Habitant


Habitant

Gentilé

Le gentilé ou l’ethnonyme sont les termes par lesquels on désigne les habitants d’un lieu, d’une région, d’une province, d’un pays, d’un continent, ou une identité nationale ou ethnique, etc.

C’est un gentilé si ce terme désigne les habitants par référence au lieu où ils habitent, ce qui est le cas des peuples sédentaires. Exemples : les Français, les Parisiens, etc. C’est un ethnonyme ou un ethnique, dans le cas des populations nomades ou migrantes, dans la mesure où — faute de pouvoir les associer à un lieu géographique significatif — le terme fait alors référence à l’origine ethnique. Exemple : les Roms (encore dits Rroms ou Tsiganes).

Un gentilé est donc synonyme de nom d’habitants, et un ethnonyme est synonyme de nom de peuple.

Le terme ethnique s’emploie aussi pour un gentilé ou un ethnonyme. C’est un adjectif utilisé dans : « nom ethnique », « adjectif ethnique » ou « appellation ethnique » (chez André Rolland de Denus).

Sommaire

Historique

Le terme gentilé est attesté en français dès 1752 et vient du latin gentile nomen, qui correspond au nom de famille chez les Romains (par exemple, « Julius » dans « Caius Julius Caesar », nom latin de Jules César). L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers de Diderot indique, en 1757 : « GENTILÉ, s. m. […] Le gentilé d’un seul homme peut être de trois manières & de trois sortes de dénominations : le gentilé, par exemple, du peintre Jean Rothénamer est Allemand, Bavarois et Munichien ; Allemand signifie qu’il est d’Allemagne ; Bavarois, qu’il est du cercle de Bavière ; & Munichien [on dit Munichois aujourd’hui], qu’il est de Munich. » Le mot gentilé est inconnu du Trésor de la langue française informatisé (TLFi) mais bien documenté dans le Littré et les divers dictionnaires Robert.

Le terme gentilé a été recommandé par l’Office québécois de la langue française le 5 février 1982, comme équivalent de l’anglais name of inhabitants ou gentilic.

Usage des gentilés

Rappelons que selon les conventions typographiques du français :

  • Le nom d’habitant ou gentilé (qui est un substantif) prend une majuscule (« Les Français ont répandu le goût français »).
  • L’adjectif correspondant au gentilé prend la minuscule (« un béret basque », « un far breton »).
  • Lorsque le gentilé se doit à plus d’une origine nationale ou ethnique la règle de la majuscule pour le substantif et de la minuscule pour l’adjectif est conservée (« Une Franco-Espagnole qui s’adonnait à la cuisine italo-américaine »).
  • Le nom de langue (ou glottonyme) prend aussi la minuscule (« Né Breton, je parle le breton et je l’enseigne dans une école bretonne »).

Cela permet même de distinguer :

  1. « Un savant allemand » qui est un savant de nationalité allemande.
  2. « Un savant Allemand », c’est-à-dire un Allemand qui sait beaucoup de choses : dans ce cas on fait la liaison (c’est-à-dire que l’on prononce, mais légèrement, le t de l’adjectif savant).

L’adjectif est identique au gentilé à la majuscule près ; le cas suivant, où le gentilé diffère de l’adjectif non seulement par sa majuscule initiale, mais aussi par sa terminaison -esse propre aux substantifs féminins, est peut-être unique : « Les Suissesses ne portent que des montres suisses. »

Souvent on peut utiliser l’adjectif aussi bien que le gentilé : « Je suis français » est tout aussi correct que « Je suis Français. »

Ces règles peuvent différer selon les langues :

  1. L’anglais emploie la majuscule dans les trois cas.
  2. L’espagnol emploie la minuscule dans les trois cas (recommandations de l’Académie royale espagnole).

L’usage a pu, du reste, changer dans le temps et l’on peut observer des chassés-croisés entre le russe et le français à propos des majuscules[1].

Il arrive que le gentilé perde sa majuscule lorsqu’il finit par désigner simplement un type humain :

  • suisse (suisse d’église par exemple) parce que l’on recrutait souvent des gardes en Suisse autrefois ;
  • les lesbiennes sont les femmes homosexuelles et non plus les habitantes de Lesbos ;
  • sybarite fait référence aux habitants de l’antique Sybaris ;
  • en 1938 les Français se divisèrent en munichois partisans des accords de Munich et anti-munichois ;
  • depuis 1945, la classe politique française se répartit entre atlantistes plaçant leur confiance dans l’OTAN et européens (avec minuscule) partisans de la construction européenne.

