Evo Morales


Evo Morales
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Evo Morales
Evo Morales at COP15.jpg
Mandats
65e président de l'État plurinational de Bolivie[1]
(&&&&&&&&&&&021295 ans, 9 mois et 29 jours)
Actuellement en fonction
Depuis le 22 janvier 2010
Vice-président Álvaro García Linera
Prédécesseur Lui-même
(président de la République)
65e président de la République de Bolivie
22 janvier 200622 janvier 2010
Élection 18 décembre 2005
Réélection 6 décembre 2009
Vice-président Álvaro García Linera
Prédécesseur Eduardo Rodríguez Veltzé
Successeur Lui-même
(président de l'État)
Biographie
Nom de naissance Juan Evo Morales Ayma
Date de naissance 26 octobre 1959 (1959-10-26) (52 ans)
Lieu de naissance Flag of Bolivia.svg Orinoca, Oruro (Bolivie)
Nationalité bolivienne
Parti politique MAS
Enfants Eva Liz Morales Alvarado
Álvaro Morales Peredo
Profession Syndicaliste, politicien
Religion Catholicisme romain
Résidence Palais Quemado

Coat of arms of Bolivia.svg
Présidents de la République de Bolivie

Juan Evo Morales Ayma est un leader syndical et homme politique de Bolivie, leader du Mouvement vers le socialisme (MAS). Né le 26 octobre 1959 dans l'Altiplano bolivien dans une famille aymara à Orinoca, une ville de mineurs du département d'Oruro en Bolivie, il a remporté l'élection présidentielle du 18 décembre 2005 (avec plus de 53% des voix). Entré en fonction le 22 janvier 2006, il est considéré comme étant le premier président bolivien d'origine amérindienne[2], la plupart de ses prédécesseurs ayant été soit des créoles, soit des métis.

Réélu le 6 décembre 2009 avec plus de 64% des voix[3], son parti, le MAS, détient aujourd'hui la majorité absolue dans les deux Chambres[3].

Sur le plan international, Morales est proche du président vénézuélien Hugo Chávez avec qui il partage certains éléments de sa vision socialiste de l'Amérique latine, tout en demeurant tributaire de ses origines plus ou moins indigénistes.

Sommaire

Période pré-présidentielle

Issu d'une modeste famille de paysans amérindiens, il doit rapidement mettre un terme à sa scolarité pour gagner sa vie. Il exerce alors des emplois aussi divers que peintre en bâtiment, maçon, boulanger ou bien encore trompettiste, avant d'effectuer son service militaire obligatoire[4]. Il prend finalement le chemin du Chapare, la zone de colonisation des migrants andins dans les basses-terres du département de Cochabamba. Face aux injustices dont lui semblent être victimes les habitants locaux, dont les revenus principaux sont générés par la production de coca, il décide de s'engager dans le combat politique et la lutte syndicale. En 1988, le gouvernement décide sous la pression internationale de détruire les récoltes et de les remplacer par d'autres cultures. La politique d'éradication de la coca (en), financée pour une grande part par la Drug Enforcement Agency provoquera sa rancœur vis-à-vis des États-Unis[5]. Elle nuirait selon lui aux petits exploitants sous couvert de lutte contre les narcotraficants.

Il ne parle ni l'aymara de sa région d'origine, ni le quechua de sa région d'adoption[2],[6]. Ainsi à chaque fois que Felipe Quispe (un rival politique et leader indigéniste) l'a mis au défi de débattre avec lui en public et en aymara, il a refusé [réf. nécessaire].

Contrairement à nombre de dirigeants syndicaux dont la rhétorique est la principale arme, Evo Morales est d'un tempérament plus discret et s'est parfois révélé être un piètre orateur. [réf. nécessaire]

L'émergence politique des cocaleros

Apparue pour la première fois lors d'un congrès extraordinaire de la Confédération syndicale unique des travailleurs paysans de Bolivie (CSTUCB) en 1988, la thèse dite de « l'instrument politique » défend la création d'un parti politique qui permettrait la participation des syndicats paysans au jeu électoral[7]. À partir de 1991, elle devient l'une des revendications portée par les représentants des cocaleros[8], et, en 1994, elle est majoritaire au sein de la CSTUCB.

Pendant l'ensemble de la décennie 1990, les nombreuses divisions persistant au sein des syndicats de planteurs de coca poussent cependant certains cocaleros à opter pour des stratégies d'alliance avec des partis politiques existants tandis que les fractions les plus radicales du mouvement paysan, comme certains kataristes, refusent tout bonnement le jeu électoral classique. Partagés entre la Gauche Unie (Izquierda Unida) et le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) de Jaime Paz Zamora, les syndicats paysans rejoignent aussi progressivement les groupes indigènes émergents tandis que se consolide un nationalisme cimenté par l'opposition à une politique anti-coca vécue comme une ingérence américaine.

