Francois Cabarrus


Francois Cabarrus

François Cabarrus

François Cabarrus
François Cabarrus
François Cabarrus

Nom de naissance Francisco de Cabarrús
Naissance 15 octobre 1752
Bayonne
Décès 27 avril 1810 (à 57 ans)
Séville
Nationalité Pavillon royal de France.svg Française, puis Espagne Espagne
Profession(s) financier, conseiller du roi, banquier...
Autres activités ministre des finances
Formation pères oratoriens, collège de l’Esquille à Toulouse
Distinctions comte de Cabarrús et vicomte de Rambouillet
Famille Descendance de Jean de Fourcade

François Cabarrus ou Francisco de Cabarrús, comte de Cabarrús et vicomte de Rambouillet, est né à Bayonne le 15 octobre 1752, mort à Séville le 17 août 1810.

Descendant d’une famille de négociants avec l’outre-mer et de marins du Pays basque, anoblie en 1789, François Cabarrus devient un financier et économiste célèbre. Il est un conseiller très écouté du roi Charles III d'Espagne et le fondateur de la banque San Carlos, la première banque centrale espagnole. François Cabarrus réussit à créer le premier papier-monnaie et est fait comte par le roi d’Espagne. Accusé de détournement et emprisonné en 1790, en grande partie du fait de ses origines françaises, il n’est libéré que deux ans plus tard. Joseph Bonaparte en fait son ministre des finances, fonction qu’il occupe jusqu'à sa mort. Cabarrus tient une place au premier rang parmi les Espagnols du siècle des Lumières, du fait de son caractère volontaire, de ses immenses capacité de travail, de la variété de ses centres d’intérêts intellectuels, de sa volonté de changer la société[1]. Jean Sarrailh le citera parmi les hommes illustres espagnols de cette fin de XVIIIe siècle avec les conseillers du roi : Campomanes, Floridablanca et Aranda ; les écrivains : Cadalso, Meléndez Valdés, Jovellanos ; les savants comme Cavanilles ; et les économistes comme Capmany, Asso et Olavide[2].

Sommaire

Sa famille

Blason des Cabarrus

La famille Cabarrus est originaire de Caparroso dans la Navarre espagnole et vent au début du XVIIe siècle se fixer à Capbreton. Les bourgeois de Bayonne ne paient pas de droit sur les marchandises qui entrent dans le port[3]. Ce port franc de Bayonne étoit devenu l'entrepôt général du commerce entre la France & l'Espagne[4]. Néanmoins c'est une ville qui connaît un grand déclin économique. Le blason des Cabarrus est : De gueules, au chevron d'or, accompagné. de 2 étoiles d'argent, en chef, et d'une ancre de même en pointe (Navarre, Languedoc, Guyenne, Espagne)[5].

Dominique Eugène Cabarrus (17161799), son père, fait du négoce international. Il est échevin de Bayonne, fait chevalier en mai 1759. Vice-consul d'Espagne à Bordeaux[6], des lettres de noblesse et règlement d'armoiries anoblissent sa famille en 1789[7]. Les Fourcade, les Dubernad, les Lesseps et les Cabarrus, sans oublier les familles qui leur sont alliées vont tous se retrouver en Espagne à la tête d’importantes sociétés de négoces ou diplomates[8].

Le port de Bayonne.

Dominant le commerce mondial de la laine, mais ne négligeant en rien d’autres opérations, la maison de la famille de sa mère, une Lalanne, est l’une des premières de la ville de Bayonne.

François Cabarrus a un frère, Pierre Étienne, comte de Cabarrus[9], banquier à Bordeaux, négociant et consul de la bourse de Bordeaux et deux sœurs :

  • Jeanne, dont le fils est le négociant et homme politique français François Faurie,
  • Catherine Martine, mariée à un Haraneder de Saint-Jean-de-Luz propriétaire de la maison dite de l'Infante[10], d'une famille d'armateurs enrichis au XVIIe siècle, anoblie au XVIIIe siècle.

Biographie

Sa jeunesse

Son grand ami, Jovellanos.

Son père n’est pas qu’un riche négociant, c’est un savant et un zélé défenseur de la doctrine des solitaires de Port-Royal. Il est le fondateur de la loge maçonnique La Zélée de Bayonne. Il ne néglige rien pour donner une excellente éducation à son fils, qui dès sa plus tendre jeunesse, donne de grandes espérances. Il l'envoie, à l'âge de 11 ans, chez les pères oratoriens, à Condom, jadis illustrée par l'épiscopat de Bossuet.

