Dissertation


Dissertation

La dissertation est un exercice d'argumentation organisée, généralement et idéalement, en trois parties (une introduction, un développement et une conclusion) d'après une problématique. Elle ne désigne pas le même exercice en France que dans le monde anglo-saxon, où elle désigne exclusivement une thèse universitaire. Une autre particularité de la dissertation française est de poser des définitions, de partir de la théorie pour en venir ensuite au réel. Dans le monde anglo-saxon au contraire, il s'agit plutôt de partir du réel pour éventuellement théoriser à la fin.

Sommaire

L'origine de la dissertation

Les caractéristiques de la dissertation

Le terme « dissertation » n'évoque pas le même exercice dans le monde anglo-saxon (dissertation en anglais désigne une thèse universitaire de 50 à 150 pages qui conclut habituellement le travail d'une ou plusieurs années universitaires). Lire par exemple (en) The definition of a Dissertation.

La dissertation a la réputation d'être un exercice formel parfois décrit comme artificiel et reconnu comme un exercice « cartésien ».

Les universités américaines et britanniques ne pratiquent pas la dissertation (au sens qu'elle a pris en France), elle est plutôt remplacée par des résumés de lecture, des notes critiques, discussions et autres essais littéraires (généralement appelés papers).

Dans le cycle collégien et lycéen, la dissertation et une argumentation sur un sujet ou une idée où l'élève doit être impartial dans son explication. En second temps il faut se rappeler que la dissertation et une trace écrite où il faut défendre et réfuter le sujet en même temps.

Exemple:

-Introduction

-Partie 1

         A: oui
         B: non

-Partie 2

         A: oui
         B: non

-Conclusion

La naissance institutionnelle de la dissertation en France

À l'origine de la dissertation se trouve la disputatio médiévale (débat rhétorique oral sur les auteurs). La dissertation en latin n'apparaît qu'au XVIIe siècle. Elle remplace dans les universités l'ancienne disputatio, ou discussion orale des thèses.

La dissertation littéraire française remplace le discours comme exercice scolaire à partir de 1885, où une réforme de l'enseignement supprime l'enseignement de la rhétorique (réforme de Gustave Lanson). La dissertation philosophique est en usage dans les lycées depuis 1864. Elle s'étend à partir de ce moment aux disciplines connexes.

Le genre de la dissertation s'impose dans l'enseignement en France vers 1955 et reste encore aujourd'hui l'exercice de base des khâgnes (classes préparatoires littéraires A/L et B/L), des concours de l'ENS, du CAPES, de l'agrégation, etc.

La naissance intellectuelle de la dissertation philosophique

Elle est probablement née avec Aristote et la philosophie elle-même dans la Grèce antique, à la suite de ce qu'il nomme « l'étonnement ».

Elle est plus probablement instaurée comme forme logique de pensée par les six Méditations Métaphysiques de René Descartes (1641), où celui-ci déclarait rechercher systématiquement « les bases d'une science fondamentale » qu'il nomme mathesis universalis. C'est le fameux cogito.

Le rationalisme dont Descartes fit preuve, à l'égard des preuves de l'existence de Dieu et d'un « point d'Archimède » lui permettant de la fonder, lui a valu la création d'un adjectif (cartésien) qui s'applique à la dissertation, en tant qu'un exercice logique rigoureux.

Un exercice dominant le système scolaire français

En France, la dissertation est un exercice scolaire visant à développer les capacités réflexives d'un élève au long d'un processus analytique élaboré autour d'une problématique. Elle est proposée dans le secondaire et le supérieur.

Elle s'appuie sur un sujet, proposé généralement sous la forme :

  • d'une question générale ou d'une citation (en lettres et en philosophie)
  • d'une notion à analyser dans le temps et l'espace (en histoire et en géographie)
  • de mécanismes à expliquer et à commenter (en sciences économiques et sociales)

Cet exercice est principalement en usage dans le monde francophone, et il joue un rôle prépondérant dans le secondaire et le recrutement de la fonction publique en France. Il peut se rapprocher du paper, la forme de rédaction la plus utilisée dans le monde anglo-saxon.

