Famille d'Allemagne


Famille d'Allemagne

Sommaire

Histoire

La famille d'Allemagne est originaire de Provence, elle tire son nom de la baronnie d'Allemagne, petit village de Haute Provence, autrefois seigneurie de l'ancien diocèse de Riez.

Pendant plus de trois siècles, ce fief sera possédé par un rameau de la puissante maison des Castellane. Cette branche des seigneurs et barons d'Allemagne, se prolongera dans les Dumas de l'Isle à la suite du mariage en 1542 de Jean du Mas de l'Isle avec Honorade de Castellane, qui lui apporta la terre d'Allemagne[1].

Un siècle plus tard, vers 1650, par le jeu continu des alliances, ce fief changea encore de mains et passa dans la famille d'Oraison, puis dans celle de Varages.

Des cadets d'Allemagne allaient au fil des siècles quitter la Provence pour s'établir en Auvergne et en Bugey. La branche établie en Auvergne s'est éteinte au XVIIIe siècle, celle installée en Bugey est la seule qui subsiste encore de nos jours.

Les origines provençales

Le lieu d'Allemagne est déjà mentionné en 429 dans la chronologie de Lérins. Cité au XIIIe siècle, Armagna, viendrait de "areamagna" : grande plaine (de gravier). Cependant à la place du futur oppidum s'élevait un temple dédié à la déesse gallo-romaine Alémona, déesse chère aux mères et qui protégeait les enfants dans le sein maternel. C'est elle probablement qui a laissé son nom au village d'Allemagne, anciennement Alemania puis Castrum Alamonicum. Une antique statue de femme enceinte se trouve d'ailleurs au sommet de la fenêtre ouest du donjon du château. En outre Le Colostre, petit affluent du Verdon qui arrose le village, ne rappelle-t-il pas par son nom le colostrum, le premier lait maternel [2]?

Il en est par ailleurs fait mention du Castrum Allemaniae dans une vie de saint Hilaire d'Arles. La tradition raconte en effet que lorsque cet évêque, forcé de quitter le monastère de Moutiers pour aller prendre possession du siège d'Arles, passait à Allemagne, une colombe vint se poser sur sa tête. Le saint, à ce signe, reconnut la volonté de Dieu et se rendit sans peine aux vœux du peuple d'Arles qui était venu en foule au devant de lui[3].

Le château d'Allemagne, environné de prairies, est bâti dans une presqu'île formée par le vallon de Montagnac et la rivière du Colostre. Il n'y avait à l'origine dans la vallée que le donjon, considérablement agrandi et embelli dans les dernières années du XVe siècle par les seigneurs d'Allemagne, le château se trouvant sur la colline. A l'ancien donjon, énorme tour carrée haute de près de 25 mètres couvrant 144 m carrés, François de Castellane puis son fils Melchior, ajoutèrent un corps de bâtiment en retour d'équerre orné dans le goût des châteaux du centre de la France. L'ancien château fort devint une demeure claire et agréable, aux larges fenêtres à meneaux dont la plupart sont six partides, chose rare excepté dans les plus luxueux des châteaux de la Loire. Les gables des lucarnes du dernier étage sont ornés de lions assis. Ce qui fait de ce château un des plus beaux de la Haute Provence et le plus représentatif du plus pur style Renaissance[4].

