Emigration et Immigration Italienne


Emigration et Immigration Italienne

Émigration et immigration italienne

L’Italie de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle de ce siècle est plutôt une terre d’émigration et un réservoir à main-d’œuvre pour les pays plus industrialisés de l’Europe, mais aussi les États-Unis, elle est aujourd’hui, l’une des principales « porte d’entrée » de l’Europe pour les immigrants venus notamment du continent africain, des pays d’Europe de l’Est, et d’ex-Yougoslavie ; ainsi qu’une terre d’accueil pour ces migrants.

Sommaire

Emigration

La grande émigration

Dès l’Unité italienne accomplie, le nouveau Royaume d’Italie amorce, comme d’autres puissances européennes, sa révolution industrielle. L’Italie a du mal à rattraper des pays déjà plus avancés, tel que l’Allemagne ou la Angleterre, souffrant également d’un manque de matières énergétiques, notamment de charbon, essentiel durant cette période.

Date à laquelle la valeur de la production industrielle a dépassé la valeur de la production agricole[1] - Date à laquelle le nombre d'actifs employés dans l'industrie a dépassé le nombre d'actifs employés dans l'agriculture -
Royaume-Uni 1820 Royaume-Uni 1841
France 1845 Belgique 1890
États-Unis 1879 Pays-Bas 1890
Allemagne 1890 Allemagne 1907
Norvège 1900 États-Unis 1920
Suède 1900 Suède 1920
Danemark 1925 Danemark 1950
Italie 1935 France 1954
Italie 1961
Finlande 1970
Espagne 1981

Accentué par la transition démographique, amenant une surpopulation des campagnes et la transformation de ses structures agraires, l’Italie va connaître plusieurs grandes vagues d’émigration.

Première vague : 1880-1914, l’ouverture des principales voies de migration

L'Italie moderne qui a pris naissance entre 1860 et 1870, avec l'annexion de la moitié sud de la péninsule (le Royaume des Deux-Siciles), puis l'annexion définitive des États pontificaux est constituée de 15 millions d'habitants au nord auquel s'ajoutent 9 millions de sudistes (7 de la péninsule méridionale et 2 de la Sicile). Ainsi, en 1870, l'Italie a approximativement 25 millions d'habitants (contre environ 40 millions en Allemagne et environ 30 millions au Royaume-Uni) [2]. Lors de l'unification de l'Italie, Naples - ancienne capitale du royaume des Deux-Siciles - devient la plus grande ville du pays et ce, pour un certain nombre d'années. En 1900, l'Italie a un peu plus de 32 millions d'habitants.

Une grande partie de l'Italie au moment de l'unification est rurale et en 1861, presque 70% de la population est composée d'agriculteurs. L'unification a brisé le système féodal: depuis le Moyen-Âge et particulièrement dans le sud, les terres étaient la propriété inaliénable des aristocrates, des organisations religieuses ou du roi. La décomposition du féodalisme et la redistribution des terres ne permet pas aux petits agriculteurs de vivre de leur production. Beaucoup ne disposent que de toutes petites parcelles qu'il faut diviser au cours des successions patrimoniales[3]. L'Italie ne produit pas suffisamment de denrées alimentaires, la cause principale est le manque de capitaux et leur mauvais emploi, les riches propriétaires terriens plutôt que d'améliorer leurs terres, préfèrent en acquérir de nouvelles ou investir en titre, ce qui constitue le meilleur signe de progression sociale. L'impact de la politique sur la santé de la population est importante; en 1880, par le manque de programmation de plans d'aménagement des zones marécageuses, 600 000 personnes sont touchés par la malaria et dans les campagnes du nord la pellagre se développe, causée par la misère et la malnutrition provoquant 104 000 cas.

À partir de la fin des années 1880, l’Italie connaît notamment une grave période de crise caractérisée comme « les années les plus noires de l’économie italienne » par l’historien G. Luzzatto, provoquée par trois évènements majeurs :

  1. La rupture commerciale avec la France
  2. Une crise agricole (aggravée par la rupture précédente)
  3. Une crise immobilière et bancaire.

C’est dans ce contexte économique morose que débutent les premiers départs massifs d’italiens vers l’étranger. En même temps poussés par les transformations socio-économiques en cours dans le nord de la péninsule italienne qui touchent surtout la propriété de la terre, une partie des paysans vont être sollicités par les mines et industries de proches pays européens déjà industrialisés comme la France, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse ou le Luxembourg (mécanique, acier, textile)… manquant déjà de main-d’œuvre.

La direction générale de la statistique n'a commencé ses premières études statistiques officielles sur l'émigration qu'à partir de 1876. Les chiffres montrent comment l'émigration a augmenté de façon spectaculaire :

émigration italienne par régions 1876-1915

En extrapolant à partir des 25 millions d'habitants de l'Italie à l'époque de l'unification du pays, la fécondité et la mortalité, sans prendre en compte l'émigration, la population aurait dû atteindre environ 65 millions en 1970 alors qu'elle n'était, en raison de l'émigration au début du siècle, que de 54 millions [4].

Entre 1876 et 1900 on dénombre déjà plus de 220 000 départs annuels d’italiens.

Le taux migratoire moyen qui n'est que de 8 ‰ en 1894, va s’élever à 10 ‰ en 1900, avant de culminer à 25 ‰ (soit 2,5 % de la population totale) en 1913 avec près de 875 000 départs hors des frontières [5]. En tout, de 1900 à 1915, ce seront plus de 8 millions d’italiens qui quitteront le royaume[6] .

L'émigration n'est pas particulièrement contrôlée par l'État. Les émigrants sont souvent entre les mains d'agents soucieux de leurs intérêts. Les abus conduisent à une première loi votée en 1888 pour placer les agences de l'émigration sous le contrôle de l'État[7].