Pour les villes-centres, on prendra l’exemple suivant : un habitant d’Orléans est un Orléanais, la région dont Orléans est le centre s’appelle l’Orléanais (à comprendre pays orléanais) : les habitants de l’Orléanais sont aussi appelés les Orléanais tout comme ceux de la seule Orléans ; le français n’a jamais développé de surcomposés du type *-aisien ou *-oisien.

Les cas où le gentilé ou l’adjectif correspondant désigne autre chose qu’un type humain ne pose guère de difficulté pratique et prend aussi la minuscule :


Majuscule au seuls gentilés dans :

et minuscules uniquement dans les expressions adjectivales correspondante :

Noter aussi :


Un gentilé peut devenir un anthroponyme. Par exemple, il vint un moment où la reine Marie-Antoinette d’Autriche ne fut plus que « l’Autrichienne » pour ses sujets. L’une des cinq composantes du nom arabe traditionnel, la nisba, généralise le procédé : Abdelkader l’Algérien par exemple ; ou encore Abou Moussab Al-Zarqaoui (ainsi nommé pour être né à Zarqa, en Jordanie).

Étude de la formation des gentilés

Si la science des toponymes ou noms de lieux est la toponymie, la science des anthroponymes ou noms de personnes est l’anthroponymie, il n’existe pas de terme consacré pour celles des gentilés, ce qui correspond peut-être à un manque d’intérêt. André Rolland de Denus fait figure de « précurseur » dans l’étude des gentilés. Parmi les grands ancêtres, on citera Étienne de Byzance et ses Ethniques.

L’usage d’un gentilé n’est pas systématique pour tous les toponymes et il n’y a pas d’emploi légal arrêté ou réglementaire pour les petits toponymes. Dans certaines régions on se contente de désigner « ceux de… » ou, simplement, le nom du village ; exemple, « les Sireuil ». Le plus souvent, le choix d’un gentilé est laissé à l’appréciation d’un érudit local, ce qui donne parfois des approximations fautives par rapport à l’étymon du nom, ou au contraire des hypercorrections inutiles, ce qui peut conduire à des doublons : les Pétrocoriens / les Périgourdins.

Un gentilé est souvent cité au masculin pluriel (les Français, les Allemands), mais on peut aussi trouver dans quelques rares cas le masculin singulier (l’Anglais).

Plutôt que de recourir à des parenthèses pour signaler les différences de nombre et de genre (parenthèses qui défigurent les mots et sont d’une interprétation parfois difficiles par un collégien ou un étranger), on procédera par énumération dans l’ordre suivant :

Les suffixes formateurs de gentilés les plus courants sont en français :

  • -ain(e)(s) ou -in(e)(s) surtout pour les villes et quartiers.
  • -ais(e)(s) pour les villes (Bayonne : Bayonnais) mais aussi pour les pays (Taïwan : Taïwanais, France : Français)
  • -ien(ne)(s), in(e) (s) ou -éen(ne)(s) surtout pour les pays (Italie : Italiens, Malaisie : Malaisiens), Monténégro : Monténegrins mais aussi Paris : Parisiens, Calais : Calaisiens, Arles : Arlésiens
  • -ois(e)(s) est un peu vieilli en France, et s’utilise surtout pour les villes (Amiens : Amiénois, Blois : Blésois) et villages les plus anciens. Il est très vigoureux au Québec, où il représente plus de la moitié des gentilés, ainsi qu’en Suisse (Lausannois, Bernois, Genevois)

D’autres suffixes plus rares sont rencontrés :

