Histoire De L'Empire Byzantin


Histoire De L'Empire Byzantin

Histoire de l'Empire byzantin

L'histoire de l’Empire byzantin couvre une période définie de façon diverse. Si la fin de Constantinople peut être datée précisément du 29 mai 1453 lorsque les Turcs prirent d’assaut cette capitale d’un État déjà moribond, il en est tout autrement de ses débuts, d'une part, et de son héritage d'autre part (sans compter le fait que Mistra et Trébizonde ne tombèrent qu'en 1460 et 1461).

En effet, aucune rupture décisive n’existe dans le lent processus qui transforma progressivement l’Empire romain d’Orient en ce que Hieronymus Wolf appela au XVIe siècle « Empire byzantin ». Ses habitants continuèrent à se considérer comme citoyens de l'« Empire romain » malgré son changement de nature : de latin et païen, il devint en effet, au fil des siècles, grec et chrétien. Même sa conquête à partir du XIe siècle par les Turcs ne dissuada pas ses anciens citoyens, devenus des « rayas » (sujets non-musulmans du Sultan) de continuer à se définir comme « Romées », et c'est pourquoi les Turcs les appelèrent « Roumis ».

Pratiquement tous les historiens actuels s’accordent à considérer que l’Empire peut être qualifié de « byzantin » au plus tard à l’avènement d’Héraclius en 610. À cette époque, il a définitivement acquis ses caractères essentiels et renoncé de facto à la fiction d’une suzeraineté sur les anciens territoires romains d’Occident.

Auparavant, plusieurs dates sont importantes par rapport à la constitution de cet ensemble politique :

  • Institution de la Tétrarchie par Dioclétien (293) : la réforme de Dioclétien porte en germe la division de l’empire en deux parties de l’empire, chacun des Augustes ayant plus particulièrement en charge l’une de ces parties ;
  • Fondation de Constantinople par Constantin (330) : La nouvelle ville (Nova Roma, Nouvelle Rome) ne va pas tarder à attirer les forces vives de l’Empire, au détriment de Rome ;
  • Fin du règne de Théodose Ier, dernier empereur commun à l’Orient et à l’Occident (395) : à sa mort, ses fils Arcadius et Honorius « héritent » chacun d’une partie de l’empire, comme cela s’était fait plusieurs fois auparavant : mais celle-ci est la dernière ;
  • Déposition de Romulus Augustule, dernier empereur d’Occident (476): les royaumes barbares se substituent à l’autorité centralisée de Rome en Europe occidentale, même si certains souverains se réclament de l’héritage romain et obtiennent une investiture toute théorique de l’empereur régnant à Constantinople.
  • Fin du règne de Justinien Ier (565) : cet empereur tente de reconstituer l’empire romain par la reconquête (partielle) de ses anciens territoires occidentaux (Italie, Afrique du nord, sud de l'Espagne). Après lui, l’idée ne sera plus reprise, mais elle a coûté fort cher à l’Empire d’Orient. Le nom de Romagne, en Italie, rappelle cette reconquête partielle de l'Italie par l'Empire.

Traditionnellement, l'historiographie moderne « cale » le Moyen Âge sur la durée d'existence de l'« Empire byzantin » arbitrairement définie de 476 à 1453. Mais pour certains historiens grecs ou roumains, la période allant de la fin de l'Empire d'Occident (476) à la prise de Constantinople par la IVe croisade (1204) est l'âge « Romée » ou « Roman », et le Moyen-Âge (Mesa hronia, Evul mediu) va de 1204 à 1573. Il est suivi de (ou, chez certains, il inclut) l'âge « Ottoman » de 1573 (chute des dernières places fortes chrétiennes dont Chypre, aux mains des Turcs) à 1774 (traité de Küçük-Kaynarci rendant certains de leurs droits aux chrétiens orthodoxes, et inaugurant l'ère moderne).

Sommaire

La domination romaine sur la grèce

Articles détaillés : Grèce romaine et Achaïe (province romaine).

L’Empire romain d’Orient (293-518)

Origine

L’Édit de Caracalla en 212 fait de tous les habitants de l’Empire romain des citoyens à part entière, sans distinction d’ordre ou d’appartenance géographique. Jusque-là, seuls les habitants du Latium et plus tard de l’Italie pouvaient prétendre à la citoyenneté sans condition. À cette date cependant certaines provinces, comme la Grèce ou l’Afrique proconsulaire, sont plus avancées que d’autres (telles l’Égypte, la Bretagne ou la Palestine, plus pauvres et plus éloignées de Rome) dans le processus déjà largement entamé de diffusion de la citoyenneté romaine à l’ensemble de l’Empire. La division de l’Empire commence avec l’instauration de la tétrarchie (latin : quadrumvirate) à la fin du IIIe siècle par l’empereur Dioclétien afin de contrôler plus efficacement le vaste Empire romain. Il divise l’Empire en deux, avec deux empereurs (Augusti) régnant depuis l’Italie et la Grèce, chacun ayant comme co-empereur un collègue plus jeune (Caesares), destiné à lui succéder. Après le volontaire renoncement au trône de Dioclétien, le système tétrarchique commence bientôt à s’enliser ; les rivalités s’installent entre Augustes et Césars ; la répartition théorique des dignités continue d’exister jusqu’en 324 date à laquelle Constantin le Grand tue son dernier rival et reste le seul empereur. Comme pour l’Empire Romain, le manque de règles de succession claires et respectées restera une donnée constante de l’empire byzantin.

Constantin donnant la ville au monde, vestibule sud de Sainte-Sophie

Constantin prend alors la décision essentielle — une des deux décisions essentielles de son règne, l’autre étant l’acceptation du christianisme — de fonder une nouvelle capitale ; il choisit Byzance. Rome avait depuis longtemps cessé d’être la capitale politique effective de l’Empire: l’Urbs, trop éloignée des frontières septentrionales en danger et des riches provinces orientales, n’avait plus eu d’empereur à demeure depuis le milieu du IIIe siècle. Byzance est bien placée : à la croisée de deux continents et de deux mers, à l'une des extrémités occidentales de la Route de la Soie, ouverte aussi sur la Route des Épices menant à l'Afrique et aux Indes, c’est une très bonne base pour garder la frontière danubienne absolument cruciale, et elle était raisonnablement proche des frontières orientales. Constantin éprouva sa valeur en tant que forteresse quand elle fut le centre de la dernière poche de résistance dans la guerre menée par son rival Licinius et qu’elle résista.

En 330, la Nova Roma est officiellement fondée sur l’emplacement de Byzance. Cependant, la population appela communément la ville Constantinople (grec: Κωνσταντινούπολις, Constantinoúpolis, la cité de Constantin). Constantin entreprend la construction de grands murs fortifiés qui sont sans doute l’ouvrage le plus saisissant de la ville. Ces murs, qui seront étendus et reconstruits, combinés avec un port fortifié et une flotte, font de Constantinople une place forte virtuellement imprenable et certainement la plus importante du haut Moyen Âge. À plusieurs occasions dans les centaines d’années qui suivront, Constantinople sera le dernier rempart de la civilisation romaine dans la Méditerranée orientale et à quelques occasions le dernier rempart de la civilisation judéo-chrétienne tout entière.

La nouvelle capitale devient le centre de la nouvelle administration réformée par Constantin. Ce dernier retira les fonctions civiles du préfet du prétoire pour les mettre entre les mains de préfets régionaux. Au IVe siècle, quatre grandes préfectures régionales furent ainsi créées.

Constantin est généralement considéré comme le premier empereur chrétien. La légende veut qu’avant une bataille aux portes de Rome en 312 contre l'empereur rival Maxence, une grande croix enflammée lui soit apparue dans le ciel avec les mots « In Hoc Signo Vinces » (« Par ce signe tu vaincras »). Que l’on croie ou non à la légende, il n’y a pas de doutes qu’à partir de 312 Constantin commence à favoriser le christianisme, et la religion, qui était persécutée sous Dioclétien, devient une « religion autorisée » et se renforça au fil des ans, exception faite d’un bref retour de la prédominance du polythéisme sous Julien l’Apostat. Bien que l’Empire ne puisse pas encore être qualifié de « byzantin », le christianisme deviendra une caractéristique essentielle de l’empire byzantin, contrairement à l’Empire romain classique, à l'origine polythéiste.

Constantin introduit aussi une monnaie d’or stable, le solidus, qui deviendra la monnaie standard pour des siècles, et pas seulement dans l’empire byzantin.

Un autre événement essentiel dans l’histoire de l’empire romain/byzantin a été la bataille d’Andrinople en 378, dans laquelle l’empereur Valens est tué et les meilleures des légions romaines sont vaincues par les Wisigoths. Cette défaite a parfois été proposée comme date de la fin de l’Antiquité et d’entrée dans l’ère médiévale.

