François Froger


François Froger
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François Froger, né à Laval[1] ou au Mans[2] en 1676[3], est un ingénieur-hydrographe et explorateur français. Il s'engagea dans la marine et navigua dans de nombreux pays. Il vivait encore en 1715[4].

Sommaire

Biographie

L'Amérique du Sud

Il n'était âgé que de dix-neuf ans, lorsqu'en 1695 il s'embarqua sur l'escadre de Jean-Baptiste de Gennes, qui allait faire une expédition sur la côte orientale de l'Amérique du Sud[5].

Froger, voyant que tous ceux qui avaient accompagné M. de Gennes dans cette expédition gardaient le silence, résolut de publier, la relation qu'il avait composée, dit-il, pour son instruction particulière. Il s'était donc fait l'historiographe de cette entreprise avortée dans sa Relation d'un voyage fait en 1695, 1696, 1697.

Froger, que la lecture des voyages avait familiarisé avec l'histoire du monde, était parti dans le dessein d'observer tout ce qui mérite l'attention du voyageur : il s'appliqua surtout à faire des cartes particulières des ports et des rivières. Sa relation est la première qui donne les détails d'un voyage au détroit de Magellan, entrepris par des Français[6]

La Chine

Redécouverte au XIXe siècle

En 1859, un Anglais, Saxe Bannister, publia un tout autre récit du premier voyage de l'Amphitrite, traduit par lui en anglais d'après un manuscrit inédit :A Journal of the First French Embassy to China, 1698-1700 ; le récit de voyage n'occupait qu'une partie du livre[7],[8] Claudius Madrolle, qui a donné une version française abrégée de l'édition anglaise de 1859[9], a dit que l'original français en avait été composé « soit par l'officier de bord Filye, soit plus probablement par l'enseigne de Lagrange »[10], mais cette fois encore s'est abstenu de décrire les motifs de son opinion. Henri Froidevaux a admis sans réserve que l'auteur était de Louis de Chancel de Lagrange. Au début du XXe siècle, Herausgegeben von E. A. Voretzsch[11], a trouvé à la Bibliothèque d'Ajuda un manuscrit français accompagné de quinze plans et d'un routier avec profils côtiers, le tout intitulé Relation du premier voyage des Français à la Chine présenté à Monseigneur le comte de Pontchartrain, et dont l'auteur signait la dédicace « F. Froger ». Cette Relation est l'ouvrage même dont Saxe Bannister avait eu une copie parfois divergente et qui n'est donc ni de Filye ni de Lagrange.

Les lettres

Le seul ouvrage de bibliographie du XIXe siècle à avoir parlé du Voyage en Chine de Froger est le Manuel du LibraireJacques Charles Brunet inséra la note suivante : Froger avait rédigé la relation d'un voyage qu'il avait fait sur l'Amphitrite, de 1698 à 1700, et qui avait principalement pour but les côtes de la Chine. Il fit hommage de son œuvre à Phélypeaux de Pontchartrain qui s'intéressa au jeune homme, et, comme Froger le dit lui-même dans sa dédicace, lui procurera un embarquement sur l'Amphitrite[12]. Cette relation, présentée à M. de Pontchartrain, allait être mise sous presse, à Paris, lorsque la mort du libraire Barbin fils, arrivée en 1701, en empêcha l'impression. Le même officier ayant été nommé commandant de la flotte l'Amazone, s'embarqua sur ce navire, le 7 septembre 1704, et fit voile pour la côte du Sénégal, mais on ignore ce qu'il devint ensuite. Je possède une correspondance fort curieuse de cet ingénieur avec Nicolas Thoinard[13].

