Elections legislatives francaises de 1973


Elections legislatives francaises de 1973

Élections législatives françaises de 1973

Les élections législatives de 1973 (cinquième législature) ont eu lieu les 4 et 11 mars 1973 (Ve législature).

Sommaire

Résultats

Partis ou coalitions Sigle Votes (1e tour)  % (1e tour) Sièges (2e tour)
Union des démocrates pour la République UDR 5 788 796 23,9 184
Mouvement réformateur MR 3 015 372 12,4 31
Républicains indépendants RI 1 674 772 6,9 54
Divers droite DVD 972 623 4,0 19
Centre démocratie et progrès CDP 906 136 3,9 23
Majorité présidentielle & centre 12 357 699 50,9 311
Parti communiste français PCF 5 156 619 21,3 73
Parti socialiste PS 4 579 888 18,9 89
Mouvement de la gauche radicale-socialiste MGRS 674 319 2,8 12
Parti socialiste unifié PSU 489 353 2,0 1
Gauche parlementaire 10 900 179 44,9 177
Divers et sans étiquette 562 850 2,3 -
Extrême-gauche EXG 321 292 1,3 -
Extrême droite EXD 122 000 0,5 -
Total 24 264 020 100 488
Abstention: 18,8% puis 18,1%

Composition de l'Assemblée nationale

Assemblée nationale Ve législature.png

Groupe Membres Apparentés Total  %
UDR 6) 162 21 183 36,73
PSRG 100 2 102 20,82
Communiste 73 0 73 14,90
RI 51 4 55 11,22
RDS(5) 30 4 34 06,94
UC (5) 30 0 30 06,12
Non inscrits 13 - 13 02,65
Total 459 31 490 100,0

5) fusionnent en juillet 1974 pour former le Groupe des Réformateurs, des Centristes et des Démocrates Sociaux (RCDS)

  • (6) devient en décembre 1976 le Groupe du Rassemblement pour la République (RPR)

Analyse des résultats

Depuis les élections de 1968, l'échiquier politique a fortement évolué en faveur de l'opposition, et ce depuis 1972. La gauche est majoritaire en voix mais la coalition formée par l'UDR, les républicains indépendants et le CDP remporte de justesse la majorité absolue. L'UDR, qui n'a plus à elle seule la majorité absolue, doit s'allier à ces deux partis pour gouverner.

Premier tour de scrutin

Quatre observations peuvent être formulées à l'issue du premier tour de ces élections législatives :

La bonne résistance de la majorité présidentielle

Contrairement à ce que les derniers sondages pouvaiant laisser prévoir, les formations de l'Union des républicains de progrès résistent assez bien avec près de 38 % des suffrages exprimés contre 43,65 % en 1968 et 37,73 % en 1967. Toutefois, force est de constater que ce relatif succès ne touche pas l'ensemble du territoire. Ainsi, si la majorité présidentielle conserve une forte implantation dans les départements conservateurs que sont le Cantal (55,23 %), la Haute Loire (57,33 %), la Mayenne (51,91 %) ou la Vendée (63,09 %), elle observe un recul dans certains de ses fiefs historiques comme l'Alsace-Lorraine ou la Bretagne-Normandie, conséquence sans doute de la faible personnalisation du scrutin et de la disparition de la figure du général de Gaulle qui permettait d'attirer un électorat populaire. Ce perte d'influence affecte plus l'UDR que les Républicains indépendants ou les centristes duhaméliens.

La poussée de l'Union de la gauche

L'union des principales formations de la gauche autour du programme commun obtient ses fruits. Les progrès constatés permettent d'effacer les lourds échecs des législatives de 1968 et des présidentielles de 1969 à l'occasion desquelles elle ne pût se qualifier au second tour. Or, cette percée profite plus aux socialistes qu'aux communistes qui conservent tout de même leur place de premier parti de la gauche.

Les socialistes consolident leurs positions dans leurs bastions traditionnels du Nord (26,7 %) et du Pas de Calais (28,2 %), du Sud-Ouest (42,46 % dans l'Ariège) et du pourtour méditerranéen de l'Aude (35,8 %) aux Bouches-du-Rhône (27,19 %), et effectue une progression remarquable dans l'Ouest (22,10 % en Loire Atlantique et 19,87 % dans le Finistère), dans la région Rhône-Alpes, dans la Dordogne et dans le Territoire de Belfort (36,7 %), sous l'impulsion de Jean-Pierre Chevènement. Les communistes, si ils voient leur situation se redresser légèrement par rapport au scrutin de 1968, ne peuvent freiner la perte de leur influence à Paris (18,86 %) au profit des socialistes. La concentration de l'essentiel de leur électorat dans leurs fiefs traditionnels prouve que leur souhait de reconquérir certaines couches populaires séduites par le gaullisme dès la fin des années 50 rencontre des résultats bien limités. Le réequilibrage des forces de gauche commence à s'opérer.

La contre performance du centrisme d'opposition

Le Mouvement réformateur ne parvient pas à atteindre l'audience espérée. Avec 12,5 %, il atteint un niveau similaire à celui du Centre démocrate aux élections législatives de 1967, preuve que le ralliement des radicaux valoisiens n'a eu qu'un effet de faible ampleur. Cependant, le centrisme d'opposition est en situation d'arbitrer des duels entre majorité présidentielle et gauche ans dans de nombreuses régions dont la Normandie, l'Est ou les Alpes-Maritimes. L'attitude du candidat réformateur en position de se maintenir sera donc déterminante dans l'élection ou non de candidats de l'URP. Les Radicaux (MRG) n'obtiennent que 2,8 % des suffrages leur plus bas niveau par rapport en 1962 (7,79 %).

La marginalisation des extrêmes

Les formations extrêmes de l'échiquier politique connaissent un cinglant échec.

