Gérard Philipe


Gérard Philipe
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Gérard Philipe

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Gérard Philipe dans le costume du Cid, à Varsovie, lors d'une tournée en 1954

Nom de naissance Gérard Philip
Naissance 4 décembre 1922
Cannes, France
Nationalité France Française
Décès 25 novembre 1959 (37 années)
Paris, France
Profession Acteur

Gérard Philipe (4 décembre 1922 - 25 novembre 1959), de son vrai nom Gérard Philip[1], est un acteur de théâtre et de cinéma français.

Sommaire

Biographie

Enfance et jeunesse

Il voit le jour à Cannes (Alpes-Maritimes), dans une famille aisée, fils de Marcel Philip (1893-1973), avocat qui possède un cabinet de contentieux juridique, puis sera administrateur-gérant du Parc Palace Hôtel de Grasse, et de Marie Villette. Son frère aîné se prénomme Jean.

Il suit toute sa scolarité au lycée de l'Institut Stanislas de Cannes tenu par les marianistes où il est bon élève. Il y obtient, au début de la guerre, son baccalauréat.

Son père le destine à une carrière de juriste, mais, rencontrant de nombreux artistes réfugiés sur la Côte d'Azur (en zone libre) depuis 1939, il décide de devenir comédien. Sa mère le soutient dans ce choix. Il ajoute un « e » à son nom pour obtenir treize lettres avec son nom et son prénom, chiffre porte-bonheur selon celle-ci.

La guerre, les débuts d'acteur

En 1941, le réalisateu Marc Allégret lui fait passer une audition, en compagnie de son amie Danièle Delorme, et l’envoie prendre les cours d’art dramatique de Jean Wall et Jean Huet à Cannes. Le comédien Claude Dauphin le fait jouer au théâtre à partir de 1942 avec Une grande fille toute simple d’André Roussin au casino de Nice.

En 1942, Marc Allégret lui fait jouer une silhouette dans son film La Boîte aux rêves, réalisé par son frère Yves. En novembre de la même année, la zone libre est occupée par l'armée allemande.

En 1943, la famille Philip s’installe rue de Paradis, dans le 10e arrondissement de Paris, où Gérard s'inscrit au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, suit les cours de Denis d'Inès puis de Georges Le Roy et obtient le second prix de comédie. Il participe à la Libération de Paris en 1944 en faisant partie de la résistance française (FFI) alors que son père est un collaborateur notoire.

Gérard Philipe se fait connaître au théâtre, où il obtient son premier succès et la célébrité à l'âge de 20 ans, en pleine Seconde Guerre mondiale, dans le rôle de l'ange dans Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux en 1943.

Amour et famille

Toujours en 1943, il rencontre Nicole Navaux, une ethnologue épouse du diplomate François Fourcade. Ils tombent amoureux l'un de l'autre en 1946 et, après qu'elle a divorcé de son premier mari, se marient le 29 novembre 1951 à la mairie de Neuilly-sur-Seine dans une totale intimité.
Il fait reprendre à son épouse son premier prénom, Anne, parce qu'il trouve celui-ci plus poétique.
Ils ont deux enfants : Anne-Marie Philipe née le 21 décembre 1954, devenue écrivain et comédienne elle aussi, et Olivier Philipe né en février 1957 ; ils s'installent boulevard Inkerman, à Neuilly, puis rue de Tournon, à Paris.

L'après-guerre : gloire et engagement

Le succès de Gérard Philipe au théâtre et en tournée explose avec la création de Caligula d'Albert Camus en 1945.
En 1947, il est le partenaire de Micheline Presle dans le film Le Diable au corps de Claude Autant-Lara et il accède au statut de célébrité du monde du spectacle français.

Anne et Gérard Philipe deviennent tous deux compagnons de route du parti communiste français.
Acteur engagé, il est l'un des premiers à signer l'appel de Stockholm, en 1950, contre l'armement nucléaire en pleine guerre froide. Il devient président du syndicat français des artistes-interprètes où il se révèle être un grand responsable syndical pour les métiers artistiques du cinéma et du théâtre à partir de 1958.
Toutefois, durant ces mêmes périodes, ces engagements ne l'empêchent pas de visiter très régulièrement Paul Marion, l'ancien ministre de l'information de Vichy, à la prison centrale de Clairvaux où ce dernier purge sa peine.

