avant d'être retranscrites par écrit pendant les XIIe et XIIIe siècles. Cette période était une ère de prospérité pour les Islandais. La plupart des Islandais vivaient de l'agriculture et de la pêche, mais également des raids vikings.

Les Islandais étaient toujours des grands navigateurs. Naviguer sur les océans était une grande tradition viking et les Islandais continuaient l'exploration des mers et découvraient de nouvelles terres. Comme le Groenland n'était pas très éloigné de l'Islande, la découverte de l'île est intervenue assez tôt. Le premier à avoir découvert le Groenland fut Gunnbjörn Úlfsson au Xe siècle. Plus tard, Snaebjörn Galti y a passé un hiver. Les nouvelles de cette découverte se sont très vite répandues. Eiríkur Thorvaldsson (ou EriK le Rouge), vivait sur la côte ouest de l'Islande. Après avoir été condamné à trois ans d'exil pour avoir tué d'autres Islandais, il décida de partir vers cette nouvelle terre à l'ouest vers 980. Ayant découvert l'île, il la nomma Groenland. Finalement, il s'y installa définitivement en 986. Cette histoire est raconté dans la Saga d'Erik le Rouge.

Leifur, fils d'Erik le Rouge, ou Leif Ericson l'Heureux, était né en Islande, mais il s'installa plus tard avec son père au Groenland. Comme son père, il était un aventurier et un explorateur. En l'an 1000, il navigua vers le sud-ouest et il découvrit plusieurs territoires. Il arriva d'abord à Helluland (l'île de Baffin), à Markland (le Labrador) avant de s'arrêter à Vinland, ou « Terre du Vin », qui pourrait être L'Anse aux Meadows, sur Terre-Neuve.

L'évangélisation de l'Islande (1000)

Une statue reproduisant Thor datant du 10ème siècle, retrouvée en Islande
Ólafur Tryggvason, le roi de Norvège

Les Islandais étaient des païens et croyaient en Odin, le roi des Dieux, ou encore en Thor, Dieu du tonnerre. Alors que les pays nordiques s'étaient déjà tournés vers le christianisme, les premiers missionnaires chrétiens sont arrivés en Islande à partir de 980. Mais très vite, ils furent obligés de quitter l'île.

Quelques années plus tard le chef viking Ólafur Tryggvason devint roi de Norvège. Après avoir accompli l'évangélisation des Norvégiens, il dirigea ses efforts vers les colonies nordiques, comme les Îles Féroé, les Îles Shetland, le Groenland et l'Islande, en envoyant des missionnaires. Le premier missionnaire du roi fut Stefnir Thorgilsson, un natif d'Islande, qui commença par attaquer les temples païens, mais il fut rapidement envoyé en exil. Un second missionnaire flamand échoua également et il rapporta au roi que les Islandais étaient mauvais par nature et qu'ils ne pourraient jamais être convertis.

Le roi Ólafur Tryggvason menaça alors de massacrer tous les Islandais qui ne voulaient pas se convertir. Devant ces menaces, deux chefs islandais, Gissur le blanc et Hjalti Skeggjason, qui étaient convertis, rencontrèrent le roi et lui promirent que les Islandais seraient évangélisés. Le roi accepta cette proposition. Les deux chefs rentrèrent en Islande pour la session de l'Alþing de l'an 1000. Les Islandais se rassemblèrent en grand nombre, mais ils étaient divisés entre ceux qui voulaient garder leur religion et ceux qui voulaient se convertir. La plupart des Islandais voulaient simplement éviter une guerre de religion. Devant l'opposition, les chefs se mirent d'accord pour que Thorgeir Thorkelsson, le goði de Ljósavatn, qui était païen, mais qui avait une position modérée, décide sur ce problème. Le jour suivant, Thorgeir annonça que les Islandais devaient devenir chrétiens à la condition que certaines traditions soient respectées et que le culte païen pourrait être exercé en privé. Un grand nombre de personnes furent baptisées sur place. La légende raconte que lorsque Thorgeir Thorkelsson rentra chez lui, il prit toutes ses statues et il les jeta dans une cascade. Depuis, cette cascade est appelée Goðafoss, la cascade de Dieu.

L'âge de la paix (1030-1220)

La cathédrale de Skálholt

Le premier évêque islandais fut Ísleifur Gissurarson en 1056. Il travaillait comme évêque missionnaire en Islande et au Groenland, puisqu'il n'était affecté à aucun diocèse. Durant cette période, l'Église et le christianisme se sont renforcés en Islande. À sa mort, c'est son fils, Gissur Ísleifsson qui lui succéda. Il créa le siège épiscopal de Skálholt, et y affecta son patrimoine. Il y construisit une cathédrale et renforça l'autonomie de l'évêque et de l'Église en Islande. Sa plus grande réussite fut l'introduction d'une dîme en 1097, beaucoup plus tôt que dans les autres pays nordiques. La dîme était le premier impôt général dans le pays. La dîme posa la base de la domination de l'Église jusqu'à la Réforme de 1550, pour le meilleur et pour le pire. Un second siège épiscopal fut créé au nord, à Hólar, et son premier évêque fut Jón Ögmundsson.

La dîme de 1097 a eu une grande importance pour l'Église et a changé l'État libre islandais radicalement. L'Église est devenue plus riche et les évêques plus puissants. Les chefs qui étaient dispersés à travers l'île profitèrent également de la dîme en se faisant nommer prêtres, et ainsi détourner l'argent destiné aux pauvres.

Avant l'évangélisation de l'Islande, les islandais ne connaissaient que l'alphabet runique. L'introduction du christianisme fut accompagnée par l'alphabet latin. Les lois ont été écrites pour la première fois durant l'hiver 1117-1118. Ce corpus de lois de la République a plus tard été appelé Grágás. Le premier écrivain connu est Sæmundr Sigfússon, dit « le Savant ». On dit qu'il fut la première personne venant d'un pays nordique à étudier en France.