On ne sait ce qu'il est advenu des lettres ainsi vendues en 1868[14] Les lettres de Froger comportent 48 lettres, dont 3 seulement sont signées ; La Rochelle et Brest, 1698-1704, environ 80 p. in-4. Dans la première lettre, de La Rochelle, 3 mars 1698, il annonce son départ prochain[15], le 3 juin suivant il écrit à Thoinard du cap de Bonne-Espérance et lui narre les détails de la traversée[16]. Rentré à Brest[17], c'est de là qu'il date les 44 lettres suivantes[18] Froger se plaint qu'on ne lui donne pas d'avancement (27 décembre 1702)[19]. Froger, nommé commandant de la flûte l'Amazone, part pour la côte du Sénégal, et il annonce cela à Thoinard par une lettre datée de Paimboeuf, le 25 septembre 1704[20]. Il existe à la Bibliothèque nationale de France, dans la collection d'Anville, un plan de Saint-Louis du Sénégal par Froger, daté de 1705[21].

Inconnu

Les grands dictionnaires biographiques du XIXe siècle ne savent pas grand chose de François Froger. La Nouvelle Biographie générale de Didot, dans un article signé A. de Lacaze, le dit né en 1676, encore vivant en 1715, et ne parle que de son voyage sur l'escadre de de Gennes. L'article de la Biographie Michaud, signé E-s[22] ajoute à la date de naissance de 1676 l'indication que ce fut à Laval. Ni l'un ni l'autre article ne disent rien du voyage en Chine.

Publications

  • Relation d'un voyage fait en 1695, 1696 et 1697 aux côtes d'Afrique, détroit de Magellan, Brésil, Cayenne et isles Antilles, par une escadre des vaisseaux du roy, commandée par M. De Gennes, Paris, quay de l'Horloge, 1698[23], in-16, 200 p., avec des cartes et des figures, 1699, 1700 ; Amsterdam, 1699, 1702, Lyon, 1702, L'Honoré et Chatelain, 1715[24], in-16, avertis. 227 p., cartes et pl. [1]. Une traduction anglaise, A relation of a voyage, etc., est publiée à Londres en 1698 ;
  • Relation du premier voyage des François à la Chine fait en 1698, 1699 et 1700 sur le vaisseau L'Amphitrite. Herausgegeben von E. A. Voretzsch . Leipzig, Verlag der Asia Major, 1926, in-8 ̊, XVIII-187 p. Édition d'un manuscrit conservé à la bibliothèque du château d'Ajuda.

Bibliographie

  • Saxe Bannister, A Journal of the First French Embassy to China, 1698-1700, Londres, Thomas Cautley Newby, 1859, in-8, iv + ciiv, 254 p.
  • Étienne Charavay, Catalogue des autographes précieux provenant de la bibliothèque de feu M. Jacques-Charles Brunet vendus à la salle de la rue des Bons-Enfants le 19 décembre 1868, p. 21-22.