L’Empire romain est à nouveau divisé par le successeur de Valens, Théodose Ier (surnommé « le Grand ») qui règne sur les deux parties depuis 392 : suivant les principes dynastiques bien établis par Constantin, en 395 Théodose donne les deux moitiés de l’Empire à ses deux fils, Arcadius et Honorius ; Arcadius devient le dirigeant de la partie orientale, avec sa capitale à Constantinople, et Honorius le dirigeant de la partie occidentale, avec Ravenne pour capitale. Théodose est le dernier empereur dont l’autorité couvre entièrement les étendues traditionnelles de l’Empire romain. Il est courant de nommer la partie orientale à cette époque « empire romain d’Orient » plutôt que « empire byzantin ».

Fin de l’Empire romain d’Occident

L’Empire romain d’Orient est largement épargné par les difficultés au IIIe et IVe siècles en partie parce que la culture urbaine gréco-romaine y est solidement établie de longue date (depuis l'époque hellénistique au plus tard) et parce que les premières invasions sont d'abord attirées par la richesse de Rome. Tout au long du Ve siècle, diverses invasions conquièrent la partie occidentale de l’Empire romain et, parfois, demandent tribut à la partie orientale. Toutefois, les habitants de l'occident en 476 ne se sont pas aperçus que l'Empire s'effondrait: depuis longtemps déjà, ils étaient habitués à voir des "barbares" s'engager comme légionnaires, peupler villes et villages, grimper les échelons de la hiérarchie romaine, se convertir au christianisme, administrer au nom de l'Empereur des provinces en tant que "foederati"; et après que Romulus Augustule eut été déposé et ses insignes envoyés à Constantinople, c'est durant longtemps encore au nom de Rome et en essayant d'imiter le modèle romain, que régnèrent Odoacre, Théodoric, Clovis, Charlemagne et autres Othons, couronnés par une église toujours "romaine"...

Les murailles de Constantinople sont fortifiées sous Théodose II faisant de la cité une place forte impénétrable : elle ne sera pas victime d’une conquête étrangère jusqu’en 1204. Pour épargner à l’Empire romain d’Orient une invasion par les Huns d’Attila, Théodose leur verse de l’or. De plus, il favorisa les marchands de Constantinople qui commercent avec les barbares. Son successeur, Marcien, refuse de continuer à payer ces sommes énormes. Cependant, Attila se détourne déjà de l’Empire romain d’Occident et meurt en 453 après la bataille des champs Catalauniques. L’empire hun s’effondre et Constantinople est libérée de la menace représentée par Attila. Commencent ainsi des relations profitables entre l’Empire romain d’Orient et le restant des Huns. Quelques Huns finissent même par se battre en tant que mercenaires pour l’empire byzantin au cours des siècles suivants.

A Constantinople aussi les "barbares" peuvent gravir les échelons sociaux, tel le général alain Aspar, devenu tout puissant au IVe siècle. Les Alains ou Ïasses sont des iranophones dont certains (les Ossètes) vivent toujours au Caucase, tandis que d'autres se sont fondus parmi les gallo-romains (après s'être établis dans le bassin de la Loire), parmi les hongrois (région de Jasz) et les roumains (Moldavie, région de Jassy ou Iasi). Mais les Alains sont indépendants de l'Empire: leur patrie se situe au nord de la Mer Noire. Léon Ier réussit à se libérer de l’influence de ces chefs alains, en favorisant l’ascension des Isauriens, des éleveurs et guerriers également iranophones vivant en Anatolie méridionale (et dont les Kurdes revendiquent la paternité). L'Anatolie est le centre de l'Empire et les Isauriens sont de fidèles citoyens. Aspar et son fils Ardabur sont assassinés lors d’une émeute en 471: Constantinople est débarrassée des influences étrangères pour des siècles.

Léon est aussi le premier empereur à recevoir la couronne non pas des mains d’un général ou d’un officier de haut rang, comme usuellement dans la tradition romaine, mais des mains du Sénat et avec la bénédiction du patriarche de Constantinople. Cette coutume deviendra obligatoire au fil du temps, et, au Moyen Âge, l'aspect religieux du couronnement aura totalement supplanté les procédures civiles. En 468, Léon échoue à reprendre l’Afrique du Nord aux Vandales. À cette époque, l’Empire romain d’Occident est déjà réduit à l’Italie. La Grande-Bretagne a été conquise par des germaniques, les Angles et les Saxons, qui chassent les Bretons vers l'Armorique gauloise et vers la Cantabrie ibérique. L’Hispanie et la Gaule méridionale sont aux mains des Wisigoths. Les Vandales règnent sur l’Afrique et les îles de la Méditerranée occidental. La Belgique et la Gaule septendrionale sont aux mains des Francs, tandis que les Burgondes règnent sur les actuelles Suisse, Bourgogne, Dauphiné et Provence.

En 466, pour renforcer l’alliance isaurienne, Léon marie sa fille Ariadnè à l’Isaurien Tarasicodissa, qui prend le nom de Zénon. Quand Léon meurt en 474, Zénon et le fils cadet d’Ariadnè, Léon II montent sur le trône, Zénon faisant office de régent. Quand Léon II meurt cette même année, Zénon devient empereur. La fin de l’Empire d’Occident est souvent datée en 476, au début du règne de Zénon, quand le général d'origine germanique Odoacre dépose l’empereur romain d’Occident en titre, Romulus Augustule, et refusa de le remplacer par une autre marionnette. Pour recouvrer l’Italie, Zénon ne peut que négocier avec les Ostrogoths de Théodoric qui s’étaient installés en Mésie. Il envoie le roi ostrogoth en Italie avec le titre de magister militum per Italiam. Après la chute d’Odoacre en 493, Théodoric, qui a vécu à Constantinople pendant sa jeunesse, régne sur l’Italie en son nom propre, ne reconnaissant qu’une souverainté formelle à Zénon. Il se révèle être le plus puissant roi germanique de cette époque, mais ses successeurs lui seront grandement inférieurs et leur royaume d’Italie commencera à décliner dans les années 530.

En 475, Zénon est déposé par une conjuration qui le remplace par Basiliscus, le général qui avait repris l'Afrique du Nord aux Vandales en 468. Zénon recouvre le trône vingt mois plus tard. Cependant, Zénon doit faire face à la menace venant de son ancien compagnon d’armes, Illus, qui veut couronner Léontios. La domination isaurienne prend fin quand un vieux fonctionnaire d’origine italique, Anastase Ier, devient empereur en 491 et après une longue guerre, défait les Isauriens en 498. Anastase se révèle être un réformateur énergique et administrateur capable. Il parfait le système monétaire de Constantin en définissant de manière définitive le poids du follis en cuivre, la pièce utilisée pour les transactions de la vie quotidienne. Il réforme aussi le système des taxes et laisse le Trésor avec l’énorme excédent de 320 000 livres d’or à sa mort.

Période protobyzantine

On considère que la période protobyzantine s’étend de l’époque de la fin de l’Empire romain — daté selon certains à la chute de Rome en 476 ou au début du règne de Justinien en 527 — jusqu’à la mise en place du système des thèmes (fin du VIIe siècle - début du VIIIe siècle). Durant cette période qui précède l'arrivée des Slaves, les habitants de l'Empire se considèrent toujours comme des Romains (en latin « Romani », en grec Ρωμαίoί), qu'ils soient hellénophones (Grecs du sud de l'Italie à l'Asie Mineure occidentale et au Delta du Nil), latinophones (Italiques, Valaques des Balkans, Romans d'Afrique du nord), arménophones (Arméniens en Asie Mineure orientale), sémitiques (Araméens, Judéens et Arabes de Syrie et Palestine) ou encore coptes (Egyptiens).

Aux temps de Justinien

Le règne de Justinien, qui commence en 527, voit une période de conquêtes impériales des anciens territoires romains. Le VIe siècle voit aussi le commencement d’une longue série de conflits avec les voisins de l’Empire, comme les Perses sassanides, les Slaves et les Bulgares. Des crises théologiques, comme le monophysisme dominent aussi l’Empire.

Justinien a peut-être déjà exercé le pouvoir durant le règne de son prédécesseur, Justin (518-527). Justin est un ancien officier de l’armée impériale qui a été chef des gardes sous Anastase, et qui a été proclamé empereur à la mort d’Anastase — il a alors près de 70 ans. Justinien est le fils d’un paysan d’Illyrie, mais aussi le neveu de Justin. Justinien est plus tard adopté par Justin en tant que fils. Justinien deviendra un des personnages les plus raffinés de son temps, habité par le rêve de rétablir la loi romaine sur tout le monde méditerranéen. Il réforme l’administration et la loi, et à l’aide de brillants généraux comme Bélisaire et Narsès, regagne temporairement quelques unes des anciennes provinces romaines perdues à l’Ouest, en conquérant une bonne partie de l’Italie et de l’Afrique de Nord et en récupérant la Bétique.