C'est en 1130 que le premier livre d'histoire a été écrit. L'Íslendingabók, ou le Livre des Islandais, a été écrit par Ari Þorgilsson et il retrace les événements le plus importants de l'histoire de l'Islande, à partir de l'âge de la colonisation jusqu'à la mort de l'évêque Gissur Ísleifsson.

Pendant le XIIe et le début du XIIIe siècle, il était évident que la structure sociale du pays changeait rapidement. Avec la richesse croissante de l'Église, certains Islandais sont devenus très riches et également très puissants. Ces derniers se comportaient sans tenir compte des lois et petit à petit, à travers des alliances, leurs territoires s'agrandissaient.

L'âge des Sturlungar: la guerre civile et la fin de l'État libre islandais (1220-1262)

Article détaillé : L'âge des Sturlungar.
Statue de Snorri Sturluson

À partir du XIIIe siècle, la plupart des pouvoirs économique et politique de l'île étaient entre les mains de quelques familles, ce qui était la cause de tensions entre elles. Au même moment la monarchie s'était renforcée en Norvège et le roi Håkon IV essayait d'étendre son influence sur l'Islande. Plusieurs chefs islandais étaient devenus ses vassaux. Parmi ces chefs, Snorri Sturluson, qui était à la tête de la famille des Sturlungar, était le plus puissant.

L'âge des Sturlungar commence en 1220 lorsque Snorri Sturluson revint de Norvège après avoir promis au roi Håkon IV de Norvège qu'il amènerait l'Islande sous la domination norvégienne, mais il ne fit rien pour exécuter cette promesse. Réalisant que Snorri Sturluson ne ferait rien pour aider à la conquête de l'Islande, le roi Håkon IV s'allia avec le neveu de Snorri Sturluson, Sturla Sighvatsson. Ce dernier devint le représentant du roi de Norvège en Islande dès 1235 et très vite, devant la tyrannie qu'imposa Sturla, la guerre civile éclata pour finir en 1262, en même temps que la vieille République. Mais lors de la bataille de Örlygsstaðir, qui l'opposa à Gissur Þorvaldsson et Kolbeinn Arnórsson, il fut défait et tué. L'Islande passa sous le contrôle de ces deux chefs, qui étaient des vassaux du roi de Norvège. Gissur Þorvaldsson reçut l'ordre d'assassiner Snorri Sturluson, ce qui fut fait en septembre 1241.

Une illustration du roi Håkon IV de Norvège

Un an plus tard, le frère de Sturla Sighvatsson, Þórður kakali Sighvatsson, fut envoyé en Islande pour accomplir ce que son frère n'avait pas pu faire. En 1244, il perdit la bataille navale de Flóabardagi, mais deux ans plus tard, il gagna la bataille de Haugsnes. Avec la mort de Kolbeinn Arnórsson, Gissur Þorvaldsson et Þórður kakali Sighvatsson décidèrent que, comme ils étaient tous deux vassaux du roi de Norvège, ils devaient s'en remettre à lui pour déterminer qui devait gouverner le pays. Þórður kakali Sighvatsson fut choisi et il gouverna l'île de 1247 à 1250, mais il dut retourner en Norvège car le roi jugeait qu'il n'avait pas accompli sa mission. Il y mourra en 1256. Après la mort de Þórður kakali Sighvatsson, le roi envoya un autre membre de la famille des Sturlung : Þorgils Bödvarsson. Mais en 1258, il fut assassiné.

Tous les chefs islandais que le roi avait envoyés sur l'île étaient morts, à part Gissur Þorvaldsson. Il le nomma comte et après des manœuvres de la part de représentants royaux, l'Islande passa sous domination norvégienne.

La domination norvégienne et danoise (1262-1550)

Ces guerres incessantes entre clans finirent par fragiliser l'autorité de l'Alþing et l'île passa sous domination étrangère jusqu'en 1944. La chute de la République a eu pour causes une association de circonstances, mais il faut se rappeler que les islandais n'ont pas été conquis par une puissance étrangère. L'Islande passe d'abord sous domination norvégienne jusqu'en 1380, puis sous domination danoise jusqu'en 1944.

La signature du « Vieux Pacte » avec le Royaume de Norvège (1262-1380)

En 1262, le « Vieux Pacte » est signé avec le roi de Norvège. Avec ce traité, les Islandais acceptèrent de reconnaître le roi de Norvège comme leur souverain et de lui payer une taxe annuelle à perpétuité, en échange de sa protection. Il fut également stipulé que six bateaux devaient apporter des biens chaque été en Islande. La position de gouverneur d'Islande revint au comte, qui était Gissur Þorvaldsson. Ce dernier est resté gouverneur jusqu'à sa mort en 1268, après avoir ramené la paix sur l'île. Après sa mort, le poste resta vacant quelques années, puis fut aboli par le roi.

Le roi Håkon IV de Norvège mourut en 1263, et son fils Magnus VI lui succéda et il régna jusqu'à sa mort en 1280. Magnus VI, qui est également connu sous le nom Magnus VI Lagabøte (le législateur), rédigea deux codes de lois distincts pour les Norvégiens et les Islandais. Le roi engagea des Islandais pour travailler avec lui sur ce recueil de lois et il fut en partie basé sur les lois de la vieille République. Le premier livre de droit pour l'Islande est partiellement accepté par l'Alþing en 1271. De nombreuses lois ont été ajoutées, comme l'interdiction de la vendetta, qui était jusqu'alors pratiquée depuis longtemps. En raison de la réticence du parlement et du peuple islandais d'accepter ce livre de droit, le premier livre fut révisé en 1280, et la plus grande partie fut adoptée et il restera en vigueur pour plusieurs siècles.