La dissertation dans le secondaire

Avec le commentaire composé et l'écriture d'invention, la dissertation est l'un des trois exercices proposés à l'épreuve écrite de l'épreuve anticipée de français du baccalauréat français de première (technologique et général).

Il est également proposé à l'épreuve de philosophie du baccalauréat français : le candidat doit choisir entre deux sujets de dissertation et un sujet d'explication de texte. Il dispose de quatre heures pour le traiter.

Enfin, la dissertation est aussi proposée sous forme de sujet (accompagné de documents en terminale) en sciences économiques et sociales, en histoire.

La dissertation philosophique en classe de terminale

  • Définition officielle

« La dissertation est l’étude méthodique et progressive des diverses dimensions d’une question donnée. À partir d’une première définition de l’intérêt de cette question et de la formulation du ou des problèmes qui s’y trouvent impliqués, l’élève développe une analyse suivie et cohérente correspondant à ces problèmes, analyse nourrie d’exemples et mobilisant avec le discernement nécessaire les connaissances et les instruments conceptuels à sa disposition. »

  • Les attendus de l'exercice

« Les exigences associées à ces exercices, tels qu’ils sont proposés et enseignés en classe terminale, ne portent donc ni sur des règles purement formelles, ni sur la démonstration d’une culture et d’une capacité intellectuelle hors de portée. Elles se ramènent aux conditions élémentaires de la réflexion, et à la demande faite à l’élève d’assumer de manière personnelle et entière la responsabilité de la construction et du détail de son propos. »[1]

La dissertation dans le supérieur et la fonction publique

Au-delà du système secondaire, elle reste très employée dans le supérieur. La dissertation joue un rôle important dans les examens universitaires de premier et second cycle des facultés de lettres et sciences humaines, ainsi que dans les Classes préparatoires aux grandes écoles, en particulier littéraires (concours des écoles normales supérieures) et commerciales.

Elle sert dans les concours de recrutement de la fonction publique (épreuve de culture générale) et reste prépondérante en particulier dans le recrutement national des professeurs titulaires du secondaire (concours français du CAPES et de l'agrégation).


L'intérêt pédagogique de la dissertation

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La dissertation telle que systématiquement et strictement appliquée dans le système scolaire est peu employée par les philosophes eux-mêmes. C'est en effet un exercice qui s'oppose spontanément au cours régulier de la pensée, en la "tordant" au service d'une problématique.

En dépit de cet artifice « intellectuel », l'avantage de la dissertation est de forcer son « attention » à ne rien oublier du sujet proposé. Tous ses aspects doivent être couverts dans l'introduction et poser un problème. En effet, toute dissertation repose sur une problématique, qui est issue d'une réflexion méthodique préalable sur le sens du sujet.

Les critiques à l'encontre de la dissertation touchent soit à son formalisme soit à l'organisation et à la visée de l'enseignement (purement philosophique, ou bien parfois général) qui prévaut en France.

Il est toutefois rare de lire des critiques publiques contre cet exercice, tant il s'est imposé dans les esprits et dans les faits comme un standard - parfois mythifié - du système scolaire français et du recrutement de ses élites.

Conseils méthodologiques concernant la dissertation

La dissertation n'est pas un exercice réservé à la philosophie, elle s'est exporté et généralisé aux autres matières littéraires et de sciences humaines.

Qu'elle soit littéraire, historique, géographique, économique ou philosophique, une dissertation reste composée de trois grands moments : l'introduction (avec exposition du sujet, contextualisation et déroulement d'une problématique), d'un développement (en deux ou trois parties) et d'une conclusion. Cette structure reste stable.

Enfin, certaines conventions sont spécifiques aux matières (il est autorisé d'écrire les titres et sous-titres des parties en dissertation d'économie ; il est recommandé de faire trois parties en dissertation de lettres dans le supérieur ; le plan d'un sujet d'histoire doit la plupart du temps être chronologique ou chrono-thématique plutôt qu'exclusivement thématique, etc.)

La méthodologie de la dissertation philosophique

Article détaillé : Dissertation de philosophie.