Le « jeune premier »

Entré au Théâtre national populaire de Jean Vilar en 1951, il remporte de nombreux succès à Paris, en tournée, au Festival d'Avignon (Le Prince de Hombourg, Le Cid de Pierre Corneille, Richard II), en jouant un répertoire classique, et en mettant lui-même en scène plusieurs pièces de Musset ou des auteurs contemporains comme Henri Pichette et Jean Vauthier. (En 1953 il auditionne avec Jean Vilar un nouveau comédien, Philippe Noiret qu'il intègre à la troupe).

En 1952, pour le cinéma, il joue Fanfan dans Fanfan la Tulipe de Christian-Jaque avec Gina Lollobrigida, ce qui lui vaut de devenir une « idole des jeunes » à travers le monde. Sa jeunesse et son charisme d'exception triomphent à l'écran au niveau international dans des films de Christian-Jaque, Claude Autant-Lara, René Clair, René Clément, etc.

La fin brutale

Tombe de Gérard et d'Anne Philipe à Ramatuelle

En 1959, le 25 novembre en pleine gloire, à l’apogée de sa popularité, alors qu'il vient de finir le tournage du film La fièvre monte à El Pao de Luis Buñuel au Mexique, il est emporté par un cancer du foie foudroyant — la presse parla à l'époque d'une crise cardiaque — à Paris, à l'âge de 36 ans, plongeant dans la tristesse ses nombreux admirateurs et, surtout, admiratrices. Il est enterré dans le costume de Don Rodrigue (Le Cid de Pierre Corneille, conformément à ses dernières volontés, au petit cimetière de Ramatuelle, près de Saint-Tropez).

Hommages

Rue Gérard-Philipe à Paris près du Bois de Boulogne

Le nom de Gérard Philipe a été donné à de très nombreux théâtres et maisons de la culture, dont le Centre dramatique national de Saint-Denis, ou les théâtres municipaux d'Orléans, de Montpellier, de Meaux, de Calais, de Champigny-sur-Marne, de Saint-Cyr-l'École, de Liège, de Saint-Jean-de-Maurienne, de Saint-Nazaire, etc.

Un timbre postal d'une valeur de 50 centimes, le représentant dans le rôle du Cid, est émis le 12 juin 1961 avec une oblitération premier jour le 10 à Cannes[2].

Dans les années qui suivent le décès de son mari, Anne Philipe, publie deux biographies intitulées Souvenirs (1960) et Le Temps d’un soupir (1964).

Focus : un père accusé de collaboration, un fils résistant

À Grasse, Marcel Philip, le père de Gérard Philipe, ancien avocat, est accusé par son éternel opposant politique de collaboration avec les Allemands : il est administrateur du Parc Palace Hôtel, lieu de rencontre des Allemands et lieu de résidence de l'état-major mussolinien. De plus, il est délégué régional et membre du comité directeur du Parti populaire français (parti créé par Jacques Doriot) pour les Alpes-Maritimes.

À l'extrême opposé, en août 1944, son fils se bat aux côtés des résistants lors de l'insurrection pour la libération de Paris : Gérard Philipe a de nombreux amis dans la Résistance.

Le 24 décembre 1945, la cour de justice des Alpes-Maritimes condamne Marcel Philip à mort pour intelligence avec l'ennemi et appartenance à un groupe anti-national. Il est emprisonné d'abord à Saint-Denis, puis à Grasse. Son fils tente de jouer des influences de ses relations pour l'aider et n'y arrive que partiellement. Son père s'évade en 1945 (à l'époque, son fils joue à Paris Caligula) et s'enfuit en Espagne ; il est condamné à mort par contumace.