  • -ard(e)(s), ar(e) (s) ou -art(e)(s) : vieilli, Chamonix : Chamoniards, Savoie : Savoyards, Kosovo: Kosovars (d’après le gentilé albanais, kosovar) ; ailleurs, est parfois employé de façon irrespectueuse ou argotique au lieu d’un autre suffixe usuel
  • -asque(s) : emprunté aux langues celto-ligures (Tendasque, Monégasques, Ézasques …)
  • -aud(s) / -aude(s) (par exemple les Pelauds pour Eymoutiers)
  • -eau(x) / -elle(s) (par exemple les Tourangeaux pour Tours)
  • -èque(s) / -tèque(s) : peut-être emprunté par l’espagnol à des langues méso-américaines (par exemple : Olmèque, Chichimèque, Aztèque, Mixtèque, etc. ; mais aussi : habitant du Guatemala : Guatémaltèque)
  • -eux / -euse(s) : parfois argotique
  • -ic(s) / -ique(s) : un peu savant, mais consacré dans certains gentilés d’usage courant.
  • -iche(s) : le plus souvent populaire et argotique au lieu d’un autre suffixe usuel, en référence au gentilé correspondant en anglais (un Angliche)
  • -iste(s) : les Douarnenistes pour Douarnenez, ou les Tullistes pour Tulle
  • -(i)ot(e)(s) ou -(i)at(e)(s), le i étant supprimé s’il suit un autre i semi-voyelle
  • -on(ne)(s) ou -an(e)(s)
  • -ou(se)(s) : suffixe vieilli, conservé par l’usage historique. Les Miaulétous pour Saint-Léonard-de-Noblat)
  • -toque(s) ou -loque(s) : le plus souvent populaire et argotique
  • -uche(s) : assez rare et toujours argotique (un Libanuche, un Albanuche)

Quand le toponyme se termine par le suffixe -ie, le plus souvent, ce suffixe est souvent supprimé si le gentilé obtenu se termine par un des suffixes ci-dessus, ou converti en -ien(ne)(s) si cela crée une ambigüité de sens.

Les gentilés correspondant à des toponymes composés sont le plus souvent irréguliers en français, souvent assez éloignés du toponyme (même s’il peut rester une origine historique commune) comme pour les Trifluviens de Trois-Rivières. Il n’y a pas de règle établie pour leur formation, même pour les toponymes courant commençant par Saint- ou Sainte- (cet élément n’est souvent pas représenté dans le gentilé. Saint-Étienne : Stéphanois), mais l’article initial préfixant certains toponymes est pratiquement toujours ignoré dans le gentilé (par exemple, La Rochelle : Rochelais).

Les racines de toponymes contenant des prénoms (souvent très anciens et internationaux) sont souvent dérivés en gentilés français à l’aide d’anciennes racines latines, grecques ou issues d’autres langues. Les gentilés français issus de toponymes composés sont le plus souvent contractés en un terme non composé, après élimination des articles internes et réduction des autres racines.

Le radical d’un gentilé se voit modifié lorsqu’il ne constitue pas la dernière composante d’un gentilé composé (par exemple : un film franco-hispano-russo-américain, où « américain », la dernière composante du gentilé composé, est la seule composante à conserver sa forme originale de gentilé). Voici quelques exemples de radicaux destinés aux gentilés composés (liste non-exhaustive) :

  • Allemand : Germano- (une Germano-Polonaise, le pacte germano-russe)
  • Anglais : Anglo- (La reine Victoria était une Anglo-Allemande, les îles anglo-normandes)
  • Arabe : Arabo- (les Arabo-Musulmans, la culture arabo-indienne)
  • Autrichien : Austro- (l’empire austro-hongrois)
  • Chinois : Sino- (la guerre sino-russe, la culture sino-vietnamienne)
  • Espagnol : Hispano- (un Hispano-Américain, un cheval hispano-arabe)
  • Français : Franco- (l’amitié franco-allemande, une Franco-Colombienne)
  • Italien : Italo- (les Italo-Suisses, la cuisine italo-américaine)
  • Japonais : Nippo- (les Nippo-Américains, la guerre nippo-russe)
  • Portugais : Luso- (la frontière luso-espagnole, les Luso-Brésiliens)
  • Russe : Russo- (les incidents russo-britanniques du 21 octobre 1904, une Russo-Ukrainienne)
Article connexe : Liste de gentilés.

Gentilés scientifiques, gentilés politiques

En sciences humaines, on distingue désormais les gentilés scientifiques fondés sur les définitions ethnologiques essentiellement linguistiques, et identifiés par le suffixe …phones, et les gentilés politiques fondés sur des définitions prises par les pouvoirs législatifs ou exécutifs des états, et identifiés par une majuscule initiale.

Gentilés scientifiques

Pour éviter les imprécisions et ne plus confondre nationalité (c’est-à-dire citoyenneté), appartenance religieuse (c’est-à-dire confession), appartenance géographique (c’est-à-dire lieu d’origine et/ou de résidence), et communauté linguistique, la règle scientifique c’est d’employer, pour définir cette dernière, le suffixe : phones. Selon cette règle, la communauté "francophone" (au sens ethnologique du mot) comprend des Français (mais pas tous), des Canadiens (mais pas tous), des Belges (mais pas tous), des Suisses (mais pas tous)…

Ethnologiquement, un anglophone, un francophone, un germanophone ou un russophone est un locuteur habituel de langue parentale respectivement anglaise, française, allemande ou russe, mais n’est pas forcément un Anglais, un Français, un Allemand ou un Russe : il peut être par exemple Américain, Canadien, Autrichien, Suisse, Belge, Moldave.