Ce livre-recueil est connu sous le nom de Jónsbók. L'Alþing avait toujours, théoriquement, un pouvoir législatif extensif, mais le roi pouvait aussi faire des lois. Un nouveau code de droit canonique fut également rédigé et publié pour le siège de Skálholt en 1275, dans lequel la différence entre le pouvoir ecclésiastique et le pouvoir séculier est clairement définie, et considérablement en faveur de l'Église.

L'Union de Kalmar au début du XVIe siècle
Le Royaume de Danemark-Norvège

L'union de Kalmar et le début de l'emprise danoise (1380-1550)

Le roi Håkon VI de Norvège et d'Islande épousa une princesse danoise Marguerite Ire de Danemark, qui était la fille du roi Valdemar IV de Danemark. Quand le roi Valdemar IV décéda en 1375, le fils de Marguerite et Hakon, Oluf, fut couronné roi de Danemark. Cinq ans plus tard, son père, roi de Norvège et d'Islande, mourut également et Oluf hérita toutes ses terres. En 1383, les Islandais jurèrent allégeance au nouveau roi. Ce dernier mourut deux ans plus tard, et c'est sa mère Marguerite Ire de Danemark qui lui succéda.

L'Union de Kalmar fut conclue en 1397 entre tous les pays nordiques, à l'initiative de Marguerite Ire de Danemark. Cette union devait servir de rempart à l'encontre de l'expansion germanique. La reine Marguerite Ire de Danemark gouverna ses pays très fermement jusqu'à sa mort en 1412.

La peste noire a touché la Norvège, comme la plupart des pays européens, en 1349-50. Mais la peste n'a atteint l'Islande qu'au début du XVe siècle (vers 1402-04). Le nombre exact des morts de la peste n'est pas connu, mais on estime que le nombre de victimes est situé entre un tiers et la moitié de la population.
La peste a eu plusieurs conséquences en Islande. Beaucoup de fermes ont été abandonnées, et l'Église a tiré profit de cette situation , puisque de nombreuses personnes ont donné leurs terres. La peste a causé une rupture dans la culture islandaise, étant donné qu'il n'y a que très peu de sources écrites datant de cette époque, les activités littéraires s'étant ralenties pour la plupart.

L'Islande a mis longtemps avant de se remettre de cette épidémie, d'autant plus qu'une autre est survenue en 1494-95.

Durant le XVe siècle, les réserves de poisson de l'île étaient devenues très précieuses, et il y avait une forte demande de la part d'autres nations européennes. À cette époque, la pêche a pris la première place des exportations, devant la laine, qui avait été jusqu'alors l'article principal d'exportation. Les marchands norvégiens avaient pris le contrôle du commerce islandais pendant un certain temps, avant que les Allemands de la ligue hanséatique prennent une part plus importante dans ces échanges. Mais cette période est surtout appelée le « siècle des Anglais », en raison du nombre important de pêcheurs anglais qui venaient pêcher dans les eaux islandaises.

En 1536, l'Union de Kalmar prend fin, et l'Islande fait désormais partie du Royaume de Danemark-Norvège.

La réforme protestante (1550-1701)

L'imposition brutale du luthéranisme en 1550 viendra plonger l’Islande dans une détresse encore plus grande. Cette conversion forcée aura pour conséquence de marquer la conception religieuse des Islandais en général. Einar, par exemple, ne « découvrira » le catholicisme qu'à travers ses voyages en Italie. Il écrira en 1930 un article intitulé Róm í Reykjavík (« Rome à Reykjavík »).

L'activité commerciale des Hambourgeois culmine vers 1530. Véhiculées par ces marchands hambourgeois, les idées luthériennes font leur chemin et leurs sectateurs visent d'abord et avant tout à éliminer le catholicisme, ensuite à soumettre encore plus étroitement le pays au pouvoir politique danois. Partout où les Protestants peuvent agir à leur guise, le scénario est le même : au Danemark, par exemple, le roi Christian III sécularise les biens d'Église et chasse tout le clergé catholique. Toute résistance est écrasée par une féroce chasse aux sorcières. L'évêque norvégien de Trondheim, Engelbrekt Engelbrektsson, résiste jusqu'en 1537 avant de fuir. Le luthéranisme est imposé à la Norvège.

En Islande, l'atmosphère est toute différente. Le peuple reste fidèle au catholicisme et l'indomptable évêque du nord de l’île (Hólar í Hjaltadal), Jón Arason, héros national de l'indépendance, reprend triomphalement un à un tous les biens d'Église confisqués par le pouvoir danois et ses partisans protestants. Dès 1540, il s'est procuré une presse, la première introduite dans le pays. Le peuple et le clergé le soutiennent. Appartenant à une très puissante famille de l'île, il fait figure de roi non couronné en Islande. Mais trahi par l'un des siens, il est fait prisonnier et son ennemi fait décapiter ses deux fils sous ses yeux. Jón subira le même sort. La scène se passe à Skálholt le 7 novembre 1550.

On peut dire que l'Islande sombre littéralement dans le luthéranisme, car elle est alors à tous les niveaux asservie au pouvoir politique, pour lequel la religion n'est très souvent qu'un prétexte. En 1572, le pays se voit imposer un gouverneur particulier, membre du Riksråd (« Conseil du Royaume ») danois. L'Islande n'est plus qu'un pays vassal de la Couronne.