Illustrations

  • Nicolas Marc Antoine du Mas, baron d'Allemagne. Il se rendit célèbre pendant les guerres de religions tant par ses talents militaires que par sa cruauté ; il s'empara de Fréjus en 1585. Le général de l'armée catholique, M. de Vins, vint mettre le siège devant le château d'Allemagne, où la baronne se trouvait seule avec sa garnison. Elle résista 16 jours et donna ainsi à son mari le temps d'accourir avec l'armée protestante renforcée de celle de Lesdiguières, son cousin. D'assiégeante, l'armée catholique se trouva assiégée et prise entre deux feux. La bataille se livra sous les murs du château et se termina par la défaite des catholiques qui perdirent 1200 hommes et 18 drapeaux. Mais un des derniers coups d'arquebuse frappa Marc Antoine à la tête et le tua sur le pont de son château. Sa veuve, Jeanne de Grasse, présida à ses funérailles et ne voulant pas le céder à son mari, même en cruauté, fit exécuter sur sa tombe onze gentilshommes qui étaient tombés entre ses mains[5].
  • Alexandre du Mas d'Allemagne, ayant eu une querelle en 1612 avec Annibal de Forbin, un duel s'ensuivit où les adversaires, dos à dos, un bras lié, se poignardèrent mutuellement en se retournant. Les biens des deux duellistes furent saisis par le Roi, mais la Reine Régente donna ceux d'Alexandre à son frère Jean Louis qui les remit à sa nièce Gabrielle du Mas que ruinait la confiscation. Alexandre et Jean Louis du Mas étaient fils de Nicolas du Mas
  • Jean Louis, baron d'Allemagne, s'étant attaché au service du duc de Savoie, fut général des galères de ce prince. Il passa du service du roi de France à celui de Charles Emmanuel Ier, pour la raison suivante : le baron d'Allemagne et le bailli de Forbin étaient dans l'escadre des galères de France sous les ordres de Pierre de Gondi, général de ces galères et Lieutenant Général du Roi dans les mers du Levant. Gondi à qui appartenait le droit de choisir son Lieutenant Général choisit Forbin. Le baron d'Allemagne réclama, prétendant le pas sur le bailli dont le brevet de capitaine était, disait-il, postérieur au sien. Gondi ne jugea pas cette réclamation fondée et conserva Forbin (…) doublement approuvé par Richelieu. Ne voulant pas servir sous un officier qu'il regardait comme son cadet, d'Allemagne se retira et demanda au Roi la permission d'aller commander les galères du duc de Savoie. Le baron d'Allemagne ne bouda pas longtemps la France. Il quitta le service d'Emmanuel II de Savoie, revint en Provence et de là à la Cour où, en 1635, le Cardinal lui confia le commandement de l'armée navale qu'il préparait contre les Iles de Lerins. Il y eut encore un choc, du Mas se trouva en présence du bailli de Forbin (les deux rivaux étaient encore une fois opposés l'un à l'autre, il y eut un second duel courtois entre eux, sous lequel était peut-être le souvenir du duel fatal de 1612). En 1646 (archives de la Marine) le baron d'Allemagne reçut 32 000 livres pour l'entretien ordinaire d'une galère commandée ci devant par le sieur Seguiras. Etat de 1636 : la galère d'Allemagne est portée avec cette note : "Capitaine, le baron d'Allemagne", cette galère existait encore en 1646 [6].
  • Joseph François de Varages, baron d'Allemagne (1760-1822), officier du régiment d'Angoumois, aide de camp du général de Villeneuve, il est blessé à Toulon en défendant la ville en 1793 [7]. Puis il émigra et vit ses biens saisis. Il ne rentra en France, ruiné, qu'à la Restauration.
  • Alexandre de Varages-Allemagne, baron d'Allemagne (1815-1890), dernier représentant de la branche restée en Provence, voulu laisser ses archives et souvenirs de famille aux petits fils du général baron d'Allemagne et de l'Empire pour perpétuer le souvenir de leur commune origine provençale. De ce fait, ils reprirent les armes des Varages-Allemagne (d’azur à deux lions affrontés d’or soutenant une étoile du même). Il est depuis de tradition d’écarteler les armes des d'Allemagne du Bugey avec celles des Varages d'Allemagne, soit « écartelé, aux 1 et 4 d’azur à deux lions affrontés d’or soutenant une étoile de même (qui est Varages) aux 2 et 3 mi parti coupé, au 1er d’azur à la tour d’or ouverte et ajourée de sable, surmontée de trois étoiles rangées en chef d‘argent, au 2e des barons militaires (de gueules à l’épée haute d’argent), au 3e d’or au pont de sable à quatre arches terrassé de sinople » (qui est d'Allemagne)

Branche du Bugey

Aujourd’hui, la branche fixée en Bugey depuis le XVe siècle est la seule subsistante.