La loi n.23 du 31 janvier 1901 crée un commissariat à l'émigration qui a pour objectif d'accorder des licences aux transporteurs, des coûts fixes de billets, un ordre aux ports d'embarquement, la surveillance des conditions de santé pour les jeunes, la mise en place d'auberges de jeunesse et d'établissements de soins, et de conclure des accords avec les pays d'accueil pour aider à prendre soin de ceux qui arrivent. Cela inclut les discussions sur législation du travail aux États-Unis jugée discriminatoire à l'égard des travailleurs étrangers (1885) et même suspendre, pour un temps, l'émigration vers le Brésil, où de nombreux émigrants sont utilisés dans des conditions inacceptables[7]. Tous ces mesures favorisent l'émigration.

Les mouvements d’émigration concernent presque toutes les régions, y compris les plus dynamiques, comme la Lombardie, la Ligurie, l’Italie centrale. Même si certains de ces taux sont cependant inférieurs à la moyenne, car plus peuplés, c’est ce nord italien qui fournit une part importante des migrants vers l’Europe, et le sud vers les Amériques.

L'émigration en France

Les facteurs qui ont contribué à l'émigration italienne en France sont nombreuses, la France qui a tendance à contenir la croissance de sa démographie ne peut plus compter sur les pays limitrophes comme la Belgique ou la Suisse qui, sur le modèle français, ont un développement économique supérieur à l'Italie [8]. La France dont le développement est plus précoce a besoin pour soutenir son développement industriel et colonial d'une main d'œuvre importante. La proximité territoriale constitue un atout supplémentaire ainsi que la position de terre d'accueil que la France a traditionnellement tenu à l'égard des réfugiés politiques.

La première vague d'émigration italienne remonte à la fin du XIXe siècle, notamment en Savoie, avec l'arrivée de paysans en provenance du Frioul, du Piémont, de Gènes. Après la première guerre mondiale, une nouvelle vague est formée de migrants chassés par la pauvreté et de réfugiés politiques. Des heurts avec la population existent (notamment en raison de la hausse du chômage dans les années trente). La dernière vague s'installe dans les années cinquante et soixante.

C'est l'Italie septentrionale qui fournit le plus gros de la main d'œuvre et particulièrement le Piémont avec 30 % des migrants suivi de la Lombardie (20%) et de l'Émilie-Romagne (10%). Les principales zones d'implantation se trouvent à proximité des frontières, les Alpes-Maritimes (20%), le Var (10%) et les Bouches-du-Rhône (12%) qui avec la Corse représente le tiers de la population transalpine. Le deuxième pôle est constitué des départements proche de la zone alpine avec le Rhône, la Savoie, Haute-Savoie et l'Isère. Le troisième pôle est la Seine qui compte 24 000 italiens en 1896. Ce n'est qu'après la première guerre mondiale que de nouvelles régions attirent des émigrants, la Lorraine, le Nord-Pas-de-Calais, l'Aquitaine (Lot-et-Garonne), le Gers.

Présence italienne en France
En 1900, les Italiens dépassent pour la premières fois le nombre de Belges et en 1911 ils deviennent le premier groupe d'étranger en France, à cette date, ils constituent 36 % des émigrés et 1% de la population française.[9]

En 2008, environ quatre millions de Français ont des origines italiennes[10].

Les migrations transatlantiques

Au milieu des années 1880, plus de 50 % des départs se font vers le continent américain, dont les 3 principales destinations sont essentiellement les États-Unis, mais aussi le Brésil et l’Argentine. Les habitants du Mezzogiorno sont les principaux migrants à tenter l’aventure outre Atlantique, avec près de 70 % des départs vers les Amériques entre 1900 et 1914.

Emigrés italiens – moyennes annuelles :
date Total Destinations transocéaniques Pourcentage
1886 – 1890 221669 131005 59 %
1891 – 1895 256510 147443 57 %
1896 – 1900 310434 161901 52 %
1901 – 1904 [11] 510012 ... ...
1905 – 1907 739661 458303 62 %
1908 486674 228573 47 %
1909 – 1913 679152 404942 60 %
1914 459152 233214 51 %
Les États-Unis
Italiens dans Mulberry Street, Manhattan: une des rues de la Little Italy.

Aux États-Unis, bon nombre d’entre eux ne pensent pas rester bien longtemps : 20 % à 30 % rentreront en Italie. Ils sont contraints à accepter les postes les plus pénibles physiquement et les plus dangereux. Ils vivent dans des conditions que des américains eux-mêmes n'auraient jamais tolérées. Dans les années 1890, les Italiens représentent 90 % des employés des travaux publics de la ville de New York et la moitié d'entre eux sont manutentionnaires. Or 60 % de ces ouvriers étaient d'anciens agriculteurs ou métayers habitués à des travaux difficiles, comme l'a montré une étude menée en 1903 pour la ville de New York.

L'arrivée massive d'Italiens engendre une vague de violence parmi les Américains établis depuis plus longtemps sur le territoire, répondant selon eux, à des stéréotypes (on les dit sales, illettrés, dangereux, agitateurs, anarchistes, etc.). Après l'assassinat du chef de la police de la Nouvelle-Orléans par un membre de la Mafia, en mars 1891, des Italiens sont au centre de manifestations un peu partout dans le pays. Dès lors, les États-Unis commencent à s'interroger sur les problèmes liés à l'immigration de populations, notamment du Sud et de l’Est de l’Europe.

Le Brésil
Article détaillé : Immigration italienne au Brésil.

Au Brésil, entre 1870 et 1920 ce mouvement migratoire amena près d’1,25 million de personnes, principalement dans les plantations de café de la région de Sao Paulo. Selon les données de l'ambassade d'Italie de Brasília, 25 millions de Brésiliens sont descendants d'immigrants italiens. Cette population étant considérée comme la plus importante d’oriundi (« descendants d’Italiens ») hors d’Italie.