La misère s’accroît encore aux XVIIe et XVIIIe siècles. En 1602, les Danois imposent le monopole royal du commerce. En 1662, les Islandais sont contraints de se soumettre au pouvoir absolu du monarque danois.[1]

Les conséquences de la réforme

À la perte de souveraineté politique s'ajoutera celle de la souveraineté économique, puis religieuse, avec l'imposition brutale du luthéranisme dirigée depuis le Danemark. Si le catholicisme avait été adopté en 999 à l'Alþing sans effusion de sang, il n'en sera pas de même, loin s'en faut, avec le luthéranisme, auquel le pays oppose une farouche résistance jusqu'en 1550, date de l'assassinat de Jón Arason et ses fils. Cela n'est pas sans conséquences graves au plan culturel. Nous allons donner la parole à un Islandais qui connaît bien la France pour y vivre depuis des décennies, Einar Már Jónsson, professeur à la Sorbonne :

« ... il convient de se rappeler qu'à cette même époque les réformateurs n'ont pas pu – ou pas voulu – traduire la Bible et la littérature luthérienne en norvégien, ils ont utilisé les textes danois, et par conséquent, le norvégien cesse d'être une langue écrite pendant trois siècles. La langue islandaise aurait pu connaître le même sort, d'autant que la pression danoise sur le pays s'est considérablement accrue avec la Réforme.
Au début, la situation semble effectivement très grave. Si un des principaux réformateurs, Oddur Gottskálksson, a publié en 1540 (dix ans avant la victoire définitive de la Réforme) une assez bonne traduction du Nouveau Testament, les hymnes religieux composés par la suite par les Luthériens islandais étaient d'une consternante médiocrité : adaptés directement du danois ou de l'allemand, ils enfreignaient toutes les règles de grammaire, de syntaxe et de prosodie islandaise et frôlaient parfois le charabia ridicule. Et, étant donné que la liturgie était désormais en langue vulgaire et que les luthériens n'appréciaient guère la poésie traditionnelle, imprégnée selon eux de "papisme" ou de "paganisme", ces nouvelles compositions étaient proposées au peuple comme sa principale nourriture littéraire.
Mais la poésie continuait comme avant et les grands poèmes religieux catholiques gardaient leur popularité, faisant ainsi mieux apparaître par comparaison la médiocrité de la nouvelle littérature, de telle sorte que la situation devenait vite intenable et que les meilleurs parmi les Luthériens, l'évêque Guðbrandur Þorláksson (1542-1627) en tête, comprirent qu'il fallait s'adapter aux goûts littéraires du peuple. Après avoir fait imprimer une traduction complète de la Bible en 1584 et une collection d'hymnes en 1589, l'évêque Guðbrandur publia finalement en 1612 le Livre des Poèmes (Vísnabók), une collection d'environ deux-cents poèmes où figuraient non seulement des poèmes d'inspiration luthérienne de style populaire de bonne qualité (dus à quelques-uns des meilleurs poètes de l'époque), mais aussi des poèmes catholiques, par exemple Lilja (que l'évêque avait toutefois quelque peu "corrigés") et même de nombreux poèmes profanes. Ce livre est un des jalons de la poésie islandaise et il eut une influence considérable.

Du XVIe au XXe siècle, l'Islande subira l'influence culturelle du Danemark et nombre de mots danois ou de tournures danoises s'introduiront en islandais. Jusqu'en 1911, date de la création de l'université de Reykjavík, beaucoup d'auteurs écriront en danois et non en islandais, car Copenhague demeurera la capitale culturelle de l'Islande. Cela signifie un troisième apport de mots étrangers. »[2]

Une fois que le roi Christian III de Danemark eût imposé de force la Réforme à l'Islande, lui et ses gouverneurs prirent la plupart des pouvoirs en Islande. L'Alþing perdit la majorité de ses pouvoirs, et elle ne se contentait que d'approuver les affaires qui lui étaient soumises. Après la Réforme, le roi avait saisi toutes les terres qui appartenaient aux monastères, et en tant que chef de l'Église, il administrait tous ses domaines. Les taxes, les amendes et les revenus de toutes sortes commencèrent à affluer dans la trésorerie royale.

Jusqu'à la Réforme, l'Islande était un pays relativement prospère, mais après, les Islandais commencèrent à glisser vers la pauvreté. En fait, depuis 1262, l'Islande était un pays soumis à un roi qui conservait certains droits, mais après la Réforme, le pays ressemblait de plus en plus à une colonie exploitée. Le roi instaura également un monopole commercial et en 1602, le commerce se faisait exclusivement avec des marchands de Copenhague, de Elsinore et de Malmö. Ce monopole dura pendant près de deux siècles jusqu'en 1787. En 1661, le roi Frédéric III de Danemark imposa la monarchie absolue et en 1662, les Islandais se soumettaient à cette décision et le Vieux Traité de 1262 était aboli.

Malgré la prise de tous les pouvoirs par le roi, ce dernier négligeait la protection de l'Islande. Ainsi, des pirates de différentes nationalités venaient en Islande pour assassiner, piller et commettre d'autres atrocités. En 1627, le pays fut attaqué par des pirates venus d'Algérie. Ils pillèrent et volèrent toutes les richesses qu'ils purent trouver et de nombreux Islandais furent tués. En quittant le pays, plusieurs centaines de femmes, d'enfants et d'hommes, la plupart venant des îles Vestmann, furent capturés et vendus en Afrique du Nord. Seuls 37 des 370 prisonniers réussirent à rentrer en Islande. Ces pirates algériens étaient appelés les « Turcs » en Islande car l'Afrique du Nord faisait partie de l'Empire Ottoman. L'Islande subit un nouveau raid barbaresque en 1687[3].

L'opposition nationale

Malgré une économie en déclin et une pauvreté de plus en plus importante pendant le XVIe et le XVIIe siècles, de nombreux poètes et écrivains étaient actifs. Parmi eux, on peut citer Einar Sigurðsson (1538-1626), dont certains poèmes ont été publiés à Hólar.

