Fau de Verzy


Fau de Verzy

Faux de Verzy

Un Fau de Verzy est un hêtre dit tortillard qui pousse en forêt de Verzy.

Il ne dépasse pas quatre à cinq mètres de haut.
En été, il étale ses feuilles en un parasol très dense, pouvant aller jusqu'à former une sorte d'igloo de feuilles.
En hiver, son architecture tourmentée se dévoile : troncs et branches tordus, coudés, torsadés, branches terminales retombant jusqu'au sol.
Des individus croissent également en Allemagne (région du Süntel, non loin de Hanovre), en Scanie (Dalby Söderskogs, près de Malmö, Suède, vers la limite boréale de l'espèce), au Danemark, en Lorraine, etc. L'origine unique ou plurielle de ces peuplements est en question.

Ces arbres donnent ainsi son nom, les Faux de Verzy, au site touristique situé en France au nord-est de la Montagne de Reims, au sud de Reims dans la Marne où l'on trouve la plus grande concentration mondiale de hêtres tortillards, estimée à environ un millier d'individus.

Le mot « fau » désignait le hêtre en ancien français (pluriel : faux, diminutif : fayet, fayard, foyard) ; il dérive du latin fagus, tandis que le terme « hêtre » est d'origine germanique).

Un sentier aménagé permet de les admirer, protégés par des barrières en rondins, sans que le piétinement leur soit nuisible. Une réserve clôturée permet de préserver une partie du peuplement.

Sommaire

Histoire

Une multitude de spéculations, des plus farfelues au plus plausibles, souvent sans fondement scientifique, ont été proposées pour déterminer l'origine des faux.

Leur présence à Verzy est attestée dans les cartulaires de l'abbaye de St-Basle[1] dès le VIe siècle.

Les moines les auraient multipliés par marcottes et transplantés en forêt pour faire un véritable « jardin botanique ». Ces grands voyageurs auraient, selon Y. Bernard[2] rapporté ici un précieux plant d'une région de l'est qu'ils évangélisaient.

Une légende invoque une punition divine contre les mécréants de Verzy [3], une autre la malédiction proférée par un moine de St-Basle[4].

Un hêtre tortillard nommé « l'abre des Dames>> (abre=arbre et Dames=fées) ou « Le Beau Mai » se trouvait au sud de Domrémy, déjà centenaire à l'époque de Jeanne d'Arc ; il était vénéré pour sa beauté et faisait l'objet d'un culte rustique : une procession s'y rendait chaque année pour chasser les mauvais esprits. Lors du procès de réhabilitation de Jeanne d'Arc (1450-1456), onze témoins parlent de cet arbre comme s'il s'agissait d'une information essentielle. (Georges H. Parent)[5]

En Allemagne, le « mystère » de ces arbres (Süntelbuche) est aussi évoqué :
Als Geheimnis der Süntelbuche gilt die bisher ungeklärte Ursache ihres seltsamen Wuchses. Für die Wuchsform wurden die Bodenbeschaffenheit, Bodeninhaltsstoffe, radioaktives Grundwasser, das Klima, strahlende Meteore, Form und Stellung der Knospen, unterirdische Hohlräume mit Luftströmungen oder „Erdstrahlen“ verantwortlich gemacht. Es gab die Vermutung, nur die an den „Hexenbesen“ wachsenden Eckern könnten wieder Süntelbuchen hervorbringen. Auch vorübergehender Wasserentzug bei Jungpflanzen wurde als Erklärung für den Krüppelwuchs in Erwägung gezogen, doch beweisen ließen sich all diese Spekulationen bisher nicht. ( La cause de l'étrange croissance des tortillards est un secret inexpliqué à ce jour . Pour la croissance, ont été rendus responsables la nature du sol, sa composition chimique, la présence de substances radioactives dans les eaux, le climat, des météores radiants, la forme et la position des bourgeons, des cavités souterraines avec courants d'air ou des rayonnements telluriques. Il y eut une présomption que les arbres à « balai de sorcière » pourraient engendrer encore des tortillards . En outre, le manque temporaire d'eau chez les jeunes plants a été considéré comme pouvant être pris en considération pour expliquer l'accroissement des malformations, mais toutes ces spéculations n'ont pas fait leurs preuves).

Biologie

Les hêtres tortillards, comme les hêtres communs, font partie de la famille des Fagacées.
Leurs particularités sont, outre la forme :

  • la longévité. Pas 800 ans, comme cela a été avancé, mais des comptages de cernes de croissance ont donné 350 ans à Verzy. Certains ont pu vivre 500 ans.
  • la capacité d'anastomose (soudure des branches, même entre arbres différents ou entre fau et chêne)
  • la capacité de marcottage
  • la rareté et le manque de fertilité de la mise à graines (un an sur cinq à sept, taux de germination inférieur à 10 %). De plus, les graines ne donnent que 40 % environ de faux.

La mutation génétique est actuellement l'hypothèse la plus probable concernant le phénomène « tortillard ». Survenue spontanément ou peut-être induite par un pathogène il y a plusieurs siècles, la mutation serait stable et héréditaire selon Rol[6].