Immigration italienne au Brésil, selon les régions d'origine (1876-1920)[12]
Les migrations au sein de l’Europe industrielle

À partir de 1880, comme nous l’avons vu précédemment, les mines et industries des puissances européens (notamment France, Belgique et Allemagne) en manque de main d’œuvre viennent puiser dans les familles paysannes sans terre, du nord de l’Italie. Ces ouvriers sans qualifications trouvent aussi dans ces pays d’autres emplois tels que les travaux routiers, les chemins de fer, le bâtiment. Ces émigrés installés en France, en Belgique, et en Allemagne, se trouvent essentiellement dans les vallées de la Meuse et de la Moselle (France), de la Ruhr (Allemagne) et en Wallonie (Borinage-Belgique), ainsi que dans quelques grandes villes industrielles (Paris, Lyon, Marseille, Charleroi).

Au moment de la guerre de 1914-1918 des milliers d'Italiens de pays européens furent licenciés et nombre d'entre eux furent contraints de rentrer, souvent dans les campagnes du nord de la péninsule, où se trouvait leur famille, ou pour s’engager dans l’armée.

Comme le décrit François Cipollone dans une conférence à l’occasion du festival de la Géographie de Saint-Dié : « Ce retour massif vers la patrie dont certains sont revenus pour s'enrôler dans l'armée, rappelaient à beaucoup de concitoyens que s'ils étaient des transnationaux ils n'étaient pas des apatrides. Ils étaient « l'autre Italie » qui n'avait pas peu fait pour participer au développement du pays, par les rentrées de devises. On peut être à la fois citoyen du monde et citoyen de son pays, de son village. »

On évalue à 350 000 les émigrés qui passèrent par la gare de Milan entre juillet et août 1914. Cela aura pour conséquence de freiner, mais non pas d’arrêter, les mouvements migratoires entamés : il ne partira que 1,1 millions d’italiens durant ces 4 ans (contre 2,7 au cours des 5 années précédentes). La majorité d’entre eux migreront vers les Amériques.

Certains auteurs ont ainsi pu mettre en évidence une arrivée de capitaux dans la péninsule dû à l’argent épargnés par les émigrants. Ainsi entre 1891 et 1900, plus de 249 millions de lires sont ainsi rapatriés chaque année. Ces capitaux ont eu pour effet d’apporter de l’argent neuf sur le marché italien et la possibilité de donner au pays non seulement les moyens de maintenir ses exportations, sans accroître démesurément le déséquilibre de sa balance de payements, mais de renforcer indirectement la valeur de la lire sur les marchés financiers internationaux.

L'émigration européenne

Des efforts de limitation de l’immigration et de l’émigration italienne dans le monde

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les immigrés italiens européens qui étaient retournés chez eux durant le conflit reviennent avec leur famille, souvent agrandie entre temps. D’autres familles italiennes les suivent, s’installant dans les mêmes endroits que les migrants de la première vague, à proximité des industries et mines d’Europe du nord, devant faire face à la reconstruction et à une disparition de main-d’œuvre dues à 4 années de conflits, mais aussi dans les campagnes comme paysans, notamment comme dans le Midi de la France .

Aux États-Unis, le Congrès vote le Quota Act selon lequel ne sont autorisés à immigrer aux États-Unis que 3 % des nationalités présentes sur le sol américain en 1910. En 1924, le Congrès renforce cette loi en votant le National Origins Act, selon lequel ne sont autorisés à immigrer que 2 % de chaque communauté telle qu'elle était en 1890. Cette loi a été promulguée pour éviter l'émigration massive de populations du Sud et de l'Est de l'Europe.

L’arrivée du fascisme au pouvoir en Italie aura pour effet de couper les liens avec certains pays d’accueil comme le Brésil, en même temps le gouvernement de Benito Mussolini se met à contrôler les mouvements de populations qui quittent le pays.

Mussolini réglemente et encadre tout mouvement migratoire interne et externe ; il encourage les naissances et prône le retour à la mère patrie. Même avec une politique de prestige et d'armement censée relancer l’économie italienne, il ne réussit pas à arrêter ces flux de populations. Ainsi, tout cet arsenal n'empêche pas le départ de près de 2,6 millions d'émigrants dont beaucoup d'opposants au régime fasciste.

Face à la fermeture de frontières comme les États-Unis ou le Brésil (avec la politique « anti-migratoire du fascisme »), ces migrants réajustent leurs stratégies et s'en vont vers des pays tel que la France et l'Argentine qui leur restent ouverts. Ces deux pays accueilleront respectivement 45 % et 20 % des émigrés italiens durant l’entre deux guerres. En France ils sont plus de 800 000 ressortissants italiens à être comptabilisés lors du recensement de 1931.

Durant la crise des années 30, les industries licencient massivement, certaines régions/pays renvoient des immigrés italiens de leur sol. D’autres s’adaptent, comme en Moselle, où, malgré la récession, une partie d’entre eux restent pour travailler sur la ligne Maginot.

Avec le début de la Deuxième Guerre mondiale, un grand nombre d’émigrants installés en Europe vont devoir retourner dans leurs familles italiennes. On comptera près de 150 000 Italiens venus de France. Mais, durant cette période, des navires continuent, depuis les ports de Gênes ou Naples, à alimenter l'immigration aux États-Unis, bien que devenue plus restrictifs.

À partir de 1945 ; dernière grande vague de migration italienne

À la sortie de la guerre, l’Italie est le seul pays développé qui n’a pas achevé sa transition démographique. Ainsi, elle bénéficie d’une main d’œuvre nombreuse, mais aussi mieux formée qu’au début du siècle, restant souvent inactive. À l’heure où tous les autres pays sont à l’heure de la reconstruction, cette main-d’œuvre italienne commence à être prisée dans les autres pays européens mais aussi en Argentine. L’état Italien essayera de « vendre » ses émigrés aux plus offrants. Par exemple, avec la Belgique où, le 23 juin 1946, fut signé, à Rome, le protocole d'accord économique entre l'Italie et la Belgique, prévoyant l'envoi de 50 000 travailleurs italiens contre l'approvisionnement de trois millions de tonnes de charbon annuel ou encore avec l'Allemagne en 1955 par lequel est garanti le réciproque engagement en matière de migration ce qui amène presque 3 millions d'Italiens à passer la frontière pour chercher "fortune".