Ensuite, il y a eu Hallgrímur Pétursson (1614-1674), un des plus grands poètes islandais, qui a notamment écrit les Psaumes de la Passion. Arngrímur Jónsson (1528-1648) était également un grand écrivain islandais. Il était révolté par les idées absurdes que certains écrivains étrangers avaient sur l'Islande, et a écrit plusieurs livres en latin, sur l'île et son histoire, qui ont été publiés à l'étranger.

Pendant le XVIIe siècle, les Danois et les Suédois commencèrent à s'intéresser à l'histoire de leurs nations. Comme l'Islande était le seul pays nordique où l'histoire médiévale avait été écrite, le Danemark et la Suède se disputèrent pour acquérir ces manuscrits. Mais, comme l'Islande appartenait au Danemark, le roi en rassembla beaucoup plus que la Suède, qui obtint néanmoins des manuscrits rares et précieux. Árni Magnússon, qui était un professeur d'histoire islandais à l'Université de Copenhague rassembla tous les documents et les manuscrits qu'il put trouver dans son pays et il les ramena avec lui à Copenhague. Toutes ces pièces furent rassemblées à la bibliothèque de l'université, qui n'était pas seulement l'université du Danemark, mais également de Norvège, d'Islande et des Iles Féroés. En 1728, un incendie détruisit une grande partie de la bibliothèque de Árni Magnússon, ce qui engendra une grande perte pour l'Islande. Malgré tout, la plupart des plus vieux manuscrits ont été sauvés de l'incendie.

L'après réforme (1701-1830)

La fin du XVIIe siècle fut très difficile pour les Islandais par différents aspects. Le climat était froid et accompagné une pauvreté croissante et presque endémique.

À la fin du siècle, des milliers d'Islandais moururent de famine et durant le XVIIIe siècle, la population islandaise a connu son plus faible niveau depuis la colonisation avec 50 358 habitants en 1703 et 44 845 en 1762. En 1700, avec l'accession au trône du roi Frédéric IV de Danemark, les délégués islandais demandèrent au roi d'aider la population islandaise. Le roi nomma une commission composée de deux Islandais, Árni Magnússon et Páll Vídalín, et l'envoya en 1702 pour tenter de trouver des solutions à la situation en Islande. Les deux hommes inspectèrent et enregistrèrent les propriétés à travers l'île, ils essayèrent d'améliorer les conditions de vie des tenanciers, en allégeant les charges qui pesaient sur eux, et ils réparèrent les nombreux préjudices commis par les représentants du Gouvernement et les juges. Les deux commissaires passèrent dix ans sur leur mission qui s'avéra très utile. Mais en 1707, une terrible épidémie de variole tua environ 18 000 personnes, soit un tiers de la population.

Pendant le XVIIIe siècle, le Piétisme est devenu plus important en Islande en raison de son activité au Danemark. Les piétistes ont développé l'imprimerie et la littérature en Islande. Mais l'éducation pour les piétistes devait avoir pour seule fonction l'étude de la religion. En 1741, deux théologiens (un Islandais, Jón Þorkelsson et un Danois, Ludvig Harboe) ont été envoyés en mission en Islande pour aider le peuple islandais. Pendant des années, ils imposèrent des règles strictes sur l'éducation des enfants et ils prêchèrent également contre l'apprentissage des sagas.

Au milieu du XVIIIe siècle, l'intérêt pour l'Islande commença à prendre de l'importance au Danemark. Deux étudiants danois (Eggert Ólafsson et Bjarni Pálsson) de l'Université de Copenhague furent envoyés en 1752 en Islande pour dresser la carte des ressources naturelles, et également de la culture et des coutumes des Islandais. Eggert Ólafsson rassembla toutes ces découvertes dans le Livre des Voyages, qui a été traduit en plusieurs langues et qui reste aujourd'hui une source importante concernant l'Islande au XVIIIe siècle.

L'âge du développement

Statue de Skúli Magnússon

Les gouverneurs danois et les autres officiels avaient leur siège à Bessastaðir, près de Reykjavik. Comme la plupart de ces officiels ne restaient que très peu de temps sur place, ils déléguaient leurs fonctions à un bailli. Les baillis avaient toujours été des Danois jusqu'en 1749 où un Islandais, Skúli Magnússon, fut nommé. En devenant bailli, il désirait une amélioration des conditions de vie des Islandais.

Ces idées furent reprises par la session parlementaire de 1751, et une compagnie avec un certain nombre d'actionnaires fut mise en place. Le roi était intéressé par cette initiative et il céda la ferme de Reykjavik et plusieurs autres à la compagnie et il y investit des sommes considérables. Dès 1752, la construction de nombreux ateliers commença à Reykjavik pour l'artisanat, qui comprenait le filage, le tissage et la teinture des peaux, et également la production de sel et de souffre. Les plus vieux bâtiments islandais encore en place datent de cette époque.

La compagnie avait son siège à Reykjavik où de nombreuses maisons et ateliers furent construits. C'était le début de Reykjavik, la future capitale de l'Islande, sur les terres du premier colon, Ingólfur Arnarson. Ce petit village a grandi peu à peu et quand on accorda à Reykjavik le statut municipal en 1786, il y avait 167 habitants.

Mais la compagnie avait constamment besoin de fonds, malgré l'implication du gouvernement danois et du roi. Les marchands danois voyaient cette compagnie comme une menace à leur commerce. Avec des dettes importantes, la compagnie fut reprise par la compagnie danoise qui avait le monopole sur le commerce islandais à cette époque. Skúli Magnússon fut rapidement évincé de la direction de l'entreprise et les ateliers ont petit à petit disparu.

Les temps durs (1783-1800)

Le Laki

Pendant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, de nombreuses catastrophes naturelles se sont produites en Islande. Entre 1752 et 1759, l'agriculture a connu une période sombre qui amena la famine et l'abandon de nombreuses fermes. Avec cela, les Islandais ont dû affronter les éruptions du Katla en 1755 et de l'Hekla en 1766.