Marcel Philip ne reviendra en France qu'en 1968 suite à une amnistie sans avoir pu y revoir son fils, mort en 1959. Gérard Philipe, sachant que son père n'avait commis aucun crime, l'a toujours soutenu, lui achetant un appartement en Espagne, lui rendant visite très régulièrement accompagné de sa mère ou de sa femme et de ses enfants, lui écrivant encore à la veille de sa mort.

En 2009, Gérard Bonal a publié, à l'occasion d'une réédition de son ouvrage bibliographique, le dossier rassemblé, pour sa défense, par Marcel Philip lui-même durant ses années d'exil. Celui-ci y répond point par point aux accusations qui lui sont faites de collaboration.

Sans nier ses sympathies d’extrême-droite dans les années d'avant-guerre (en tant que membre, probablement fondateur, du PPF de Doriot), il récuse[réf. nécessaire], en citant faits et témoins, les accusations portées contre lui. La lecture de l'acte d'accusation est troublante car celui-ci est, pour l'essentiel, rédigé au conditionnel : « il aurait fait ceci... Il a probablement fait cela... ».

En effet l'accusateur[réf. nécessaire] unique (opposant politique et concurrent de Marcel Philip) n'a jamais apporté de preuve de la culpabilité de Marcel Philip : quelques témoignages fondés sur des on-dit et le sentiment que, parce qu'il n'avait pas refusé l'accès de son hôtel aux Allemands, il avait forcément commis d'autres méfaits...

Le principal « crime » de Marcel Philip n'était-il pas plutôt d'être trop brillant, d'être envié, d'avoir une femme trop belle, un fils particulièrement doué et lumineux, de superbes demeures ? Cette réussite, connue de tous dans le microcosme grassois, et ses opinions politiques lui ont coûté très cher : condamné à mort, il a perdu tous ses biens et n'a pu voir grandir ses petits enfants que de loin en loin.

Œuvre

Filmographie

Théâtre

Discographie

Gérard Philipe est l'un des acteurs français qui a le plus enregistré de disques en aussi peu de temps, entre 1952 et 1959, date de sa mort.

Le contenu en est très éclectique, du très célèbre Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry (enr. en 1954) à Pierre et le loup de Serge Prokofiev, en passant par de grands poètes tels Victor Hugo, François Villon, Jean de La Fontaine, Guillaume Apollinaire, ou encore Louis Aragon et Paul Éluard, en collaboration avec Jean-Louis Barrault.

Il fit de nombreuses adaptations discographiques ou radiographiques de pièces de théâtre que souvent il avait jouées avec succès sur la scène du TNP que son ami Jean Vilar, acquis comme lui aux idées communistes, dirigeait depuis 1951.

Il s'agit essentiellement de tragédies classiques du XVIIe siècle, ou de drames modernes du XIXe siècle : Le Cid de Pierre Corneille, Le Prince de Hombourg d'Heinrich von Kleist, Ruy Blas de Victor Hugo, le répertoire d'Alfred de Musset (Lorenzaccio, On ne badine pas avec l'amour ou Les Caprices de Marianne).

Il enregistra, en relation avec ses idéaux politiques, des disques de lectures de textes de Karl Marx : un 30 cm titré Les Pensées de Karl Marx, forgeron d'un instrument moderne de la connaissance - Le Philosophe matérialiste de l'histoire - L'Analyse implacable de la réalité capitaliste - Le Briseur de chaînes ; trois disques 18 cm intitulés Le Monde de 1715 à 1870 - Textes de Karl Marx (La Lutte des classes selon Marx dit par Gérard Philipe) et la lecture d'extraits du Manifeste du Parti communiste.

Publicité

Gérard Philipe n'a accepté de faire de la publicité que pour les livres Gallimard, en 1950, en posant devant l'objectif de Lucien Lorelle, pour le publicitaire Henri Sjöberg.
Cette affiche au slogan « Dévorez les livres comme Gérard Philipe » sera affichée sur tous les murs, pendant des années[3]. Un des clichés est repris sur la couverture de Mon libraire de Patrick Cloux, paru en 2007.