Comme tous les membres de sa famille, il apprend à parler le français, le basque et l’espagnol. Dans cette région frontière il est de tradition même parmi les familles pauvres que les tous petits enfants babillent plusieurs langues.

Après s'être distingué dans ses éludes de la manière la plus brillante, François Cabarrus passe au collège de l’Esquille à Toulouse pour y faire son cours de philosophie; mais il multiplie les aventures amoureuses et revient brusquement à Bayonne[11].

Dès son entrée dans les bureaux de la maison paternelle, il demande, d'un ton décidé, à un vieux teneur de livres, quelle est la fortune de son père. Le commis lui ouvre les registres, et lui dit : cherchez ! Le jeune homme parvient à satisfaire sa curiosité avec l'intelligence d'un comptable déjà exercé.

Son attitude pousse son père à le soustraire à la corruption des mœurs d'une grande ville et de l'envoyer à Saragosse pour parler la langue espagnole couramment et s'y perfectionner dans le commerce. Mais ce genre d'études ne convient guère à François. Malgré un proverbe basque qui dit : Azerri, otserri[12], il est très content de quitter Bayonne, car les membres de sa famille sont déjà nombreux à faire fortune de l’autre côté des Pyrénées.

Il part en 1770 à Valence. Le jeune homme est accueilli par la famille d’un négociant important, un Français établi en Espagne et marié à une Espagnole. Cet industriel est un correspondant des sociétés commerciales des Cabarrus. L’une des filles de ses hôtes, Maria Antonia de Galabert y Casanova (1755-1827) tombe amoureuse de lui. Gouverneur Morris qui la rencontrera à Paris, en 1785, dira-d'elle : Elle a une très belle main et de très beaux yeux qui disent de façon très intelligible qu'elle est disposée à écouter chanter leurs louanges. L'historien Jules Bertaut en fera un portrait en rien flatteur : C’est une étrange créature, toute menue, le regard noir et perçant, le cheveu mousseux et poudré, lançant tout à trac un mot drôle, une réplique amère, vraie petite peste lâchée dans le monde. Enchantée de quitter la maison paternelle où elle s'ennuyait, ce démon femelle répondit avec empressement aux avances de François, lequel la demanda aussitôt en mariage[13]. Les jeunes amants se marient le 2 octobre 1772, sans l’accord des Galabert, à Valence. Dominique, le père de François est furieux et lui coupe les vivres.

Le jeune couple s'établit au château de Carabanchel Alto. Là, François Cabarrus reprend la fabrique de savon du grand-père et parrain de sa femme, mais il s'intéresse beaucoup plus à la politique et à l’économie qu’à cette activité industrielle. Heureusement pour ses projets, cet établissement est situé près de Madrid.

Le financier (1773)

Le siècle des Lumières a atteint Madrid. Avant de faire la conquête des pouvoirs économiques et politiques, François Cabarrus devient l’ami des élites intellectuelles madrilènes. Il est un grand admirateur des philosophes des lumières, notamment Rousseau.

Jovellanos, Olavide et Campomanes, vont lui permettre de devenir un familier de la cour, où les conseillers étrangers sont nombreux et très écoutés. Le roi Charles III, lui-même, est très favorable aux réformes, qui sont défendues par un cercle de d'hommes politiques, comme Gaspar Melchor de Jovellanos, Campomanes, Floridablanca et Aranda. Il faut moderniser un pays qui est très arriéré dans bien des domaines.

Parmi ces hommes politiques, Cabarrus se distingue, en particulier dans le domaine financier. Il participe aux réunions des Sociedades Economicos de Amigos del Pais, avec des francs-maçons, comme lui. Il est membre de La Grande Loge indépendante d'Espagne. Il participe aussi à la Sociedad Econòmica Matritense, où son côté muy español apparaît clairement, même s’il s’excuse presque d’être né à quatre lieues de l’Espagne. En 1781, il se fait naturaliser Espagnol avec toute sa famille.

Nous ne sommes qu’en 1773. François pense à ses cousins proches et il fait nommer, comme commissionnaires, pour percevoir les fonds de l’emprunt du canal de Murcie, les frères Dubernad, qui sont aussi amis[14].

Une expérience réussie : le papier monnaie (1779)

La guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique est déclarée, et en 1779, l'Espagne rejoint l'alliance conformément au pacte de famille entre les Bourbons. Privée de ses ressources du Mexique, le roi éprouve de l'embarras pour fournir aux dépenses de la guerre. Le gouvernement recherche les avis des personnes expérimentées, et le ministre des finances, qui avait distingué Cabarrus, le consulte sur les moyens de rétablir les finances et le crédit de l'état.