Mais la pire de ces calamités fut les éruptions de Laki qui commencèrent au printemps 1783 et qui durèrent plus d'un an. La lave recouvrit une superficie de 565 km², ce qui est considéré comme étant le plus grand champ de lave créé par une seule éruption. Accompagnant ces éruptions, des gaz toxiques se sont répandus, empoisonnant la faune et la flore. Une très grande pénurie de nourriture suivit, ce qui amena une famine dans la plupart des régions de l'île. Pendant les années 1783-1784, environ 10 000 personnes sont mortes de la faim, et la population de l'Islande retomba une nouvelle fois sous la barre des 40 000 habitants. D'importants tremblements de terre sont également survenus en 1784. À Skálholt tous les bâtiments, à l'exception de l'église, ont été détruits. Le roi et le gouvernement danois envoyèrent de l'aide et une évacuation de l'île était évoquée, mais cette idée ne fut en fait pas retenue.

Les autorités gouvernementales en Islande et au Danemark essayèrent d'améliorer les conditions de vie des Islandais. L'idée de Skúli Magnússon, qui était d'abolir le monopole danois sur les échanges commerciaux, fut adoptée en 1787, mais le commerce était néanmoins réservé aux sujets du roi de Danemark.

En 1800, il a été décidé par le roi et certains Islandais d'abolir l'alþing qui était, selon eux, sans intérêts et le Parlement fut remplacé par une Cour suprême. Le premier président de cette nouvelle cour était Magnús Stephensen, qui venait d'une famille très puissante. Son père, Ólafur Stephensen, a été gouverneur d'Islande de 1790 à 1806.

L'Islande et les guerres napoléoniennes

Jørgen Jørgensen

Au début du XIXe siècle, les guerres napoléoniennes ont rendu plus difficiles les échanges maritimes, et l'Islande fut affectée durement. Le Danemark s'allia à Napoléon 1er après que Copenhague fut attaquée par les Britanniques. Malgré tout, les Britanniques ont été très utiles pour les Islandais, puisqu'ils apportaient des biens. En juillet 1809, un navire britannique arriva à Hafnarfjörður. À son bord, il y avait un aventurier danois, Jørgen Jørgensen. Ce dernier et ses camarades anglais arrêtèrent le gouverneur, le Comte Trampe, et le 26 juin, il déclara que toute autorité et souveraineté du Danemark sur l'Islande était abolie. Il promulgua une proclamation dans laquelle il décréta qu'il assumait tous les pouvoirs en tant que protecteur de toute l'Islande et commandant en chef sur terre et mer. Il promit aux Islandais la protection de la Grande-Bretagne et il affirma qu'il démissionnerait de son poste lorsqu'une convention nationale aurait été rassemblée pour donner au pays une constitution. Mais le commandant britannique Alexander Jones mit Jörgensen aux arrêts et le ramena en Angleterre.

Après la défaite de la France, les Danois payèrent le prix pour avoir appuyé Napoléon 1er. Ainsi, en 1814, la Norvège fut transférée à la Suède. L'Islande, qui était toujours restée unie avec la Norvège depuis 1262, resta sous domination du Danemark aux côtés du Groenland et des Îles Féroé.

Une nouvelle ère (1830-1944)

De nouveaux courants politiques sont apparus en Europe après la révolution de Juillet en France et l'arrivée d'un roi plus libéral. Les vagues de cette révolution se font sentir jusqu'au Danemark. À partir du milieu du XIXe siècle, des mouvements indépendantistes virent le jour en Islande.

La lutte pour l'indépendance (1830-1874)

Les Islandais pétitionnèrent auprès du roi pour qu'ils puissent disposer de leur propre assemblée au lieu d'envoyer des représentants au Danemark. Cette idée était également appuyée par le Gouverneur et c'est à cette époque que Jón Sigurðsson commença à apparaître sur la scène politique. Selon lui, l'Alþing devait être située à Reykjavik, là où le Gouvernement était basé, et Reykjavik devait servir de capitale à l'Islande. Malgré une opposition qui voulait que l'Alþing revienne à Þingvellir, l'avis de Jón Sigurðsson fut suivi et en 1843, le roi Christian VIII décida de mettre en place une assemblée consultative, l'Alþing. Elle se rassembla pour la première fois en 1845 avec vingt représentants élus par les propriétaires terriens islandais et six désignés par le roi.

À la suite de la révolution française de 1848 et de révoltes, le roi Frédéric VII décida de rassembler une convention nationale pour donner au Royaume danois une constitution. La Convention mit fin à ses travaux le 5 juin 1849 et la monarchie absolue fut abolie. En 1848, Jón Sigurðsson esquissa les points principaux de sa stratégie politique pour l'Islande. Selon lui, à la suite de l'adoption de la constitution danoise, l'Islande retrouvait le statut de la Vieille alliance avec la Norvège en 1262, ce qui voulait dire que l'Islande n'était liée avec le Danemark que par une union personnelle. Une Convention nationale (Þjóðfundur) fut mise en place en Islande en 1851 pour discuter de l'avenir politique de l'île, mais cette Convention fut rapidement dissoute par le Gouverneur. En 1865, un nouveau Gouverneur, Hilmar Finsen, rédigea un projet qui devait donner aux islandais un pouvoir législatif et financier. Il fut accepté à l'Alþing, mais le projet fut rejeté par le Parlement en 1869. Finalement, le Danemark imposa à l'Islande une loi constitutionnelle en 1871 qui déclara que l'Islande était inséparable du Danemark, mais avec certains droits locaux. Le Gouverneur avait désormais le titre de Vice-roi. Les Islandais étaient mécontents de cette Constitution imposée et ils demandèrent au roi un nouveau texte avant 1874, année qui marquera les mille ans de la colonisation de l'Islande.