L'axe Pachakuti constitue en 1993 une première tentative de candidature autonome, qui obtiendra un élu au parlement bolivien[réf. nécessaire]. En 1995, une grande partie du mouvement social se fédère autour de l'Assemblée pour la souveraineté des peuples (ASP). Elle fait campagne lors des élections législatives de 1997 avec la Gauche Unie qui obtient quatre sièges, dont un remporté par Evo Morales.

Au cours de la décennie, Morales devient ainsi l'une des figures reconnues du mouvement des cocaleros. Élu en 1996 à la tête des six fédérations de syndicats paysans de la région du Chapare, son implantation locale se concrétise en 1997 par une confortable élection au Parlement bolivien (plus de 70% des voix) [9].

Sa notoriété grandissante lui permet de doter le mouvement social paysan de son « instrument politique » avec la création en 1998 de l'« Instrument politique pour la souveraineté des peuples » (IPSP)[10]. La difficulté administrative de créer un parti le pousse, à l'occasion des élections municipales de 1999, à rejoindre le MAS qui bénéficie déjà d'une personnalité juridique. Autour de ce petit parti ouvrier à la faible audience va progressivement se fédérer une grande partie du mouvement social bolivien.

L'expulsion du Parlement

Morales siège au parlement sous les présidences de l'ex-dictateur Hugo Banzer et de Jorge Quiroga, alors que la campagne d'éradication de la coca s'intensifie avec le Plan Dignidad, lancé en 1998, qui affecte particulièrement le Chapare. Le député Morales dénonce une « militarisation » du conflit, et affirme en retour le droit des paysans à résister militairement aux troupes boliviennes qui tireraient sur les manifestants.

En janvier 2002, des affrontements opposent durant quatre jours des cocaleros aux forces de sécurité dans la région de Cochabamba, faisant neuf victimes (cinq paysans, trois militaires et un policier)[11]. Au regard des propos tenus par Morales[Quoi ?], la commission d'éthique du parlement le destitue peu après de son mandat législatif. En mai 2002, il dépose un recours devant le Tribunal constitutionnel pour violation de ses droits : selon lui, la présomption d'innocence, son droit à la défense et son immunité parlementaire aurait été injustement ignorés[12].

Le leader de l'opposition

En 2002 il se présente à l'élection présidentielle et obtient plus de 20% des voix, ne comptabilisant au premier tour que 2 points de retard sur le candidat élu (le libéral Sánchez de Lozada). Il s'impose alors comme une personnalité capable de fédérer l'opposition sociale et politique bolivienne au gouvernement néo-libéral de Gonzalo Sánchez de Lozada (alias « Goni »). La droite tente alors d'empêcher l'entrée de députés indiens (élus) du MAS au Parlement[2].

Les conflits sociaux s'exacerbent en 2003 concernant un projet d'exportation du gaz naturel (la Bolivie détenant les deuxièmes plus grandes réserves de gaz d'Amérique après le Venezuela) sans industrialisation préalable vers le Chili et, in fine, la Californie. La « guerre du gaz », dans laquelle Morales ainsi que Quispe sont particulièrement actifs, se solde par plus de 80 morts en octobre 2003, le président « Goni » ayant ordonné à l'armée de tirer par hélicoptères sur El Alto, la banlieue de La Paz. Les conséquences politiques de ce massacre l'obligent cependant à démissionner.

Le conflit du gaz persiste toutefois sous son successeur, Carlos Mesa, qui démissionne en 2005 pour des raisons également liées à l'industrialisation du pays. C'est aussi l'époque où le MAS devient la première force politique du pays : en 2004, les municipales attribuent au parti quelque 18% des suffrages.

Présidence

Article détaillé : Présidence d'Evo Morales.
Evo Morales et Lula da Silva le 13 janvier 2006

Élection présidentielle de 2005

Candidat à l'élection présidentielle bolivienne du 18 décembre 2005, plusieurs sondages le donnent vainqueur dès le premier tour. Le 19 décembre, il obtient 53,7% des voix[13] et devient le premier Aymara à accéder à la plus haute fonction de l'État. Il a pu compter sur le soutien d'Álvaro García Linera, sociologue qui a théorisé le mouvement social bolivien, et qui occupe maintenant le poste de vice-président. Symboliquement intronisé le 21 janvier 2006 par les représentants indigènes sur les ruines pré-incas de Tiwanaku, il prête serment, le lendemain, devant le Congrès en présence d'une dizaine de chefs d'États d'Amérique latine et d'Europe.