En France, les premières expériences de papier monnaie vont aboutir à des échecs.

Cabarrus conçoit alors le projet de la création des billets royaux, espère de papier-monnaie portant intérêt. On adopte son plan, et on crée pour dix millions de piastres en billets royaux, qu'on divise en coupures qui peuvent rendre plus facile le calcul des intérêts que chaque billet produit par jour. Ces billets doivent être renouvelés chaque année, et les intérêts échus payés au dernier porteur. Ils ont d'abord un très grand succès, et sont même préférés à la monnaie effective sur laquelle ils gagnent une prime, ce qui donne une grande influence à Cabarrus[15].

Voilà comment certains analystes Français voient le 22 septembre 1787 les réformes de François Cabarrus ; On avoit dit que le fameux Cabarrus feroit sur nos finances l'essai des talents qui lui ont si bien réussi en Espagne, et que la direction du Trésor royal lui seroit confiée. Il est en effet venu à Paris, mais, quoique la France soit dans un moment de crise, l'empirisme lui feroit encore bien plus de mal. Il faut d'honnêtes caissiers et point de charlatans financiers [16]. Cette réputation d’aventurier va lui rester. Pourtant en 1780 les dépenses de guerre espagnoles sont tellement énormes, que ces billets royaux et ses prêts évitent la banqueroute de l’État.

La banque centrale espagnole (1782)

La banque d'Espagne succèdera à sa Banco de San Carlos.

Le peuple espagnol au XVIIIe siècle est pauvre, alors que le gouvernement et la noblesse accumulent l'or et l'argent. Cabarrus imprime à ces métaux précieux du Mexique, inutilement entassé, le mouvement et la vie. Il les fait circuler dans toutes les classes de la nation, par la fondation de la Banco de San Carlos, ancêtre de la future banque d'Espagne. En réalité, il est à l’origine d’un plan de rétablissement d’une ancienne banque de Saint Charles, qui est recrée le 2 juin 1782, et dont il est nommé directeur.

Cette banque est chargée d'acquitter toutes les obligations du trésor. Elle est aussi chargée de l'administration des fonds des armées de terre et de mer. Elle a un rayonnement intérieur et à l'étranger, et le roi lui alloue une commission d’un sixième pour cent sur tous ses services. Le taux de ses escomptes est fixé à quatre pour cent. Le fonds capital de cette banque est porté à 15 millions de piastres fortes, et divisé en cent cinquante mille actions de 3 000 réaux chacune. Les avantages de l'établissement de cette banque sont consignés dans les comptes rendus des assemblées générales des actionnaires du 20 décembre 1783 et 22 décembre 1784[17].

François Cabarrus bénéficie du soutien total du roi Charles III d'Espagne.

Dans toute l'Espagne et en Europe, des commissionnaires sont désignés pour recevoir les souscriptions. Les parents de Cabarrus achètent de grosses quantités d’actions de la banque de Cabarrus et sont commissionnaires. Nous retrouvons les Lalanne (famille de sa mère), Antoine Galabert à Madrid (famille de sa femme), Lannux Dubernad et Cie à Séville, Veuve Lalanne et fils à Pampelune (famille de sa mère), Dominique Cabarrus et Pierre Faurie à Bayonne (Pierre Faurie est son beau-frère), Dominique Denis Cabarrus à Bordeaux, et des amis comme le comte d'Arboré, à Cadix et Antoine Arboré, amis des Dubernad, qui ont des sociétés à Morlaix, Cadix et Séville. Il nomme à Bayonne Dominique Cabarrus et fils jeune, la société de son père. Il fait appel à Bordeaux à Dominique Cabarrus cadet, fondée par son oncle. Aussi, quand la première assemblée des actionnaires s'ouvre dans la résidence du gouverneur du Conseil de Castille, parmi les 112 personnes ou institutions, les Cabarrus, les Lannux-Dubernad et les familles alliées sont très présents. Les Lannux sont aussi nommés consuls d'Espagne en France et maires de Morlaix. Ils allient donc le pouvoir politique au pouvoir économique. Et bien entendu leur soutien ne fait jamais défaut à Cabarrus, qui dispose également de l'appui des représentants du gouvernement, ce qui, ajouté à son éloquence, lui permet de conduire à sa guise les travaux de l'assemblée des actionnaires.

Le développement économique de l'Espagne en 1787 n'est limité qu'à quelques régions et est du en partie à des hommes d'affaires et des conseillers du roi étrangers, souvent Basques ou Béarnais.