Un statut autonome (1874-1918)

Article détaillé : État autonome islandais.

En janvier 1874, le roi annonça qu'il apporterait une Constitution à l'Islande quand il irait sur l'île pour les célébrations du millénaire de l'Islande. Cette Constitution n'était qu'un ajout à la loi constitutionnelle de 1871. Ce texte garantissait à l'Islande une large autonomie dans les affaires intérieures, avec l'octroi d'un pouvoir législatif à l'Alþing. Toutes les lois votées par l'Alþing devaient être contre-signées par le roi. Avec cette nouvelle Constitution, les islandais se montrèrent optimistes quant à l'acquisition d'une plus grande indépendance et à sortir l'île de la pauvreté. En 1875, la monnaie devint la Króna et dix ans plus tard, la Banque Nationale d'Islande fût créée ce qui aida l'industrie émergente.

L'Islande connut également une forte vague d'émigration vers l'Amérique du Nord, en raison des conditions de vies difficiles. Certains se sont installés dans le Wisconsin et le Dakota, mais la grande majorité partit dans le Manitoba, à l'ouest du lac Winnipeg. Entre 1870 et 1914, entre 10.000 et 20.000 islandais ont émigré vers l'Amérique du Nord.

1904 constitue un tournant dans la lutte pour l'indépendance de l'Islande. En effet, le pouvoir exécutif fût transféré en Islande, et Hannes Hafstein devint le premier Premier ministre islandais.

Les couleurs du drapeau islandais furent adoptées en 1913 après un débat devant l'Alþing.

Le Royaume d'Islande (1918-1945)

Articles détaillés : Royaume d'Islande et Acte de l'Union (1918).
Le roi Christian X

Le 1er décembre 1918, suite à la tenue d'un référendum, le régime de l'union personnelle fut décrété entre le Danemark et l'Islande, ce qui signifiait que le roi de Danemark restait le roi d'Islande, mais que les deux royaumes devenaient formellement distincts. L’autonomie de l’Islande par rapport à la couronne du Danemark avait été consacrée par l'Acte de l'Union du 30 novembre 1918. L’Islande était autonome mais reconnaissait le roi du Danemark comme son souverain. L’Acte de l'Union stipulait que le Danemark conservait la souveraineté sur les affaires de défense et les affaires étrangères d’Islande. Il était prévu de réexaminer cet acte 25 ans après, en 1943.

Après la Première Guerre mondiale, l'Islande, comme le reste du monde, connut une période difficile jusqu'en 1924 où l'économie donna des signes de redressement, mais la grande dépression de 1929 eut de graves conséquences pour l'économie islandaise, une de ses victimes principales était la Banque d'Islande. Les conséquences furent la pauvreté croissante, le chômage et la stagnation. Le gouvernement islandais lança une politique de grands travaux avec la construction de ponts, d'écoles et de centrales hydroélectriques.
Après la guerre, la pêche était l'industrie croissante. L'industrie du hareng que les norvégiens avaient constituée dans le nord de l'Islande fut reprise par les Islandais, le port Siglufjörður était le centre pour la pêche au hareng jusqu'au milieu du XXe siècle et la chute des réserves de ce poisson.

En 1930, on fêta le millénaire de l'Alþing. Il fut célébré sur le site de l'ancien parlement à Þingvellir entre le 26 et le 28 juin 1930, où environ 35 000 personnes s'y étaient rassemblées, avec comme invités le roi Christian X de Danemark et la reine.

La Seconde Guerre mondiale (1940-1945)

Les cibles initiales des Britanniques

Le 9 avril 1940, le Danemark est envahi et tombe sous le contrôle de l’Allemagne nazie. Cette invasion fut ressentie en Royaume-Uni comme un risque majeur de contrôle de l’Atlantique Nord par les Allemands. En effet, si les sous-marins allemands se ravitaillaient dans les possessions danoises, les îles Féroé, l’Islande, ou le Groenland, ils pourraient acquérir une supériorité particulièrement redoutable dans les opérations navales et seraient devenus encore plus menaçants pour les convois de ravitaillement en route vers l’Union soviétique.

Pour pallier ce danger, un mois après l’invasion allemande du Danemark, les troupes britanniques envahissent l’Islande (pourtant neutre) et s’installent d’autorité sur l’aéroport de Keflavik, à 45 kilomètres au sud de la capitale Reykjavik, et dans le fjord de Hvalfjörður, un site portuaire à 50 kilomètres au nord de la ville. Ils seront 25 000 hommes, pour une population d’environ 120 000 Islandais. Les premiers éléments de l’armée américaine arrivèrent en Islande en août 1941. Ils s’installèrent dans les camps de l’armée britannique. L'Althing fut conduit à désigner un régent avant de prononcer en mai 1942 la séparation politique totale entre Islande et Danemark.

Officiellement neutre, l'Islande a joué un rôle stratégique dans le conflit en permettant aux forces britanniques et américaines d'opérer depuis des bases situées sur son territoire national et d'assurer ainsi le contrôle de l'Atlantique Nord par les Alliés.

La déclaration d'indépendance (1944)

Article détaillé : Déclaration d'indépendance de l'Islande.

Le traité d’Union entre l’Islande et le Danemark devait se renégocier en 1943, mais le Danemark était dans l’impossibilité d’intervenir. Les Islandais décidèrent d’agir unilatéralement. Ils organisèrent un référendum en début de 1944, pour savoir si la population approuvait la sécession. Il y eut 98,6 % de votants, et 97,3 % d’entre eux se prononcèrent pour le oui. Le 17 juin 1944, jour du 133e anniversaire de la naissance du nationaliste islandais Jón Sigurðsson (1811-1879), le Parlement islandais proclama la République à Þingvellir. Sveinn Björnsson en fut le premier Président. La nouvelle République fut reconnue par les puissances Alliées et l’Union soviétique. Le roi Christian X, souverain du Danemark occupé par les Allemands, envoya un télégramme pour souhaiter le maintien de l’Union, mais aussi pour s’incliner devant le fait accompli.