Pour définir une langue et situer un gentilé, les scientifiques utilisent plusieurs notions :

  • La notion d’isoglosse : un isoglosse réunit deux locuteurs lorsqu’ils peuvent se comprendre spontanément et complètement sans traducteur. Dans le cas contraire, il les sépare. Par exemple, un Allemand et un Autrichien se comprennent spontanément et complètement sans traducteur : ils sont tous deux germanophones, un isoglosse les réunit. Même chose pour un Français et un Suisse romand. Par contre, deux Suisses, deux Belges ou deux Moldaves peuvent ne pas pouvoir se comprendre spontanément et complètement sans traducteur : un isoglosse les sépare.
  • Les notions de diasystème, de langue abstand et de langues ausbau qui relèvent de la linguistique, de la sociolinguistique et de la dialectologie. Un diasystème désigne des langues dont les locuteurs ne peuvent plus se comprendre spontanément et complètement sans traducteur, mais ayant une origine commune, telles le français et l’italien. Une langue abstand est une langue, codifiée ou non, dont les locuteurs se comprennent spontanément et presque complètement sans traducteur ni dictionnaire, et dont dialectes passés ou présents présentent assez de traits structurels communs scientifiquement établis, pour constituer une langue unitaire, comme la langue d’oïl. Enfin une langue ausbau est un parler qui a été codifié par une académie ou un pouvoir politique, en une forme devenue officielle et généralement différente de la forme originelle ; parmi les langues ausbau, certaines sont des langues abstand modernisées (le français est la forme moderne de la langue d’oïl), d’autres des dialectes d’une langue abstand dont on a volontairement accentué les différences (néerlandais par rapport au bas-saxon, croate ou serbe par rapport au serbo-croate, macédonien par rapport au bulgare…), d’autres sont des langues politiques que seule l’écriture (hindî/ourdou) et parfois seul le nom officiel (roumain/moldave, serbe/monténégrin) différencient.
  • Les notions d’endonyme (nom par lequel une population se désigne elle-même) et d’exonyme (nom par lequel elle est désignée de l’extérieur) : roms/tsiganes, inuits/esquimaux

Les gentilés scientifiques, basés sur des définitions ethnographiques, peuvent aussi prendre en compte la religion, voire le mode de vie, lorsque ceux-ci se traduisent par un isopraxe : il y a isopraxe lorsque la religion et/ou le mode de vie, et à sa suite les coutumes, l’écriture et l’identité d’un groupe, le séparent des groupes voisins, fussent-ils de même langue. Par exemple, un Croate, un Bosno-musulman et un Serbe parlent à peu de choses près la même langue, mais les différences de religion, d’écriture, de coutumes depuis le haut-Moyen-Âge ont créé des isopraxes entre eux, ils ont créé des états différents, ont pris des partis historiques différents, et constituent des groupes fortement identifiés, différents. Ce sont également des isopraxes qui identifient les Ashkénazes germanophones d’Allemagne, ou anglophones d’Amérique, ou les Sépharades arabophones du Maroc, ou encore les Gitans hispanophones et catholiques d’Espagne, les Cingene turcophones et musulmans de Turquie ou les Tziganes roumanophones et orthodoxes de Roumanie.

Gentilés politiques

Un gentilé politique n’a pas besoin de règles scientifiques : il découle d’une volonté politique (partagée ou non par les populations concernées) soit de rassembler, soit de distinguer. Ainsi, dans la Yougoslavie des années 1930, la population majoritaire était définie comme Serbocroate sans distinction, sur critère exclusivement linguistique (volonté de rassembler, traduite sur le terrain par le découpage territorial en Banovines qui « effaçaient » les anciennes frontières croates, bosniaques, monténégrines et serbes). Aujourd’hui, au contraire, la même langue s’appelle officiellement croate, bosniaque, monténégrin ou serbe selon les nouveaux états, et sert à définir leurs identités nationales (volonté de distinguer). On pourrait tout aussi bien, en Europe occidentale, appeler le gascon, le catalan et le provençal : « Occitan » (volonté de rassembler) ou au contraire définir des langues wallonne en Belgique ou romande en Suisse différentes du français (volonté de distinguer). En République de Moldavie, depuis 1991 la controverse fait rage pour savoir si la langue de la majorité autochtone (roumanophone selon les scientifiques) est du roumain (volonté de rassembler) ou du moldave (volonté de distinguer). On pourrait multiplier les exemples à travers l’Europe et le monde.