Ces accords, font changer en partie les trajectoires de l'après-guerre, les destinations extra européennes s'effondrant : Les États-Unis n'acceptant, à partir des années 50, que le regroupement familial et l'Amérique latine est en pleine crise économique et politique.

La France, à elle seule, reçoit jusqu’au milieu des années 1970 1,8 millions immigrés transalpins et est devenue, depuis les années 1930, le premier pays d'accueil. Les Italiens dans ce pays sont maintenant « invisibles » : « ils sont accueillis comme des cousins un peu turbulents, mais fréquentables ». Mais ce pays est délaissé progressivement pour d’autres destinations telle que l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg ou la Suisse, où les conditions de travail et salaires sont meilleurs. L’Italie de la fin des années 1950 connaît son « boom economico », né de la remise en route d’une industrie peu touchée par la guerre, d’une injection d’argent, puis surtout de la demande des ménages occidentaux des Trente Glorieuses, de produits italiens bon marché (favorisé par de bas salaires et les débuts de l’ouverture européenne).[réf. nécessaire]

Au début du XXIe siècle, 600 000 citoyens italiens de quatrième génération sont présents en Allemagne surtout d'origine sicilienne, calabraise et des Pouilles alors qu'ils sont 500 000 en Suisse auquel s'ajoute des Venitiens et des Émiliens[13]. Beaucoup ont un double passeport et la possibilité de voter dans les deux nations.

En Belgique et en Suisse, la communauté italienne reste la plus importante représentation étrangère bien que beaucoup sont rentrés en Italie lors de la retraite, souvent les enfants et petits-enfants sont restés dans le pays de naissance où ils ont désormais leurs racines.

Les migrations internes

Les migrations internes sont nombreuses au cours les années 1950 et 1960, elles sont essentiellement de deux types:

  1. Le déplacement des jeunes des campagnes vers les villes pour des motifs d'études.
  2. Le déplacement vers les villes industrielles de la zone nord-ouest par des jeunes garçons ayant un bas niveau d'étude. Les femmes émigrent dans un second temps suivant le principe du regroupement familial.

Depuis 1995, l'institut SVIMEZ (institut du développement du mezzogiorno) commence à observer la reprise de l'émigration interne. L'origine des flux continue à aller des régions du Mezzogiorno mais la destination se fait vers le nord-est et une partie du centre. Les régions les plus actives sont la Lombardie orientale, la Vénétie, L'Émilie-Romagne, la Toscane et l'Ombrie.

Populations d'origine italienne

Anti-italianisme lié à l'immigration

Le phénomène d'italophobie est surtout présent dans les pays Amérique du Nord et d'Europe septentrionale caractérisés par une ample immigration italienne destinée à couvrir les secteurs économiques considérés pénibles, comme celui des mineurs que les habitants du lieu refusent pour des raisons sanitaires et de convenances sociales.

Quelques exemples historiques

  • En 1890 à La Nouvelle-Orléans onze Italiens sont lynchés, tous siciliens, accusés d'avoir tué le chef de la police urbaine[17].
  • En août 1893 Aigues-Mortes est le théâtre d'un conflit entre ouvriers français et italiens employés dans les salins de Peccais, qui se termine par neuf morts et une centaine de blessés parmi les travailleurs italiens. La tension qui en suivi conduit presque les deux pays à la guerre[18].
  • Le "New York Times" publie le 1er janvier 1894 « Nous avons dans notre ville à peu près 30 000 Italiens provenant presque tous de la province napolitaine où jusqu'à peu, le brigandage était l'industrie nationale. Il n'y a rien d'étrange à que ces bandits continuent leur activité d'origine » la violence est présentée comme un produit d'importation associé à la culture et à la tradition des immigrants italiens[19].
  • Pendant le procès des anarchistes italiens Sacco et Vanzetti, à Boston en 1927, le sentiment contre les immigrants italiens apparait avec évidence et contribue sans être l'élément décisif à leur condamnation à mort.

Termes utilisés pour nommer les Italiens[20]

  • Maccaronì (utilisé dans les années 1950 et 1960 en Belgique contre les mineurs italiens)
  • Spaghetti
  • Spagettifresser (mangespaghetti, dans les pays de langues allemandes. Fressen désigne l'animal qui mange)
  • Los Polpettoes
  • Pizzagang
  • Garlics
  • Calzonee
  • Maiser (en Suisse, mangeur de polentapolentone)
  • Mozzarellanigger
  • Greaseball (aux États-Unis, pour la propreté et la mode de la brillantine)
  • Dago (aux États-Unis, utilisé pour les latins, de Diego ou de dagger, couteau)
  • Gino (au féminin: Gina)
  • Guido (au féminin: Guidette)
  • Goombah (dans la zone de New York, de l'italien compare, à travers le dialecte cumpà)
  • Wop (du napolitain guappo)
  • Wog (utilisé contre tous les hommes de peau sombre mais pas noire)
  • Itakas (en Allemagne, jeu de mots entre Italie et Itaca qui renvoie à vagabonds)
  • Rital
  • Carcamano (au Brésil, signifie malin, voleur, action de surcharger la balance avec la main)
  • Tano (en Argentine, signifie Napoletano)
  • Mangiabroccoli (en Argentine)
  • Gringo (en Argentine)
  • Tschinggali (en Suisse, fin XIXe siècle, de la transcription du son cinq!, utilisé dans un jeu très pratiqué par les Italiens)
  • Minghiaweisch (en Suisse pour les Italiens de seconde génération)
  • Tony (aux États-Unis avec l'intention de mettre en évidence ce prénom très commun et faire en même temps un jeu de mots, Antonio = Tony = TO NY traduction de À NY = celui qui vient À New York)

Immigration

L’Italie, une terre d’accueil de l’après-guerre

Les arrivées plus massives d’immigrés sur le sol italien sont un phénomène récent, amorcé dans les années 1970, à partir du moment où l’Italie connaît une forte période croissance économique.