La dissertation incite à s'interroger systématiquement sur le sens d'un sujet qui, par-delà son apparence « bien connue » pose un problème à la pensée. Il est généralement admis qu'une bonne dissertation philosophique devra

  1. balayer les sens du sujet afin d'en faire ressortir la contradiction (dans l'introduction)
  2. la traiter scrupuleusement en examinant sa thèse et son antithèse (dans le développement) afin de
  3. lui proposer une synthèse et de conclure.

Mais finalement ce type de plan trop classique tend à ne plus convenir puisque l'on ne peut admettre une chose et son contraire de manière valable. Une bonne dissertation doit prendre position et étayer la thèse soutenue. Un plan "thèse antithèse synthèse" n'aboutit pas à cela mais laisse une réponse mitigée "oui/non/peut-être" insuffisante dans l'enseignement d'aujourd'hui.

L'introduction et la problématique

Le rôle de l'introduction est d'exposer et de contextualiser (concrètement) tous les sens du sujet proposé, afin d'amener une contradiction en son sein à résoudre.

L’introduction est rédigée sur la base du plan. Par conséquent, elle ne pourra être rédigée que si le plan est bâti au préalable. L'introduction se décompose en cinq temps – parfois regroupés dans un seul et même paragraphe, selon les enseignants et les disciplines :

  • Entrée en matière : il s’agit d’une phrase introductive générale ayant un rapport direct avec le sujet. Elle rappelle le contexte dans lequel la problématique a pu évoluer ou l’actualité de la thématique. C’est l’accroche qui permet de séduire le lecteur. Qu'est-ce qui peut nous amener à nous poser la question formulée dans le libellé? On peut partir d'une observation, d'une opinion commune...
  • La définition du problème posé : énonce l'enjeu du dossier ou sa problématique. Il s’agit d’en définir les termes-clefs, d'analyser le sujet, c'est-à-dire littéralement de le décomposer afin de donner le ou les sens des différents termes qu'il comprend : article, pronom personnel, articulations, concepts…..
  • Dimension du sujet : cela revient à situer historiquement et géographiquement le sujet, de montrer l’intérêt et les limites du sujet – jusqu’où il sera traité et ce qui ne sera pas traité, après l’avoir bien évidemment valablement motivé.
  • L'idée générale : suit la phase de problématisation du sujet à proprement parler, où l'élève doit expliquer en quoi, pourquoi et comment la question posée fait problème, et pourquoi sa résolution est cruciale. Elle se pose sous la façon suivante : « comment expliquer que (la thèse) et (l'antithèse) soient paradoxales pour un même sujet ? ». Elle constitue la colonne vertébrale de la dissertation. Elle revient à reformuler le sujet posé.

Un problème en philosophie doit toujours se poser sous la forme d'une contradiction dans les termes du sujet.

  • L'annonce du plan : en dernière phase donc, elle annonce le plan et se borne à indiquer les intitulés du I et II de la structuration proposée. Les correcteurs accordent toujours une importance capitale à cette dernière phrase : elle lui permet de comprendre rapidement la logique du raisonnement. Néanmoins, il est recommandé d’éviter le formalisme scolaire « dans un premier temps », « la présente note abordera ». Il convient de construire une à deux phrases qui rendent compte de la structure de son raisonnement. Ainsi, est-il classique d'utiliser « le balancement circonspect » : Si le territoire régional parait le plus approprié pour faire face aux défis du monde moderne, comme le territoire communal le plus proche à répondre aux besoins des citoyens (I), le département, qui a vu son rôle se renforcer ces dernières années, demeure-t-il toujours d’actualité ?(II)

En philosophie : la dernière partie de l'introduction doit permettre à l'élève de dessiner globalement les 2,3 ou éventuellement 4 grandes articulations ou parties de sa dissertation, en résumant chacune par une thèse.

