Douanier Rousseau


Douanier Rousseau

Henri Rousseau

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Moi-même, Portrait-paysage (Autoportrait) de Rousseau, 1890, Prague, Galerie nationale

Henri Julien Félix Rousseau dit le douanier Rousseau, né le 21 mai 1844 à Laval et mort le 2 septembre 1910 à Paris, était un peintre français, généralement considéré comme représentatif des peintres naïfs.

Sommaire

Biographie

Issu d'une famille modeste, il est le fils de Julien Rousseau (1808-1868), ferblantier et d'Eléonore Guiard (1819-1890)[1]. Il devient commis d'avocat à Nantes (Loire-Atlantique). Il s'engage dans l'armée peu après pour éviter les poursuites secondaires à un vol chez son employeur. Il est libéré en 1868 à la suite du décès de son père et rejoint alors Paris.

Il épouse en 1869 Clémence Boitard avec qui il aura sept enfants, dont un seul parviendra à l'âge adulte. Il entre, après la guerre de 1870, à l’Octroi de Paris, comme commis de deuxième classe. Cet organisme perçoit les taxes des marchandises entrant dans Paris. De là vient son surnom « le douanier ». Il débute alors sa carrière de peintre en autodidacte. Il obtient une carte de copiste au musée du Louvre, ce qui lui permet de se familiariser avec les chefs-d’œuvre. Son entrée dans la vie artistique est donc relativement tardive. Il tente sans succès d'exposer au Salon officiel en 1885 et c’est seulement en 1886 qu'il participe au Salon des Indépendants, grâce à l'absence de jury d'entrée. Il y expose plusieurs tableaux dont Une soirée au carnaval.

Henri Rousseau en 1902

Sa notoriété s'accroît avec les années et il continue de participer chaque année au Salon des Indépendants. En 1891, il y montre son premier « tableau de jungle », Surpris !, représentant la progression d'un tigre dans une brousse luxuriante. Cette œuvre est particulièrement appréciée par le peintre Félix Vallotton, parlant à son propos d'« Alpha et d'Oméga de la peinture ».

Sa femme meurt en 1888 et sa situation financière devient difficile. Il héberge un temps l'écrivain Alfred Jarry et il prend sa retraite de l'octroi en 1893 pour se consacrer à la peinture, ce qui ne lui apporte pas suffisamment de revenus pour vivre. Il donne alors des cours de violon et écrit plusieurs pièces de théâtre. Il se remarie en 1899 avec une veuve, Joséphine Noury.

Petit à petit, il se fait reconnaître et estimer par les peintres avant-gardistes tels qu'André Derain ou Henri Matisse. Il se lie d'amitié avec Robert Delaunay, avec Guillaume Apollinaire, puis avec Pablo Picasso.

Le 2 septembre 1910, il meurt de la gangrène à l’hôpital Necker à Paris.

Son œuvre

Pour peindre, il s’évertue à reproduire ce qu’il voit et essaie de faire coïncider ce qu’il voit avec ce qu’il sait des faits. L’exotisme abonde dans son œuvre même si Rousseau n'a pratiquement jamais quitté Paris. Son exotisme est imaginaire et stylisé, issu du Jardin des Plantes, du jardin d'acclimatation, des revues illustrées ou bien des revues de botanique de l’époque. Grand solitaire, il jouit cependant de la protection et de l’admiration des milieux artistiques d’avant-garde. Coloriste original, avec un style sommaire mais précis, il a influencé la peinture naïve.

L'œuvre de Rousseau a momentanément freiné la progression des recherches artistiques menées par les peintres futuristes italiens, qui sont revenus à une peinture naïve pendant une courte période précédant celle des «  polymatières ».

Les jungles

Combat de tigre et buffle, 1891

C'est l'une des thématiques les plus fécondes du peintre qu'il poursuit jusqu'à sa mort.

Toujours dans une flore exubérante et totalement inventée (en témoignent les nombreux régimes de bananes qui pendent à chaque branche, ou la disproportion des feuillages), il met en scène des combats féroces entre un fauve et sa proie (sauf dans Tigre combattant un nègre), ou au contraire, un portrait plus apaisé d'un grand animal, comme dans les Singes farceurs. Ces animaux lui ont été inspirés par ceux de la ménagerie du jardin d'Acclimation et par des revues.

Dans ses dernières « jungles », il a représenté des personnages (dans La Charmeuse de serpents et Le Rêve) en harmonie avec la nature. D'abord critiquées par leur manque de réalisme et leur naïveté, ses « jungles » seront plus tard reconnues comme des modèles par tous, d'où cette phrase de Guillaume Apollinaire lors du salon d'Automne où Rousseau exposa Le Rêve : « Cette année, personne ne rit, tous sont unanimes : ils admirent. »

Les paysages

Vue du pont de Sèvres, 1908

Ils sont soit végétaux, intemporels, représentant des lieux qu'il connaît bien (berges de l'Oise), soit plus urbains. Ils comportent souvent des détails en rapport avec le progrès technique de son temps : dirigeable, poteaux télégraphiques, ponts métalliques, la tour Eiffel. Ces paysages restent cependant dans un tonalité naïve. En effet, Rousseau n'y fait apparaître aucune notion de perspective.