D'ailleurs, Michel Zylberberg, dans son excellente étude sur les Français en Espagne au XVIIIe siècle, les cite et ajoute que les autres commissionnaires de la banque nationale de San Carlos sont pour la plupart Français ou d'origine française et que beaucoup parmi eux, avaient participé et participent avec Cabarrus, aux opérations de financement de la guerre toujours en cours.

Six maisons commerciales sont chargées de placer les 45 000 actions devant financer la guerre d'indépendance des États-Unis d'Amérique et elles appartiennent à des proches qui soutiennent ses projets[18]. Goya place son agent à la banque Saint Charles où son ami Cabarrus est directeur et il gagne beaucoup d’argent. Cabarrus comme le montre Michel Zylberberg c'est l'histoire non d'un homme, mais d'un réseau de natifs de Bayonne. Comme le dit un autre proverbe basque : Mendiac mendiac vear ez; baya guiçonac, guiçona bay ![19].

Son discours d'ouverture parle dès avant 1789, de la igualidad, la propiedad, la libertad. La principale tâche de l'Assemblée, consiste à élire la direction de la banque. Cela ne l'empêche pas de faire la traite des noirs, comme son père avant lui, et son fils lui succèdera dans cette activité qui n'est critiquée que par une minorité de leurs contemporains.

La Real Compañia de Filipinas (1783)

Le ministre, François Cabarrus, peint par son ami Goya.

La compagnie des Caraques avait essuyé des pertes considérables pendant la guerre. Elle avait été privée du commerce exclusif du cacao, dont elle n'a plus le privilège depuis 1784. Elle cherche à se rétablir. Cabarrus lui en fournit les moyens, en proposant d'unir le commerce de l’Amérique avec celui de l'Asie par les Philippines. Son plan est adopté, et la Real Compañia de Filipinas est créée le 10 mars 1783. La compagnie est instituée par une cédule royale du 10 mars 1785.

Le roi donne son nom à une île de cet archipel des Philippines[20].

Le canal de Cabarrus

Après avoir attaché son nom à la Banco de San Carlos et à la Real Compañia de Filipinas, Cabarrus veut acquérir de nouveaux, droits à la reconnaissance de sa patrie adoptive. À l’origine, Cabarrús avait observé que la position de la capitale l'expose a une disette de subsistances et à l'impossibilité de ne s'en procurer en tous temps qu'à des prix très élevés à cause de 1a cherté des longs transports par terre. Il conçoit le plan d'un canal de navigation prenant sa source dans la sierra de Guadarrama, passer à Madrid, s'unir au Guadalquivir. Il veut aussi mettre à profit les eaux abondantes des rivières Jarama et Lozoya, pour irriguer les terres sèches du sud de la Castille.

Cabarrús, avec ses fonds propres acquiert les droits des eaux des deux rivières, que la famille Echauz détenait. Le projet démarre. Le gouvernement approuve ce plan. Hélas, un ministre du nom Pedro López de Lerena, Comte de Lerena, ennemi de Cabarrus, fait ordonner la suspension des travaux en 1784. Le projet de canal de Cabarrus, sera repris et deviendra le canal de Isabel II, alimentant en eau la ville de Madrid.

Le Conseil des Finances

Dès le début de sa réussite Lerena est un ennemi de Cabarrus et de ses idées nouvelles.

En tant que membre le plus influent du Conseil des Finances, François Cabarrus est à l'origine de nombreuses réformes dans bien des domaines. En tant que membre le plus influent du Conseil des Finances, François Cabarrus est à l'origine de nombreuses réformes dans bien des domaines. Il est également responsable des hôpitaux (1786) et député de Madrid.

Les assemblées de la noblesse de Madrid conçoivent le projet de l'établissement d'un Mont-de-Piété pour secourir les veuves et les enfants des gentilshommes, à l'instar de pareilles institutions existantes dans d'autres parties du royaume, mais qui n'ont rien de commun que le nom de Mont de Piété établi en France. Cabarrus lit dans une séance de la société royale économique, un mémoire qui fait la plus grande sensation; il s'élève avec force contre les Mont-de-Piété en général. ' Les pauvres, s'écrie-t-il, se multiplient en raison même du nombre de fondations dont l'unique objet est de les secourir. Il préfère les enrichir par le développement de l'industrie, du négoce, des échanges financiers ou par de nouvelles techniques agricoles comme en Angleterre. Mais la noblesse espagnole n'est pas prête, excepté dans deux provinces, le Pays basque et les Asturies.