Exemple : « l'histoire nous appartient-elle? »

Voici un exemple d'introduction pour le sujet « En quel sens pouvons-nous dire que notre histoire nous appartient ? ». En italique, les paragraphes qui doivent impérativement figurer dans l'introduction :

Annonciation et énonciation du sujet :

« Notre vie, c’est toujours nous qui la vivons, qui y agissons, qui la ressentons au plus proche. Il n’y a nul parfum que je n’ai pas senti, souvenir que je n’ai pas vécu ou paysage que je n’ai pas vu. » Notre histoire nous appartient donc, et à personne d’autre, au sens où elle nous est propre (elle nous appartient) et que nous sommes les seuls à pouvoir la vivre et la raconter fidèlement. (§1 : Présentation de la thèse) « Étrange est donc l’idée qu’on soit pourtant toujours mené dans la vie par nos désirs, nos pulsions, notre aveuglement… toutes ces choses qui conduiraient notre histoire, et qui nous échapperaient, en faisant que notre histoire nous appartiendrait seulement en idéal – et pas dans la réalité. Elle appartiendrait à ces objets (même s’ils peuvent être en nous, ces objets restent "autrui") ». Notre histoire serait l’histoire de ces objets. (§2 : Présentation de l'antithèse) « En quel sens pouvons-nous dire que notre histoire nous appartient ? ».

La problématique:

« Ainsi, tout ce que nous faisons, nous le faisons, indubitablement. En ce sens notre histoire nous est propre, car c’est toujours à travers nous qu’elle prend vie (dans nos actions effectives). Mais qu’est-ce qui nous dit que les raisons pour lesquelles nous agissons nous soient pour autant propres ? Nous pourrions aussi bien être les héros d’une histoire que nous ne faisons que jouer, mais qui n’est pas la nôtre. Dans un cas nous serions les héros de notre propre histoire, pleinement responsables et propriétaires de l’histoire que nous écrivons, dans l’autre notre histoire ne serait qu’un jouet de déterminants qui nous dépassent. » Aussi, bien qu’elle nous soit propre, notre histoire ne nous appartiendrait pas. Comment expliquer ce paradoxe ? (§3 : Présentation de la contradiction + Question problématique).

Le but du développement sera de décrire minutieusement les deux thèses, tour à tour, pour résoudre cette contradiction (montrer que notre histoire nous est vraiment propre, mais qu'elle ne nous appartient quand même pas). L'introduction ne contient aucun nom de philosophe ou aucune référence proprement philosophique. Toutes les références philosophiques doivent être gardées pour le développement.

L'élaboration du plan

Le plan doit dérouler l'intuition contenue et décrite dans l'introduction autour de deux, trois (dans l'idéal) ou quatre thèses en construisant un raisonnement logique, formel et explicite autour de deux ou trois sous-parties.

  • Logique : les arguments doivent s'enchaîner logiquement (du moins au plus évident, du moins vrai au plus vrai, du plus réfutable au moins réfutable, de façon systématique),
  • Formel : la qualité des transitions entre chaque partie (et en règle générale de l'écriture) est importante,
  • Explicite : une dissertation doit s'appuyer sur des exemples pour ne pas rester abstraite. Un exemple par paragraphe. L'exemple doit toujours être commenté, et ne pas être simplement énoncé: pourquoi, comment, en quoi vient-il confirmer l'argument?

Une dissertation de philosophie doit donner une impression d'unité et se dérouler logiquement, terme à terme, pour résoudre la contradiction initialement posée par la problématique, jusqu'à arriver à une conclusion.

Passage important (c’est le dernier avant la notation !). Elle doit vous permettre : - de mettre en évidence la ou les idées essentielles de votre devoir, - d’apporter des réponses aux questions posées en introduction, - d’esquisser la suite des évènements si cela s’y prête, mais n’annoncez jamais comme évident ce qui va suivre : nous le savons, nous, avec le recul, mais les contemporains ne peuvent le prévoir. Ne donnez pas l’impression que vous avez une vision déterministe de l’histoire qui serait, de toutes façons, erronée.