En 532, Justinien sécurise la frontière orientale de l’Empire en signant un traité de « paix éternelle » avec le roi sassanide Khosrau Ier. Cependant, cette paix nécessite le paiement d’un énorme tribut d’or tous les ans. La même année, la sédition Nika, ou révolte de Nika, dure près d’une semaine à Constantinople. C’est l’explosion de violence la plus grave à laquelle la ville a dû faire face jusque là, et à son issue près de la moitié en est brûlée ou détruite.

Les conquêtes de Justinien à l’ouest commencent en 533, quand Bélisaire est envoyé pour réclamer l’ancienne province d’Afrique avec une petite armée de 18 000 hommes — principalement des mercenaires. Alors qu’une expédition précédente en 468 a été un échec, cette nouvelle aventure est un succès.Le royaume des Vandales à Carthage n’a plus la force du temps de Genséric et les Vandales se rendent après quelques batailles contre les forces de Bélisaire. Bélisaire retourne à Constantinople recevoir le triomphe romain avec le dernier roi vandale, Gélimer, comme prisonnier. Cependant, la reconquête de l’Afrique prend quelque temps à se stabiliser et ce n’est pas avant 548 que toutes les tribus locales indépendantes seront entièrement soumises.

Une mosaïque représentant Justinien, basilique San Vitale de Ravenne

En 535, Justinien lance sa plus ambitieuse campagne, la reconquête de l’Italie. À cette époque, l’Italie est toujours sous la coupe des Ostrogoths. Il envoie une armée par la terre qui fait le tour de la côte dalmate, tandis que le contingent principal, transporté par bateaux et de nouveau sous le commandement de Bélisaire, débarque en Sicile et conquiert l’île sans trop de difficultés. L’armée s’enfonce dans les terres et dans un premier temps les villes importantes comme Naples, Rome ou la capitale Ravenne tombent les unes après les autres. Les Goths semblent défaits et Bélisaire est rappelé à Constantinople par Justinien en 541. Bélisaire emmène avec lui le roi ostrogoth Vitigès, prisonnier et enchaîné. Cependant, les Ostrogoths et leurs soutiens sont vite réunifiés sous le commandement énergique de Totila. La Guerre gothique qui s’ensuit est une série exténuante de sièges, batailles et retraites, et qui consomme presque toutes les ressources fiscale byzantines et italiennes, appauvrissant une bonne partie des campagnes. Bélisaire est rappelé par Justinien qui ne lui fait plus confiance. Les Byzantins sont sur le point de perdre toutes les possessions gagnées par leur armée. Après avoir négligé de fournir suffisamment de ressources logistiques et financières aux troupes désespérées précédemment sous le commandement de Bélisaire, Justinien envoie une armée de 35 000 hommes (principalement des mercenaires d’Asie et Germains) à l’été 552. L’astucieux et diplomatique eunuque Narsès est choisi pour commander. Totala est écrasé et tué à la bataille de Taginae. Le successeur de Totila, Teias, est aussi battu à la bataille du mont Lactarius (près du Vésuve, en octobre 552). Malgré une résistance qui continue de la part de quelques garnisons gothes, et deux invasions des Francs et des Alamans, la guerre pour la reconquête de la péninsule italienne prend fin.

L'Empire byzantin en 527 (orange foncé) et les conquêtes de Justinien (orange clair)

Les plans de conquêtes de Justinien sont étendus en 554 quand une armée byzantine prend une petite partie de l’Espagne aux Wisigoths. Toutes les principales îles méditerranéennes sont aussi à présent sous le contrôle byzantin. En marge des conquêtes, Justinien met à jour l’ancien droit romain avec le nouveau Corpus Juris Civilis. Même si les lois sont toujours écrites en latin, la langue elle-même était devenue archaïque et à peine compréhensible même par ceux écrivent le nouveau code. Sous le règne de Justinien, l’église Sainte-Sophie est construite dans les années 530. Cette église deviendra le centre de la vie relieuse byzantine et le centre de la chrétienté orthodoxe orientale. Le VIe siècle voit aussi une culture florissante et bien que Justinien ferme l’Académie à Athènes, l’Empire romain d’Orient produit des artistes notables comme le poète épique Nonnos de Panopolis, le poète lyrique Paul le Silentiaire, l’historien Procope de Césarée, le philosophe Jean Philoponus et d’autres.

Les conquêtes à l’ouest ont pour conséquence le fait que les frontières orientales sont dégarnies, bien que Justinien ait construit bon nombre de forteresses tout au long de son règne. En 540, Khosrau Ier a déjà brisé le pacte précédemment signé avec Justinien et pille Antioche. La seule façon pour Justinien de devancer les velléités belliqueuses de Khosrau est de payer chaque année une somme toujours plus importante. Les Balkans sont sujets à des incursions répétées des Slaves, qui avaient déjà franchi la frontière impériale pendant le règne de Justin. Ils prennent avantage des lignes de défense dégarnies de l’Empire et s’enfoncent dans les terres byzantines jusque qu’au Golfe de Corinthe. Les Bulgares (Huns koutrigours) attaquent aussi en 540. Les Slaves envahissent la Thrace en 545 et assaillent le port de Dyrrachium (actuelle Durrës) sur l’Adriatique, en 548. En 550, les Sklavènes sont à moins de 65 kilomètres de Constantinople. En 559, l’Empire romain d’Orient se trouve incapable de résister à une grande invasion de Koutrigours et de Sklavènes. Divisés en trois, les envahisseurs atteignent les Thermopyles, la péninsule de Gallipoli et les environs de Constantinople. Les Slaves craignent plus la puissance intacte de la flotte romaine du Danube et les Bulgares — que les Romains ont payé — que l’opposition de l’armée byzantine mal préparée. L’empire est sauf pour cette fois, mais la souverainté byzantine sur les Balkans est presque anéantie dans les années qui suivent.

Très vite après la mort de Justinien en 565, les Lombards, une ancienne tribu foederati (peuple fédéré), envahissent et conquièrent la plus grande partie de l’Italie. Les Wisigoths conquièrent Cordoue, la principale cité byzantine en Espagne, une première fois en 572 et définitivement en 584. Les dernières places fortes byzantines en Bétique sont balayées les 20 années qui suivent. Les Turcs arrivent en Crimée, et en 577, une horde de 100 000 Slaves envahissent la Thrace et l’Illyrie. Sirmium (actuelle Sremska Mitrovica), la cité byzantine la plus importante sur le Danube, est perdue en 582 mais l’Empire romain d’Orient parvient tout de même à garder le contrôle du fleuve quelques années encore bien qu’il perde progressivement le contrôle de ses provinces.

Attaques des Perses et des Arabes

Le successeur de Justinien, Justin II (565-578), refuse de payer tribut à l’empire sassanide. Il en résulte une longue et dure guerre qui dure jusqu’au règne de ses successeurs, Tibère II Constantin (578-582) et Maurice Ier (582-602) et qui se focalisera sur le contrôle de l’Arménie. Heureusement pour les Byzantins, une guerre civile éclot dans l’empire perse. Maurice prend l’avantage de son amitié avec Khosro II — qui a été aidé par Maurice pour son accession au trône — pour signer un traité de paix favorable en 591. Le traité donne le contrôle d’une bonne partie de l’Arménie occidentale à l’Empire romain d’Orient. Maurice Ier réorganise le reste des possessions byzantines à l’Ouest en créant deux exarchats à Ravenne et Carthage, augmente leurs capacités d’auto-défense et délègue leur direction à des autorités civiles locales.

Les Avars et plus tard les Slaves conquièrent la plus grande partie des Balkans et à l’aube du VIIe siècle, les Sassanides envahissent l’Égypte, la Palestine, la Syrie et l’Arménie. Les Perses sont finalement défaits et les territoires reviennent à l’Empire grâce à l’empereur Héraclius en 627 à la suite de la bataille de Ninive. Cependant, l’apparition inattendue des Arabes nouvellement convertis et unis sous la bannière de l’islam prend l’Empire — épuisé par ses combats contre les Perses — par surprise et les provinces méridionales sont perdues. La défaite la plus catastrophique pour l’Empire romain d’Orient est infligée par les Arabes à la bataille du Yarmouk, en Syrie. Héraclius et les gouverneurs militaires de Syrie sont lents à réagir à cette nouvelle menace et la Mésopotamie, la Syrie, l’Égypte et l’exarchat d’Afrique sont incorporés de façon permanente au dar al-islam à partir du VIIe siècle, un processus qui sera complété par la chute de Carthage en faveur du califat en 698.

Les Lombards continuent leur expansion en Italie du Nord, prenant la Ligurie en 640 et conquérant la plus grande partie de l’exarchat de Ravenne en 751, ne laissant aux Byzantins que le contrôle de quelques petites zones en Italie du Sud ainsi que quelques villes côtières comme Venise, Naples, Amalfi et Gaète.