Dès les années 60, on observe les premières migrations post-coloniales (avec le retour des italiens de Libye, d'Afrique du nord-est, doublé du départ de certaines populations éthiopiennes, érythréennes et somaliennes) ou encore le retour des émigrés italiens d'Amérique latine (durant la crise économique et politique qui sévit dans cette région à l’époque), commence à annoncer le phénomène.

La mise en place de flux migratoire vers l’Italie

Comme nous l’avons vu ci dessus, avec l’apparition de crises politiques (décolonisation), et économique (Amérique du Sud notamment), des migrants ou descendant de migrants italiens, reviennent vers ce pays, qui connaît une pleine croissance économique, appelé souvent « miracle économique italien » (miracolo economico ou encore boom economico par bon nombre d’économistes, le PIB progressant de 6,1 % par an en moyenne dans les années 50 et de 5,8 % dans les années 60, tiré par la production industrielle, le seul équivalent étant le Japon).

Avec la crise économique, survenu au lendemain des trente glorieuses, à partir milieu des années 70, les principaux pays d’immigrations d’Europe du Nord vont tenter de « fermer » progressivement leurs frontières. L’Italie devient alors une terre ne présentant peu de contraintes, car elle n’a jusqu’ici aucune législation et de pratiques, permettant de contrôler les flux d’entrées (à la différence de ses voisins). De plus étant un pays touristique, cela facilite les arrivées de personnes en quête de travail et disposées à accepter une situation d’irrégularité.

L’arrivée de ces nouveaux migrants ne se fait pas seulement par la relative pauvreté de ces personnes entre leur pays de départ et le sol italien, mais aussi par les nouvelles exigences de l'économie et de la société d'accueil qui ont besoin de main-d’œuvre, notamment pour des travaux peu qualifiés.

Certains secteurs saisonniers comme l’hôtellerie, l’agriculture, le bâtiment vont faire appel dès ces années 60-70 à de la main d’œuvre étrangère peu coûteuse, du fait de la disparition des dernières couches les plus pauvres du Mezzogiorno, dans les flux internes sud-nord. Dès les années 80, on trouve un nombre important d’immigrés établis dans des provinces telle que la Toscane, la Campanie, le Latium… acceptant des travaux précaires, dû à l’irrégularité de leur situation. Ces flux augmentent sans que ni les forces politiques, ni l’opinion publique italienne ne s’en émeuvent particulièrement. Aucune mesure spéciale ne sera prise par rapport à ce phénomène récent avant 1986. Jusque là les mesures concernant l’entrée et le séjour d’étrangers sur le territoire italien restent fondés sur des textes de 1931.

En 1986 les premières mesures prises visent à régulariser les étrangers déjà présents en Italie et à programmer les flux à venir. En 1989 est votée la loi Martelli (du nom du ministre de l’intérieur de l’époque), qui établit les bases d’un contrôle de l’immigration et permis dans un même temps la régularisation de près de 700 000 étrangers.

Dès lors les frontières de l’Italie commencent à se fermer elles aussi, les entrées prenant le plus souvent les voies clandestines (notamment en provenance du Maghreb et de l’Albanie), ce qui donnera lieu durant les années 1990 à plusieurs régularisations.

Historique des flux de migrants depuis les années 1980

Pour reprendre les mots de Clara Gallini, dans son article sur le racisme en Italie : « l'Italie est confrontée à l'arrivée massive d'une main-d'œuvre bon marché, qui s'est dispersée en diverses régions pour y occuper de multiples fonctions. En Sicile, les Nord-africains espèrent s'engager sur les bateaux de pêche ; en Campanie, des étrangers aux origines diverses attendent d'être embauchés comme ouvriers agricoles saisonniers et vivent entassés dans des bidonvilles […]. Dans les grandes villes les sans-travail et sans-toit cherchent un refuge dans des dortoirs provisoires tandis que les femmes de ménage sud-américaines ou en provenance des Philippines, dorment sur les divans des salons et confient leurs enfants aux crèches de solidarité. Dans les petites industries du nord, qui bénéficient d'un récent boom économique, on rencontre un petit nombre d'ouvriers dispersés mais en régulière augmentation. En Toscane, une minorité de Chinois s'organise en ateliers artisanaux. Un peu partout, on voit sur les places et les plages les vendeurs ambulants nord-africains ou sénégalais, « nomades » à la recherche d'une sédentarité toujours plus précaire. Peut-être les moins nombreux, à coup sûr les plus visibles, ils ont déjà un nom : les vu'cumpra', « tu veux acheter ? » […] »

À partir des années 1980, on assiste à une intensification des arrivées en provenance de la rive sud de la Méditerranée. Aux Tunisiens déjà présent dans l’agriculture du sud de la péninsule, et qui se stabilisent, viennent s'ajouter les Marocains, les Égyptiens (se distinguant par une trajectoire migratoire beaucoup plus stable, dont la destination est presque exclusivement les grandes aires urbaines, en particulier Milan) et, surtout à partir des années 1990, les Algériens. Mais c’est la communauté marocaine qui a le plus augmenté, pour devenir la plus nombreuse jusqu'au début des années 2000 (voir doc3).

Les années 1980 ouvrent aussi le front de l'immigration provenant de l'Afrique subsaharienne, jusqu'alors ponctuelle. C'est surtout l'Afrique de l'Ouest qui alimente ces flux migratoires parmi lesquels on distingue des migrants du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du Ghana, du Burkina Faso, du Nigeria… Toujours à cette époque, l'immigration destinée à occuper les emplois de travail domestique s'intensifie et, aux étrangers asiatiques déjà présent (Philippines…) s’ajoutent aussi l’Amérique du Sud (Pérou…).