Indications méthodologiques concernant la dissertation juridique

Il convient de préciser avant de commencer qu'il n'existe pas une seule manière de rédiger une dissertation[2]. La première année de droit est l'occasion de se familiariser avec des attentes un peu nouvelles, un vocabulaire spécial et des notions parfois complexes. La bonne compréhension du cours est bien souvent une victoire en elle même, et les étudiants ont des difficultés à se concentrer sur un exercice pour la construction duquel le cours ne devrait être qu'un support. Entre hors-sujet extrajuridique, et récitation de cours, il existe un équilibre fragile. Nous allons reprendre quelques indications permettant de trouver ce point d'harmonie d'esthétique juridique tant recherché[3]. L'exercice de la dissertation juridique doit être compris avant tout comme une démonstration. Au cours de votre devoir, vous devrez prendre position, répondant à la question posée par le sujet. L'argumentation est classiquement articulée autour de deux parties, découpée en deux paragraphes, eux mêmes subdivisés en deux points. Dès la fin de l'introduction, le lecteur doit savoir quel point de vue sera défendu par l'étudiant. Le lecteur doit ensuite retrouver ce point de vue dans chacun des paragraphes, rédigés comme des élèments de justification de ce point de vue. Un exemple simple illustre cette perspective : un avocat dans sa plaidoirie adopte dès le début un point de vue. Mon client est innocent. Les développements ne feront par la suite que justifier cette affirmation.

Préparation de la dissertation juridique au brouillon

Un sujet de dissertation est toujours donné en fonction d'un ou de plusieurs points du cours. Vous devez identifier le sujet en fonction du cours sur votre feuille de brouillon. Cela nécessite une parfaite connaissance du plan du cours et de son contenu. En effet, certains sujets peuvent parfois faire appel à des notions situées à plusieurs endroits. Les élèments indispensables doivent être repris de manière rapide sur la feuille de brouillon afin de donner un aperçu global du thème dans lequel est compris le sujet. Quelle partie du cours, quel chapitre, section et paragraphe ? Le cas échéant, il faudra peut être rajouter des notions vues en td, des arrêts, des exemples traités en cas pratique. Cette première étape ne doit durer que quelques minutes. Elle va vous permettre de préparer le fil conducteur de votre introduction.

L'introduction de la dissertation juridique

Elle est destinée à définir les termes utilisés lors du devoir, à présenter le sujet, à le remettre dans son contexte, à en justifier la pertinence. L'objectif de l'introduction est d'éclairer le lecteur sur la démonstration à venir. Elle est généralement présentée en trois étapes que nous allons détailler ici.

Première étape : De quoi ?

"Pour définir et expliquer, vous utilisez des c'est-à-dire"

Vous devez présenter le sujet dans tous ses aspects. Il faudra le faire de manière logique et cohérente. Souvent il est recommandé de suivre une sorte d'entonnoir ou de double entonnoir. La représentation géométrique est juste, mais il est parfois difficile de comprendre ce qu'elle signifie. Le bas de l'entonnoir est l'objectif à atteindre : c'est-à-dire le vif du sujet. Mais le haut ? La feuille de brouillon va être ici très utile. Les informations reportées vont servir à trouver où commencer l'introduction. Vous devez en premier lieu chercher un fil conducteur. Il est très probable que l'enseignant dans la construction de son cours ait suivi une logique spéciale dans l'agencement de ses idées. Le plus simple pour l'étudiant sera alors de faire de même.

Par exemple : un sujet concernant les effets du divorce. Le cours traite du droit de la famille, du mariage, des cas de divorce et enfin des effets du divorce.

Trop souvent les introductions commencent par une définition dite "des termes du sujet" trop proche du sujet. La conséquence est d'obliger ensuite l'étudiant à évoquer d'autre termes indispensables à la compréhension du sujet ou de commencer à traiter le sujet dans l'introduction. Manque de lien entre les idées. Absence de certaines définitions. Il ne faut pas prendre au pied de la lettre le conseil "définir les termes du sujet", et définir chaque mot dès le début de l'introduction. Au contraire, il faut toujours commencer par "ce que n'est pas le sujet", pour en venir ensuite à "ce qu'est le sujet".

Par exemple[4] : donner une large définition du droit de la famille. En arriver au mariage. Et enfin au divorce. Chaque étape commence loin du sujet, mais permet de s'en approcher un peu plus. Il est évident que plus vous êtes loin du sujet, et moins vous devez développer vos connaissances, et qu'au contraire plus vous vous en approchez et plus vous devez soigner vos définitions. Vous serez bref à propos du droit de la famille, mais en revanche vous définirez plus le mariage et surtout vous détaillerez raisonnablement les cas de divorce. Attention de ne pas commencer à traiter le sujet dès l'introduction en évoquant trop les effets du divorce dans vos définitions.