La perte de territoires est contrebalancée dans une certaine mesure par une consolidation et une uniformisation accrue de l’Empire. L’empereur Héraclius hellénise complètement l’Empire en faisant du grec la langue officielle, mettant ainsi un terme aux derniers vestiges d’utilisation du latin et aux anciennes traditions romaines. L’usage du latin dans les édits gouvernementaux — avec des titres latins comme Augustus et le concept d’Empire romain d’Orient faisant un avec Rome — tombent en désuetude, ce qui permet à l’Empire de trouver sa propre identité. Héraclius cherche aussi à unifier religieusement les habitants de l’Empire, adoptant le compromis du monothélisme.

Beaucoup d’historiens considèrent les réformes en profondeur opérées durant le règne d’Héraclius comme une rupture avec le passé de l’ancienne Rome. Il est courant de faire référence à l’Empire romain d’Orient en le qualifiant de « byzantin » à partir de ce moment. Les rites et pratiques religieuses au sein de l’empire deviennent aussi sensiblement différentes de ceux des anciennes provinces d’Europe occidentale.

Les provinces impériales méridionales diffèrent sensiblement du point de vue culturel de celles du nord, adoptant le monophysisme plutôt que l’orthodoxie chalcédonienne. La pertes de ces territoires méridionaux en faveur des Arabes renforce les pratiques orthodoxes dans les territoires restants.

Les thèmes d'Anatolie en 650

Constant II (641-668) subdivise l’empire en un système de provinces militaires appelées « thèmes » afin d’améliorer la réactivité de la population locale soumise à la menace constante d’assauts extérieurs. En dehors de la capitale, la vie urbaine décline tandis que Constantinople croît et devient la plus grande cité du monde chrétien.

Durant le règne de Constant, les Byzantins se retirent complètement d’Égypte et les Arabes lancent de nombreuses attaques contre les îles de la mer Méditerranée et de la mer Égée. Constant envoie une flotte contre les Arabes à la bataille de Phœnix de Lycie en 655 (près de l’actuelle Finike), mais il est défait : 500 navires byzantins sont détruits dans la bataille et l’empereur lui-même a frôlé la mort. Seule une guerre civile avec les chiites empêche le plan d’attaque des Arabes sur Constantinople de se réaliser.

Une section restaurée des fortifications médiévales qui entouraient Constantinople

En 658, l’armée impériale défait les Slaves sur le Danube, ralentissant temporairement leur avance vers les Balkans. Constant, s’étant attiré la haine du peuple de Constantinople, déplaça temporairement sa capitale à Syracuse. En 661, il lance une attaque sur la possession lombarde du duché de Bénévent en Italie méridionale. Après quelques victoires et pillages, il fait retraite à Naples. Il est le dernier empereur d’Orient à visiter Rome jusqu’au XVe siècle. Il est assassiné en Sicile peu après et aucune action sérieuse ne sera entreprise pour reconquérir l’Italie du sud avant le IXe siècle.

Les Arabes mettent le siège devant Constantinople en 672. Ils ne seront délogés qu’en 678 grâce à l’utilisation du feu grégeois. Les Arabes reviennent assiéger la capitale byzantine en 717, ils seront là encore défaits à l’été 718 par le feu grégeois, les hautes murailles de la ville et les compétences des généraux byzantins et de l’empereur-guerrier Léon III l’Isaurien (717-741). Après le siège de 718, dans lequel les Arabes subirent des pertes énormes, le Califat n’était plus une menace sérieuse pour le cœur de l’Empire. Il faudra une autre civilisation, celle des Turcs seldjoukides, pour rejeter définitivement les forces impériales d’Anatolie orientale et centrale.

L'Empire byzantin en 717

Dans son Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, l’historien des Lumières Edward Gibbon dépeint l’empire byzantin de cette époque comme perverti et décadent [1]. Cependant, un autre regard est maintenant porté par les médiévistes et les byzantinologistes et révèle une superpuissance militaire au haut Moyen Âge. Les universitaires mettent en exergue la cavalerie lourde impériale (les cataphractaires), ses dotations (bien qu’inconstantes) en paysans-guerriers bons à tout faire formant la base de recrutement de la cavalerie, son extraordinaire système de défense interne (les thémes), et son utilisation de ruses diplomatiques pour faire combattre ses ennemis les uns contre les autres. D’autres facteurs peuvent aussi être ajoutés : un système de renseignement très efficace de l’Empire, des communications et un système logistique basé sur les trains de mules, une marine incomparable (bien que souvent sous-dotée) et des doctrines et stratégies militaires rationnelles qui préconisent l’utilisation de la surprise, de la dissimulation, des manœuvres rapides, et du rassemblement de forces écrasantes au lieu et à l’heure voulue par le commandant.

Période mésobyzantine

La période mésobyzantine s’étend du début du VIIIe siècle jusqu’au sac de Constantinople de 1204 par les croisés lors de la Quatrième croisade. Cette période voit une succession de reculs et d’expansion de l’Empire sous le règne des trois dynasties majeures que sont la dynastie amorienne, la dynastie macédonienne et les Comnènes. Durant cette période seuls les hellénophones (Grecs), les latinophones des Balkans (Aroumains dits Valaques) et les arménophones d'Asie Mineure orientale (Arméniens) se considèrent encore comme des Romains (en grec Ρωμαίoί).

Période iconoclaste (726-843)

Le VIIIe siècle est dominé par la controverse et la division religieuse de l’iconoclasme. Les échecs imposés par les arabes aux armées impériales étaient interprétés comme autant de manifestations de la colère divine. Les byzantins s'interrogeaient sur les raisons du courroux divin. Les hérésies avaient pourtant été réduites, quelles étaient donc les pratiques religieuses irritant le Ciel? Léon III avait observé que le culte des icônes prenait des formes extrêmes (leur poussière guérit, elles sont données pour parrains..); en condamnant ce culte et ses excès, l'empereur espérait apaiser la fureur divine. Les icônes avaient pourtant toujours fait partie de la spiritualité orthodoxe. Les icônes sont bannies par l’empereur Léon III en 730. C'est le début du premier iconoclasme (730-787) dont l'histoire nous reste fort mal connue tant les sources qui s'y rapportent sont issues des "iconodoules" (partisan des images). Au reste les réactions sont plutôt modérées : le patriarche germain démissionne et se retire dans un monastère sans être inquiété; le pape Grégoire II proteste. En 740 Léon III remporte la nette victoire d'Akroinon sur les arabes, ce qui renforça le crédit de l'iconoclasme. Celui-ci prit, sous son fils Constantin V, une forme plus radicale, s'appuyant sur ses victoires contre les Bulgares et les Arabes. Constantin V s'attaque aux milieux monastiques, réputés favorables aux images. La contestation s'étend à travers tout l’Empire. Après les efforts de l’impératrice Irène, le deuxième concile de Nicée a lieu en 787 et affirme que les icônes peuvent être vénérées mais ne peuvent faire l’objet d’un culte. Irène tente aussi une alliance par mariage avec Charlemagne. En théorie, cette alliance aurait pour effet de réunir les deux empires « romains » et de créer une superpuissance européenne comparable en puissance à l’ancienne Rome. En pratique, les deux empires sont si différents qu’il est difficile d’imaginer qu’une telle union puisse avoir lieu. De toute façon, ces plans sont abandonnés quand Irène est déposée cinq ans plus tard.

La controverse iconoclaste revient au début du IXe siècle, elle est définitivement résolue par l’impératrice Théodora, qui restaure les icônes. Ces controverses contribuent à la désagrégation des relations avec l’Église catholique romaine et l’Empire romain germanique, tous deux continuant d’accroître leur puissance et leur indépendance.

L’âge d’or (843-1025)

Article détaillé : Renaissance macédonienne.

L’empire byzantin atteint le faîte de sa puissance sous les empereurs de la dynastie macédonienne à la fin du IXe, durant le Xe et au début du XIe siècle. Durant ces années, l’Empire donne le change contre les pressions exercées par l’Église romaine qui voulait la destitution du patriarche Photios et gagne le contrôle de la mer Adriatique, de l’Italie méridionale, et de toute la Bulgarie telle qu’elle était sous le tsar Samuel. Les villes de l’Empire s’agrandissent et la prospérité se propage à travers toutes les provinces grâce à la sécurité retrouvée de l’empire. La population augmente, stimulant la demande de biens et encourageant le commerce. Culturellement, c’est une période productive de l’empire byzantin, marquée par une progression considérable de l’éducation et de l’instruction. Les anciens textes sont préservés et recopiés, l’art de la dynastie macédonienne est florissant et de superbes mosaïques décorent les intérieurs des nouvelles églises qui sont construites à travers l’Empire à cette période.