Le temps des calomnies

Tous les agioteurs et les monopoleurs de Madrid, de Genève et de Paris se liguent contre Cabarrus. Ils conçoivent le projet d'accaparer les actions de la banque de Saint-Charles. Pour atteindre ce but, ils font baisser le cours de ses effets, qui jouissent de la plus grande faveur. Ces spéculateurs ont recours à la plume vigoureuse de Mirabeau, qui la fait payer chèrement. Il publie un libelle intitulé : De la Banque d'Espagne, dite de Saint-Charles, par le comte de Mirabeau. L'auteur ne se borne point à décrier, dans cet écrit, il attaque les bases de cet établissement, les billets royaux, la Real Compañia de Filipinas, et François Cabarrus. Cet ouvrage a beaucoup d’impact. Cabarrus profite de tout son crédit pour faire interdire l'ouvrage en Espagne et en empêcher l'introduction. En vain !

Les actions de la banque tombent presque dans un discrédit total, dont la principale cause vient des négociants français, qui veulent diminuer le crédit espagnol et affectent une espèce de dédain pour cette sorte de monnaie, et usent de mille moyens pour la discréditer entièrement.

Cabarrus, qui jouit de l'estime et de l'affection publique, perd beaucoup dans l'esprit du peuple, qui le voit avec peine s'opposer à ces calomnies[21].

Cabarrús, achète le 31 décembre 1789 la baronnie de Rambouillet, dans la province du Languedoc, diocèse d'Aleth. Cette baronnie est composée des terres de Rambouillet, Prats, Frivillach et des châteaux Saquera et Rocabert et vaut 440 000 reales de vellon. Cet achat a été effectué par son Excellence Don Pedro Pablo Abarca Bolea, Ximénez d'Urrea, comte d'Aranda et de Castelflorida, Marquis de Torner de Villamant, lequel en a été autorisé par le roi de France Louis XVI, dans ses lettres d'avril 1782, et annotée dans les registres de la Salle du Parlement de Toulouse et par arrêté royal... Cela n'est qu'une partie de sa fortune qu'il estime à douze millions de reales, proprement et légitiment acquis[22].

La prison (1790)

L’achat des fonds publics français achève de le discréditer aux yeux des monarchistes et catholiques espagnols, ennemis de la Révolution française. On l'accuse de disposer de la banque comme de son propre bien et de confier à ses créatures tous les emplois qui en dépendent. Quand Charles III meurt en 1788, l'administration réactionnaire de Charles IV met un terme aux réformes des Lumières.

Cabarrus, en homme courageux, réplique en prononçant l'éloge de Charles III dans une séance de la Société économique de Madrid, fin 1789 et en profite pour insister sur le rôle crucial et positif de la philosophie des lumières dans le développement économique de l'Espagne. Cela va lui va la haine des membres de l'Inquisition et de tous les ennemis des Français et de leur Révolution. Ce discours est prononcé cinq mois après le 14 juillet 1789[23]. .

Les hommes qui avaient été ses conseillers sont suspectés et poursuivis. Cabarrus lui-même est accusé de détournement de fonds, arrêté le 24 juin 1790, et jeté en prison au château de Batres, une ville proche de Madrid.

Ambassadeur

Godoy est représenté par Francisco Goya au lendemain de la Guerre des Oranges (1801). C'est pour le prince de la Paix que le peintre réalisa La Maja nue (1797-1800) et La Maja vêtue (1800-1805), portraits provocateurs de la maîtresse de Godoy.

Le roi lui accorde sa liberté deux ans après, par la médiation de Godoy, prince de la Paix. Un jugement solennel le déclare innocent. Il reçoit des indemnités d'un montant de six millons de reales y est créé conde de Cabarrús, vizconde de Rambouillet et nommé gentilhomme de la Chambre par Charles IV, contre tous les statuts de la Castille[24].

C'est à la prière de la comtesse de Galvez, femme de Bernardo de Gálvez que le duc d'Alcudia a recours à lui pour faire parvenir une ouverture à la République au moyen de la correspondance qui subsiste entre lui et sa fille, madame Tallien[25].

Cabarrus, dont la fille a épousé le conventionnel Tallien, n’est pas étranger à la conclusion de la paix avec la France en 1795, et paraît avoir noué des intrigues à Paris en 1796 pour mettre sur le trône de France un infant.