Il nomme son gouvernement le 23 janvier, composé de seize ministres, issus du MAS et des mouvements indigènes, paysans et syndicaux. Pour la première fois, une femme, Alicia Munoz Ale, obtient le ministère de l'Intérieur. Lors du discours effectué à l'occasion, Morales réaffirme sa volonté de « changer le modèle néolibéral » et de combattre la corruption, exigeant des membres de son gouvernement un « niveau zéro de corruption et de bureaucratie »[14].

Ses premières annonces concernent :

  • la production de coca : il a affirmé sa volonté de lutter contre le trafic de drogue et que l'une des lignes de son futur gouvernement sera : « zéro cocaïne, zéro trafic de drogue ». Mais il a précisé : « il ne peut y avoir, sous prétexte de lutte contre la drogue, zéro coca ou zéro cocaleros (le nom des cultivateurs de coca), il faut changer ces politiques ». Il désire, dans cette optique, voir dépénalisée au niveau international la culture de la coca. La mastication de la feuille de coca est une tradition millénaire[15] en Bolivie, et l'effet, bien que procurant une stimulation, n'a que fort peu à voir avec celui de la cocaïne[16].
  • la présence militaire étrangère : concernant les États-Unis, il estime que sous couvert de lutte contre la culture de la coca, les États-Unis installent des bases militaires. Il estime qu'actuellement : « dans le cadre de politiques de lutte contre le trafic de drogue, les forces armées et la police sont subordonnées à des forces étrangères armées et en uniforme ». S'y opposant, il a ajouté : « nous mènerons la lutte contre le trafic de drogue, mais sans aucune intervention policière ni militaire d'un pays étranger ».
  • la gestion des ressources naturelles : il ne compte pas chasser les multinationales du pétrole de son pays, mais nationaliser les entreprises exploitant les ressources naturelles, notamment l'industrie gazière et éventuellement pétrolière. En mai 2006, cette « nationalisation » passe surtout par une renégociation des contrats avec les multinationales[2].

Mandat

Une Assemblée constituante est élue en 2006 afin de réformer la Constitution du pays[2]. Au final, son gouvernement a mis l'accent sur l'alphabétisation, la pauvreté (augmentation du salaire minimum de 13%[2], la distribution de bons scolaires aux foyers pauvres[2], la loi de redistribution des terres[2]) et la mortalité infantile, se souciant ainsi des classes misérables, en majorité indigènes, et largement délaissées auparavant[3]. Sur le plan international, il s'est allié à Chavez formant ce que beaucoup considèrent comme une sorte de triangle Cuba-Venezuela-Bolivie, bien qu'il bénéficie aussi du soutien du Brésil de Lula avec qui la Bolivie commerce. En février 2007, il renvoie son ministre de l'Education, Félix Patzi, qui soutenait une réforme de l'éducation mettant l'accent sur les langues indigènes au détriment de l'espagnol, prenant ainsi ses distances avec l'indigénisme radical[2].

En 2008, il expulse l'ambassadeur américain Philip Goldberg et la DEA, l'accusant d'espionnage et d'opérations de déstabilisation contre son régime. La Bolivie était alors confrontée à une opposition sécessionniste de la part de certaines provinces, notamment de Santa Cruz. Suite à cela, les Etats-Unis ont retiré à la Bolivie le bénéfice de l'Andean Trade Promotion and Drug Eradication Act et l'ont classé comme l'un des « mauvais élèves » de sa « guerre contre la drogue »[17].

Élection présidentielle de 2009

Le 6 décembre 2009, Evo Morales est triomphalement réélu, en obtenant plus de 63% des voix, contre 27% à son principal adversaire, le conservateur Manfred Reyes[3],[18],[19]. Peu de temps après, Manfred Reyes, mis en examen, s'enfuit pour les États-Unis, tandis que l'ex-gouverneur de La Paz, José Luis Paredes, s'exile en Argentine pour des raisons similaires[3] ; Branko Marinkovic, ancien président du Comité Pro Santa Cruz qui avait aussi mené la fronde contre Morales, serait aussi en fuite (il est soupçonné d'être lié au complot du boliviano-croate Rozsa Flores, démantelé en avril 2009, et qui aurait visé à assassiner Morales)[20]. Avec la majorité absolue du MAS au Congrès et plusieurs personnalités de droite enfuies sous divers prétextes, la droite est pratiquement inexistante au niveau national, n'étant plus présente qu'au niveau régional.