Un manuscrit byzantin représentant Basile II

Les empereurs-guerriers Nicéphore II Phocas (règne de 963 à 969) et Jean Ier Tzimiskès (969-976) étendent l’Empire en conquérant des terres en Syrie, défaisant les emirs du nord-ouest de l’Irak et reconquérant la Crète et Chypre. À un moment donné sous le règne de Jean Ier, les armées impériales menacent même Jérusalem, loin au sud. L’émirat d’Alep et ses voisins deviennent des vassaux de l’Empire, les ennemis les plus dangereux à l’Est restant les Fatimides établis en Égypte. Sous l’empereur Basile II (976-1025), les Bulgares, qui ont pris une grande partie des Balkans aux Byzantins depuis leur arrivée trois cents ans auparavant, deviennent la cible de campagnes annuelles de l’armée byzantine. la guerre dure près de 20 ans, mais finalement les Bulgares subissent une défaite totale à la bataille de Kleidion. L’armée bulgare est capturée et il est dit que 99 de toutes les centaines d’hommes ont les deux yeux crevés, le centième homme restant n’en ayant qu’un seul crevé afin de guider ses compagnons. Quand le tsar Samuel vit ce qu’il reste de son armée, il en meurt d’apoplexie. En 1014, la Bulgarie se rend et devient une partie de l’Empire. Cette victoire éclatante restaure l’Empire jusqu’à la frontière danubienne, qui n’était plus tenue depuis les jours d’Héraclius. L’Empire gagne aussi un nouveau allié (parfois aussi un ennemi) dans le nouvel État varègue de Kiev, duquel les empereurs reçoivent d’importantes forces mercenaires, la Garde varangienne, en échange d’Anna, la sœur de Basile II, en tant que femme du prince varègue Vladimir. Basile II marie aussi d’autres de ses proches aux dirigeants de l’Empire romain germanique.

L'Empire byzantin en 1025

L’empire byzantin s’étend alors des actuels Azerbaïdjan et Arménie à l’est jusqu’en Calabre à l’ouest. Beaucoup des actions entreprises par l’Empire sont courronnées de succès, comme par exemple la conquête de la Bulgarie, l’annexion de l’Arménie ou encore l’annihilation totale d’une force d’invasion égyptienne devant Antioche. Mais ces victoires ne sont pas suffisantes pour Basile II qui considère l’occupation arabe de la Sicile — perdue vers 902 — comme un outrage. Il planifie donc la reconquête de l’île, qui avait appartenu aux Byzantins pendant plus de troix siècles (de 550 à 900 environ). Cependant, sa mort en 1025 met un terme au projet. Le règne de Basile est le point culminant de trois siècles d’une lutte désespérée qui a vu l’empire byzantin se battre pour sa survie, atteignant le fond du gouffre avec deux sièges de Constantinople en 674-678 et 717-718. L’Empire s’est reconstruit, et, en 1025, Byzance est de nouveau la plus grande puissance du pourtour méditerranéen. La puissance supposée de l’armée byzantine est alors si formidable, que des menaces seules de troupes marchant vers l’Est sont suffisantes pour faire rentrer dans le rang des gouverneurs et chefs locaux récalcitrants.

Le XIe siècle connaît aussi plusieurs événements d’importance sur la plan religieux. En 1054, les relations entre Églises orientale grecque et occidentale latine se finissent en une crise. Bien que la séparation des Églises soit déjà institutionalisée, le 16 juillet, quand trois légats papaux entrent dans Sainte-Sophie pendant la messe et placent une bulle d’excommunication sur l’autel, c’est le point de départ du schisme de 1054 et séparation graduelle des Églises. Le schisme est prétendument provoqué par le refus de l’Église orientale d’accepter la doctrine occidentale que l’Esprit Saint est venu du Père et du Fils (Filioque), et pas seulement du Père, mais, en réalité, il y a de nombreux intérêts politiques impliqués dans la séparation des Églises chrétiennes. Depuis lors, cette séparation reste effective. Elle sera aussi néfaste pour l’Empire dans les siècles qui suivront le schisme.

Crise et anarchie (1025-1081)

Cependant, comme Rome avant elle, Byzance sombre bientôt dans une période difficile pour elle, causée en grand partie par l’essor de l’aristocratie qui dénatura le système des thèmes. La succession de faibles dirigeants qui prennent la suite de Basile II débande les grandes armées garantes de la protection des provinces orientales ; l’or est plutôt accumulé à Constantinople, ostensiblement montré afin d’attirer des mercenaires. En fait, la plupart de l’argent est gaspillé en cadeaux pour les favoris de l’empereur, en banquets extravagants pour la cour, ou en produits de luxe pour la famille impériale.

Pendant ce temps, les restes de l’armée, jadis formidable, tombent en décrépitude jusqu’au point où ils ne sont plus capables de fonctionner comme une armée. Des vieillards sous-équipés se mélangent à des nouvelles recrues qui n’ont jamais participé à un exercice d’entraînement. Face à ses vieux ennemis, l’Empire romain germanique et le califat abbasside, l’Empire romain d’Orient aurait pu recouvrer sa puissance, mais de nouveaux ennemis apparaissent et ces derniers n’ont aucune raison de respecter sa réputation.

En 1040, les Normands, originellement des mercenaires sans terres du nord de l’Europe vivant du butin de leurs rapines et pillages, commencent à attaquer les forteresses byzantines en Italie méridionale. Pour les contrer, une force composée de mercenaires et de conscrits sous le commandement de Georges Maniakès est envoyée en Italie en 1042. Maniakès et son armée ravagent la terre, ne laissant que ruines et destruction sur leur passage. Ceux qui s’opposent à son avance sont torturés à mort, beaucoup sont enterrés vivants. Cependant, avant qu’il ne puisse finir sa campagne d’annihilation, le général est rappelé à Constantinople à cause d’intrigues à la cour. Saisi d’une rage meurtrière par les outrages faits à sa femme et à ses biens par un de ses rivaux, il est proclamé empereur par ses troupes et les conduit de l’autre côté de l’Adriatique à la victoire sur des troupes loyalistes. Cependant, il meurt d’une grave blessure peu après. Avec une absence d’opposition dans les Balkans, les Normands peuvent finir d’expulser les Byzantins d’Italie en 1071.

C’est cependant en Asie Mineure que le plus grand désastre aura lieu. Les Turcs seldjoukides, qui sont principalement intéressés par les possessions égyptiennes des Fatimides, mènent une série de raids sur l’Arménie et l’Anatolie, qui étaient les terres de prédilection de l’Empire pour le recrutement de ses armées. ’Avec des armées impériales affaiblies par des années de dotations financières insuffisantes et de guerres intestines, l’empereur Romain IV Diogène réalise que le temps de la réforme et de la restructuration de l’armée est venu. Il tente donc de mener une campagne défensive dans l’Est jusqu’à ce que ses forces aient pu assez se rétablir pour battre les Seldjoukides. Cependant, à cause d’une trahison avant la bataille, il essuye une défaite surprise face à Alp Arslan à la bataille de Manzikert en 1071. Romain IV est capturé et, bien que les termes de la paix avec le sultan ne soient pas excessifs, les conséquences de la bataille se révèlèrent catastrophiques pour l’empire.

À sa libération, Romain a trouvé ses rivaux conspirant contre lui et ayant placé leurs propres candidats sur le trône impérial pendant son absence. Après deux défaites sur le champ de bataille, Romain se rend et est cruellement torturé à mort. Le nouveau souverain Michel VII Doukas refuse d’honorer le traité que Romain a signé avec les Turcs. En réponse, ces derniers commencent à se déplacer dans l’Anatolie en 1073, ne rencontrant aucune opposition du système défensif byzantin complètement délabré. Pour rendre les choses plus difficiles encore, le chaos règne pendant que les ressources restantes de l’Empire sont gaspillées dans une série de guerres civiles désastreuses. Des milliers de tribus turcomanes franchissent la frontière non gardée et se déplacent en Anatolie. En 1080, près de 80 000 km² de terres sont perdues pour l’Empire. La portée de ces événements ne doit pas être sous-estimée. En effet, en moins d’une décennie, l’Empire a perdu la moitié de sa main-d’œuvre et la plupart de ses approvisionnements en grain. Ainsi la bataille de Manzikert est le plus rude coup porté à l’empire byzantin au cours de ses 700 ans d’existence.

Sous les Comnène (1081-1203)

Alexis Ier Comnène

L'Empire byzantin en 1081

Après Manzikert, un redressement partiel de l’Empire est opéré grâce aux efforts de la dynastie Comnène. Le premier empereur de cette lignée royale est Alexis Ier Comnène (dont la vie et les actions nous sont rapportées par sa fille Anne Comnène dans son Alexiade). Le long règne de près de 37 ans d’Alexis est marqué par des luttes acharnées. À son avènenement en 1081, l’empire byzantin est plongé dans le chaos et émerge d’une période de guerre civile prolongée résultant de la défaite de Manzikert.