En 1797, Godoy le fait envoyer en qualité de ministre plénipotentiaire au congrès de Rastadt. Flatté d'une pareille mission, qui le lance tout à coup dans une nouvelle carrière, Cabarrus choque par ses prétentions et son orgueil. Le ministre et favori du roi l'éloigne de la cour. Puis, ils se réconcilient, et Cabarrus est nommé ambassadeur de Sa Majesté Catholique près la république française. Mais le Directoire refuse de le reconnaître comme étant né Français, et Godoy l'envoie à La Haye.

A peu près à l'époque du mariage de Godoy, toujours en 1797, il consulte le comte Cabarrus sur la formation d'un nouveau ministère, et cet ami, aussi judicieux que bien informé, lui recommande les Espagnols les plus propres à faire honneur à son choix et à accomplir le bien du pays; tels étaient don Francisco Saavedra et don Gaspar Melchior de Jovellanos[26].

Murat, envoyé en Espagne par Napoléon Bonaparte, fait appel à ses conseils après les évènements de Bayonne.

François Cabarrus ne prend aucune partie dans les intrigues par lesquelles Charles IV est contraint pour abdiquer en faveur de Joseph Bonaparte[27]. Il est assigné à résidence à Torrelaguna, une toute petite ville à quatorze lieues de Madrid[28].

Ministre des finances

Joseph Bonaparte, roi d’Espagne (1808-1813).

Néanmoins, en 1808, lors de la pseudo-révolution qui semble chasser pour toujours les Bourbons du trône d'Espagne, Cabarrus vole à Madrid et s'empresse de faire sa cour à Joseph Bonaparte, frère de Napoléon Bonaparte, qui le nomme surintendant de la caisse de consolidation et ministre des Finances. C'est à cette époque que Cabarrus termine sa carrière politique.

François Cabarrus est prié par le roi de le rejoindre à Séville. Dès son arrivée, on met sur le tapis diverses questions de finances. Mais dès le début de cette réunion gouvernementale, le ministre est atteint d'une maladie qui, en moins de cinq jours, le conduit au tombeau. Il s’agit d'une attaque de goutte à la tête. Il meurt à Séville, le 27 avril 1810.

François Cabarrus laisse aux Espagnols le souvenir un homme de beaucoup d'esprit, d'une grande facilité dans les affaires et travailleur infatigable, mais ils lui reprochent de n'avoir pas le jugement solide ni le caractère nécessaire pour mener les affaires dans des conjonctures difficiles. Connaissant bien les finances d'Espagne qu'il aurait probablement conduites avec habileté sous l'ancienne monarchie, il est incapable de les faire marcher dans le bouleversement qui suivait la conquête. Il ne sait pas se dégager des liens de l'ancienne routine dans laquelle il s’est élevé, et n'a étudié, ni apprécié le système de la France qu'on veut et qu'on introduit en Espagne. C'est particulièrement à ce défaut qu'il faut attribuer les erreurs dans lesquelles il tombe depuis le moment de son entrée au ministère[29].

En raison de son soutien à Joseph Bonaparte, durant son court règne sur l'Espagne, François Cabarrus est considéré comme un afrancesado. Lorsque Ferdinand VII reviendra sur le trône, la famille de François Cabarrus sera persécutée, sa fortune et ses biens confisqués. Avec la tourmente politique qui suivit cette période, son héritage sera tantôt rendu, tantôt confisqué, à plusieurs reprises en fonction de celui qui gouvernait à Madrid.

On prétend même que ses restes sont enlevés de sa tombe dans la cathédrale de Séville et jetés dans le Guadalquivir D’après le comte de Melito, en réalité son corps est déposé dans l'église de Sainte-Marie.

Jovellanos écrit : C'est un homme exceptionnel, chez lui les talents rivalisent avec les faiblesses et les qualités les plus nobles avec les vices les plus extraordinaires.

Sa descendance

Portrait de sa fille par François Gérard (1804)

Ses biens sont partagés entre le seul de ses fils encore en vie en 1810, Domingo de Cabarrús y Galabert, à sa veuve María Antonia Galabert y Casanova (1755-1827), à son frère Pedro Cabarrús y Lalanne, et à son oncle Paulino Lalanne, frère de sa mère, et à son beau-frère Paul Faurie. Thérésa Cabarrus hérite elle-aussi de son père. Outre la vicomté de Rambouillet et des biens à Madrid et des fonds importants dans différentes banques, Cabarrus laisse des milliers d'hectares de terres dans la région de Valence, sur lesquelles il a fait creuser des canaux d'irrigation et qu'il a rendues fertiles par de nouvelles techniques agricoles[30].

François a deux autres fils, dont l'un meurt jeune et l'autre en 1794 sur un champ de bataille (à l'armée du Nord.