Cependant la décennie 1990 se caractérise non seulement par la consolidation des flux migratoires existants, mais aussi par l'apparition soudaine de nouveaux dans tous les pays de l'Europe occidentale, liés à la chute du Rideau de fer et à la disparition du régime soviétique. L'arrivée de milliers d’Albanais pendant le printemps et l'été 1991 dans le port de Bari symbolise l'ouverture de cette nouvelle « frontière » orientale.

Les étrangers aujourd’hui sur le sol italien

Aujourd’hui, avec l’ouverture de l’Europe à l’est, le continent européen est à la première place (avec 47,9 %) suivi de loin par l'Afrique (23,5 %) en termes d’étrangers. Après la dernière régularisation, le classement des nationalités change de façon importante. Suite à la disparition du visa pour les Roumains, les demandes de régularisation présentées par ces derniers représentent un cinquième de l'ensemble des demandes de permis de séjour (150 000). Ainsi, la communauté roumaine est devenue la plus importante, tandis que le Maroc et l'Albanie en 2003 sont loin derrière, même s'ils enregistrent une légère augmentation .

Les principales nationalités en Italie
en 2000[21]
- Les principales nationalités en Italie
en 2003[22]
-
Maroc 149 500 Roumanie 239 426
Albanie 115 800 Albanie 233 616
Philippines 61 000 Maroc 227 940
Serbie 54 700 Ukraine 112 802
Roumanie 51 600 Chine 100 109
États-Unis 47 600 Philippines 73 847
Chine 47 100 Pologne 65 847
Tunisie 44 000 Tunisie 60 572
Sénégal 37 400 Sénégal 47 762
Allemagne 35 400 Inde 47 170
Sri Lanka 29 900 Pérou 46 964
Égypte 28 300 Équateur 45 859
Pologne 27 700 Égypte 44 798
Pérou 26 500 Sri Lanka 41 539
Inde 25 600 -
Autres pays 470 000 -
Total 1 252 000

1 409 251

Dont UE 145 800 -

Comme on peut le voir dans les tableaux précédent, l’Italie joue un rôle primordial dans l’immigration de populations venu d’Afrique, notamment d’Afrique du Nord : les marocains sont en 2001 la première population étrangère de la péninsule, avec près de 150 000 ressortissants, répartis essentiellement dans les provinces du Nord de l’Italie (voir carte). On trouve aussi des Tunisiens (44 000 étrangers), Égyptiens, mais aussi Libyens et Algériens.

La répartition des étrangers dans l’espace fait apparaître de nos jours une grande proportion d’étrangers en situation régulière dans les grandes régions urbaines et industrielles et une présence importante dans les régions à dominante agricole ou quand le commerce informel est développé (voir la carte Répartition des immigrés régularisés sur le territoire italien en 2002).

En 2005, on comptait en Italie près de 2,8 millions d’étrangers, mais ce chiffre ne se réfère qu'aux présences officielles et ne prennent pas en compte la dimension clandestine estimée entre 300 000 et 400 000 personnes. Ce chiffre inclut en revanche les étrangers provenant des pays les plus développés comme les États-Unis, la Suisse, la France

Les conséquences de cette récente immigration

La politique confuse et laxiste du gouvernement italien au milieu des années 90 ouvre un débat entre partis politiques, dont certains estiment qu’il est tant de stopper cette « invasion ». Certains partis politiques comme la Ligue Lombarde estime qu’il n’y a que la répression qui peut arrêter ce phénomène. Néanmoins les ligues du nord trouvent dans cette immigration, la légitimité de leurs vieilles revendications séparatistes entre le Nord et le Sud du pays, puisque le Mezzogiorno est la terre d’origine de plusieurs organisations mafieuses qui participent à cette immigration clandestine. Mais ces réserves n’empêcheront pas le gouvernement Berlusconi en 2002 de procéder à la régularisation de plus de 700 000 clandestins.

Si les gouvernements agissent par « réalisme », peu importe leurs bords politiques, l’opinion publique dans son ensemble est sensible aux risques de débordements insécuritaires liés à ces immigrés, véhiculé par les médias en ignorant le rôle économique qui leur est dû. Le quotidien roumain Cotianul estime que les migrants originaires de ce même pays contribuent pour près de 11 milliard d’euros par an à la richesse du pays et titrait à la une du 6 novembre 2007 : « ‘Romani di merda’ produe 11 milliarde pe an in Italia ».

L'Italie est par ailleurs le pays européen avec le plus grand nombre d'étrangers sans abri. C'est ainsi un pays dont le nombre d'immigrés est supérieur à celui des italiens parmi les clochards. En général, on remarque un dualisme important du marché immobilier qui révèle un processus d'exclusion sociale, caractérisé par une véritable discrimination pour l'accès au logement. En effet, aux migrants sont réservés les logements en mauvais état, ceux que l’on ne propose même pas aux italiens et, en plus, à des prix exorbitants : il s’agit de bassi, autrement dit d’habitations situées au rez-de-chaussée ou en tout cas sombres et malsains dans le centre des villes ou les pires logements des périphéries urbaines. Le logement précaire est très répandu parmi les clandestins : usines désaffectées et fermes abandonnées ou encore bidonvilles comme ceux de Villa Literno à Caserte, appelé le "ghetto", et qui avait été brûlé en 1995.

L’insertion progressive des immigrés dans la société italienne

On observe que les régularisations effectuées par les différents gouvernements ont eu pour effet à chaque fois de créer de nouveau appels de clandestins. En effet, après l’obtention de papiers, ces étrangers quittent les emplois précaires qu’ils occupaient jadis, faute de mieux. Et, dans bon nombre de cas, l’insertion professionnelle des migrants se fait dans des activités délaissées par les Italiens et que la sociologie anglo-saxonne définit par trois D : dirty, dangerous, demanding (sale, dangereux, difficile).