Au début de son règne, Alexis Ier doit faire face à la redoutable attaque des Normands de Robert Guiscard et de son fils Bohémond de Tarente qui prennent Dyrrhachium et Corfou et mettent le siège devant Larissa (Thessalie). Alexis mène ses troupes en personne contre les Normands, mais malgré ses efforts son armée est détruite sur le champ de bataille. Alexis lui-même est blessé dans la bataille, et, pour un temps, il semble que l’Empire soit sur le point de connaître sa dernière heure. Cependant, en ce moment de crise suprême, le destin devient un peu plus clément pour l’infortuné Alexis, et le danger normand est écarté pour toujours avec la mort de Robert Guiscard en 1085. L'aide militaire apportée par la jeune république de Venise alors en pleine expansion est d'un précieux secours pour l'Empire contre les Normands.

Cependant, les épreuves et les tribulations d’Alexis ne font que commencer. Au moment même où l’empereur a un besoin urgent de soulever autant d’argent que possible de son empire en morceaux, le système de taxes et l’économie sont dans un désarroi complet. L’inflation est hors de contrôle, la monnaie fortement dévaluée, le système fiscal en proie à la confusion (il y a alors six nomismata en circulation), et le Trésor impérial vide. En désespoir de cause, Alexis est forcé de financer ses campagnes contre les Normands en usant des richesses de l’Église orthodoxe qui ont été mises à sa disposition par le patriarche. Il doit également ouvrir les marchés de l'empire aux commerçants des villes italiennes en compensation de l'aide qu'elle lui apportent contre les Normands; ainsi Venise obtient-elle, par le chrysobulle de 1082, le droit de négocier en franchise dans les principaux ports de Syrie, d'Asie Mineure, des îles greques, de grèce, d'Epire, de macédoine, de Thrace et de Constantinople elle-même. Si à court terme l'assistance militaire apportée par les navires vénitiens protège l'Empire sur son flanc ouest, à long terme les privilèges accordés aux marchands de la Sérénissime placeront l'Empire sous leur domination économique.

En 1087, la position d’Alexis est au plus mal quand lui parvient la nouvelle d’une nouvelle invasion. Cette fois, les envahisseurs sont une horde de 80 000 Petchenègues venus du nord du Danube et se dirigeant vers Constantinople. Sans assez de troupes pour repousser cette nouvelle menace, Alexis emploie une diplomatie adroite pour vaincre ses ennemis. Après avoir soudoyé les Coumans, un autre peuple turcophone, pour les faire venir à son aide, il s’avance contre les Petchenègues, qui, pris par surprise, sont annihilés à la bataille de la colline de Lebounion le 29 avril 1091

Avec la stabilité enfin rétablie à l’ouest, Alexis a maintenant une chance de résoudre les difficultés économiques et de reconstruire les défenses traditionnelles de l’Empire. Pour reconstituer l’armée, Alexis commence à constituer une nouvelle forme basée sur des concessions de terres selon la manière féodale (proniai) et prépare une campagne contre les Seldjoukides qui ont conquis l’Asie Mineure et se sont établis à Nicée.

Cependant, il n’a toujours pas assez de puissance pour recouvrer les territoires perdus en Asie Mineure, il trouve donc une nouvelle fois une solution intelligente à sa situation fâcheuse. Ayant été impressionné par les prouesses de la cavalerie normande à Dyrrachium, il envoie ses ambassadeurs à l’ouest pour demander des renforts en Europe. Les ambassadeurs effectuent leur mission avec succès — au concile de Plaisance en 1095, le pape Urbain II est ému par l’appel à l’aide d’Alexis qui parle des souffrances des chrétiens à l’Est et sous-entend une possible union des Églises occidentales et orientales. Le pape Urbain veut aussi trouver un exutoire aux velléités belliqueuses de la noblesse occidentale et cherche à canaliser cette énergie pour le bénéfice de l’Église. L’appel d’Alexis offre non seulement le moyen d’accomplir ce but, mais aussi de pouvoir consolider l’autorité du pape sur la chrétienté en unifiant toutes les nations chrétiennes sous une même bannière.

La Première croisade

La capture de Jérusalem par les croisés

Le 27 novembre 1095, le pape réunit le concile de Clermont. Là, il enjoint la foule des milliers de personnes qui étaient venus écouter ses paroles de prendre les armes sous la bannière de la Croix et lance une guerre sainte pour reprendre Jérusalem aux musulmans « infidèles ». Attirés par la promesse du salut de la damnation éternelle à tous ceux qui prendraient part à cette grande entreprise, beaucoup promettent d’obéir aux commandements du pape et bientôt la volonté de se croiser se répand à travers toute l’Europe.

L’aide qu’Alexis s’attend à accueillir de l’Ouest sont des troupes de mercenaires et non l’immense ost qui arrive bientôt, à son grand embarras et à sa consternation. Le premier groupe, sous la direction de Pierre l’Ermite, est envoyé en Asie Mineure avec pour ordre de rester près de la côte et d’attendre des renforts. Cependant, les croisés indisciplinés refusent d’écouter et commencent à piller les habitants locaux qui sont tous chrétiens. Alors qu’ils marchent sur Nicée, en 1096, ils sont attaqués par les Turcs et massacrés presque jusqu’au dernier.

Le second et bien plus important ost était menée par Godefroy de Bouillon ; Alexis l’envoya aussi sur le rive asiatique avec de l’approvisionnement et du ravitaillement en retour d’un serment d’hommage. Avec les victoires de cette troupe, Alexis peut récupérer pour l’Empire un nombre important de villes et d’îles — la reconquête commence par le siège de Nicée, puis Chios, Rhodes, Smyrne, Éphèse, Philadelphie, Sardes, et, en fait, la plupart de l’Asie Mineure est reprise de 1097 à 1099. Selon sa fille Anne Comnène, ceci est à mettre au crédit de sa finesse politique et diplomatique, mais ses bonnes relations avec les croisés n’y sont pas pour rien. Les croisés pensent que leurs serments sont caducs quand Alexis ne les aide pas lors du siège d’Antioche (il a en fait demi-tour sur la route d’Antioche, persuadé par Étienne de Blois que tout était perdu et que l’expédition était un échec). Bohémond, que se fait lui-même prince d’Antioche, entre brièvement en guerre contre Alexis, mais accepte de devenir son vassal en 1108 par le traité de Déabolis.

Redressement partiel de l’Empire par Alexis Comnène

Malgré ses nombreux succès, durant les vingt dernières années de sa vie, Alexis perd beaucoup de sa popularité. C’est largement dû aux mesures drastiques qu’il est forcé de prendre pour sauver un empire en guerre presque continuelle. La conscription est introduite, causant du ressentiment parmi la paysanerie, malgré le besoin pressant de nouvelles recrues pour l’armée impériale. Pour restaurer le Trésor impérial, Alexis taxe lourdement l’aristocratie ; il annule aussi beaucoup des exemptions de taxes accordées précédemment à l’Église. Pour s’assurer que toutes les taxes sont payées en totalité, et pour mettre fin à un cycle de déterioration de l’économie et d’inflation, il réforme complètement la monnaie byzantine, en émettant pour se faire une nouvelle pièce d’or hyperpyron (hautement raffinée). En 1109, il est parvenu à remettre de l’ordre en établissant un taux de change convenable pour toute la monnaie. Son nouvel hyperpyron sera la monnaie byzantine standard pour les deux cents années à venir.

La fin du règne d’Alexis est marqué par la persécution des adeptes des hérésies paulicienne et bogomile — un de ses derniers actes sera d’envoyer au bûcher le chef bogomil Basile le Guérisseur, avec qui il avait engagé une controverse d'ordre théologique. À cause du trouble créé par de nouveaux affrontements avec les Turcs (1110-1117), la succession d’Alexis est marquée par des intrigues à la Cour impériale, sa femme Irène favorisant le mari de sa fille Anne, Nicéphore Bryenne (pour qui d'ailleurs, le titre de panhypersebastos (« honoré au-dessus de tous ») est créé) au détriment de son fils ainé Jean, héritier présomptif. Cette intrigue perturba même ses dernières heures. Néanmoins, les efforts héroiques d’Alexis pour sauver l’Empire d’une complète annihilation et les réformes menées étaient absolument et urgemment nécessaires, malgré leur impopularité. Alexis Ier Comnène a été un empereur brave et déterminé, et il faut porter à son crédit d’avoir rendu possible la restauration de l’Empire qui se déroulera sous le règne de ses successeurs.