Voir aussi

Hommages par la presse

  • Point de vue - Images du monde n° 599 : Adieu Gérard Philipe 4/12/1959
  • Paris Match n° 556 : La mort du Cid 5/12/59
  • Regards n° 450 : Gérard Philipe, son dernier film et ses dernières photos 01/01/1960
  • Paris Match n° 561 : En hommage à Gérard Philipe 5/01/1960
  • Cinémonde n° 1330, numéro spécial : Hommage à Gérard Philipe 02/02/1960
  • Cinémonde n° 1371 : Gérard Philipe nous quittait voici un an 15/11/1960
  • Jours de France n° 781 : Gérard Philipe - Il y a dix ans déjà... 27/11/1969
  • Historia n° 313 : Gérard Philipe aurait 50 ans 1972
  • Jours de France n° 1299 : Vingt ans déjà, inoubliable Gérard Philipe 24/11/1979
  • Regard Magazine n° 7 : Gérard Philipe 1994

Bibliographie

  • Marie-Thérèse Serrière, Le T.N.P. et nous - Librairie José Corti, 1959
  • Anne Philipe, Claude Roy, Souvenirs (biographie), 1960
  • Paul Giannoli, La vie inspirée de Gérard Philipe - Éditions Plon, 1960
  • Henri Pichette, Le tombeau de Gérard Philipe - Gallimard, 1961
  • Maurice Périsset, Gérard Philipe ou la jeunesse du monde - Au fil d'Ariane, 1964
  • Anne Philipe, Le Temps d’un soupir - Julliard, 1964.
  • Monique Chapelle, Gérard Philipe, notre éternelle jeunesse - Robert Laffont, 1965
  • Georges Sadoul, Gérard Philipe - Seghers, 1967
  • Urbain Jacques, Il y a dix ans, Gérard Philipe - La Thiele, 1969
  • Pierre Leprohon, Gérard Philipe - Anthologie du Cinéma, 1971
  • Georges Sadoul, Gérard Philipe - Lherminier Éditeur, 1979
  • Maurice Périsset, Gérard Philipe - éditions Alain Lefevre, 1979 ; rééd. Éditions de la Seine, 1994
  • Philippe Durant, Gérard Philipe - Éditions PAC, 1983
  • Pierre Cadars, Gérard Philipe - Henry Veyrier, 1984
  • Dominique Nores, Gérard Philipe qui êtes-vous ? - Éditions de la manufacture, 1989
  • Pierre Cadars, Gérard Philipe - Ramsay Poche, 1990
  • Gérard Bonal, Gérard Philipe, biographie - Seuil, 1994 ; rééd. 2009
  • Gisèle et Jean Boissieu, Avignon : nos années Vilar - Autres Temps, 1994
  • Jean-François Josselin, Gérard Philipe - Le Prince d'Avignon - Arte, 1996
  • Martine Le Coz, Le Dictionnaire de Gérard Philipe - L'Harmattant, 1996
  • Gérard Bonal, Gérard Philipe, l'album - Seuil / Jazz Éditions, 1999
  • Mango Jeunesse, Gérard Philipe - L'œil et le mot, 2003
  • Gérard Bonal, Gérard Philipe, un acteur dans son temps - Bibliothèque nationale de France, 2003
  • Michel Quint, Et mon mal est délicieux (roman) - Joëlle Losfeld, 2003
  • Jean Vilar, Gérard Philipe, J'imagine mal la victoire sans toi - Association Jean Vilar, 2004
  • Olivier Barrot, L'Ami posthume, Gérard Philipe 1922-1959 - Grasset et Fasquelle, 2008
  • Gérard Philipe, Anne Philipe, Georges Perros, Correspondance 1946-1978 - Finitude, 2008
  • Cristelle Givelet, Gérard Philipe, le murmure d'un ange (essai[4]) - Paris, 2009

Liens externes

Notes et références

  1. Gérard Philipe ou la jeunesse du monde, Maurice Perisset, Éditions Alain Lefeuvre, 1979, page 22.
  2. Le timbre postal
  3. affiche
  4. Les points sur les i

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