F. Lange[7] propose l'hypothèse d'une mutation récessive, se fondant sur l'apparition dans une forêt de hêtres communs voisine d'un ancien peuplement de faux disparus, de semis spontanés de phénotype tortillard. Il y a alors extériorisation du caractère récessif présent chez des hétérozygotes de phénotype Hêtre commun.

L'hypothèse de l'accomodat, transformation dues aux contraintes exercées par le milieu, encore en vogue dans la région, ne peut être retenue : elle n'est pas génétiquement stable ; les tortillards transplantés de Verzy dans d'autres milieux ou greffés sur hêtre commun, en conservent l'aspect tourmenté.

Le sol de Verzy, peu favorable à la végétation, aurait-il pu entraîner l'induction d'une lignée de phénotype distinct de celle d'origine et génétiquement différente[8] ? Non, car alors pourquoi tous les hêtres de Verzy ne sont-ils pas tortillards ?

L'hypothèse d'un pathogène est compatible avec la présence à Verzy de quelques spécimens tortillards de chênes Quercus petraea et de châtaigniers Castanea sativa.
Toutefois, l'analyse microscopique photonique et électronique à transmission menée par Audran[9] en 1985 n'a pas permis d'y déceler la présence active de virus ou de mycoplasmes.

Sont aussi présents sur le site, et paraissant être de plus en plus nombreux au fil de ces dernières années, de curieux arbres de phénotype tortillards dont une branche présente un retour stable au phénotype commun. Ces « hêtres chimères » sont aussi nommés « révertants ».

L'étude comparative des ADN de hêtres communs, tortillards, pourpres et pourpre tortillard (un spécimen à Süntel) des sites de Verzy et Süntel par Anita Gallois[10] du laboratoire de biologie et physiologie végétale de l'Université de Reims en 1998 a permis de montrer que les différences morphologiques étaient bien dues à un facteur génétique, confortant l'hypothèse d'une mutation.

L'amélioration de la connaissance scientifique du phénomène tortillard dans l'avenir dépend bien sûr des programmes de recherche qui seront menés, selon les crédits octroyés.

Tourisme et perspectives

Les hêtres tortillards sont l'objet de soins depuis des décennies. Le site de Süntel, peu visité, s'enrichit de replantations sur greffes. Le site de Verzy qui appartient à l'ONF reçoit des centaines de milliers de visiteurs par an, menaces pour la survie de la variété. Le chemin forestier a été dévié pour diriger le flot des visiteurs vers quelques dizaines de spécimens entourés de barrières. Des panneaux explicatifs ont été posés et sensibilisent les promeneurs à l'importance de la sauvegarde d'un tel patrimoine naturel. Des récoltes de faines sont réalisées par l'INRA et le Conservatoire Botanique de Nancy. Le laboratoire de biologie végétale de l'Université de Reims a procédé à des micropropagations in vitro qui génèrent en totalité des tortillards replantables, alors que les graines germées n'en donnent que deux sur cinq en moyenne, et identifiables seulement après quelques années. La pépinière de Süntel (MM. Kleinschmidt et Bose) peut vous vendre des souches greffées de tortillards à partir de 50 euros. La contrainte, modérée, que nous devons supporter de la part du plan de protection est justifiée par le plaisir de transmettre ces beautés naturelles à nos descendants.

Références

  1. Dom Martène et Dom Durand, Voyage littéraire de deux bénédictins de la congrégation de St-Maur, Paris, 1717 et Dom Saulnier, La vie de saint Basle, hermite. 178O. Reims, Bibl. Mun. Carnegie, Cabinet des manuscrits
  2. Les faux de Verzy. Bulletin de la Société des Amateurs de Jardins Alpin. 6 (92) : 279-288
  3. Laplace Y. et Masson M. (1979). Les faux de Verzy. CRDP, Reims, France.
  4. Boureux J.P. (1992) Les faux de Verzy : naissance, développement et maintien d'une légende. In Sites et paysages. PNRdlMdReims (eds), Reims : 184-191
  5. http://www.mnhn.lu/recherche/ferrantia/publications/ferrantia48.pdf
  6. Rol R. (1955) Les faux de Verzy. Bull. Soc. Bot. France. 102 : 25-29
  7. Friedrich Lange: Morphologische Untersuchungen an der Süntelbuche. In: Mitteilungen der Deutschen Dendrologischen Gesellschaft. Ulmer, Stuttgart-Hohenheim 1974,67, S.24-44. ISSN 0070-3958
  8. Mercier J. et Capet H. (1987) Les faux de Verzy. L'écho de la forêt. 1 bis
  9. Audran J.C. (1985) Apport à la connaissance des Hêtres et des Chênes tortillards de la forêt domaniale de Verzy. Étude anatomique, histologique et cytologique de l'appareil végétatif aérien. Rapport pour le Parc de la Montagne de Reims
  10. A. Gallois, J.-C. Audran, M. Burrus, Assessment of genetic relationships and population discrimination among Fagus sylvatica L. by RAPD, Theo Appl Genet, 97, 1998, p. 211- 219

Liens externes

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