Sa fille Thérésa Cabarrus, dite Madame Tallien, est née le 31 juillet 1773 au palais de Carabanchel de Arriba, près de Madrid, et morte le 15 janvier 1835 au château de Chimay, dans le Hainaut, femme d'esprit et merveilleuse du Directoire sera princesse de Chimay, après avoir joué un rôle non négligeable pendant la Révolution française, d'où son surnom de Notre-Dame de Thermidor.

Son fils aîné, le second conde de Cabarrus, Domingo de Cabarrús y Galabert (1774-1842), gentilhomme de la chambre occupera diverses fonctions gouvernementales, notamment ministre, puis gouverneur des provinces de province de Palencia et province de Valladolid. Il se mariera avec Rosa Quilty y Cólogan. Leur fils se mariera avec Enriqueta Kirkpatrick, tante de l'impératrice Eugénie de Montijo et de la duchesse d'Albe[31].

Ses écrits

Ses Cartas sobre la felicilad publica, adressées à G. de Jovellanos, seront publiées après sa mort (1813) et plusieurs fois réimprimées. Mais il a écrit aussi :

  • Cartas sobre los obstaculos que la naturaleza, la opinion y las leyes oponen à la felicidad publica, escritas por el Conde de Cabarrus al S. D. Jovellanos, Madrid, 1813. Le recueil de ces lettres forme le résumé de tous les obstacles qui s'opposent à la prospérité de l'Espagne ; mais les moyens que l'auteur préconise pour les faire disparaître sont bien près de l'utopie. Dans cet ouvrage Cabarrus signale :
  • L'énormité des impôts indirects en Espagne.
  • La nécessité urgente de les réduire.
  • Les effets désastreux du monopole de certaines denrées alimentaires.
  • Les inconvénients de toute nature de l'alcavala y cientos.

Dans sa Sociedad economica, Jovellanos reprend les mêmes questions, mais il y ajoute la théorie du nécessaire. Pour eux l'idée de l'impôt direct foncier est déjà toute une révolution, puisque, de temps immémorial, la terre espagnole ne devait rien, ne payait rien. La contribution territoriale sera l'œuvre, en Espagne, du XIXe siècle. La semence jetée en Espagne par l'influence française et les hommes du XVIIIe siècle ne sera pas perdue. Elle mettra beaucoup de temps à germer parce que l'abaissement de l'Espagne et son épuisement sont profonds, la levée aura lieu par la suite. L’Espagne devra toujours une grande reconnaissance aux hommes d'État qui préparent son relèvement à cette époque.

  • Memoria presantado à S. M. para la formacion de un banco nacional, por mano del Excellentissimo Senor Conde de Floridablanca, su primer secretare de Estado. Madrid, 1782. Ce mémoire, pour l'établissement d'une banque, n'offre rien d'intéressant que son résultat, qui fut la banque Saint-Charles.
  • Cabarrus, François, Cte de, Mémoire du sieur François Cabarrus pour la création d'une Banque nationale, présenté à Sa Majesté Catholique par le comte de Floridablanca, son premier secrétaire d'État, le 22 octobre 1781. Imprimé par ordre du roi Langue Français Publication Madrid, impr. de I. Ibarra : 1782 (traduction du précédent mémoire)
  • Memoria sobre los montes pios, leida en la Real Sociedad economica de Madrid en 13 de Marzo de 1784.
  • Memoria sobre la union del commercio de la America con la Asia, leida en la junta general de la compania de Caracas, de 3 de Julio de 1784.

Memoria sobre los pesos, leida en la junta de la Direction del banco nacional de San-Carlo

  • Cabarrus, François, Cte de, Elogio de Carlos III, rey de Espana y de las Indias, leído en la junta general de la real sociedad económica de Madrid, de 25 de julio de 1789.
  • Lettre de François écrite de sa prison au prince de la paix.
  • Eloge de D.M. de Musquiz, ministre des finances.

Sa feuille périodique, Le diseur de rien, est supprimée par ordre du gouvernement.