L'introduction doit présenter dans certains cas une dimension historique. Il est même parfois vivement recommandé de vous en servir de fil conducteur pour construire votre introduction[5]. Cela évitera encore une fois le manque de cohérence. Evoquer le XXIe siècle, puis le XIXe siècle, puis les romains et enfin revenir au XXe siècle est maladroit.

Par exemple[4]Les exemples ne sont que des indications. Il est évident que vous devez toujours justifier et argumenter ce que vous avancez dans votre devoir. Une phrase ne suffit pas</ref> : Commencez par une définition de la famille en 1804. Puis le mariage à cette époque. Servez vous de l'évolution du mariage pour amener la définition du divorce.


Deuxième étape : Pourquoi ?

Il s'agit de l'objectif de votre entonnoir : présenter la raison pour laquelle vous allez traiter votre sujet. A ce stade de votre devoir, il serait particulièrement candide d'écrire "le sujet est intéressant ...". Il l'est forcément, sinon vous ne le traiteriez pas. Vous devez établir un constat de départ. Comme dans tout échange humain, pour discuter, il faut en premier lieu être d'accord sur un minimum de choses. Cette étape de l'introduction est justement destinée à établir ce consensus avant ensuite d'affirmer votre position dans l'idée générale. Le sujet est très très intéressant parce que tout le monde a remarqué la même chose !

Par exemple[4] : "Le mariage, modèle du droit de la famille ?"[6]. Votre constat de départ peut exposer l'idée suivant laquelle le droit des couples a subi des modifications importantes depuis quelques années. Votre devoir démontrera ensuite en quoi ces modifications font ou non, selon vous, du mariage un modèle. Que l'on soit d'accord ou pas avec vous, tout le monde peut constater cette évolution.

Le constat de départ a pour objectif essentiel d'amener la problématique. La problématique n'est pas une suite de questions plus ou moins en rapport avec le sujet. La problématique est une question et une seule question, appelant une réponse positive ou négative.

Par exemple[4] : Constat de départ, Le droit de la famille a subit d'importantes modifications depuis une dizaine d'années. Problématique, "Dès lors la question peut se poser de savoir si le mariage est toujours un modèle en droit de la famille".

Troisième étape : Comment ?

"La différence entre la récitation de cours et la démonstration est la même qui existe entre le c'est-à-dire et le c'est pourquoi"

Vous devez maintenant répondre à la question posée par le sujet. Nous l'avons déjà dit, la problématique nécessite une réponse positive ou négative. Votre idée générale est cette réponse. Elle est surtout la justification de votre plan. Il n'est donc pas utile de chercher à construire plus loin votre introduction si vous n'avez pas de plan pour votre démonstration. L'idée générale est construite en quelques phrases destinées à présenter de manière claire et synthétique le cheminement de votre devoir.

Par exemple[4] : Problématique, "Le PACS est-il plus qu'un contrat ?"[6]. Idée générale, Le PACS est plus qu'un contrat, dans la mesure où l'on trouve tant dans ses conditions de formation que dans ses effets des éléments de nature à engager les partenaires plus que ne le ferait un simple contrat. En effet ...

Après avoir exposé votre idée générale, vous devez annoncer votre plan. "C'est pourquoi nous verrons d'une part -titre de la première partie- (I) et nous verrons d'autre part -titre de la seconde partie- (II)". Utiliser le "C'est pourquoi" vous permet de vérifier la cohérence qui existe entre votre idée générale et votre plan. Trop souvent dans les introductions l'idée générale et le plan ne sont que partiellement liés.

Le plan de la dissertation juridique

La construction du plan est une étape très importante de votre devoir. Vous devez dépasser l'exposé de vos connaissances pour prendre position sur un point de droit et argumenter. Le départ de cette étape est encore une fois votre feuille de brouillon et votre cours. À partir du problème posé par le sujet, que vous avez formulé en problématique, vous réalisez une démonstration. Vous allez trouver l'idée forte de votre réflexion en fonction du cours. Cette idée sera ensuite votre idée générale. Utiliser le cours est le meilleur moyen d'éviter le hors-sujet, mais c'est encore prendre le risque de ne faire que réciter. L'enseignant a certainement évoqué les arguments intéressants du débat en même temps qu'il décrivait l'institution étudiée. Vous devrez donc trier les informations suivant qu'elles vous permettent de classer vos idées (plan du cours) ou qu'elles vous permettent de justifier votre démonstration (arguments vus en cours ou en td et souvent non classés).