Restauration de l’Empire par Jean II

Jean II Comnène représenté sur un panneau de mosaïque de Sainte-Sophie

Jean II Comnène succède à son père Alexis en 1118, et règne jusqu’en 1143. À cause de son règne paisible et juste, Gibbon le compare à Marc-Aurèle [2]. La mansuétude et l’absence de cruauté de Jean sont inhabituelles et, malgré son long règne, il ne fera tuer ou enucléer personne. Il est aimé de ses sujets qui le nomment « Jean le Bon ». Il est aussi un empereur-guerrier énergique, passant la plupart de son temps en campagne et supervisant personnellement des sièges.[3]

Un bref regard à la vie de Jean II donne une indication des difficultés que Byzance doit surmonter à cette époque : les ennemis attaquent l’Empire de tous côtés. Une invasion de cavaliers nomades venant du nord menacent le contrôle qu’exercent les Byzantins sur les Balkans. Les Turcs harcèlent les possessions byzantines en Asie Mineure. Cependant, c’est un âge où les actions et la volonté personnelle de l’empereur font la différence. En vrai Comnène, Jean est à la fois engagé et déterminé. Sa défense intelligente force les cavaliers nomades à arrêter leurs ravages et à se battre et, à la bataille de Beroia, ils sont écrasés avec l’aide de la garde varangienne. La frontière du Danube est ainsi sécurisée.[3]

Jean peut ensuite se concentrer sur l’Asie Mineure, qui devient le principale objet de son attention pour la plupart de son règne. Les Turcs se pressaient en masse à la frontière byzantine en Asie Mineure occidentale, et Jean est déterminé à les repousser. Grâce à une campagne énergique, l’expansion des Turcs est stoppée et Jean peut porter le combat chez l’ennemi. Afin de restaurer l’autorité byzantine sur la région, Jean lance une série de campagnes bien préparées contre les Turcs. Ces campagnes sont un succès, la demeure ancestrale des Comnène est même reprise à Kastamonu. Jean gagne rapidement une réputation d’excellent combattant, prenant les forteresses des ses ennemis les unes après les autres. Des régions qui ont été perdues par l’Empire après la bataille de Manzikert sont ramenées sous la tutelle impériale et pourvues en troupes. La résistance à cette réoccupation byzantine est forte — particulièrment de la part des Danichmendides — et la nature difficile du maintien des nouvelles conquêtes est illustré par le fait que Kastramonu est recapturé par les Turcs alors même que Jean célébrait à Constantinople son retour sous l’autorité byzantine. Jean persévère, cependant, et Kastramonu change de mains une nouvelle fois. Jean avance son armée en Anatolie orientale, provoquant l’attaque des Turcs. Les forces de Jean sont capables de garder leur cohésion, et la tentative turque d’infliger un second Manzikert à l’armée de l’empereur échoue. Le Sultan, discrédité par son échec, est tué par son propre peuple.[3]

Jean, comme Basile II avant lui, mène ses campagnes lentement mais sûrement. Ses armées gagnent du terrain prudemment, s’exposant rarement à des risques excessifs, mais avançant néanmoins inexorablement. Cependant, les Turcs tiennent bon et ne subiront jamais de défaite décisive dans leurs différents engagements avec l’Empire. Ils savent pertinemment qu’il est difficile pour l’empereur de rester sur un front de guerre de manière prolongée, alors que des événements requièrent son attention ailleurs.[3]

Jean consolide ses conquêtes et les possessions byzantines en Asie Mineure par la construction d’une série de forts. L’historien Paul Magdalino explique ce processus dans son livre The empire of Manuel I Komnenos en le replaçant dans le contexte de la restauration comnénienne ; il met l’accent sur le fait qu’alors qu’Alexis avait essentiellement fortifié la côte, son fils étend le contrôle byzantin vers l’intérieur des terres en fortifiant des villes comme Lopadion, Achyraous ou Laodicea, qui gardaient l’accès aux vallées et aux côtes d’Asie Mineure. L’ordre retrouvé de ces régions sous le règne de Jean permet à l’agriculture de connaître une nouvelle prospérité et ces régions redeviennent l’important centre de production qu’elles avaient été près avoir été ravagées par des années de guerre. [4]

Vers la fin de son règne, Jean essaye de reprendre Antioche. Sur la route, il prend la côte sud-est de l’Asie Mineure et la Cilicie. Il avance ensuite sur la Syrie à la tête de son armée de vétérans, aguerris par une vie de campagne et de combats presque ininterrompus. Bien que Jean se batte pour la cause chrétienne dans cette campagne de Syrie, un fameux incident a lieu avec ses alliés, le prince d’Antioche Raymond de Poitiers et le conte d’Édesse Josselin II de Courtenay. Raymond et Josselin jouent aux dés pendant que Jean met le siège devant une ville ennemie. Ces princes francs entretenaient une certaine suspicion l’un envers l’autre et envers l’empereur byzantin et aucun ne veut voir l’autre gagner quoi ce soit d’une participation à la campagne de Jean. Raymond veut aussi conserver Antioche qu’il a promis de rendre si la campagne est un succès [5]. En définitive, Raymond et Josselin conspirent pour maintenir Antioche hors de portée de Jean. Alors que ce dernier se prépare pour un pèlerinage à Jérusalem avant de poursuivre ses campagnes, il se blesse accidentellement avec une flèche empoisonnée pendant une chasse. Le poison fait son œuvre et Jean en meurt peu de temps après. [6]

L’historien J. Birkenmeier a récemment soutenu que le règne de Jean a été le plus avantageux de la période comnénienne. Dans The development of the Komnenian army, 1081-1180 il met en exergue la sagesse de Jean dans l’approche des choses militaires, qui se focalisait sur la tenue de sièges plutôt que sur des batailles ponctuelles risquées. Birkenmeier soutient que la stratégie de Jean de lancer des campagnes annuelles avec des objectifs limités mais réalistes est bien plus avisée que celle de Manuel Ier. Selon ce point de vue, les campagnes de Jean II bénéficient à l’Empire car elles protégent son cœur tout en l’étendant régulièrement en Asie Mineure. Les Turcs sont contraints à être sur la défensive, dans le même temps, Jean garde sa situation diplomatique relativement simple en s’alliant avec l’empereur d’Occident contre les Normands de Sicile.

De manière générale, Jean II Comnène laisse l’Empire en meilleur état que quand il l’a reçu en succession. Beaucoup de territoires ont été recouvrés et ses succès contre les envahisseurs pétchenègues, serbes et turcs seldjoukides, ainsi que ses tentatives pour établir la suzeraineté byzantine sur les états croisés d’Antioche et Édesse y sont pour beaucoup dans la restauration de la réputation de son empire. Son approche méthodique et prudente des choses militaires ont protégé l’empire d’une défaite soudaine tandis que sa détermination et sa compétence lui ont permis d’aligner les réussites dans ses sièges et assauts contre les forteresses ennemies. À sa mort, il a gagné un respect presque universel, même des Croisés, pour son courage, son dévouement et sa piété. Sa mort précoce fait de son œuvre quelque chose d’inachevé — sa dernière campagne aurait pu résulter dans des gains réel et substantiels pour Byzance et la cause chrétienne.[5]

Manuel Ier Comnène

L'Empire byzantin en 1180

L’héritier choisi par Jean est son quatrième fils, Manuel Ier Comnène. Selon Nicetas Choniates, un historien de Byzance, Manuel est préféré à son frère plus âgé grâce à sa capacité à écouter les conseils. Manuel est connu pour sa personnalité charismatique et allègre ; il est connu pour son goût de toutes les choses venant d’Occident. Manuel organise des joutes, y participe même, ce qui est plutôt inhabituel pour les Byzantins. Manuel est généralement considéré comme le plus brilliant des quatre empereurs de la dynastie Comnène ; et fait inhabituel pour un empereur byzantin, sa réputation est particulièrement bonne en Occident et dans les états latins d’Orient, notamment après sa mort. L’historien latin Guillaume de Tyr fait ses éloges et Robert de Clari le décrit « un homme généreux et plein de sagesse ». [6]

Manuel se consacre à la restauration de la gloire de l’Empire et de son statut de puissance incontournable en Méditerranée. La politique extérieure de Manuel est à la fois ambitieuse et expansive, touchant tous les acteurs du monde méditerranéen. Il établit plusieurs alliances, avec le pape et les royaumes chrétiens occidentaux, et parvient à gérer le passage potentiellement dangereux de la Seconde croisade à travers son empire et fait des états croisés d’Outremer des protectorats byzantins. [4]

L’Empire latin de Constantinople (1204-1261)

Situation après la quatrième croisade, en 1204
Situation en 1230

Le lent déclin (1261-1453)

Chronologie

IVe siècle

Ve siècle

Théodoric, roi des Ostrogoths, marche sur Constantinople. Zénon lui attribue alors le titre de « maître des milices » et l’envoie conquérir l’Italie tenue par Odoacre pour la gouverner au nom de l’Empire.