Notes et références

  1. La ville de naissance est une donnée de la Biographie Michaud qui selon le Journal des Savants n'a pas été jusqu'ici permis de recouper. Le nom de Froger est fréquent en Sarthe et en Mayenne, mais on le rencontre ailleurs également. Jean-Barthélemy Hauréau, indique de François Froger qu'il est indiqué comme né dans le Maine, sans plus; l'abbé Angot n'a pas fait place à François Froger dans son Dictionnaire historique et biographique de la Mayenne. Le journal des Savants indique qu'Ernest Laurain, a compulsé les registres paroissiaux de Laval pour 1675, 1676 et le début de 1677 (il y a ensuite une lacune); le nom de François Froger n'y figure pas. M. Voretzsch (P. 6) a un texte un peu ambigu, où il fait intervenir Froger de la Rigaudière, l'un des seconds capitaines de l'Amphitryte en 1698-1700 et son commandant en 1701-1703, et en outre, un autre de la Rigaudière qui aurait été lieutenant lors du premier voyage, et un troisième, neveu du commandant, qui embarqua comme cadet lors du voyage de 1701-1703 évidemment M. Voretzsch les suppose de la même famille que François Froger, si même il ne songe pas à identifier celui-ci à l'un d'eux. Cette dernière hypothèse paait caduque de toute manière, car le second capitaine de la Rigaudière apparaît souvent dans le récit de Froger tout à part de Froger lui-même, et le lieutenant de la Rigaudière du premier voyage doit disparaître. Le texte de Saxe Bannister comme celui de M. Voretzsch nomment en sa place un lieutenant de Barilly; mais l'auteur de la traduction manuscrite française de 1862, tout en donnant bien Barilly dans le texte, lui a substitué par inadvertance, dans la marge, le nom de la Rigaudière, et c'est ainsi qu'un lieutenant de la Rigaudière a été embarqué par M. Madrolle (p. 2) sur l'Amphitryte en 1698 à côté du second capitaine Froger la Rigaudière. Quant à une parenté entre François Froger et Froger de la Rigaudière rien ne permet de la supposer. Les Froger de la Rigaudière et de l'Éguille, anciennement venus de Normandie, avaient leur château à La Rigaudière, commune de Médis, en Charente-Maritime. Il n'y a aucune raison de croire François Froger charentais, et il suffit que son embarquement sur l'Amphitrite soit seulement dû à l'intervention de Pontchartrain pour ôter toute base à une parenté qui ne s'appuierait que sur l'identité fortuite des deux patronymiques.
  2. Paroisse de la Couture selon Julien Rémy Pesche, Dictionnaire topographique, historique et statistique de la Sarthe, p. 345.
  3. Cette date provient de l'indication fournie par François Froger lui-même dans la préface de sa Relation de l'expédition de 1695-1697.
  4. Cette date provient du fait que François Froger écrivit la préface de la réédition de 1715.
  5. Cette escadre, composée de six vaisseaux, partit de la Rochelle le 3 juin, s'empara sur les Anglais du fort James dans la Gambie, se ravitailla à Rio de Janeiro, et le 11 février 1696 entra dans le détroit de Magellan. Des coups de vent d'une violence extrême forcèrent les Français de renoncer à leur entreprise : ils n'allèrent que jusqu'au port Gallant, un peu au-delà du cap Froward, et se trouvant déjà à court de vivres, ils rentrèrent le 11 avril dans l'océan Atlantique. Après avoir abordé à San-Salvador au Brésil, à Cayenne, à la Martinique, et croisé dans les parages des petites Antilles, ils mouillèrent devant la Rochelle le 21 avril 1697.
  6. Le plus grand des Patagons que vit Froger ne lui parut pas avoir six pieds de haut. Une baie du détroit de Magellan a conserve le nom de Baie Française, qui lui fut imposé par de Gennes, et la rivière qui s'y jette a été nommée d'après ce navigateur.
  7. Le but de Saxe Bannister était, au moment même où l'Angleterre et la France étaient en lutte avec la Chine, d'employer la relation de l'Amphitrite comme arme contre le cabinet. Saxe Bannister ne donnait pas d'indication précise sur son manuscrit français anonyme et le sort ultérieur en est inconnu.
  8. C'est peut-être là aussi la raison qui fit projeter une édition française de l'ouvrage de Saxe Bannister, annoncée à Paris chez Benjamin Duprat en 1860, mais elle n'alla pas au-delà de l'impression du titre. Comme cette édition française devait reproduire également, en, traduction, l'essai sur les dispositions amicales des Chinois, il n'est pas absolument sûr que le Journal lui-même n'y eût pas été une retraduction de l'anglais.