Par exemple[4] : "être mère"[7]. Le cours évoque d'une part la manière dont on devient mère, et d'autre part les effets de la maternité. Statique. L'idée au centre de ce sujet est la comparaison entre la filiation juridique et la filiation biologique. Être la mère biologique doit-il toujours avoir pour conséquence d'être la mère juridique ? Soit vous démontrez que notre époque n'invente rien et que l'on ne fait que reformuler des principes déjà existants, soit au contraire vous démontrez qu'il y a une mutation du droit et que l'on va vers un phénomène nouveau. Dans un cas comme dans l'autre vous pourrez utiliser le cours pour construire votre plan, mais vous devrez mettre en avant votre idée dans vos intitulés.

L'idée forte de votre devoir doit figurer dans les intitulés de votre dissertation, de sorte que le lecteur puisse suivre les différentes étapes de votre raisonnement sans se perdre. Il ne faut pas attendre la dernière ligne de votre paragraphe pour exposer cette idée forte. La dissertation doit pouvoir se comprendre sans lire les justifications de vos paragraphes, de même que vous pouvez faire confiance à la table des matière de vos livres pour trouver les pages qui vous intéressent.

Dans la construction de votre plan, vous devez soigner les degrés hiérarchiques de vos titres. Lorsqu'une idée forte figure en titre d'une partie, elle ne doit pas ensuite être reprise dans l'intitulé d'un seul paragraphe. Vous donneriez l'impression de faire un hors-sujet dans l'autre paragraphe.

Par exemple[8] :

I- L'autorité parentale limitée par la CIDE

A- Les origines de la limitation

B- Une limitation réaffirmée de l'autorité parentale

II- L'autorité parentale contrainte par la CIDE

A- Une contrainte sur les droits propres des parents

B- Une contrainte sur les droits exercés en représentation de l'enfant

Le plan est ici articulé autour de deux idées fortes, d'une part la limitation de l'autorité parentale par la Convention internationale des droits de l'enfant, et d'autre part sa contrainte par cette même CIDE. La première partie est mal construite. Le -A- est sans lien direct avec le titre (I). En revanche le -B- semble concentré sur le sujet "limitation réaffirmée". Le -A- est descriptif alors que le -B- prend position. Ce qui est exposé dans le -A- n'est pas la limitation, comme le (I) le laisse penser, mais les "origines de" la limitation. Très différent. Sans doute que le -A- pourrait servir de constat de départ à la démonstration contenue dans le -B-. La seconde partie en revanche est bien construite. Elle montre dans les deux cas en quoi l'autorité parentale est contrainte (idée forte apportée par l'étudiant), distinguant pour se faire les deux composantes de cette dernière (classement statique utilisé pour la construction du cours).

Notes et références

  1. Extraits du Programme de philosophie en classe terminale des séries générales (Bulletin officiel n°25 du 19 juin 2003).
  2. Dans son cours de méthodologie destiné aux étudiants de première année, Christophe Gris insiste sur ce point, s'il est possible de dégager des standards de la dissertation, il ne faut pas croire qu'il y aurait UNE vérité en la matière.
  3. Le cours de méthodologie de Bordeaux IV dispensé par Christophe Gris l'an dernier nous a particulièrement aidé pour comprendre et c'est pourquoi avec son accord nous mettons à votre disposition ses conseils.
  4. a, b, c, d, e et f Les exemples ne sont que des indications. Il est évident que vous devez toujours justifier et argumenter ce que vous avancez dans votre devoir. une phrase ne suffit pas
  5. Vous trouverez à cette fin des informations très intéressantes dans les introductions des parties, chapitres ou sections de vos cours
  6. a et b Thème de TD donné par Marie Lamarche.
  7. Sujet d'examen donné par Xavier Daverat.
  8. Cet exemple ne tient compte d'aucune réalité juridique et n'est destiné qu'à présenter la méthode.

Annexes

Bibliographie

  • Collectif, Dissertation sociologique, Armand Colin (Collection Cursus), 2000, (ISBN 2200251041)

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