Discours

  • (es) La revolución democrática y cultural : diez discursos (dix discours d'Evo Morales), Editorial Malatesta, Lima, 2006, 180 p.
  • (fr) Pour en finir avec l'État colonial : discours d'investiture présidentielle (préface de Danielle Mitterrand, traduit de l'espagnol par l'association Le Jouet enragé), Le Jouet enragé, L'Esprit frappeur, Paris, 2006, 87 p. (ISBN 2-84405-227-4)

Distinctions

à compléter

Notes et références

  1. Depuis l'approbation de la nouvelle Constitution le 26 janvier 2009, la forme longue de la Bolivie est État plurinational de Bolivie.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i Roméo Langlois et Pascale Mariani, La Bolivie veut retrouver ses racines indiennes, Le Figaro, 20 mars 2007
  3. a, b, c, d et e Evo Morales investi pour un second mandat, Le Monde avec AFP, 21 janvier 2010
  4. « Evo Morales », Les Échos, 11 août 2008, p. 28.
  5. Le Devoir, 31 juillet 2006.
  6. (en)"Coca grower gets presidency", New York Daily News, 6 juin 2007
  7. Sur la thèse de l'instrument politique, voir Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Raisons d'agir, 2008, pp. 54-68.
  8. Kevin Healy, « Political ascent of bolivia's peasant coca leaf producer », Journal of interamerican studies and world affairs, vol. 33 (1), 1991.
  9. Do Alto et Stefanoni, op. cit., p. 60.
  10. Do Alto et Stefanoni, op. cit., p.  61.
  11. Do Alto et Stefanoni, op. cit., p.  71.
  12. « From coca to congress. An Interview With Evo Morales », The Ecologist, 11 novembre 2002.
  13. http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/bolivie_509/presentation-bolivie_938/politique-interieure_4492.html
  14. « Evo Morales nomme un cabinet de changement », Le Devoir,24 janvier 2006, p. a5.
  15. Voir le mythe inca de Mama Coca
  16. (fr) Les fédérations et les syndicats de cocaleros en Bolivie
  17. Bolivia walks thin line as it struggles to battle coca production, Washington Post, 13 novembre 2010
  18. Dépêche Yahoo
  19. Les Boliviens élisent Evo Morales président pour un deuxième mandat, El Mundo, lundi 7 décembre 2009
  20. L'adversaire de Morales s'est exilé à Miami, Le Courrier, 16 janvier 2010

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • (de)(es) Janine Schildt, Evo Morales : die Konstitution einer neuen lateinamerikanischen Heldenfigur, Martin-Luther-Universität Halle-Wittenberg, Grupo de Investigación de Literaturas y Culturas de América Latina (GILCAL), Halle, 2007, 59 p. (ISBN 978-3-86010-924-3)
  • (en) Betilde Muñoz-Pogossian, Electoral rules and the transformation of Bolivian politics : the rise of Evo Morales, Palgrave Macmillan, Basingstoke, New York, 2008, 240 p. (ISBN 978-0-230-60819-1)
  • (es) Francisco Pineda, Evo Morales : el cambio comenzó en Bolivia, Almuzara, Cordoue, 2007, 173 p. (ISBN 978-84-96710-45-0)
  • (es) Muruchi Poma, Evo Morales : de cocalero a presidente de Bolivia, Flor del Viento Ediciones, Barcelone, 2008, 218 p. (ISBN 978-84-96495-22-7)
  • (es) Martín Sivak, Jefazo : retrato íntimo de Evo Morales, Debate, Buenos Aires, 2008, 336 p. (ISBN 978-987-1117-50-5)
  • (es) Elizabeth Subercaseaux et Malú Sierra, Evo Morales : primer indígena que gobierna en América del sur, LOM éditions, Santiago (Chili), 2007, 127 p. (ISBN 978-956-282907-6)
  • (fr) Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions : Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Éditions Raisons d'agir, Paris, 2008, 124 p. (ISBN 978-2-912107-39-8)
  • (fr) Denis Rolland et Joëlle Chassin (dir.), Pour comprendre la Bolivie d'Evo Morales, L'Harmattan, Paris, 2007, 447 p. (ISBN 978-2-296-04494-4)

Filmographie

  • (es)(fr) Abya Yala es nuestra/Abya Yala nous appartient, film documentaire de Patrick Vanier réalisé en 2007 en France et en Bolivie, France-Amérique Latine 33, Bordeaux, 2008?, 80' (DVD)

Liens externes

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