À l'extrême gauche, le Parti socialiste unifié, avec 1,95 %, ne parvient pas à réediter sa performance de 1968 (4,94 %). Son électorat a été pour partie siphonné par le PS et les formations de l'extrême gauche trotskiste. Seuls Michel Rocard (24,3 % à la Celle Saint Cloud), Yves Le Foll (26,4 % à Saint Brieuc) et Roger Prat (11,3 % à Morlaix) arrivent, du fait de leur bonne implantation, à atteindre un score honorable.

L'extrême gauche trotskiste derrière Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire obtient un résultat particulièrement faible (1,25 %), qui s'explique sans doute par la non-participation et l'abstentionnisme qui caractérise son électorat potentiel, plutôt jeune.

L'extrême droite, avec 0,52 %, des suffrages exprimés est laminée. Le Front national qui s'était constitué pour l'occasion des élections législatives à partir notamment d'Ordre nouveau n'obtient que 1,33 % des suffrages exprimés et seul son président, Jean-Marie Le Pen, franchit le seuil des 5 % à Paris. Dans le Nord de la France, l'Alliance républicaine indépendante et libérale (1,59 % au niveau national), issue de l'Alliance républicaine pour les libertés et le progrès de Jean-Louis Tixier-Vignancour et se réclamant de la majorité présidentielle, obtient des résultats significatifs. Enfin le retour à la politique de l'ancien président du Conseil Georges Bidault se solde par un cinglant échec, avec seulement 3,51 % à Paris.

Second tour de scrutin

Conformément à la logique du scrutin majoritaire uninominal à deux tours, les résultats du premier tour se voient amplifiés au second.

La majorité présidentielle reste majoritaire

Les formations gouvernementales bien qu'affaiblies conservent la majorité bien qu'elles enregistrent des pertes dans le Nord, l'Est, l'Ouest et le Languedoc Roussillon. Plus précisément, la position de l'UDR au sein de l'Assemblée nationale est réevaluée. Les gaullistes (183 sièges contre 273 en 1968) devront compter, plus que jamais, sur leurs alliés Républicains indépendants (54 sièges) et centristes (23 sièges). Le retrait de candidats réformateurs a permis de limiter les pertes. La sauvegarde de la majorité par l'Union des républicains de progrès éclipse mal les défaites souvent surprenantes de certains de ses leaders. Ainsi Marc Jacquet (UDR) à Melun, Alexandre Sanguinetti (UDR) à Toulouse et Alain Griotteray (RI) à Alfortville sont battus. Les ministres René Pleven à Dinan et Maurice Schumann à Tourcoing, paient leur insistance à ne pas avoir repris leur ancien suppléant qui a fait campagne contre eux.

La gauche unie gagne des sièges

La représentation parlementaire de la gauche se renforce avec 176 députés contre 91 en 1968, même si elle n'égale pas le niveau de 1967. Les désistements se sont bien effectués. Toutefois, cette avancée réelle aurait pu être plus importante. L'attitude des centristes d'opposition durant l'entre deux tours a fait perdre aux socialistes une vingtaine du sièges. Majoritaire en voix, la gauche reste néanmoins minoritaire en sièges.

La progression de l'opposition profite surtout aux socialistes qui reconquièrent les positions perdues en 1968 en Languedoc Roussillon (Georges Frêche est élu à Montpellier) et dans le Puy-de-Dôme, et gagne de nombreux sièges dans ses terres de mission de Bretagne (Charles Josselin bat dans les Côtes du Nord le ministre René Pleven), en Aquitaine, dans les Pyrénées et le Territoire de Belfort où est élu Jean-Pierre Chevènement. C'est l'avènement de socialistes et de radicaux de gauche dynamiques tels que Pierre Joxe, Jean-Pierre Cot, Georges Fillioud, Louis Mermaz ou Michel Crépeau promis à une belle carrière.

Les communistes gagnent 39 élus constitués pour partie d'anciens des députés de 1967 battus l'année suivante comme Louis Maisonnat à Vizille, Marcel Rigout à Saint Junien, Paul Laurent à Paris, Pierre Juquin à Savigny sur Orge ou César Depiétri à Moyeuvre-Grande. Le PCF rencontre un franc succès dans le nord de la région Midi-Pyrénées (Lucien Dutard élu à Sarlat), dans le pourtour méditerranéen avec la prise du siège de Nîmes ou d'Arles aux socialistes et dans le Nord de la France (Daniel Le Meur à Saint Quentin, Roland Renard à Chauny, Jean Bardol à Boulogne sur Mer, Joseph Legrand à Carvin, Jean-Jacques Barthe à Calais ou Albert Maton à Maubeuge) malgré la perte du siège de Saint-Amand-les-Eaux. Toutefois, il connaît un recul prononcé en Corrèze, dans le Gard et dans le Pas de Calais.

Le PSU, conséquence de son faible score du premier tour, ne conquiert que le siège de Saint Brieuc. Son leader, Michel Rocard, est battu dans les Yvelines. Son influence idéologique ne trouve aucune traduction réelle dans les urnes.

Le centrisme d'opposition se ressaisit

Bien que les résultats du premier tour n'aient pas été à la hauteur de ses espérances, le Mouvement réformateur de Jean Lecanuet et Jean-Jacques Servan-Schreiber remporte un succès inattendu et double sa représentation parlementaire, passant de 15 à 31 sièges, ce qui lui permet de former un groupe parlementaire autonome. Les gains des sièges de Villeurbanne, de Mulhouse, de Rouen ou de Saint-Amand-les-Eaux sont, à cet égard, symboliques. Cependant, le gaulliste de gauche Jean-Marcel Jeanneney échoue à conquérir le fief familial de Vesoul.

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