Illustrations

  • Elle s’illustra particulièrement au XVIIIe siècle avec Claude d'Allemagne, alias Dallemagne (1754-1813), qui prit part à la Guerre d’Indépendance Américaine. Officier de l’armée royale et chevalier de Saint Louis, il participa aux campagnes du Directoire et du Consulat ; il sera général de division, commandeur de l’ordre impérial de la Légion d’Honneur, commandeur de l’ordre de la Couronne de Fer; membre du Corps Législatif dont il sera un temps Questeur puis vice Président. Napoléon 1er le créa baron de l’Empire.
  • Son petit-fils Abel, baron d'Allemagne (alias Dallemagne) , (1830 – 1910), avocat, Chevalier de l’Ordre d’Isabelle la Catholique (Espagne), chef de nom et d’armes à l’extinction de la branche aînée, consacra sa vie à la défense de la cause d’Henri V. Il fut longtemps collaborateur au journal légitimiste L’Union avec son cousin Henri, comte de Mayol de Lupé, dont il avait épousé la sœur,
  • Paul Anthelme, baron d'Allemagne, (1832 – 1923), frère cadet d’Abel, s’attacha à propager le culte de Jeanne d’Arc. Officier de cavalerie, il fut camérier secret de SS Léon XIII, Grand Croix de l’Ordre de St Grégoire le Grand, Grand officier des ordres de Pie IX et du Saint Sépulcre, Commandeur de l’ordre de Saint Sylvestre, épouse en premières noces Marie Emilie Maupetit (1846 – 1892), fille de Christophe baron Maupetit, et de Louis Ludivine Gaultier de Coutance ; en secondes noces (1895), Anne Elisa d’Abbadie d’Arrast
  • Léon d'Allemagne (alias Dallemagne) (1837 – 1907) peintre paysagiste de la Bresse et du Bugey, élève de Viot et Français, exposa au Salon de Paris de 1865 à 1872. Certaines de ces toiles sont aux musées de Bourg en Bresse ou Dijon.
  • Abel, baron d’Allemagne eut deux fils, André et Marcel qui seront également d’ardents défenseurs de la cause catholique et royale. Ainsi, Marcel, gentilhomme d’honneur de SAR le Prince Xavier de Bourbon, animera pendant de longues années la Pieuse Union de Saint Mayol avec le concours de son cousin germain Mgr Jean de Mayol de Lupé, chevalier de l’ordre constantinien de Saint Georges. Marcel, baron d’Allemagne, a été membre de la Société des Cincinnati de France dès sa reconstitution au début du XXe siècle. Son neveu, le baron Pierre d’Allemagne, fils d’André, lui succèdera au siège du général baron d’Allemagne. Aujourd'hui, le baron Philippe d'Allemagne, arrière-petit-fils d'André, lui a succèdé, il est en outre administrateur de la Société des Cincinnati de France. Quant au baron André Dallemagne, il fut maire de Belley de 1925 à 1943, puis maire honoraire. Il est l'auteur d’une « Histoire de Belley »
  • André d'Allemagne, petit-fils du précédent, figure de proue de l'indépendantisme québécois moderne, il était du petit groupe qui, en 1960, fonda le RIN (Rassemblement pour l'indépendance nationale). Théoricien politique au style limpide, André d'Allemagne est l'auteur d'un livre capable encore de nous éclairer sur bien des points trente-cinq ans plus tard, "Le colonialisme au Québec".

Armes

La famille d’Allemagne porte : Ecartelé, aux 1 et 4 d’azur à deux lions affrontés d’or soutenant une étoile de même (qui est d’Allemagne en Provence) ; aux 2 et 3 mi parti coupé, au 1er d’azur à la tour d’or ouverte et ajourée de sable, surmontée de trois étoiles rangées en chef d’argent, au 2e des barons militaires (de gueules à l’épée haute d’argent), au 3e d’or au pont de sable à quatre arches terrassé de sinople (qui est des barons de l’Empire)[8].

La branche de Provence a été anoblie par charge de Secrétaire du Roi en 1712, celle du Bugey titrée en 1813 baron de l'Empire

Principales alliances

Gaudet, Béatrix de Cuzieux, Jullien de Villeneuve, Mayol de Lupé, du Pont de Romémont, d’Abbadie d’Arrast, Maupetit, Buffe, Dombey, Madelin, d’Orival de Miserey

Nota : La famille d'Allemagne dont il est ici question, ne doit pas être confondue avec d'autres familles homonymes, non rattachées, et aujourd'hui encore représentées. Ainsi notamment une famille Dallemagne représentée à Paris et une autre famille D'Allemagne qui serait originaire de Suisse ou de Belgique et aurait donné des brodeurs parisiens au XVIIIe siècle, représentée aujourd'hui à Marne la Coquette.

Sources

  • Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle - Chaix d’Est Ange - (Tome I, page 138) :
  • Armorial général de Lyonnais, Forez, Beaujolais, Franc Lyonnais et Dombes - André Steyert (Waltenier 1842)
  • Armorial du Premier Empire - Révérend
  • Grand Armorial de France - Jouglas de Morena
  • Bulletins de la Pieuse Union de Saint Mayol
  • Annuaires de la Société des Cincinnati de France (1935 - 1969 - 2009)

Notes et références

  1. Généalogie de la Maison de Castellane. Martin
  2. Annales de Haute Provence, n°308-année 1998
  3. Bulletins de la Pieuse Union de Saint Mayol
  4. archives du Château d'Allemagne
  5. Histoire Héroique de la noblesse de provence - Artefeuil
  6. in Dictionnaire critique de biographie et d'histoire –article Allemagne- pages 26-27-28 par A. JAL
  7. SHAT
  8. Riepstap

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