  9. Claudius Madrolle, tout en se reportant plus ou moins au texte anglais de Saxe Bannister, a surtout suivi une mauvaise traduction française manuscrite de 1862 qui se trouve à la Bibliothèque Nationale de France ; une erreur de cette traduction, en lui faisant modifier la composition de l'état-major de l'Amphitrite, a eu quelque répercussion sur l'introduction de M. Voretzsch. Par ailleurs, l'imprécision de l'Avant-Propos de M. Madrolle a fait croire à M. Voretzsch que M. Madrolle donnait son texte de 1860 qui, en fait, n'existe pas.
  10. p. vi.
  11. Ambassadeur au Japon, ministre d'Allemagne à Lisbonne.
  12. Bien que Froger se nomme en un passage de sa Relation (p. 51), il ne dit pas en quelle qualité il voyageait sur l'Amphitrite; mais c'est probablement lui le sous-ingénieur qui est mentionné par Lagrange (Voyages curieux, 218) comme mangeant à la table du bord.
  13. Les papiers de Thoinard (1629-1706) étaient détenus par Brunet, et leur description constitue la partie essentielle, avec 62 lettres de Rousseau à Mme d'Epinay et le manuscrit des mémoires de la comtesse d'Epinay, du Catalogue des autographes précieux provenant de la bibliothèque de feu M. Jacques-Charles Brunet.
  14. Leur absence est d'autant plus regrettable que, par des données sur la parenté de Froger avec l'intendant des Clouzeaux ou par les lettres d'un membre de la famille de Froger ou relatives à Froger, on pourrait peut-être être missur la piste des origines véritables du voyageur il faut bien reconnaître que jusqu'ici celles-ci sont autant dire inconnues.
  15. L'Amphitrite quitta, en effet, La Rochelle le 6 mars 1698.
  16. L'Amphitrite resta mouillée au Cap du 31 mai au 10 juin.
  17. L'Amphitrite était revenue à Port-Louis près de Lorient le 3 août 1700; on ne connait pas les raisons qui firent « rentrer » Froger à Brest peut-être y avait-il séjourné auparavant, après que l'escadre de M. de Gennes fut revenue en 1697 à La Rochelle.
  18. Froger donne à Thoinard tout le détail des mouvements des vaisseaux du port ; il parle d'instruments de marine, d'inventions nouvelles, etc. Le 8 mai 1701 il annonce avec détails la mort de l'intendant Hubert de Champy des Clouzeaux, son parent; il est chargé de lever le plan de la rivière de Carhaix; envoi du dessin de diverses ancres (18 juillet 1701). Canonisation de Michel Le Nobletz à Lochrist près du Conquet (15 août 1701). Crainte d'une attaque de la flotte anglaise; on n'eût pas été en état de la supporter; dispositions prises à cause de cette alerte (12 septembre 1701). Retour de M. Coetlogon de la Havane (10 février 1702). Nouveaux préparatifs pour empêcher une descente des Anglais sur les côtes de Bretagne (5 juin 1702); différend des Jésuites avec les bourgeois de Brest l'évêque se prononce pour ces derniers (30 octobre 1702).
  19. Émeute à Brest contre les Jésuites (20 juin 1703). Voyage de l'Amphitrite en Chine détails curieux à cet égard (20 août 1703) (Vu la date et le lieu, il s'agit sûrement du second voyage de l'Amphitrite, dont Froger ne fit pas partie l'Amphitrite est rentrée à Brest le 17 août 1703.).
  20. On a joint à cette correspondance six lettres, dont deux d'un membre de sa famille, et les autres à lui relatives. Lettre à Mme Barbin; Brest, 1er mai 1702, 1 p. pl. in-4. Il avait remis au fils de Mme Barbin une copie de la relation de son voyage en Chine. Ayant appris la mort de celui-ci, il redemande son manuscrit, vu qu'il ne veut pas le faire imprimer. Il le (Sic; lire la ?.) prie en conséquence de le faire remettre à M. Thoinard. On remarquera qu'il n'y a pas ici accord absolu entre le résumé de Brunet dans le Manuel et celui de Charavay dans le Catalogue. Il est difficile d'y voir clair sans le texte original de la lettre.
  21. Bulletin de la section de géographie du Comité des travaux historiques et scientifiques, XLI, 1926, 122.
  22. Jean-Baptiste Benoît Eyriès?
  23. imprimée par les soins et aux frais du sieur de Fer, géographe de Monseigneur le Dauphin, l'ouvrage est dédié au secrétaire d'État Phelippeaux, comte de Maurepas, surintendant général de la marine le privilège, au nom de de Fer, est du 15 octobre 1697.
  24. Sous le titre de Relation d'un voyage de la mer du Sud.

Sources partielles


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