La République d'Islande (1944 à aujourd’hui)

L'Islande et le monde

L'Islande et l'OTAN

Article détaillé : Défense islandaise.

L’Islande était libre, mais toujours occupée par les troupes américaines. Contrairement aux obligations contractuelles, le gouvernement des États-Unis, voyant venir la guerre froide et profitant de la position stratégique de l’Islande, ne voulut pas rapatrier ses troupes à la fin de la guerre, et réclama même des bases permanentes dans le pays. Le gouvernement islandais refusa. Un compromis fut signé en 1946 : les États-Unis garderaient le contrôle de l’aéroport de Keflavik pendant six ans et demi.

En 1951, pendant la guerre de Corée, les États-Unis obtinrent la permission de faire stationner des troupes en Islande, mais cette fois sous la bannière de l’OTAN. En 1985, le Parlement islandais interdit tout passage d’arme atomique sur son sol.

Jusqu'à la fin des années 1980, les États-Unis avaient dépêché 3 000 hommes pour veiller à la sécurité de l'Islande, ils n'étaient plus que 1 900 en 2006, quand le président américain a décidé de les retirer.

La base américaine de Keflavik est en effet vide depuis le 30 septembre 2006, les 1 900 hommes que cette dernière comptait, ont réintégré les États-Unis. Le ciel islandais était protégé par quatre chasseurs F15, lesquels étaient approvisionnés par un avion ravitailleur KC 135. Seule demeure opérationnelle une station radar et ce jusqu'au 15 août 2007, des négociations doivent avoir lieu pour connaître son devenir. Néanmoins, dans le cadre de l'accord bilatéral de 1951, les États-Unis, s'engagent à intervenir en Islande si besoin est.

"La guerre de la morue"

Article détaillé : Guerre de la morue.

Une autre question de souveraineté nationale a agité les premières décennies de la République Islandaise : c’est le droit de gérer les stocks de poisson autour de l’île. En 1964, pour lutter contre la surpêche des bateaux britanniques, le gouvernement islandais étend ses limites territoriales de 4 à 12 miles autour de ses côtes. Puis, en 1972, il étend ses limites à 50 miles nautiques. La Grande Bretagne envoya des bateaux de guerre pour protéger ses chalutiers. En 1975, l’Islande récidive et étend ses limites territoriales à 200 miles, provoquant la troisième « guerre de la morue ». En 1976, après la rupture diplomatique entre les deux pays (le premier cas entre deux pays de l’OTAN), puis le retour à la table des négociations, la Grande-Bretagne accepta les nouvelles limites.

L'Islande aujourd'hui

En 1968 l'Islande adopte la conduite à droite[4].

De 1991 à 1995, une coalition regroupant le Parti de l'indépendance et le Parti social-démocrate (Alþýðuflokkurinn — abrégé en A ou AF) accéda au pouvoir. En succédant à Kristján Eldjárn en 1980, Vigdís Finnbogadóttir devint la première femme élue à la tête d'un État constitutionnel. Jouissant d'une très grande popularité, elle fut réélue en 1984, 1988 et 1992. Elle ne se représenta pas à l'élection de juin 1996 et Olafur Ragnar Grimsson, ministre des Finances entre 1988 et 1991, lui succéda à la tête du pays.

L'Islande est durement touchée par la crise financière de 2008, provoquant les premières manifestations massives depuis des années[5]. Suite à cette crise, Geir Hilmar Haarde (qui succéda à Halldór Ásgrímsson en juin 2006) est contraint le 26 janvier 2009 à une démission immédiate de son gouvernement.

Suite à la crise financière, l'Islande commence à se tourner vers l'Union européenne, et envisage de présenter sa candidature, bien que les milieux politiques restent divisés à ce sujet[6].

Sources

  • Bernard Hennequin ; L'Islande, le Groenland, Les Féroé Aujourd'hui ; les éditions j.a. ; 1990 (ISBN 2869501633)
  • Jón R. Hjálmarsson ; History of Iceland, From the Settlement to the present day ; Iceland Review ; 1993 (ISBN 9979510714)
  • Gunnar Karlsson ; History of Iceland ; Univ. of Minneapolis ; 2000 (ISBN 0816635889)
  • Gunnar Karlsson ; Iceland's 1100 Years: History of a Marginal Society ; Hurst, London ; 2000 (ISBN 1850654204)

Notes et références

  1. Patrick GUELPA, Un homme de désirs : Le poète islandais Einar Benediktsson (1864-1940). Préface de Régis Boyer, Paris, L'Harmattan, collection KUBABA, série "Monde moderne/Monde contemporain", octobre 2003 (320 pages). ISBN : 2-7475-5279-9, pages 22-24 :
  2. Patrick GUELPA, Le purisme linguistique islandais et les défis du monde moderne, in: Kubaba II, vol. 1, La Marginalité : entre exclusion et transgression, revue polyglotte de langues et civilisations, Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne, mai 1999, p. 17-32.
  3. L'histoire de l'Islande
  4. http://www.rue89.com/2009/09/06/samoa-des-aujourdhui-je-conduis-a-contresens, Rue89, 6 septembre 2009
  5. http://fr.news.yahoo.com/64/20090123/twl-la-faillite-de-l-islande-provoque-re-acb1c83.html
  6. http://fr.news.yahoo.com/71/20090130/tbs-en-crise-l-islande-songe-se-rapproch-e07aff9.html

Voir aussi

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