Ces immigrés tentent progressivement de s’insérer dans la société italienne, appuyés par des organisations non gouvernementales, ainsi que l’église (toujours très influente en Italie) avec par exemple Caritas, demandant une meilleure politique du regroupement familial, de reconnaissance des droits et d’accès à la citoyenneté.

Deux exemples illustrent le processus d’intégration et de stabilisation au sein de la société italienne mis en place par les migrants en l’absence d’une véritable politique d’intégration :

  • Tout d’abord, citons le rôle croissant du travail autonome des migrants. Les entrepreneurs étrangers sont au nombre de 170 000 dans la péninsule (voir document 6), un chiffre qui a doublé depuis la fin des années 90. Les secteurs les plus prisés étant le bâtiment, la restauration (surtout exotique), l’artisanat, les services (centres d'appel), l’agriculture et la confection.

Doc 6 :

On peut y lire : Déjà 170 000 d'entre eux ont créé leur entreprise – 30 000 en Lombardie, les marocains en tête.

Source : Il Sole 24 Ore, 7 février 2005

  • Autre indice de stabilisation des populations étrangères : la présence de familles (on assiste à une augmentation des regroupements familiaux et des permis de séjour pour raisons familiales, soit 400 000 permis de séjour, dont 60% au Nord) et surtout la présence de mineurs. Ce sont les données sur la scolarisation des mineurs qui soulignent l’évolution extrêmement rapide de la présence étrangère: au début des années 1990 il n’étaient que 180 000, en 2004 ils étaient 420 000 (voir document 7).

Doc 7 :

On peut y lire : L’école, en classe le record des étrangers - 420 000. Au nord, 7/100 ne sont pas Italiens.

Source : La Repubblica, 10 septembre 2005

Développement du racisme dans la population italienne

L'Italie, jusqu’aux années 1970, était beaucoup plus une terre d’émigration que d’immigration, bien que de petits groupes d’étrangers (minoritaires) vivaient déjà sur leur sol. L’absence de toute législation pour contrôler ces flux à partir du moment où ces étrangers deviennent de plus en plus importants, en plus de l'image véhiculée par des médias, inquiète la population.

À la fin des années 80, l’Italie est confrontée aux premières violences dites « racistes ». Par exemple, à Naples le 20 juin 1989, un homme s'arme d'un fusil, sort de chez lui et tire sur un marocain : « Ce sont des nègres, je n'en veux pas ici ! » Il en avait quatre comme voisins, ce qui l'exaspérait. Les journaux donnent l'information sans lui accorder beaucoup d’importance. Mais les médias sont beaucoup plus friands des violences dans le sens inverse…

Des tentatives d'homicides explicites motivent une série d'actions plus alarmantes. Le 23 décembre 1991 à Bologne, de deux à quatre jeunes armés s'approchent d'un camp de nomades et tuent deux femmes. Même dynamique quelques jours plus tard, dans un campement nomade, puis à Jesi, où une fillette est blessée de deux coups de fusil de chasse. L'action de Bologne est revendiquée par un groupe « Europe blanche », celle de Rome par un tract au contenu raciste. Au-delà de leurs conséquences, ces épisodes apparaissent comme très graves car ils semblent renvoyer aux formes bien plus structurées d'organisation paramilitaire et fasciste, comme il y en a dans les pays d’Europe du Nord.

Une politique migratoire limitée

C’est en premier lieu au sein de l’Europe que la politique italienne vis-à-vis de l’immigration est contestée. Les différents partis qui se sont succédé au pouvoir depuis les années 90, ont procédé à de nombreuses régularisations comme nous avons pu le voir précédemment. Lors d’une réunion interministérielle à Cannes en 1995, les partenaires européens ont essayé de faire pression sur l’Italie pour qu’elle abandonne ce genre de politique. La raison cachée étant qu’à l’heure de la « fermeture des frontières » face à l’immigration, les principaux pays d’accueil (Allemagne, France, Royaume-Uni…) craignent que l’Italie ne soit qu’une étape de migration : l’Italie étant membre de l’Espace Schengen, les étrangers qui obtiennent une régularisation peuvent ainsi se déplacer et s’installer au gré de leurs envies ou besoins dans cet espace.

Par ailleurs, au même titre que l’Espagne, de part leur situation péninsulaire et la difficulté de surveiller toutes les côtes, l’Italie est une des portes d’entrée de l’immigration clandestine (voir carte des immigrations clandestines en Europe). Les principaux flux viennent principalement d’Albanie, de Tunisie et de Turquie. Mais au nord du pays se développe aussi une immigration clandestine en provenance des anciens pays communistes d’Europe de l’Est à destination de l’Italie mais aussi d’autres pays européens. Face aux demandes de ses partenaires européens, il est difficile aux autorités italiennes de pouvoir contrôler tous ces flux, tant les entrées sont nombreuses sur le territoire.

C’est surtout les conflits émanant des différentes communautés, amenant un climat d’insécurité, qui inquiètent les populations. Le débat a été notamment ravivé ces derniers temps avec la découverte d’une romaine de 47 ans assassinée près d’un camp de tsiganes, le principal suspect serait un immigré roumain de 24ans et ce à une période où le ministère italien de l’intérieur publie ses chiffres confirmant une augmentation des délits sur le territoire. Ces nuisances sont souvent attribuées aux mafias de toutes nationalités (les plus visés étant les mafias albanaises, roumaines, etc..) qui contrôlent l’essentiel des vols à la tire ou des trafics en tout genre.

Depuis cette affaire, le gouvernement italien a décrété l'expulsion des immigrés délinquants (notamment roumains), même s'ils sont citoyens européens. Comme le titrait le quotidien roumain Cotidianul dans son édition du 5 novembre 2007 : les autorités essayent de réagir avant que les électeurs ne se désintéressent de la politique, la presse italienne (La Stampa, Il Sole-24 Ore,...) s’inspirant grandement de l’exemple de l’échec électoral de 2002 en France.