Les portraits

Les personnages sont figés, de face, le visage le plus souvent inexpressif. S'ils sont plusieurs, ils sont représentés simplement juxtaposés. Ils paraissent massifs, gigantesques en comparaison avec les éléments du décor, mais cela semble être une conséquence du fait que le peintre ne maîtrise pas la représentation des perspectives. En effet, le paysage est presque au même plan que le sujet, avec son foisonnement de détails mais à la perspective absente. Ses portraits sont le plus souvent sans nom, même si des indices permettent d'identifier le personnage, par exemple Pierre Loti dans son Portrait de M. X (1910, KunstHaus de Zürich). De même, le premier portrait réalisé par le peintre, représentant une femme qui sort d'un bois, semble être celui de sa première femme, Clémence.

Ses écrits

Il a dans ses relations autant de peintres que d'écrivains. Parmi ces derniers, on peut citer, outre Alfred Jarry et Apollinaire, Blaise Cendrars et André Breton. Il a écrit plusieurs pièces de théâtre :

  • La Vengeance d'une orpheline russe en 1898
  • Une visite à l'exposition de 1899 en 1899

Il a écrit également plusieurs courts textes ou poèmes explicatifs sur certaines de ses œuvres, notamment pour sa Bohémienne endormie (1897).

Quelques œuvres et leurs lieux d'exposition

  • au Museum of Modern Art de New York :
    • Le Rêve (1910)
    • Le repas du lion (1907)
    • La Bohémienne endormie (1897)
    • Le Gitan endormi (1897)
    • Berges de la Bièvre près de Bicêtre
  • au Musée d'Orsay de Paris :
    • La Guerre (1893)
    • La Charmeuse de serpents (1907)
  • à la Galerie nationale de Prague :
    • Moi-même (1890)
    • Portrait-paysage (Autoportrait) de Rousseau, (1890)
  • au musée de l'Orangerie à Paris :
    • La Noce (vers 1905)
    • La carriole du Père Juniet (1908)
    • Le Navire dans la tempête
    • La Fabrique de chaises à Alfortviller
    • La Fabrique de chaises
    • La Falaise
    • Les Pêcheurs à la ligne
    • Promeneurs dans un parc
    • L'Enfant à la poupée
  • au Musée Picasso (Paris) de Paris (collection personnelle de Picasso) :
    • Portrait de femme (1895)
    • Portrait de l'Artiste (1900-3)
    • Portrait de la sonde femme de l'Artiste avec une lampe (1900-3)
  • à la Fondation Beyeler de Bâle :
    • Le lion ayant faim se jette sur l’antilope (1905)
  • à la National Gallery de Londres :
    • Tigre dans une tempête tropicale (1891)
  • Combat de tigre et buffle, (1891)
  • Une soirée au carnaval
  • La cascade (1910)
  • Joyeux Farceurs, Philadelphia Museum of Art
  • Nature morte aux fleurs"" (1910), Kunstmuseum de Winterthour

Rétrospectives

La dernière grande rétrospective en date est "Jungles Urbaines" au Grand Palais du 15 mars au 19 juin 2006. La précédente (en France) remontait à 1984 (Paris, Grand Palais, New York, MOMA).

Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. Elle est la fille de Jean-Baptiste Guiard (1791, Laval - 1883, Bône), et la petite-fille de Jean-Pierre Guiard, dit le colonel Guyard, colonel d'infanterie (1767, Méral - 1846, Saint-Pavin-des-Champs). Ce dernier, colonel du 1er hussards à pied, a écrit en 1805 Instruction pour le service et les manoeuvres de l'infanterie légère en campagne, Paris : Magimel, an XIII, In-8° , VIII-71 p.

Liens externes

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Bibliographie

  • André Salmon, Henri Rousseau dit Le Douanier, Éd. Georges Crès, 1927
  • A. Basler, Henri Rousseau, sa vie, son œuvre, Librairie de France, 1927
  • Pierre Courthion. Henri Rousseau, le Douanier Éditions Albert Skira. Cette édition de 1944 comporte quelques erreurs dans la biographie du Douanier.
  • Wilhem Uhde, Cinq maîtres primitifs - Rousseau - Louis Vivin - Camille Bombois - André Bauchant - Séraphine de Senlis, traduction de l'allemand par Mlle A. Ponchont, préface de Henri-Bing-Bodmer. Librairie Palmes - Philippe Daudy, éditeur, 1949.
  • Henri Rousseau dit « Le Douanier » 1844-1910 - Exposition de son cinquantenaire - Galerie Charpentier, Paris, Galerie Charpentier 1961
  • Henry Certigny, La vérité sur le Douanier Rousseau. Plon. 1961.
  • La Vérité sur le Douanier Rousseau. Le Conseil municipal de Paris et les Artistes indépendants : 1880-1900, La Bibliothèque des Arts, Lausanne-Paris, 1971, d'Henry Certigny
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Liste des peintres
Portail de la Peinture

  • Henry Certigny, Le Douanier Rousseau et Frumence Biche, La Bibliothèque des Arts, Lausanne-Paris. 1973
  • Dora Vallier, Tout l'œuvre peint de Henri Rousseau, collection Les classiques de l'Art (Éditions Flammarion)
  • Götz Adriani, Le livre de l'exposition de Tübingen 2001 (en anglais)
  • Gilles Plazy, Le Douanier Rousseau, un naïf dans la jungle, Gallimard, Découvertes
  • David Larkin, Rousseau, Éditions du Chêne
  • Cornelia Stabenow, Rousseau, Éditions Taschen
  • Rousseau, Découvrons l'Art (Cercle d'Art)
  • (es) Angela Wenzel, Henri Rousseau, La Gitana Dormida
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