Notes et références de l'article

  1. Regureiro Ovidio Garcia, Francisco de Cabarrus, Un personaje y su epoca, Madrid : Centro de Estudios Políticos y Constitucionales, 2003.
  2. L'Espagne éclairée de la deuxième moitié du XVIIIe siècle (1954).
  3. Dictionnaire universel des sciences morale, économique, politique et diplomatique; ou..., J. B. Robinet, p. 617.
  4. Correspondance secrète, politique & littéraire ou Mémoires pour servir à l'histoire des..., Guillaume Imbert de Boudeaux, Alexandre-Balthazar-Laurent Grimod de La Reynière, p. 4.
  5. Grand Armorial de France de Raoul de Warren
  6. Almanach Royal de 1766
  7. Arch. de Bayonne, AA 25. - avril 1789.
  8. Zylberberg Michel, Une si douce domination, Les milieux d’affaires français et l’Espagne en 1780-1808, Histoire économique et financière de la France. Études générales, 1993, p. 353-354, 358-360, et Ozanam Didier, La colonie française de Cadix au XVIIIe siècle d’après un document inédit (1777), Mél. Casa Velasquez, vol. 4, 1968, liste des maisons de commerce françaises à Cadix entre 1724 et 1791.
  9. Titre espagnol
  10. Ministère de la Culture, base Mérimée - Notice sur la maison de l'Infante, demeure d'Anne d'Autriche, où l'Infante Marie-Thérèse logea quelques nuits. Le nom initial de la maison est Joanoenia, c'est-à-dire la maison de Jeannot de Haraneder, selon Joseph Nogaret, Une famille de riches bourgeois sous l'Ancien Régime, les Haraneder, de Saint-Jean-de-Luz, bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Bayonne, 1933 - Documentation citée par Manex Goyhenetche, Histoire générale du Pays basque - tome 4, Elkarlanean 2002 (ISBN 2 9131 5646 0) , page 55
  11. Dictionnaire universel, historique, critique et bibliographique... d'après la 8me ed. publ. par MM. Chaudon et Delandine, 9me ed. revue et augmentée... par une société de savans français et étrangers, p.123.
  12. Pays d’étranger, pays de loup
  13. Madame Tallien, de Jules Bertaut.
  14. Michel Zylberberg, Une si douce domination, Les milieux d’affaires français et l’Espagne en 1780-1808, Histoire économique et financière de la France, Études générales, 1993.
  15. Biographie universelle ancienne et moderne : ou histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes / éd. par Louis-Gabriel Michaud. - Nouvelle édition, p.434.
  16. Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, Marie-Antoinette, la cour et la ville de 1777 à 1792. 1866.
  17. Dictionnaire universel, historique, critique et bibliographique... d'après la 8me ed. publ. par MM. Chaudon et Delandine, 9me ed. revue et augmentée... par une société de savans français et étrangers, p.123.
  18. Sources : A.H.B.E. Secretaria leg 454, Zylberberg Michel, Les milieux d’affaires français et l’Espagne en 1780-1808, p. 285, Historia de la vida y reinado de Fernando VII de España, con documentos justificativos, p. 371, A.H.N. Consejos leg. 20255.
  19. La montagne n’est pas nécessaire à la montagne, mais l’homme l’est à l’homme.
  20. Gé-Magazine n°178 de 12/1989.
  21. Dictionnaire historique, ou, Histoire abrégée, de François-Xavier Feller p.489.
  22. Gentlemen, Bourgeois, and Revolutionaries Political Change and Cultural, de Jesus Cruz, Publié 1996 Cambridge University Press, p.189.
  23. Gentlemen, Bourgeois, and Revolutionaries Political Change and Cultural, de Jesus Cruz, Publié 1996 Cambridge University Press, p.179.
  24. Viton de Saint-Allais, Nicolas. Nobiliaire universel de France, ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ...
  25. Souvenirs diplomatiques de lord Holland / publiés par... lord Henri Édouard Holland ; traduits de l'anglais, par H. de Chonski, Holland, Henry Richard Vassall-Fox (1773-1840 ; baron), 1851, p.65.
  26. Souvenirs diplomatiques de lord Holland / publiés par... lord Henri Édouard Holland ; traduits de l'anglais, par H. de Chonski, Holland, Henry Richard Vassall-Fox (1773-1840 ; baron), 1851, p.69 et 70.
  27. Dictionnaire historique, ou, Histoire abrégée, de François-Xavier Feller p.489.
  28. Nouvelle chronique de la ville de Bayonne, de Jean Baptiste Bailac, Un Bayonnais, p.407.
  29. Mémoires du Comte Miot de Melito. - 2ème et 3ème éd. rev. et augmentée, Miot, André François (1762-1841 ; comte de Melito)., p.142 et 143.
  30. Gentlemen, Bourgeois, and Revolutionaries Political Change and Cultural, de Jesus Cruz, Publié 1996 Cambridge University Press, p.183.
  31. Gentlemen, Bourgeois, and Revolutionaries Political Change and Cultural, de Jesus Cruz, Publié 1996 Cambridge University Press et Kirkpatrick of Closeburn (memoir), p.71.

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