Parmi les gentilés politiques, on trouve la règle du politiquement correct, inventée dès le XIXe siècle non pas par des américains, comme on le pense souvent, mais par des français : Émile Ollivier, Edgar Quinet, Élysée Reclus. Et elle fut appliquée par les Soviétiques dans les années 1920 (ils renommèrent presque tous les peuples sibériens) bien avant d’être adoptée, dans les années 1970, par la National Geographic Society, puis, dans les années suivantes, par le monde universitaire américain, qui l’étendit également aux minorités sociales. Le but de cette règle est d’éviter les imprécisions et ne plus risquer de désigner les communautés par des sobriquets péjoratifs, en leur donnant le nom par lequel elles se désignent elles-mêmes. C’est ainsi qu’on est passés d’« esquimaux » à inuits, ou de « gitans », « bohémiens », « romanichels » ou « tziganes » à roms par exemple.

Certains gentilés d’origine scientifique peuvent eux aussi devenir politiques : par exemple, « francophones », dans le sens politique du mot, ne désigne pas seulement des locuteurs habituels de langue parentale française, mais toute personne et tout État comprenant le français ou membre de la Francophonie.

Gentilés et Droit.

Le choix d’un gentilé découle souvent d’un choix juridique entre Droit du sang et Droit du sol. Si l’on choisit le Droit du sang, selon lequel toute personne appartient au groupe de ses ancêtres, où qu’elle vive et quelle que soit sa citoyenneté, on choisira de préférence un gentilé traditionnel : une personne originaire de la communauté musulmane du Maghreb, par exemple, restera pour toujours Maghrébine même si elle est née et vit en France, ne parle que français et possède la nationalité française. Si l’on choisit le Droit du sol, l’origine ne compte plus : c’est l’appartenance territoriale et politique qui prime : sont donc Français tous les possesseurs de la citoyenneté française, quelles que soient leurs ascendances, leurs religions ou leurs appartenances culturelles.

Droit du sang et Droit du sol peuvent se combiner dans des proportions variables (en France par exemple, le Droit du sol prime, mais le Droit du sang existe aussi : un citoyen français né à l’étranger ou ayant des ascendants nés à l’étranger doit constamment faire la preuve de sa et de leur citoyenneté française, à chaque opération d’état civil, alors que ceux nés, ainsi que leurs géniteurs, sur le territoire métropolitain, en sont dispensés).

Droit du sang et Droit du sol peuvent également se combiner avec des gentilés scientifiques, ou bien des gentilés politiques. Par exemple, en Suisse ou en Moldavie, si l’on se réfère au Droit du sang et aux gentilés politiques, on a des Romands, des Schwyzertütschen, des Romanches et des Tessinois de citoyenneté Suisse, ou bien des Moldaves, des Pridnistréens ou des Gagaouzes de citoyenneté Moldave, alors que si on se réfère au Droit du sol et aux gentilés scientifiques, on a des Suisses francophones, germanophones, Romanches et italophones, et des Moldaves roumanophones, russophones ou turcophones.

Le choix et l’utilisation d’un gentilé traduit l’orientation culturelle et éthique de ceux qui font ce choix.

Notes et références

  1. Manuel typographique du russiste, Serge Aslanoff, 255 pages, 1986, Paris, Institut d’études slaves, (ISBN 2720402257) : note **** du § 535.1 (page 168) : « On observe une sorte de chassé-croisé dans l’histoire des usages russes et français. A la même époque où Grot considérait les noms de peuples comme des noms propres qui devaient s’écrire avec majuscule, Victor Hugo laissait délibérément la minuscule aux noms de nationalité, même substantifs :
    Le polonais secourt Spoctocus, duc des russes,
    Comme un plus grand boucher en aide un plus petit.
    (« Les Chevaliers errants », la Légende des siècles). »

Voir aussi

Bibliographie

  • Ernest Gellner, Nations et nationalisme, Paris, Payot 1989

Articles connexes

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Voir « gentilé » sur le Wiktionnaire.

Liens externes

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