  • 479 : Nouvelle révolte organisée contre l'empereur Zénon. Elle est organisée par deux frères de l'ex-impératrice Vérine, Romulus et Procope et un de ses gendres Marcien. La révolte échoue grâce à l'intervention du général isaurien Illus.
  • 483 : 11 mai : Naissance de Justinien Ier, empereur byzantin.
  • 484 : Premier schisme entre les églises d’Orient et d’Occident jusqu’en 519
  • 488: Zénon est rétabli sur le trône d'Orient.

Zénon met fin aux troubles qui ont marqué son règne en payant le roi ostrogoth, Théodoric le Grand pour qu'il quitte l'Empire d'Orient et chasse Odoacre d'Italie.

  • 491 : 9 avril : mort de Zénon, empereur byzantin. Anastase Ier, un haut fonctionnaire épouse sa veuve Ariane, fille de Léon Ier et de Vérine et lui succède.

Les Isauriens entrent en révolte contre Anastase Ier qui a mis fin à leur influence, prépondérante sous Zénon, lui-même isaurien, à Constantinople. Ils sont écrasés à la bataille de Cotiæum.

  • 496 : L'empereur d'Orient Anastase fait déposer le patriarche de Constantinople chalcédonien Euphemios.
  • 497 : Anastase envoie l'insigne impérial de l'Ouest à Théodoric le Grand, le reconnaissant comme son représentant en Occident.
  • 498 : La menace isaurienne sur l'empire d'Orient est éliminée.

Les forteresses montagnardes des Isauriens sont pacifiées dans le Sud de l'Asie Mineure.

VIe siècle

VIIe siècle

VIIIe siècle

IXe siècle

Xe siècle

XIe siècle

XIIe siècle

XIIIe, XIVe siècles, éclatement et agonie de l’Empire romain

L'héritage de Byzance

L'Empire romain d'Orient a contribué à sédentariser et à christianiser les peuples slaves venus de l'est de l'Europe. Byzance a ainsi eu, pour les actuels pays d'Europe de l'Est, autant d'influence que Rome sur ceux d'Europe occidentale. Les Byzantins ont en effet donné à ces peuples un alphabet cyrillique adapté à leurs langues, un modèle politique qui permettra à certains d'entre eux (Russie) de rivaliser avec Byzance elle-même, et une église qui est encore la leur aujourd'hui.

Ce sont également les Byzantins qui nous ont transmis, en lui faisant traverser les âges obscurs qui ont suivi la chute de l'empire d'occident, l'héritage le plus universel de l'empire romain, à savoir la codification du droit, grace au corpus juris civilis ou code de Justinien. Ce sont encore eux qui ont perpétué l'usage du grec et sauvegardé les anciennes bibliothèques recélant les trésors du savoir antique.

Les Arabes et les Turcs ont été fortement influencés sur les plans technique, intellectuel, architectural, musical et culinaire. Bien des formes architecturales, de technologies d'adduction d'eau, de savoirs médicaux, de musiques ou de plats que nous croyons inventés par les arabes ou les turcs sont en fait hérités de l'Empire romain d'Orient, via la Grande Bibliothèque d'Alexandrie, et les travaux sur la philosophie aristotélicienne par des lettrés tels Averroes ou Maïmonide. L'Empire ottoman, bien que gouverné par des Turcs musulmans, fut la continuation de cet Empire romain d'Orient sur le plan de la civilisation: les principales villes turques ont d'ailleurs gardé leurs noms d'origine: Ankara = Ancyre, Izmir = Smyrne, Iznik = Nicée, Ismit = Nicomédie, Foça = Phocée, Sivas = Sébastée, Trabzon = Trébizonde, Kayseri = Césarée, Konya = Icônion, Tarsus = Tarse, Iskernderun = Alexandrette, Antakya = Antioche...

Les confréries initiatiques de l'Empire romain d'Orient (pythagoriciens, gnostiques...) ont transmis leurs mystères d'une part aux halévis et aux soufis turcs, d'autre part aux templiers occidentaux, tandis que les bâtisseurs de basiliques transmettaient les leurs aux architectes italiens tels Brunelleschi.

En Italie, les réfugiés byzantins tels Ioannis Bessarion ou Ioannis Lascaris, transmettent à d'illustres disciples tels Marsile Ficin ou Pic de la Mirandole le savoir et la philosophie antiques, transmission qui suscita la Renaissance du XVe siècle au XVIIe siècle. Venise notamment regorge de trésors pris à l'Empire byzantin et son architecture est d'inspiration byzantine.

Les Egyptiens chrétiens (Coptes), les Ethiopiens, les Arméniens, bien que monophysites, se rattachent également à la tradition byzantine, de même que les Arabes orthodoxes de Syrie, du Liban et de Palestine. Les Roumains, les Bulgares, les Serbes, les Ukrainiens, les Biélorusses, les Russes et les Géorgiens ont choisi la forme orthodoxe du christianisme, qui les rattache également à Byzance; d'ailleurs, à la chute de Constantinople, Moscou s'est proclamée la Troisième Rome. Les familles impériales byzantines (Cantacuzènes, Paléologues,...) donnèrent des souverains aux Principautés roumaines, des généraux à la Russie, et un nombre conséquent de lettrés et de scientifiques à ces deux pays et à la France.

Les Grecs, eux aussi, affirment avoir continué la civilisation byzantine même sous la férule Ottomane, et cela dans Constantinople même où une université grecque et un séminaire du Patriarcat ont fonctionné jusqu'en 1924. Aujourd'hui, les derniers héritiers de l'Empire dans son ancienne capitale sont le patriarche de Constantinople et ses 3000 fidèles, les derniers Roumis (en turc moderne, ce terme désigne exclusivement les derniers orthodoxes hellénophones, citoyens turcs). Ce n'est qu'en 1936 que la poste turque cessa définitivement d'acheminer les lettres portant la mention "Constantinople".

Notes

  1. Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain [détail des éditions], chapitre LIII
  2. Edward Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain [détail des éditions], chapitre XLVIII
  3. a , b , c  et d Birkenmeier, J, The development of the Komnenian army, 1081-1180
  4. a  et b Magdalino, Paul, The empire of Manuel I Komnenos 1143-1180
  5. a  et b Oldenbourg, Zoe, The Crusades
  6. a  et b Harris, Jonathon, Byzantium and the Crusades

Voir aussi

Liens internes

Lien externe

  • L’Afrique byzantine par Jean-Claude Cheynet, Professeur d’histoire byzantine à l’université de Paris IV-Sorbonne.

Articles connexes

Bibliographie

  • Jean-Claude Cheynet (dir.), Le monde byzantin. Tome II : L'Empire byzantin (641-1204), Paris, PUF, "Nouvelle Clio", 2006 (ouvrage de référence qui tient compte des recherches les plus récentes).
  • Collectif : Byzance, Sélection du Readers’s Digest, collection « Les Grandes Civilisations ».
  • Charles Diehl, Histoire de l'Empire byzantin (1919), Paris, Editions du Trident, 2007.
  • Alain Ducellier, Les Byzantins (1963), Paris, Le Seuil, collection « Points histoire ».
  • Alain Ducellier (dir.), Byzance et le monde orthodoxe, Paris, Armand Colin, "U", 2e édition, 1996.
  • Paul Lemerle [1902-1989], Histoire de Byzance, Paris, PUF, collection « Que sais-je ? », 1956.
  • Louis Bréhier, Vie et mort de Byzance [pdf] version numérisée de l'ouvrage paru dans la Collection l’Évolution de l’Humanité, Éd. Albin Michel, 1946 et 1969, Paris, 596 pages.
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans Ed. Christian, Paris (1992) (ISBN 2-86486-054-0).
  • Cécile Morrisson (dir.), Laurent Albaret, Jean-Claude Cheynet, Constantin Zuckerman, Le Monde byzantin, tome 1: L’empire romain d’Orient (330-641), Coll. Nouvelle Clio, PUF, Paris, 2004
  • Jean-Claude Cheynet (dir), Laurent Albaret, Angeliki Laiou, Cécile Morrisson, Constantin Zuckerman, Le Monde byzantin, tome 2: Le Moyen Âge byzantin (641-1204), Coll. Nouvelle Clio, PUF, Paris, 2007
  • Angeliki Laiou (dir), Laurent Albaret, Jean-Claude Cheynet, Cécile Morrisson, Constantin Zuckerman, Le Monde byzantin, tome 3: Le déclin de l'Empire (1204-1453), Coll. Nouvelle Clio, PUF, Paris, attendu pour 2009
  • Marie-france Auzépy , " L'iconoclasme" , Paris, PUF, collection "Que sais-je ?",n°3769, 2006.
  • Jacques Heers , Chute et mort de Constantinople - 1204-1453 , Éditions Perrin
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