Conclusion

L’Italie, dès son unification au XIXe siècle, a été l’un des principaux pourvoyeurs de main d’œuvre des pays nord européens, mais aussi des pays d’Amérique (du Nord comme du Sud). Pendant longtemps des flux de ses migrants se sont installés de part le monde avec plus ou moins de difficulté.

À partir des années 1960 – 70, les départs sont compensés par les arrivées, tout d’abord des familles de migrants rentrant au pays puis, à partir des années 80, des populations d’Afrique du Nord et équatoriale pour pallier le manque de main-d’œuvre pauvre peu qualifiée et nécessaire à certaines activités (notamment l’agriculture). Non préparée à ce retournement de situation, l’Italie a du mal à trouver sa propre politique d’immigration. Le modèle d’intégration italienne connaît ses premières limites dès la fin des années 1980 ayant du mal à faire coexister les populations d'origine et ces nouvelles populations, indispensables pour des secteurs clés des économies locales du pays.

Mais, face au vieillissement de plus en plus important de la population italienne (ayant maintenant un solde naturel négatif, -0,5 ‰ en 2005 d’après Eurostat), l’immigration va apparaître de plus en plus comme une nécessité. L’Italie pourrait bien devenir un des principaux pays ayant été confrontés à l’ensemble des migrations des deux derniers siècles : émigration économique de la fin du XIXe au début du XXe siècle, émigration politique durant le fascisme puis immigration économique à la fin du XXe siècle.

Notes

  1. Source : Manuel d'histoire de première, Nathan, « J. Marseille » 1997
  2. (en)Statistiques de la population italienne
  3. McDonald, J.S. (October, 1958). "Some Socio-Economic Emigration Differentials in Rural Italy, 1902-1913". Economic Development and Cultural Change 7 (1): 55-72. ISSN 00130079.
  4. Sori, Ercole (1999). Guida all'Italia Contemporanea, vol 4. Comportamenti Sociali e Cultura: "Demografia e Movimenti di Popolazione". Garzanti, 32-38. ISBN.
  5. Monticelli, Giuseppe Lucrezio (Summer, 1967). "Italian Emigration: Basic Characteristic and Trends with Special Reference to the Last Twenty Years.". International Migration Review 1 (3, Special issue, The Italian Experience in Emigration): 10-24. ISSN 01979183.
  6. Michèle MERGER, Un siècle d’histoire industrielle en Italie, Industrialisation et sociétés 1880-1970, Sedes, 1998
  7. a  et b Cometti, Elizabeth (December, 1958). "Trends in Italian Emigration". The Western Political Quarterly 11 (4): 820-834. ISSN 00434078.
  8. Sori, 1989, 2001
  9. Altreitalie 26 L'emigrazione italiana in Francia, un fenomeno di lunga durata, Paola Corti, Università di Torino
  10. « Fils de deux patries » La Dauphiné libéré du 17 juin 2008.
  11. Données des destinations transocéaniques, non fournies par l'auteur pour ces année-là. Source : Istituti di Statistica, Somario di statistiche italienne 1861-1955, Roma
  12. Instituto Brasileiro de Geografia e Estatística (IBGE), pris à partir du site wikipédia
  13. Beaucoup d'Italiens du nord de la péninsule ont préféré la Suisse à l'Allemagne en raison du souvenir laissé par l'occupation allemande au nord de l'Italie pendant la seconde guerre mondiale
  14. italplanet
  15. a , b  et c http://www.migranti.torino.it/Documenti%20%20PDF/italianial%20ster05.pdf données de 1996
  16. (en) Detailed Tables - American FactFinder
  17. (it)Alberto Giovannetti. L'America degli Italiani. Modena, Edizioni Paoline, 1975.
  18. Alessandro Allemano. I fatti di Aigues Mortes (Agosto 1983) e le loro ripercussioni in Monferrato. URL consultato il 16/12/2007.
  19. (it)Site sur l'émigration.
  20. (it)Gian Antonio Stella. Quando gli albanesi eravamo noi.
  21. Source : d’après OCDE Tendance des migrations internationales, SOPEMI, 2001
  22. Source : d’après les données du ministère de l’Intérieur italien – 2003

Bibliographie

Voir aussi

Liens internes

Liens externes

Sources

Ouvrages

  • Jacques Barou, Europe, terre d’immigration, Flux migratoires et intégration, PUG, 2006
  • Christophe Z. Guilmoto et Frédéric SANDRON, Migration et développement, La Documentation française, 2003
  • Michèle Merger, Un siècle d’histoire industrielle en Italie, Industrialisation et sociétés 1880-1970, Sedes, 1998
  • Serge Weber, Nouvelle Europe, Nouvelles Migrations, ed. Le Félin, 2007

Articles - revues

  • Salvatore Carruba, Les Roumains ne sont plus les bienvenus à Rome, Courrier International, no 888, 8 au 14 novembre 2007, p. 19
  • Olivier Doubre, L’Italie et l’immigration : le chemin inverse, Politis, le 8 février 2007
  • Richard Heuze, L’Italie plus ouverte à l’immigration, Le Figaro, 24 juillet 2006
  • Scalabriniani, Anno XIV N.5, septembre octobre 2007
  • Gérard Vindt, Italie, le « miracle » de l'après-guerre, Alternatives Économiques, no 171, Juin 1999

Articles sur Internet

  • François Cipollone et René Georges Maury, L’émigration italienne : Hier et aujourd’hui - l’émigration historique : « un Ulisse Collectivo », Résumé de la conférence lors du Festival de la géographie de Saint-Dié, 2005, http://fig-st-die.education.fr/actes/actes_2005/cippolone-maury/article.htm
  • Clara Gallini, Mises en scène du racisme italien, Terrain, n° 17, octobre 1991, mise en ligne le 6 juillet 2007, [1]
  • Fabio Amato, L'Italie et les immigrés, un exemple d’intégration implicite, conférence lors du Festival de la géographie de Saint-Dié, 2005, [2]

  • (it) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en italien intitulé « Emigrazione italiana ».
  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Italian diaspora  ».
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